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Cours de psychologie durant la Révolution française de 1789

De
130 pages
Ce livre présente le contenu du premier cours de psychologie officiellement professé en France et certainement dans le monde. C'est dans le cadre de l'institution des Ecoles Centrales, pendant la Révolution française de 1789, que l'on doit la mise en place et la rédaction du premier enseignement officiel de psychologie. Son auteur est un modeste professeur de philosophie nommé Benoni Debrun (1765-1845). Divisé en deux parties, cet ouvrage donne une histoire détaillée de l'éducation et de l'enseignement durant la Révolution. La seconde partie est consacrée à la réimpression du cours de Debrun.
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Serge NICOLAS

UN COURS DE PSYCHOLOGIE DURANT LA RÉVOLUTION FRANCAISE DE 1789
Le traité de psychographie de Benoni Debrun

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection

ENCYCLOPÉDIE

PSYCHOLOGIQUE

Dirigée par Serge Nicolas

La psychologie réellement sont encore encyclopédie

est aujourd'hui

la science fondamentale

de l'homme

moral. Son histoire a

commencé souvent

à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette

est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection,

contribué à l'autonomie rassemblant

les textes majeurs des plus grands psychologues, de psychologie l'étude

est orientée vers la réédition des On pourra

ouvrages classiques utilement compléter

qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui.

de ces œuvres en consultant consultable sur le Web:

les articles contenus dans la revue

« Psychologie

et Histoire»

http://lpe.psycho.univ-paris5

.fr/membres/nicolas/nicolas.francais.html.

(Ç) L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4144-4

SOMMAIRE PREMIÈRE PARTIE HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT PENDANT LA RÉVOLUTION (1789-1799) PLANS ET PROJETS SOUS L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (1789-91) ET LÉGISLATIVE (1791-92) FONDA TION DE L'ÉCOLE NORMALE SOUS LA CONVENTION NATIONALE (1792-1795) Longues discussions sur l'éducation à la Convention. .. ........ Rapport sur la création de l'École Normale (1794) La philosophie à l'École Normale (1795) FONDATION DES ÉCOLES CENTRALES ET LEUR DÉVELOPPEMENT SOUS LE DIRECTOIRE (1795-99). Projet de création des Écoles Centrales (1794-1795) La loi organique sur l'instruction publique (1795) Debrun à l'École centrale du département de l'Aisne

Il

15 15 22 30

35 35 42 50

DEUXIÈME PARTIE
NOUVELLE ÉDITION DE L'OUVRAGE

COURS DE PSYCHOLOGIE (1800)

TRAITÉ DE PSYCHOGRAPHIE PAR BENONI DEBRUN Professeur de Grammaire générale à l'École Centrale de l'Aisne

PARTIE I.
HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT PENDANT LA RÉVOLUTION (1789-1799)

François-Joseph-Bénoni Debrun1 est né à Villereau, près du Quesnoy (Nord) le 16 octobre 1765. Il fit ses études au séminaire St. Nicolas-du-Chardonnet à Paris et pendant l'année 1789 il exerce les fonctions de maître de Conférences de philosophie à Laon où il enseigne la logique, la morale et la métaphysique. Il fut ordonné prêtre le 19 décembre 1789. Il devint vicaire de La Fère, puis, après avoir prêté serment à la Constitution civile du clergé, curé constitutionnel de Poixdu-Nord, d'août 1791 à septembre 1792, et enfin vicaire épiscopal de Primat, évêque du Nord, d'octobre 1792 à juillet 1793. Le 14 juillet 1793, il épouse Marie-Rose-Louise André, de La Capelle, dont il eut six enfants. Le 16 octobre 1793, par une lettre au représentant du peuple Laurent, à Cambrai, il déclare renoncer «de cœur et de fait» aux fonctions ecclésiastiques. C'est à cette époque qu'il devient professeur public et gratuit de morale et de politique à Cambrai. Cette chaire fut établie à sa demande et sur la vue de son prospectus, par le district et la municipalité de Cambrai qui l'installèrent dans ses nouvelles fonctions. Au cours de cette période, il fut instituteur particulier et enseigna plus particulièrement les langues et les mathématiques. Longtemps incertain entre l'étude des sciences métaphysiques et celle des mathématiques, des circonstances particulières le déterminèrent à s'adonner spécialement à la logique et à la morale qu'il réunit sous le nom de PSYCOLOGIE (sic) (Archives Nationales dossier F/17/13442). Au commencement de l'an III, il est instituteur d'une école primaire à Buizonfosse, canton de la Capelle. Il y restera trois mois seulement ayant été envoyé par son district pour être élève de l'École normale puis professeur de grammaire générale à l'école centrale de Soissons. C'est dans ce cadre qu'il va composer son cours de psychologie, le premier du genre. Nous allons présenter dans la suite les circonstances qui ont conduit Debrun à publier ce cours aujourd'hui introuvable dans les bibliothèques publiques et universitaires. Pour cela, il est indispensable de nous plonger dans le contexte de l'époque et plus particulièrement de s'intéresser à la réorganisation de l'enseignement au cours de la période révolutionnaire. Avant la Révolution de 1789, l'enseignement en France était presque partout entre les mains du clergé2. Que devint cet enseignement
l Je me suis appuyé sur les documents suivants pour établir cette notice biographique: 10 Archives Nationales dossier F/17/13442 ; 20 Chartier, M. (1936). Un vicaire épiscopal de Primat: Benoni Debrun. Revue du Nord, 22, 51-57. 2 Avant 1789, l'enseignement, expression de l'état et de la société elle-même, était catholique et chrétien. L'enseignement de la philosophie était le dernier que les jeunes gens

