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Deuxième bataille d'Alger (2002-2007) :

De
131 pages
Dans un ouvrage paru en 2002, "Alger été 1957, une victoire sur le terrorisme", l'auteur décrit comment, en l'espace de trois mois, quelques dizaines de parachutistes et de ralliés ont infiltré, manipulé et finalement neutralisé l'organisation terroriste que constituait la zone autonome d'Alger. Cet ouvrage le conduisit à participer à un débat très médiatisé à la suite duquel il dut faire faire à un nouveau combat, judiciaire celui-ci, qui dura cinq ans. Il lui a paru légitime d'en rendre compte dans ce nouveau livre.
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Deuxième bataille d'Alger (2002-2007) : la bataille judiciaire

Histoire de la défense Collection dirigée par Sophie de Lastours
Cette collection se propose d'étudier les différents aspects qui composent I'histoire de la défense. La guerre, la technologie, la sécurité n'ont cessé de se transformer, de se construire et même de se détruire les unes par rapport aux autres. Elles sont en perpétuelle mutation. L'apparition de nouvelles menaces a toujours conduit les sociétés à tenter de s'adapter avec plus ou moins de succès et parfois à contre-courant des idées reçues. Des questions seront soulevées et des réponses données, même si beaucoup d'interrogations demeurent. L'histoire, la géographie, le droit, la politique, la doctrine, la diplomatie, l'armement sont tous au cœur de la défense et interfèrent par de multiples combinaisons. Ces sujets contribuent à poser les défis et les limites du domaine de la défense à travers le temps en replaçant les évènements dans leur contexte. On dit par exemple que dans ce XXIe siècle naissant, les guerres entre Etats sont en train de devenir anachroniques au bénéfice de conflits tribaux ou religieux, mais seules des comparaisons, des études détaillées qui s'étendent sur le long parcours de l' histoire permettront de le vérifier.

Déjà parus
P. PAPA-DRAME, L'Impérialisme colonial français en Afrique,2007. Marcelin DÉFOURNEAUX, L'Espagne de Franco pendant la Seconde Guerre mondiale, 2007. Jean-Louis BEAUFILS, Journal d'un fantassin: campagnes de France et d'Orient (1914-1919), 2006. Jean-Paul MAHUAULT, Légionnaires et bâtisseurs, le grand «5 » (1883-2000), 2006. Marc DÉFOURNEAUX, De l'esprit de Munich au syndrome de Bagdad, 2006. Hartmut PETRI, Journal de marche d'un fantassin allemand, 19411945, 2006. Raymond H.A. CARTER, Le tribunal pénal international pour l'exYougoslavie, 2005. Vincent PORTERET, État-nation et professionnalisation des armées, 2005. Daniel RICHEZ, Mes camarades de barbelés, 2005. Fabrice SALIBA, Les Politiques de recrutement militaire britannique et française (1920-1939). Chronique d'un désastre annoncé, 2005.

GÉNÉRAL MAURICE SCHMITT

Deuxième bataille d'Alger
(2002-2007) :

la bataille judiciaire

L'HARMATTAN

Du même auteur
De Diên Biên Phü à Koweït City, Paris, Grasset, 1992 (prix d'académie de l'Académie française). Le double jeu du Maréchal, légende ou réalité?, Paris, Presses de la Cité, 1996. Alger, été 1957, une victoire sur le terrorisme, Paris, L'harmattan,2002.

cg L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05044-0 EAN : 9782296050440

Au capitaine Graziani, mort pour la France à la tête de sa compagnie RPIMA le 7 janvier 1959. du 6ème

« Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera déshonorée par le massacre de femmes et d'enfants. » Albert Camus

«Aucune cause ne saurait justifier le massacre aveugle de civils innocents par des terroristes. » Robert Badinter (Le Nouvel Observateur, 24 mars 2005)

