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Congo-Kinshasa ou la dictature en série

De
259 pages
Un clin d'oeil en arrière nous replonge dans les méandres d'un passé récent et douloureux enduré par le peuple congolais sous le régime tricennal du maréchal Mobutu. Au lieu de s'arrêter là, le rouleau compresseur de la politique politicienne à continué de fonctionner au point d'engendrer la dictature en série. Ainsi, de débordement en débordement, le peuple congolais est martyrisé par ses propres dirigeants qui, pourtant, brandissent à tout vent le drapeau du nationalisme.
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Mw AMBA TSHIBANGU

Congo- Kinshasa ou la dictature en série

L'HARMATTAN

(Q L'Harmattan 2007 5-7 rue de l'École Polytechnique; Paris 5e www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo. fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-03567-6 EAN : 9782296035676

Dédicace
À notre mère, Marie Bilonda wa Mukendi, pour la dévotion, la patience, l'amour et les sacrifices entretenus avec bienveillance et abnégation au regard de toute la famille. Elle est et restera pour nous un grand monument de bonheur.

Remerciements
Au terme de ce travail, il semble naturel de penser d'abord et avant tout au cadre qui nous a permis de disposer de tout le matériel condensé dans le présent recueil. Nous avions œuvré en étroite collaboration avec toute l'équipe rédactionnelle du mensuel que nous avions l'insigne honneur de diriger. Au sein de notre journal, la dévotion et la passion étaient sans limite auprès de chacun de membres. Sans l'esprit bienveillant et le sens du devoir de tous, nous n'aurions pu nous atteler à la rédaction d'un grand nombre d'articles. En dépit des adversités qui se sont présentées nombreuses sur notre chemin, chaque collaborateur a apporté sa pierre à l'édifice contribuant ainsi à la publication du journal. À tous ces amis et compagnons qui ont compris la portée de la tâche qui était la nôtre, nous disons chapeau bas. Ils ont eu le mérite d'embarquer à bord et de jouer, à visage découvert, le jeu qui nécessitait un certain équilibrisme et une dose de savoir-faire. L' œuvre à entreprendre exigeait de notre part la constance et l'application d'une discipline sans faille. Nous avions pu nous rendre disponible grâce aux sacrifices endurés par tous les membres de ma famille. Avec nonchalance et ouverture d'esprit, ils ont supporté les charges combien lourdes de notre responsabilité. Plus que cela, ils ont été artisans de l'œuvre, ayant été impliqués, d'une manière ou d'une autre, dans le long processus de la production du journal. Le fruit de ce travail est à partager avec eux. Nous le partageons également, de tout cœur, avec de nombreuses personnes qui ont soutenu, à des degrés divers, le défi que nous nous sommes lancés d'éditer le mensuel La Renaissance. À tous, nous disons un grand merci. Nous sommes grandement débiteurs à Alexis Kabambi qui, par deux fois, a lu notre manuscrit et nous a suggéré des pistes qui permettent de mettre à jour notre texte au regard de l'évolution et de la mutation de la situation politique qui s'opèrent sur le terrain.

Avant-propos
Ces feuillets qui étaient dans nos tiroirs sortent de leur jachère au moment opportun de I'histoire de la RD Congo. Les élections issues de la transition de Sun City viennent d'être organisées. Reportées plusieurs fois, les premières joutes électorales ont eu lieu le 30 juillet 2006. Nous ne pouvions donc, dans le cadre de ce recueil qui se penche sur les dictatures en RD Congo, ne pas en analyser la substance rapidement pour que ces événements de l'actualité éclairent davantage le corpus du travail. La seule tenue de ce scrutin est en soi une victoire. Le pari de les organiser n'était pas facile. Cependant, ces élections n'ont pu être inclusives. Un des plus grands partis de l'opposition en l' OCCUITence l'UDPS n'y a pas pris part. À dessein, toutes les portes ont été veITouillées pour que ledit parti et bien d'autres se trouvant dans son giron n'intègrent pas le processus électoral. C'est comme si tout était fait pour pousser leurs dirigeants à l'auto exclusion. En défmitive, c'est la démocratie qui en sort perdante. L'idéal aurait été de voir tous les partis politiques participer aux élections dans un climat politique apaisé. Or, la précipitation évidente d'aller droit au but et certaines décisions tranchées de la Commission Électorale Indépendante (CEI) et du Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT), n'ont pas favorisé l'inclusion de tous et l'assainissement du climat politique. De nombreuses critiques ont été formulées avant même la tenue des élections. Le président de la CEI, l'abbé Apollinaire Malu-Malu est demeuré fermement convaincu d'être sur le droit chemin. Pour preuve, il a affiché une surdité étonnante face à ces critiques. Ponctuellement, au lendemain des élections beaucoup de personnes ont dénoncé les iITégularités massives qui ont caractérisé le déroulement de ce scrutin.1
t

