De Gaulle : La solitude du combattant - 1940-1946

De
Publié par

De Gaulle est seul. Il a quarante-neuf ans. Le 18 juin 1940, il lance un appel à la résistance. Mais qui l'entend ? La France est vaincue, occupée. Elle écoute le vieux chef : Pétain. Pour de Gaulle, exilé à Londres, inconnu, condamné à mort par Vichy, c'est " la solitude du combattant ".



Comment, en quatre années, ce général proscrit réussit-il à devenir le symbole de la Résistance et le plus illustre des Français ?


C'est cette aventure fabuleuse que Max Gallo raconte ici, en suivant pas à pas de Gaulle. Et l'on découvre une histoire inconnue : celle d'un homme qui doute, qui dit : " Il faut avoir le coeur bien accroché et la France devant les yeux pour ne pas envoyer tout promener. " Celle d'un homme secoué par des " sanglots d'orgueil " quand il suit les combats de Bir Hakeim. Et surtout celle d'un homme intraitable, qui chaque jour doit s'opposer à Churchill et à Roosevelt qui veulent l'humilier, l'écarter, le soumettre. Il n'a, au début, pour leur résister, que les armes de la volonté et de la foi en lui-même. Puis se lèvent les héros qui le rejoignent : résistants obscurs ou illustres, tels le général Leclerc ou Jean Moulin. Et, le 26 août 1944, Paris accueille le " libérateur du territoire " : De Gaulle.



Que faire maintenant ? Gouverner ? Mais les partis politiques ont commencé leurs petites manoeuvres. De Gaulle démissionne le 20 janvier 1946 : " On ne peut être à la fois l'homme des grandes tempêtes et des basses combinaisons. " Il emporte avec lui le rêve.





Publié le : jeudi 19 avril 2012
Lecture(s) : 27
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221119112
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture

De Gaulle

* L’Appel du Destin (1890-1940)

** La Solitude du Combattant (1940-1946)

*** Le Premier des Français (1946-1962)

**** La Statue du Commandeur (1963-1970)

Du même auteur

Romans

Le Cortège des vainqueurs, Robert Laffont, 1972.

Un pas vers la mer, Robert Laffont, 1973.

L’Oiseau des origines, Robert Laffont, 1974.

Que sont les siècles pour la mer, Robert Laffont, 1977.

Une affaire intime, Robert Laffont, 1979.

France, Grasset, 1980 (et Le Livre de Poche).

Un crime très ordinaire, Grasset, 1982 (et Le Livre de Poche).

La Demeure des puissants, Grasset, 1983 (et Le Livre de Poche).

Le Beau Rivage, Grasset, 1985 (et Le Livre de Poche).

Belle Époque, Grasset, 1985 (et Le Livre de Poche).

La Route Napoléon, Robert Laffont, 1987 (et Le Livre de Poche).

Une affaire publique, Robert Laffont, 1989 (et Le Livre de Poche).

Le Regard des femmes, Robert Laffont, 1991 (et Le Livre de Poche).

Un homme de pouvoir, Fayard, 2002.

Suites romanesques

La Baie des Anges :

I. La Baie des Anges, Robert Laffont, 1975 (et Pocket).

II. Le Palais des Fêtes, Robert Laffont, 1976 (et Pocket).

III. La Promenade des Anglais, Robert Laffont, 1976 (et Pocket).

(Parue en un volume dans la coll. « Bouquins », Robert Laffont, 1998).

Les Hommes naissent tous le même jour :

I. Aurore, Robert Laffont, 1978.

II. Crépuscule, Robert Laffont, 1979.

La Machinerie humaine :

— La Fontaine des Innocents, Fayard, 1992 (et Le Livre de Poche).

— L’Amour au temps des solitudes, Fayard, 1992 (et Le Livre de Poche).

— Les Rois sans visage, Fayard, 1994 (et Le Livre de Poche).

— Le Condottiere, Fayard, 1994 (et Le Livre de Poche).

— Le Fils de Klara H., Fayard, 1995 (et Le Livre de Poche).

— L’Ambitieuse, Fayard, 1995 (et Le Livre de Poche).

— La part de Dieu, Fayard, 1996 (et Le Livre de Poche).

— Le Faiseur d’or, Fayard, 1996 (et Le Livre de Poche).

— La Femme derrière le miroir, Fayard, 1997 (et Le Livre de Poche)

— Le Jardin des Oliviers, Fayard, 1999 (et Le Livre de Poche).