AVANT-PROPOS

Le Monde du 5 novembre 2005 informait ses lecteurs de l'arrêt de la cour d'appel de Paris qui prononçait ma relaxe dans le procès que m'avait intenté en 2002 Mme Ighilahriz, haut fonctionnaire algérienne retraitée et ex-membre d'un groupe de poseurs de bombes. Mme Ighilahriz s'estimait diffamée par les propos que j'avais tenus le 6 mars 2002 lors d'une émission télévisée de la série Culture et dépendance animée par F.O. Giesbert. Elle alla en cassation. La Cour de cassation confirma, le 9 janvier 2007, l'arrêt de la cour d'appel. La cour d'appel avait suivi l'avocat général Mme Marie-Jeanne Vieillard, qui estimait que le général Schmitt n'avait pas outrepassé la polémique et devait bénéficier de la liberté d'expressiop. La cour observait dans son arrêt qu'il était compréhensible que les acteurs de la guerre d'Algérie, de l'un et de l'autre camp, quel qu'ait été ensuite leur parcours personnel, s'expriment avec passion et virulence, soit pour accuser soit pour défendre l'honneur de compagnons d'armes, notamment celui du capitaine Graziani, mort pour la France, que le général Schmitt estimait « injustement accusé ». Mme Pascale Robert-Diard, auteure de l'article du Monde, a le mérite d'avoir écouté l'avocat général et surtout d'avoir rendu compte d'un arrêt après en avoir lu le texte, ce qui n'est pas toujours le cas s'agissant de certains de ses confrères. Elle ajoute cependant: « À l'occasion des débats devant la cour d'appel, jeudi 8 septembre, la défense de Mme Ighilahriz avait fait citer la journaliste du Monde Mme Florence Beaugé, spécialiste du 7

Maghreb, qui, dans son livre Algérie, une guerre sans gloire, rendait compte du témoignage d'un ancien du 3èmerégiment de parachutistes, Raymond Cloarec, confirmant en grande partie celui de Louisette 19hilahriz et faisant état des multiples tentatives du général Schmitt pour le faire revenir sur ses déclarations. » C'est précisément le 8 septembre que sortait en librairie l'ouvrage de Florence Beaugé, et c'est à la même date que Le Nouvel Observateur publiait quelques pages de son livre, en particulier celles relatives au témoignage de M. Cloarec. Je n'ai donc pu lire ces documents qu'après le procès. Je suis plus que surpris que Mme Pascale Robert-Viard n'ait pas eu connaissance du droit de réponse que j'avais adressé le 12 septembre au Nouvel Observateur, qui finit par le publier après quatre semaines d'atermoiements, mais que j'avais très largement diffusé dans d'autres organes de presse dès le 15 septembre. Elle n'en dit pas un mot. Je suis moins surpris, mais néanmoins pas convaincu, qu'elle n'ait pas eu connaissance d'une lettre adressée à la rédaction du Monde par M. Cloarec le 22 mars 2005. Cette lettre conduisit Mme Beaugé à entrer en contact avec lui afin d'obtenir de sa part une attestation, encore plus absurde que fausse, que la partie civile produisit au début du procès. Mme Beaugé aurait pu et dû produire la lettre du 22 mars, mais certains passages très importants contredisent formellement les allégations de Mme 19hilahriz. Elle ne l'a donc pas fait, ce qui laisse penser qu'en agissant ainsi elle a dissimulé à la cour un document essentiel. Ce qu'ignorait probablement Mme Beaugé, c'est que M. Cloarec m'avait également adressé une copie de sa correspondance du 22 mars. Cette copie m'alerta. Ainsi, le 8 septembre, je pus apporter une brève et sèche contradiction aux propos de Mme Beaugé en présentant simplement une copie certifiée des états de service de M. Cloarec pour 1957. * L'arrêt de la Cour de cassation mettait fin à près de cinq années de péripéties judiciaires, deux autres procès m'ayant opposé à un ancien d'Algérie. L'ensemble m'a conduit à parfaire mes connaissances sur les finesses du code pénal s'agissant de la diffamation.

