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Des Asiatiques en Hongrie

De
180 pages

Dans les articles qui composent ce recueil, l'auteur se penche sur trois peuples liés à l'histoire de la Hongrie - les Alains, les Kabars et les Khazars -, dont il déchiffre le nom, la langue, l'histoire et les mœurs, sous une approche historique et linguistique.

Publié par :
Ajouté le : 01 septembre 2013
Lecture(s) : 6
EAN13 : 9782336324432
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Bibliothèque finno-ougrienne 24

Bernar

Des Asiatiques en H
Khazars, Kabars

DesAsiatiquesen Hongrie :
Khazars, KabarsetAlains

Collection « Bibliothèque finno-ougrienne »

Publiée parl’Association pourle développementdesétudes
finno-ougriennes(ADÉFO),2 rue de Lille,75343ParisCedex 07
http://www.adefo.org/adefo@adefo.org

Volumes parus :

1.Fannyde Sivers,Les emprunts suédois en estonien littéraire(8€)
2.Béla Bartók vivant : souvenirs, études et témoignages(13€)
3.Autour du Kalevala(9€)
4.Le monde kalévaléen en France et en Finlande(22€)
5.Regards sur Kosztolányi(18€)
6.: autobiographie versifiée d’un poèteUn chant épique de la prairie
hongrois du Canada(25€)
7.Jean GergelyetJean Vigué,Conscience musicale ou conscience hu-
maine ? Vie, œuvre et héritage spirituel de Béla Bartók(20€)
e
8.Actes du IVcolloque franco-finlandais de linguistique contrastive
(24€)
9.Béla Bartók,Éléments d’un autoportrait(22€)
e
10.ErzsébetHanus,La littérature hongroise en France auXIXsiècle
(24€)
e
11.ErzsébetHanus,La littérature hongroise en France auXIXsiècle :
anthologie choisie et commentée(24€)
e
12.Bernard Le Calloc’h,LeXsiècle et les Hongrois(25€)
13.Dávid Szabó,L’argot des étudiants budapestois(27,50€)
14.Jean Perrot,Regards sur les langues ouraliennes(30€)
15.Outi Duvallon,Le pronom anaphorique et l’architecture de l’oral en
finnois et en français(32€)
16.ArtLeete,La guerre du Kazym:les peuples de Sibérie occidentale
contre le pouvoir soviétique (1933-1934)(27€)
17.Jean-Pierre Minaudier,Histoire de l’Estonie et de la nation
estonienne(34€)
18.Les Komis – questions de langue et de culture(21€)
19.Antoine Chalvin,Johannes Aavik et la rénovation de la langue
estonienne(29,50€)
20.Jaan Kross – Bilan et découvertes(15,50€)
21.Katre Talviste,La poésie estonienne et Baudelaire(29,50€)
22.Deux écrivains autochtones de Sibérie – Érémeï Aïpine et Iouri Vella
(37€)
23.Le fantastique et la science-fiction en Finlande et en Estonie(21€)

BIBLIOTHÈQUE FINNO-OUGRIENNE –24

Bernard Le Calloc’h

DesAsiatiquesen Hongrie :
Khazars, KabarsetAlains

L’Harmattan

ADÉFO

Couverture : le monumentde Karcag, commémorantl’entrée etla
promesse de conversion desCoumansetdesAlainsfaite à Béla IV
parle chef Kötöny(photo de l’auteur).

Carte de la page 11 : VincentDautancourt.

©2013, ADÉFO
2,rue de Lille; 75007Paris
www.adefo.org

© L’Harmattan,2013
5-7,rue de l’École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN :978-2-343-00190-6
EAN :9782343001906

