Culture et trafic de drogue au Liban

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Publié le : samedi 1 janvier 1994
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EAN13 : 9782296289819
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CULTURE ET TRAFIC DE DROGUE AU LIBAN

Hassane MAKHLOUF

CULTURE ET TRAFIC DE DROGUE AU LIBAN

Edition l'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

Collection «Comprendre le Moyen-Orient»

De la MéditclTanée

orientale à l'ancienne Perse, lieu d'émergence

de

prestigieuses civilisations et berceau des trois grandes religions monothéistes, le Moyen-Orient est une région unique par l'importance extraordinaire de ce qu'elle a donné au monde. Aujourd'hui il est le théâtre de tant de drames enchevêtrés que les origines des conflits comme les enjeux en présence se perdent souvent dans le tumulte des combats: vu de l'Occident, il paraît beaucoup plus «compliqué» que jamais. au point que beaucoup renoncent à y voir

clair.

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Il est pourtant indispensable de chercher à comprendre ce qui s'y passe car le destin de ceUe région nous concerne directement: outre les liens religieux. culturels et politiques que l'histoire a tissés enlre nous, les bouleversements constants qui la secouent affectent gravement nos ressources énergétiques. nos équilibres économiques et même notre sécurité. Loin des rigidités idéologiques et des conceptions a priori. ceue collection entend contribuer à rendre plus intelligibles ces réalités apparemment insaisissables en publiant des ouvrages capables de susciter une véritable réflexion critique sur les mouvements profonds qui animent ces sociétés aussi bien que sur le jeu complexe des relations ifltemationales. Elle est ouverte à tous ceux qui partàgent cette nécessaire ambition intellectuelle.

Jean-Paul Chagnollaud

@ L'Harmattan. 1994 ISBN: 2-7384-2547-X

Collection Comprendre le Moyen-Orient Dirigée par Jean-Paul Chagnollaud Dernières parutions:
NAHA VANDI Firouzeh, Aux sources de la révolution iranienne, étude sociopolitique, 1988. SEGUIN Jacques, Le Liban-Sud, espace périphérique, espace convoité, 1989. ISHOW Habib, Le Koweit. Evolution politique, économique et sociale, 1989. BEN SIMON Doris, Le.ç Juifs de France et leurs relations avec Israël (19451980), 1989. PICAUDOU Nadine, Le lnouvement national palestinien. Genèse et structures, 1982. CHAGNOLLAUD Jean-Paul, et GRESH Alain, L'Europe et le conflit israélopalestinien. Débat à trois voix, 1989. GRAZ Liesl, Le Golfe des turbulences, 1989. NAAOUSH Sabah, Dettes extérieures des pays arabes, 1989. SCHULMANN Fernande, Les enfants du Juif errant, 1990. WEBER Edgar, Imaginaire arabe et contes érotiques, 1990. CHAGNOLLAUD Jean-Paul, Intifada, vers la paix ou vers la guerre? 1990. EL EZZl Ghassan, L'Invasion israélienne du Liban, 1990. HEUZE Gérard, Iran, au fil des jours, 1990. BOKOVA Lenka, La confrontation franco-syrienne à l'époque du mandat, 1925-1927, 1990. GIARDINA Andrea, UVERANI Mario, AMORETI1 Biancamaria Scarcia, La Palestine, histoire d'une terre, 1990. JACQUEMET Iolanda et Stéphane, L'olivier et le bulldozer; le paysan palestinien en Cisjordanie occupée, 1991. BESSON Yves, Identités et conflits au Proche-Orient, 1991. FERJANI Mohammed-Chérif, Islamisme, larcité et droits de l'homme, 1991. MAHDI Falih, Fondements et mécanismes de l'Etat en islam: l'Irak, 1991. BLANC Paul, Le Liban entre la guerre et l'oubli, 1992. MENASSA Bechara, Salut Jérusalem, 1992. JEANDET Noël, Un golfe pour trois rêves, 1992. GOURAUD Philippe, Le Général Henri Gouraud au Liban et en Syrie, 19191923, 1993. PICARD Elizabeth, ed., La nouvelle dynamique au Moyen-Orient, Les relations entre l'Orient arabe et la Turquie, 1993. REGNIER Philippe, hmayl Urbain, Voyage d'Orient suivi de Poèmes de Ménibnontant et d'Egypte, 1993. CHESNOT Christian, La bataille de l'eau au Proche-Orient, 1993.

