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De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy

De
192 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 79
EAN13 : 9782296289772
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De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy

@ L'Hannattan, 1994

ISBN: 2-7384-2545-3

Pierre JEROSME

De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy

Éditions L'Harmattan
5 - 7 rue de L'Ecole Polytechnique
75005 PARIS

Collection "Mémoires du XXème siècle" sous la direction d'Alain Forest

Michel Bloit, Moi, Maurice, bottier à Belleville, 1993. Maurice Schiff, Histoire d'un bambin juif sous l'occupation nazie. Préface d'Henri Bulawko, 1993. DavidDiamant, La résistance juive. Entre gloire ellragédie, 1993. Joseph Berman, Un Juif en Ukraine au temps de l'Armée rouge. Des pogroms à la guerre civile, 1993.

DU MEME AUTEUR

Jeunesse ardente Poèmes. 1945. Hors commerce
Coquelicots Nouvelles. 1948. Hors commerce

Des nouvelles du pays Éditions du Scorpion Collection Alternance. 1959

Le paria Éditions L'Hannattan Collection Voixd'Europe. 1989
Champ-Bord Farce rabelaisienne Éditions L'Hannattan. 1991
Histoires de Sologne et du Val de Loire

Éditions L'Hannattan Collection La Légende des mondes .1992

A Marie SOUVIRON à la mémoire de son frère le musicien Jean ROUSSEAU tué au maquis à l'âge de vingt-quatre ans

TI Y eut d'abord en France, le 11 novembre 1992, la réaction des déportés au dépôt d'une gerbe présidentielle sur la tombe de PErAIN. TIYeut ensuite, le surlendemain, cette déclaration étonnante de François MITIERRAND propos de "la triste aventure du gouverà

nement de Vichy" :
"La nation française n'a pas été engagée dans cette affaire." J'avoue en être resté un bon moment pantois. La conclusion que j'avais tirée de mon expérience était au contraire que la nation française avait été engagée jusqu'au cou. Cet engagement a même été si fort à mes yeux, que non seulement il a concerné, sous l'occupation, des foules paysannes, commerçantes, des masses de fonctionnaires, de commis de l'Etat, militaires ou civils, la police, l'église, mais qu'il a même parfois réussi à gangrener la résistance elle-même. La Libération accomplie, l'épuration manquée, cet engagement a continué d'influencer fortement, pour longtemps et jusqu'à nos jours, le comportement d'une partie importante de la population française et de ses hommes politiques. C'est en partant de ce point de vue que j'ai déroulé le fil reliant chacun de mes témoignages. L'ouvrage qui en est résulté, ami lecteur, est difficilement classable. TIfaut dire que je n'ai pas vu la nécessité qu 'il le soit. Ce n'est ni un roman, encore qu'il y ait des personnages - dont

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toi, mon témoin pennanent - ni une contribution classique d'historien patenté. C'est une production qui n'appartient à aucun genre répertorié si ce n'est peut-être l'essai, qui balance entre le témoignage anecdotique, la narration historique, le mémoire, avec quelques escapades du cÔtéde l'enquête journalistique, avec des ruptures, des retours, des méandres, sans que tu saches le plus souvent où tu en es, sans que parfois je le sache moi-même. Enfin, presque. Reçois donc cela comme une somme de propos, ce que pour ma part j'appelle un écrit, dont les éditeurs contemplent le plus souvent le manuscrit d'un air accablé en se demandant dans quelle collection ils pourraient publier un semblable patchwork, pour conclure qu'une telle catégorie hors genres n'existe pas chez eux. Attends-toi donc à une apparence d'errance, à une quête permanente de souvenirs personnels, donc fragmentaires, confrontés à l'Histoire officielle écrite depuis lors, à une succession d'interviews, à des enquêtes approfondies, quelques-unes difficiles, voire interdites, d'autres explosives, aussi délicates à manier qu'un crayon détonateur dans l'amorce d'une charge de plastic, le tout avec des réticences et des silences que j'ai respectés quand ils m'ont paru respectables, avec des mensonges que j'ai soulignés lorsqu'ils étaient patents. Redoute d'avoir à recueillir des réponses contradictoires à des interrogations en tous sens faites aux autres comme à moi-même sur hier, avant-hier, demain, aujourd'hui, chronologie dans le désordre, vraiment de quoi s'y perdre. Et pour quelle découverte en fm de compte, pour quel enseignementqui vaille, ce sera à toi de voir. Retiens au moins deux choses. La première. Quelque fonne que prenne ce récit, rien n'y est rapporté que je ne l'aie soigneusement vérifié pour l'avoir personnellementvécu ou ultérieurementminutieusementétudié. La seconde. Tout se ramène toujours à la question initiale: la nation française a-t-elle oui ou non été engagée dans la triste aventure du gouvernement de Vichy? Ces deux jalons étant posés, le mieux que j'aie à faire maintenant au seuil de cet essai, c'est de t'en exposer l'argument. Il est bref. Au début de 1943, un jeune normalien entrait dans le mouve-