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Dans l'essai qui va suivre, afin d'être exhaustif, j'évoquerai ces deux autres procès quoiqu'ils n'aient rigoureusement rien à voir avec la bataille d'Alger. Mais le plus important, et de loin, est celui que m'a intenté Mme Ighilahriz. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi de n'évoquer que lui dans le titre. Dans toutes ces procédures j'ai bénéficié de nombreux soutiens, en particulier de toutes les associations faisant partie du Cercle de défense des combattants d'Afrique du Nord. Je leur dois ce compte rendu, dont le but n'est pas de régler des comptes mais de faire un état le plus fidèle possible des enquêtes extrêmement fouillées auxquelles j'ai dû me livrer pour étayer mes argumentations, ainsi que des procédures judiciaires correspondantes. Je le leur dois, et je leur dois aussi des excuses car la lecture de cet essai leur apparaîtra certainement assez ardue. Il revient en effet à plusieurs reprises sur les mêmes événements, souvent décrits dans Alger été 1957, une victoire sur le terrorisme. J'ai essayé d'alléger le texte le plus possible. Mais dans la description de procès dont les dates se chevauchent parfois et dont l'un est allé jusqu'à la Cour de cassation, je ne pouvais éviter les répétitions. J'espère que les lecteurs me le pardonneront et iront jusqu'au bout de leur épreuve.

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I « Opération torture »

Le 20 juin 2000 paraissait en première page du Monde un article de Mme Florence Beaugé sous le titre: «Torturée par l'armée française en Algérie, Lila recherche l'homme qui l'a sauvée ». Il s'agissait d'un entretien entre Mme Beaugé et une Algérienne, Mme Ouiza Ighilahriz, dite Lila ou Louisette, haut fonctionnaire en retraite de l'État algérien mais aussi ex-membre du dernier groupe terroriste ayant sévi à la fin de la bataille d'Alger. Le titre de cet entretien est quelque peu hypocrite. Certes l' article se termine par le paragraphe suivant: « Elle ne sait presque rien de Richaud, sinon son nom pour l'avoir entendu, mais elle n'est pas sûre de l'orthographe, sa fonction probable: médecin militaire et son grade, commandant». Et cette phrase suit celle-ci: «elle cherche désespérément son sauveur. Ce souhait est même devenu une idée fixe, une obsession ». Et Mme Beaugé cite Lila: «J'ai envoyé des messages partout, avec de moins en moins d'espoir de le retrouver vivant. S'il l'est encore, il doit avoir à peu près quatre vingt cinq ans. Je ne veux qu'une chose: lui dire merci ». Lila a été blessée grièvement et capturée à la fin de la nuit du 28 au 29 septembre 1957 lors d'une opération conduite dans la région er de Chebli, à 20 km au sud d'Alger, par la 2èmecompagnie du 1 er régiment étranger de parachutistes (1 R.E.P.) commandée par le
capitaine Isquierdo. Cette opération visait à capturer, à nouveau, Saïd Bakel, chef terroriste fait prisonnier le 6 août 1957 par le 3ème régiment de parachutistes coloniaux (3èmeR.P.C.) comme le précise en première page L'Écho d'Alger du 30 août 1957. Confié le 4 sep-