Bleu Blanc Rouge :

I. Mariella, éditions XO, 2000 (et Pocket).

II. Mathilde, éditions XO, 2000 (et Pocket).

III. Sarah, éditions XO, 2000 (et Pocket).

Les Patriotes :

I. L’Ombre et la Nuit, Fayard, 2000.

II. La flamme ne s’éteindra pas, Fayard, 2001 (et Le Livre de Poche).

III. Le Prix du sang, Fayard, 2001 (et Le Livre de Poche).

IV. Dans l’honneur et par la victoire, Fayard, 2001 (et Le Livre de Poche).

Les Chrétiens :

I. Le Manteau du soldat, Fayard, 2002.

II. Le Baptême du roi, Fayard, 2002.

III. La Croisade du moine, Fayard, 2002.

Politique-fiction

La Grande Peur de 1989, Robert Laffont, 1966.

Guerre des gangs à Golf-City, Robert Laffont, 1991.

Histoire, essais

L’Italie de Mussolini, Librairie académique Perrin, 1964, 1982 (et Marabout).

L’Affaire d’Éthiopie, Le Centurion, 1967.

Gauchisme, Réformisme et Révolution, Robert Laffont, 1968.

Histoire de l’Espagne franquiste, Robert Laffont, 1969.

Cinquième Colonne 1939-1940, Pion, 1970, 1980, éditions Complexe, 1984.

Tombeau pour la Commune, Robert Laffont, 1971.

La Nuit des longs couteaux, Robert Laffont, 1971, nouvelle édition 2001.

La Mafia, mythe et réalités, Seghers, 1972.

L’Affiche, miroir de l’Histoire, Robert Laffont, 1973, 1989.

Le Pouvoir à vif, Robert Laffont, 1978.

Le XXe siècle, Librairie académique Perrin, 1979.

La Troisième Alliance, Fayard, 1984.

Les idées décident de tout, Galilée, 1984.

Lettre ouverte à Robespierre sur les nouveaux muscadins, Albin Michel, 1986.

Que passe la justice du Roi, Robert Laffont, 1987.

Les Clés de l’histoire contemporaine, Robert Laffont, 1989, nouvelle édition chez Fayard, 2001.

Manifeste pour une fin de siècle obscure, Odile Jacob, 1989.

La gauche est morte, vive la gauche, Odile Jacob, 1990.

L’Europe contre l’Europe, éditions du Rocher, 1992.

Jè. Histoire modeste et héroïque d’un homme qui croyait aux lendemains qui chantent, Stock, 1994.

L’Amour de la France expliqué à mon fils, Le Seuil, 1999.

Biographies

Maximilien Robespierre, histoire d’une solitude, Librairie académique Perrin, 1968, 2001 (et Pocket).

Garibaldi, la force d’un destin, Fayard, 1982.

Le Grand Jaurès, Robert Laffont, 1984, 1994, 2001 (et Pocket).

Jules Vallès, Robert Laffont, 1988.

Une femme rebelle. Vie et mort de Rosa Luxembourg, Fayard, 2000.

De Gaulle :

I. L’Appel du destin, Robert Laffont, 1998 (et Pocket).

II. La Solitude du combattant, Robert Laffont, 1998 (et Pocket).

III. Le Premier des Français, Robert Laffont, 1998 (et Pocket).

IV. La Statue du Commandeur, Robert Laffont, 1998 (et Pocket).

Victor Hugo :

I. « Je suis une force qui va !… », éditions XO, 2001 (et Pocket).

II. « … Je serai celui-là !… », éditions XO, 2001 (et Pocket).

Conte

La Bague magique, Casterman, 1981.

En collaboration

Au nom de tous les miens, de Martin Gray, Robert Laffont, 1971 (et Pocket).

Vous pouvez consulter le site internet de Max Gallo sur

www.maxgallo.com.

Ouvrages de Charles de Gaulle

La Discorde chez l’ennemi. (Librairie Berger-Levrault, 1924, Librairie Pion, 1972)

Le Fil de l’épée. (Librairie Berger-Levrault, 1932, Librairie Pion, 1971)

Vers l’armée de métier. (Librairie Berger-Levrault, 1934, Librairie Pion, 1971)

La France et son armée. (Librairie Pion, 1938 et 1971)

Trois études. (Librairie Berger-Levrault, 1945, Librairie Pion, 1971)

Mémoires de guerre. (Librairie Pion, 1954, 1956, 1959)

* L’Appel 1940-1942

** L’Unité 1942-1944

*** Le Salut 1944-1946

Discours et messages. (Librairie Pion, 1970)