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au cours de la Révolution? Nous allons suivre la mise en place de l'instruction publique révolutionnaire dans le contexte des événements politiques tounnentés de l' époque. Avec la Révolution, l'École était devenue avec l'Église un des symboles de l'ancien régime à abattre de fond en comble. Des plans successifs d'éducation vont voir le jour au cours de la période révolutionnaire. La première phase (1789-1792) se caractérise par la hardiesse des projets généraux d'éducation et la faiblesse des réalisations. La seconde phase (1792-1795) est marquée par la volonté d'éduquer les jeunes enfants et de donner à la France une école primaire. La troisième phase (1795-1799) est marquée par le recul des projets généraux et l'ampleur des réalisations avec la mise en place des écoles centrales destinées à l'éducation secondaire. Plans et projets sous )' Assemblée Législative (1791-1792) Constituante (1789-1791) et

Après les Etats Généraux, L'Assemblée nationale est mise en place par le Tiers-États le 17 juin 1789 sur la proposition de Emmanuel Joseph Sieyès (1748-1836). Elle se déclare constituante le 9 juillet 1789 ; quelques jours plus tard c'était la prise de la Bastille (14 juillet). Les
recevaient dans les collèges. Ils avaient traversé, au sortir des Petites Écoles ou Pédagogies, la classe des Humanités, où les élèves s'instruisaient pendant cinq à six années des préceptes
,

de la langue latine, puis de rhétorique (deux ans d'études), où l'on commençait à produire
quelque chose de soi-même en langue latine, pour enfin parvenir au terme de leurs études à la classe de philosophie où étaient enseignés en latin pendant deux années les préceptes de la philosophie, la logique, la métaphysique et la physique. L'enseignement philosophique d'inspiration religieuse est la scolastique. Il s'agit d'un enseignement formel où il est dit que la vérité n'est pas à trouver puisqu'elle est contenue dans l'Écriture. Mais comme il est difficile de l'en extraire, on y emploie deux armes, deux puissances formelles de l'intellect: l'exégèse et la logique. Le coors de philosophie le plus célèbre et le plus éclairé à la fm du XVIIIe siècle était connu sous le nom de "Philosophie de Lyon" où est exposé à la suite de la morale religieuse toute la théologie catholique pour les laïques. Ecrit dans un latin facile, il unissait à un cartésianisme appauvri les thèmes scolastiques utiles à la théologie. Mais l'essentiel était de bien connaître l'artifice du raisonnement, la construction et la décomposition du syllogisme. La syllogistique était considérée comme la meilleure méthode pour acquérir la science de Dieu, de l'Homme et de la Nature, comme aussi la vraie manière de communiquer la science ou de convaincre, c'était la dialectique, l'argumentation. Toute vérité se trouve au bout d'un bon syllogisme. Il suit de là que l'enseignement philosophique se réduit à la logique et encore à la partie la plus technique de la logique. Mais le cours de philosophie était trop peu substantiel, les faits psychologiques et moraux étaient remplacés par des distinctions subtiles ou des princiPes ontologiques. Dans ce contexte, la nouvelle philosophie, celle de Condillac en particulier, avait bien du mal à s'introduire dans les collèges.

