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Des histoires de Paris

De
214 pages
Inspiré par la presse de la période révolutionnaire à nos jours et nourri de nombreuses citations, ce livre relate des événements, des anecdotes tout à fait particulières à Paris, sur un ton souvent humoristique qui met en évidence la cocasserie de certaines situations. L'auteur nous livre ces extraits de presse aux styles et aux couleurs chatoyants, et les commente à la lumière de ses connaissances d'historien soucieux de révéler la véridique histoire de Paris mais aussi la magie qui fait sa renommée dans le monde entier.
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DES HISTOIRES DE PARIS

Histoire de Paris Collection dirigée par Thierry Halay
L'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France est un vaste champ d'étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects. Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages ou les évènements qui ont marqué les siècles. Elle s'efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des Parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu'il s'agisse d'individus célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées. Les études pub liées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d'un travail de fond, s'adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble documentaire passionnant et de qualité. A côté de l'intérêt intellectuel qu'elle présente, l'histoire locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les gens, les évènements et le patrimoine de différentes périodes, à mieux comprendre Paris et I'Ile-deFrance.

Déjà parus
Christian LEBRUMENT, La guerre de 1870 et la Commune, 2005. Hubert DEMORY, Auteuil et Passy. De la révolution à l'annexion. 2005. Jacqueline VIRUEGA, La bijouterie parisienne: Du Second Empire à la Première Guerre mondiale, 2004. Jacques LANFRANC HI, Les statues des grands hommes à Paris, 2004. Jean-Pierre THOMAS, Le guide des effigies de Paris, 2002. Juliette FAURE, L'Arsenal de Paris, 2002 Jean-Paul MARTNEAUD, Les ordres religieux dans les hôpitaux de Paris, 2002. Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris en 400 dates, 1999. Robert VIAL, Histoire de l'enseignement des hôpitaux de Paris, 1999. Victor DEBUCHY, La vie à Paris pendant le siège 1870-1871,1999. Thierry HALA Y, Paris et ses quartiers, 1998. J. Paul MARTINEAUD, Une histoire de I 'Hôpital Lariboisière, 1998. Michèle VIDERMAN, Jean Ramponneau, Parisien de Vignol, 1998.

Pierre Esperbé

DES HISTOIRES DE PARIS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

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Du MÊME AUTEUR

Poésie
Narthex, Pl Oswald, 1971. Âme au porteur, Art et Poésie, 1972. Concerto pour marées et silence, Chambelland, 1974. La peau des spasmes, Chambelland, 1976. Dans Poètes à l'œuvre, ARCAM, 1978. Clé de contact, ARCAM, 1979. Dans 100 poèmes pour l'écologie, Le Cherche Midi, 1991. Inédits l à V, Collection Sajat 2000-2001. Clé pour l'infini, Collection Sajat 2002.

Théâtre L'Echelle, GEP - 1970. Théâtre 1, ARCAM - 1977. L'Attrape-rêve, Week-End, Chez l'auteur, 1980. Divers
Couacs..., Le Guichet, 1985. À demi-mots, Collection Sajat.

(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8651-0 EAN: 9782747586511

I LESEVENEMENTSDEPAIDS
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Depuis Lutèce, s'il fallait recenser la masse incalculable d'événements survenus dans Paris un grand nombre de bibliothèques n'y suffirait pas. Le sujet a déjà inspiré nombre d'auteurs et d'ouvrages auxquels s'ajoutent un nombre infini d'archives et de documents divers. Le titre de ce premier chapitre répond à la modeste intention de n'être avant tout qu'une suite d'indications, d'annoncer que ce qui représente dans cette vieille cité les petits ou plus notoires événements qui ont marqué au cours des temps le déroulement de chaque jour. Dans cet esprit, il introduit aussi bien des informations que des circonstances, parfois plaisantes, curieuses, documentaires, toujours utiles pour la compréhension dans le temps de Paris, ville comme tant d'autres, unique en certains de ses battements. Il arrive que longtemps après un événement l'impression qu'il produit se maintienne jusqu'à devenir un mythe. Parfois le temps l'amplifie à un point tel qu'il est considéré par ceux qui n'ont pu le vivre ni le connaître en son présent, comme plus important qu'il n'est. Ainsi, la création du Moulin Rouge, lequel pour le public, et les nombreux touristes étrangers, représente particulièrement le reflet d'une époque qualifiée de "belle", bien qu'en réalité elle n'ait pas été exempte de misères, de souffrance, d'injustice, appartient à la vie culturelle et la présence d'un 7

