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Congo-Zaïre le destin tragique d'une nation

De
246 pages
Près d'un demi-siècle après son indépendance, la question de la survie du Congo et du statut de ses ressources naturelles est de plus en plus évoquée dans plusieurs cercles internationaux. A travers un aperçu de l'histoire, cet ouvrage décrit les enjeux et les évènements importants qui ont marqué l'histoire passée et récente du Congo. L'auteur apporte de nouveaux éléments de discussion pour leur compréhension, comme le tout premier témoignage public de Jonas Mukamba sur l'assassinat de Patrice Lumumba.
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Ngimbi KALUMVUEZIKOCONGO-ZAÏRE
Le destin tragique d’une nation
Nouvelle édition, revue et corrigée
Près d’un demi-siècle après son indépendance, le Congo (République
Démocratique) est à la croisée des chemins de son histoire. La question de CONGO-ZAÏRE
sa survie dans sa forme actuelle et du statut de ses ressources naturelles
est de plus en plus évoquée dans plusieurs cercles internationaux et
aussi par des dirigeants de certaines puissances occidentales. Comme
si le Congo était à refonder. Le destin tragique d’une nation
Ce livre vient à point pour comprendre l’actualité et se projeter
dans l’avenir. En faisant un aperçu de l’histoire, il décrit les véritables Nouvelle édition, revue et corrigée
enjeux et les péripéties des événements importants qui ont marqué
l’histoire passée et récente du Congo. Il apporte des nouveaux éléments
de discussion pour leur compréhension, comme le tout premier
témoignage public de Jonas Mukamba sur l’assassinat de Patrice
Lumumba. Un drame qui continue de tourmenter les esprits, et semble
n’avoir pas encore livré tous ses secrets.
Ngimbi Kalumvueziko est de nationalité congolaise
(RDC). Économiste et analyste fi nancier de formation,
spécialiste en développement, économie d’entreprise,
et relations économiques internationales, il a travaillé
pendant une quinzaine d’années (1973-1989) dans
les organismes publics chargés de développement,
avant d’exercer les fonctions de Ministre-Conseiller
chargé des questions économiques et commerciales à
l’Ambassade de la RDC à Washington, DC. Il est Ambassadeur de Bonne
Volonté de l’État d’Arkansas et Citoyen d’Honneur de la Ville de Durham,
État de Caroline du Nord, États-Unis. Il a également écrit : Le pygmée
congolais expose dans un zoo americain. sur les traces d’Ota Benga,
Éditions L’Harmattan, Paris, 2011.
ngimbikal@yahoo.com
Couverture (montage par l’auteur).
Ligne 1 de g. à dr. :
erLivingstone, Stanley, Tippo Tippo, Léopold II, Albert 1 .
Ligne 2 de g. à dr. :
Kasa-Vubu, Lumumba, Mobutu, Kabila I, Kabila II.
ISBN : 978-2-296-96425-9
25
CONGO-ZAÏRE
Ngimbi KALUMVUEZIKO
Le destin tragique d’une nation - Nouvelle édition, revue et corrigéeCongo-Zaïre
Ledestintragiqued’unenationÉtudes africaines
Collection dirigée parDenisPryen etFrançoisMangaAkoa
Dernières parutions
Mathieu DEHOUMON, La discrimination au travail en
Afrique,Analyse des procédés de l’O.I.T., 2012.
Abdoulaye KEITA, Sécurité alimentaire et organisations
agricoles et ruralesauMali, 2012.
Jean-MarcBIKOKO,Le syndicalisme à la croisée des chemins,
2012.
Jean-Baptiste MALENGE Kalunzu, Philosophie africaine,
philosophie de la communication, 2012.
MohamedBERRIANE, Hein de HAAS, Les recherches sur les
migrationsafricaines, 2012.
Aimé MPEVO MPOLO, Les quatre tournants manqués de
l’Université congolaise. Analyse des réformes académiques du
Congo-Zaïre (1971-2011), 2012.
Samuel NGUEMBOCK,La politique européenne de sécurité et
de défense enAfrique centrale, 2012.
B. MUREME K., Manuel d’histoire politique et sociale du
Rwanda contemporain suivant le modèle Mgr Alexis Kagame,
Tomes 1 et 2,2012.
François Claude DIKOUME, Le service public du sport en
Afrique noire,L’exemple duCameroun,2012.