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ment de résistance Libération-Nord, dont le chef départemental militaire pour le Loiret était son ancien directeur de collège. L'année suivante, avec un groupe de dix nonnaliens qu'il avait formé, il rejoignait le maquis de Chambon puis, ce premier maquis attaqué, celui de Lorris, l'un et l'autre au cœur de la forêt d'Orléans. Il y devint chef de groupe dans le corps franc de Chambon. En 1993 il découvre, avec cinquante ans de retard dont il faudra bien qu'il s'explique, qu'il a combattu au centre d'un triangle dont les trois sommets étaient, à moins de vingt kilomètres de lui, trois camps de concentration"français" : Pithiviers et Beaune la Rolande d'où des milliers de juifs furent expédiés à Auschwitz, Jargeau, où des centaines de tsi~ ganes furent intemésjusqu'en 1945. Et qu'il n'en a alorsjamais rien su. Et qu'il a bien du mal à en savoir quelque chose de nos jours. TIse demande dès lors pourquoi. L'étrange est que cette question elle-même demeure aujourd'hui dérangeante. Aussi tente-t-il de comprendre en enquêtant auprès d'autres acteurs de cette époque, connus de lui ou non, vivants ou morts, victimes ou bourreaux, consentants ou réticents, en élargissant son propos au fur et à mesure de ses découvertes et en s'interrogeant lui-même. Or cet homme-là, ami lecteur, c'est moi. Je te vois aussitôt faire tes comptes. Plus d'un demi-siècle, au secours! Non, crois-moi, c'était hier, un hier si proche que nous n'en sommes toujours pas sortis. Par ailleurs rassure-toi sur moi, je ne suis pas encore complètement croulant. TIfaut dire que j'avais dix-sept ans quand je suis entré dans la résistance. Ça explique en partie. J'ai pu au cours de plusieurs années de recherches approfondies recueillir des témoignages précis, certains terribles, tous précieux. Je cite la plupart d'entre eux. Le numéro qui les affecte renvoie en fin d'ouvrage à mes sources; les lettres renvoient aux documents. Je n'ai modifié - parfois tu - le nom de mes témoins que lorsque cela m'avait été expressémentdemandé. J'ai aussi accédé par des voies diverses à des documents de l'époque, souvent accablants, toujours édifiants. Je ne les ai parfois obtenus que contre l'engagement d'en taire l'origine et même contre le sennent solennel "de ne divulguer aucun nom ni