* Pendant la Guerre (Juin 1940-Janvier 1946)

** Dans l’Attente (Février 1946-Avril 1958)

*** Avec le Renouveau (Mai 1958-Juillet 1962)

**** Pour l’Effort (Août 1962-Décembre 1965)

***** Vers le Terme (Janvier 1966-Avril 1969)

Mémoires d’espoir. (Librairie Pion, 1970 et 1971)

* Le Renouveau (1958-1962)

** L’Effort (1962-…)

Articles et écrits. (Librairie Pion, 1975)

Lettres, notes et carnets. (Librairie Pion, 1980, 1981, 1982, 1983, 1984, 1985, 1986, 1987 et 1997)

1905-1918

1919-Juin 1940

Juin 1940-Juillet 1941

Juillet 1941-Mai 1943

Juin 1943-Mai 1945

Mai 1945-Juin 1951

Juin 1951-Mai 1958

Juin 1958-Décembre 1960

Janvier 1961-Décembre 1963

Janvier 1964-Juin 1966

Juillet 1966-Avril 1969

Mai 1969-Novembre 1970

Compléments 1924-1970

MAX GALLO

DE GAULLE

**

La Solitude du Combattant

images

En hommage aux patriotes combattants,
oubliés en ces temps gris
de « repentance ».

Nous avons choisi la voie la plus dure, mais aussi la plus habile : la voie droite.

Charles de Gaulle, 18 juin 1942.

Le général de Gaulle entouré de ceux qui l’ont suivi est un symbole. Le symbole de la fidélité de la France à elle-même, concentrée un moment en lui presque seul, et surtout le symbole de tout ce qui dans l’homme refuse la basse adoration de la force.

Simone Weil, L’Enracinement.

Le général de Gaulle était jeune et énergique. J’ai eu l’impression que dans son attitude paisible et impénétrable il était d’une surprenante sensibilité à la douleur. Cette impression se confirma au cours des contacts avec ce grand homme flegmatique et je pensais : voilà le Connétable de France.

Sir Winston Churchill,
La Deuxième Guerre mondiale.
Première partie

17 juin 1940 – 28 septembre 1940

À quarante-neuf ans, j’entrai dans l’aventure, comme un homme que le destin jetaihors de toutes les séries.

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre,
tome I, L’Appel
1.

« C’est à moi d’assumer la France », murmure de Gaulle. Il traverse la petite chambre de l’hôtel Rubens. Il jette un coup d’œil au lieutenant Geoffroy de Courcel, son aide de camp. Il s’approche de la fenêtre. La circulation sur Buckingham Road en ce début d’après-midi du lundi 17 juin 1940 est dense. Les voitures, dont de nombreux taxis, roulent lentement, comme si Londres sous ce soleil radieux sans un nuage ne redoutait pas l’invasion allemande et profitait de la clémence du printemps.

Voilà une nation. Et la France ?

Il se tourne vers Courcel.

« La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang », dit-il.

Et elle est à genoux.

Il se penche. Il regarde les passants qui se dirigent vers Buckingham Palace ou vers Victoria Station. Devant la gare il aperçoit des sacs de sable et une batterie antiaérienne. Des soldats casqués vont et viennent, d’autres sont à leur poste de tir. Ils sont raides dans une tenue irréprochable.

Il se souvient.

Il y a quelques heures, sur l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, c’était le spectacle du chaos, du laisser-aller. Dans les rues de la ville, la pagaille, la foule des réfugiés. Et dans les salons de l’hôtel Splendid, les hommes politiques, les généraux, leurs femmes et leurs maîtresses, manœuvrant, complotant, avec sur presque tous les visages le désarroi, la peur, l’angoisse, la jalousie et la haine. Et, pire encore : l’indifférence aux malheurs de la patrie. Et comme pour symboliser cette France qui accepte la défaite, Pétain, président du Conseil, Weygand, ministre de la Défense nationale. Et la voix chevrotante du Maréchal qui prononce les mots de la vanité et de l’abandon : « Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer ses malheurs… C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. »

Aujourd’hui, 17 juin 1940.

De Gaulle se tourne. Cette chambre modeste d’un petit hôtel londonien est à la mesure de ses moyens.

— À mes côtés pas l’ombre d’une force ni d’une organisation, dit-il. En France, aucun répondant et aucune notoriété. À l’étranger, ni crédit, ni justification.

Il fait quelques pas.

— Mais ce dénuement même me trace ma ligne de conduite.

