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Dictionnaire mémorable des remèdes d'autrefois

De
294 pages
Enumérer toutes les substances et toutes les préparations médicamenteuses utilisées du XVIe au XIXe siècle serait une gageure. Le point de départ de ce dictionnaire repose sur les remèdes figurant dans l'arsenal thérapeutique d'un paysan aisé de la Renaissance, Olivier de Serres (1539-1619) : c'est en somme sa pharmacie familiale. Nous l'avons élargie aux médications les plus fréquemment utilisées par le docte médecin auquel le seigneur du Pradel recommande de recourir lorsque les petits moyens se révèlent insuffisants...
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Dictionnaire

mémorable

des remèdes d'autrefois

(Ç) L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03828-8 EAN : 9782296038288

Roger TEYSSOU

Dictionnaire des remèdes

mémorable d'autrefois

Préface de Richard Moreau

L'Harmattan

Acteurs de la Science Collection dirigée par Richard Moreau
La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les acteurs de l'épopée scientifique moderne; à des inédits et à des réimpressions de mémoires scientifiques anciens; à des textes consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs; à des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la Science.

Dernières parutions

Serge Boarini, Introduction à la casuistique, 2007. Agnès Traverse, Le projet SOLEIL, 2007. Shefqet Ndroqi, Une vie au service de la vie, mémoires d'un médecin albanais (1914-1997),2007. Ludovic Bot, Philosophie des sciences de la matière, 2007. Général d'armée Jean-Pierre Kelche, Grand Chancelier de la Légion d'honneur (sous la présidence de), Les Maisons d'éducation de la Légion d'honneur: deux siècles d'apport à l'instruction et à l'éducation des jeunes filles. Actes du Colloque organisé à l'occasion du Bicentenaire des Maisons d'éducation de la Légion d'honneur, Saint Denis,5 avril 2006, paru 2007. Jean-Paul Martineaud, De Vincent de Paul à Robert Debré. Des enfants abandonnés et des enfants malades à Paris, 2007. Joseph Averous, Sur mer et au delà des mers. La vie d'une jeune médecin de Marine, 1888-1904, préface de Jean Kermarec, 2006. André Krzywicki, Un improbable chemin de vie, 2006. Joseph Averous, Marie-Joseph Caffarelli (1760-1845), Préfet maritime à Brest sous le Consulat et l'Empire, 2006. Claude Brezinsky, Histoires de sciences. Inventions, découvertes et savants, 2006. Paul Germain, Mémoire d'un scientifique chrétien, 2006. Marc de Lacoste-Lareymondie, Une philosophie pour la physique quantique, 2006. Jean-Paul Moreau, Un Pasteurien sous les tropiques, 2006. André Audoyneau, Le Docteur Albert Schweitzer et son hôpital à Lambaréné. L'envers d'un mythe, 2005. Jacques Verdrager, L'OMS et le paludisme. Mémoires d'un médecin spécialiste de la malaria, 2005.

Préface
Un lecteur m'a fait observer un jour qu'un ouvrage d'histoire de la médecine figurait dans la collection Acteurs de la Science. Pensait-il que la médecine n'avait pas sa place dans la Science? S'il avait mieux examiné la liste des titres proposés, il aurait vu que ce titre1 n'était heureusement pas unique. Peut-être cet aimable lecteur ignorait-il comment s'était développée la Science -depui-sles -origines jusqu'à -devenir l'arbre puissant et multimillénaire aujourd'hui magnifiquement établi2que l"onconnaît '? Vbilà une bonne occasion d'y revenir. La sorcellerie fut la mère de la Science3. En effet, les sorciers, les magiciens, furent les premiers à observer et à utiliser les «faveurs des dieux », c'est-à-dire les forces mystérieuses qu'ils voyaient s'exercer autour d'eux pour tenter le plus souvent d'améliorer l'humaine condition et remédier à ses malheurs. Les hommes préhistoriques connaissaient et utilisaient les vertus de certains végétaux furent les premiers « observateurs », les premiers «médecins» et les premiers « botanistes ». La «médecine» fut donc la science mère de toutes les disciplines biologiques modernes. Cependant,
Roger Teyssou (2002) La Médecine à la Renaissance, et évolution des connaissances, de la pensée médicale, du quatorzième siècle au dix-neuvième siècle en Europe. Collection Acteurs de la Science, L' Harmattan, Paris. 2 Pierre Rousseau (1945) Histoire de la Science. Fayard, Paris, p. 14. 3 Pierre Rousseau, Histoire de la Science, p. 10.
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l'attention que les hommes primitifs portaient à l'observation ne leur permit pas de comprendre l'essence des «faveurs divines» car cela aurait impliqué pour eux d'expérimenter. Or cette idée apparut très lentement: rappelons qu'il fallut attendre Galilée pour voir l'expérience instituée en physique et la fin du XVlllème siècle pour qu'elle débute lentement en chimie et en biologie. Quant au calcul, il naquit quand les bergers voulurent compter leurs troupeaux; les astrologues et l'astronomie suivirent. Les médecins babyloniens et égyptiens furent les premiers à tenter de s'affranchir des dogmes magiques. La matière médicale, c'est-à-dire la science des substances naturelles utilisables comme « médicaments », et donc de leurs principes actifs, trouva son origine à cette époque: l'absinthe, la jusquiame, l'opium sont cités dans des tablettes cunéiformes de 4.000 ans avant Jésus-Christ. Les papyrus égyptiens ne sont pas en reste. En dissociant progressivement la médecine de la magie et de la philosophie, l'antiquité grecque fut à l'origine de la médecine occidentale moderne. Au Vème siècle avant JésusChrist, Hippocrate fut le premier savant grec connu pour ses seuls travaux de médecine, mais il était aussi astrologue. A cette époque, les remèdes étaient composés d'épices et de plantes. Cela dura encore très longtemps: Dioscoride, médecin grec du 1er siècle, rédigea un De materia medica, ouvrage de botanique médicale dont l'influence sur l'histoire de la discipline dura jusqu'au XVlème siècle. Laissons passer un millénaire et demi et la science arabe, qui fut surtout traductrice et compilatoire, mais qui eut aussi un rôle essentiel dans la transmission des connaissances du monde antique jusqu'à nous. La médecine et la materia medica, pour ne parler que d'elles, reprirent vie à la 6