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aucune infonnation qui puisse nuire à 1'honneur de personnes privées ou qui soit propre à alimenterune polémique inutile." (sic) Je l'ai promis-juré et une fois même signé en trois exemplaires et à deux reprises, tout cela pour ne rien obtenir. Ma plume n'en sera donc que plus libre de ce côté-là. Pour ce qui est des engagements que j'ai pris par ailleurs, je suis homme de parole et respecterai mes promesses. Je n'en continue pas moins de trouver regrettables certains silences obligés et de penser le plus grand mal des omertas officielles, amnisties, prescriptions, devenues aujourd'hui le paravent des scélérats. D'autre part, peut-être t'interroges-tu, ami lecteur, sur "l'inutilité", à l'avance proclamée, d'une polémique qui pourrait naître de mon propos? Tu te réserves d'en juger toi-même, la dernière page de cet écrit tournée? Voilàqui me paraît raisonnable. Si le problème posé est toujours aujourd'hui d'entourer d'un silence complice les actions criminelles menées par des "Français" au service de la Gestapo,je vois très bien commentje pourrais protéger, par exemple, la réputation d'un LACOMBE Lucien gestapiste, qui serait devenu de nos jours un personnage politique, Conseiller Régional élu de notre Région Centre, et, jusqu'au 6 février 1994,membre du Comité Central et du Bureau politique d'un parti de la droite extrême. Il suffirait que je le désigne sous un nom impossible, du genre Lope MAGOULATI, pour que nul ne puisse le reconnaîtreet lui demander des comptes pour ses complicités de crimes au servicede la Gestapo. Que souhaites-tu dire là-dessus, ami lecteur? Que les attentions dont je témoigne ainsi sont bien trop délicates et que mes scrupules sont exagérés? Qu'il ne saurait y avoir d'attentat à 1'honneur dès lors que depuis belle lurette il n'y a plus d'honneur? Lecteur, tu as certainement raison. Je crois que je vais en tenir compte. Mais je ne vois pas pourquoi, par contre, je n'appellerais pas tout de suite les honnêtes gens par leur nom. Ainsi mon ancien
maître et chef, Robert GOUPIL (Dunois), directeur du cours com-

plémentaire de Beaugency, chef départemental militaire de Libération-Nord, déporté et mort à Dora; mon compagnon de lutte dans Libé-Nord et talentueux graveur, Pierre DUMAS

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(Mickey), déporté à Buchenwald; Roger Giry (capitaine Raymond), lui aussi de Libération-Nord, fusillé non loin de moi par les SS au cours de la bataille de Lorris; Pierre CHARIE, omc mandant mon premier maquis jusqu'à la bataille de Chambon, Luigi SANTANTONIO (Camille), ancien des brigades internationales d'Espagne, qui s'était mis dans la tête de m'apprendre à démonter et à remonter les annes les yeux bandés et qui mourut avec sept autres camarades de mon Corps franc, à Chicamour. Et tant d'autres que j'ai connus, tant d'autres que je n'oublie pas. Et panni ceux et celles que je n'ai pas directement connus, une femme médecin du camp de concentration "français" de Pithiviers, dont je tiens à saluer la mémoire exemplaire, le docteur Adélaïde HAUTVAL Quand l'ordonnance vichyste du 7 (1). juin 1942 fit obligation aux juifs de plus de six ans de la France occupée d'exhiber une étoile jaune, elle résolut de porter ostensiblement elle-même l'étoile de David, bien qu'elle ne fat pas juive. Aussitôt arrêtée par la police "française", internée avec les milliers de juifs de la rafle du Vel' d'Hiv' au camp de concentration "français" de Pithiviers, elle y soigna les malades avec un dévouement admirable et dans des conditions épouvantables jusqu'au départ du dernier pour Auschwitz, Après quoi, et comme elle en savait désonnais trop, l'administration "française" décida en 1943 de l'expédier à son tour dans un camp d'extennination nazi. Tous ceux-là, je dis haut leur nom. Je n'ai pas à le protéger derrière un paravent d'artifices, d'anagrammes, d'initiales truquées, sous le voile opaque des amnisties, des prescriptions. Ces gens-là, mes compagnons de combat, étaient alors - j 'hésite à l'écrire tellement c'est aujourd'hui hors de saison et tant je redoute d'avoir à pleurer qu'on en rie - des justes et des purs.

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Je n'aurais jamais da commencer mon sondage par lui. C'est le rigolo de la famille, le cousin méridional rougeaud, grassouillet, bon vivant, bavard, la cinquantaine sympathique. Fine gueule avec ça et incollable sur les vins. n voulait savoir à quel type d'ouvrage je travaillais. Je le lui ai dit. J'ai eu tort.

n a fait:
-Mm mm. Ça en disait long. Puis, sur un morceau de cèpe en sauce qui lui ravissait les papilles: - J'ai l'impression qu'avec tes juifs et tes tsiganes, tu as vraiment du temps à perdre. n ne dit pas ça méchamment, le cousin. n le dit en passant, comme ça, pour mon bien. - Comment ça, du temps à perdre ? - Du temps à perdre, quoi! Non non, assez, juste un fond de verre pour y goOter. Il a une robe magnifique! Très légèrement tuilée déjà.. Un grand cru sOrement et sans doute pas jeune. - Du temps à perdre? Pourquoi à perdre? On perd son temps quand on reste désœuvré, sans projet, ou bien qu'on s'agite sans que ça en vaille la peine. Ce n'est pas précisément le cas. Je te l'ai dit, si je ne parviens pas à instruire ces questions qui me tra-