Il

tembre au 1er R.E.P., Saïd Bakel, s'évada au cours d'un transfert le
10 septembre, comme l'indique Serge Bromberger dans Les rebelles algériens, édité chez Plon en 1958. Le 29 septembre, Bakel se défendit et fut tué. Lila fut trouvée à ses côtés. Elle fut transportée à l'hôpital Mustapha d'Alger par l'adjudant-chef Wallisch dont le témoignage a pu être recueilli par La Voix du Con1battant, publication mensuelle de l'Union Nationale des Combattants. Convaincue d'avoir appartenu à un groupe terroriste, elle fut condamnée et resta en prison en Algérie puis en France jusqu'à la fin de 1960. Elle bénéficia alors d'une mise en liberté conditionnelle. Elle en profita pour rejoindre un groupe terroriste sévissant en France, dirigé par un certain Slimane Amirat. Sa sœur Màlika, également bénéficiaire d'une liberté conditionnelle, militait dans ce groupe. Trois semaines après, en février 1961, le groupe Amirat fut démantelé et Louisette se rendit d'elle-même à la police comme en atteste le rapport de la Commission de sauvegarde du droit et des libertés individuelles (dossier n° 3223 du ministère de la Justice). Elle retournera en Algérie en mars 1962, bénéficiant comme tous les autres condamnés des dispositions des accords d'Évian. Elle disposait d'un bon bagage scolaire, reprit des études et obtint une licence de psychologie et un D.E.A. de sociologie. Elle entama une carrière qui la conduisit à des postes importants, et elle prit sa retraite en 1989. Ce n'est donc pas tout à fait une «Algérienne ordinaire» comme le dit Florence Beaugé. D'autant que ses fonctions la conduisirent à parcourir le monde et à revenir plusieurs fois en France. En dépit de ce parcours, elle prétend qu'en quarante trois ans de 1957 à 2000, elle n'a pu retrouver, alors qu'elle le cherchait « désespérément », un médecin militaire dont le nom avait été cité par plusieurs auteurs, en particulier le général Massu. C'est difficile à croire mais cela n'a pas choqué plusieurs commentateurs qui lui ont servi de porte-voix. Mais il y a encore plus étonnant. Mme Beaugé, journaliste d'investigation d'un grand quotidien, prétend, elle aussi avoir recherché pendant plusieurs semaines le docteur Richaud en 1999-2000 avant d'en découvrir une trace. Bien évidemment, dès la parution de l'article du 20 juin 2000, des journalistes plus avisés ont sonné aux bonnes portes: l'ordre des médecins et la direction centrale du service de santé des armées. Après 12

quelques jours ils prirent contact avec Mme Richaud-Lassarou, l'une des deux filles du docteur Richaud, décédé après avoir pris sa retraite avec le grade de médecin général; Mme Richaud-Lassarou précisa d'ailleurs qu'en 1957 la famille Richaud résidait à Alger et que ni elle ni sa sœur n'ont été séparées de leur père plus de quelques jours. Or dans l'article de Florence Beaugé du 20 juin 2000, on peut lire «je n'ai pas vu ma fille depuis six mois », phrase attribuée par Lila au docteur Richaud. .. En fait, le titre de l'article du 20 juin n'était qu'un leurre. Fausse
ou en partie authentique, la prétendue recherche désespérée du doc-

teur Richaud était destinée sentiel. Et bien sûr, Lila lTIodeste agent de liaison neutralisé depuis plus d'un

par n'importe qui... À savoir par un simple officier du 1er R.E.P.,

à générer la pitié et à faire passer l' esqui, pourtant, n'était, à l'époque qu'un d'un groupe terroriste complètement mois - ne pouvait avoir été interrogée

régiment qui l'avait capturée et qui resta affecté à Alger jusqu'au 23 octobre 1957. Sa supposée importance, selon elle-même, était telle qu'elle devait être confiée d'emblée au capitaine Graziani, numéro deux du service de renseignements - ou deuxième bureau D.P.) au quartier général division parachutiste (1 Oème - de la 10ème de cette division, situé dans le quartier d'Hydra. Qui plus est, plusieurs interrogatoires se seraient déroulés en présence du général Massu ou du lieutenant-colonel Bigeard, après trois semaines d'incarcération, soit à partir du 22 ou du 23 octobre. Comme Graziani, traité de « pervers », Massu et Bigeard font, dans le texte de LilaBeaugé, l'objet de violentes injures. Le calvaire de Lila aurait duré presque tout le dernier trimestre de 1957. La bataille d'Alger était

pourtant terminée depuis l'arrestation, le 24 septembre, par le 1er

R.E.P., de Yacef Saadi, chef de l'organisation de tortionnaires et de terroristes dite Zone Autonome d'Alger (Z.A.A.). Ce fait capital n'empêchera pas Lila de prétendre, dans un livre publié en juin 2001 sous le titre Algérienne, que ses interrogatoires et l'intervention du docteur Richaud pour faire cesser ses souffrances s'étaient déroulés « en plein cœur de la bataille d'Alger ». Il se trouve qu'après avoir été affecté le 29 avril 1957 au 3ème R.P.C., commandé par le lieutenant-colonel Bigeard, j'ai participé, du 20 juillet au 4 septembre 1957, à la fin de la bataille d'Alger et contribué à la neutralisation du groupe de terroristes que comman13