Toulouse-Lautrec dans son décor lui confère un aval de qualité. De plus, le souvenir d'artistes passés à la postérité tels que la Goulue, Valentin le désossé, les danseuses du

cancan, aussi Yvette Guilbert avec son "Fiacre" et
"Madame Arthur", n'est pas moins puissant pour entretenir une légende. Si l'on se reporte à la presse de l'époque, on s'aperçoit que cet événement typiquement parisien ne paraît pas avoir été à la hauteur de notre mémoire. Prenons en exemple le journal L'Intransigeant: Le Moulin Rouge ouvre ses portes le 5 octobre 1889 et que lit-on dans le numéro daté du 4 octobre? : "Le Jardin de Paris ce soir donne sa dernière fête de nuit, demain samedi, ouverture du Moulin Rouge de la rue Blanche (il s'agissait de la place Blanche) où se retrouveront tous les habitués de l'Etablissement des Champs Elysées." Joseph aller, fondateur du Moulin Rouge, établissement qui prit la place de l'ancien Bal de la Reine Blanche, possédait alors dans la capitale un vaste réseau de salles, notamment aux Champs Elysées avec ce "Jardin de Paris" et aussi "l'Horloge". Il dirigeait aussi le Bal Mabille et il ouvrira l'Olympia en 1893. Il est aussi le créateur du Paris Mutuel Urbain (PMU). Par la suite, c'est le dénommé Zidler qui conduira le Moulin Rouge vers le succès mais, en ce mois d'octobre 1889, le même journal dans le numéro du 6 ne parle pas de l'événement de la veille. Seule sous la rubrique des spectacles du jour apparaît pour la première fois la mention suivante: "Moulin Rouge (place Blanche) : Tous les soirs bals. .. les mercredis et samedis, fêtes de nuit, les dimanches et fêtes à 22 heures, kermesses et bals". Ce n'est que le mercredi suivant 9 octobre qu'enfin le même journal commente la nouvelle sous cette forme: "Le Moulin Rouge installé Place Blanche a fait samedi soir une très brillante ouverture. Avec sa magnifique salle de bal, son 8

élégant jardin, sa promenade à âne, et ses attractions de toute sorte, la nouvelle création de M. Zidler sera bientôt le rendez-vous de tous les Parisiens et a pris place de suite au premier rang parmi les établissements de plaisir". Lignes élogieuses, prophétiques mais certains peuvent regretter qu'il ne soit pas accordé plus de relief à une si brillante ouverture, compte tenu de ce qu'il va représenter dans l'esprit de plusieurs générations! Le Moulin Rouge n'en fera pas moins une carrière prestigieuse. L'inauguration de l'Exposition qui eut lieu cinq mois plus tôt, soit le 7 mai 1889, revêtit certainement plus d'éclat. Elle avait été précédée par l'achèvement de la Tour Eiffel. Ce fut le Président Sadi Carnot qui présida cet événement de portée internationale. Le soir il y eut une grande fête nautique sur la Seine et dans son numéro du 8 mai L'Intransigeant décrit cette manifestation, nationale certes, mais dans un cadre purement parisien: "La place de la Concorde, outre le spectacle admirable qu'elle offre avec ses longues guirlandes de gaz, ses pots à feu, ses ifs et ses fontaines dans lesquelles la lumière se joue, est située de façon à permettre de découvrir entièrement le Trocadéro tout hérissé de feux multicolores et la Tour Eiffel où brillent trois cordons de lumière"... écrit le rédacteur de l'article qui poursuit: "... Du haut de la Tour Eiffel des jets de lumière électrique d'une puissance inouïe viennent balayer la rivière, puis en tournant, éclairent pendant une seconde et d'un jour éclatant les masses de curieux qu'ils aveuglent et qui applaudissent... Soudain, ce n'est plus une étoile qui brille au haut de la Tour, c'est toute une couronne enflammée. En même temps, sa dentelle de fer se détache de l'ombre. On la devinait jusque-là, on l'aperçoit maintenant. Peu à peu ses énormes montants rougissent comme si quelque cyclope avait allumé dessous un énorme feu; elle est bientôt embrasée tout entière, et, des quais, un 9