A mon pays, A Monsieur le Premier Ministre Rafic EL - HARIRI en guise de reconnaissance pour le rôle qu'il joue dans la lutte contre la culture et le trafic des drogues au Liban.

AVANT-PROPOS

Dans ce travail nous avons, avant tout, cherché à ne pas nous éloigner d'une étude scientifique, et à faire abstraction de toute interprétation politique. Il est néanmoins difficile d'éviter tout débat passionnel et moral dans un contexte tel que celui du Liban actuel. Il nous a malheureusement été nécessaire, pour justifier nos références et nos propositions, de donner des limites à des précisions parfois trop fluctuantes. Il s'agit avant tout ici de faire part de nos propres connaissances et de notre travail personnel en tant qu'ingénieur agronome au Liban et spécialement dans la vallée de la Békaa', afin d'essayer, dans la mesure de nos possibilités, d'informer les organismes internationaux chargés de résoudre les problèmes de la culture des stupéfiants, de la commercialisation de leurs dérivés et des maux qu'ils engendrent.

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INTRODUCTION

Depuis plus d'un siècle, le Liban fait partie des pays producteurs de drogues illicites. La culture du Cannabis, connue depuis longtemps, y était pratiquée à des fins commerciales dans les zones pauvres du pays que l'Etat ne pouvait ni contrôler ni aider à se développer. Mais avec l'introduction de la culture du pavot au Liban durant la guerre, ce pays franchit une nouvelle étape et passa à la production de pavot et à sa transformation en héroïne. En effet, profitant de l'anarchie totale qui s'était instaurée dans tout le pays, les trafiquants amplifièrent leurs activités par la construction de nouveaux laboratoires de transformation et par la structuration de chaînes de trafic à une échelle mondiale. En outre, l'emplacement géographique du Liban sur la Méditerranée et la situation géopolitique de la région ont beaucoup contribué à l'extension de ces activités illicites. Le danger au Liban ne vient pas seulement des éultures illicites et de leur trafic. Il réside spécialement dans le fait que ce pays représente un lieu sûr de passage et d'entreposage de drogues produites aux pays du Croissant d'Or et notamment en Mghanistan. L'Etat libanais avait essayé de lutter par différents moyens contre l'extension des cultures illicites et de leur trafic, mais en vain. La situation politique et socioéconomique qui régnait dans le pays empêchait le bon
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déroulement de toute action à ce niveau. Aujourd'hui, les responsables libanais ont exprimé leur désir de débarrasser le Liban de ce fléau, et l'Etat est passé à l'action; il a aussi demandé aux organismes qui s'occupent de la lutte anti-drogue et du développement des régions pauvres de mettre en place des programmes de redressement économique basés sur des cultures de substitution ou sur la revalorisation des cultures traditionnelles pratiquées, dans le passé, dans les régions productrices de drogues. Mais cette action de lutte et de redressement économique demande beaucoup de moyens techniques et financiers que le Liban ne possède pas. Le gouvernement libanais mérite la confiance, l'.encouragement et l'aide de la part de tous les pays qui sont touchés par la drogue en provenance du Liban. Cette aide permettra à l'Etat libanais d'éradiquer les cultures illicites, de fermer les laboratoires et de renforcer le contrôle. Aussi, elle pourra assurer le redressement économique des régions productrices de stupéfiants par le biais des cultures de substitution qui permettront à nos paysans de vivre dignement.

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1. LE LIBAN

A la croisée des chemins entre l'Europe, l'Asie et l'Mrique, se trouve le Liban, petit pays de 10 452 km2, fusion de plusieurs civilisations qui ont contribué à le former et dont les vestiges y sont toujours présents. Ses montagnes, qui règnent en seigneurs sur la Méditerranée, lui profèrent un relief incomparable. Il constitue la porte du Proche-Orient sur l'Occident. De sa ville Byblos, les Phéniciens ont transmis aux pays du bassin méditerranéen leur alphabet ainsi que leur civilisation. Tout en restant attaché à ses racines arabes, il possède l'inégalable capacité de s'adapter aux modes de vie des pays occidentaux. Réputé pour la cordialité et l'hospitalité de son peuple, le Liban restera, malgré ses dix-sept ans de guerre, la perIe du Proche-Orient. Géographiquement, le Liban se trouve dans le secteur central du Levant qui longe la Méditerranée sud-orientale et jouxte les déserts de l'Arabie Septentrionale. Sa frontière maritime est allongée du SSW au NNE sur environ 220 km, tandis que ses frontières continentales s'étendent sur 350 km. Aucun point de ce territoire assez ramassé, entouré au sud par Israël, à l'est et au nord par la Syrie, ne se situe à plus de 75 km de la mer à vol d'oiseau. Malgré sa faible étendue, le Liban avec ses paysages marins, sa côte opulente, ses montagnes orgueilleuses et ses plaines fertiles est un pays extrêmement diversifié. 13