10

privilèges sont abolis le 4 août et la Déclaration des droits de I'homme et du citoyen est promulguée le 26 août. Dès le 21 septembre 1789 (et le 22 décembre 1789 lors de la création des départements) paraissent les premiers décrets de l'Assemblée constituante transférant aux autorités administratives la surveillance de "l'éducation publique et de l'enseignement politique et moral". Après le retour forcé du roi Louis XVI à Paris le 6 octobre, les biens du clergé sont déclarés nationaux le 2 novembre. Si ce décret ordonnait la mise à la disposition de la Nation de l'ensemble des propriétés ecclésiastiques, l'Assemblée Constituante enjoignit, par son décret du 14 novembre 1789, aux monastères et aux chapitres qui possédaient des bibliothèques d'en déposer les états et les catalogues aux greffes des sièges royaux ou des municipalités les plus proches. Le 13 février 1790, l'Assemblée Constituante décrète l'interdiction de prononcer des vœux perpétuels, ce qui revenait à supprimer les Ordres religieux considérés comme incompatibles avec le respect de la liberté individuelle, que la Déclaration des droits de l'homme avait solennellement affirmé. Cependant, pour ne pas désorganiser l'enseignement rien ne devait être « changé quant à présent à l'égard des maisons chargées de l'éducation publique» (les congrégations religieuses furent supprimées par le décret du 18 août 1792). Le 12 juillet 1790 eut lieu le vote définitif de la Constitution civile du clergé. Dans les premiers temps de la Constituante, un bon nombre d'esprits distingués, Mirabeau et Talleyrand entre autres, s'étaient préoccupés de la nécessité de réorganiser l'enseignement à tous les degrés. Entre la fin de l'année 1790 et le début de l'année 1791, Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791) prépare, avec ses collaborateurs, un des premiers grands essais de plan d'instruction publique dans le contexte de l'expérience révolutionnaire. A la même époque, le 22 mars 1791, les maîtres d'école sont astreints à prêter le serment civique. Mirabeau meurt le 2 avril; son plan est publié comme œuvre posthume par Cabanis sous le titre Travail sur l'éducation publique, trouvé dans les papiers de Mirabeau l'ainé (Paris: Imprimerie Nationale). Ce plan s'organise en quatre discours: De l'instruction publique, ou de l'organisation du corps enseignant (premier discours) ; Sur les fêtes publiques, civiles et militaires (second discours) ; L'établissement d'un Lycée national (troisième discours); Sur l'éducation de I 'héritier présomptif de la couronne, et sur la nécessité d'organiser le pouvoir exécutif (quatrième discours). Le 17 avril, un décret de l'Assemblée Il

Constituante prévoit la déchéance des membres de l'instruction publique qui n'auront pas. prêté le serment civique. Beaucoup de professeursprêtres refusèrent le serment constitutionnel, ce qui précipita la décadence du corps tout entier. La fuite du roi et de sa famille (20 juin) et leur arrestation à Varennes en Argonne (25 juin) va être l'occasion pour les sentiments républicains de s'exprimer pour la première fois. La pétition demandant la déchéance du roi, apportée par les Cordeliers, le dimanche 17 juillet 1791, au Champ de Mars, déclenche des troubles (fusillade du Champ de Mars) réprimés par La Fayette. L'Acte constitutionnel fut achevé par l'Assemblée le 3 septembre et sanctionné par le roi le 13 septembre 1791. La Constitution déclare que la Nation 1° est seule souveraine; 2° se base sur le principe de la séparation des pouvoirs et 3° remet l'État aux mains de la bourgeoisie. Il sera inséré dans cette Constitution un article portant qu'il sera créé et organisé une instruction publique commune à tous les citoyens et gratuite au niveau élémentaire. C'est dans ce contexte que les 10, Il et 19 septembre, le projet de Charles Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) est présenté à l'Assemblée constituante. Ce projet proclamait la nécessité d'une instruction primaire universelle et gratuite, l'établissement d'écoles de district, d'écoles de département, d'écoles spéciales et la création d'un Institut national. Les écoles primaires devaient introduire l'enfance dans la société en cultivant les facultés physiques, intellectuelles (raison, mémoire et imagination) et morales; les écoles de districts devaient poursuivre dans cette direction en préparant utilement la jeunesse à tous les états de la société; les écoles de département devaient former particulièrement l'adolescence à certains états de la société avec des enseignements de théologie, de médecine, de droit et d'art militaire; enfin l'Institut national devait imprimer la direction des études et embrasser toutes les connaissances humaines dont les sciences philosophiques. Le projet de décret souligne notamment la liberté de l'enseignement: «il sera libre à tout particulier, en se soumettant aux lois générales sur l'enseignement public, de former des établissements d'instruction; il sera tenu d'en instruire la municipalité, et de publier leurs règlements» ; mais aussi la nécessité de créer à Paris une administration centrale sous le nom de Commission générale de l'Instruction publique nommée par le roi. Mais l'Assemblée Constituante se borne à entendre le rapport de Talleyrand et après le débat, la discussion commencée le 25 septembre est ajournée le lendemain même et la question scolaire est renvoyée à l'Assemblée Législative 12