Robert AKINDE (sous la dir. de), Les acquis économiques du
Bénin de 1960 à 2010,2012.
Christian EBOUMBOU JEMBA, Transports et développement
urbain enAfrique,2012.
WilliamBOLOUVI,Un regard inquiet sur l’Afrique noire,2012.
JulienCOMTET,Mémoires de djembéfola.Essai sur le tambour
djembé au Mali. Méthode d’apprentissage du djembé (avec
partitions etCD),2012.
JuanAVILA,Développement et lutte contre la pauvreté,Le cas
duMozambique, 2012.
Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU, Politiques de la
mémoire et résolution des conflits, 2012.
Apollinaire-Sam SIMANTOTO MAFUTA, La face occulte du
Dieu desCongolais, 2012.
Toavina RALAMBOMAHAY, Madagascar dans une crise
einterminable, 2édition, 2012.NgimbiKalumvueziko
CONGO-ZAÏRE
Ledestintragiqued’unenation
L’HARMATTAN

Couverture et mise en page par GMA ePublishing, LLC – Maryland,
USA – gmaepublishing@gmail.com
www.gmaepublishingllc.com






























© L'HARMATTAN, 201 3
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96425-9
EAN : 9782296964259À mon père Joseph Ngimbi Masokolo, disparu au moment où je mettais la
dernière main sur ce livre. Il a longtemps été au service de l’état congolais,
déjà à l’époque coloniale. Je lui dois de m’avoir fait connaître le Congo
entier à la faveur de ses nombreux déplacements professionnels et inculqué
le sens du service public.À travers lui, je rends hommage à tous ceux de sa
génération, anciens agents l’état colonial, morts ou encore vivants, pour
l’exemple de dévouement au bien-être de la collectivité, de probité morale et
de conscience professionnelle, des valeurs aujourd’hui perdues.
À mamèreAdèle KisitaYafu, femme courageuse etmèreexemplaire.
À ma femme Tyty Makanzu Mayela, pour son amour et sa grande patience
qui m’ont aidé à confronter les difficultés de la vie causées par les
changements politiques aupays.
Aux femmes congolaises,victimes de laguerre.
Aux générations congolaises, d’aujourd’hui et de demain, que j’exhorte à
connaître l’histoire de leur pays.
Mes remerciements à tous ceux qui, par leurs remarques, critiques,
observations, conseils et commentaires, m’ont aidé dans la rédaction
finale de ce livre : Raphael Mpanu Mpanu Bi Banda, Miatudila
Malonga, Père Hervé Muyo, Jacques Matanda, Okito Pene
Unyangunga, Francine Gbangi Kimboko, Adrien Nguadiankama,
Diolément Sasa Kasa-yi-Kiboba, Col. Francis Amuri Kalangala,
Symphorien Sykiala,Béatrice Nanga Mundela, Nzuzi Tambu, Levie
Gilda Mbimba.
Merci àGeorgeAlula et Xavier Kabwasa pour leur aide inestimable
dans la finition decet ouvrage.PRÉFACE
Une des interrogations constituant le fil conducteur de
cet excellent aperçu de l’histoire politique du Congo-
Kinshasa par Ngimbi Kalumvueziko est pourquoi les
espoirs de tout un peuple à chaque moment décisif de
renouveau dans la vie de notre pays soient éventuellement
déçus. Les moments les plus importants à cet égard
comprennent l’indépendance nationale, en juin 1960 ; les
élections de 1965, faisant suite à l’adoption par voie
référendaire de la Constitution de Luluabourg ; la
Conférence nationale souveraine de 1991-1992 ; et les
élections de 2006, qui devaient mettre fin à la deuxième
période de tutelle internationale en 46 ans d’une
souveraineté nationale extrêmement fragile. L’un des
grands mérites de ce livre consiste dans le fait que l’auteur
ait réussi à expliquer d’une manière claire et succincte les
tenants et aboutissants d’une crise interminable.
