Des esclaves sous le fouet

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En janvier 1846, à l'île Bourbon (Île de la Réunion), s'ouvre un long procès contre un régisseur accusé de traitements barbares, ainsi que d'assassinats contre plusieurs esclaves. Cet ouvrage relate cette histoire en croisant des regards complémentaires : celui de la justice qui, grâce à de très nombreux témoignages d'esclaves ou de Blancs, esquisse la société réunionnaise de l'époque et celui de l'historien qui rapporte les faits de l'affaire Morette, ce Blanc incriminé pour des actes d'une telle violence qu'il était surnommé « la bête », le matavo, celui qui mange les hommes.
Publié le : dimanche 15 mai 2016
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EAN13 : 9782140009525
Nombre de pages : 150
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Gilles Gérard, Martine Grimaud
Des esclaves sous le fouet Le procès Morette à l’île Bourbon
Des esclaves sous le fouet
Gilles GÉRARD,MartineGRIMAUD Des esclaves sous le fouet
Le procès Morette à l’île Bourbon
Des mêmes auteurs De Martine GRIMAUD : Au fil d’Argente,La société des Écrivains, 2008. De Gilles GÉRARD : Visages de l’usine, Muséum Stella Matutina, 1994 (Avec Yann Arthus-Bertrand). Famiy maron ou la famille esclave à Bourbon, L’Harmattan, 2012. La guerre de 1811 ou la révolution des esclaves de Saint-Leu, île Bourbon,L’Harmattan, 2015. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08954-6 EAN : 9782343089546
A Germaine, Argente A tout bann fanm kouraz
Remerciements à Pascale Clémentz, Tom Gérard, Marie-Hélène, Annick et Jean-François Hilaire, Salomé et Jean-Michel Lambert, Christine Radegonde et Thierry Roussey, pour leur collaboration.
Bourbon à la veille de l’abolition de l’esclavageLe 15 janvier 1845, Germaine, esclave créole d’une vingtaine d’années, décède à Saint-Denis chez M. Camin, un riche négo-ciantde l’île Bourbon, île de l’Océan Indien qui reprendra le nom de La Réunion en 1848, année de l’abolition de l’esclavage.Cette mort estle point de départ de l’affaire Morette, du nom d’un régisseur qui gérait une propriété à Saint-André, sur la côte Est, pour le compte de M. Camin. Cette affaire judiciaire est celle d’une accusation pour le meurtre de quatre esclaves et pour des traitements barbares et inhumains envers treize autres. Cette histoire, sordide comme toutes celles traitant du même sujet, commence en juillet 1842 et s’achève, juridiquement, le 16 janvier 1846, à l’issue d’un procès qui durera onze jours devant la cour d’Assises de Saint-Denis, et qui mobilisera, pour l’accusation, une cinquantaine de témoins dont trente esclaves, 1 onze Blancs , trois Libres de Couleur et un engagé indien. La défense, elle, fera entendre 17 autres témoins, tous des Blancs,à l’exception sans doute de deuxLibres de Couleur. Ce procès se déroule au moment del’application d’une nouvelle loi sur l’esclavage mais les faits, eux, se sont produits pendant que les autorités, locales et nationales, débattaient de l’esclavage, de son évolution, de transitions possibles vers une émancipation à moyen terme. Cela en décalage total avec ce que vivaient sur les habitations, au quotidien, les esclaves. Cette affaire Morette n’est pas extraordinaire par les faits eux-mêmes mais parce qu’elle fournit une documentation excep-tionnelle : plus de 700 feuillets sont ainsi consultables aux Ar-2 chives Départementales de La Réunion . Ces documents portent aussi bien sur les interrogatoires des différents protagonistes avec en particulier les premières auditions des témoins esclaves, puis leurs interrogatoires, que sur les rapports des différents
1 Les termes Blanc, Cafre, Créole, Malgache ou Indien sont utilisés dans leur acceptation à l’époque des faits.2 ADR 2U79 et 122W447. L’arrêt de la cour d’Assises ne se trouve qu’aux ANOM, 6 DPPC 2896. 7
médecins chargés d’examiner les victimes de Morette. Les notes, griffonnées bien souvent, du juge d’instruction ou du procureur du Roi dans la préparation de leurs interventions lors del’instruction puis dans le déroulement du procès sont riches d’enseignement sur le positionnement de l’appareil judiciaire à cette époque précise. A l’opposé, les sources sontplutôt légères concernant la dé-fense. Il s’agit dès lors, non pas derechercher les sources mais de les vérifier, de les replacer dans le contexte pré-abolitionniste et de donner une grille de lecture permettant de comprendre une réa-lité, parfois fantasmée, souvent niée, sur le quotidien des es-claves dans les habitations et sur le régime disciplinaire qui réglait le moindre moment de leur existence. Cette richesse des documents permet d’aborder différents as-pects de leur vie à cette époque, les relations entre Blancs de différents niveaux, celles des esclaves issus de groupes eth-niques variés ainsi que les rapports avec les premiers engagés arrivés au début des années 1840, Africains ou Indiens sur cette propriété. On découvre également la nature des relations entre hommes et femmes, selon leur statut, Libres, esclaves ou engagés. Mais ce qui ressort de ces centaines de pages d’archives, c’est d’abord, et surtout, la déviance, la perversité, l’inhumanité de certains Libres, propriétaires ou régisseurs. Le fouet, sous différentes formes, est l’instrument privilégié, ordinaire, commun, de la domination sur les esclaves afin de les assujettir. D’autres formes de violence apparaissent mais la fustigation, la flagellation, sont incontestablement la base du système esclavagiste pour se maintenir. Germaine va en mourir, demême qu’André, Vincentet Jean Marie, sur cette propriété dans les Hauts de Saint-André. D’autres esclaves en seront marqués à jamais ici et ailleurs, sur l’îleBourbon comme dans les autres espaces coloniaux fran-çais, comme dans les autres sociétés esclavagistes.
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Tous les propriétaires d’esclaves ne fouettaient pas à mort leurs esclaves, un de leurs biens, avec la terre, les plus précieux, mais tous basaient leur domination sur l’usage du fouet.Cet ouvrage présente donc cette histoire ; il la raconte en croi-sant les formes d’écriture. D’abord des documents d’archives soit intégraux, soit partiels comme le long réquisitoire de Mas-sot,juge d’instruction, pour le renvoi de Morette en Cour d’Assises, sont proposés. La clarté dans l’exposé des faits re-prochés et dans l’historique des évènements ne justifie pas une autre écriture paraphrasant ces documents. La structure répéti-tive des interrogatoires entraîne certes une certaine redondance dans les réponses mais leurforce de suggestion et d’information 3 est suffisamment forte pour justifier leur présentation. Il a été choisi ensuite de proposer la perception et le vécu des esclaves décédés, donc sans témoignages devant la justice, à travers plusieurs récits de fiction mais basés sur des faits con-firmés parl’instruction. Enfin, le travail d’historien impose de mettre en perspective les différents éléments attestés, de les analyser également dans leur non-dit et de proposer une com-préhension particulière de cette histoire. Germaine décède en janvier 1845, son enfant quelques mois après ; le procès de Morette se terminera un an et une semaine plus tard.
3 Pour la facilité de lecture, l’orthographe decertains mots a été corrigée de même que la ponctuation. 9
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