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Des services secrets pour la France. Du dépôt de la Guerre à la DGSE(1856-2013)

De
447 pages

À l'origine, un Mémoire adressé au ministère de la Guerre en 1856, vibrant plaidoyer pour la création d'un service de renseignement efficace et centralisé. Son auteur, le capitaine Joseph Tanski, précurseur de l'espionnage à la française, appelait les responsables militaires à inventer de nouvelles méthodes pour regrouper et analyser l'information. 160 ans plus tard, la réforme de Nicolas Sarkozy permet enfin à la France de disposer d'une communauté du renseignement mieux adaptée aux menaces du XXIe siècle. Entre-temps, les atermoiements politiques, les rivalités entre services, les querelles entre le Quai d'Orsay et le ministère de la Guerre auront longtemps constitué un handicap pour l'efficacité du renseignement français. De la naissance des premières structures d'espionnage sous le Second Empire à la création de la DCRI en 2008, de la guerre de Crimée à l'ère post-guerre froide en passant par le 2e Bureau, le BCRA et la DGSE, Gérald Arboit signe la première étude de fond sur l'histoire de nos services secrets. S'appuyant sur de nombreuses archives déclassifiées et libérées des fantasmes, il montre qu'après s'être longtemps désintéressés du renseignement, les responsables militaires et politiques ont compris son importance dans leur rivalité avec l'Allemagne. Engagée dès les années 1900, la professionnalisation des espions et contre-espions permettra alors d'engranger des succès incomparables mais il faudra attendre la fin de la guerre froide pour que voient le jour des services secrets formés aux technologies nouvelles, au contre-terrorisme ou à l'intelligence économique. Un livre essentiel à la compréhension des rouages d'un instrument devenu un pilier de la souveraineté de la France.


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Présentation de l'éditeur
À lorigine, un Mémoire adressé au ministère de la Guerre en 1856, vibrant plaidoyer pour la création dun service de renseignement efcace et centralisé. Son auteur, le capitaine Joseph Tanski, pré curseur de lespionnage à la française, appelait les responsables militaires à inventer de nouvelles méthodes pour regrouper et analyser linformation. 160 ans plus tard, la réforme de Nicolas Sarkozy permet enn à la France de disposer dune communauté e du renseignement mieux adaptée aux menaces duXXIsiècle. Entretemps, les atermoiements politiques, les rivalités entre ser vices, les querelles entre le Quai dOrsay et le ministère de la Guerre auront long temps constitué un handicap pour lefcacité du renseignement français. De la naissance des premières structures despionnage sous le Second Empire à la création de la DCRI en 2008, de la guerre de Crimée à lère postguerre froide en e passant par le 2 Bureau, le BCRA et la DGSE, Gérald Arboit signe la première étude de fond sur lhistoire de nos services secrets. Sappuyant sur de nombreuses archives déclassiées et libérées des fantasmes, il montre quaprès sêtre longtemps désinté ressés du renseignement, les responsables militaires et politiques ont compris son importance dans leur rivalité avec lAllemagne. Engagée dès les années 1900, la professionnalisation des espions et contreespions permettra alors dengranger des succès incomparables mais il faudra attendre lan de la guerre froide pour que voient le jour des services secrets formés aux technologies nouvelles, au contreterrorisme ou à lintelligence économique. Un livre essentiel à la compréhension des rouages dun instrument devenu un pilier de la souveraineté de la France.
Historien spécialiste des relations internationales contemporaines, ancien auditeur de lInstitut des hautes études de Défense nationale, Gérald Arboit est directeur de recherche au sein du Centre français de recherche sur le renseignement. Il est notamment lauteur deJames Angleton, le contreespion de la CIA (2007)et de La Guerre froide (2012).
