//img.uscri.be/pth/5117806222fbe6c663885c0323077cf0ab01ed26
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 18,00 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

DE L'ILE BOURBON A BERLIN

De
240 pages
Cet ensemble de textes autour de Gustave Oelner-Monmerqué, y compris la traduction de sa conférence berlinoise Der Kreole, livre un témoignage inédit sur la société coloniale de l'Ile Bourbon entre 1842 et 1845. L'expérience bourbonnaise et la double culture franco-allemande font de Gustave Oelner-Monmerqué un observateur distancié et critique, ses positionnements, tant dans l'espace physique que textuel, nous ouvrent de nouveaux horizons.
Voir plus Voir moins

De l’île Bourbon à Berlin
Le Créole d’après Gustave Oelsner-Monmerqué

UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines

Textes réunis par Gabriele Fois-Kaschel

De l’île Bourbon à Berlin
Le Créole d’après Gustave Oelsner-Monmerqué

L’Harmattan 5-7, rue de l’Ecole Polytechnique 75005-Paris

Université de La Réunion 15, avenue René Cassin 97715 Saint-Denis Cédex

Comité Scientifique de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines M. Alain COÏANIZ, Professeur (7e s.) ; M.Yvan COMBEAU, Professeur (22e s.) ; M. Alain GEOFFROY, Professeur (11e s.) ; M. Jean-Louis GUEBOURG, Professeur (23e s.) ; M. Michel LATCHOUMANIN, Professeur (70e s.) ; M. Serge MEITINGER , Professeur (9e s.) ; M. Gwenhaël PONNAU, Professeur, (10e s.) ; M. Jacky SIMONIN, Professeur (71e s.).

PREFACE
Hormis quelques rares écrivains métropolitains qui, sans jamais s’y être aventurés, l’ont fait exister dans l’imaginaire occidental, l’île Bourbon du XIXe siècle n’est pas encore une destination rêvée comme peut l’être la Réunion aujourd’hui. Aussi, le désir d’exotisme et de dépaysement ne joue à cette époque qu’un rôle accessoire dans les mouvements migratoires vers cet archipel perdu des Mascareignes au milieu de l’océan Indien. Les nouveaux arrivants, décidés à y rester, laissant derrière eux leur passé, cherchent avant tout à faire fortune ou, tout simplement, à commencer une nouvelle vie. Certains parmi eux se révèlent d’emblée des hommes de conviction, porteurs d’un message humaniste et anti-esclavagiste, comme ce jeune homme parfaitement bilingue, de double culture française et allemande, répondant au nom de Gustave Oelsner-Monmerqué, dont le séjour entre 1842 et 1845 à l’île Bourbon est jalonné par ses nombreuses actions contre l’esprit de caste et les abus du régime colonial. En s’immergeant pendant près de trois ans dans un environnement en tout point étranger à ce qu’il avait jusqu’alors connu, Gustave OelsnerMonmerqué expérimente et s’approprie différents points de vue, en même temps qu’il multiplie les angles d’attaque contre les instances du pouvoir. Son objectif étant l’avènement d’une société plus juste et plus solidaire, conformément aux idées de la Révolution Française — dont son père, Conrad Engelbert Oelsner (1764 – 1828), illustre diplomate et publiciste, s’était, bien avant lui, fait le défenseur — Gustave n’a de cesse de s’entraîner au maniement des outils discursifs de la polémique. Sa carrière professionnelle de journaliste, professeur, conférencier, homme politique et écrivain reflète son souci d’agir sur les consciences et les modèles collectifs de représentation. Quand bien même sa démarche peut paraître timorée et insuffisante pour s’attaquer aux dysfonctionnements et injustices de la société coloniale, elle a le mérite d’en détecter les soubassements discursifs. À Wilhelm von Humboldt, ami proche de son père et, en quelque sorte, père spirituel des deux générations