Carte N° I Le Liban

Beyrouth

Damas

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;.i.;.;.;';

Ville de 200 000

habitants
Altitude> de 1 ODDm

::::::

LaBélcaa'
JO km

En effet, il est rare de trouver un pays aussi petit que le Liban regroupant autant de climats différents. Tous sont caractérisés par des pluies qui varient de 200 à 1 400 mm. 14

et un minimum thermométrique en hiver, et par un maximum de température accompagné par une sécheresse en été. Ces climats de type méditerranéen sont diversifiés à cause de la triple influence de la mer, de l'altitude et du relief Cette diversité donne quatre variétés allant du climat méditerranéen humide au climat semi-désertique en passant par le climat méditerranéen continental et le climat montagnard. Plusieurs fois millénaire, le Liban est particulièrement riche en histoire en raison de sa situation au centre de l'Ancien Monde et au carrefour de plusieurs civilisations. Quatre mille ans avant Jésus-Christ, nous y trouvions les Phéniciens, descendants des Cananéens, l'une des plus anciennes civilisations de la Méditerranée. Ils ont fondé plusieurs villes en plus de Byblos, telles que Berytos - Beyrouth - (4 000 avolC.), Sidon (3 500 avolC.) et Tyr (2 750 avo lC.). Les Phéniciens ont colonisé une majeure partie du bassin méditerranéen et ont construit la ville de Carthage (en Tunisie actuellement). Jusqu'à 333 avo lC., chaque cité maritime conservait son autonomie malgré les occupations des Pharaons, Perses, Grecs et la domination des Hittites, des Assyriens et des Achéménides. En l'an 64 après Jésus-Christ, le Liban est devenu une partie de l'Empire Romain. En 287, il a été divisé en Phénicie maritime dont la capitale était Tyr et en Phénicie ad Libanum dont la capitale était Emès (Homs en Syrie). La plaine de la Békaa' ainsi que l'Anti-Liban étaient compris dans cette seconde partie. En l'an 200, la première école de Droit a été fondée à Beyrouth, ainsi que le temple du dieu du soleil (Jupiter Héliopolitain) à Héliopolis, ancien centre phénicien à Baalbeck (dans la Békaa' actuellement). En 395, le Liban a dépendu de l'Empire d'Orient dont la capitale était Constantinople, puis de l'Empire Byzantin. Les Arabes, en 636, ont pris Damas et la Békaa' puis tout le Liban. En 1096, il Y eut une première croisade, suivie par plusieurs autres, et le Liban resta sous la domination des 15

Croisés jusqu'en 1291, date à laquelle les Mamelouks reprirent les rennes de la région du Proche-Orient. . De 1516 jusqu'en 1919, le Liban dépendait de l'Empire Ottoman. En 1590, l'Emir Fakhreddine II (1572-1635) régnait sur le Mont-Liban. Il reprit pour un temps la Békaa' de l'Empire Ottoman, puis la perdit. Durant cette période, il avait établi des relations avec l'Europe, qui avait envoyé des missions européennes au Liban. Il construisit également une forteresse dans un village de la Békaa' nord (EI-Kaa') à la frontière libano-syrienne actuellement, pour protéger cette région des attaques ottomanes. En 1841, le pays fut déchiré par une guerre sanglante entre Druzes et Chrétiens au Mont-Liban. La Turquie coupa alors cette contrée en deux parties (Caïmacamat) : l'une pour les Druzes et l'autre pour les Chrétiens. Mais cette solution ne put arrêter les affrontements qui causèrent, par la suite, de nombreuses pertes humaines et des dommages importants. Suite à ces conflits, la France fut chargée par les puissances du moment de rétablir l'ordre, et les troupes du Général Beaufort d'Hautpoul débarquèrent sitôt après au Liban. Suite à la Première Guerre Mondiale, l'Empire Ottoman se désagrégea et finit par se retirer du Liban et de la Syrie après cinq siècles d'occupation. La France et l'Angleterre se partagèrent la région du Proche-Orient conformément aux accords secrets connus sous le nom de "Sykes-Picot" de 1916. La France exerça alors un mandat sur le Liban et la Syrie; l'Angleterre sur la Palestine, la Jordanie et l'Irak. En 1920, la France rattacha la Békaa' au Mont-Liban et proclama la création du Grand-Liban et en 1943, ce dernier connut l'Indépendance. En 1947-1948, les Juifs qui avaient immigré massivement en Palestine pendant la période du mandat anglais, firent main-basse sur la majorité du territoire palestinien. Suite à cette occupation, des milliers de palestiniens durent quitter leur terre en direction du Liban, de la Syrie, de la Jordanie et de l'Egypte, créant dans ces pays d'asile une 16