Des Services secrets pour la France
Du Dépôt de la Guerre à la DGSE 18562013
Gérald Arboit
Des Services secrets pour la France
Du Dépôt de la Guerre à la DGSE 18562013
CNRS ÉDITIONS 15, rue Malebranche75005 Paris
DU MÊME AUTEUR
Au cœur des services secrets. Idées reçues sur le renseignement, Paris, Cavalier bleu, 2013. La Guerre froide, Rennes, Ouest France, 2012. Saint John Philby contre Lawrence dArabie, Rennes, Ouest France, 2012. Schulmeister. Lespion de Napoléon. Le renseignement en Allemagne et en Autriche sous Napoléon, Rennes, Ouest France, 2011. Histoire de lespionnage, avec Éric Denécé, Rennes, Ouest France, 2010. James Angleton. Le contreespion de la CIA, Paris, Nouveaux Mondes, 2007. Les médias de masse et les causes de conits majeurs. Linformation dans le cas de « la guerre en Irak », sous la direction de Michel Mathien et Gérald Arboit, Bruxelles, Bruylant, 2006. Fragments de la vie de Charles Schulmeister de Meinau. Un mémoire inédit er de lespion de lEmpereur Napoléon I, préface dÉric Denécé, Paris, LHar mattan, 2003. Aux sources de la politique arabe de la France. Le Second Empire au Machrek, préface de Jacques Frémeaux, professeur à la Sorbonne (Université de Paris IV), Paris, LHarmattan, 2000. TerresRouges. Le fer et le feu à AudunleTiche, Knutange, Fensch Vallée/ Comité détablissement de lA.R.B.E.D., division des mines françaises, 1997. Le SaintSiège face au nouvel ordre au MoyenOrient. De la guerre du Golfe à la reconnaissance diplomatique d'Israël, Paris, LHarmattan, 1996.
© CNRS ÉDITIONS, Paris, 2014 ISBN : 9782271080394
Préface
Dès 1748, Montesquieu note que « lespionnage serait peutêtre tolérable sil pouvait être exercé par d; mais lhonnêtes gens infamie nécessaire de la 1 personne peut faire juger de linfamie de la chose . » Dans les affaires de lÉtat, tant dans sa posture que dans la conduite de son action, le renseignement est censé être une politique publique parmi les autres. Mais il y tient une place singulière : il se cache entre le discours et lemploi des armes. Il peut être sous jacent, en amont, concomitant et en aval. Bien entendu, encore fautil avoir conscience, être convaincu de son utilité. Lavènement en France dune prise de conscience de cette utilité, celle dun véritable renseignement dÉtatcestà dire orienté, structuré rationnellement et coordonné au plus haut de lappareil politiquea pris du temps. Cest à lhistoire de ce processus laborieux que sest attelé Gérald Arboit, en débutant son analyse historique en 1856. Cette date est une charnière en la matière. Plutôt qucà une « éclosion », est à une lente gestation à laquelle on assiste dans cette étude. Et plutôt que la gestation du renseignement en France, c»à la française est bien une mayonnaise « nuance bien plus que sémantiqueque lon voit tenter de faire monter, avec toutes les incertitudes et tous les périls quun tel exercice représente si lon na ni la culture, ni linclination pour se lancer dans une telle recette. Cheminement laborieux, mal assuré car semé dembûches, consécutif à la e mise en évidence, à lan de la première moitié duXIXsiècle, dune réalité qui simpose dellemême, faite denseignements successifs, indirects et directs, au demeurant chez les militaires français. Certains parmi ceuxci ont pris alors conscience de la modernisation dun monde occidental qui entame sa globalisa tion, en même temps quy naissent ou sy afrment les nationalismes dans un contexte postwestphalien. Antagonismes. Et donc chocs. Mais de quoi sagitil ? Les enseignements indirects se réfèrent principalement à la « Guerre des sept semaines » entre la Prusse et lAutriche, caractérisée par la victoire prussienne de Sadowa en juillet 1866. Mais, comme le soulève Gérald Arboit, « les décideurs politicomilitaires français vivaient [trop] sur la même illusion dinvincibilité que leurs homologues autrichiens » pour porter attention à ces réorganisations du côté prussien. Manifestation dune part du sentiment de supériorité qui animait nos responsables (nous le reverrons plus loin) et dautre part du fait que « nous pêchons gravement par manque de culture de nos élitespolitiques et militairesdans ce domaine [le renseignement], et par un manque de détermination à nous doter de capacités et de dispositifs adaptés à notre rang international et aux dés de demain » ainsi que je lai déjà écrit pour
1.Œuvresde Montesquieu, contenantLEsprit des lois, livres IXXII, Paris, Belin, 1817, livre XII, chapitre XXIII, p. 173.