Renaissance en même temps que toutes les autres « sciences ». Tandis que l'anatomie progressait, des jardins botaniques furent créés en Italie, en Hollande, puis en France et présentèrent les premières collections de plantes vivantes. Parallèlement, l'invention de l'imprimerie mit les auteurs anciens à la disposition d'un public cultivé et riche. n en résulta l'envie d'écrire. Ce fut le cas de l'agronome ardéchois Olivier de Serres (1539-1619) dont le Théâtre d'Agriculture et Mesnage des ChampsI résulte de la compilation des connaissances du fond culturel de la Renaissance, lui-même basé sur l'antiquité grecque et romaine, confrontées en partie aux observations de l'auteur. Publié en 1600, ce livre, le plus abouti des traités d'agriculture et d'économie politique de son époque, n'est pas un ouvrage technique utilisable en pratique courante au contraire du Praediulll rusticuln2, par exemple, le plus connu en la matière. Par contre, le Théâtre présente une philosophie, dite de gestion en bon père de famille, où l'auteur remplaçait une exploitation extensive par une autre qui préservait l'avenir tout en augmentant raisonnablement la production par des moyens naturels mieux conçus. En rapprochant deux mots
11er juillet 1600 - Première édition du Théâtre d'Agriculture et Mesnage des champs., par Olivier de Serres, seigneur du Pradel. Imprimé à Paris chez Jamet Metayer, avec privilège du roi - ln folio de 1004 pages, plus 15 feuillets de pièces préliminaires. Frontispice par Malley. Chaque partie (ou lieu) est précédée d'une vignette; 15 planches représentent des parterres. Je conseille la réédition en fac-simile de l'édition du Théâtre d'Agriculture de 1605, par le Comité national Olivier de Serres. Préface d'Etienne Wolff, Introduction d'André Cauderon et reprise du glossaire de 1804. Slatkine, Genève. 2 Ch. Estienne et 1. Liébault (1699) L'Agriculture et Maison rustique de Maistres Charles-Estienne et Jean Liebault. A Lyon, chez Claude Carteron, rue Mercière à la Cour des Anges et Charles Lamy, rue Confort à la Biche couronnée. La première édition parut en 1554 sous le titre de Praedium rusticum (le Domaine rustique).

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antinomiques, Olivier de Serres fit de l'écologie productiviste ou de l'agronomie durable pour reprendre ce qualificatif à la mode qui ne veut d'ailleurs pas dire grand chose. Cependant certaines parties du Théâtre tiennent un peu de la petite encyclopédie familiale; c'est le cas du huitième lieu. L'ouvrage, qui resta célèbre durant un demi-siècle en attendant d'être redécouvert au cours de la période révolutionnaire, analyse la manière d'aménager la maison d'un «père de famille» théorique et riche (on ne s'adresse pas ici aux petites gens), de pratiquer l'agriculture, source essentielle de nourriture et de profits, et de gérer tout ce qui a trait à la vie courante d'un domaine vivant en autarcie: des centaines de pages sont consacrées aux productions céréalières, aux pâturages, à l'élevage, à la culture des plantes potagères,

bouquetières et médicinales1, au vignoble, aux vins, au
traitement de la forêt, à l'éducation des vers à soie et des mouches à miel, à la thérapeutique humaine et vétérinaire, à l'art de faire les confitures et d'accommoder les aliments, voire à la chasse et j'en passe. Le T/2éâtre a donc un intérêt historique et ethnologique: le botaniste, le fleuriste, le pharmacologue, le jardinier, le vigneron, le fromager... y trouvent une « photographie» des ressources naturelles et des techniques d'un temps où la science n'existait pas. Dans le Théâtre, la description de la manière d'arer ou de fumer les champs au seizième siècle n'a pas plus de valeur scientifique pour nous que l'art de faire des confitures ou d'élever des lapins, exposés également parmi bien d'autres choses; par contre, l'histoire des sciences y trouve son miel en raison de son aspect documentaire exceptionnel pour cette époque clé.
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Distinction un peu théorique de l'auteur car certaines plantes potagères ou
eurent de tout temps W1emploi thérapeutique.

