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Dans le sillage de Naxalbari

De
308 pages
En mai 1967, les paysans du village de Naxalbari, situé au nord du Bengale occidental se révoltent contre les propriétaires fonciers pour que leurs terres illégalement détenues soient saisies et redistribuées aux villageois. C'est inspiré de cette révolte que depuis quarante ans, une partie du peuple opprimé de l'Inde lutte pour sa survie. « Dans le sillage de Naxalbari » donne une perspective globale du mouvement naxalite qui en est issu, retraçant son histoire depuis l'origine.
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SumantaBANERJEE (trad. par J. Adarshini)
Dans le sillage de Naxalbari
RemerciementsJe remercie Sumanta Banerjee pour m’avoir autorisée à travailler au partage plus large de son texte. Je remercie Partho, Soumya,Amit Bhattacharyya, Gautam, Bert, Tom, Constant et tous les camarades indiens pour leurs informations, leur écoute et leurs précieux conseils politiques et rédactionnels. Merci à Sidonie et à Pierre de m’avoir fait confiance. Enfin, je remercie Nicolas, Louise, Aurore, Régine de Biolley, V.A., pour leur soutien et leur patience.
Dans le sillage de Naxalbari
Sumanta Banerjee
(trad. par J. Adarshini)
TITRE ORIGINAL
I n T h e W a k e o f N a x a l b a r i, publié par Samsad Edition, re e novembre 2008 (1 édition), décembre 2009 (2 édition)
D/2015/4910/26
© Academia-L’Harmattan s.a. Grand’Place 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
 ISBN: 978-2-8061-0226-3
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’auteur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
NOTE DE L’ÉDITEUR – SAMSAD ÉDITION
Dans le sillage de Naxalbari, initialement publié en 1980, et épuisé depuis plus de deux décennies, reste le compte-rendu le plus digne de foi du soulè-vement paysan de 1967 à Naxalbari, sous la direction du Communist Party of India (Marxist-Leninist). Le terme « naxalite » fait maintenant partie du langage politique international. Alors même que les mouvements naxalites, étroitement associés au mouvement maoïste apparu ultérieurement, font sen-tir leur présence en Inde et au Népal voisin, on a de nouveau besoin de ce classique de la littérature politique, qui bénéficie d’une nouvelle introduction et d’une postface ajoutées par l’auteur pour l’édition Samsad. La large gamme des sources de Sumanta Banerjee va de documents officiels, dont un grand nombre d’inédits, jusqu’aux entretiens directs avec les participants eux-mêmes, les dirigeants comme les cadres ; faisant de l’ouvrage une ana-lyse pénétrante, perspicace et authentique du mouvement et de ses consé-quences.
NOTE DE LA TRADUCTRICE – J. ADARSHINI
À l’origine, cette traduction devait être publiée par une maison d'édition ba-sée à Delhi. Depuis la prise de pouvoir de Modi au gouvernement central de l’Inde, les maisons d'édition progressistes subissent de nombreuses pressions entravant leur travail, et notamment, la publication d'ouvrages dont les auto-rités estiment qu'ils pourraient contenir des discours allant à l'encontre de l'establishment. Deux mois après les élections de mai 2012, l'éditeur en chef m'a fait savoir qu'il ne souhaitait plus aller de l'avant dans l'édition de la tra-duction deDans le sillage de Naxalbari.