long murmure d'admiration s'élève, à la vue de cette immense masse de fer incandescente qui se dresse dans l'obscurité. " Avec plus d'un siècle de recul, que ces lignes sont émouvantes! On croit assister à l'éclosion d'un monde. De toute évidence elles sont l'expression d'un événement qui a frappé, par son aspect parfois fantastique, les spectateurs de cette grandiose magie nocturne. Il faut ajouter que ce fut le 31 mars 1889 qu'Eiffel avait hissé le drapeau sur la Tour enfin achevée. Les événements de Paris sont évidemment de nature diverse mais les travaux de modification, d'embellissement, d'aménagement prennent une place importante. Sur ce point on peut sans hésitation inclure cette information parue dans le journal La Lanterne de janvier 1887. Elle nous ramène à Montmartre. A cette époque, cette commune annexée à Paris en 1860 était encore un grand village perché sur la butte, en même temps emporté par une fin de XIxe siècle en évolution. Le journal évoque donc les travaux en cours de réalisation lesquels allaient transformer radicalement cette hauteur qui menaçait de s'affaisser sur son flanc nord vers les Boulevards extérieurs: "Ces travaux avancent rapidement, dit l'article, ce versant de la butte du haut duquel se dresse le Sacré Cœur a été entièrement métamorphosé. Au lieu de cette pente rapide, que couvraient de maigres gazons, on ne voit aujourd'hui qu'échafaudages, terres retournées, matériaux de construction. " Peut-être ici est-il utile de préciser que La Lanterne était une publication satirique opposée au Second Empire. Elle avait été créée par Henri Rochefort en 1868. Souvent saisie, elle devint quotidienne en 1876. En 1897, journal radical socialiste dirigé par Aristide Briand, elle cesse de paraître en 1928.
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Des travaux, Paris en connut en tout âge. La période du Second Empire, dans l'effervescence des transformations du Préfet Haussmann fut particulièrement intense. En d'autres années aussi les chantiers se multiplièrent. Tant que Paris existera ils seront légions. Si trente ans après Haussmann les rues parisiennes se trouvent bouleversées par la construction du métropolitain, quinze ans avant avait commencé l'expansion des Chemins de Fer. La banlieue de Paris de 1840 va s'en trouver modifiée. Si l'on se rappelle que cette partie correspond aux grands arrondissements du Paris actuel, des XIIe au xxe, c'est donc déjà le Paris du xxe siècle qui se transforme. Ainsi, en 1846 on travaille d'arrache-pied à l'embarcadère du clos Saint Lazare. "Malgré le mauvais état des chemins, écrit Le Constitutionnel, on amène les matériaux nécessaires à cette immense construction. Dans le même quartier on achève l'église Saint-Vincent de PauL.. Toutes les rues avoisinantes seront éclairées au gaz... On parle d'un magnifique projet qui consisterait à relier l'embarcadère de Rouen et de Saint-Germain (Gare St Lazare) à celui du clos St Lazare (Gare du Nord) par une grande rue qui partirait de l'église Notre-Dame de Lorette pour aboutir en haut du faubourg Poissonnière à l'entrée de la rue de l'Abattoir." (Les abattoirs se trouvaient vers l'avenue Trudaine). Il est bon de préciser que le clos St Lazare est le vestige de l'enclos St Lazare propriété de la Léproserie de St Lazare qui remontait au Moyen Age. Dirigée par St Vincent de Paul, qui y mourut en 1660, elle fut une prison du XVIIe siècle à 1935. Mais les événements de la capitale ne sont pas seulement les travaux qui s'y font. Les plaisirs aussi en font partie. Parfois on s'est amusé à dresser des bilans, non de santé, mais d'intérêt attractif Ici, on touche plutôt à la Il