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cassent, ça continuera de m'empêcher de dormir. TIa éclaté, rigolard: - Eh bien pas moi! et comme je m'indignais de sa réponse, il a ajouté: - Oh ! moi, tu sais, les juifs... Le ton dont il s'est servi pour dire ça !

A la lumière de la fenêtre, il va mirer son vin. TIlui imprime un mouvement circulaire, le hume, fronce le nez comme un lapin, lève lentement la tête. Le regard fixé au plafond, il réfléchit intensément. Je fais semblant de me méprendre sur l'objet de sa méditation. - Alors selon toi, les juifs ? - C'est un Bordeaux! Un Bordeaux, ça ne fait aucun doute. Mais ni un Médoc ni un Saint Emilion, ça c'est sûr. Un Pomerol peut-être ou un Graves, il en aurait assez le nez délicat. A moins que... Comme je te connais, tu serais bien capable d'avoir tenté de me piéger avec une CÔte.Dans ce cas-là, ça irait sans doute chercher du côté des premières Côtes de Blaye. Tiens, justement et Blaye à part, j'ai découvert.... Je ne l'écoute plus. Je réalise seulement combien ma question sur les juifs est incongrue. On n'importune pas un prêtre au milieu de son office pour une histoire de rien du tout. TIen est maintenant aux Côtes de Bourg. Je l'interromps : - Si on goûtait celui-là? - Pourquoi pas? A l'indépendance du monde! - Santé ! Le cousin mâche une goulée, gonfle ses joues, pousse le liquide entre ses lèvres, devant ses dents, comme s'il s'apprêtait à le cracher, n'en fait heureusement rien et l'avale. TIrepose son verre. Son regard est celui du candidat au jeu télévisé qui vient de trouver le mot de neuf lettres. - Bon, ça me paraît clair. D'autant, il faut bien le dire, que je sais quand même un peu ce que tu as dans ta cave. C'est donc un Graves. Et un bon. D'ailleurs tu ne m'en servirais pas d'autre. Autant dire que c'est le Graves. Ma tête à couper - je me réserve le nez, la langue et le palais - que c'est un Haut-Brion d'une grande année assez ancienne, 82 peut-être ou, pourquoi pas, plus

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vieux encore. Ça nous pousserait alors vers 78 ou 76 mais là je peux me tromper. Allez, dis-le moi, je me trompe, hein? - C'est un 78. Th n'as rien perdu de ta forme! Comment tu fais? C'est la pratique, un entraînement quotidien dès le petit déjeuner? -Hé! Le cousin rayonne de bonheur. Il est satisfait de sa performance autant que de mon Haut-Brion. Il hoche la tête d'un air pénétré. - Il faut bien avouer que c'est fameux. Il prend le monde entier à témoin de ce que le Haut-Brion 78, c'est quand même quelque chose. Nous n'avons plus parlé des juifs ni des tsiganes. Il ne faut pas mélanger les genres. On ne peut pas tout faire en même temps.

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Jargeau, charmante bourgade sur la rive gauche de la Loire entre Orléans et Gien, a toujours été réputée pour ses andouilles. Comme à Pithiviers et à Beaune la Rolande, un camp d'internement "français" y a fonctionné pendant toute la guerre et même au-delà. Entre le 5 mars 1941 et le 31 décembre 1945, mille sept cent vingt personnes, hommes, femmes et enfants, y ont été parquées dont mille cent quatre-vingt-dix tsiganes (ambulants, nomades et forains). Deux cent quarante-trois internés, essentiellement des réfractaires au S.T.O.et des tsiganes, ont été expédiés de là en Allemagne. Les autres ont servi sur place de main d'œuvre à très bon marché pour les paysans des fermes du canton et pour les fabriques du coin (briqueteries, poudrière de Salbris, établissements R. de Saint-Denis-de-l'Hôtel). Le maire de l'occupation, Monsieur T., qui donnait dans les sacs et dans la ficelle, avait même obtenu du Préfet d'Orléans et des autorités nazies l'autorisation d'installer à l'intérieur même du camp un atelier où il faisait travailler des femmes à son profit. Petites entreprises certes, ce n'était pas encore Krop, IG Farben ou Thyssen faisant travailler les déportés de Buchenwald, mais on exploitait quand même de son mieux, à sa petite échelle. Ajoutons à cela quatrevingts gendarmes et gardes administratifs, faisant marcher le commerce gergolien, pour comprendre que le camp ajoutait à la prospérité du canton.