Le mot « crise » est devenu synonyme de la vie
politique congolaise. Nous parlons aujourd’hui de la
« première crise congolaise » de 1960-1965, pour laquelle
une mission de l’Organisation des Nations unies (ONUC)
d’environ 20.000Casques bleus et de plusieurs milliers de
techniciens civils imposa une véritable tutelle
administrative sur leCongo entre 1960 et 1964.De 1999 à
présent, une deuxième mission des Nations unies
(MONUC) avec 17.500 militaires et environ 3.000 civils
en 2008, assiste, impuissante, à la détérioration de la
situation sécuritaire à travers le pays, et particulièrement
dans la province du Nord Kivu. Entre les deux crises de
dimension internationale, le pays n’a-t-il pas connu des
7rébellions armées pour la « deuxième indépendance » ; des
coups d’État savamment montés par le dictateur Mobutu
Sese Seko afin d’éliminer de son armée les jeunes
officiers, dont les compétences l’effrayaient ; les deux
guerres du Shaba, en 1977 et 1978 ; et la guerre de sept
mois pour le renversement du régime Mobutu par une
coalition d’États africains par l’armée rwandaise
interposée ?
La crise actuelle fait suite à la guerre interafricaine pour
les ressources duCongo, qui suivit la tentative du Rwanda
et de l’Ouganda de se débarrasser de Laurent-Désiré
Kabila quand celui-ci venait de renoncer à sa vocation de
marionnette un an après sa prise de pouvoir grâce au
soutien des parrains rwandais et ougandais. Tout comme
ils avaient créé l’Alliance des forces démocratiques pour
la libération duCongo-Zaïre (AFDL) deux semaines après
le déclenchement de l’invasion rwandaise des camps des
réfugiés hutus au Congo en octobre 1996, ces deux
parrains eurent l’astuce de mettre sur pied en août 1998 un
mouvement rebelle congolais, le Rassemblement
congolais pour la démocratie (RCD), afin de confondre
l’opinion publique internationale, pour qui la deuxième
guerre du Congo était une guerre civile entre Congolais,
tandis qu’il s’agissait en réalité d’une agression pure et
simple de la part du Rwanda et de l’Ouganda.
Si le facteur extérieur est ainsi déterminant dans la crise
congolaise, il n’en reste pas moins que sa cause principale
est la faiblesse institutionnelle de l’État congolais, qui est
en grande partie due à la médiocrité de la classe politique
congolaise, de 1960 à nos jours. Le manque de sérieux et
l’absence de patriotisme au sein de cette classe sont bien
documentés dans cet ouvrage de Ngimbi Kalumvueziko,
dont l’expérience personnelle en tant que fils d’un évolué
congolais d’une part et haut fonctionnaire de l’État d’autre
8part lui a bien servi de perchoir pour une observation
attentive de la vie politique congolaise depuis 1960.
Comme lui, nous ne cessons de nous étonner de la
légèreté de politiciens congolais, parmi lesquels on
trouvera des individus ayant participé à toutes les
formations ayant pignon sur rue soit à Kinshasa soit dans
la rébellion, du régime Mobutu au gouvernement de
transition d’Etienne Tshisekedi ; du RCD au Mouvement
de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba ; et
de là à la mouvance présidentielle de Joseph Kabila et au
gouvernement d’Adolphe Muzito.Ce genre de prostitution
politique reflète non seulement l’absence de fermes
convictions politiques, mais aussi la quête permanente du
gain facile par l’accès aux postes ministériels et
parastataux porteurs des privilèges et des avantages
matériels.
C’est grâce à cette fixation pécuniaire que M.Lawrence
Devlin et laCentralIntelligenceAgency (CIA) américaine
réussirent d’embringuer le président Joseph Kasavubu et
le Groupe de Binza (Joseph Mobutu, Justin Bomboko,
VictorNendaka,DamienKandolo,AlbertNdele)àtravers
le ProjetWizard [magicien], par lequel ces derniers étaient
financés, dans la sale besogne d’élimination politique et
physique de PatriceLumumba.En tant que bénéficiaire de
la contre-révolution des colons blancs enAfrique australe,
source principale des mercenaires rhodésiens et sud-
africains qui renforcèrent sa position politique à la fin du
mandat de l’ONU en 1964, Moïse Tshombe se crut au-
dessus de tout soupçon, et usa de toutes sortes d’astuce
pour tenter de se propulser à la présidence du Congo au
détriment de Kasavubu. Une de plus grandes ironies de
l’histoire politique du Congo est que les groupes
lumumbistes tels que l’Union générale des étudiants
congolais (UGEC) saluèrent le coup d’État de 1965 du
général Mobutu, comme celui-ci venait d’écarter du
9pouvoir le « traître » Tshombe. Pour ce groupe
progressiste, le fait que Mobutu ait interrompu le
processus démocratique amorcé par la Constitution de
Luluabourg n’était qu’un moindre mal. Trente-deux ans
après, nous nous sommes bien rendu compte de cette
grave erreur d’appréciation.