6

Préface

Oelsner-Monmerqué, il emprunte l’idée de l’instruction et du partage des savoirs et de la culture, en dehors desquels le processus d’émancipation n’a aucune chance de réussite. La biographie de Gustave Oelsner-Monmerqué est un modèle d’interculturalité accomplie, comme le démontre Marlene Tolède dans une première partie. Les années de formation du jeune homme culminent avec l’expérience bourbonnaise dont certains secrets ont pu être levés grâce à de minutieuses recherches aux archives de la Réunion, en France métropolitaine, en Allemagne ou encore en Pologne. Cette dispersion des sources entre l’Europe et l’océan Indien donne un aperçu de la destinée mouvementée et peu commune de Gustave Oelsner-Monmerqué. Le tableau synoptique rappelle tous les événements significatifs de sa vie : naissance le 30 juin 1814 à Paris, arrivée à Bourbon le 12 septembre 1842, mariage le 3 février 1845 avec Anne Mélanie Léon, la veuve de son prédécesseur au Collège royal à Bourbon, départ le 14 mai 1845, parution de son roman anti-esclavagiste Schwarze und Weiße en 1848, décès le 29 avril 1854 à Montpellier. Ces dates ciblent son passage à Bourbon ; elles ne nous renseignent pas sur les motifs profonds de ses faits et gestes. Quelles raisons amenèrent le jeune docteur en philosophie à quitter l’Athénée royal de Paris, où il enseignait l’histoire depuis 1838, pour un destin incertain à Bourbon ? Pourquoi avoir contracté un mariage avec une créole, propriétaire d’esclaves de surcroît, et s’en être séparé au bout de trois mois seulement ? En quittant précipitamment l’île, non sans avoir sollicité au préalable l’autorisation d’un possible retour, il renonce à la mise en œuvre de ses projets consacrés au système éducatif, à la liberté de la presse, à la justice sociale et la politique de l’émancipation. S’étant battu inlassablement contre toute forme d’oppression relevant de privilèges infondés, son désengagement soudain a de quoi surprendre. Est-ce un signe de faiblesse, de résignation, une fuite en avant ou, au contraire, la satisfaction d’avoir remporté une victoire au moins partielle sur ses contradicteurs ? À ces interrogations répondent en partie des documents officiels inédits, mais aussi, de manière plus implicite, un nombre significatif de sources primaires que Marlene Tolède a pris le soin de collecter et d’analyser. Jusqu’à présent et avant cette étude, les écrits de Gustave Oelsner-Monmerqué, qui représentent une initiative

De l’île Bourbon à Berlin. Le créole…

7

transculturelle originale mais isolée, n’ont pas pu être appréciés à leur juste valeur. Au lieu d’une perspective strictement eurocentrique, ils nous proposent, à travers les nombreux déplacements de leur auteur entre la France, l’Allemagne et Bourbon, une approche différenciée d’environnements sociaux, géographiques et linguistiques contrastés. Faisant écho au positivisme ambiant, le témoignage de Gustave Oelsner-Monmerqué se veut tout d’abord impartial et exact. Pour atteindre cet objectif, différents types de discours sont mis à contribution : discours scientifique, journalistique et romanesque. Le premier témoignage de Gustave Oelsner-Monmerqué consiste en la description de la topographie, du climat et de quelques aspects démographiques de Bourbon. Indépendamment du support médiatique et du public visé, cet article reproduit en tout point la nomenclature des sciences géographiques de l’époque, de même qu’il respecte le format convenu des relations de voyage. Aussi, son auteur, qui signe de préférence Dr Oelsner-Monmerqué, faisant valoir son titre académique, ne revendique aucunement la paternité exclusive de son rapport, et cite, conformément à la déontologie du chercheur, un de ses anciens collaborateurs au journal Feuille hebdomadaire de l’île Bourbon, Gibert des Molières, décédé entre-temps, comme principal informateur de la partie météorologique de son étude. Il manque en revanche toute référence à Louis Maillard, conducteur des Ponts et Chaussées, qui, lui aussi, lui a fourni de précieux renseignements sur les caractéristiques géographiques de l’île. Bien que l’approche géographique ne laisse guère de place à des considérations personnelles, l’exposé de Gustave Oelsner-Monmerqué sera repris en un laps de temps relativement bref par différents médias allemands. Avant de faire l’objet d’une publication dans la revue mensuelle de la Berliner Gesellschaft für Erdkunde, elle sera présentée le 6 février 1847 sous forme d’une communication devant un public de savants géographes. Elle paraîtra ensuite le 9 novembre 1847 dans le n° 134 du Magazin für die Literatur des Auslandes, une revue qui, entre le 4 mars et le 10 avril 1847, avait déjà assuré la diffusion de son feuilleton Afrika. Sklaverei. Eine Sittenschilderung. Une troisième édition suivra en 1848, au moment de la sortie du roman Schwarze und Weiße, où elle figure en annexe. Sachant que la première partie de ce roman reproduit le texte intégral de son feuilleton, le rappel