santé mentale des Parisiens et à leur ouverture vers la joie. Bien qu'il existe toujours quelques points positifs, ces sortes de récapitulatifs peuvent faire apparaître quelque morosité. Ainsi, selon Le Journal de Paris du Il janvier 1817, telle aurait été l'ambiance de l'année 1816. Et le journal de préciser: "L'année qui vient de finir n'a point été heureuse en nouveauté... De tous les enfants de la mode et du caprice que l'année 1816 a vu naître, les Montagnes russes seules menacent de vivre longtemps. Elles ont déjà tous les symptômes de la célébrité; on les chante, on les joue, on les mange. Elles ont inspiré des couplets fort gais à l'un de nos plus aimables chansonniers, un tableau piquant à trois vaudevillistes, et des bonbons exquis à une douzaine de marchands qui se disputent les honneurs de cette invention." Et le journaliste d'exposer que "chargé par un ami de faire des démarches pour lui il se présenta tour à tour chez un banquier, un avocat, et une artiste du Français, il n'y trouva personne. Ils étaient tous aux Montagnes russes. " "Du coup il s'y rendit dans le jardin vis à vis du Bois de Boulogne qui ne présente plus à nos regards que le triste espace d'une plaine immense, à quelques pas de la barrière du Roule (place des Ternes), et dans le même endroit où le Panstéréorama montre aux curieux, Naples, Rome, Londres, Amsterdam et Paris, sur une table de trois pieds carrés... Il Y avait à la porte du jardin une foule d'équipages dont quelques-uns indiquaient le haut rang des promeneurs. Je m'arrêtais un instant à regarder les armoiries dont chaque panneau de voiture était orné... " C'est presque un reportage sur le vif. Heureuses Montagnes russes qui eurent leur heure de gloire! En 1825 les Galeries de l'Opéra "nouvelles et brillantes" (ouvertes en 1822) offraient l'Europorama, une des nombreuses sortes de Dioramas (ou panoramas) qui 12

firent fureur au début du XI)C siècle et qui jouent sur le relief et la lumière au moyen du procédé des Frères Suhr : "C'est un peu le même effet que le Diorama et le Panorama. Sont exposées des vues de la nouvelle Moscou, St-Petersbourg, l'église St Etienne à Vienne, le détroit du Sund, la Ville d'Heidelberg etc.(. ..) les tableaux, dessinés sur les lieux, produisent la plus grande illusion, si bien qu'il suffit d'aller boulevard des Italiens pour visiter les villes et les sites les plus intéressants de l'Europe. " (Le Constitutionnel du 14 février 1825). Ici le progrès des techniques joue son rôle dans l'intervention de "l'événement". Aussi bien celui qui n'aura jamais d'existence, comme le projet de cet ingénieur qui en 1838 avait conçu pour traverser Paris un tunnel creusé de la Place Vendôme à l'Observatoire, que celui qui se répète dans une maîtrise lentement assurée, telle cette 228e ascension de M. Green dans son aérostat, le mardi Il janvier 1837. Il prit avec lui sept personnes et de la Caserne du faubourg Poissonnière il atterrit à Bondy après avoir démoli un mur au départ. Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne le premier projet, on s'est bien rattrapé depuis en matière de constructions souterraines! Il aurait coûté paraît-il 8 500 000 F de l'époque. Pour en revenir à l'analyse même de l'événement il n'est pas forcément de portée strictement parisienne. En fait, il intéresse la France entière mais, parce que son exécution s'opère d'abord à Paris, symboliquement il s'unit à cette ville pour en devenir l'une de ses illustrations. En qualité de capitale, Paris est le siège du pouvoir. Il en est ainsi par exemple lorsqu'on lit dans le journal La Justice du 8 février 1890 l'information suivante qui intéresse évidemment toute la France: "Hier MM. Claude Monet et Camille Pelletan ont été reçus par M. Fallières, Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, et lui 13