De tous les moments décisifs décrits dans l’ouvrage de
Ngimbi Kalumvueziko, j’ai le plaisir de m’attarder sur
celui relatif à la Conférence nationale souveraine (CNS).
J’ai consacré une analyse détaillée à laCNS, son mode de
fonctionnement, ses résultats ainsi que les institutions
qu’elle avait engendrées (le gouvernement Tshisekedi, le
Haut Conseil de la République, la Commission nationale
des élections,CNE) dans un des chapitres de mon ouvrage
The Congo from Leopold to Kabila : A People’s History
(Zed Books, Londres et New York, 2002). Ayant moi-
même participé à ce grand forum national comme « invité
de la CNS », j’aurais souhaité que l’auteur y ait consacré
un peu plus d’attention. L’emprise de la CNS sur la vie
quotidienne au Congo entre avril et décembre 1992 ainsi
que l’ampleur de son influence sur la conscientisation
politique des masses populaires, ne sont que
marginalement évoquées dans le présent ouvrage. La
erCNE, une institution de laCNS mise en place le 1janvier
1996 et dont je fus le premier vice-président, mérite
également d’être prise en compte, d’autant plus que son
expérience était riche d’enseignements pour la
Commission électorale indépendante (CEI) de M. l’Abbé
Apollinaire Malu Malu.
En recommandant à tous les Congolaises et Congolais
ainsi qu’à tous ceux qui s’intéressent au sort de notre pays
la lecture de l’ouvrage de Ngimbi Kalumvueziko,
j’aimerais appuyer son appel à plus de responsabilités
auprès des dirigeants et des intellectuels congolais en
citant un des passages de ma déclaration de politique
10générale à la CNS : «La crise actuelle ne peut être
endiguée qu’avec un gouvernement responsable et
légitime, c’est-à-dire un gouvernement dans lequel le
peuple se reconnaît et qu’il considère comme celui qui
exprime le mieux ses aspirations et défend le mieux ses
intérêts. Un tel gouvernement n’est possible que dans la
mesure où il est constitué non par des technocrates issus
des organismes internationaux du système mondial qui
seraient prêts à nous imposer la logique de soumission
aux ajustements structurels tels que conçus et définis à
Washington, mais plutôt par des femmes et des hommes
imprégnés du patriotisme et de la conscience nationale et
qui jouissent de la confiance de notre peuple. Avec la
recrudescence de la conscience tribale et des tendances
régionalistes savamment entretenues par le gouvernement
en exercice, ces femmes et ces hommes doivent être des
nationalistes sans reproche, des personnalités qui
défendront à tout prix et contre vents et marées les intérêts
supérieurs de la nation. » (Déclaration de politique
générale du Professeur Georges Nzongola-Ntalaja, invité
de la Conférence nationale souveraine, Personnalité
scientifique,Kinshasa, 14/5/1992).
Georges Nzongola-Ntalaja
Professeur d’études africaines
Université deCaroline du Nord àChapelHill, USA.
28Décembre 2008INTRODUCTION
Au moment où je termine la rédaction de ce livre, la
(dernière?) guerre qui, pendant six mois (août 2008 à janvier
2009), a ravagé l’Est du Congo semble s’être arrêtée. Ce
développement rapide de la situation a pris par surprise tous les
observateurs avertis de la situation trouble dans cette partie du
pays depuis le génocide rwandais de 1994 tant les données
politiques, militaires et d’hégémonie territoriale qui sous-
tendent le système de pillage criminel des ressources et les
conflits ethniques paraissaient encore inextricables.
Les ferments de la haine ethnique qui y subsistent toujours
ainsi que la pratique de la violence pour l’exploitation des
richesses naturelles ont fait de cette partie du Congo un
véritable trou noir où se commettent dans la plus totale
impunité les crimes les plus abominables, faisant toujours des
victimes et provoquant des déplacements massifs des
populations. La guerre qu’a connue leCongo de 1998 à 2002 a
,causé environ 5,4 millions de morts et des déplacements de plus
de 3 millions de personnes à l’intérieur du pays. Ses
conséquences sur l’environnement ont été dévastatrices, en plus
d’importantes destructions des infrastructures.C’est le conflit le
plus meurtrier qu’ait connu le monde depuis la Deuxième
Guerre mondiale.