Il doit être le « champion inflexible de la nation et de l’État ». Il doit « épouser, sans ménager rien, la cause du salut national » et trouver ainsi l’autorité.

 

Mais tout tenter encore une dernière fois, même s’il a rompu, même s’il n’a aucune confiance en Weygand, même si déjà l’ambassade de France et les missions françaises à Londres, interrogées par Courcel, se sont montrées méfiantes, hostiles. Puisque le gouvernement Paul Reynaud a été remplacé par le gouvernement Pétain, elles n’ont plus à aider un général de brigade à titre temporaire qui a cessé d’être sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale.

De Gaulle fait un signe de tête à Courcel. Il faut placer ces gens devant leurs responsabilités et ne laisser aucun prétexte à Weygand. Il commence à dicter un message que l’ambassadeur de France sera chargé de transmettre au ministre de la Défense nationale.

« 17 juin 1940.

« I) Suis à Londres. Ai négocié hier avec ministre Guerre britannique, sur instruction de M. Paul Reynaud, au sujet des points suivant :

« 1) Tous matériels d’armement remis aux alliés par le gouvernement des États-Unis… seront entreposés en territoire anglais…

« 2) Prisonniers allemands actuellement en France seront livrés à Bordeaux aux autorités militaires anglaises. Première urgence officiers…

« II) En ce qui concerne concours de tonnage britannique aux transports de personnel et de matériel entre France et Afrique du Nord ai demandé cinq cent mille tonnes de tonnage anglais pour une période de trois semaines à partir du 19 juin… »

Il s’interrompt. Où en seront-ils, Pétain et Weygand, le 19 juin ? Mais s’il y a une seule chance de faire un môle de résistance de l’Afrique du Nord où le général Noguès, commandant en chef, semble vouloir continuer le combat, il ne faut pas la laisser s’échapper. Une chance.

Il allume une nouvelle cigarette au mégot de la précédente. Il reprend :

« Me trouve dorénavant sans pouvoir. Dois-je poursuivre négociation ? Me tiens à vos ordres par ambassade ou par mission de coopération. Je tiens au courant l’ambassadeur.

Général de Gaulle. »

 

Ils ne pourront pas dire que jusqu’à l’extrême limite, il n’a pas essayé de remplir sa mission de secrétaire d’État qui veut poursuivre la guerre. Mais ils ont choisi de « cesser le combat ». Il sait donc ce que sera leur réponse.

Il s’agit « de servir et de sauver la nation et l’État ».

Et dans ce but, malgré eux, « la première chose à faire est de hisser les couleurs ».

 

Il sort en compagnie de Geoffroy de Courcel et marche le long de Buckingham Road. Il doit retrouver à déjeuner, au Royal Automobile Club, le général Spears, le conseiller de Churchill qui est arrivé avec eux de Bordeaux ce matin. Spears est l’intermédiaire nécessaire pour accéder dès cet après-midi au Premier ministre, et obtenir de celui-ci la possibilité de s’adresser à la France en parlant au micro de la BBC. Il faut que la France sache, vite, avant que l’irrémédiable ne soit accompli et les armes déposées, qu’à Londres un général français continue le combat.

De Gaulle avance à grands pas. Il fume. Il constate l’étonnement des passants qui malgré leur discrétion marquent leur surprise devant ces deux silhouettes inattendues. De Gaulle, en képi de général de brigade à larges feuilles de chêne et à sommet rouge, porte un dolman kaki, à la manche duquel brillent deux étoiles. Il y a accroché ses trois barrettes de décoration – légion d’honneur, croix de guerre 14-18, et croix de participation aux combats de Pologne. Des culottes de cheval gris clair et des jambières en cuir verni brun complètent cet uniforme. Le lieutenant de Courcel est habillé à l’identique. De Gaulle tient à la main ses gants de peau blancs.

Rarement les passants se retournent, mais parfois quelqu’un lance un encouragement, un « vive la France ! ».

De Gaulle maîtrise son émotion. Et cependant elle est là, à fleur de peau.

Jamais comme depuis qu’il a quitté Bordeaux, il n’a eu le sentiment d’être habité par « une certaine idée de la France », et d’être celui qui doit porter l’oriflamme de cette patrie qu’il imagine comme « la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs ». Jamais comme depuis qu’il a rompu avec toutes ses vies antérieures, il n’a eu la conviction qu’il obéissait à un impérieux destin, une nécessité intérieure qui est en même temps un devoir historique. À lui de ramasser le « tronçon du glaive » et de se battre, de rassembler le peuple. Il faut « viser haut et se tenir droit ». Car « la France ne peut être la France sans la grandeur ».