crise sociale assez grave (travail, logement, santé...). Vingt ans après, en 1967, Israël envahit la Cisjordanie obligeant le peuple palestinien à immigrer de nouveau. Le Liban reçut encore une fois une nouvelle vague d'expatriés. Malgré cette charge sociale et économique, le Liban accède à son apogée. La stabilité toute relative qui y régnait entre 1943 et 1975 lui permet de devenir la "petite Suisse" du Proche-Orient, véritable centre commercial et financier pour cette région. Mais, à partir de 1975 et avec la guerre civile (politique, religieuse, ethnique...) qui le ravagea, le Liban se transforma en ruines. Les conséquences de cette guerre furent désastreuses et laissèrent une marque indélébile dans la mémoire du peuple libanais. En 1982, Israël envahit le Liban, augmentant ainsi les problèmes et les malheurs de ce peuple. Un an plus tard, et suite aux nombreuses pertes humaines résultant de l'action de la Résistance Nationale Libanaise, les Israéliens durent se retirer successivement des régions occupées les unes après les autres. N'empêche qu'une partie du territoire libanais reste toujours sous l'occupation israélienne, violant ainsi la résolution 425 du Conseil de Sécurité International et gênant le retour du calme et de la paix au Liban. Le 22 Octobre 1989, les députés libanais ont réussi à signer un nouveau pacte national mettant fin à la guerre civile au Liban. Un mois plus tard, fut élu comme Président de la République le député de Zahlé, Monsieur Elias ELHRAOUI. Cet accord a permis à l'Etat libanais, par la suite, d'étendre progressivement sa souveraineté sur une grande partie du territoire libanais et de désarmer les milices existantes au Liban. L'histoire assez mouvementée de ce petit pays qui connut différentes civilisations, s'est reflétée sur la composition de son peuple. Ainsi, le Liban présente un mélange assez rare de religions. Plusieurs communautés religieuses et ethniques forment la population libanaise estimée, en 1991 à 3 385 000 habitants. Cette diversité profère à ce petit pays une griffe spéciale, faite d'entente et de 17

différends, de charme et de mystères. Le peuple libanais est réparti sur plusieurs groupes ethniques dont les plus importants sont les Arabes, qui représentent 90 % de cette population et les Arméniens avec un pourcentage de 5 %. Les 5 % qui restent sont répartis sur d'autres ethnies. La population active libanaise est estimée à 55 %, composée dans sa majeure partie par la population urbaine qui constitue 80 % du peuple libanais. Cette population active est partagée entre les trois principaux secteurs d'activité selon le pourcentage suivant: 63 % dans le domaine des Services, 28,3 % dans celui de l'Industrie et 8,7 % dans l'Agriculture 1. Bien que n'occupant que la troisième place entre les secteurs d'activité au Liban, l'agriculture demeure la principale source de vie de plus de la moitié de la population rurale qui représente 20 % du peuple libanais. Elle constituait 18,5 % du PNB en 1961, 9,2 % en 19802 et 8 % en 19923. Cette faible participation résulte de l'absence quasitotale d'une politique agricole depuis l'Indépendance et jusqu'au déclenchement, en 1975, de la guerre civile qui a durement affecté l'agriculture libanaise. En effet, l'Etat ne s'intéressait presque pas à ce secteur. Les crédits bancaires destinés à l'agriculture ne représentaient que 2 à 3 % du total des crédits qui étaient destinés à l'économie libanaise 4. Nous pouvons constater la marginalisation du secteur agricole par l'Etat libanais depuis l'Indépendance jusqu'à nos jours. Par la suite nous comprenons l'attitude de révolte des agriculteurs libanais et surtout ceux de la Békaa' qui n'avaient ni l'argent nécessaire ni les moyens de
1 Banque Mondiale "Rapport sur le développement dans le monde" 1992. 2 KANDALAFf Georges: Le secteur agricole au Liban. encadrement et projets, in: Proche-Orient, études économiques n° 31. 3 Ministère de l'Agriculture. 4 Banque du Liban. 18