La manière dont le scrutin s'est déroulé sur le terrain a été jugée par beaucoup

d'observateurs indépendants comme étant, dans l'ensemble, acceptable. Il est à relever que de nombreuses requêtes, contestant les résultats, ont été introduites par des candidats auprès de la magistrature.

10 Avant même que les résultats officiels n'aient été proclamés, la population congolaise a assisté, impuissante et incrédule, à la guerre des chiffres entre le camp du président sortant, Joseph Kabila et le camp adverse de Jean Pierre Bemba. Tous les deux camps se proclamant vainqueurs au premier tour. La vérité des urnes, si celle-ci correspond à la réalité des faits, était autre.2 Les deux camps ont dû se plier à la nécessité de recourir au ballottage pour être départagés par le souverain primaire. Quelle que soit l'issue du scrutin au deuxième tour, le peuple congolais devrait se rappeler le prix qu'il a payé en terme de temps et d'abus de toutes sortes avant de parvenir à son droit constitutionnel de choisir librement ses dirigeants. Ce revirement est d'importance majeure. Il contraint les élus à solliciter la confiance du peuple à qui ils devraient désormais rendre des comptes. Ce fait nouveau pourrait peut-être éviter le cycle de dictatures qui n'a fait que nuire aux intérêts et au sort du peuple congolais. À travers ces élections, qu'elles aient été fondamentalement libres ou pilotées, le peuple a eu finalement l'occasion d'exprimer, au fond des urnes, sa souveraineté. Si dans le passé, le peuple congolais était charrié sur l'orbite que les autres, méprisant ses réalités profondes et ses aspirations légitimes, avaient choisi par suite des calculs machiavéliques et des intérêts macroscopiques, aujourd'hui, il doit avoir compris son rôle et sa place dans un scrutin où il est le juge et le détenteur réel du pouvoir. Ce rôle prééminent dans le choix démocratique des dirigeants est un élément déterminant pour que la volonté du peuple soit scrupuleusement respectée. Or, de nombreuses fraudes signalées et la manipulation subséquente des résultats dans l'ensemble et particulièrement pour les présidentielles, laissent présager, toutes proportions gardées, que le choix «libre» de citoyens a été altéré ou détourné en dehors des urnes. Et ceci, sans compter la cabale de l'exclusion des forces démocratiques en faveur des ex-seigneurs de
2 Nous avons évoqué la guen4e des chiffres contradictoires qui a entretenu le suspense avant la publication officielle des résultats. Les chiffres contradictoires ont circulé à profusion faisant état de la victoire d'un camp ou de l'autre. Officiellement, selon la CEI, Kabila a obtenu 44,8 % de suffrages et Bemba, 20,13 %. Cependant, des rumeurs de plus en plus fortes attribuaient la victoire à Bemba. Une lettre, sortie on ne sait de quelle officine, est venue semer encore le doute dans le sens de la victoire qui a été subtilisée à Bemba. Lire à ce propos, sous la signature B.A. W qui présente la prétendue lettre secrète de l'Abbé Malu Malu président de la CEI sous le titre emblématique: Info ou Intox? RD Congo: le président de la CEI manipulé par la «communauté internationale» pour falsifier le résultat de l'élection présidentielle? Publié sur Ie Web in : http://www.congoindependant.com/am.htm

Il guerre. Dans ces conditions, sous quels auspices voudrait-on que la troisième république naisse? En fait, des signes alarmants démontrent que le pays risque de revivre le prolongement de la dictature sous une autre forme. L'ère nouvelle, l'épopée réelle de la démocratie, continuerat-elle à être occultée par des dictatures perpétuelles, anachroniques et obscurantistes?

