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Echappée Pacifique 2

De
394 pages
Ce second recueil poursuit une échappée vers les sphères religieuses, politiques, sociales et culturelles des sociétés insulaires du triangle polynésien. Il évoque des structures sociales se développant dans des mondes limités, dans des espaces qui peuvent paraître confinés mais qui en fait provoquent une explosion des pratiques et des discours, des inventions nécessaires à un mode de vie insulaire, tous ensemble dans des espaces limités.
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Christine Perez

Échappée Pacifique 2

De la Méditerranée antique au triangle polynésien
du Grand Océan austral : Religion, Pouvoir & Société

Préface d’Hélène Colombani, docteur d’Etat

Collection Lettres du Pacifique
41

Échappée Pacifique2
De la Méditerranée antique au triangle polynésien
du Grand Océan austral :
Religion, Pouvoir & Société

Christine PEREZ

Échappée Pacifique2
De la Méditerranée antique au triangle polynésien
du Grand Océan austral :
Religion, Pouvoir & Société

Préface d’Hélène Colombani
Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines (LLSH)

L e t t r e sd uP a c i f i q u e
4 1
____________________

L e t t r e sd uP a c i f i q u e
Collection dirigée par Hélène Colombani,
Docteur d’état en Littératures et Sciences Humaines (LLSH)
Conservateur en chef des bibliothèques (AENSB),
Chargée de mission pour le Livre en Nouvelle-Calédonie (er),
Déléguée de la Société des Poètes Français, Sociétaire de la SGDL
***
Cette collection a pourobjetde publierou rééditerdes textes(romans, essais,
théâtre oupoésie), d’auteurscontemporainsouclassiquesduPacifique Sud, ainsi
que desétudes surleslittératuresmodernes, les traditionsoralesocéaniennes
(mythologies, contesetchants), oulesScienceshumaines.
Contact :helsav@mls.nc

Voir le détail des titres de la collection à la fin du livre.

© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytecnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00511-9
EAN : 9782343005119

SOMMAIRE
Leschapitresproposésontétérevusetcomplétésà partirde leurpremière
présentation lorsde congrèsoudansdesouvragescollectifs.
Préface 11
Cartes 15
Prologue 31
I.- LesMauides Tonga,à partird'une communication présentée aucolloque39
international de Fidji, « Howmythopoieticsaccountsfor thesettlementofthe
Pacific :the’sepic in Tonga»,VIII Pacific Science Inter-Congress, Suva,
Universityofthe South Pacific, 1996, &une contribution à larevueDialogues
d’Histoire Ancienne(DHA), «Mythopoiétique etcolonisation desîlesetdes
archipelsduGrand Océan austral :l’épopée desMauidesTonga »,24, 1,
1998, p. 185-270.
II- Le « mariage », my89the et réalité. Détermination des rôles et gestion de
la sexualité,à partirCommende «tla donneren mariage dansletriangle
polynésien d’avantla découverte missionnaire »,Scritti in onore Luigi
Labruna, directeurde larevueIndex. Quaderni camerti di studi romanistici,
Napoli,2008, et« Vivre ensemble. Rituels, mytheset réalitésFdumariage
polynésien »,L’Homme et le sacré, n° 11, p.6-17.
III.- Vivre le temps avec son temps,à partirLede «tempschezles191
ème
Polynésiensd’avantla découverte missionnaire », Le Temps, Actes du 129
Congrès National des Sociétés Historiques et Scientifiques,Besançon, 19-24
avril 2004, Paris, Collection desActesdesCongrèsduCTHS,2008,sousla
direction de Claude Mazauric.
IV- Toujours plus loin. «Voyage »et «Voyageurs »à partirLede «223
voyage polynésien. Mytheset réalité »,Explorations etvoyages scientifiques
de l’Antiquité à nos jourssousla direction de Christiane Demeulenaere-
e
Douyère,Actes du 130Congrès National des Sociétés Historiques et
Scientifiques, La Rochelle,2005, Paris 2008.
Indexdesnomspropres(tomes1 &2)279
Indexdesnotions, concepts,thèmes(tomes1 &2)301
Bibliographie359
Table desillustrations373