8

Préface

des données géographiques marque expressément le souci de l’auteur de corroborer la réalité de la fiction. Pendant que la modification du titre en Schwarze und Weiße atténue la focalisation sur l’Afrique et l’esclavagisme, la conjonction de deux noms de couleurs, noir et blanc, annonce une approche ethnographique de la société coloniale. La suite du roman s’appellera Die Rothen und die Blauen. Pariser Corruptions-Skizzen. Ein Tendenz-Roman et nous confronte, simplement par une combinaison tout aussi emblématique de deux autres couleurs, le rouge et le bleu, à un changement de décor. Transposées à Paris et rehaussées par le contexte politique de la révolution de 1848, les scènes de corruption auxquelles Gustave Oelsner-Monmerqué avait dû faire face lors de son séjour à Bourbon revêtent ainsi une nouvelle teinte. Sa vision ethnographique de la société coloniale s’enrichit de réflexions politiques qui situent l’homme dans l’histoire tout en relativisant l’impact du milieu naturel. À travers la délocalisation de la fiction de Bourbon à Paris, l’auteur crée les conditions virtuelles à l’exploration des interactions entre différents environnements, régimes politiques et sociétés. Aussi n’a-t-il plus besoin de références géographiques précises pour poser le cadre de l’intrigue. Toujours est-il que le rapport scientifique sur Bourbon forme la contrepartie de la fiction romanesque, le degré zéro de la subjectivité, garantissant le détachement et l’impartialité dont se réclame le chercheur, le journaliste, le romancier et le penseur. Malgré une certaine tendance de Gustave Oelsner-Monmerqué à se vanter de ses exploits de pionnier, attitude qui du reste n’avait pas échappé à ses contemporains allemands et français, il mérite incontestablement qu’on lui rende hommage de s’être intéressé à une région peu connue de l’océan Indien. Destiné initialement à un public germanophone, son article, de même que ses conférences et son roman sur Bourbon, inaugurent une série de publications postérieures, rédigées pour la plupart en français, plus rarement en allemand, par des voyageurs et écrivains de la deuxième moitié du XIXe siècle qui apporteront un complément à ces premières esquisses. (Le terme d’esquisse prend d’ailleurs une importance toute particulière chez Gustave Oelsner-Monmerqué, qui l’applique à la plupart de ses œuvres pour en signifier l’authenticité et la justesse.) Du vivant de Gustave Oelsner-Monmerqué, l’Allemagne se tient encore à l’écart des pays colonisateurs, mais elle n’échappe pas

De l’île Bourbon à Berlin. Le créole…

9

pour autant à la vague d’exotisme qui submerge l’imaginaire de toutes les couches de la population. Il se peut en effet que Gustave Oelsner-Monmerqué ait cherché à tirer profit de cet engouement lorsqu’il rédige son roman Schwarze und Weiße. Or, ses espoirs ne se réaliseront pas ; malgré un accueil plutôt favorable de la première partie publiée sous forme de feuilleton, le succès du livre reste limité et ne lui apportera ni gloire, ni fortune. Même ses différentes interventions en public qui devaient servir à la promotion de cette fiction resteront sans effet. La nouveauté de son sujet suscite tout d’abord la curiosité de diverses sociétés savantes. Après avoir été en 1847 l’invité de la très respectable société des géographes à Berlin, qui lui réserve l’honneur d’une publication scientifique de son exposé sur Bourbon, il présentera l’année suivante sa conférence Der Kreole devant un auditoire plus hétérogène composé des membres du wissenschaftliche Verein. Cette conférence complète la description géographique de Bourbon par une analyse sociologique, obligeant son instigateur à dévoiler ses opinions et choix personnels. Plus contestable que les données statistiques, moins inventive que son roman, cette conférence reflète au mieux sa volonté de comprendre et de démonter les mécanismes d’un ordre social obsolète. La valeur prémonitoire de ses analyses ou l’ironie du sort fait que l’abolition de l’esclavage soit concomitante à la diffusion de ses écrits sur Bourbon. Cependant, en raison des mouvements révolutionnaires qui embrasent l’Allemagne en 1848, sa critique de l’injustice, de la discrimination et du manque d’humanité du système colonial perd immanquablement de sa virulence et ne parvient pas à gagner la ferveur du public allemand. Seuls les écrits se rapportant à l’expérience bourbonnaise de Gustave Oelsner-Monmerqué feront l’objet d’un commentaire critique. Conscient de son rôle de médiateur, s’appuyant sur les références à ses deux patries, l’Allemagne et la France, et à sa terre d’élection, Bourbon, Gustave, fidèle à la mémoire de son père, recherche l’équilibre entre un raisonnement pragmatique et la philosophie idéaliste du progrès de l’humanité. Son récit personnel et imagé sur la société coloniale et esclavagiste relie ainsi les concepts de l’humanisme allemand à la recherche sur le terrain et à l’expérience du dépaysement. Mais, au-delà des déclarations et des convictions affichées, ce sont ses positionnements, tant dans l’espace physique que textuel, qui nous ouvrent de nouveaux horizons. Au