Première partie

Notes introductives

Chapitre
Articulation du travail

1

1.1. Propos sur le recueil
Le présent recueil est constitué essentiellement des articles journalistiques, couvrant l'arc de trois ans et demi, publiés dans le mensuel La Renaissance3. Pour la majeure partie, il s'agit des éditoriaux qui sont, en principe, des analyses ramassées sur une seule page pour le besoin de la cause. En vue de compléter notre œuvre, il était nécessaire voire indispensable de colmater la toile des informations par quelques articles de fond. Ces derniers, de par leur nature, répondent adéquatement à la complexité de différentes problématiques abordées. Ils inspirent, à notre avis, plus de souffle et plus de consistance aux réflexions menées, permettant globalement une meilleure compréhension de la donne sous étude. La compilation de ce recueil pouvait être faite suivant l'ordre chronologique de la publication des articles, ce qui aurait permis, entre autres choses, une lecture longitudinale de toute l'histoire. Cependant, nous avons estimé beaucoup plus utile d'opter pour une présentation par groupe analogique des thèmes4 afm de donner au lecteur l'occasion d'avoir un tableau d'ensetnble de diverses questions abordées isolément. Ainsi, serait-il plus aisé au lecteur d'identifier les faits récurrents et de comprendre, à leur juste valeur, les causes profondes de la crise qui perdure notamment en République démocratique du Congo. Toutefois, un
3 Ce mensuel fut édité à Montréal, au Canada, de mars 1997 au mois de septembre 2000. 4 Pour mieux situer chaque article dans son contexte temporel, il est recommandé de se référer toujours à la date de sa publication.

16 lecteur avisé pourrait noter la non-linéarité dans la succession de différentes parties présentées. Ce flottement est dû à la nature du recueil dont l'agencement a été ordonné non suivant un fil conducteur préconçu d'avance mais plutôt, sur base des articles rédigés antérieurement. Plus que toute autre considération, il nous est paru opportun de préserver l'authenticité de l'œuvre en exploitant les textes [articles] sous leur forme originelle afin de présenter les faits tels que perçus et ressentis au moment de la rédaction. Concernant la récurrence des thèmes et certaines répétitions ou redondances inévitables qui jalonnent le recueil, elles sont imputables à la singularité de chaque édition du journal qui constitue un tout. Dans la logique journalistique imprégnée sur la nécessité d'ajourner le lectorat, chaque numéro essaie d'appréhender de manière contextuelle les faits saillants de l'actualité, non sans rappeler les liens ou certaines connexions avec les événements passés. Par ailleurs, le prolongement dans le telnps des crises multiformes dans le paysage politique congolais a conduit inexorablement au phénomène du cercle vicieux. Enfermés dans ce cycle, nous étions obligés, indirectement, à décortiquer et à ressasser apparemment les mêmes sujets sans avoir à disposition d'autres alternatives à explorer. Le décalage temporel entre la rédaction des écrits dans notre mensuel et la publication du présent recueil nous a obligé à rédiger un petit commentaire introductif au début de chaque chapitre pour en donner l'orientation et éclaircir, au passage, certains points particulièrement. De plus, nous avons essayé tout au long du texte d'expliciter notre pensée à travers les annotations ponctuelles. Celles-ci permettent soit d'ajourner la situation par rapport à l'évolution actuelle des choses soit encore de renvoyer à d'autres sources pour appuyer le caractère subjectif de ce que nous écrivions à l'époque étant dans le vif de l'actualité. Ainsi, il sera plus facile de faire la jonction entre les événements qui se sont déroulés il y a seulement quelques années et le lien apparent ou non avec la situation d'aujourd'hui sur le terrain politique. Cette approche, pensons-nous, permettra au lecteur de bien situer la prise de nos positions par rapport au contexte global.

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1.2. Focus sur la République démocratique du Congo

Au nombre des faits et d'événements qui jalonnent l'actualité d'un pays en particulier ou l'actualité mondiale, pour prendre une extension globalisante, il fallait mensuellement en choisir un seul devant être traité dans l'éditorial. Notre choix, subjectif nous en convenons, mais souvent difficile, s'efforçait dans la plupart des cas d'être judicieux, de coller à la réalité qui nous semblait pertinente. Ainsi, le choix était-il souvent porté sur l'événement qui «troublait », qui intriguait le plus, positivement ou négativement, notre sensibilité et notre conscience. En tout état de cause, tenant compte de l'orientation et de la vocation particulière de «La Renaissance5» presque toutes nos analyses ont été, par la force des choses, focalisées sur la situation politique en République Démocratique du Congo. À part quelques réflexions d'ordre général, le lecteur trouvera dans ce recueil des fragments de l'histoire dudit pays pour la période déjà mentionnée. Le tableau qui s'en dégage photographie, sous forme de capsules, des moments précis de la vie institutionnelle sous le règne de Laurent Désiré Kabila et avant cela, des moments de fin de règne du régime de Mobutu et autres tribulations qu'il a connues avant de quitter la scène politique. De par la nature du soubassement qui a caractérisé les institutions politiques de la RD Congo, ces capsules constituent par excellence des reflets de la situation générale qui s'est enracinée au cours des trois dernières décennies. À ce titre, la critique qui y est formulée et les enseignements qu'on peut en tirer pourraient être transposés éventuellement à d'autres pays africains. Dans ce cas de figure, il serait utile, toute chose étant égale par ailleurs, d'essayer d'établir les comparaisons entre la situation typique du Congo et celle d'autres pays. Pour parvenir à cette fin, il va de soi de tenir compte d'une part, de la différenciation des contextes et d'autre part, de la possibilité d'adapter des paramètres d'analyse suivant la situation locale.