ont offert, comme au représentant de l'Etat, au nom d'un groupe de souscripteurs, l'Olympia d'Edouard Manet." Et la lettre de Claude Monet publiée à la suite de l'article explique comment le célèbre tableau est entré dans les collections nationales et apporte d'intéressants détails sur la situation internationale de l'Art et les premières manifestations du pouvoir financier qui a mis en place le marché moderne des œuvres. Voici ce document: "Paris le 7 février 1890 "Monsieur le Ministre "Au nom d'un groupe de souscripteurs j'ai l'honneur d'offrir à l'Etat l'Olympia d'Edouard Manet. Nous sommes certains d'être ici les représentants et les interprètes d'un grand nombre d'artistes, d'écrivains et d'amateurs qui ont reconnu depuis longtemps déjà quelle place considérable doit tenir dans l'histoire de ce siècle, le peintre prématurément enlevé à son art et à son pays. Les discussions auxquelles les tableaux de Manet ont servi de sujets, les hostilités qu'ils eurent à subir, sont maintenant apaisées. La guerre serait encore ouverte contre une telle individualité que nous n'en serions pas moins convaincus de l'importance de l'œuvre de Manet et de son triomphe définitif. .. Il nous a donc paru impossible qu'une telle œuvre n'eût pas sa place dans nos collections nationales, que le maître n'eût pas ses entrées là où sont déjà admis les disciples. Nous avons de plus considéré avec inquiétude, le mouvement incessant du marché artistique, la concurrence d'achat qui nous est faite par l'Amérique, le départ, facile à prévoir, pour un autre continent, de tant d'œuvres d'art qui sont la joie et la gloire de la France. Nous avons voulu retenir une des toiles les plus caractéristiques d'Edouard Manet celle où il apparaît en pleine lutte victorieuse, maître 14

de sa vision et de son métier. C'est l'Olympia que nous remettons entre vos mains M. le Ministre. Notre désir est de le voir prendre place au Louvre. " Voici un extrait de la liste des donateurs dans laquelle on retrouve les noms de Maurice Bouchor, Eugène Carrière, Emmanuel Chabrier, Degas, Dalou, CarolusDuran, Fantin-Latour, Paul Gallimard, J K Huysmans, Stéphane Mallarmé, Octave Mirbeau, Alexandre Millerand, Claude Monet, Puvis de Chavannes, Camille Pelletan, Lucien Pissarro, Auguste Rodin, Auguste Renoir. .. La source d'informations la plus précieuse pour ces "histoires parisiennes" n'est autre que la presse. Elle ne remplit cette fonction que si elle transmet le fait. Avant la Révolution cet aspect était en France encore limité. C'est d'ailleurs le propos de ce préambule de la Gazette Nationale ou Moniteur Universel qui fixe les conditions d'une presse moderne. Nous sommes en 1789 :
Il paraît toutes les semaines à Londres trente-sept gazettes de fonnat d'atlas, composées de plusieurs colonnes, de très petits caractères, quinze de ces gazettes paraissent tous les jours, dix trois fois la semaine, cinq tous les samedis, cinq tous les dimanches, tous les lundis une de "la Comté" de Londres, et enfin une gazette de la Cour qui paraît deux fois la semaine. Il n'y a pas une ville un peu considérable de l'Angleterre qui n'ait la sienne. On en publie même deux à Bath, qui comme l'on sait, est le rendez-vous de tous les gens aisés des trois royaumes. Nous croyons donc faire une chose très agréable au Public dans les circonstances actuelles, en lui proposant et en publiant les premiers une gazette et Papier-nouvelles à la manière anglaise, qui paraîtra tous les jours et nous désirons que notre exemple soit imité à Paris et dans les villes de province.

