Dictionnaire des médecins chirurgiens et anatomistes de la Renaissance

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C'est un penchant irrésistible de l'esprit humain que de vouloir connaître la vie, l'action et les travaux de ceux qui nous ont précédés. Ce livre est donc l'occasion de découvrir les noms illustres ou plus modestes de la Médecine de la Renaissance, particulièrement du XVIe siècle, et de prendre la mesure des méthodes thérapeutiques qui furent mise en oeuvre à cette époque.
Publié le : mercredi 1 avril 2009
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EAN13 : 9782296225220
Nombre de pages : 190
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Dictionnaire des médecins, chirurgiens et anatomistes de la Renaissance

Du même auteur

Dictionnaire mémorable des remèdes d'autrefois, Éditions 2007. Quatre siècles de thérapeutique médicale du XVI' Europe, Éditions L'Harmattan, 2007. La Médecine à la REnaissance, Éditions L'Harmattan,

L'Harmattan,

au XIX

siècle en

2002.

(Q L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-08411-7 EAN : 9782296084117

Roger TEYSSOU

Dictionnaire des médecins, chirurgiens et anatomistes de la Renaissance

L'Harmattan

Acteurs de la Science
Collection dirigée par Richard Moreau, professeur honoraire à l'Université de Paris XII et Claude Brezinski, professeur émérite à l'Université de Lille La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les acteurs de l'épopée scientifique moderne; à des inédits et à des réimpressions de mémoires scientifiques anciens; à des textes consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs; à des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la Science.

Dernières parutions
Alexis et Dominique Blanc, Les personnages célèbres des Côtesd'Armor,2008. Jean-Pierre Renau, Eugène Woillez, le véritable inventeur du «poumon d'acier »,2008. Pierre Bayart, La méridienne de France ou L'aventure de sa prolongationjusqu'aux Baléares, 2007. Claude Brezinski, Comment l'esprit vient aux savants, 2007. Serge Boarini, Introduction à la casuistique, 2007. Agnès Traverse, Le projet SOLEIL, 2007. Shefqet Ndroqi, Une vie au service de la vie, mémoires d'un médecin albanais (1914-1997), 2007. Ludovic Bot, Philosophie des sciences de la matière, 2007. Général d'armée Jean-Pierre Kelche, Grand Chancelier de la Légion d'honneur (sous la présidence de), Les Maisons d'éducation de la Légion d'honneur: deux siècles d'apport à l'instruction et à l'éducation des jeunes filles. Actes du Colloque organisé à l'occasion du Bicentenaire des Maisons d'éducation de la Légion d'honneur, Saint Denis, 5 avril 2006, paru 2007. Jean-Paul Martineaud, De Vincent de Paul à Robert Debré. Des enfants abandonnés et des enfants malades à Paris, 2007. Joseph Averous, Sur mer et au delà des mers. La vie d'une jeune médecin de Marine, 1888-1904, préface de Jean Kermarec, 2006. André Krzywicki, Un improbable chemin de vie, 2006. Joseph Averous, Marie-Joseph Caffarelli (1760-1845), Préfet maritime à Brest sous le Consulat et l'Empire, 2006. Claude Brezinski, Histoires de sciences. Inventions, découvertes et savants, 2006. Paul Germain, Mémoire d'un scientifique chrétien, 2006.