5 La Renaissance est née d'une conjoncture tout aussi bien particulière que casuelle. Elle a vu le jour dans le cadre des activités de l'Union de la Diaspora Congolaise du Canada. Presque au même moment, le Zaïre d'alors était confronté à sa première guerre dite de libération. L'option était alors prise pour focaliser notre ligne éditoriale sur les événements qui étaient en train de chambarder le panorama politique du pays.

18 La République démocratique du Congo, ne serait-ce que pour sa collocation géographique et ses immenses potentialités économiques, est un champ privilégié d'observation. Selon l'intérêt qu'on peut y porter notamment sur différents plans: économique, politique, social, culturel etc., il y a substantiellement des choses à approfondir ou des enseignements à relever. Nul n'ignore que depuis les Traités de Berlin en 1884, ce pays est l'objet de convoitises et d'énormes enjeux géopolitiques qui ont, directement ou indirectement, conditionné le cours de son histoire. Le destin collectif du peuple congolais aurait pu suivre, sans la mainmise de l'impérialisme6 doublée fatalement d'une hantise maladive de dirigeants au pouvoir, une autre trajectoire. Les nouveaux «mindele7 » ont régenté leurs régimes en les embrigadant systématiquement dans des dictatures successives, opprimantes et contre productives. Un des effets immédiats du système dictatorial instauré par les dirigeants qui n'avaient que de mire, le pouvoir pour le pouvoir, est la compression et l'émiettement des effol1s collectifs tendant à amorcer le développement durable. La dynamique interne en matière de créativité ou l'émergence de toutes autres initiatives positives dans les domaines les plus variés a été étouffée dans l'œuf soit compromise du fait de l'arbitraire érigé en règle de jeu. La mégestion caractérisée des affaires publiques ne pouvait, certes, favoriser un meilleur essor de l'économie. Qui pis est, les principaux acteurs politiques se sont révélés incapables de trouver des solutions appropriées aux nombreux problèmes de la vie courante des citoyens. L'absence de volonté politique et non nécessairement la compétence, a eu un impact énorme sur le destin particulier que le peuple
6 Faut-il, quarante années après la concession des indépendances aux pays africains, continuer à accabler l'impérialisme, le colonialisme ou encore le néocolonialisme, d'être à la base de la situation que connaît l'Afrique aujourd'hui? D'aucuns disent oui. D'autres non. Toutefois, il ne fait point de doute que de par sa nature, l'impérialisme s'inféode et s'ingère imperturbablement dans les affaires intérieures d'autres Etats! Tant que persistera l'aliénation des peuples et de leurs richesses et tant que les bras tentaculaires de l'impérialisme continueront à sévir et à dicter les règles du jeu, très souvent en défaveur de la population locale, la pensée de Frantz Fanon demeurera pour longtemps dans les esprits des ex-colonisés. Acharné défenseur de l'exploitation coloniale et néocoloniale, sa forte pensée fut exprimée dans le livre: Les Damnés de la terre. Paris, Maspero, 1961. 7 Mot lingala, une des quatre langues nationales du Congo, qui veut dire personne de race blanche. L'exercice du pouvoir reflète encore le rapport de domination comme du temps des maîtres colons avec les colonisés. Certains dirigeants, assoiffés de pouvoir et d'argent ont poussé l'assimilation des maîtres blancs jusqu'à l'excès.