transport pour se déplacer afin de pouvoir négocier des emprunts éventuels. En général, c'étaient les grands agriculteurs qui profitaient de la part minime des crédits destinés à l'agriculture. . La population active agricole a baissé de moitié en dix ans : de 200 000 personnes en 1960 (40 % de la population active), elle est passée à 100 000 personnes en 1970 5. L'agriculture libanaise, qui est caractérisée par la prédominance des cultures horticoles et fruitières très diversifiées, est typiquement méditerranéenne. Les deux principales régions agricoles sont la Békaa' et la plaine côtière. La surface cultivable au Liban est estimée à 311 000 hectares dont 301 000 ha sont utilisés. Deux cent huit mille hectares sont cultivés soit par des cultures permanentes, soit par d'autres cultures (céréales, maraîchères...). Le reste est en jachère ou sert de pâturage. Quatre-vingt-six mille hectares des terres cultivées sont irrigués. Les forêts et bois occupent une superficie de 80 mille hectares 6. Soixantequatre pour cent des exploitations agricoles sont caractérisées par leur petite taille (moins de deux hectares), ce qui constitue un obstacle à la mécanisation et au développement de l'agriculture 7. Le Liban, "la Suisse de l'Orient", regorgeait, avant la guerre, d'argent et de devises étrangères. Il était reconnu pour sa puissance monétaire et la stabilité économique qu'il offrait à ses habitants et visiteurs qui y affluaient de toutes parts afin d'y investir leur argent. Il fut nommé, à juste titre, la banque du Proche-Orient. En effet, le Liban disposait d'une économie florissante bien avant les autres pays du Proche-Orient et il était considéré comme un pays prospère et moderne.
5 Agrostat, FAO, 1989. 6 Idem. 7 KANDALAFf Georges encadrement et projets, in : n° 31.

: Le secteur agricole au Liban, Proche-Orient, études économiques 19

Or, avec l'insécurité et l'instabilité qui accompagnèrent la guerre, l'économie, privée de ses plus importantes sources (le tourisme, le secteur bancaire...) fut âprement touchée. Aussi, l'Etat libanais, avec tout le chaos produit par les multiples combats, était incapable d'exercer son véritable rôle. Se trouvant dans l'impossibilité de collecter les impôts, les taxes douanières et les redevances d'électricité et de télécommunication, l'Etat s'appauvrit. La Banque Centrale du Liban, renommée pour sa richesse en devises étrangères, dut puiser dans ses fonds afin de payer les différentes charges du gouvernement (santé, éducation, défense, etc.). Dès lors, la livre libanaise périclita devant les monnaies étrangères. Le pouvoir d'achat des citoyens libanais chuta, entraînant ainsi des problèmes socioéconomiques très graves et cette catastrophique guerre civile fit régresser le Liban au rang des pays en voie de développement. L'écart entre le dollar U. S. et la livre libanaise pendant les dix premières années de la guerre était minime (1 $ équivalait 2,43 L.L. en 1975 et 12 L.L. en 1985). En effet, les années prospères de l'économie libanaise, spécialement entre 1970 et 1975, ont laissé leur empreinte, permettant au pays de survivre, bien que difficilement, pendant les dix premières années de guerre. Mais, les combats et assauts répétés ainsi que la paralysie de presque tous les secteurs producteurs affaiblirent totalement l'économie du Liban. Ceci entraîna la dévalorisation de la monnaie nationale face aux monnaies étrangères et notamment face au dollar (1 $ = 2 300 L.L. en 1992). L'agonie de l'économie libanaise, ajoutée à la guerre continue, ont ébranlé le pays et y ont créé une très grave crise socio-économique. Cette crise toucha toute la population libanaise et fut à la base de la propagation de plusieurs activités illicites dans le pays. Elle affecta surtout la population des zones rurales vivant de l'agriculture, secteur qui a énormément souffert durant la guerre et qui souffre encore de plusieurs problèmes qui contrarient son développement et empêchent ainsi l'évolution de ces 20

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