Longtemps abandonnée à une multitude de groupes armés
incontrôlés, aux milices autochtones Mai-Mai, et aux groupes
armés antagonistes rwandais, le Congrès national pour la
Défense du Peuple, CNDP, et le Front démocratique pour la
Libération du Rwanda,FDLR, toute cette région est encore loin
de retrouver une paix définitive. Son histoire est celle de
douleur pourla population.
13Les nombreuses initiatives jusqu’ici prises tant par le
gouvernement congolais que par laCommunauté internationale
n’ont pas réussi à faire taire définitivement les armes, ce qui fait
peser une réelle hypothèque sur l’intégrité territoriale et la
souveraineté du Congo en considérant surtout la forte
implication des acteurs étrangers, particulièrement le Rwanda
dont les visées sont claires : déstabiliser le Kivu, et profiter de
l’anarchie ainsi créée pour continuer à piller ses richesses.
Le Congo souffre de l’abondance de ses richesses, dont sa
population n’a jamais pleinement bénéficié. En concluant en
janvier 2009 un accord avec le Rwanda pour mener
conjointement des opérations militaires sur le territoire
congolais dans le but de neutraliser les forces du Front
démocratique rwandais, FDLR, dont certains membres sont
tenus pour responsables du génocide rwandais et la présence sur
la frontière a toujours été considérée par le Rwanda comme une
menace pour sa sécurité, le gouvernement congolais s’est
engagé dans une voie à l’issue encore incertaine. Un pari risqué
tant les motivations réelles du Rwanda ne sont pas très claires et
que son armée ne rassure pas encore quant à sa capacité à
défendre l’intégrité et la souveraineté du pays.
Le vaste territoire drainé par le bassin duCongo au cœur de
l’Afrique, et qui est devenu le Congo, avait été attribué à
Léopold II, roi des Belges, à la Conférence de Berlin en 1885
afin de calmer les tensions qui risquaient de se transformer en
conflits ouverts entre les pays européens se disputant des
possessions enAfrique.
Plutôt que d’en faire un territoire de libre-échange suivant
les recommandations de la Conférence de Berlin, Léopold II
réussit par toutes sortes de manœuvres à flouer tous les autres
pays européens pour faire du Congo sa propriété privée. Pour
exploiter les ressources du Congo à son profit personnel, il y
instaura un système d’une extrême brutalité sur les populations
1qui a coûté lavie à 10 millions de personnes .
1Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopol d, Edition Belfond,
2007.
14En reprenant le Congo en 1908, le gouvernement belge
s’efforça de réparer l’image de laBelgique ternie par son roi. Il
allégea le travail forcé et améliora sensiblement les conditions
de vie des travailleurs des entreprises coloniales, sans pour
autant changer fondamentalement le système d’exploitation des
ressources.
À l’accession duCongo à l’Indépendance le 30 juin 1960, le
gouvernement belge réussit un véritable hold-up économique et
financier en privant son ancienne colonie de la pleine
disposition du patrimoine colonial qui lui revenait. Près d’un
demi-siècle après l’Indépendance, les Congolais n’ont pas
encore réussi à créer une véritable nation, c’est-à-dire une
communauté d’intérêts où tous les groupes se sentent sécurisés,
jouissent des mêmes droits à l’exercicedu pouvoir et participent
de façon égalitaire au partage des richesses nationales. Ils n’ont
pas non plus réussi à constituer un état structuré, capable de
défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté de leur pays,
d’assurer leur bien-être et de porter les ambitions légitimes de
son statut de «géant d’Afrique » dû à la grande dimension de
son territoire, sa grande population, l’importance de ses
richesses, la grande étendue de ses forêts, l’importante réserve
en eau douce et l’important potentiel hydro-électrique qu’il
détient.
Depuis son Indépendance, le Congo a connu des situations
qui auraient entraîné sa dislocation. Les différents conflits
armés, les agressions extérieures et les rébellions au pouvoir
n’ont jamais pu détruire l’édifice Congo, comme si les
Congolais pouvaient se permettre de s’entredéchirer sur toute
autre question sauf l’unité de leur pays.