d'agrément

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L'oeuvre d'Olivier de Serres nous a paru assez importante pour que la collection Acteurs de la Science lui consacre une large place en la republiant à raison d'un volume par lieu1, accompagnée de notes de la grande réédition de 1804180~ et de coolrI1entaires rédigés par des spécialistes actuels. Ainsi, amateurs et professionnels auront accès à une bibliothèque scientifique et agronomique sur le seizième siècle, à tonalité méditerranéenne cependant, il faut le préciser. La publication est dirigée par Mme Maguy Albet, professeur émérite à l'Université Paul Valéry à Montpellier pour la linguistique, Jean Boulaine, professeur émérite à l'Institut national Agronomique, membre de l'Académie d'Agriculture de Fra.~ce, et moi-même pour les aspects scientifiques. La parution est envisagée pour la fin de l'année, sinon en totalité,
Olivier de Serres divisa son livre en huit « lieux », assimilables aux livres, terme classique pour désigner les grandes divisions d'un ouvrage. D'après Robert Mallet (ln Tableau de la Littérature française, 1962, p. 442, cité par Martine Gonichon, 1976, Les travaux et les jours à Rome et dans l'ancienne }1'rance.Centre de recherche i\.. Piganiol, Université de Tours, p. 12), le terme « théâtre» désigne chez Olivier de Serres, des traités qui exposent leurs théories dans des lieux, comme des personnages le font sur une scène dans un décor donné, avec deux acteurs principaux, le père de famille, moins souvent la mère de famille, c'est-à-dire les propriétaires-exploitants fictifs du domaine : à travers eux, l'auteur se décrit, avec sa femme. Le Théâtre d'Agriculture aurait donc été conçu comme une représentation et non comme un traité. C'est une différence essentielle avec d'autres ouvrages du même type et de la même époque, comme Maison rustique, d'Estienne et Liébault, qui étaient plutôt des livres d' utilisation courante. 2 Vingt et unième édition, en deux tomes in quarto, chez Madame Huzard, à Paris, pour la Société d'Agriculture. Elle comporte le portrait d'Olivier de Serres et l'éloge de celui-ci par François Nicolas, dit de Neufchâteau, une histoire de l'agriculture jusqu'au seizième siècle, par l'abbé Grégoire, des notes rédigées par les meilleurs agronomes du temps et de nombreux documents annexes. L'ouvrage comporte plus de mille pages.
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du moins pour une grande partie. Des études complémentaires
éclaireront certains textes
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Vivre implique forcément d'être malade un jour ou l'autre. Le père de famille, maître du domaine, doit être en mesure d'y apporter remède dans une période où les médecins étaient l'exception, a fortiori dans les campagnes plus ou moins reculées. On se soignait donc avec les simples, c'est-à-dire des plantes cultivées dans le jardin proche de la maison et utilisées selon des recettes venues du fond des âges. Certaines de ces drogues sont toujours employées en médecine familiale et l'on doit se féliciter aussi du retour en force des plantes en thérapeutique sous des formes galéniques modernes, notamment des extraits totaux très actifs, obtenus grâce à une technique nouvelle et dont l'efficacité est désormais étudiée et contrôlée avec les moyens de laboratoire les plus récents. Le plus souvent, elles n'ont pas les inconvénients de nombreux médicaments issus de la chimie; c'est particulièrement vrai pour les antiinflammatoires. Revenons au Théâtre. TIcomprend forcément une partie intitulée: « Remèdes aux maladies des personnes », placée dans le huitième lieu. C'est le très vaste chapitre 5, dont le docteur Roger Teyssou a bien voulu se charger; il sera publié avec l'ensemble du Théâtre. Mais, à mesure qu'il annotait ce chapitre, la grande culture de l'auteur lui a inspiré un historique complet où il retrace l'évolution de la thérapeutique et de la matière médicale en partant d'Olivier de Serres jusqu'à l'orée du XXème siècle, en fait jusqu'à son milieu même pour un certain nombre de domaines où les choses ne changèrent que
Une étude d'ensemble, par Richard Moreau, retracera l'évolution de la famille d'Olivier de Serres d'après les documents connus et en mettra les événements en perspective dans le contexte historique.
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tardivement. La materia medica a été l'un de mes premiers amours scientifiques. J'aurais même pu y faire carrière si la microbiologie ne m'avait pas intéressé encore plus. Elle est restée néanmoins l'un de mes domaines de prédilection, de ceux que je conserve comme un jardin secret tant je pris de plaisir à l'étudier en son temps. A cette époque, celle de mes études supérieures, nos professeurs ne traitaient jamais d'une question sans en faire I'historique. Ainsi avions nous une idée de la progression de la Science au cours des temps. C'est malheureusement passé de mode, faute de connaissances souvent. En partant du témoignage d'Olivier de Serres, les deux ouvrages du docteur Teyssou, qui auraient pu n'en faire qu'un si cela n'avait pas entraîné un volume final trop important, apportent justement cet éclairage-là, à peu près introuvable ailleurs. TIpermettent au lecteur d'avoir une idée verticale de la thérapeutique et de la matière médicale et d'en constater les très lents progrès depuis le XVlème siècle et le corpus qu'Olivier de Serres nous a laissé dans son Théâtre, en fait depuis le Moyen âge et l'Antiquité compte tenu de ses sources, jusqu'à nous. Ces deux textes entrent donc de plein droit dans les études complémentaires évoquées plus haut. A noter que cette préface vaut pour les deux évidemment1. Je souhaite un franc succès à ces deux ouvrages très bien documentés et agréablement écrits depuis les titres jusqu'au dernier mot. Oserai-je dire: Olivier de SeITes serait content? Allons, je l'ose: s'il avait pu les

l Ces deux livres constituent le deuxième et le troisième de la série consacrée à Olivier de Serres Le premier a été: Jean Boulaine et Richard Moreau, Olivier de Serres et l'évolution de l'agriculture nwderne. L'Harmattan, Paris, 2003. Le quatrième sera l'histoire de la famille d'Olivier de Serres et du Théâtre, annoncée en note 5.

Il

connaître et sachant son esprit curieux, ce serait certainement vrai.
Richard Moreau, professeur honoraire à l'Université de Paris XII correspondant national de l' Académied' Agriculture de France

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Avant-propos
Ce dictionnaire est né de la lecture du huitième lieu du Théâtre d'agriculture d'Olivier de Serres. En effet, il reprend, en les développant considérablement, nos notes de bas de page commentant les Remèdes aux maladies pour les personnes, proposés par le seigneur du Pradel. La matière médicale décrivait et cataloguait l'ensemble des médicaments tirés des trois règnes de la nature: les plantes, les animaux et les minéraux. Leur nombre, considérable, donna lieu à de multiples classifications qui se succédèrent du XVlème au XIXème siècle notamment, seule période retenue, la plus significative, car théâtre de la plus importante évolution de l'art de soigner. Ces nomenclatures tendaient à satisfaire deux critères: connaître la composition et déterminer le mode d'action des médicaments. Elles obéissaient à une triple nécessité: donner la description, l'indication et l'emploi de toutes ces substances. Nous avons sélectionné quelques-uns de ces agents de guérison pour retracer l'usage qu'en faisaient les praticiens aux différentes époques concernées. On sera surpris de constater le peu de changements survenus dans ce domaine pendant ces quatre siècles et la longue parenté entre la matière médicale et la droguerie. La lecture de ce recueil doit se faire sans mépris ni condescendance mais avec indulgence et compréhension. fi serait facile, mais imprudent, de se moquer 13