10

Préface

public germanophone de l’époque, il offre d’abord une vision prétendument empirique et neutre de la géographie physique et humaine de l’île Bourbon. Il complète ensuite ce tableau en adoptant l’attitude du témoin désintéressé. Entre la neutralité du rapport scientifique et le réalisme de son roman se déploie la rhétorique de l’orateur. En fin de compte, la conférence s’avère un meilleur indicateur de sa position au regard du discours colonial que les écrits dont il cherche à éliminer les marques de subjectivité. Ainsi, en guise de conclusion, Agathe Haguenauer et Marlene Tolède se sont attachées à la traduction française de cette conférence, opérant à l’exemple de Gustave Oelsner-Monmerqué la transposition de la réalité bourbonnaise dans un contexte étranger. Le retour à un environnement francophone soulève des difficultés similaires à celles qu’a dû résoudre le conférencier face à ses compatriotes allemands. Alors que le bilinguisme et la double culture de ce dernier suffisaient à dépasser sans encombre les barrières de la langue et de l’incompréhension, la confrontation d’un public francophone avec des représentations révolues demande des précautions supplémentaires. Aussi, le lecteur averti évitera l’erreur de confondre discours et réalité. Affranchi des préjugés de l’époque, suffisamment expérimenté pour les situer et reconnaître sa propre position par rapport à l’évolution des idéologies, il identifiera avec d’autant plus de facilité les prémisses et la généralisation de la pensée humaniste qui traverse l’Allemagne et la France et trouve, grâce aux efforts de Gustave Oelsner-Monmerqué, en l’île Bourbon son point d’intersection. L’exploration de différentes sortes de textes et types de discours, qu’ils soient à dominante scientifique ou de nature divertissante, permet à l’observateur contemporain d’apprécier les multiples facettes de la réalité coloniale. Sans qu’il en ait eu conscience, et, à plus forte raison, sans avoir su identifier l’opportunité d’un ajustement de ses propres outils méthodologiques, Gustave Oelsner-Monmerqué est l’exemple d’un métissage de cultures et d’une hybridation de pratiques sociales issu du contact entre des populations géographiquement éloignées. Bien que la conceptualisation de tels phénomènes soit fréquemment rapprochée de l’avènement des théories post-coloniales, la révision des concepts eurocentristes d’identité ou d’universalité s’amorce bien en amont. Les actes et écrits de Gustave Oelsner-Monmerqué nous en fournissent plus d’une preuve.

De l’île Bourbon à Berlin. Le créole…

11

Réunissant les travaux d’un groupe de germanistes de l’Université de la Réunion, le présent ouvrage non seulement replace le projet de Gustave Oelsner-Monmerqué dans son contexte historique et littéraire, mais il en propose une suite et un approfondissement. Les études dédiées aux interactions entre des populations de différentes zones géographiques comme la France, les pays de langue allemande et les régions de l’océan Indien laissent espérer d’autres découvertes surprenantes dans un domaine jusqu’à présent peu exploré.