Préface

Ce nouveau livre clôt une série de trois ouvrages que les réflexions d'Oliver de Serres (1539-1619) dans le dernier chapitre (ou« lieu ») de son Théâtre d'Agriculture sur la manière de soigner en son temps, ont inspiré au docteur Roger Teyssou. L'oeuvre du «Père de l'Agriculture moderne », comme l'appelèrent les agronomes de la fin du dix-huitième siècle, résultait de la compilation des connaissances de la Renaissance, inspirées de l'Antiquité gréco-romaine, qu'Olivier de Serres confronta à ses observations personnelles. En cela, le Théâtre reflète la vie de son époque, plus exactement celle de la partie méridionale de la France. J'ai donné des détails sur ce sujet dans les deux livres précédents du docteur Teyssou. On pourra s'y reporter. A partir de ces données et du fait de sa grande culture historique et médicale, le docteur Teyssou a composé une trilogie qui donne au lecteur une idée verticale de la médecine du temps: la matière médicale, qui traite des substances, la plupart d'origine végétale, utilisées comme drogues à l'époque d'Olivier de Serres et qui d'ailleurs le sont restées souvent jusqu'à nous, la thérapeutique, c'est-à-dire les moyens propres à guérir les maladies et à soulager les malades, et pour ce dernier volume, les médecins qui les mirent en oeuvre. Précisons qu'un glissement péjoratif de l'usage du mot drogue a affecté ce terme qui désigne toute matière première destinée à entrer dans la composition de préparations pharmaceutiques: l'aubépine est une drogue au même titre que le pavot, seul l'emploi criminel du second les différencie. Au XVlème siècle et encore longtemps après, la médecine fut peu différente de celle des Anciens: il fallut plus de deux siècles pour qu'elle fasse des progrès sensibles qui correspondirent au 5

développement des sciences naturelles et chimiques au temps des Lumières et au dix-neuvième siècle, et aux découvertes de plus en plus précises des physiologistes. Un premier grand virage fut opéré lorsqu'en 1818-1819, Pelletier et Caventou découvrirent les alcaloïdes et isolèrent la strychnine, principe actif de la Fève de Saint-Ignace et de la Noix vomique, puis, en 1820, la quinine du Quinquina. Grâce aux innombrables découvertes qui suivirent, puis aux synthèses chimiques, la plus emblématique étant celle de l'aspirine dont le brevet fut déposé par la firme allemande Bayer en 1899, la médecine procéda de moins en moins par tâtonnements et devint de plus en plus rigoureuse. La seconde moitié du dix-neuvième siècle est symbolisée aussi par les noms de Louis Pasteur et de Robert Koch principalement, et par la lutte contre l'infection, l'introduction de l'asepsie, la vaccination, qui ne furent d'ailleurs pas acceptées sans résistance. Ce fut le second grand virage du siècle. Il fallut attendre ensuite le milieu du vingtième siècle pour qu'un bond décisif soit fait avec l'arrivée des antibiotiques et le développement de la chimiothérapie. Ce mot, précisons-le aussi, correspond au traitement des maladies par des substances chimiques de synthèse, alors que le langage courant lui donne le sens trop restrictif de traitement par des molécules anticancéreuses. Le recours aux drogues d'origine naturelle s'amenuisa après la Seconde Guerre mondiale à mesure que l'industrie chimique se développait et imposait ses produits dont l'activité n'était pas toujours suffisamment étudiée, ce qui produisit le drame de la thalidomide. En France, la Sécurité sociale finit même par supprimer le remboursement des préparations faites en officine à partir de drogues ou d'extraits de drogues naturelles, ce qui revint à une subvention de facto de l'industrie chimique. Depuis peu, des médicaments d'origine végétale réapparaissent et bénéficient d'une activité accrue grâce aux progrès de l'extraction et surtout mesurée avec les mêmes méthodes physiologiques que ceux de synthèse. Cela leur assure une efficacité et une régularité d'action supérieures qui les mettent souvent au niveau des seconds. Il était utile de souligner 6