des pratiques de nos prédécesseurs: qui sait ce qu'on pensera dans l'avenir de nos méthodes thérapeutiques contemporaines? Cette énumération ne prétend pas être exhaustive. Elle a pour objet de rappeler les noms des principales substances médicamenteuses et les termes spécialisés, souvent archaïques, qui les désignent dans les textes anciens traitant des drogues simples et composées. La nomenclature botanique, minérale, animale ou chimique est celle usitée du XYlème au XIXème siècle, et notamment celle de LL1\JNE, sans chercher à l'actualiser. Nous avons donc donné la préférence aux appellations les plus fréquemment rencontrées dans le passé, terminologie souvent désuète et bien éloignée de la nomenclature contemporaine, qui est néanmoins rappelée quand cela est possible. Des renvois permettent de retrouver la piste des nouvelles appellations. Ainsi, dans les traités de FERNEL ou de RENOU, ne figure pas le mot belladone, mais celui de solanum. De la même façon, le mouron s'efface devant l'anagallis. Lorsque MATIHIOLE vers 1550, fait la distinction entre l'acore et le Calamus aromaticus, ou BAUDERON, entre le poivre noir et le blanc, considérés aujourd'hui comme appartenant à la même espèce, ils se réfèrent à une taxinomie oubliée de nos jours. Un autre exemple est celui du chardon béni: il n'est jamais orthographié ainsi jusqu'à la fin du XIXème siècle, mais bel et bien écrit: chardon-bénit; quant à sa dénomination actuelle de Cnicus benedictus Gaertn., elle est absente des ouvrages anciens consultés: seule y figure la Centauria benedicta L.. Autre exemple de cette difficulté à identifier l'essence végétale dont provient une substance médicamenteuse: le cancamon. Les uns le considéraient comme une résine, d'autres comme un mélange de résines, d'autres, enfin, comme une laque. Sans compter la confusion toujours possible entre le cancamon et le cancanon, 14

racine adoucissante d'origine également indéterminée. Et que dire du carpesium connu sous plusieurs identités: grande valériane, cubèbe, racine de houx. Il ne faut pas oublier que chez l'apothicaire ne parvenaient souvent que des fragments de la plante, racines, poudres, gommes, dont l'origine botanique était parfois difficile à déterminer. Cet ouvrage est donc un lieu de mémoire, un dictionnaire de paléo-thérapeutique. TIrepose sur les travaux de ces sçavants de jadis, dont les errements eux-mêmes sont le précieux reflet d'une quête incessante de la panacée, de la quintessence, de l'élixir de longue vie, entéléchies inaccessibles. N'oublions pas que leur ultime objectif était de soulager leurs prochains. Voilà pourquoi leur oeuvre est mémorable et mérite le respect.

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Abeille. L'abeille, la mouche à miel, l'avette, Apis mellifica L., grillée et pulvérisée puis mêlée à de l'huile de lézard, était recommandée à l'extérieur contre l'alopécie. Les Anciens prétendaient qu'elle naissait du lion ou du taureau morts. Elle possédait des vertus diurétiques et se prescrivait, macérée dans du vin blanc, contre les maladies de la vessie. En 1898, le DORV AULT proposait, contre les rétentions d'urine, le thé d'abeilles, obtenu en jetant 200 g d'eau bouillante sur une soixantaine d'abeilles au préalable tuées. LEMERY, Dictionnaire universel des drogues simples..., Paris, 1760, p. 48-49; MERAT F.V., DE LENS A.J., Dictionnaire universel de matière médicale.. ., Paris, 1829-1834, 1, p. 363; DORV AULT François L. M., WÜRTZ Frédéric, L'officine ou répertoire général de pharmacie pratique... Paris, 1898, p. 189. Abrotanum. II s'agissait de l'aurone ou citronelle, Artemisia abrotanum L., qui était estimée comme aromatique, stomachique, fébrifuge et emménagogue (qui déclenchait les règles). Elle était atténuante (qui fluidifiait les humeurs), apéritive (qui ouvrait les canaux et pores de l'organisme), détersive (qui nettoyait plaies et ulcères), incisive (qui divisait les humeurs épaissies coagulées et faisait disparaître les obstacles qu'elles opposaient à la circulation des fluides), vulnéraire (qui cicatrisait des plaies) et résolutive (équivalent d'anti-inflammatoire). Ses feuilles faisaient repousser les cheveux quand on en frottait le cuir chevelu. Elle n'était plus 17

guère employée au XIXèmesiècle, malgré ses vertus tonifiantes, amères et vermifuges. Dom ALEXANDRE, ibid., p. 27; LEMERY, Dictionnaire univ., p. 2-3; MERAT, DE LENS, ibid., p. 447 ; DORV AULT, WÜRTZ, ibid., p. 261. Absinthe. Appelée bathypicron par DIOSCORIDE (1er siècle), l'aluine ou aluyne, l'Artemisia absinthium L., renforçait l'estomac, aidait à la digestion, tuait les parasites et provoquait les règles. Brice BAUDERON (1539-1623), écrivait à propos du sirop d'absinthe: Il fortifie le ventricule, le foie, les autres organes dédiés à la digestion, excite l'appétit, aide à guérir la jaunisse, discute (dissipe) les vents et dispose les humeurs à la voye des selles et des urines, selon Dioscoride. On prescrivait également l'absinthe dans l'hydropisie et comme antidote de la ciguë. En topique, mêlée à du miel, elle guérissait les contusions de l'œil et les écoulements de l'oreille. On sait la réputation de toxique qu'eût la liqueur d'absinthe à la fin du XIXèmesiècle, véritable fléau social qui aboutit à la loi de 1915 interdisant sa fabrication, sa détention et son usage. Armand TROUSSEAU (1801-1867) et Hermann PIDOUX (1808-1882) lui attribuaient des vertus narcotiques, estimant que la liqueur connue sous le nom d'eau ou de crème d'absinthe, enivre très facilement, produit des vertiges et un état nauséeux qui n'appartient pas alors à l'alcool, mais à l'absinthe,. cet état retrace à un faible degré et incomplètement une légère intoxication par quelque substance narcotique. Les médecins la prescrivaient encore il y a un siècle, à titre de stimulant de la digestion, comme roboratif (fortifiant) chez les convalescents et les cachectiques ou encore comme fébrifuge. BAUDERON, La pharmacopée de Bauderon reveüe, et exactement corrigée en plus de treize cens endroits ..., Lyon, 1681, p. 79-80; RENOU, Le grand dispensaire médicinal, Lyon, 1623, p. 353 ; JAMES Robert, Dictionnaire universel de médecine..., Paris, 174618