QUESTIONS
AU SUJET DES JÁSZ,
OU ALAINS DE HONGRIE

Aupiedsud dumassif de Mátra, aunord de la grande plaine
hongroise, entre Danube etTisza, de laville de Hatvan aunord-
ouestà celle de Szolnok au sud-est,s’étendunerégion dénommée
Jászság, oupaysdesJász.
1
Ils’agitd’unterritoire axé autourde larivière Zagyva –qui
contourne le Mátra parl’ouestpour rejoindre le coursmoyen de la
2
Tisza à Szolnok – etdeson affluentde gauche, la Tarna –qui
contourne le Mátra parl’estet se jette dansla Zagyva en aval de la
ville de Jászberény.Dépourvue detoute frontière naturelle, elle ne
se distingue pasdes régionsavoisinantesparla géographie mais
parl’ethnographie, enraison deson peuplementancien etdu statut
privilégié dontontlongtempsjouiseshabitants.
On peutaisémentlarepérer surla carte parle fait que lescom-
munes qui la parsèmentcommencent toutesparle préfixeJász-,
comme ilya ailleursd’autresagglomérationshongroisesdontle
3
nom estprécédé dekun(en payscouman)oudeszékely(en pays
4
sicule), avectoutefoiscette différencequ’en paysjászaucune
d’entre ellesn’échappe à larègle.
Enclavée entre le comitatPestà l’ouestetle comitatHevesau
nord, elle estlongue desoixante-dixkilomètresetlarge dequa-
rante en moyenne, assez vaste pouravoirjadisconstituéunterri-

1
Le nom de la Zagyva estàrapprocherdu toponymetchèque Szava,
du serbo-croate Sađavica etdupolonaisSadzawky,qui ontpourpointde
départcommun levieux slave *sadja«suie ».La Zagyva estdonc la
rivière « noire comme lasuie ».
2
La Tarna tire son étymologie duvieuxslave *tЬrnЪ, «épine,
ronce »,comme les toponymes serbo-croate et slovaque Trnava. C’est
donc la rivière « bordée de ronces ».
3
Par exemple Kunszentmiklós, Kunmadaras, Kunhegyes.
4
Par exemple Székelyszabar, Székelyudvarhely, Székelykeresztúr.

DES ASIATIQUES EN HONGRIE

toire oudistrictautonome, avantd’êtreréunie en 1876à l’ancien
comitatJász-Nagykun-Szolnok, devenudepuislorsplus simple-
mentcomitatSzolnok, dontelle couvre à peine le cinquième de la
superficie.
C’est unerégiontrèsplate, d’aspectmonotone, peudiversifiée,
au relief à peine marqué parendroits, au soltantôt sableux tantôt
encombré d’eaux stagnantes, et traversée pardescoursd’eaulents
et sinueux.Sa pente générales’incline légèrementau sud-est, le
plus souventde façon imperceptible.
En fait, cesontleshommesetnon paslaterrequi lui donnent
sonvéritablevisage.Aujourd’hui encore, ilsubsiste parmi lesHon-
grois qui la peuplent un certain particularisme faitdetraditions
historiquesauxoriginesaussi obscures que lointaines,qui entre-
tientchezeuxlesentimentdiffusd’êtreun peudifférentsdes
autres, mêmes’ilsnes’en expliquentplusles véritablesmotifs.
Longtemps, avant que ne disparaissentlescostumesfolkloriques
sousl’effetde la modernité, on a pulesdistinguerparlevêtement
desfemmesetlesplaquesmétalliquesdontelleslesornaient, de
mêmequ’avantla généralisation de l’enseignementilsavaient
gardéune manière dialectale de parlerle hongrois qui lesfaisait
reconnaître à coupsûrde leurscompatriotes.D’une part, ilspalata-
lisaient systématiquementlesconsonnesdentales,usantde la
mouillure àtoutpropos, comme parexemple danstyűkör(miroir)
oudansámogyikpourálmodik(ilrêve).D’autre part, ilsfermaient
les voyellesaetedanslesformesaccusativesdugenreházamot
pourházamat(ma maison)oukezedëtpourkezedet(ta main).Cette
façon de parler, enrégression constante, n’ensubsiste pasmoins
encore dansles vieillesgénérationsainsique parmi lesélémentsles
moinsinstruitsde la population.

JÁSZ, OU ALAINS DE HONGRIE

11

Le paysalain (jász), dansl’Alföld, entre Hatvan, aunord-ouest, et
Szolnok au sud-est, le long de lavallée de la Zagyva etdeson affluentde
gauche, la Tarna.

QUE SIGNIFIE LEUR NOM ?