ce fait qui correspond au besoin actuel de retour à des bases plus naturelles. Il reste à la Sécurité sociale d'en tirer les conséquences, ce qui ne semble pas être pour demain malgré les prescriptions médicales de plus en plus nombreuses de ces produits. Il en résulte que ces médicaments modernes d'origine végétale, qui sont normalement sans risques d'effets secondaires, ne sont accessibles qu'aux individus les plus aisés, car non remboursés. Tout au long de ces siècles, il fallut des hommes pour assurer le passage des progrès précédents aux malades. Ce fut l'oeuvre des médecins. Partant d'une pratique quasiment aristotélicienne au XVlème siècle, le chemin fut long à parcourir. Les meilleurs durent forcer les barrières de la routine, voire de l'intérêt et de la pédanterie, ce que Molière critiqua avec force dans Le malade imaginaire, son ultime comédie. Il leur fallut surtout le courage de plonger dans l'inconnu avec toutes les conséquences qui peuvent en découler quand il s'agit de la vie des hommes: Des hommes admirables L.. Ils ne sont pas admirables partout et toujours. Ils sont admirables quand les circonstances les portent et que l'inspiration les visite, écrivait Georges Duhamel dans Les Maîtres, de ses patrons médecins, et il fallait qu'ils le soient à une époque où, compte tenu des balbutiements de la Science, la plupart se trouvaient dans la situation d'un voyageur qui erre en pays inconnu à l'heure du crépuscule, à ce moment où la lumière du jour ne suffit plus pour distinguer les objets d'une façon nette et où ce voyageur a conscience que, malgré ses précautions, il ne pourra manquer de s'égarer en chemin, comme l'écrivait le grand botaniste allemand Ferdinand Cohn vers 1870. Le lavage des mains avant d'opérer ou de procéder à un accouchement, préconisé par Semmelweiss au milieu du XIXème siècle, était plus facile à comprendre et à accepter que l'injection à des personnes mordues par des animaux enragés, de la préparation pasteurienne de moelle rabique atténuée destinée à les protéger de cette maladie constamment mortelle; beaucoup de médecins craignaient même qu'elle puisse la transmettre et s'y opposèrent pour cette raison. Toute la question de l'expérimentation en

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médecine était là. Dès lors, on comprend les discussions qui eurent lieu, sans compter que le risque d'y perdre son honneur et sa situation était réel pour un médecin comme le professeur Grancher, professeur à la Faculté de Médecine de Paris, lorsqu'il vaccinait les gens mordus avec le vaccin pasteurien, si le savant avait fait fausse route. Discussions animées parfois, mais faut-il parler pour autant de guerre entre l'ancienne et la nouvelle médecine, pour reprendre la présentation par certains sociologues, notamment Bruno Latour (Les Microbes: Guerre et paix, 1984) des controverses entre Pasteur et ses adversaires scientifiques? Certainement pas. En donnant comme il l'a fait, des raisons idéologiques pour expliquer l'accueil généralement triomphal réservé au travail de Pasteur, cet auteur cherchait en réalité à saper l'idée selon laquelle l'acceptation des théories scientifiques est de l'ordre de l'expérience, de la preuve et de la raison. Or, les choses ne sont pas aussi simples que l'imaginent les sociologues, surtout en médecine. En 1829, Pierre-Fidèle Bretonneau (17781862), médecin à l'Hôpital de Tours, écrivait à son élève Armand Trousseau (1801-1867), autre Tourangeau, futur professeur de Clinique médicale à l'Hôtel-Dieu de ParisI: Mon ami, il est probable que la génération spontanée de la dothiénenthérie (fièvre typhoïde) est moins souvent spontanée que vous ne l'imaginez; et ces matelas sur lesquels succombe un dothiènentérique! Croyez-vous qu'ils sont brûlés? lavés? éventés? Etes- vous sûr de l'époque à laquelle la graine qu'ils peuvent renfermer perd la propriété de germer? Bretonneau montrait ainsi que, tout en restant encore dans la situation du voyageur qui erre en pays inconnu dont parlait Ferdinand Cohn, il avait assimilé les expériences de Spallanzani et commençait prudemment à en tirer les conséquences alors qu'aucun concept précis ne venait encore les étayer. En 1829, c'était une belle avancée! Les travaux de

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Jean Lutier (1962) L'oeuvre

de Bretonneau

d'après

sa correspondance.