1749, 1, p. 169; TROUSSEAU et PIDOUX, Traité de thérapeutique et de matière médicale, Paris, 1841, 2, p. 462 ; GUBLER, Commentaires thérapeutiques du codex medicamentarius, Paris, 1868, p. 2. Acacias. L'Acacia arabica Lam., seul connu dans l'Antiquité, fournissait, avec d'autres essences de la même espèce, de la gomme arabique. Mais, c'était surtout le pouvoir astringent du suc de ses gousses qui était utilisé. Ce suc d'acacia était obtenu en pressant des gousses vertes. On laissait ensuite sécher ce suc au soleil et l'on obtenait des boules d'un suc épaissi, rougeâtre, riche en tannins. Nicolas LEMERY (1645-1715) le recommandait contre les hémorragies, les diarrhées et les venins. On l'employait égaiement en collyre et en gargarismes. On lui substitua le cachou à la fin du XIXème siècle. LEMERY, Dictionnaire univ. p. 4 ; LEWIS W., Connoissance pratique des médicamens les plus salutaires, simples et composés, officinaux et extemporanés ou magistraux, internes ou externes ou Nouveau Dispensaire ... Paris, 1775, 1, p.175; MERAT, DE LENS, ibid., 1, p. 10-11 ; DORV AULT, WÜRTZ, ibid., p. 190. Acéteux : sirop de sucre vinaigré Ache, ou persil des marais, Apium graveolens L. : on l'utilisait comme diurétique. On pensait qu'elle rendait stérile. Ses vertus fébrifuges étaient attestées par Joseph TOU~1\ffiFORT (16561708). On la classait avec les cinq grandes racines apéritives: le persil, l'asperge, le fenouil, le bruscus (fragon ou petit houx). Les graines d'ache faisaient partie des cinq semences chaudes carminatives, avec l'anis, la coriandre, le carvi et le fenouil. Dès la fin du XIXèmesiècle, l'ache fut surtout connue comme plante potagère. RENOU, ibid., p. 263-266; MERAT, DE LENS, ibid., 1, p. 10-11; Antonin BOSSU, Traité des plantes médicirtllles indigènes, Paris, 1862, 2, p. 69.

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Achillée. Millefeuille, herbe militaire, herbe aux charpentiers, herbe aux voituriers, herbe aux coupures, herbe de Saint-Jean, sourcil de Vénus. Peu de plantes portaient autant de noms que l'achillée, Achillea millefolium L.. Sa réputation de vulnéraire (cicatrisant des plaies) était très populaire. l\1ais on la prescrivait aussi dans les hémorragies, les fièvres intermittentes, l'avortement, l'épilepsie. Adolphe GUBLER (1821-1879) souhai tait qu'on vérifie scientifiquement son activité thérapeutique avant de continuer de la prescrire, malgré ses indéniables qualités astringentes et aromatiques. L'achillée entrait dans la formule de l'eau vulnéraire, dite d'arquebusade, aux côtés de la grande consoude, de la sauge, de l'armoise, du bugle, de la bétoine, de la sanicle, de la marguerite, de la grande scrophulaire, du plantain, de l' agrimoine, de l'absinthe, du fenouil, du millepertuis, de l'aristoloche, de l'orpin, de la véronique, de la petite centaurée, du tabac vert, de la piloselle, de la menthe, de l'hysope, le tout pilé, mêlé à du vin blanc, laissé dans un récipient clos dans du fumier de cheval puis distillé. On l'utilisait à l'extérieur pour les plaies d'armes à feu, les ulcères. Les plantes qui la composaient étaient réputées pour leur pouvoir astringent, détersif, cicatrisant, résolutif, mais leur multiplicité correspondait plus à une mode qu'à une nécessité. LEWIS, ibid., 2, p. 265-266; Dam ALEXANDRE, ibid., p. 153 ; GUBLER, ibid., p. 204 ; DORV AULT, WÜRTZ, ibid., p. 623. Achillée sternutatoire : voir ptarmica. Aconit. L'Aconitum napel/us L. était la plus connue des plantes de cette espèce. La légende la disait engendrée par la bave de Cerbère ou par le sang de Prométhée. Il semble que THEOPHRASTE (-372/-287) en ait parlé le premier. DIOSCORIDE (1ersiècle) en décrivait deux sortes. On racontait que Pierre André MATTHIOLE (1500-1577) aurait 20