Comme il était souhaité, la Presse se développa et le XIxe siècle, malgré les attitudes gouvernementales, qui selon les régimes, restreignaient la liberté d'écrire, ne cessa d'augmenter le nombre de ses titres. Avant 1789, dans sa 15

version restreinte des années 1770-80, le Journal de Paris apporte des informations relativement intéressantes. Certes, il est prudent et réservé. Par des échos et sur un ton mesuré, il exprime la vie surtout parisienne. L'activité mondaine, voire aristocratique, les indications utiles évitent d'aborder des sujets dangereux. Beaucoup d'événements de la ville sont passés sous silence. Des faits de l'Histoire sont omis. Par exemple on cherche en vain la trace de la fameuse affaire du Collier de la Reine qui n'a pas laissé indifférents les contemporains, notamment les habitants de la capitale qui pouvaient être témoins de certaines scènes aux abords du Palais de Justice. Toutefois dans ce qui est porté à notre connaissance il reste encore des informations de valeur pour vivre par la pensée cette époque maintenant lointaine. Ainsi cet échange de correspondances entre MM Le Sesne et Compagnie, rue Bailleul et la "Chevalière d'Eon" prouve pour le moins que la légende de cette "femme-homme" qui représente souvent l'exemple d'un personnage romanesque n'est point usurpée. Ce "Chevalier" avait pour le moins l'estime de ses contemporains. Né en 1728 Eon avait 52 ans lorsqu'il reçut une lettre de Le Sesne datée du 4 décembre 1780. Elle est adressée à la "Chevalière" et ses rédacteurs rappellent que la destinataire avait accepté antérieurement la nomination d'une de leur frégate armée à Granville. Ils lui demandaient donc pour "l'avantage des actionnaires" de la Compagnie de lui soumettre le choix du Capitaine et des Officiers: "vos talents militaires, Mademoiselle, la gloire que vous vous êtes acquise dans cette honorable carrière... votre expérience éclairée dans les places importantes que vous avez remplies, au nom du Roi... nous assurent que vous fixerez ce choix... S'il arrivait que notre désir, vos occupations, toujours utiles, vous ôtassent la liberté d'entrer dans cet examen, veuillez Mlle, en remettre le soin 16

aux personnes qui jouissent de votre confiance... guidés par vous, Mlle, éclairés de vos lumières, quels obstacles nous resteraient-ils à redouter ?" Et le Chevalier (ou la Chevalière) répondit le 15 décembre... "J'ai reçu, Messieurs, la nouvelle lettre dont vous m'avez honorée le 4 de ce mois. Si j'avais prévu les conséquences que j'ai cru devoir faire à votre demande gracieuse de nommer une de vos frégates, je me serais bien gardée d'accepter cet honneur. Les louanges que cette déférence m'attire de votre part, donnent de mes talents et de mon mérite une idée qui ne peut s'accorder avec l'opinion que je dois en avoir. Il est vrai que remplie d'un attachement inviolable aux intérêts de Sa Majesté, mon zèle pour sa gloire, m'a toujours fait désirer d'être utile à ma Patrie... Quant au choix du Capitaine de Vaisseau, des Officiers et Volontaires, qui désirent se distinguer sur votre armement, je crois Messieurs qu'il suffit d'ouvrir à nos marins et à nos militaires une carrière de gloire et d'utilité au gouvernement, pour les voir s'y présenter en foule et acheter aux dépens de leur fortune, et même de leur vie, le droit de la parcourir; en sorte que je regarde ce choix bien plus difficile à faire par le grand nombre de concurrents que par le mérite et le courage..." (Supplément n° 8 du Journal de Paris du 8 janvier 1781). Même s'il ne transmet pas ce qu'on considère de nos jours comme la véritable information, en cette fin de XVIIIe siècle Le Journal de Paris est assez documenté pour consigner les événements de la Capitale Royale. Le 22 février 1786 il publie des lettres patentes du Roi Louis XVI, registrées au Parlement le 24 janvier précédent et qui ordonnent la démolition du pilori. C'est s'attaquer là au Paris ancestral et peut-être est-ce le signe précurseur qui annonce les proches bouleversements de la Révolution? La décision déclare qu'à l'avenir les arrêts et jugements portant 17