Introduction

et

notes de Jean Lutier. Préface de Robert Debré. Ecole de Médecine et de Pharmacie, Tours, p.40. 8

Pasteur sur les générations spontanées allaient régler la question non sans débats, mais sans rapport aussi avec une quelconque idéologie. Félix-Archimède Pouchet, son principal compétiteur, passa d'ailleurs de fort peu à côté de la solution, mais il ne fut pas en mesure de conclure. Or il n'y a qu'une règle dans la Science : le premier qui trouve gagne. L'exemple de Bretonneau montre en tout cas ce que doivent être à la fois la prudence et la hardiesse du savant et surtout celles du médecin, qui est souvent seul devant la mort. On peut soutenir tout et son contraire, mais la pudeur impose des limites qui ont été fixées par le prince de Ligne: Tout cela est fort beau quand on n'entend pas la cloche des agonisants. Concluons. On pensera peut-être que je me suis éloigné des médecins de l'époque d'Olivier de Serres, objet de ce livre, mais ce n'est qu'en apparence. En effet, si les trois ouvrages du docteur Teyssou brossent un panorama très complet de ce que l'on peut appeler l'ancienne médecine, née avec Hippocrate et dont les serviteurs ont fait une chaîne continue jusqu'à nous avec toujours la même volonté de soulager leur prochain, celui-ci décrit la fin d'une ère. Il appelle donc une suite dont je viens de tracer les grandes lignes. C'est une invite à l'auteur, dont ce «retable» fera certainement date, de nous montrer maintenant avec des biographies médicales ciblées, comment des hommes d'oeuvre et de foi ont su faire la transition avec le monde moderne. En attendant, bon succès au livre d'aujourd'hui.
Professeur Richard Moreau

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Avant-propos

Dans le progrès des sciences, quel facteur est le plus déterminant, l'individu novateur ou le contexte social, économique et politique dans lequel il évolue? Les deux sont indissociables et, tout comme la génétique propose et l'environnement dispose, l'homme de génie, ou le simple novateur, a besoin d'un environnement favorable pour se manifester. Ceci est particulièrement vrai au XVlème siècle qui connaît des bouleversements techniques, dont l'invention de l'imprimerie n'est pas le moindre, économiques, avec la découverte du Nouveau Monde, sociaux avec la remise en cause de la tutelle ecclésiastique et,

enfin, politique, avec la montée en puissance d'états forts et
centralisateurs. On voit alors émerger une classe d'intellectuels, attirés à la fois par les connaissances scientifiques et l'ésotérisme, comme si la société était animée d'un mouvement de balancier entre l'observation de la nature et son interprétation magique. Ce phénomène est évident chez Paracelse et son école spagirite, l'alchimiste isolant des substances réellement actives sur l'organisme vivant, mais à travers une quête métaphysique. Cette démarche s'applique également à la physiologie: ainsi, poussé par la nécessité de prouver que le souffle divin pénètre par les poumons pour s'incorporer au sang, Servet proclame que l'air passe de l'artère pulmonaire dans la veine pulmonaire, non par la cloison interventriculaire, mais par les poumons. Le mythe conduit paradoxalement à démythifier la nature. A contrario, on comprend le rôle négatif des routines et du respect du principe d'autorité. Les idées novatrices d'un Fracastor, tellement éloignées des théories humorales de Galien, ne connaîtront pas de postérité immédiate et il faudra attendre trois siècles et Louis 11