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2 ma part . Un commentaire du général Bourbaki, commandant linfanterie, en février 1870 (!) en réaction au rapport dun ofcier rédigé à lintention du ministreà lissue dune mission clandestine en Allemagne orientée sur les réorganisations prussiennesÀ l: « est très illustratif à cet égard endroit de larmée de la Confédération du Nord de lAllemagne : sil peut être avantageux de faire quelques emprunts de détail à lorganisation et au mode dinstruction de cette armée, bien des événements devront se produire, bien des années sécou leront avant que la prétention quelle a dégaler et même de surpasser la nôtre 3 puisse être considérée comme réellement fondée ». Dérisoire, comique ou tra gique ? Rappelons que de nos jours, limage du Maréchal Bourbaki est associée à celle du chef dune armée peu organisée et peu combative, objet dune profonde déconsidération dans la vulgate militaire. On peut déjà à ce stade avoir une idée des préjugés de la haute autorité militaire française visàvis de cette fonction qui se cherche, encore balbutiante, quest le renseignement. Ce furent aussi des enseignements directs. Tout dabord ceux consécutifs à lengagement de la France et du RoyaumeUni dans la guerre de Crimée. Gérald Arboit sattarde sur linitiative de celui quil considère comme « le véritable créateur du renseignement français », Joseph Tanski, qui adressa le 15 janvier 1856 au ministre de la Guerre un « Mémoire sur la création dun service central de renseignements militaires et dun corps spécial de guides détatmajor ». Ce retour sur expérience (« RETEX » aujourdhui pour les militaires) des opérations en Crimée établissait que le manque de renseignements sur le pays, les habitants, les forces réelles de lennemice quon englobe aujourdhui dans lexpression 4 « renseignement dintérêt militaire »avait été le résultat à la fois dun dys fonctionnement des structures de lÉtat, comme dun dédcit culturel : « une part la duplication de moyens entre les ministères de la Guerre et des Affaires étrangères, dautre part linsuf». La critique, sisante implication des militaires elle est sévère, résistera malheureusement trop bien à lusure du temps. Tout était dit, comme en chapeau au remarquable travail historiographique auquel nous invite par la suite Gérald Arboit. Le mémoire de Tanskinira dans la poussière des archives du « Dépôt de la Guerre », mais sera doublé quelque temps plus tard par son protagoniste devenu civil et journaliste, par le premier appel public à la création dun service de renseignement permanent dans laRevue des deux mondes. En France, cet ofcier fut plus quun précurseur : un visionnaire, tant dans sa démarche de technicien que de politologue. Il sagit là de la première des inexions déterminantes dans le fastidieux cheminement en faveur de lémergence dun véritable renseignement en France. Malgré les enseignements indirects de Sadowa et le retour dexpérience plus direct de la Guerre de Crimée, malgré surtout la terrible déconvenue de la défaite contre la Prusse en 1870, les leçons ne seront pas retenues pour autant
o 2. « Les dés du renseignement militaire »,Sécurité Globale, n 4, été 2008, p. 17. 3. Cité par Sébastien Laurent,Politiques de lombre. État, renseignement et surveillance en France, Paris, Fayard, 2009, p. 217. 4.Sécurité Globale,op. cit., p. 9.
Préface
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par les élites civiles et militaires en matière de renseignement. Pourtant, une expérience intéressante et novatrice avait été tentée dans lurgence après la capitulation de Sedan, lors de linstallation le 4 septembre 1870 dun nouveau gouvernement provisoire ditde la Défense Nationale: innovation complète dans notre histoire de la part dun polytechnicien, Joseph Cuvinotmandaté par le nouveau ministre de la Guerrequit centraliser tous les moyens dinformation, de toutes origines, civiles et militaires, et lança toutes missions, reconnaissances ouvertes et clandestines, pour informer les plus hautes autorités de lÉtat de la situation de guerre auxns daction. Cette initiative fut éphémère, mais prégura, comme le souligne parfaitement Gérald Arboit, celle qui fera inéchir durablement le renseignement « à la française » environ sept décennies plus tard. Mais la préoccupation dun renseignement national permanent et centralisé interministériel, donc, un instant soulevée à la lumière des déciences enregistrées après le conit contre la Prusse, ne simposa toujours pas. Et puis il y eut surtout laffaire Dreyfus !... Londe de choc qui en résulta ébranla le pays tout entier. Séisme majeur également pour le renseignement en France, et péripéties « à la française » : ses conséquences pour le renseignement national tout juste balbutiant sont en effet énormes. Elles marquent durablement les esprits et engendrent longtemps après un manque de conance et de crédi bilité visàvis du service fourni par les militaires à leurs clients. La pire des faillites pour cette fonction ! En interne à la Défense, les conséquences se feront au moins sentir jusquà la Seconde Guerre mondiale, « malgré le remarquable travail de nos services pendant la Grande Guerre, malgré la démonstration de leur loyauté, le retour de la paix en 1918 a entraîné un partage confus des attributions et des responsabilités en matière de contreespionnage. Lautorité civile en est la 5 grande béné» Les ofciaire . ciers euxmêmes se désintéressaient de la chose. On était muté en administration centrale dans le renseignement à contrecœur ; on faisait tout pour en sortir si lon y était déjà affecté : on en démissionnait ou on senfuyait en courant ! Ce sentiment marquera les ofciers des deux plus anciennes armées (terre et mer) jusquà il y a peu. Ce désamour pour le rensei gnement reléguera ainsi les « ofciers rens » aux carrières de second rang et leur barrera longtemps laccès aux responsabilités élevées. Par ailleurs, la méance déjà forte entre le Quai dOrsay et le Boulevard SaintGermain était consommée. Plus encore, on sentait poindre de la part des diplomates un certain méprisestce totalement révolu ?visàvis du rensei gnement extérieur fourni par les militaires, alors que les Affaires Étrangères nétaient prêtes ni organiquement, ni même idéologiquement à assumer cette mission. LAffaire Dreyfus représenta donc la seconde inexion déterminante aux conséquences traumatisantes, négatives et durablesqui retardera une maturation sereine du renseignement en France. Vint la Grande Guerre : on pouvait espérer en!n une prise de conscience Mais tant chez les militaires que chez les civils, le dispositif au départ se cherche,
5. Propos du commandant Ignace de Robien, chef de la section Allemagne du contre espionnage militaire en novembre 1935, cité par Paul Paillole,Services spéciaux (19351945), Paris, Robert Laffont, 1975, p. 28.