Quatre chapitres de l’édition originale ont dû être supprimés pour des ques-tions de longueur. Ces quatre chapitres intitulés respectivement Le parti communiste ; Srikakulam ; La naissance d’un parti et Le parti à la croisée des chemins sont consultables sur la toile à l’adresse suivante : www.jadar-shini.be/In-the-Wake-. La traduction des Huit documents, textes de référence et fondateurs de la théorie de Charu Mazumdar a été publiée par le Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste (Belgique) – www.centremlm.be – en février 2015 dans sa revue Clarté Rouge. Tout au long de l’ouvrage, l’auteur fait référence à des textes rédigés par Charu Mazumdar. Ceux-ci sont mentionnés entre braquets []. La liste de ces textes est consultable à l’adresse suivante : www.jadarshini.be/Liste-des-ecrits-de-Charu-Mazumdar
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INTRODUCTION
[…] des batailles gagnées ou perdues – mais menées – contre l’ennemi. Che Guevara : Message au monde, 1967
Celui qui ne rêve pas et ne peut pas faire rêver les autres ne pourra jamais devenir un révolutionnaire. Charu Mazumdar (Cité dans « Naxalbarir Shiksha »)
 En mai 1967, un soulèvement paysan a eu lieu à Naxalbari – une région à l’extrémité Nord-Est de l’Inde, voisine du Népal à l’Ouest, du Sikkim et du Bhoutan au Nord et du Pakistan oriental au sud. Il fut conduit par des révolu-tionnaires communistes armés qui jusque-là avaient été membres du Com-munist Party of India (Marxist) [CPI(M)], mais qui devaient plus tard s’en séparer et constituer un parti distinct – le Communist Party of India (Mar-xist-Leninist) [CPI(M-L)].  Le soulèvement a été écrasé par la police en quelques mois. Mais à partir de ce moment-là, rien ne pourrait plus être tout à fait pareil dans la cam-pagne indienne. Les paysans d’une patience à toute épreuve semblaient avoir redécouvert leur militantisme traditionnel. De 1967 à 1972 – la période prin-cipale traitée dans ce livre – dans certaines parties de l’Inde, ils se sont ré-pandus en jacqueries contre l’élite féodale privilégiée. Dans certains vil-lages, dirigés par le CPI(M-L), ils ont combattu la police et les troupes alors que ces dernières étaient envoyées pour protéger les propriétaires. Ces évé-nements ont attiré l’attention sur leurs efforts désespérés pour mettre fin aux conditions insupportables d’oppression économique et d’humiliation sociale, et ont également exposé le programme du CPI(M-L) pour s’emparer du pou-voir des dirigeants et mettre en place des zones libérées dans les campagnes. Bien que durant ces cinq années tumultueuses, sa force effective fut limitée à quelques petites zones dans le pays, l’idéologie du CPI(M-L) a profondé-ment imprégné la vie sociopolitique indienne. Le terme « naxalite » (tiré de Naxalbari) a continué de symboliser n’importe quel assaut sur les idées et les institutions qui soutiennent l’ordre établi en Inde. C’est devenu un élément du langage courant partout en Inde, et avec les « Huks » des Philippines, le « Fatah » de Palestine et les « Tupamaros » d’Uruguay, il a aujourd’hui trou-vé une place dans le vocabulaire de la révolution mondiale.  La trajectoire du mouvement CPI(M-L) a de temps en temps un peu di-vergé de l’itinéraire tracé en 1967, et une phase s’est achevée par l’échec de 1972. La « menace naxalite » (pour utiliser l’expression préférée de la police indienne) ne restera-t-elle qu’un souvenir qui sera, avec le temps, réduit au statut de nouveau mythe héroïque mais futile de la gauche indienne ? Ou deviendra-t-elle le prélude d’une révolution communiste victorieuse en Inde ?
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 Les nécrologues du mouvement se sont toujours révélés précoces dans leurs déclarations. Si le mouvement était maîtrisé et proclamé « écrasé » dans une partie de l’Inde, il apparaissait vite dans une autre, parfois un coin très inattendu du pays. Naxalbari fut suivi par Srikakulam dans l’Andhra Pradesh ; Srikakulam par Debra-Gopiballabhpur et Birbhum dans le Bengale occidental ; ces derniers par Bhojpur, Jehanabad et Aurangabad dans le Bi-har, et puis encore au Malkangiri dans l’Orissa, au Dandakaranya dans le Chhattisgarh, et au Palamau dans le Jharkhand – où encore aujourd’hui, les guérilleros paysans du CPI(Maoist) ont constitué des « zones libérées ». La continuité du mouvement peut s’expliquer par la persistance et l’exacerbati-on des motifs fondamentaux qui lui ont donné naissance – l’exploitation ca-pitaliste et féodale des pauvres en milieu rural et le recours à la répression de l’État indien pour étouffer leurs protestations.  Le revers de 1972 ne peut amoindrir la violence des griefs populaires qui ont stimulé le mouvement, ni atténué le défi posé par la propagation de la lutte armée depuis lors pour la réparation de ces griefs dans différentes ré-gions du pays. Bien que Charu Mazumdar, l’idéologue du mouvement, ne soit pas souvent parvenu à donner la bonne direction, et ait été en grande partie responsable de l’échec de 1972, ses idées continuent à vivre. Tout en l’insultant, l’État indien a aussi été contraint de partager la grande cape de Charu Mazumdar en tempêtant souvent en termes radicaux contre l’oppr-ession féodale. Même son dénigrement alarmiste des « naxalites » est une réticente reconnaissance de sa prédiction concernant la capacité de ses parti-sans à survivre, à poursuivre et à étendre leur mouvement face à la plus im-pitoyable répression déclenchée par l’État indien. Le meilleur témoignage de la ténacité et de la vitalité du mouvement est venu de rien moins que le pre-mier ministre Manmohan Singh, qui à un congrès à New Delhi en juillet 2006, l’a décrit comme étant le « plus grand défi pour la sécurité inté-rieure ».  La déclaration de Manmohan Singh révèle la mentalité de la classe diri-geante indienne, qui prend pour cible les mouvements des pauvres opprimés au lieu de viser les troubles meurtriers de ceux qui sont le problème vraiment dangereux pour la sécurité – les forces communalistes fascistes hindoues. Dans leur agitation contre les membres de toutes les communautés minori-taires et tous les dissidents, ces fanatiques communalistes ont recours à une violence d’une ampleur beaucoup plus grande que celle employée par les naxalites contre les propriétaires oppressifs, les prêteurs sur gages notoires et la police prompte à tirer. En outre, l’ordre du jour et le programme politique des partis communalistes hindous représentent une menace pour le noyau même de la Constitution indienne – son engagement pour les valeurs du so-cialisme, de la laïcité et de la démocratie. Pourtant, le traitement délicat de ces criminels par l’État indien contraste nettement avec sa persécution éner-gique des naxalites.