 

Il écoute Spears. Les nouvelles de France sont accablantes. Toutes les villes de plus de vingt mille habitants ont été déclarées villes ouvertes. Autant dire que le pays, avant même que l’armistice ne soit signé, est entièrement livré aux Allemands qui avancent de plusieurs dizaines de kilomètres, et quelquefois plus de cent, par jour. On compte les prisonniers par centaines de milliers. Ils seraient déjà plus d’un million. Voilà ce que Pétain a permis en invitant à « cesser le combat » !

Il a un instant d’angoisse en pensant aux siens : Yvonne de Gaulle, les enfants, Philippe en âge de se battre, peut-être capturé. La pauvre petite Anne emportée dans cette tourmente dont elle ne comprend pas le sens.

Il se lève. L’action est le seul moyen de lutter contre le désespoir, de refouler l’inquiétude.

On marche vers le 10, Downing Street. L’air est doux, le ciel d’un bleu léger. Le contraste est si grand entre ce que de Gaulle ressent et ce printemps ensoleillé que la souffrance s’en trouve avivée et plus forte encore l’impression de solitude. À chaque pas qu’il fait, il perçoit mieux la pente qu’il va falloir gravir. « Il y aura la montagne des objections, imputations, calomnies, opposées… par les sceptiques et les peureux pour couvrir leur passivité. » Il y aura sans doute des manœuvres, des rivaux, des divisions. Et il y aura « la tendance des grands États à profiter de notre affaiblissement pour pousser leurs intérêts au détriment de la France ».

 

Il entre au 10, Downing Street, il s’avance dans le jardin de la résidence du Premier ministre. Il voit Churchill, souriant, se lever de son fauteuil, venir vers lui, le cigare au coin de la bouche. De Gaulle a le sentiment à la fois de n’être rien, de ne posséder aucun moyen pour accomplir la tâche qu’il s’est fixée, et, en même temps, d’être l’égal de cet homme qui est à la tête de l’Empire britannique préservé et uni pour continuer la guerre.

Churchill lui tend la main, parle avec chaleur et amitié.

Voilà l’allié.

« Naufragé de la désolation sur les rivages de l’Angleterre », que pourrais-je faire sans son concours ?

Churchill le donne. Les micros de la BBC seront ouverts demain au général de Gaulle.

Déjà en de Gaulle les mots se bousculent. Il faudra en quelques phrases secouer le pays, prendre date. Montrer l’horizon.

« Bref, tout limité et solitaire que je fusse, et justement parce que je l’étais, il me fallait gagner les sommets et n’en descendre plus jamais. »

 

Et maintenant, ne plus penser qu’à ce discours de demain.

Il dîne chez Jean Monnet. Il observe cet homme fin et rusé, déterminé à la résistance mais qui déjà condamne l’idée de constituer, à Londres, un « Comité » français. De Gaulle l’observe, jauge René Pleven, un collaborateur de Monnet qui participe au dîner. Pleven est silencieux, réfléchi. Il ne semble pas partager les sentiments de son chef. De Gaulle parle. Il faut convaincre. Chaque homme compte, chaque Français doit être arraché à la passivité, conduit à s’engager dans la voie juste. Ici, autour de moi.

— Pétain a trahi, répète de Gaulle.

On ne peut lui pardonner de couvrir de sa gloire la capitulation. Rien ne l’excuse d’avoir dit : « Il faut cesser le combat » avant de connaître les conditions de l’ennemi. Rien.

Monnet demeure réservé, comme s’il voulait ne pas trancher avec ce gouvernement Pétain. Se battre contre les Allemands, certes, mais sans condamner le Maréchal. Pourtant le moment n’est plus celui du compromis. L’intransigeance est la seule politique pensable.

 

De Gaulle rentre à l’hôtel Rubens. C’est sa première nuit d’homme qui a rompu les amarres. Le dîner avec Monnet le laisse songeur. Il y aura donc ceux, sans doute nombreux, qui ne voudront pas aller jusqu’au bout de leur choix et voudront rester aux côtés de Pétain, parce que le Maréchal représente le pouvoir régulier. Et ils diront légitime.

De Gaulle ne peut dormir. Il fume cigarette sur cigarette. Il attend l’aube. Il commence à écrire. Il rature son texte, le recommence.

 

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les Chirac

de robert-laffont

suivant