19 congolais a connu8. À cause de la mauvaise gouvemance, les autorités politiques n'ont pas tenu compte ou n'ont pas pu satisfaire les besoins prioritaires de la population congolaise. Le dysfonctionnement systémique, fruit de l'incurie susmentionnée, a entraîné de profonds malaises aux niveaux socio-économiques et politiques. La conséquence de ce soubassement au niveau des valeurs est l'instabilité institutionnelle qui tenaille le Congo et dont les dirigeants politiques éprouvent énormément de difficultés à s'en sortir. 1.3. Démarche et importance de cette publication Que ce soit dans nos éditoriaux ou dans nos articles de fond, notre démarche a toujours été animée par la quête d'appréhender les tenants et les aboutissants d'une situation donnée. Cette démarche nous a permis le plus souvent d'analyser le discours politique et d'en pénétrer la profondeur à la lumière des actes concomitants. Le décalage9 entre le verbiage pieux relevant de la démagogie et les réalisations concrètes ayant une certaine incidence sur la population nous a consenti de relever le jeu obscur des acteurs politiques en mettant en évidence leurs contradictions. L'inadéquation entre le verbe et les actes dissimule mal la déliquescence qui habite nombreux de ceux qui président à la destinée de plusieurs millions de Congolais sans parler explicitement d'autres Africains. En tant que média, notre démarche était surtout caractérisée par le souci primordial de conscientiser et de susciter l'éveil auprès des lecteurs en leur présentant de manière souvent critique la situation traitée. S'agissant pour la plupart des cas d'analyselO, les faits n'ont pas été
8 Celui-ci, comme s'il était enfermé dans une dynamique perverse, n'a cessé de péricliter depuis l'accession du pays à l'indépendance le 30 juin 1960. 9 Le focus de la critique est naturellement plus axé sur la mauvaise gouvemance que sur les actes qui honorent l'exercice normal d'un gouvernement responsable. Quand des dirigeants politiques tiennent leurs promesses électorales ou réalisent des actions en conformité avec leurs programmes, cela mérite honneur et applaudissements. Cependant, la critique est plus accentuée dans. le cas contraire où, au lieu de se mettre au service de la communauté, ils abusent de lèurs' pouvoirs en dilapidant des fonds publics pour leurs propres intérêts ou en se montrant incapables à satisfaire les besoins collectifs. 10 Par analyse, nous entendons l'acte de développer un sujet et d'en analyser tout le contour de façon à ce que le lecteur ou la lectrice puisse en tirer les conclusions qui s'imposent. Ce qui se différencie de la simple information ou désinformation destinée, sans médiation, à la consommation du lecteur.
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20 seulement présentés dans leur plus simple expression. Très souvent, nous nous sommes évertués à poser des questions pertinentes et à soulever des inteITogationsII là où il le fallait. Le but ultime de cette approche rigoureuse était de démontrer qu'il y avait des failles et des inteITogations sérieuses suscitant des inquiétudes dans ce qui se passait et se combinait au niveau de la politique. Ce type de journalisme dénote, à notre sens, une connotation militante. Celle-ci n'est pas à sous-entendre dans le sens idéologique du terme mais plutôt dans son acception noble, imprégnée de l'affirmation des valeurs authentiques de l'être et de tout l'être. À ce titre, nous nous sommes engagés sans réserve dans la défense d'un idéal qui explore et embrasse la quintessence des valeurs démocratiques. En poursuivant cet idéal, notre motivation s'est basée sur l'universalité du caractère « sacré» de la libel1é humaine considérée comme fondement de toute action politique, quel qu'en soit le régime. Par cette approche, nous avions versé dans ce qu'il est convenu d'appeler «un journalisme au service de la vérité ». Évidemment, pareille approche incommode les acteurs politiques qui se marginalisent par des pratiques abeITantes et rétrogrades. Au lieu de propulser nos nations vers un progrès certain, leur obscurantisme les oblige souvent à virevolter, à faire marche amère, en un mot, à patauger dans la boue de la mauvaise gouvernance. Au-delà de la masse d'informations disponible sur les multiples causes de la décadence de la RD Congo, il était tout aussi prioritaire de comprendre et de faire comprendre pourquoi il subsiste une certaine léthargie dans la société congolaise, pourquoi les crises politiques se prolongent indéfiniment. Dans un de nos éditoliaux, nous avions stigmatisé ces pratiques obscurantistes en affirmant, haut et fort, notre ligne de conduite en ces termes: «Notre ambition première était de servir, d'informer et surtout d'être les témoins actifs de l'histoire qui est en train de s'écrire sous nos yeux et pour laquelle, nous devrions, d'une façon ou d'une autre, apporter notre contribution. Se taire devant la multiplicité des événements qui se
Pour informer le plus objectivement possible nos lectrices et lecteurs, la maïeutique nous a servi d'étalon en nous permettant d'orienter, le mieux que nous pouvions, le contenu de nos analyses. Il