Le Congo a aussi manqué d’importants rendez-vous avec
l’histoire. L’aboutissement de la Conférence nationale
souveraine n’aurait-il pas permisaux Congolais réconciliés de
s’entendre sur un projet démocratique de société et de s’engager
dans la voie de développement ? Ou encore une bonne
organisation des élections en 2006 n’aurait-elle pas permis de
créer les bases d’une véritable démocratie, socle sur lequel
15devrait s’asseoir un état structuré, fort et capable de répondre
aux aspirations du peuple ?
Aujourd’hui encore, lesCongolais sont appelés à relever des
défis autrement plus grands que ceux d’hier ; bâtir une vraie
Nation par la réconciliation, organiser les capacités de défense
de l’intégrité et de la souveraineté du pays, éradiquer le pillage
des ressources, promouvoir une réelle démocratie notamment
par le respect des libertés individuelles, l’éradication de la
corruption et de l’impunité, le respect de la femme et l’égalité
devant la justice.
Ce livre est un aperçu de l’histoire du Congo depuis sa
création en 1885 jusqu’en 2006, année où ont été organisées les
dernières élections. Il a été écrit à partir de diverses sources
(ouvrages d’histoire, article de presse, films documentaires,
interviews...), de certaines de mes expériences personnelles et
des témoignages directs des personnes qui ont été acteurs ou
témoins de certains événements qui ont marqué l’histoire du
Congo après l’Indépendance.
Quand j’en ressentais le besoin, j’ai fait des commentaires,
analysé ou donné une appréciation personnelle des événements.
J’ai eu la chance de connaître les dernières années de la
colonisation dans mon enfance. Les nombreux déplacements
professionnels de mon père à travers le pays, souvent dans des
lieux les plus reculés, m’avaient ouvert les yeux aux réalités du
Congo profond déjà à cette époque.
Dans ma carrière professionnelle, j’ai sillonné le pays à
plusieurs reprises pour promouvoir des projets de
développement d’entreprises. J’ai participé à de nombreuses
conférences internationales sur le développement, à des
négociations avec les Organisations financières internationales
tant publiques que privées, à l’élaboration des programmes de
développement et des mesures d’incitation des investissements
extérieurs.
J’ai aussi rencontré de grandes personnalités congolaises et
internationales du monde politique et des affaires. Tout cela
m’a permis de mieux appréhender l’énorme potentiel duCongo
16et la réalité des enjeux internationaux dont il est l’objet. En
écrivant ce livre, j’ai voulu apporter ma contribution à la
connaissance de l’histoire de notre pays, susciter un débat sur
certains de ses épisodes les plus marquants et la réflexion sur
l’avenir.ChapitreI
AUCOMMENCEMENTÉTAITLE
ROYAUMEDEKONGO
1. DiegoCaoauRoyaumedeKongo
«En l’an de la création du monde 1681, année de la
naissance de Notre Seigneur 1482, le Très-Haut, très excellent
et puissant prince le roi dom Juan le second du Portugal fit
découvrir cette terre et ériger cette colonne par Diego Cao
écuyer de sa maison. »
C’est par ces mots, gravés sur une borne en pierre surmontée
d’une croix en fer, padrao , que Diego Cao, navigateur
portugais, marqua son arrivée à l’embouchure du fleuveCongo
en 1482. Il se trouvait devant le spectacle d’un gigantesque et
puissant fleuve poussant ses eaux à des dizaines de kilomètres
dans l’océan Atlantique. Il comprit que ce fleuve ne pouvait
venir que de très loin à l’intérieur du continent africain et devait
ouvrir la voie à de fabuleuses richesses. Il le baptisa Zaïre,
déformation phonétique de «Nzadi », grande rivière en langue
Kongo.
Diego Cao est reconnu dans l’histoire comme le premier
Européen à avoir mis le pied enAfriqueCentrale. Jusque-là les
navigateurs européens ne s’aventuraient pas au-delà de la ligne
de l’Équateur ; c’était la mer des ténèbres.