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Aussi fut-il regretté après la Libération. Ce regret, en vérité vaguement teinté de mauvaise conscience, se mua par la suite en une réserve qu'on a pu désigner sous le nom de pudeur gergolienne. Jargeau optait pour l'aphasie et ne souhaitait pas qu'on évoquât son camp ni le temps de son camp. On rasa toutes les baraques et, la place faite nette, on construisit un C.E.S.,le Collège du Oos Ferbois. Du camp des tsiganes, plus rien qui le rappelât. La paix de ses âmes ainsi assurée, Jargeau revint à ses andouilles. Patatras! voilà qu'en 1990, après un demi-siècle de confortable oubli, une idée particulièrement saugrenue germa dans un esprit assurément non gergolien : et si on apposait une plaque commémorative à l'emplacement du camp, c'est à dire au Collège? Le Maire qui y était favorable soumit démocratiquement cette proposition à son Conseil le 19 février 1990. Rappeler le camp "français" d'internement des tsiganes? L'assemblée horrifiée repoussa cette obscénité. Sans qu'aucun des arguments échangés ne soit rapporté, le registre des délibérations de la commune mentionne: "Le Conseil, par 12 voix contre, 4 voix pour, et 6 abstentions, ne souhaite pas donner suite à cette proposition dans l'immédiat." (2) Et le Maire, gêné, de tenter d'expliquer: "Mes conseillers ne sont pas racistes mais les plus jeunes d'entre eux ne voyaient pas l'utilité d'un tel geste." (3) Il fallut revenir sur cette affaire empoisonnée au cours de quatre autres séances, les 9 avril, 3 mai, 14 mai et 1er juillet. Le 9 avril et le 3 mai, une action de substitution fut astucieusement trouvée: il suffisait que les professeurs d 'histoire du collège fassent une causerie autour du sujet "aux élèves de 6ème ou de 3ème". (sic) Le 14 mai, on déplora quelques échos défavorables parus dans la presse locale. Le 1er juillet vint enfin, où fut votée par vingt voix contre deux, irréductibles, "l'implantation d'une stèle pour un coût de l'ordre de quinzemille francs, sur laquelle serait inscrite une devise de Jean
GUEHENNO: Aucune violence jamais n'a ajouté à la grandeur

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des hommes. Ici, 1 700 personnes ont été privées de lit>ené entre 1939et 1945." (2) Puisqu'il s'avérait diffjcile d'empêcher la pose d'une plaque, encore pouvait-on vider l'inscription de toute signification claire, également placer la stèle hors de la vue des passants. Quelles "personnes" furent privées de libené ? Pourquoi? Par qui? Jargeau, jusque-là pays des andouilles, devenait celui de l'euphémisme constipé. (*) Les enfants de PETAIN du coin n'en tinrent pas moins cette évocation pour désobligeante par ses excès de précision. fi est vrai que dans le flou artistique on aurait pu encore élargir la marge:

IL FAUT SAVOIR AIMER LES PLUS PETITS QUE SOI Lavoisier

A peu près ici à une cenaine époque les autorités françaises bienveillantes assuraient le gîte et le couven et quelques travaux bénévoles à des gens qui par hasard passaient par là. La prospérité du canton s'en est alors accrue. Jargeau reconnaissante ses quais sa mémoire lisse ses andouilles

(*) La revendication de gens de bon sens il en est encore heureusement à Jargeau devait ultérieurement obtenir ce supplément de deux lignes: "dont tsiganes. résistants, réfractaires et personnes marginalisées,"

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