21 consomment devant nous, ferlner les yeux devant les situations bonnes ou mauvaises qui méritent une prise de position ferme ou nuancée, aurait été pour nous faire preuve de ICL'tislne, complicité voire même d'une de certaine allégeance. Nous n'avions pas voulu être cela. Nous avions voulu, dans notre mensuel, donner la parole à celles ou à ceux, nombreux, qui n'ont pas de voix au chapitre. Notre entreprise si petite soit-elle, Inarque avant tout la volonté d'une prise de conscience aiguë. Dans ce Inonde d'aujourd'hui où le village global est symbolisé par une médiatisation à outrance, dans ce Inonde d'aujourd'hui où à travers les câbles et certains réseaux, les gens communiquent à distance et en temps réelles vécus et les préoccupations des autres, nous n'avons pas voulu
être les n10indres12 ».

Plus qu'une déclaration d'intention, cette prise de position traduit un engagement clair et net d'étaler à nu la vérité. Non pour le plaisir de critiquer mais, pour contribuer à une prise de conscience collective de l'importance de mieux gérer la maison commune qui est la nation. Que celle-ci s'appelle le Congo ou l'Angola, cela ne change rien à la substance. L'exemple de la défaillance du Congo est une image emblématique qui projette l'échec du décollage économique et politique de nombreux autres pays africains. De ce fait, la dénonciation et la compréhension de l'échec du Congo renfennent une essence pédagogique pour tout le continent. En reprenant l'essentiel de nos analyses dans ce recueil, nous transposons le message véhiculé dans notre mensuel à un large public afin que des catastrophes de gestion politique puissent, dans la mesure du possible, être évitées non seulement au Congo mais, aussi sur l'ensemble du continent africain. C'est pourquoi, il nous est apparu indispensable de sortir du seul contexte médiatique où nos réflexions étaient confinées pour sensibiliser largement la population sur la situation réelle du pays. La publication de ce recueil requiert une certaine importance pour plus d'une raison. À travers la vivacité des témoignages et l'analyse de la situation au quotidien, ce recueil, de nature journalistique, trempe dans l'histoire immédiate et pourrait servir dans ce sens d'outils de référence aux chercheurs et autres travailleurs sociaux ou politiques qui
12 Extrait de l'Editorial paru dans La Renaissance n° 24 du 30 janvier 1999 sous le titre original de « Changement de cap. »

22 s'intéressent à l'évolution politique du Congo. Le recueil joue également le rôle de catalyseur et de Inédiation entre les membres de la diaspora et la mère patrie. Le recueil témoigne l'engagement que l'on peut continuer à noun.ir, à des distances lointaines, vis-à-vis de son terroir natal. Il démontre aussi qu'un combat juste n'a pas de limites territoriales mais qu'il faille tout simplement démontrer la ténacité et la pugnacité pour s'accrocher aux valeurs auxquelles on croit afm de les « vendre» en tant que telles aux autres, sans trahir son état d'âme ni ses convictions profondes. Sans être un manuel d'histoire et moins encore, sans s'atteler à l'analyse historique des faits, le présent recueil constitue, dans sa singularité, un apport substantiel à la connaissance du paysage politique et social congolais. Toutefois, le présent travail ne saurait atteindre pleinement son objectif que si les réflexions et les critiques qui y sont contenues peuvent servir de leçons aux générations présentes et futures.
1.4. Division du travail