Pasteur pour en comprendre la valeur. La mesure physique des phénomènes vivants, comme celle du pouls avec la montre mécanique portative inventée par Peter Heinlen à Nuremberg, en 1509, n'effleure même pas l'esprit des contemporains. Et comment expliquer, sinon par un aveuglement routinier, que la veine qui se gonfle au-dessous du garrot et non au-dessus, fait naturel qui frappait la vue et faisait mentir Galien depuis des siècles, n'ait pas suggéré chez tous ceux qui l'observaient que le sang veineux, loin de fuir le cœur, y retourne; oui, comment expliquer que cette évidence ne se soit pas imposée, bien avant que William Harvey ne la démontre. Il est déconcertant de voir combien cette époque refusait d'appliquer à l'étude du vivant les méthodes déjà mises en œuvres en optique, en mécanique ou en chimie. Cet état d'esprit survivra encore au XIXème siècle avec cet entêtement vitaliste à séparer les phénomènes physiques et chimiques qui organisent la matière inerte de ceux qui régissent la matière vivante. Il remonte très loin dans le passé. On peut lire dans le Banquet de Platon: Celui qui est savant là-dessus (la divination, la science des prêtres) est un homme démonique (chez les Grecs, ce terme désignait celui qui croyait aux démons et communiquait avec ces êtres spirituels, intermédiaires entre les dieux et les hommes), tandis que celui qui est savant en tout autre domaine, en rapport, soit à une science spéciale, soit à un métier manuel. celui-là n'est qu'un artisan. Marcile Ficin et le Néoplatonisme s'abreuvèrent à cette source. Finalement, le progrès scientifique sortit bel et bien des mains des artisans et souvent, les errements de l'humanité, des œuvres des démoniques. Toutes ces destinées, que les contraintes de l'ordre alphabétique d'un dictionnaire fragmentent en mille parcelles de vie, sont reliées les unes aux autres par une commune recherche de la vérité et constituent les pièces d'un puzzle que seule reconstituera une lecture patiente et attentive. Le résultat en est une fresque comparable à celle de l'Ecole d'Athènes de Raphaël, mais qui réunirait en une pittoresque assemblée, autour de quelques personnalités hors de pair comme Paracelse, Cardan, 12

Agricola, Fracastor, Fuchs, Gesner, Paré, Vésale, une foule de précurseurs, de novateurs ou d'illuminés qui ont jeté les bases de la médecine contemporaine. Ici encore, les uns, comme Platon montrant les cieux du doigt, ont la tête dans les nuages, les autres, comme Aristote, la paume de la main tournée vers le sol, gardent les pieds sur terre. Tous ces acteurs de la science sont des maestri di humanità, des gens qui aiment, mettent en pratique et enseignent les belles-lettres, la médecine en faisant partie à travers les études philologiques grecques et latines. Il suffit d'entendre Rabelais s'indigner devant ses étudiants montpelliérains des altérations infligées aux textes médicaux anciens par des copistes ignorants ou des exégètes incompétents, traduisant la tendance générale à l'époque, vers un retour au christianisme des origines mais aussi au classicisme cicéronien, teinté d'un peu de paganisme, retour aux sources qui, en théologie, expliquera Luther et Calvin, en médecine Léonicène et Manardi. Le refus du principe d'autorité inspirera à la Réforme ses sentiments hostiles à la tutelle romaine et aux rénovateurs de la médecine la volonté de faire éclater la vérité, même s'il faut, pour cela, rejeter mille ans de dévotion aux Anciens. L'ébauche de cet ouvrage existait, sous la forme d'un index biographique, dans l'Histoire de la médecine à la Renaissance parue en 2002, chez le même éditeur. De nouvelles rubriques ont été ajoutées, les anciennes, enrichies. C'est donc un livre entièrement nouveau que nous proposons. Les ouvrages d'Eloy, de Dezeimeris, de Jourdan, de Bayle, et de l'incontournable Hirsch, ont servi de guide. Les articles biographiques du Dechambre se sont révélés d'une utilité inestimable. Nous avons également puisé dans Feller, Vapereau, Dezobry et Bachelet, Bouillet, Grégoire. Les recoupements effectués ont permis de constater l'étonnante exactitude des références trouvées dans les anciennes biographies, Eloy étant peut-être le plus surprenant car non seulement les titres, le lieu et la date d'édition de chaque ouvrage cité sont corrects, mais rien ne manque, ou peu s'en faut, dans les bibliographies, à une époque ou les moyens de commu13