L’appellationsouslaquellesontconnusleshabitantsdupays
jásza été longtemps une énigme etasuscitéun nombre consi-
dérable d’interprétations.Historiens, archéologues, linguisteset
ethnographes(hongroisetparfoisétrangers)ontéchafaudé les
hypothèseslesplusdiversespour tenterderésoudre le mystère de
l’origine de ce peuple, bienqu’ilsoitentré depuis trèslongtemps
surlascène de l’histoire.
Le nom desJászest, en effet, connudepuisla plushaute anti-
quité.On letrouve déjà dansleshymnesduRig-Veda Samhitā, le
plusancien monumentlittéraire de l’Inde, dontlespremiers textes
remontentà 1500ansavantJ.C.,sousla formeYadu,qui étaitle
nom d’un clan indo-européen.On letrouve ensuite chezles
Chinois sousla formeYue-ti, puischezPtolémée (ιάτον), ainsique
danslaGéographiede Strabon (ας)au toutdébutde notre ère,
ailleursencoresousdesformes telles queJagni,Jaz,Jazyx,Gaz,
Jasones, maisaussiPhilistaei,Pharetrarii,Sagitarii, etc.
Comment s’y reconnaître dansce fatras ?
En cequi concerne lescharteset rescritsdivers rédigésen Hon-
grietoutaulong duMoyen-Âge etau-delà, il fautd’abordremar-
quer que pendantlongtempslesJászn’ontpasété distinguésdes
Coumans, aupointdesemblern’en êtrequ’une fraction.Lerescrit
du roi László IV, daté de 1279, parexemple, ne parleque des
Coumans, alors qu’à l’évidence iltraite aussi desJász.Il arrive à
cette époquequ’un document serapporte à eux spécifiquement,
maisilsn’y sontpasnommémentdésignés.Curieusement, onuti-
lise alors une périphrasetelleque « hospitesnostri de Beryn », nos
hôtesde (Jász)Berény.C’estle casen 1264sousBéla IV etaussi

14

DES ASIATIQUES EN HONGRIE

en 1270 sousÉtienne V,dans une lettre patente leuraccordant
franchise.Il n’en demeure pasmoins que le motJászapparaîtpour-
tant,sousl’orthographe Jáz, dès1256dans un diplôme duchapitre
cathédral de Székesfehérváretà nouveaul’annéesuivante dans un
autre écritdumême ordre.Cela n’empêche pasle linguiste Pál
Hunfalvyd’écrireque,selon lui, la première mention écrite des
Jászenterre hongroise ne daterait que de 1320, à l’occasion d’un
procès qui opposa cette année-làun clan jászde Piliscsaba aux
nonnesde Budasziget.

Sansdoute parcequ’ilsignoraient que le nom de la commune
de Jászó, prèsde Kassa, ason origine dansleslovaquejassa(clai-
rière)etn’a doncrien àvoiravec lesJász, certainshistoriens se
sontdemandés’il nes’agissaitpasplutôtde la prévôté fondée à cet
e er
endroitauXIIsiècle,souslerègne de Kálmán I, parleschanoines
de Prémontré.
Peuaprès,une nouvelle appellation leura été donnée, celle de
Philistaei, dunom de ce peuple d’origine inconnuequi futle grand
ennemi desHébreuxà l’époque desJugesetdontil estpourcela
souvent question dansl’Ancien Testament.Ce nom apparaît, en
effet, à leur sujeten 1399 dans une lettre dupape Boniface IX eten
1425 dans un décretde l’empereurd’Allemagneroi de Hongrie
er
Sigismond I.Plus tard, onrelève encoreune appellationtoutaussi
étrange.LesJász seraientdesporteursde carquois(Pharetrarii)et
deslanceursde flèches(Sagittarii),sans qu’ilsoitpossible d’en
fournir une explicationsatisfaisante.Commeseulsles rois,quand
ilspartaienten guerre, disposaientd’un porteuràqui ilsconfiaient
leursflèches, il paraîtdifficile de comprendre commentle mot
pharetrariusa pu s’appliqueràtouteune population etpourquoi il
en auraitété ainsi, puisque, en ces tempsoùlesarmesà feun’exis-
taientpasencore,toutcombattantétait, parla force deschoses,
porteurd’un carquoisetlanceurde flèches, même lorsqu’il n’avait
rien de commun avec lesJász.
Quantà l’appellation Jazyx(Jazygesaupluriel), elle n’apparaît
qu’en 1668, auxcôtésde Philistaeiqui continue d’être enusage
e
jusqu’à la fin duXVIIIsiècle.Selon István Kaprinay,jazyxne
serait qu’une mauvaisetranscription dumothongroisíjasqui
signifie « archer».Mais que peut valoir unetelle explication de la