Gabriele Fois-Kaschel

SOMMAIRE
PREFACE par GABRIELE FOIS-KASCHEL (ED.) GUSTAVE OELSNER-MONMERQUE. EXPERIENCE BOURBONNAISE par MARLENE TOLEDE INTRODUCTION L’AVANT BOURBON
« Te l pè re – te l f i ls » Gu s ta ve Oe l sne r- Mo nm er qué Un e nv ir on ne me nt c os mo p ol it e et i nt erd i sc ip li na ir e

L’EXPERIENCE BOURBONNAISE
Le réd ac teu r en c hef L’éd uc ate ur V ie p ri vé e Un dé pa rt my sté r ieu x

BOURBON – EPILOGUE
Col lè ge r oy a l – Pé ri pé ti es Serv i r Bo ur bo n a ut re men t Le s d ern iè re s v ol o nté s Bou rb o n a prè s Oe l sne r- Mo nme r qué

BILAN DES ANNEES BOURBONNAISES BOURBON EN ECRITURE
Le Cré ol e No ir s et B l an c s

GUSTAVE OELSNER-MONMERQUE : Le Créole
Traduit de l’allemand par Agathe Haguenauer et Marlene Tolède

Gustave Oelsner-Monmerqué Expérience bourbonnaise

Marlene Tolède

REMERCIEMENTS

Gabriele Fois-Kaschel, directrice du département d’études germaniques de l’Université de la Réunion, m’a insufflé l’idée de partir à la recherche de traces germanophones sur l’île Bourbon. Sans elle, cet ouvrage n’existerait pas. L’historien Prosper Eve possédait toutes les réponses à mes différentes interrogations concernant l’histoire bourbonnaise des années 1840. Les conseils de Francette Villeneuve m’ont été précieux. Le chercheur Nikolaus Gatter, président de la Société Varnhagen à Cologne, m’a communiqué généreusement et régulièrement des sources d’archives sur la période berlinoise de Gustave Oelsner-Monmerqué. Monique Étivant, une descendante de la famille de Monmerqué, n’a pas hésité à me transmettre de précieux documents qu’elle avait récoltés dans les archives françaises concernant ses ancêtres. Joanna Jaskowiec de la Biblioteka Jagiellońska à Cracovie, Eva Oßwald des Archives Cotta à Marbach, Dorothe Ganser des Archives fédérales à Coblence, Rita Seifert de l’Université d’Iéna et Verena Kleinschmidt des éditions Westermann à Brunswick ont été d’un grand secours pour la mise à disposition des sources lointaines ; le personnel des Archives départementales de la Réunion et le Cercle généalogique de Bourbon pour ce qui était des sources proches.

18

Remerciements

Olivia Léon, Bernard Zimmermann et Werner Bartolain m’ont facilité l’accès aux sources par la reproduction des documents que j’avais découverts dans les archives à Paris, à Aix ou en Allemagne. Françoise Adam, Anouk et Philippe Guilbert, Annie-France et François Martel-Asselin sont intervenus pour remédier aux hésitations de ma plume non française. Qu’ils soient tous chaleureusement remerciés de leur aide.

ABREVIATIONS ET REMARQUES

Écrits d’Oelsner-Monmerqué
AL LC MP NB QM Auguste Lacaussade Le Créole Mémoires politiques d’Oelsner Noirs et Blancs Quelques mots sur l’opportunité de l’accroissement des relations commerciales de la France avec les principautés de Moldavie et de Valachie Les Rouges et les Bleus Sainte-Hélène Trois Missions

RB SH TM

Archiv es
ADR BJ, FV BA CA Archives départementales de la Réunion, Saint-Denis Biblioteka Jagiellońska, Fonds Varnhagen, Kraków, Pologne Bundesarchiv, Koblenz, Allemagne Schiller-Nationalmuseum, Deutsches Literaturarchiv, Cotta-Archiv (Stiftung der Stuttgarter Zeitung, Marbach am Neckar, Allemagne) Archives Nationales d’Outre-Mer, Aix-enProvence Centre historique des Archives nationales, Paris

ANOM CHAN

20

Abréviations et remarques

GStA PK SBB UAJ WUA

Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz, Berlin, Allemagne Staatsbibliothek zu Berlin, Preußischer Kulturbesitz, Berlin Friedrich-Schiller-Universität, Universitätsarchiv, Jena, Allemagne Westermann Unternehmungsarchiv, Braunschweig, Allemagne

Presse
FH Feuille hebdomadaire de l’Ile Bourbon

Dans toutes les citations, nous avons respecté l’orthographe originale.

