Congo-Brazzaville la clameur démocratique des années 1990

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La République du Congo a connu, au cours de la décennie 90, une série de dérives politiques qui ont entraîné la destruction d'infrastructures et des pertes en vies humaines. Quelles ont été les raisons de ces dérives ? Ce livre se propose de répondre à cette question, en examinant, année après année, les faits saillants qui ont, tant sur le plan international que sur le plan national, menacé le Congo d'implosion.
Publié le : mardi 1 avril 2008
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EAN13 : 9782296193512
Nombre de pages : 131
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CONGO-BRAZZA VILLE
La cla111eur dé1110cratique des années 1990

Éll1ile Gankall1a

CONGO-BRAZZA VILLE
La clameur démocratique des années 1990

Préface de Jean-Claude

Gakosso

LES ÉDITIONS HEMAR

L'HARMATTAN

Droits de reproduction, de traduction, d'adaptation réservés pour tous pays. La loi du Il mars 1957 n'autorisant, aux tennes de l'alinéa 2 et 3 de l'article 41, d'une part, que les «copies et reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective », et, d'autre. part, que les « analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration », toute représentation intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur

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l'article 40). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

<9 L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris htto:/ /www.librairieharmattan.cOlTI di ffusi on. harmattan{iiJ,wanadoo. fr hannattan 1(â),wanadoo. fr LES ÉDITIONSHEMAR BP 14545 Brazzaville hcmarcdition~yahoo.fr http://editionshemar.tripod.com

ISBN: 978-2-296-05213-0 EAN : 9782296052130

À ma mère, Anne Gankaba, tendre et généreuse, qui n'a pas faibli sur mon chemin pour la conquête de la vie. À lajeune démocratie congolaise.

PRÉFACE

La Conférence nationale du Congo demeure à tous égards un repère en tant que pause dans 1'histoire, mais un repère installé dans l'inconfort. Il n'est que de songer aux incessantes controverses qu'alimente son souvenir.A-t-elle voulu retourner les valeurs pour rapprocher le Congo du cénacle des nations policées ou, au contraire,ne fut-ellequ'une technique circonstancielle de prise de pouvoir? Les avis restent tranchés. Elle fut sûrement un dérangement avec ses processus souterrains. Le texte d'Émile Gankama recompose avec rectitude la trame de ce mélodrame politique que furent la destitution du surpouvoir et la restitution de sa légitimitéà la multitude. En libérant la parole et en appelant aux urnes, cette palabre - la Conférence nationale ne fut en réalité pas autre chose - a installé la liberté au cœur de l'agora et ouvert la conscience d'un devenir auquel était promise l'extension indéfinie du libre arbitre. Les Congolais ont le vice de la mauvaise mémoire et de la réminiscence fugace. Scripta manent. L'écrit de Gankama sûrement demeurera. .. au-delà des âges sans archives, au-

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delà des turpitudes de 1'histoire, souvent trahie par ses propres scribes. Il ya ici fixation essentiellesur l'effervescence collective, le ras-le-bol général, le nivellement du dogme, la course effrénée, le calcul, le complot,l'aspiration légitime,la gestation compliquée, l'accouchement généreux, l'immense espoir et l'incommensurable désespoir. C'est notre présent, c'est déjà l'histoire.

Jean-Claude Gakosso Ministre de la Culture et des Arts de la République du Congo

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AVANT-PROPOS

Le parti pris citoyen pour mon pays, le désir de rendre à I'histoire son indispensableaccentd'originalité, voilà ce qui a motivé la rédaction de ces quelques lignes sur lesquelles le plus librement du monde, chacunpeut épiloguer.Pour se rendre compte en dernier ressort, de l'étendue de nos ambitions communes pour le Congo, des moyens que nous mettons en œuvre pour les concrétiser, de notre part de responsabilité individuelle dans l'échec collectif et, finalement, des limites d'une volonté, même conjuguée, de vouloir à tout prix nuire. Mon souci, au-delà de ce travail combien sensible sur une partie significative de l'abondante histoire de ce beau pays, aura été de demeurer sévère vis-à-vis de moi-même, de garder la passion douce et réglée de narrer, mais tout est relatif, me dira-t-on! de ne m'abstenir point d'accorder sa place à la toute pertinence des faits. Le récit parfait? C'est une vocation orpheline. William Golding le soulignait avecjustesse: « Écrire un roman, c'est comme monter à cheval. On ne maîtrisejamais totalement sa monture ». Mais ceci est de l'histoire et, en la matière, il importe de s'en tenir à la vérité.

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Il est ici question des noms. Les noms des acteurs qui se révèlent être les mêmes depuis les années soixante. Dans la tourmente qui a marqué leur entrée en scène, ils ne se sont très souvent sentisque blancs comme neige. Apriori, ce n'est guère leur longévité qui pose problème. De nombreux jeunes, à la faveur de la Conférence nationale,ont reçu le baptêmeavecl'ambition de brillerpar l' exemple. Hélas! ils ne sont pas parvenus à creuser l'écart. Dans cette confusion tragique qui s'empare de la nation est anivé le troisième millénaire. Il faut, de tout cœur, souhaiter qu'il plaise à la Providence de sanctifier le Congo.