Le recueil est divisé en cinq parties d'inégale longueur. Dans la première partie, à travers les explications qui émaillent le cadre du travail, son contexte et son impo11ance, le lecteur s'imprègne graduellement de l'esprit du recueil avant d'aborder le contenu de chaque capsule. La deuxième partie met en relief la responsabilité individuelle et collective dans le processus du changement social et politique. Dans la troisième partie, à travers le profil des principaux acteurs de la vie politique, le focus est porté sur la dictature et ses conséquences néfastes sur les institutions et sur la vie des citoyens. La quatrième partie est consacrée simultanément aux tribulations engendrées par les guerres de rébellion, dites de libération, contre l'autorité centrale ainsi qu'aux perspectives de paix déclenchées à l'issue de ces affrontements. Dans la cinquième partie, le théâtre des vicissitudes des dictatures et de la non-démocratisation des institutions politiques et citoyennes en RD Congo est replacé dans son cadre général en ouvrant une fenêtre sur l'Afrique, plus particulièrement en épinglant quelques-unes des réalités vécues par certains pays africains. L'ouverture à l'Afrique conduit à l'analyse de sa dynamique interne en scrutant notamment le projet fonnel de la reconstruction dudit continent que d'aucuns appellent renaissance. Ce projet, comme on peut se l'imaginer, n'est pas exempt de difficultés. Sa réalisation est une œuvre qui demande la patience et le temps. Beaucoup de temps. Enfm, dans la

23 partie conclusive, on tire brièvement la somme de tout ce qui a été dit et analysé dans le corpus du recueil.

Chapitre 2
Considérations générales

2.0. À propos de ce chapitre Pour entamer le voyage à travers les divers faits que nous avions suivis et relatés lors de leur déroulement sur le telTain, nous avons estimé utile de débuter par une note à caractère universel qui appréhende aussi la situation locale. Le texte du chapitre 2 portant sur les considérations générales a été rédigé deux ans après le lancement de notre journal. Il donne de façon générale la perspective de notre vision des choses outre à souligner l'événement spécial que nous avons vécu à travers la célébration du troisième millénaire. Ce texte nous a permis de faire un tour d'horizon de la situation planétaire, d'émettre nos commentaires et d'envisager l'avenir avec réalisme. Six ans après sa rédaction, le constat est presque le même. Peu de choses ont évolué sur le plan interne en République démocratique du Congo. La paix a été retrouvée sur une bonne partie du tenitoire national mais, à quel prix? L'expression démocratique la plus typique est en cours en RDC au moment où nous mettons la dernière main sur ce travail. C'est une épreuve alléchante, un tonus dans la pratique démocratique qui a exhibé au passage les limites dans l'organisation des élections dignes de ce nom. Le rapport entre différents pays n'a pas connu une grande embellie. Comment ne pas évoquer le Il septembre 2001, un événement douloureux qui a mis au premier plan la guelTe avec un ennemi invisible et des divisions encore profondes entre le monde musulman et la culture judéo-chrétienne. Les rapports internationaux s'en trouvent affectés nous obligeant à nous demander: de quoi sera fait notre futur? Voilà une question intéressante à laquelle les futurologues devraient esquisser quelques réponses. Laissons de côté les conjectures futùlistiques, tournons-nous plutôt sur le

26 passé en revisitant notre pensée sur la fm du millénaire. Elle constitue la première passerelle qui va nous conduire à analyser, après, le sens de la responsabilité collective et individuelle. 2.1. Regard sur la fin de ce millénaire13 !

La roue de l'histoire qui a la formidable capacité de tourner impet1urbablement, quels que soient les conditionnements environnants, va nous amener, d'ici là, à un cheminement important de son parcours. Le rideau du 20ième siècle sera bientôt tourné. À minuit du 31 décembre, nous pOUlTons ainsi respirer l'aurore d'un siècle nouveau, marquant indéfectiblement le début du 3ième millénaire. Cette occasion unique, voire spéciale, donnera certainement lieu à des réjouissances normales ou excentriques; ce qui est par ailleurs une bonne chose ou encore, une bonne façon d'initier une ère nouvelle. L'euphorie générale ne poulTa néanmoins nous empêcher de nous livrer à quelques réflexions. Ce nouveau millénaire nous donne l'opportunité de méditer, de nous intelToger très sommairement sur ce qu'a été, pour beaucoup d'entre-nous, ce siècle finissant. Globalement, notre planète aura connu une grande percée dans le domaine technologique au cours de ces 4 dernières décades particulièrement. Cependant, cette prééminence de la haute technologie, qui a bouleversé et changé radicalement la vie de nombreux citoyens, n'aura permis essentiellement qu'aux sociétés déjà avancées de creuser encore davantage le fossé qui les séparait des sociétés dites en développement. Plus troublant encore, ce progrès prodigieux et vertigineux de la science et de la technologie, s'est fait en partie sur le dos des pays moins nantis. Qu'on se rappelle seulement les mécanismes de l'endettement international, lesquels, au lieu d'alléger substantiellement la peine et la misère des pays en développement, s'est révélé, au fil des années, un lourd tribut pour leur balance de paiement au point d'endiguer ou de
13 Editorial paru dans La Renaissance n035, édition spéciale du 3ièmemillénaire, du 25 décembre 1999.