7

REMERCIEMENTS

D’abord etencore à MadameHélène COLOMBANI-SAVOIE, Docteurd’État
èsLittératuresetSciencesHumaines, pouravoirbienvoulu, de nouveaupréfacerle
secondvolume de cetouvrage.
Ensuite à mon mari,Jean-Paul PEREZpouravoir réalisé lesdessins
nécessairespourl’illustration de meschapitres.
À mon amiJean-Louis SAQUETauteurdu«Petit traité illustré de la Polynésie
Française»,sanscesseréédité en plusieurslangues, duLe livre de Tahiti. Te fenua,
ÉditionsAvant& Après, Papeete,2004 etde deuxCarnets de Voyageen
collaboration avec le GIE Tahiti Tourisme.
ÀChristian GLEIZAL, à latête d’une documentation iconographique d’une
richesse non égalée etqui m’a permisd’utilisercertainesimagesdepuismes
premièresétudes surla Polynésie d’Autrefois ;
ÀAlexDUPREL, Directeurdumagazine mensuelTahiti Pacifiquepour ses
autorisationsdereproduction.
Unremerciement toutparticulier, de nouveau, àJean-François FAVRE, artiste
bien connudes rivesdumonde occidental auxîlesetarchipelspolynésiens, pour ses
illustrationsdesmythesessentielsde nosîles. Le dessin de la couverture a été
spécialementconçupourlesecondtome de cette étude etcetouvrage estillustré
d’imagesdesesgravures. Jean-FrançoisFavre estné en France en 1940, dans un
petit village de la côte atlantique. Il estle filsducompositeurGeorgesFavre. Après
sesétudes secondairesauLycée Henri IV à Paris, il prépare le professoratd'arts
plastiquesetobtienten 1963 son certificatd'aptitude auprofessoratd'enseignement
secondaire et son diplôme d'enseignement supérieur.
Il commence às'exercerà la peinture à l'huile età l'aquarelle à l'âge de quatorze
anset réalise de 1955 à 1963 sespremières sculpturesetpoteriesainsi queses
premierscartonsdetapisseries. Il effectue en 1963 sa première exposition
personnelle à Bordeaux.
Nommé professeurd'artsplastiquesauLycée Paul Gauguin de Papeete en 1966,
ilséjourne pendant septannéesen Polynésie. Ilypoursuit ses recherchesetessaie de
retrouverl'espritdesformesarchaïquesens'initiantà l'artocéanien. Étudiantla
stylisation desformesetlarecherche despossibilitésoffertesparlesmatériaux
naturels, iltente detrouver une inspiration détachée detoute hérédité etdetoute
culture occidentale.
Cettevoie l'amène àune lente assimilation de l'héritage, aujourd'hui inventorié,
de l'ancienne civilisationmaohi,desesmythesetdeseslégendes. Jean-François
Favrese metainsi, avecune patience méticuleuse, à l'écoute dupassé avecune
profonde entrée ensympathie avec l'universmaohi.Il effectue de nombreuses
expositionsà la GalerieWinkleretàNoa Noaà Papeete; sesbas-reliefset ses
gravures surbois représentent un aspect trèsoriginal desonœuvre. En 1971, il
représente avec Franck Fayle Territoire de la Polynésie Française à la XIe Biennale
de Sao Paolo, avecun importantbas-relief nomméEffigies.

8

Deretouren France, Jean-FrançoisFavre poursuit sa carrière de peintre avec des
expositionsfréquentesà Parisetà l'étranger. A l'occasion de larestauration de
l'Abbaye auxDamesde Saintes(17), il créetreizetapisseries surlethème de la
Genèsepourla nef de l'abbatiale. Il estl'objetde nombreusesdistinctionsdontla
médaille d'orauSalon desArtistesFrançaisauGrand Palaisà Parisen 1992, le prix
CorotdesArtistesFrançaisen 1992, la médaille d'argentde la Ville de Parisau
Salon Violeten2006. Il est sélectionné en2009 pour représenterla France à
l'expositionJustice et PaixauConseil de l'Europe à Strasbourg.
Il estl'auteurde plusieursouvragesdont uneHistoire de l'artauxÉditions
Hachette. Ilréalise égalementdesdessinsà l'encre de chine pourillustrerdes œuvres
poétiquesde Jean Hinnekens,Le buisson ardentetL'autre histoireauxéditions
belgesNFF. Trois timbres représentant troisdesesgravuresde légendes
polynésiennesontété éditésen décembre 1989 parl'O.P.T. de Polynésie française.
De2009 à2011, il conçoitet réaliseun ensemble d'œuvrespourl'égliseromane de
Jarnac Champagne :une peinture monumentalesurle plafond (23x10m),La
Transfiguration,complétée par un chemin de croix sculptésurdallesd'ardoise et
quatretapisseries:Les quatre éléments. Jean-FrançoisFavre demeure en lien avec la
Polynésie oùilrevient régulièrement. Ses œuvres, peinturesà l'huile, aquarelleset
gravures surbois sontexposéesà Papeete danslesgaleriesWinkleretlesTropiques,
ainsi qu'à Raiatea dansla galerieAnuanua.
Encoreun grand merci à cetamoureuxde la culture polynésienne.