condamnation à la peine du pilori seront exécutés sur des échafauds qui seront pratiqués et élevés chaque fois dans les lieux et places indiqués par les dits arrêts et jugements. Evidemment, le "pilori" n'en était pas pour autant supprimé! Certainement plus près de la vie quotidienne cet événement qui retint l'attention des Parisiens. En 1781, la salle de l'Opéra qui se trouvait alors au 202 de la rue St Honoré brûla le 8 juin. Le 25 juillet suivant, à l'occasion d'un autre accident suite indirecte du premier, le Journal de Paris rappelle ce sinistre et précise que le second causa la perte de plusieurs égoutiers. En effet, dans l'Egout de la Porte St Antoine qui communiquait avec les fossés de la Bastille, "sept ouvriers entrés dans cet égout vers les 3 heures de l'après-midi ne tardèrent pas à être saisis par le méphitisme qui y régnait. L'un d'eux moins affecté accourt, gagne une des bouches d'égout, crie au secours, rentre, charge un de ses camarades sur ses épaules, revient, tombe asphyxié sur le cadavre qu'il porte. .." Il Yeut quatre morts. Dans le n° 222 du 10 août suivant le même journal revenait sur ces incidents et commentait la question qui s'était posée entre-temps, à savoir s'il n'était pas bon que les égouts soient à l'air libre? Le rédacteur répond: "Le grand égout de Paris, construit en 1736 était découvert dans presque toute son étendue; il exhalait une odeur infecte. Il était naturel de présumer qu'en y portant de l'eau en abondance une ou deux fois la semaine, on parviendrait à le nettoyer. Mais on s'aperçut bientôt qu'après avoir parcouru quelque espace, cette eau perdait de la vitesse, elle augmentait le volume et l'infection. En conséquence, il fut établi des vannes de distance en distance, ces vannes baissées retenaient l'eau, et lui donnaient une nouvelle rapidité, mais cette rapidité n'était pas suffisante pour entraîner le mélange, l'usage de ces vannes fut bientôt 18

abandonné. On se contenta d'ouvrir les bondes du réservoir; cette eau fut comme auparavant d'un faible secours. L'exhalaison de l'égout continuait d'être fort incommode et les faubourgs venaient successivement à se peupler de maisons considérables, il fut universellement demandé de le couvrir; la ville crut ne pas devoir refuser à
cette dépense (. . .)

"Cependant la source de Belleville arrivait dans le réservoir sans être mesurée. Les pertes aux tuyaux et aux bassins étaient suppléés par le travail des chevaux aux pompes construites sur un grand puits. Il fallait pour arroser le rempart élever cette eau avec une pompe à bras, tandis qu'elle pouvait arriver d'elle-même à la hauteur des tonneaux. L'une des pompes qui servait à arroser le rempart, située rue de Bondy (rue René Boulanger) près de la Porte St Martin, se trouvait supprimée, parce que le particulier auquel appartenait le terrain en a fait un autre usage. Dans ces circonstances on a cru convenable d'établir, à la Barrière du Temple (place de la République) un réservoir propre à recevoir les mêmes eaux de Belleville, mais à une hauteur convenable pour remplir très promptement les tonneaux; cette situation non seulement supplée à la pompe du réservoir ancien et à celle de la rue de Bondy pour l'arrosement, mais encore assure un secours prompt et facile dans le cas d'incendie. L'abondance de ces eaux se supplée quand la consommation est grande, par le moyen d'une très bonne pompe à bras établie au-dessus du réservoir actuel, telle qu'elle existait à l'ancien réservoir en sorte que tous les jours il se trouve rempli, et l'administration de la Ville se propose encore d'en augmenter le volume. Dans le temps où l'arrosement n'a pas lieu, la totalité des eaux tombe, comme auparavant, dans l'égout; la différence de la situation à la Porte du Temple et au Chemin de Ménilmontant ne peut être 19