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Des Services secrets pour la France
séclate, se regroupe, se cherche encore. Au point quil fallait y voir un « manque 6 voulud. Lorganisation » autonomie des ministères, bureaux et services reste de mise. Pourtant, il ny a alors quun seul ennemi commun, et on vit naître un ardent besoin dUnion sacrée: las ! Les préoccupations de politique intérieure et les conséquences de lAffaire Dreyfustoujoursne furent jamais loin. Ce quil faut toutefois impérativement retenir de ce conit pour notre propos, cest sans aucun doute lavènementparallèlement à une irrésistible modernisation de la guerrede méthodes inédites de récolte de linformation qui donnent véritablement jour à ce que lon appelle aujourdhui le renseignement technique : utilisation de technologies et techniques nouvelles, manœuvre des capteurs, croisement avec dautres sources, emploi du chiffrement qui se géné ralise. On pourra y rajouter, dès avant la guerre, et malgré toujours les séquelles de lAffaire, le rapprochement des militaires et de lIntérieur quant à la lutte contre lespionnage, même si le corpus juridique laissera encore longtemps à désirer pour aider réellement les services et la justice dans cette tâche. Cest là une troisième inexion déterminante qui voit cette fois un « ren seignement à la française » entrer de plainpied dans la modernité. Mais les hommes, eux, ne changent pas aussi facilement pour autant et la déance du haut commandement militaire envers le renseignement reste de mise. Toutes les excuses sont bonnes : le chef ne décide que sur son « inspiration », dont il tire sa 7 grandeur etpensetil! Vision très clausewitzienne, comme lesa légitimité resteront longtemps encore les chefs militaires français. La « révolution dans les affaires militaires »anachronisme quutilise Gérald Arboitsest doublée par ailleurs de lémergence renforcée des échanges entre services de renseignement entre pays alliés ou amis. Cette nécessité perdu rera de façon plus ou moins prononcée dans lentredeuxguerres, assujettie aux politiques extérieures des protagonistes, comme de leurs impératifs dinuence. Ces relations (la plupart du temps plus à linitiative des chefs de services que de leurs autorités de tutelle) vont savérer productives. Mais comme le souligne Gérald Arboit, ces échanges sont segmentés, sectoriels, nétant gouvernés que par les intérêts réciproques des services. Cest encore peu ou prou la situation qui prévaut aujourdhui. Ce qui persiste, entre dune part le « de la Première GuerreRETEX » mondiale selon lequel le renseignement « peut être utile » et, dautre part, à la veille de la Seconde, les couardises politiques résultant dune volonté franco britannique dappeasementà tout prix face au nazisme, cest labsence de volonté de se coordonner. Ainsi que le note Gérald Arboit, « si toute coordination du renseignement, quel quil fût, était impossible, cela tenait tout simplement à linexistence d». Les luttes de prééminence et deune culture interministérielle
6. Olivier Lahaie,Renseignements et services de renseignements en France pendant la e e e guerre de 19141918 (2 et 5 bureau de l2 bureau du GQG. Section de renseigneEMA ; ment/Section de centralisation du renseignement). Évolutions et adaptations, Doctorat, Histoire, Paris IV, 2006, p. 850851. 7. Cf. Charles de Gaulle,Lel de lépée, Paris, 1932, recueil de trois conférences prononcées par le commandant à lÉcole Supérieure de Guerre en 1927, alors quil est la « duplume » Maréchal Pétain.
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