JÁSZ, OU ALAINS DE HONGRIE15
partd’un auteur qui, parailleurs, fait venirle nom desPhilistinsde
balisteus« lanceurde pierres»?
Là nes’arrête pasla liste déjà longue desnomsdontilsontété
baptisés, ni desconjecturesauxquellesceux-ci ontdonné lieu.En
1829, l’historien István Horvát– connu, il est vrai, pour sesétymo-
logiesextravagantes– découvrequ’ils sont toutbonnementlesfils
de laville d’Issos, en Cilicie, célèbre parlavictoirequ’en333
avantJ.C.Alexandre de MacédoineremportasurDarius.C’est
encore luiqui, la même année, assimile leurnom aumothongrois
gyász,quisignifie «deuil »,parceque, nousditle-il, «sJász
s’habillent toujoursde noirpourallerà l’église » ! Il affirmequ’en
Transdanubie l’habitde deuil (gyászruha)estappelé ausshabii «t
jász» (Jászruha)etcette explication fantaisiste luisemblesuffi-
sante pourprouverle bien-fondé desathéorie.
Deson côté, JánosKorabinszky rapproche le motjazyxdu slave
jazik(russe :язык) quiveutdirlange «ue ».Lerapportentre les
deuxmots, à part une certaine homophonie, n’estmanifestement
pasclair.Ils’entire par une pirouette en affirmant qu’en certains
casjazikpourraitaussivouloirexprimerla connaissance de
l’archerie.Maiscomme finalement toutcela netientpasdebout, il
serabat sur un autre mot slave, lerusseязычник,quiveutdire
« païen ».LesJász seraientdonc, àson avis, le dernierpeuple
païen de Hongrie.
C’estAndrásDugonics qui achève de jeterla confusion en assi-
milantpourla première fois, dans sonromanEtelka, lesJászaux
Archers(Íjasz), «parceque cette nationsavait trèsbien décocher
lesflèches», affirme-t-il.La faiblesse, pourne pasdire lastupidité
de cette argumentation n’estplusà démontrerpuisque lespeuples
cavaliers venusde l’Orient, depuislesHunsetlesAvarsjusqu’aux
MagyarsetauxCoumans, ont tousété deredoutablesarchers.Rien
ne permetde direque lesJászauraientencore mieux su utiliser
l’arcque n’importe lequel despeuples qui lesavaientprécédésou
qui les suivirent.Cette assimilation deJászàÍjásznereposeque
sur un jeude mots.Nous sommesen présence d’une plaisanterie
baséesur une fausse étymologie,quisatisfaitpeut-être l’oreille et
l’œil, maiscertainementpaslaraison.Le motarchers’est toujours
diten hongroisíjasetnon pasíjász, conformémentàunerègle de
composition desdérivés qui faitécrire, parexemple,puskás(fusi-