nication n'avaient rien de commun avec ceux dont nous disposons aujourd'hui. Les catalogues spécialisés des grandes bibliothèques universitaires européennes ou américaines ont servi à confirmer l'authenticité des sources bibliographiques. Nous nous sommes astreints, dans la mesure du possible, à réunir le maximum de détails sur la vie et l'œuvre des médecins, chirurgiens, anatomistes et artistes sélectionnés. Leurs ouvrages étant le plus souvent écrits en latin, nous avons traduit en français les titres, parfois longs, mais révélateurs du contenu d'un volume, comme celui de la pharmacopée de Champier qui exprime, en quelques lignes, ses convictions anti-arabistes : Le myrouel des appothiquaires et pharmacopoles, par lequel il est montré comment les appothiquaires errent en plusieurs simples médecines, contre l'intention des Grecs, et par la fausse intelligence des auteurs arabes, lesquels ont falsifié la doctrine des Grecs. Quand il existe une traduction française contemporaine d'un livre, ou même un peu postérieure, nous l'indiquons. Sous un volume réduit, ce dictionnaire apporte donc des renseignements le plus souvent dispersés dans de multiples ouvrages d'accès difficile et permet de redécouvrir la destinée et l'œuvre de personnages totalement disparus des pages de nos encyclopédies contemporaines et qui sont ainsi tirés de l'oubli.

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Biographies

A

AB HORTO : voir ORTA, Garcia da. ACHILLINI Alessandro (1463-1512), naquit à Bologne, le 29 octobre 1463. Contemporain de Nicolo Massa, il est son aîné de neuf ans. Il fut le grand anatomiste de ce début du XYlème siècle: titulaire de la chaire de philosophie à Bologne, sa ville natale, il fut appelé en 1506 à Padoue pour y remplir la même fonction. Averroïste convaincu, il s'affronta à Pietro Pomponazzi qui lui reprochait d'enterrer Aristote sous les commentaires averroïstes. Il déploya dans son traité de philosophie, De universalibus, Bologne, 1502, toutes les arguties de sa scolastique pour exposer ses doctrines, notamment une sorte de panthéisme et la conviction qu'il n'y a pour les âmes qu'une immortalité collective et impersonnelle. Il publia successivement une Corporis humani anatomia, Yenise, 1516, les Anatomicae annotationes magni, (Remarques anatomiques), Bologne, 1520 et enfin, les ln Mundini Anatomiam annotationes, Bologne, 1520, ouvrages qui le placent au premier rang des anatomistes pré-vésaliens dont il sera le dernier représentant. Il y décrivait deux osselets de l'oreille (le marteau et l'enclume), les veines du bras, la quatrième paire des nerfs crâniens, la moelle épinière, le cholédoque, les intestins et la valvule iJéocrecale, qu'il aurait décrite le premier. Sa scolastique prolixe rend ardue, et parfois obscure, la lecture et l'interprétation de ses travaux d'anatomie. Il se révéla également un précurseur de 15

Lavater et de Gall dans un ouvrage de physiognomonie intitulé: De subjecto chiro-mantiae et physiognomiae (A propos de la chiromancie et de la physiognomonie), Bologne, 1503. ACOSTA Cristobal ou Christovam da COSTA (1540-1599) naquit en Afrique, au Mozambique. Après une série de voyages aventureux comme chirurgien de marine, au cours desquels il aurait été réduit en esclavage en Asie, il s'installa à Burgos pour y exercer jusqu'à la fin de sa vie. Pendant son séjour aux Indes Orientales, il fit connaissance de Garcia da Orta qui lui communiqua son ouvrage: dès son retour, il en assura la publication avec des notes personnelles, quelques illustrations et surtout un lexique botanique polyglotte: Tratados de las drogas y medicinas de las /ndias Orientales ... (Traité des drogues et des médicaments originaires des Indes Orientales), Burgos, 1578, traduit à Venise en latin, en 1585, par Charles de Lécluse. Il décrivit le mal des montagnes dont il avait ressenti les effets dans les Andes péruviennes: Historia natural y moral de las /ndias, Séville, 1590. AGRICOLA ou Georg BAUER (1494-1555), né à Glauchen, en Saxe, fit ses humanités au gymnasium (lycée) de Zwickau, puis étudia la philologie, la médecine et les sciences naturelles, à Leipzig. Il séjourna ensuite deux années en Italie où il obtint son doctorat. Passionné de minéralogie, il se consacra à l'étude des fossiles et de la métallurgie, avant d'exercer la médecine à Joachimstahl, ville minière de Bohème, puis à Chemnitz, en Saxe. Il abjura le catholicisme qu'il jugeait encombré de superstitions et adopta momentanément le luthérianisme que le fanatisme de ses sectateurs lui fera bientôt abandonner. Son principal ouvrage, le De re metallica libri XlI, imprimé à Bâle en 1556, avec 292 admirables planches gravées sur bois, contient le meilleur de ses observations et de ses recherches dans les domaines de la métallurgie, de la géologie, de la chimie, de la technologie et constitue le premier ouvrage consacré aux maladies contractées par les mineurs de Meissen dans leur activité professionnelle. Il recèle également d'éton16