nouvellement constituée (la première séance de l'Assemblée Législative

qui eut lieu le 1er octobre 1791ne débattra pas sur le sujet). L'Assemblée
Constituante décida cependant de faire imprimer le rapport (Rapport sur l'instruction publique fait, au nom du comité de Constitution, à l'Assemblée Nationale, les 10, 11 et 19 septembre 1791, par M. de Talleyrand-Périgord, ancien évêque d'Autun. Paris: Baudouin) et de ne prendre qu'une mesure provisoire en décrétant que «tous les corps et établissements d'instruction et d'éducation publique existants à présents dans le royaume continueront provisoirement d'exister sous leur régime actuel et suivant les mêmes lois, statuts et règlements qui les gouvernent». Dans les circonstances politiques du moment, au lendemain de Varennes, le plan de Talleyrand va cependant paraître subversif à la gauche de l'Assemblée (elle y voyait paradoxalement un instrument du despotisme renforçant le pouvoir royal) alors qu'il est accueilli avec enthousiasme par les monarchistes constitutionnels (notamment en raison de son caractère global et des pouvoirs étendus accordés au pouvoir central). Le 14 octobre est cependant créé le Comité d'Instruction Publique de l'Assemblée Législative comprenant 24 membres dont Marie Jean Antoine Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794) qui vient de publier une série de cinq Mémoires sur l'instruction publique qui paraissent successivement au cours de l'année 1791 dans la Bibliothèque de l'homme public: « Nature et objet de l'instruction publique» (premier mémoire, tome I, pp. 3-80); «De l'instruction commune pour les enfants» (second mémoire, tome II, pp. 3-128); « Sur l'instruction commune pour les hommes» (troisième mémoire, tome III, pp. 3-74) ; « Sur l'instruction relative aux professions» (quatrième mémoire, tome IX, pp. 3-48) ; « Sur l'instruction relative aux sciences » (cinquième mémoire, tome IX, pp. 49-83) (pour une réédition voir Condorcet, 1989a). Le comité écarta le plan de Talleyrand notamment en raison de la trop grande place accordée à l'enseignement religieux (Talleyrand-Périgord va se réfugier en Angleterre puis aux Etats-Unis entre 1792 et 1796). Pourtant, il est à noter qu'on se référera constamment à ce rapport dans les débats ultérieurs même si ce fut souvent pour le critiquer. Durant l'année 1792, c'est Condorcet qui va faire prévaloir ses idées exposées dans les Mémoires qu'il va offrir le 5 novembre 1791 à ses collègues du Comité. Le ministère des Girondins se met en place en mars 1792. La déclaration de guerre à l'Autriche a lieu le 20 avril. L'Assemblée 13