16

DES ASIATIQUES EN HONGRIE

lier)etnonpuskász, oudzsidás(lancier)etnondzsidász.Le mot
íjásza été forgé parDugonicspourappuyer sathèse,surle modèle
de mots tels quevadász(chasseur)ouhalász(pêcheur),sans tenir
compte dufait que, lorsqu’ils’agitd’une arme, lesuffixe de déri-
vation ne peutêtrequ’en-as/-es.Bref, c’est un mot qui ne figure
dansaucun dictionnaire avantlui.Nous sommesaudébutdu
romantisme national, lesloisde la morphologiesontdédaignées,
sinon même plus simplementignorées, etlesexplicationsfantai-
sistes remplacentlesimple bonsens.
e
Toutaulong duXIXsiècle etmême au-delà, lesauteursiront
répétant que lesJász sontlesdescendantsd’un peuple d’archers, ce
qui esten partie exact, certes ;maisilsne pourrontjamaisexpli-
querpourquoi ce nom leura été attribuéun beaujour, audétour
d’un conte à dormirdebout.Même letrès sérieuxDictionnaire de
la langue hongroisede GergelyCzuczor(1862-1874)enregistre
íjászcommeun faitaccompli.Letourestjoué.
Pál Hunfalvy tenteratoutde même, peuaprès,une nouvelle éty-
mologie.Constatant que l’on estarrivé à appelerphilistinun
peuplequi ne l’a manifestementjamaisété, il avancera l’hypothèse
selon laquelle le motphilisteusπρονόσπίτιονviendraitd’une inter-
prétation erronée dumotallemandPfeil(flèche).Resteraitcepen-
dantàsavoircomment un motgermanique auraitpudonnernais-
sance aunom d’un peuple connudesHébreuxplusde dix siècles
avantJ.C.C’estlàunequestionquisuffità démolird’un coup cette
conjecture hasardeuse.Detoute manière,s’il en avaitété ainsi, ce
n’estpasíjászque l’on auraitdûavoirmaisnyilas, formésurnyíl
(flèche), etbien entendu suffixé en-as.
Plus récemment, le folkloriste László Szabó est revenu une fois
encoresurlasurprenante etmystérieuse appellation de philistin
donnée auxJászeten asuggéréune nouvelle explication.Selon
lui, elleviendraitde leurhautestature, d’autantplus remarquable
que lesCoumans, avecqui ils sontapparusen Hongrie etprèsdes-
quelsils sesontinstallés, étaientaucontraire d’unetaille médiocre.
Dansl’espritdesHongrois qui les virentarriverparmi euxet qui,
étantchristianisésdepuisplusieurs siècles, connaissaientl’épisode
de David opposé à Goliathrapporté dansle premierlivre de
Samuel, lesJászauraientpu semblerde la mêmeraceque le géant

JÁSZ, OU ALAINS DE HONGRIE17
philistin etce nom leurauraitété attribué pourévoquerleurhaute
taille, peut-être pardérision, plus sûrementparadmiration.
Si cette explication devait serévéler valable, celle d’István
Gyárfás,selon lequel desJászauraientamené d’Asie le nom des
Philistins,tomberaitd’elle-même.Et que penserde celleque nous
propose Bastián, pour quifiliszteusproviendraitdesmotshongrois
pilis fej(tête chauve), parceque, nousprécise-t-il, lesJászétaient
alorsdespaïenset serasaientlatête?Elle n’estpasplusfolle, en
vérité,que cette autrequ’il nous relate aussi et qui feraitdériver
philisteosde deuxmotsgrecsφιλειν оιστоς(?).Celasignifierait,
selonson interprétationtrèspersonnelle,quelque chose comme
« amoureuxdesflèches» (nyilat kedvelő), bienque la flèchese
dise en grecβέλος.Mais toutceci nerelève en définitiveque de la
fantaisie etne mérite pasdes’yattarderdavantage.
En fait, il fautattendre 1912pour que leslaviste JánosMelich
metteunterme àtouteslesbillevesées que le nom desJásza
engendrées.Il faitd’abord observer que le motJasonesest
employé pourla première foisdans un écritlatin de Hongrie en
1323et que c’est seulementdeux sièclesplus tardque Pietro
Ranzano assimile lesJászauxJazyges, assimilationqui ne devien-
dra généralequ’à partirde 1668.En outre, les termespharetrariiet
sagittariin’ontété enusageque danslesdocumentsétrangers.On
ne les retrouve pasdansla documentation historique hongroise.
Vouloirfaire descendre dumotíj(arc)le nom desJász sousla
formeíjászest un non-sens.Si cette dérivation étaitpossible on
aurait, detoute façon,íjasetnon pasijász, lequel constitueun
véritable barbarisme.Lathèse de Vámbéry,reprise parMárki,qui
feraitdunom desJász un mot türk etcelle de Géza Nagy qui en
ferait un motfinno-ougrien, ouencore celle de JánosJerney qui le
ditêtre le nom d’un prince petchénègue,sont touteségalement
erronées.
PourMelich il ne faitaucun douteque ce motest venuen hon-
groisparleslavon, car, note-t-il,une partie de l’ancien peuple des
Alains vitencore de nosjoursdansle Caucasesousle nom
d’Ossètes,que lesTurcsottomansnommentAs.Ce dernier terme
estpassé enrusse, oùleAinitial asubiune mouillure, conformé-
mentà la phonétique de cette langue, devenantainsiyas(яc), écrit
Jászen hongrois.C’estce même motauplurielqui désigne la capi-