nantes croyances, telle la théorie selon laquelle les minéraux croissent comme des plantes, et d'étranges superstitions, comme l'existence des fantômes qui hantent les galeries et tuent ceux qu'ils rencontrent. AGRIPPA, Heinrich Cornelius AGRIPPA de NETTESHEIM (1486-1535), né à Cologne, fut d'abord secrétaire de Maximilien 1er et servit dans les armées pendant sept ans avec une bravoure qui lui valut le titre de Chevalier. Mais il abandonna bientôt le métier des armes pour le droit, la médecine et la théologie. Il se querella, car sa plume était insolente, d'abord avec les moines de Dôle où il était professeur d'hébreux et où il commentait le livre cabalistique de Jean Reuchlin De verbo mirifico, ensuite avec les théologiens de Paris et de Turin, en 1509, enfin avec les Jacobins de Metz. Il vagabonda ensuite à travers l'Allemagne, la Suisse (il se fit nommer Bourgeois de Genève en 1522 mais n'y séjourna que quelques mois) puis s'arrêta à Lyon où Louise de Savoie mère de François 1er l'engagea comme secrétaire et médecin. Bref répit: elle le chassa bientôt sous le fallacieux prétexte qu'il refusait d'établir l'horoscope des destinées de la France. En fait on l'accusait d'avoir conservé des relations avec Charles, duc de Bourbon. Aux Pays-Bas, il fut jeté en prison pour avoir publié un : De incertitudine et vanitate scientiarum, declamatio invectiva, Cologne, 1527, (Traité de la vanité des sciences, discours en forme d'invective) et une De occulta philosophia libri tres (Philosophie occulte en trois livres), Malines, 1529, où il soutenait, d'une part, que les sciences sont pernicieuses à l'homme, ce qui n'est pas toujours dénué de fondement, d'autre part qu'il fallait y introduire la magie, ce qui est plus contestable. Ses ouvrages reflètaient le courant anti-scientifique défendu plus tard par Michel de Montaigne dans son Apologie de Raimond Sebond commencée en 1576. L'auteur des Essais y manifestera un égal scepticisme pour la scolastique aristotélicienne et pour la nouvelle science paracelsienne qui, selon lui, faisait périr plus de patients qu'elle n'en guérissait. Mieux vaut savoir qu'on ne 17