expérimenté ses mortels effets sur des condamnés à mort. Jean BAUffiN (1541-1613) prévenait ses lecteurs contre une plante qui compense l'élégance passagère de ses fleurs par les terribles effets du poison contenu dans ses racines. Nicolas LEMERY (1645-1715) était formel: On peut se servir de cette plante en fomentations ou dans les onguents, pour faire mourir les poux et pour la galle (sic), mais on doit bien se garder d'en faire prendre intérieurement, car elle est un grand poison. Jonathan PEREIRA (1804-1853) l'utilisait en topique pour les névralgies et les douleurs rhumatismales. En 1840, il rappelait que, dans la deuxième moitié du xvmème siècle, Antoine de STaRCK (1731-1803) avait essayé l'aconit par voie orale dans les rhumatismes, la goutte, la phtisie, la syphilis, quelques dermatoses, le squirre et le cancer, les fièvres intermittentes, I'hydropisie, la paralysie, l'épilepsie, l' amaurose, les affections utérines et I'hypertrophie cardiaque, tout cela sans résultats probants. En 1809, BRANDES (?-?) obtenait un principe actif de la plante dont HESSE (?-?), en 1833, devait extraire l'alcaloïde, l'aconitine. Dans la seconde moitié du XIXèmesiècle, on prescrivait l'aconit, et l'aconitine, contre les laryngites, la toux, la coqueluche, l'asthme, les névralgies, dont celle du trijumeau, la tuberculose et les rhumatismes. LEMERY, Dictionnaire univ. p. Il ; PEREIRA, The elements of materia medica, Philadelphie, 1846, 2, p. 755 ; DORV AULT, WÜRTZ, ibid., p. 218 ; Henri LECLERC, Précis de phytothérapie, Paris, 1922, p. 250. Acore. MATTHIOLE (1500-1577) écrivait dans ses Commentarii in sex libros Pedanii Dioscoridis (Commentaires en six livres de Pedanius Dioscoride), en 1554: Le vrai a£ore, que faussement on appelle calamus aromaticus, canne aromatique, a les feuilles plus étroites que le flambe, plus longues, odorantes, fort chaudes au gouter ... Telles sont les 21

vrayes plantes d'acore~ duquel vous avez ici le pourtraict~ lesquelles m'ont été envoyées de Constantinople par Augier de Busbeck Ambassadeur de l'Empereur Ferdinand au Turc~ les ayant cueillies accompagné dudit Quacelbene en un lac de Nicomédie (Bithynie, sur le littoral de la mer noire) merveilleusement grand, là où l'acore croît en grande quantité. Selon MATTHIOLE, les médecins et les apothicaires de son temps, le confondaient avec la racine de galanga, grand galanga pour Leonhard FUCHS (1501-1566), petit pour Antonio Musa BRASSA VOLE (1500-1550). De qualité chaude et d'essence subtile, on le recommandait, mangé à jeun contre la mauvaise haleine; en fumigation, contre la toux; associé à l' absÎnthe et au cinnamome, contre la froideur et la débilité gastrique; dans du vinaigre miellé, contre la froideur du foie et de la rate. Jean de RENOU (1568-1620) le classait parmi les remèdes chauds et secs. L'apothicaire François VERNY (?- ?), commentant Brice BAUDERON (1539-1623), rappelait son prix élevé: 10 francs la livres en 1682 quand le même poids de son substitut, le faux aeorus (Iris pseudoacorus L.), ne coutait que 16 sols, ce qui entrainait de nombreuses fraudes. Nicolas LEMERY (16451715), qui l'appelait Calamus verus, lui attribuait des vertus apéritives et emménagogues. Louis VITET (1736-1809), qui distinguait le roseau aromatique des boutiques du vrai acorus, Acorus verus, Acorus asiatÎcus, radice tenuiore, ajoutait, avec son scepticisme habituel: Il n'existe aucune observation qui constate les bons effets de ces deux racines dans les maladies de faiblesse par sérosités,. elles échauffent, elles altèrent~ particulièrement celles de la dernière variété. François V.MERAT (1780-1851) et Adrien DE LENS (1786-1846), pour qui l'origine de cette plante, très appréciée des Anciens pour ses vertus apéritives, emménagogues et reconstituantes des esprits vitaux, restait indéterminée, la recommandaient dans les 22

gastralgies, les indigestions, les douleurs intestinales, la toux, en particulier celle des catarrhes humides. Nicolas GUIBOURT (1790-1867) signalait après ?\1ATIIDOLE, la confusion, peutêtre volontaire, pour des raisons mercantiles, entre la racine d'acore vrai, Acorus calamus L., et celle de l'iris faux aeore, Iris pseudoacorus L., au feuillage ressemblant mais à la racine inodore. En 1862, Antonin BOSSU (1809-1897) rappelait son emploi comme hémostatique, tout en admettant qu'on ne le prescrivait plus guère. A la fin du XIxèmesiècle, on pouvait lire dans le Dictionnaire DECHAMBRE : Avant les recherches de GUIBOURT, on avait attribué le Calamus à des espèces de familles diverses, à une Graminée du genre Lysimachia, à une Ombellifère, à une Primulacée, à l' Acorus calamus, devenu, comme nous l'avons vu, extrêmement rare. n venait autrefois des Indes en Europe, par la voie de l'Egypte, en petites bottes de 2 à 3 pieds, et entrait dans la thériaque. On lui attribuait des propriétés toniques, emménagogues (qui provoquaient les règles) et antihystériques. Infusion: 20 grammes par litre. Poudre: 2 à 4 grammes. Essence: 4 à 5 gouttes. Ce fut donc définitivement comme Acorus Calamus L que le rhizome amylacé, aromatique, émétique à l'état frais, de l'acore aromatique, fut rangé par les botanistes et les médecins du XIXème siècle finissant, panni les aracées. La médecine populaire l'utilisera encore longtemps comme astringent et les fabricants de liqueurs, ou de parfums, comme aromate. MATIillOLE, Commentaires de M. Pierre André Matthiole médecin senois sur les six livres de Ped. Dioscoride anazarbeen de la matière médicinale ..., Lyon, 1572, p. 19-22; BAUDERON, Ibid., p. 294; RENOU, ibid., p. 300-301; LEMERY, Dictionnairet univ., p. 142; VITET, Matière médicale réfortr.£e ..., Lyon, 1780, p. 515; MERAT, DE LENS, ibid., 1, p. 63, 2, p. 16-19; GUIBOURT, N., Histoire 23

