Dénis de mémoire

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L'attitude du parti communiste, du pacte germano-soviétique à l'invasion de l'URSS, en juin 1941, demeure un sujet de controverse à cause de mensonges accumulés par le PC sur son activité durant la première année de l'Occupation. Pierre Daix montre que les avancées des études historiques sur le sujet rouvrent bien des blessures restées à vif, et qui touchent à la mémoire des étudiants communistes, tel Claude Lalet, organisateur de la première manifestation contre l'occupant nazi, le 8 novembre 1940, et à celle des combattants de l'Organisation spéciale, l'OS, dont il faisait partie.
Prolongeant sa réflexion sur les dénis de la mémoire et leurs rapports avec l'histoire, l'auteur analyse ce qu'il appelle 'les deux négationnismes' : celui qui nia la terreur communiste – des procès de Moscou aux crimes des Khmers rouges – et celui qui nie encore aujourd'hui l'extermination des Juifs par les nazis. 'L'intérêt renouvelé pour l'ensemble de ces problèmes, écrit-il, ajouté à une plus rigoureuse exploitation des archives disponibles et au recul par rapport au XXe siècle montrent que nous entrons dans une nouvelle période, enfin libérée des "enjeux mémoriels" de générations qui disparaissent.'
Publié le : vendredi 18 septembre 2009
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EAN13 : 9782072022722
Nombre de pages : 160
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Collection Témoins
Dénis
Pierre Daix
de
mémoire
GALLIMARD
© Éditions Gallimard, 2008.
À la mémoire de Claude Lalet, exécuté comme otage à Châteaubriant
Christian Rizo et tous mes amis fusillés en 1942 après les procès de lOS
Olivier Souef et Louis Gros, morts « triangles rouges » à Auschwitz en 1942
in m em oriam
La dédicace « À mes amis morts à vingt ans » de mon romanLa Dernière Forteresse, en 1950, visait non seulement à briser loubli, mais à rendre justice à mes camarades. Jai récidivé en témoi-gnant sur eux dansJai cru au matin, en 1976, puis avec mes Hérétiques du PCF, quatre ans plus tard. Je me rends compte que les deux dernières éditions de ma biographie dAragon, ainsi queTout mon temps, puis lesJalons pour lhistoire dun journalet monBréviaire pour Mauthausen, enfin le présent témoignage participent dune seule et même entreprise de révision due aux révélations de lhistoire. Je la considère comme un devoir envers ceux qui restent, à jamais, « les miens ».
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Les apports de lhistoire qui se fait
Guy Môquet, Claude Lalet et les brouillages de la mémoire communiste La dernière lettre écrite par le lycéen Guy Môquet avant son exécution à Châteaubriant, le 20 octobre 1941, est reve-nue dans lactualité au printemps de 2007 par une initiative du président de la République Nicolas Sarkozy. LHumanitéconsacra une page à lévénement. Sous lOccupation, Jacques Duclos avait déjà fait de ce fils dun député communiste un symbole en envoyant à Aragon les éléments qui lui permirent dLe témoin des mar-écrire « tyrs », un texte vibrant en hommage aux martyrs de Châ-1 teaubriant . Larticle delHumanitéévoquait en passant Claude Lalet, étudiant communiste fusillé lui aussi à Châteaubriant, mais pour renvoyer sa résistance à 1941, ce qui la banalisait, alors que Môquet était présenté à juste titre comme ayant été
1. Diffusé sous forme de tracts en 1942, ce texte fut édité ensuite dans la clandestinité par les Éditions de Minuit, en janvier 1944, sous le titreLe Crime contre lesprit (Les Martyrs)puis repris dans Louis ARAGON,LHomme communiste, t. I, Gallimard, 1946. Les Éditions de Minuit furent fondées, rappelons-le, clandestinement durant la Résistance.
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dénis de m ém oire
arrêté à lautomne 1940. Or, en réalité, Lalet avait été un résistant dès juillet 1940. Il était difficile de croire à une simple erreur. Javais connu Lalet à lépoque en tant que « responsable » des Étudiants communistes clandestins. Comme nous étions devenus des amis, je me sentais dépositaire de sa mémoire. De là, le courrier électronique suivant que jenvoyai aussitôt au journal, à ladressedirect@humanite.fr:
Je lis danslHumanitédu 24 mai 2007 que Claude Lalet a été « arrêté au début de 1941 dans une manifestation contre loccupant ». Cest une erreur. Claude Lalet a été arrêté fin novembre 1940 dans la chute de lorganisation des Étudiants communistes dont il était un des dirigeants. Il a effectivement participé à une manifestation, mais comme organisateur : celle du 8 novembre 1940 devant le Collège de France pour protes-ter contre larrestation de Paul Langevin et la révocation des professeurs juifs de la Sorbonne. Cétait la première manifesta-tion contre loccupant et elle a servi de préparation à la grande manifestation étudiante avec les gaullistes du 11 novembre 1940, à lÉtoile.
Aucune réponse ne vint, ce qui me confirma dans lidée que lerreur nétait pas fortuite. Six mois plus tard, le PCF minvita, par une lettre de son 1 directeur de la communication, Gérard Streiff , à une soi-rée en lhonneur de Guy Môquet à la mi-octobre 2007. Je déclinai parce que je devais effectuer à cette date un voyage en Israël chez les survivants de la famille paternelle de ma femme. Dans ma réponse, jinclus copie de mone-maildu
1. Auteur d:un livre remarqué Jean Kanapa, 1921-1978, 2 vol., LHar-mattan, 2001. Il mavait rencontré à cette occasion.
les apports de l histoire qui se fait '
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24 mai, en métonnant quon ne reliât toujours pas Claude Lalet à Guy Môquet. Jen profitai pour rappeler le martyrologe des Étudiants communistes assassinés par les nazis :
Bob Kirschen, ladjoint de Claude Lalet, fusillé comme otage en août 1942 ; Jean Rozinoer, notre médecin, assassiné comme juif à Mauthausen en 1943 ; Olivier Souef et Louis Gros, deux des « triangles rouges » déportés à Auschwitz dans le convoi du 9 juillet 1942 et qui y sont morts en août 1942. Je continue de ne pas comprendre pourquoi le PCF ne les associe pas à la commémoration de lassassinat du lycéen Guy Môquet.
Je dis à Gérard Streiff quil pouvait faire état de cette lettre. Il me répondit quelle serait publiée danslHumanité. Je nen ai pas reçu le moindre écho depuis lors. En vérité, je ne me suis jamais habitué, depuis mon retour de Mauthausen, en 1945, au silence qui sest abattu sur mes camarades des Étudiants communistes depuis notre procès de février 1941, qui fut pourtant le premier procès important de communistes à Paris sous lOccupation et de commu-nistes « revendiquant leur résistance intellectuelle à loccu-1 pation nazie ». Le procès dura tout le mois de février et nécessita quatre e audiences de la 17 chambre correctionnelle. Nétant quun jeune adhérent, je men sortis avec trois mois de prison. Le er 1 mars 1941, jétais libre. Je sortis en compagnie de mon ami du lycée Henri-IV Pierre Kast, ainsi que de Louis Gros et Olivier Souef.
1. La justice de Vichy nous accusait de « reconstitution de ligue dissoute » e et « dobéissance aux mots dDe là notreordre de la III Internationale ». insistance sur notre résistance, que nous prétendions, pour notre défense, purement intellectuelle, sans actes pratiques répréhensibles.
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