Pressons de tous nos vœux l’aube qui doit éclore, Hâtons l’avènement d’un monde à tous meilleur, Et vers l’horizon, vague encore, Levons incessamment nos yeux et notre cœur. Lacaussade

INTRODUCTION

Parmi les voyageurs allemands les plus renommés du XIXe siècle, le botaniste et écrivain Alexander von Humboldt (1769-1859) se distingue particulièrement1. Le voyage du naturaliste dans l’Amérique tropicale fut l’entreprise d’exploration la plus fascinante de l’époque. Père de la géographie physique moderne, ce représentant de la Prusse fut admiré dans le monde entier. Hélas, les régions des îles australes de l’océan Indien ne peuvent s’enorgueillir de la visite de ce grand scientifique allemand, citoyen du monde. Si les Français ont été nombreux au cours des siècles derniers à faire escale dans ces îles et à rendre compte de leurs travaux, observations ou impressions, les hommes ou femmes germanophones qui ont laissé des traces écrites de leur approche de la culture et de la civilisation bourbonnaises et des îles avoisinantes le sont beaucoup moins. Parmi les rares voyageurs et écrivains recensés, nous pourrions citer en premier la courageuse Autrichienne Ida Pfeiffer qui effectua en 1857, à l’âge de soixante ans, un périple à Madagascar, puis en second le baron allemand Carl Claus von der Decken (1833-1865) qui explora en compagnie du géologue anglais Richard Thornton (1859-1861) et du botaniste allemand Otto Kersten (1861-1862) la côte, l’intérieur et le monde insulaire de l’Afrique orientale dont l’île de la Réunion. Ce précurseur de l’exploration scientifique du Kilimandjaro devait payer de sa vie son audace et son courage, car il fut assassiné en 1865 au cours de sa seconde expédition. Deux autres voyageurs autrichiens méritent également d’être mentionnés. Il s’agit de l’enseigne de vaisseau Leopold von Jedina qui fit escale à Madagascar et Maurice avec la corvette Helgoland, entre 1873 et 1875, et du géologue Richard von Drasche qui arpenta le volcan de
1

La Staatsbibliothek de Berlin lui consacra en 2006 une exposition : Alexander von Humboldt – Im Kosmos des Weltbürgers, Rotes Rathaus, Berlin.

24

Marlene Tolède

la Fournaise à la Réunion en 1878. Le seul ouvrage ayant connu une renommée internationale fut le Voyage à Madagascar d’Ida Pfeiffer, traduit en français dès 1862. La bibliographie très fournie des explorateurs C. von der Decken et O. Kersten sur les Mascareignes recense un ouvrage intitulé Schwarze und Weiße (Noirs et Blancs) et deux communications faites à la Société de géographie de Berlin sur les îles Bourbon et Sainte-Hélène d’un certain Gustave Oelsner-Monmerqué. Ces écrits sont les seuls en langue allemande émanant d’un auteur qui a vécu à l’île Bourbon, toutes les autres références bibliographiques étant des traductions allemandes de textes français. La lecture des ouvrages de G. Oelsner-Monmerqué permet de découvrir bien plus qu’un simple voyageur ayant fait une brève escale à Bourbon et laissé quelques souvenirs de voyage. Les sources réunies dans les archives réunionnaises, métropolitaines, allemandes et polonaises ont révélé un homme d’origine prussienne par son père et française par sa mère, docteur ès lettres, ayant vécu à Bourbon entre 1842 et 1845, apparemment de sa propre initiative, par conviction et pour servir la colonie. Au fil des recherches, on découvre successivement le rédacteur en chef, le professeur de philosophie, le créateur d’institut scolaire, le proviseur, mais aussi le conférencier et l’écrivain. Il s’est avéré qu’aucune encyclopédie ne mentionne le nom de Gustave Oelsner-Monmerqué. Son père Conrad Engelbert Oelsner, publiciste engagé et diplomate, lui vole la vedette. Les raisons en sont multiples. La brièveté de sa vie (1814-1854) et la courte période de son activité littéraire (de 1847 à 1850), essentiellement en langue allemande, peuvent être à l’origine de son manque de notoriété. Sa double appartenance, son va-et-vient incessant entre ses deux patries ont pu l’empêcher d’asseoir sa réputation dans l’un ou l’autre des deux pays. Pourtant, l’itinéraire de cet homme paraît suffisamment exceptionnel, riche et inattendu pour justifier une reconstitution biographique, particulièrement de son étape bourbonnaise qui se situe à une période historique charnière, à l’aube de l’abolition de l’esclavage. La biographie proposée a pour but de retracer les étapes d’un parcours de vie mouvementé, de cerner le caractère d’un homme particulièrement actif et engagé et d’entrevoir les aspirations et les objectifs d’un jeune Franco-Allemand qui consacra une grande