des drogues simples, Paris, 1869, 1, p. 90-92 ; BOSSU, ibid., 2, p. 73; DECHAMBRE A, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, Paris, 1864-1889, Il, p. 603 ; PERROT, Matières premières usuelles du règne végétal..., Paris, 19431944, 1, p. 559. Adiante : voir capillaire. Adracanthe : voir gomme adragante. Agalloche: Pour Pierre André MATIIDOLE (1500-1577), toutes espèces d'agalloche échauffent et dessèchent a~ second degré. Il est bon, selon Avicenne, aux passions du cœur. Pource il l'a mis au nombre des drogues propres pour le cœur. Voir bois d'aloès. MATIIllOLE, ibid., p. 52. Agaric. L'agaric blanc, polypore du mélèze, agaricamadouvier, est un champignon dont Jean de RENOU (15681620) disait qu'il purge très bien le phlegme (la pituite), il désoppile (libère), atténue et dissipe les ventosités et, avec cela, soulage grandement tous ceux qui sont affligés par les humeurs froides, épaisses et visqueuses. Depuis le xvmème siècle, on lui attribuait des propriétés antisudorales. L'agaric, le plus souvent sous forme d'amadou, servait, en topique, à arrêter les hémorragies. Par voie interne, il donnait lieu à des vomissements et à de la diarrhée. Il est entièrement superflu, écrivait, en 1880, Hermann NOTHNAGEL (1841-1909). BAUDERON, Pharmacopée, p. 429 ; RENOU, ibid., p. 285 ; VITET, ibid., p. 242; GUBLER, ibid., p. 4-5; H. NOTHNAGEL, M.J. ROSSBACH, Nouveaux éléments de matière médicale et de thérapeutique, exposé de l'action physiologique et thérapeutique des médicaments, Paris, 1880, p. 733 ; LECLERC, ibid., p. 80-81 ; PERROT, ibid., 1, p. 405. Agnus castus. L'agnus castus, agneau chaste, petit poivre ou gattilier, Vitex agnus castus L., était connu depuis l'Antiquité et renommé pour ses vertus anaphrodisiaques : les femmes 24

grecques, avant de célébrer la déesse Cérès, dormaient sur une couche constituée des feuilles de cette plante, pour chasser les idées impures. On préparait avec ses fruits un sirop distribué dans les couvents. DIOSCORIDE (1er siècle) la recommandait en applications externes sur les morsures de serpents. On l'employait au traitement des plaies, des contusions et des abcès. Les femmes utilisaient la décoction des feuilles de l'agnus castus pour leur toilette corporelle. Le XIXèmesiècle exprime son scepticisme quant aux prétendues vertus anaphrodisiaques du gattilier et Antonin BOSSU (1809-1897) exprime parfaitement ce sentiment quand il écrit que les semences étaient particulièrement employées, le croirait-on? pour émousser les désirs vénériens, malgré leur action véritablement stimulante. Mais autrefois, les préjugés, la superstition, une absurde tradition, décidaient des vertus qu'il fallait attribuer aux plantes. RENOU, ibid., p. 386 ; JAMES, ibid., 6, p. 709-710 ; MERAT, DE LENS, ibid., 6, p. 924-925 ; BOSSU, ibid., 2, p. 75. Agrimoine. L'agrimoine ou aigremoine, Agrimonia eupatoria L., astringente, détersive, était employée dans les maladies de la gorge, du foie et contre les diarrhées. Elle entrait dans la confection des apozèmes (décoctions d'une ou de plusieurs plantes auxquelles on ajoute de multiples principes actifs). Louis VITET (1736-1809), en 1780, remet en question ses vertus thérapeutiques et conteste son efficacité tant dans le traitement des ictères que dans celui de 1'hydropisie. On ne l'employait plus guère, au XIXèmesiècle, qu'en gargarisnles, dans les inflammations du pharynx. Dom ALEXANDRE, ibid., p. 6-7 ; VITET, ibid., p.422 ; MERAT, DE LENS, ibid., 1, p. 114 ; BOSSU, ibid., 2, p. 77. Ail. L'ail commun, Allium sativum L., originaire de Sicile, était et reste avant tout un assaisonnement. La médecine populaire 25

lui attribuait des vertus antiseptiques, alexitères (qui préservaient des poisons) et le considérait comme la thériaque des pauvres. AMATUS LUSITANUS (1511-1568) le tenait pour un remarquable vermifuge. Félix PLATTER (1536-1614) recommandait l'ail, infusé dans l'hydromel, comme préservatif de la peste. Ambroise PARE (1509-1590) disait que c'était le bahazard (antidote) des champignons délétères. On le préconisait comme diurétique, et Felix PLATTER (1536-1614), Thomas SYDENHAM (1624-1689) puis William CULLEN (1712-1790) affirmaient avoir guéri des hydropisies en l'administrant à leur malade. La lithiase urinaire faisait partie de son champ d'activité thérapeutique. James LIND (1716-1794) le conseillait pour prévenir le scorbut. Adolphe GUBLER (1821-1879) le mentionnait, en 1868, en topique, comme révulsif, comme désinfectant sur les morsures d'animaux venimeux et, en lavement, contre les oxyures; il le recommandait, à l'intérieur, comme antidote des poisons dépressifs et du scorbut. Et le moly? Il Y a fort longtemps, Ulysse reçut des mains du dieu Mercure, une plante dont la fleur était blanche et la racine, de couleur noire, difficile à arracher. Elle lui permit de résister aux philtres vénéneux de la pedide Circé. Il s'agissait du moly ou molu, sur la nature exacte duquel la controverse fit rage pendant des siècles. Hermann BOERHAAVE (1668-1738) dénombrait sept espèces de molys, mais beaucoup de médecins pensaient qu'il s'agissait de l'ail de Chypre, Allium niger L.. Augustin de CANDOLLE (17781841) l'assimilait tout simplement à l'ail commun et Carol von LINNE (1707-1778) croyait le reconnaître dans l'espèce qu'il désignait comme Allium Moly L., plante ornementale aux superbes fleurs jaunes. Certains pensaient qu'il s'agissait de la rue sauvage, puissant contrepoison qui figurait dans le mithridate. Des auteurs virent encore dans le colchique, la 26