d'aucune considération, puisque la véritable orIgIne du grand égout est au Marché St Paul, sous les rues St Louis, du Calvaire, et que jamais il n'a passé dans cette partie non plus que dans les autres égouts de Paris, d'autre eau que celle des ruisseaux. "Ces considérations, les dépenses que nécessitent annuellement les chevaux, la conciergerie, l'entretien de ce réservoir et les réparations urgentes qu'il exigeait ont déterminé la Ville à fermer ce nouvel établissement. ... On voit d'après ceci que le canal du Grand Egout reçoit autant d'eau qu'il est nécessaire pour y maintenir une netteté qui laisse à son canal la liberté de recevoir les eaux des plus grands orages et de les évacuer, il n'en est pas de même des autres égouts, qui en ont trop peu, inconvénient auquel la Ville a déjà remédié en employant un plus grand nombre d'ouvriers au nettoiement de tous les égouts, et en en confiant la surveillance à un inspecteur vigilant qui en rend un compte journalier." Ce long commentaire a le mérite de renseigner sur l'administration et les techniques d'une époque dans le cadre d'un Paris qui semble avoir déjà une organisation qui préfigure celle du XIJC siècle pour en arriver à une énorme structure qui emploie des milliers d'agents. Il est intéressant aussi pour découvrir les égouts parisiens en cette fin de XVIIIe siècle, laquelle correspond à un début d'expansion économique précurseur de la première révolution industrielle. Toutefois, le journal ne permet pas de saisir vraiment le lien qui semble exister entre le premier sinistre et l'accident mortel. Il est bon de préciser ici que le Grand Egout suivait les rues du Château d'Eau, des Petites Ecuries, de Provence et se jetait dans la Seine vers l'Alma. Cet article du mois d'août ne pouvait encore faire état d'un autre événement parisien survenu postérieurement et relaté dans le Journal de ParÎs du Il octobre suivant: 20

"Mercredi dernier (8 octobre), au soir, en présence de M. le Lieutenant de Police et de MM. les Prévôts des Marchands et Echevins, on a fait à Chaillot le premier essai de la Pompe à feu qui doit fournir de l'eau dans tous les quartiers de Paris; cette machine a élevé et versé une très grande quantité d'eau dans les réservoirs construits sur la hauteur de Chaillot, à 110 pieds du niveau de la rivière. Nous donnerons incessamment des détails circonstanciés sur les dimensions et les effets de cette Machine, exécutée par M. Perier, en attendant, nous pouvons assurer que les Magistrats et spectateurs qui ont assisté à cette première expérience, ont témoigné une satisfaction qui prouve le besoin de cette ville d'une pareille abondance d'eau, et le désir que cet établissement utile soit bientôt porté à la dernière perfection. " La fameuse Pompe de l'Alma venait d'entrer dans l'histoire de Paris. Les installations se maintiendront en ces lieux jusqu'en 1852. En sautant un siècle, doit-on mettre sous la rubrique des événements parisiens le projet de loi déposé en 1882 visant à la démolition des ruines du Palais des Tuileries incendié en 1871 à la fin de la Commune? Oui, évidemment! En fait, ce Palais, et Royal et Impérial, qui avait servi à la Convention et au Conseil des Anciens, n'avait-il pas été un décor de l'Histoire de France? Pour Le Petit journal du 20 février 1882 "il ressortait que les intempéries des saisons ont ajouté à leurs dévastations, celles de l'incendie, une restauration ne paraît plus pouvoir être entreprise". Certes, des saisons il y en avait eu depuis 1871 mais si, aux lendemains des terribles jours de la Commune, on avait pris une décision, il est presque certain que le Palais dans son intégralité aurait rejoint toujours par ses pavillons 21