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Le contexte mondial du mouvement
 Pour revenir à la naissance et à la progression du mouvement naxalite dans la période de 1960-1970, en dehors de l’étude de ses originesnationales, il est également nécessaire de le situer dans la conjoncture inter-nationale contemporaine. À ce moment-là, la recrudescence radicale dans différentes régions du monde était marquée par la relecture de Marx pour redécouvrir les origines de l’humanisme révolutionnaire qui pourrait insuf-fler le courage individuel au sacrifice pour la cause. La tendance générale allait vers un retour à la ferveur morale et à la spontanéité des débuts du mouvement révolutionnaire ayant inspiré de la même façon les commu-nistes, les socialistes et les anarchistes, et qui fut illustré par la prédominance de la morale sur l’opportunisme politique. Cela se reflétait dans les mouve-ments anti-guerre et pour les droits civils aux USA ; dans les troubles estu-diantins en Europe occidentale, qui rejetaient aussi bien les promesses de richesse de l’État que la torpeur bureaucratique de la gauche traditionnelle et cherchaient à raviver les anciennes idées socialistes d’autogestion et d’auto-représentation ; dans l’abnégation du Che Guevara dans les jungles deBolivie à la recherche du vieux rêve de solidarité internationale de tous les révolutionnaires ; et dans la révolution culturelle en Chine qui, en dépit de ses excès, des erreurs et des crimes commis au nom du marxisme, était au départ motivée par l’accent rousseauiste sur la transformation de l’individu et par la reprise de la doctrine selon laquelle la souveraineté appartient au peuple.  Le mouvement naxalite a fait partie de cet élan mondial contemporain parmi les radicaux pour revenir aux racines de l’idéalisme révolutionnaire. Dans le contexte indien, il a pris la forme d’un retour à l’origine de toutes les révolutions du tiers-monde – la paysannerie – qui avait une longue tradition de lutte contre l’impérialisme et le féodalisme. Le mouvement naxalite a e e puisé son inspiration dans les jacqueries indiennes des XVIII et XIX siècles comme dans les luttes des paysans armés et organisés, dirigés par les com-munistes dans le Telangana dans les années 1940. Son insistance sur l’affi-rmation de soi spontanée des paysans, ses projets de décentralisation par une « prise de pouvoir à l’échelon régional » et la constitution de soviets de vil-lage, son rejet de la voie sans danger de l’opposition parlementaire et des e institutions de la démocratie bourgeoise du XX siècle – le tout revenant au vieux rêve de l’utopie rurale, du village libre non entravé par les fonction-naires et les propriétaires ! En même temps, sa redécouverte des potentialités révolutionnaires de la paysannerie a posé un problème à la sclérose idéolo-gique de la gauche parlementaire en Inde qui s’était habituée à la gestion efficace du statu quo en participant à quelques gouvernements régionaux. Le courage et le dévouement immense des dirigeants et des cadres du mouve-ment naxalite ont également rendu au mouvement marxiste du pays l’honnê-teté et l’humanisme qui s’étaient érodés au fil des années.  Néanmoins, il faut reconnaître que le CPI(M-L) a souvent été coincé par la nature essentiellement paysanne du mouvement dans la mesure où il ne
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