27 compromettre les efforts développement durable. déployés pour amorcer les bases d'un

L'entretien larvé des inégalités emprunte néanmoins plusieurs voies, dont celle privilégiée de la vente d'armes. Dans ce marché, aux conséquences sans nul doute catastrophiques, les fabricants des engins de la mort y trouvent leur compte. Les profits colossaux générés par ce trafic immonde contribuent à augmenter la richesse des pays opulents. Ce qui est tout à fait le contraire dans les pays acheteurs, souvent théâtre des conflits armés qui voient leur économie dégringoler à la mesure des dégâts et de la destruction causés par la guerre. Le gaspillage scandaleux des richesses et certains investissements onéreux à caractère purement belliciste ne peuvent-ils trouver une orientation meilleure et utilitaire en réponse aux multiples besoins des nécessiteux qui existent par ailleurs dans le camp des riches autant que dans celui des pauvres! Parmi la panoplie de conflits que ce siècle a vu naître, les revendications territoriales et la lutte pour l'autodétermination des peuples ont occupé une place importante, provoquant la désintégration et la balkanisation de nombreux Etats. Mais, la conscience du monde libre, imprégnée des valeurs éthiques et morales ne pourra oublier de sitôt, les conséquences de la guerre froide entre les deux blocs qui ont eu, sans l'ombre d'aucun doute, des répercussions positives ou négatives sur la destinée de certaines nations. Ainsi, pourrions-nous nous demander, quel serait l'avenir de certains pays sans la déstabilisation _orchestrée à dessein par des puissances étrangères? Est-ce que le Congo de Patrice Emery Lumumba aurait assumé la même physionomie semblable à celle que nous avons connue avec le régime des hommes forts, dinosaures de surcroît, télécommandés de l'extérieur? La ligne politique de l'homme et sa véhémence, suggèrent de penser que les choses se seraient déroulées autrement. Le cas du Congo est emblématique d'une situation d'ingérence et de domination hégémonique dictée par les intérêts égoïstes de quelques-uns au détriment des autres qui a plutôt nui aux rapports entre les nations.

28 Ce faisant, la responsabilité dans l'échec de la non-démocratisation rapide des Etats africains est historiquement à partager entre les puissances hégémoniques occidentales et les dirigeants africains qui se sont embarqués dans le train de l'impérialisme et du néo-colonialisme au lieu de ramer dans la direction des besoins de leurs populations. S'agissant de la décolonisation qui est un phénomène marquant de ce siècle finissant, elle n'aura été que nominale et non réelle pour la plupart de cas. Ses maillons et ses divers relais tentaculaires ont occulté la vie des nations devenues libres en les conditionnant de mille façons. Ce siècle sera caractérisé aussi par l'échec de la mise en place d'un nouvel ordre économique mondial. Les rapports mondiaux actuels portent encore les germes d'une dynamique de domination des uns au détriment des autres. La notion de partenariat jouissant des mêmes droits et privilèges doit faire encore son bonhomme de chemin dans un panorama où le phénomène de mondialisation, avec ses effets pervers, a tendance à tout supplanter par la voie d'une monopolisation à outrance. En dépit de toutes ces dénonciations, les bonnes volontés et beaucoup d'actes courageux se sont manifestés de diverses façons, même dans la coopération internationale. Cette contradiction manichéenne laisse la porte ouverte à l'espoir de voir les rapports entre nations diverses se fonder sur la recherche de la satisfaction de leurs populations respectives

sur une base égalitaire.

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Ce siècle aura été aussi celui de la victoire sur certaines endémies éradiquées complètement ou largement sous contrôle épidémiologique, comme il passera aussi dans l'histoire comme celui qui a connu l'éclosion du syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA). Pour terminer, ajoutons notre souhait à celui de milliers d'autres personnes qui veulent la paix et la concorde afin d'édifier et de construire un monde juste et solidaire où tous poulTont vivre en harmonie en partageant équitablement, suivant le mérite et l'ingéniosité des uns et des autres, ses richesses. C'est ce genre de pari que le monde libre et démocratique devrait chercher à réaliser au cours de ce siècle qui débute. y réussirons-nous ensemble ou bien chacun continuera à tirer la couverture de son côté?

Deuxième partie

De la responsabilité individuelle à la responsabilité collective