pivoine, l'hellébore, le nénuphar, et même, nous rougissons de le dire, jusque dans l'organe générateur, l'enchanteur moly. L'Odyssée, Paris, Les Belles Lettres, 1953, 2, chant X, p. 68 ; LEMERY, Dictionnaire univ., p. 496-497 ; JAMES, ibid., 4, p. 1378-1379; MERAT, DE LENS, ibid., 1, p. 183-186,6, p. 140141; GUBLER, ibid., p. 6 ; LECLERC, Précis de phytothérapie, Paris, 1922, p. 32. Airain ou bronze. On obtenait la fleur d'airain en projetant de l'eau froide sur l'airain, alliage de cuivre et d'étain, en fusion. Ses indications étaient les mêmes que celles du verdet : les ulcérations cutanées, particulièrement les ulcères corrosifs. RENDU, ibid., p. 539-540. Album graecum. On désignait sous ce nom les excréments obtenus de chien privés de boisson et nourris uniquement d'os de moutons. Abandonné dès le XIxème siècle, ce médicament était recommandé autrefois dans I'hydropisie, la dysenterie, la gale et les angines. On l'appliquait sur les tumeurs et les ulcères malins. MERAT, DE LENS, ibid., 1, p.138-139. Album nigrum. Il s'agissait des crottes de souris et de rats que la médecine stercoraire administrait comme diurétique et purgatif. En topique, elles traitaient la grattelle et l'alopécie. MERAT, DE LENS, ibid., 1, p. 139. Alchemilla. Appelée pied de lion, manteau des dames, sourbeirette, porte-rosée, l' Alchemilla vulgaris L. devait son nom au fait que les alchimistes recueillaient la rosée sur ses feuilles pour la confection de la pierre philosophale. Les Druides l'employaient pour dénouer l'aiguillette (traiter l'impuissance) en faisant boire une infusion, obtenue par l'ébullition dans de l'eau de sept tiges de pied de lion, séparées de leurs racines, à l'époque des décroissements de la lune. L'>alchemille, qui appartenait à la famille des plantes vulnéraires ou thés suisses, avait la réputation de raffermir les tissus et 27

Frédéric HOFFMANN (1660-1742) l'ordonnait pour effacer les outrages du temps. On la croyait également capable de restituer la virginité perdue. Au xvmème siècle, elle n'était plus employée que dans les leucorrhées et les hémorragies utérines. Dès la première n10itié du XIXème,on ne la prescrivait guère et J.-B. FONSSAGRIVES (1823-1884), en 1878, la considérait comme une plante légèrement astringente, assez insignifiante. LEMERY, Dictionnaire univ., p. 21-22; JAMES, ibid., 1, p. 671 ; VITEf, ibid., p.302-303 ; MERAT, DE LENS, ibid., 1, p.149 ; BOSSU, ibid., 2, p. 80-81 ; DECHAMBRE, ibid., 1865, 1, p. 560-562 ; FONSSAGRIVES J.-B., Traité de thérapeutique appliquée basé sur les indications, suivi d'un précis de thérapeutique et de posologie infantiles ..., Paris, 1878, 2, p. 633. Alexitère ou alexétère : signifiait en grec, secourable et désignait un contrepoison, un remède qui préservait des substances toxiques comme les venins, autrement dit, un antidote. Algaroth (poudre d') : voir antimoine. Alkékenge. La coquerelle ou coqueret ou alkékenge, Physalis alkekengi L., appelée par Jean de RENDU (1568-1620) baguenaudier, était, selon lui, très excellente en médecine pour délivrer les reins et la vessie, de toutes sortes de calculs étant encore petits, de toute mucosité et sable, qui peut empêcher (obstruer) les conduits urinaux, faisant sortir le tout fort heureusement. Au temps de DIOSCORIDE (1ersiècle), déjà, on le prescrivait dans cette indication, mais aussi dans la jaunisse ou l'épilepsie. En 1780, Louis VITEf (1736-1809) lui concédait, du bout des lèvres, une faible activité diurétique et une certaine utilité dans les coliques néphrétiques. Dans les années 1850, Esprit GENDRON (1794-1860), de Château-duLoir, le préconisait dans les fièvres intermittentes, à la place de 28

la quinine. Plus tard on le donnera contre I'hydropisie et la goutte. Thérapeutique issue de la théorie des signatures et t0111béeda11sl'oubli dès le début du XIXème siècle, l'alkékenge entrait néanmoins dans le sirop de chicorée composé, dépuratif et laxatif, encore prescrit à l'aube du xxème siècle. RENOU, ibid., p. 394; VITEf, ibid., p. 71 ; MERAT, DE LENS, ibid., 2, p. 423, 5, p. 295 ; GENDRON E., « De l'alkékenge ou coqueret des vignes », Jour. des Conn. Médico-Chir., 2, 15janv. 1851, p. 29-34; DORV AULT, WÜRTZ, ibid., p. 240. Alkermès (confection d') : voir confection. Aloès. On employait le suc, fourni par les feuilles, puis déshydraté par évaporation. Il se présentait alors sous forme de fragments ou de masses irréguliers, brun rouge à brun noir, opaques ou translucides, facilement pulvérisés. Les anciens auteurs en connaissaient trois sortes: le sueotrin, originaire de l'île de Socotora, I'hépatique et le cabalin. En topique, il resserrait, consolidait et détergeait, répondant aux qualités d'un excellent vulnéraire (cicatrisant des plaies). Pris à l'intérieur, non seulement il purgeait, mais encore il était bénéfique pour le cœur, fortifiait l'estomac, ouvrait les hémorroïdes et provoquait les règles. Pierre POMET (1658-1699) lui attribuait des vertus cordiales, aromatiques, céphaliques et vermifuges et confirmait sa très grande rareté. Le bois d'aloès, cordial et vermifuge, qui était très recherché au XVIIèmesiècle car venant de contrées des Indes peu accessibles et peuplées d'animaux sauvage, provenait d'arbres résineux d'Extrême-Orient et n'avait rien de commun avec les liliacées du genre aiDe. Voir agalloche. RENOU, ibid., p. 315 ; Pierre POMET, Histoire générale des drogues simples et composées, Paris, 1735., 1, p. 116 ; Dom ALEXANDRE, ibid., p. 9-10 ; GUIBOURT, ibid., 3, 336-338 ; PERROT, ibid., 1, p. 594-603.

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