Jean-Françoisa publié en2012auxéditionsHaere po de Papeeteuntrèsbeau
volumesurle hérosMaui : «Maui et la naissance des îles», en édition bilingue.

PRÉFACE

Jesuisheureuse de préfaceretde publieraujourd’hui lasuite de l’ouvrage de
Madame Christine Perez, historienne, «L’Échappée Pacifique», consacré à
lareligion, aupouvoiretà lasociété du«triangle polynésien».
Aprèsle premier volume, qui offrait un choixdetextes surlethème de l’histoire
etde lasociété maorie, publiésdansdifférentes revuesde 1997à2007, cesecond
volume offre diversesdesesétudesouconférencesparuesentre 1998 et 2008.
Le premier, abondammentillustré de cartesetde gravuresd’époque, comprenait
desarticlesallantde «l’éducation et culture» (association CORAIL, 1997), aux
«rituels festifs» desPolynésiens, dudeuil deschefs, etdes tatouages,rites
d’initiation millénaires, à l’esclavage desPolynésiensauPérou(1861-1863), ce
douloureuxépisode méconnude l’histoire polynésienne, enfin à la mortdugrand
explorateurque futle Capitaine Cook,.
Ainsi, de l’histoiretraditionnelle à l’histoiree colonialetà l’étudesociétale
contemporaine («Devenir, être et rester chrétien en Polynésie»), l’auteurnousoffre
unesélection habilementorchestrée de conférencesouétudes variées surla
Polynésie,traversantles sièclesetles zonesderecherche avec lesympathique
dessein de brosser une fresque colorée et vivante de lasociété etde l’histoire
polynésiennes.
Dansla mêmeveine, Madame Pereznousprésente aujourd’hui de nouvelles
facettesde cesujet:
-LesMauidesTonga, oul’histoire épique desMaui, etla colonisation des
-
îlesdugrand archipel, article publié en 1996puisen 1998.
- Le «mariage», mythe et réalité, détermination des rôlesetde lasexualité,
présentation à la foishistorique et sociétale des ritesmatrimoniauxprécoloniaux, et
desmoeursetcoutumeshiérogamiquesen Polynésie, (publiésen2008).
- «Vivre le temps avec son temps», à partirde «Le temps chezles
Polynésiens», aborde lesnotionsetexpressionsdu tempsetde la durée chezles
Polynésiens.
- «Toujoursplusloin ».«Voyage etvoyageurs» inspiré du«Voyage
polynésien» dresseun panorama desExplorationset voyages scientifiquesde
l’Antiquité à nosjourset reprendun article qu’elle publia en2008.

En 1987, Francine Tolron, maître de conférence à l’Université Française du
Pacifique, créa avec desfondateurs-chercheursdontje fusl’un desmembres,
l’Association derechercheuniversitaire CORAIL (Coordination pourl’Océanie des
Recherches surlesArts, lesIdéesetlesLittératures). Nos souhaitsde faire naître de