Comme d’autres navigateurs européens, Diego Cao était en
mission de reconnaissance pour trouver une route maritime
contournant l’Afrique et devant permettre d’atteindre le sous-
continent indien d’où l’Europe pouvait importer directement la
soie, les épices et d’autres produits précieux, sans passer par des
intermédiaires arabes. Ils espéraient aussi joindre le fabuleux
royaume d’un certain Prêtre Jean avec qui ils pouvaient s’allier
19pour mettre en déroute les forces de l’islam qui menaçaient
l’Europe.Cela n’était évidemment qu’un rêve chimérique.
Poussés par la soif de découvrir le monde, la simple
curiosité, des motifs commerciaux ou religieux, les Portugais
sous l’impulsion du roi Henri le Navigateur, successeur du roi
Juan II, concentrèrent toutes les connaissances techniques de
l’époque dans une grande école de navigation à Sagrès, d’où
sortit dans la deuxième moitié du 15eᵉ siècle un navire
réellement capable de tenir la haute mer, laCaravelle.
C’est donc à bord d’uneCaravelle queDiegoCao débarqua
à l’estuaire du fleuveCongo.D’après son récit, le contact avec
les populations locales fut pacifique, marqué de respect et d’une
certaine dévotion.
Pouvait-il en être autrement ? Selon une légende Kongo, les
ancêtres allaient un jour revenir par la mer, débarquant de
grands navires.Et commeDiegoCao et ses compagnons étaient
des blancs, les Bakongo les auraient pris pour des revenants,
des mvumbi en langue Kongo, pour la couleur blanche de leur
peau, la couleur de la mort.
Après avoir planté le padrao , Diego Cao poursuivit son
chemin vers le sud à la recherche de la route des Indes qu’il ne
trouva pas. Sur son chemin de retour, il s’arrêta à Kongo où il
devait récupérer quatre de ses compagnons qu’il y avait laissés.
Ne les ayant pas trouvés, il prit en otage quatre Kongo, dont un
certain Nsaku, membre de la famille royale, qu’il amena avec
lui au Portugal.
De retour au Portugal, il tomba en disgrâce pour n’avoir pas
trouvé la route des Indes. Un autre navigateur, Bartholomon
Dias de Novaes, plus connu sous le nom de Barthélemy Diaz,
prit la relève. C’est lui qui réussit à atteindre l’océan Pacifique
en contournant le continent africain. Sur son chemin de retour,
il embarqua plusieurs membres de la famille royale de Kongo
qui seront initiés à la culture portugaise.
202. LeRoyaumedeKongoàl’heure
portugaise
En 1492, une flottille de caravelles transportant des artisans
et des missionnaires ainsi que divers objets tels des matériaux
de construction, des outils, des étoffes, des objets de culte,
débarqua à Mpinda, à l’embouchure du fleuve Zaïre.
Les Portugais gagnèrent Mbanza Kongo, la capitale du
royaume, où Diego Cao rencontra le roi Nzinga Nkuvu qu’il
persuada d’ouvrir son royaume au Portugal. Le roi Nzinga
Nkuvu et son épouse se convertirent au christianisme en se
faisant baptiser sous les noms des souverains portugais,JoaoIer
etEleonora.
Selon Diego Cao le roi de Kongo était un souverain féodal
régnant en monarque absolu sur un territoire s’étendant du long
de la côte Atlantique à partir du fleuve Ogooué au Gabon
jusqu’à la rivière Kwango, couvrant le plateau des Batéké et
une grande partie du nordde l’actuelAngola.
Avant l’arrivée des Européens, les habitants de Kongo
pratiquaient le commerce, travaillaient le fer, le cuivre et l’or,
tissaient le raphia pour se vêtir et disposaient d’une monnaie
(pièces de coquillage) appelée nzimbu.Les finances du royaume
(collecte de l’impôt) étaient tenues par des mandataires du roi
appelésManiVangu .
Dès ce moment et pendant les années qui allaient suivre, des
missionnaires, commerçants et artisans européens vont affluer ;
des églises, des bâtiments sont construits ; les Bakongo sont
baptisés en masse.
Pour autant, ils n’avaient pas renoncé à leurs pratiques
traditionnelles, à l’exemple de leur roi qui continuait de vivre
dans la polygamie et de garder ses concubines. Les
missionnaires portugais réagirent brutalement à ce
comportement par une forte pression prosélytique, n’hésitant
pas à faire usage du fouet pour extorquer des confessions.Déçu,
le roi Nzinga Nkuvu renonça au christianisme et décida de
bannir les missionnaires portugais de son royaume.