sait pas plutôt que croire connaître ce qu'on ne connaît pas. Ami d'Erasme, de Philippe Melanchton, de Jean Trithème, de Jacques Lefèvre d'Etaple, Agrippa a le mérite d'avoir défendu les femmes dans un libelle intitulé De la noblesse et de l'excellence du sexe féminin et de sa supériorité sur le sexe viril, 1509 : La tyrannie des mâles a fini par l'emporter totalement sur les décrets de droit divin et sur les lois de la nature, de sorte que, comme je l'ai déjà dit, les femmes se sont progressivement trouvées spoliées de toute liberté légale: cette liberté loin de persister à leur être reconnue comme un dû naturel, s'est progressivement éteinte, étouffée sous les coups conjugués de l'usage, des mœurs, de la coutume et de l'éducation. Agrippa dénonçait avec véhémence le compérage et le charlatanisme de certains médecins: Bien souvent le médecin ne prend crédit ny réputation, sinon par le bon rapport qu'en fait l'apothicaire participant au butin, louant et extollant au paoure malade, pardessus tous les autres, le médecin avec lequel il s'entend. Ce qui donne aussi grand renom à un médecin est de se montrer vêtu d'une ample et pompeuse robbe, avec force gros hyacinthes aux doigts, et, s'il est venu de lointain pays, ou qu'il soit juif ou marran ou d'autre religion estrange et, avec ce, pourveu d'une audace effrontée de mentir asseurément et se vanter d'avoir des remèdes rares et singuliers cela, dis-je, luy donne grande authorité, le rend recommandable au possible et fait qu'un chacun luy adjouste fay. Ils font en sorte qu'aucun malade ne meurt que par sa propre coulpe et que nul ne guérit que par l'oeuvre et bénéfice du médecin. (Gautier & Duval). Il a jugé avec lucidité la pratique médicale de son temps et a proclamé son scepticisme vis-à-vis des sciences occultes, fallacieuses et mensongères. Soupçonné de sorcellerie, il mourut dans la misère à l'hôpital de Grenoble, comme son contemporain Paracelse. Rappelons qu'il inspira probablement à Rabelais, le personnage du donneur d'horoscope du Tiers Livre, Herr Tripa, que Panurge traitera de vieux fol, sot mal plaisant. ALBERTI Salomon (1540-1600), né à Naumbourg, en Prusse

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et non à Nuremberg, où ses parents vinrent habiter dans sa prime enfance et où mourut son père. Il fit ses études à Wittenberg, dès 1560, et à Padoue sous Fabrizzio d'Acquapendente. En 1575, il devint professeur de physique puis, en 1577, professeur de médecine, toujours à Wittenberg. Il fut nommé médecin de l'Electeur de Saxe à Dresde où il mourra en 1600. On lui doit également une description de la valvule iléo-caecale. Il s'intéressa à l'étude des os du crâne (sutures et os wormiens), aux sinus de la dure-mère, au pressoir d'Hérophile, au canal lacrymal, aux valvules des veines, aux papilles du rein. Son Historia plerarumque partium humani corporis ... (Histoire anatomique de la plupart des parties du corps humain ...), Wittenberg, 1583, qui est illustrée de planches empruntées à Vésale, à l'exception de celles consacrées à l'oreille interne, connut vite le succès et un grand nombre d'éditions. ALDROV AND! Ulisse (1522-1605?1607?), né dans une noble famille de Bologne, grand voyageur, passionné de sciences naturelles, fut le premier directeur du jardin botanique de Bologne, créé par Luc Ghini, dont il fut l'ami et l'élève. Il est l'auteur d'une encyclopédie zoologique en treize volumes parue de 1599 à 1668, Opera omnia (Œuvres complètes) et dont seuls ceux qui concernent l'ornithologie et les insectes parurent de son vivant. Cette colossale compilation était à la fois admirée et critiquée par Buffon, qui en appréciait l'exactitude, mais en déplorait les disgressions inutiles. L'œuvre d'Aldrovande mérite néanmoins le respect, sachant le labeur qu'elle représentait et l'époque à laquelle elle fut rédigée. ALESSANDRINI Giulio (1506-1590) dit ALEXANDRINUS, originaire de Trente, fit ses études à Padoue. Il étudia les mathématiques et la langue grecque. Partisan inconditionnel de Galien, il traduisit ses œuvres et démontra que le traité De Theriaca n'était pas l'œuvre du Maître de Pergame. Il polémiqua avec Giovanni Argentarius. Il laissa un ouvrage en vers sur l'éducation des jeunes enfants: Paedotrophia, sive de puerorum educatione (Pédotrophie ou de l'éducation des enfants), Zurich, 19

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