Législative, encore perturbée par les événements politiques, décide malgré tout de laisser la parole à Condorcet, les 20 et 21 avril 1792, qui présente son plan d'instruction publique destiné à offrir à chaque individu la facilité de développer ses facultés naturelles physiques, intellectuelles et morales. La Législative écoute Condorcet exposer son plan mais ne fait qu'en décréter l'impression sous le titre: « Rapport et projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique» (Condorcet, 1792, Paris: Imprimerie Nationale; réédition par G. Compayré en 1883 à Paris chez Hachette). Il s'agissait pourtant d'un des projets les plus complets et les mieux étudiés: il proposait d'établir des écoles laïques gratuites (mais non obligatoires) de cinq ordres différents (écoles primaires, écoles secondaires, instituts, lycées, société nationale des sciences et arts) ; il formulait des règles précises pour le choix et la préparation des maîtres; enfin, ce qui est le trait distinctif de son système, il attribuait aux Académies et aux Sociétés Savantes une influence considérable sur la direction et la surveillance des écoles. Devant les menaces militaires extérieures, le débat sur l'instruction publique est officiellement suspendu entre avril et décembre 1792 même si le Comité d'instruction publique continue ses travaux. Les premiers revers militaires sont enregistrés et vont provoquer la chute de la royauté qui est soupçonnée de trahison. La patrie est déclarée en danger le Il juillet. L'invasion des Tuileries a lieu le 10 août et le roi est arrêté. La première Terreur (10 août - 20 septembre) est déclenchée par l'invasion prussienne: l'Assemblée institue pour juger les suspects et les traîtres à la Nation un tribunal d'exception. A la même époque, l'Assemblée décide de reprendre le débat sur l'éducation à cause de la désorganisation croissante des écoles, décision qui restera lettre morte. C'est le 18 août 1792 que paraît le décret statuant qu'aucune partie de l'enseignement public ne sera confiée aux membres des anciennes congrégations. L'Oratoire, qui administrait 70 Collèges, fut dissous en même temps que les autres congrégations religieuses. Les élections pour la Convention ont lieu le 2 septembre avant les massacres de septembre des suspects anti-révolutionnaires. La victoire de Valmy (20 septembre) arrête l'invasion étrangère et clôt l'épisode de la première Terreur. Goethe, présent à Valmy, a raison de dire: « D'ici et de ce jour commence une ère nouvelle dans l'histoire du monde» .

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Fondation de l'École Normale sous la Convention Nationale (17921795)
,

Longues discussions sur l'éducation

à la Convention

La Convention Nationale est la troisième des assemblées révolutionnaire. Elle a siégé du 21 septembre 1792 au 26 octobre 1795. Dès le 21 septembre, la Convention rend trois décrets d'une importance capitale: 1° elle abolit la royauté; 2° elle proclame que les personnes et les biens sont sous la sauvegarde de la Nation; 3 ° elle déclare que la future constitution sera soumise à l'approbation de la Nation. La République est proclamée le 22 septembre (an I de la République). Le 13 octobre 1792 est constitué le comité d'Instruction Publique de la Convention dont ne fait plus partie Condorcet qui s'active alors à l'élaboration de la nouvelle constitution. Le Comité décide de prendre pour base de ses discussions le plan de Condorcet, mais il s'en écarte au cours de ses débats car certains le trouve trop audacieux et d'autres trop timide. Les traditionalistes le trouvent trop laïque; les autres trop élitiste et savant. Les membres du comité vont alors élaborer le projet d'organisation des écoles primaires en prenant toujours pour base le plan de Condorcet. Après la victoire de Jemmapes (6 novembre), la Belgique est occupée. Un mois plus tard, entre le 12 et le 24 décembre 1792 les rapports de Lanthenas et de Romme sont présentés à la Convention où a lieu un débat général sur l'instruction publique. En effet, la Convention girondine ouvre le débat en décembre 1792, à un moment, rappelons-le, où s'engage le violent débat de la mise en accusation de Louis XVI (procès du Roi qui commence le Il décembre et se termine le 14 janvier). Lanthenas rapporte sur les écoles primaires le 12 décembre 1792 en reprenant les idées de Condorcet. L'Assemblée adopte rapidement l'article premier du projet: « Les écoles primaires formeront le premier degré d'instruction. On y enseignera les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens. Les personnes chargées de l'enseignement dans les écoles s'appelleront instituteurs. » Des discussions passionnées s'engagèrent ensuite sur la question de l'éducation. Le débat dévia, notamment sous l'impulsion de Durand de Maillane, membre du Comité d'Instruction, qui demanda la discussion préalable de tout le système sur lequel repose le projet de Lanthenas (cf. Baczko, 2000), c'est-à-dire sur le plan de Condorcet. Une bonne part des représentants ne se souciait que de 15