21À sa mort, son fils Alfonso, qui avait bénéficié de l’appui
des Portugais dans sa lutte pour la succession, monta sur le
trône sous le nom deAlfonsoIer.Il se considérait comme l’égal
du roi du Portugal. Fervent chrétien, il encouragea la
propagation de la foi chrétienne. Par des correspondances
suivies avec le Saint-Siège, il sollicita l’envoi des
missionnaires.Des Kongo se convertirent en masse, des églises
et des écoles furent construites dans le royaume.
La capitale Mbanza Kongo prit le nom de San Salvador et
l’allure d’une ville européenne avec des maisons en briques.
L’habillement aussi devint à la mode européenne.
Ne pouvant répondre aux besoins de plus en plus importants
en missionnaires, artisans et commerçants, le Portugal qui ne
comptait à l’époque qu’un million d’habitants dut recourir à des
métis portugais installés dans l’île de Sao Tomé, face à la côte
de l’actuel Gabon. Dans leur grande majorité, c’étaient des
descendants des condamnés expulsés du Portugal et des
descendants des Juifs convertis venus deGrenade après sa prise
par l’Espagne, nés de liens avec des femmes africaines duGolfe
deGuinée. Sous la direction de leur Gouverneur qui avait reçu
du roi du Portugal l’autorisation de pratiquer le commerce le
long du fleuve Zaïre, ils s’étaient spécialisés dans la traite des
esclaves de Kongo qu’ils utilisaient dans leurs plantations de
canne à sucre. Trafiquants sans scrupules de véritables
« desperados » comme on les appelait, ils ne se privaient pas
d’intercepter les correspondances du roi de Kongo au roi du
Portugal et«oubliaient » souvent de tenir leurs engagements à
fournir des vêtements, alcools ou autres articles en échange des
esclaves.
3. Lesravagesdelatraite
Au moment où se déroulaient ces événements, le navigateur
Espagnol Christophe Colomb débarquait en Amérique, de
l’autre côté de l’Atlantique.C’était en 1498.
Le roi d’Espagne vit l’énorme profit qu’il pouvait tirer de
l’exploitation de ces nouvelles terres. Mais il lui fallait trouver
22de la main-d’œuvre. Comme les Indiens étaient rétifs à
l’esclavage, l’idée lui vint d’aller chercher ailleurs une main-
d’œuvre bonmarché.Elle se trouvait enAfrique.
Les Portugais qui avaient déjà un marché d’esclaves à
Lisbonne suivirent l’exemple desEspagnols en organisant eux-
mêmes le transport des esclaves partout où il y avait une
demande, principalement au Brésil et dans les Caraïbes. Pour
les habitants de Sao Tomé, une nouvelle opportunité se
présentait. Ils s’établirent en intermédiaires efficaces allant
jusqu’à capturer avec l’aide des chefs de tribus, des esclaves
dans les territoires voisins du royaume deKongo.
Après avoir écumé l’hinterland africain, ils se replièrent sur
le royaume de Ndongo, où régnait le roi Ngola de qui dérive le
nom d’Angola, ne fut pas non plus épargné. Jusqu’au 18eᵉ
siècle, toute la région fut le théâtre d’un intense commerce des
esclaves. Attirés par les énormes profits de la traite, les
missionnaires portugais n’hésitèrent pas à jeter leur froc aux
orties ; ils se transformèrent en marchands d’esclaves et
tombèrent vite dans la déchéance morale. Nombre d’entre eux
prirent des concubines noires.
Désespéré face à cette nouvelle situation, le roi Alfonso
envoya de nombreux messages de détresse au roi du Portugal, le
suppliant de lui envoyer de nouveaux missionnaires,
charpentiers et artisans. Mais ses appels ne trouvèrent aucun
écho.Les temps avaient changé.
Le long règne du roiAlfonsoIer (1506-1543) fut marqué par
l’assimilation de la culture portugaise ; des milliers de
personnes étaient chaque jour converties, des églises
essaimèrent partout, de nombreux jeunes furent envoyés
s’instruire au Portugal, dont le propre fils du roi, Enrique, qui
deviendra plus tard évêque, le premier évêque noir africain
connu.
L’esclavage fit par contre des ravages qui réduisirent
considérablement les effets de l’assimilation de la culture
portugaise.
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