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I. OUVERTURE

Le 12décembre 1990,les membres du Parti congolais du travail (p.C.T.) scandaient pour la dernière fois, la devise de l'organisation politique à laquelle, vingt-et-un ans durant, la nation congolaiseentière s'était identifiée. Cette date marque la clôture des travaux du IVecongrès extraordinaire du parti unique, convoqué dans un environnement sociopolitique bouillonnant. C'est au cours de ce congrès que le P.C.T. entérinera officiellement l'ouverture du Congo au pluralisme politique. Cette ouverture avait été décidée quelques mois plus tôt par une session du Comité central. La fin d'une époque,ont estimécertains; la fm d'un rêve, ont simplement pensé d'autres. Mais la contestation est à son paroxysme, la contradiction aussi. Du moins, en l'impériale salle des conférences du Palais des Congrès, très animée ce jour-là, on a entonné l'Internationale, l'hymne des prolétaires de tous les pays. Au terme du congrès, deux cents « camarades» sont élus membres du Comité central, une vingtaine au Bureau politique, six au Secrétariat exécutif. La Commission de contrôle et de vérification, elle, en compte cinq. En tout, des promus

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qui seront désormais sans indemnités ni avantages matériels dans le cadre strict du parti. Dorénavant, ils devront leur salut aux urnes, sinon à l'État qui, dans la conduite des affaires, aura échappé à la mort envisagée par le marxisme-léninisme. En reprenant en mains les destinées de la nation. Désormais, ce sera à lui de tout ordonner. Mais, ici, sont également éjectés des camarades qui, au dernier congrès ordinaire tenu un an auparavant, ont voulu se prévaloir du titre de « membres ès qualité». Pour la première fois, l'opinion avait largement influencé la désignation et la promotion des membres du parti aux instances supérieures. Le cas le plus exemplaire a concerné l'élection au poste de Secrétaire général du parti. Cette élection libre a vu la victoire d'Ambroise Édouard Noumazalaye sur Jean-Baptiste Tati Loutard et Pierre-Damien Boussoukou- Boumba. Au chapitre des grands départs, on voit l'armée nationale, « bras droit politique séculaire », quitter le parti. Désormais, elle est une entité à part et étrangère à la politique. Le 7 décembre de la même année, la cérémonie du divorce est célébrée à grands tambours devant les corps constitués. L'autre particularité du congrès concerne les nouvelles entrées et les démissions. Beaucoup de jeunes sont appelés au chevet du parti, qui jure de sortir de son forum «rénové », pour s'adapter à la réalité multipartite. Pourtant, quelques vieux cadres ou simplement des vieux, naguère « apolitiques» et dont certains avaient vu naître le parti, vivre et se saborder, en sont devenus membres, avec place au Comité central. C'est le cas de Charles Assemekang, grand juriste devant l'Éternel. D'autres encore, anciens membres du Comité central, remerciés lors du congrès ordinaire de juillet 1989, y sont rappelés. On note trois démissions de taille: l'ancien Premier ministre, Ange-Édouard Poungui, son remplaçant d'il y a un an, Alphonse Souchlaty Poaty , le Secrétaire général de la Con-

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fédération syndicale congolaise (C.S.C.), Jean-Michel Bokamba- Yangouma. Chacun a dit ses raisons, mais, ici, la tactique politicienne qui consacre un certain opportunisme a beaucoup joué. En somme, le reflet d'une atmosphère politique malsaine couvait depuis de longs mois, exacerbée par des incertitudes de fm de règne. Le premier, Ange-Édouard Poungui, venait de perdre son poste de Premier ministre au congrès de 1989qui avait sorti des rangs du Comité central vingt-deux caciques. Le poste créé pour lui, le Conseil économique et social, semblait-on dire, n'avait guère fonctionné. L'homme était donc au chômage. fine luirestaitpeut-êtreque celaà faire. . . Le deuxième, Alphonse Souchlaty Poaty, était monté en flèche au Comité central et au Bureau politique, les plus hautes instances du parti.Au niveau de l'État, il devenait,en sa qualité de Premier ministre, la deuxièmepersonnalitépolitiqueaprèsle président de la République. Qui sait s'il était à l'aise dans ses bureaux de Premier ministreou, simplement,s'il avaitlacôteauprèsdesvieux loups? Le dernier, Jean-Michel Bokamba-Yangouma, dans une volte-face inattendue, a tout gagné avec la tenue réussie du v nf congrès de la Confédération syndicale congolaise. Il est étonnant que sous les tropiques, les hommes politiques n'envisagent de démissionner qu'à la fm. Le P.C.T. doit désormais s'adapter à la réalité du pluralisme, non sans avoir manqué de tact. La perestroïka et l'Afrique Au moment où les pays de l'Europe de l'Est, à commencer par l'U.R.S.S., vivent une ambiance exceptionnelle de changement, enAfrique,tensionsrégionaleset guerresciviles s'enchaînent.L'Angola,leMozambique,le Soudan,l'Éthiopie,

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