11

véritableséchangesculturelsentre lespaysduPacifique etl’Europese confirmaient.
La première conférence que je donnai à l’Université duPacifique (1988) avaitpour
thème le «Voyage mythique dans la littérature en Nouvelle-Calédonie». Les
recherchesque j’avaisentreprises surl’imaginaire mythique kanak, me conduisirent
alorsà diffuserpeuà peulesméthodesnovatricesde la mythocritique etde la
mythanalyse ainsi que l’orientationrésolumentcomparatiste de mes travaux, qui
inspirèrentd’autreschercheurs. Ce colloque de 1989sur« L’Homme et le Temps»
me permitd’offriren partage le grand intérêtque présententles sociétés
traditionnellesetlespeuplesduPacifique,tantleuroriginalité etleur richesse me
paraissentfondamentales. Leurcomparaison avec d’autresmythologiesfoisonne
d’étonnantesdécouvertes.
Traitantd’un aspectessentiel de leurmode devie etde leurpsyché: «La
perception du temps chez»,les Kanakma conférence, etcelle d’un ami, Gabriel
1
Poédi, précocementdisparu, dontje publiai l’étude originalesur« Letemps »,
suscitèrent un intérêtnouveaupourlesmentalitésdesOcéaniens.
Allait-on poursuivre cetéchange exploratoire propice àune compréhension
mutuelle etàune amélioration de notre connaissance despeuplesduPacifique, ou
nospenséesoccidentalesimposeraient-ellesleurs visionsethnocentriquesetle
sentimentd’une «supérioritfondéeé »surlaratio, les sciencesetleurscorollaires
techniques?
Suivantcettevoie, Christine Perez, maître de conférencesd’Histoire ancienne à
l’Université de Polynésie Française depuis1992,rejointnotre démarche, etnous
livre cetravailremarquablesurl’étonnante culture maohie, encoresi peu –ou si mal
connue. Cette culture fut révélée pardeuxouvrages: celui d’Eugène Caillot
«Mythes, légendes et traditions des polynésiens» (1914) etcelui de Teuira Henry
23
«Tahiti auxtemps anciens» (1951),traduitde «Tahiti in ancient times» (1928),
ouvragereconstitué parla petite fille duRd Osmond, missionnaire anglican dontle
texte original fut« égareé »tqui pourla première fois,récollaientdesmythes
tahitiens.
Christine Perezdévoile–nonobstant savision d’Européennevivantà Tahiti
depuis vingtans- l’universduTriangle polynésien, etétablitdesélémentsde
comparaison avec l’Oikouménèméditerranéen, cetOmphalosantique qui futà la
source dumiracle grec dansle domaine desarts, des sciencesetde la philosophie.
Elle nousmène de l’Olympe desdieuxde l’Hellade etdeshérosdes stades, des
mystèresd’Éleusisoudesinitiationsguerrièresde Sparte, à la geste héroïque de
l’ancienne cosmogénèse maohie, aulabyrinthe deses traditionsclaniques,
matrimoniales,sexuelles,sportivesoufestives, qu’elle éclaire deson érudition

1
Dansla premièrerevue littéraire que j’avaiscréée etdirigée: «Flamboy»,ant Imaginaireoùles
traditionsetleslangueskanak avaientleurplace.
2
Publicationsde la Sté desEtudesOcéaniennes. Paris, 1951.
3
Bernice P. Bishop Museum, 1928,related byjrOsmond , missionary.

12

d’historienne de l’Antiquité gréco-romaine, aufil desarticlesdiversqui composent
cette approche de lasociété polynésienne.
Tandisque mes travaux s’attachaientà mettre en lumière l’homologie des
éléments structurelsdesmythesdumonde etdesmythologieskanak, Christine Perez
meten exergue despointscommunsentre lesmythesgrecsde l’Antiquité etceux
desMaohis. Saluonscetterencontre où se mêlentcesdeuxculturesinsulaires, que
leuréloignementdansl’espace etletemps semblaitdéfinitivement rendre étrangères
l’une à l’autre. L’analyse pertinente de Christine Perezconfirme que cetaudacieux
rapprochementestpossible. Lesnotionsdetempsetdumonde desmortspolynésiens
4
qu’ellerapporte en fournissent une belle illustration.
Avec la certitude que lesgrandspeuplesd’Océanie (Maohis, Kanak, Papouset
Aborigènes) peuventaiderl’Homme occidental àretrouverce chemin de l’harmonie
avec la nature dontils’estéloigné, je faislevœuque d’autreschercheurs soient
5
encouragésàsuivre cettevoie .
Depuiscetemps, lesjalonsque nousavionsposésensuivantMaurice Leenhardt
et sa fille Roselène Doucet-Leenhardt, avec d’autreschercheurscomme Francine
Tolron ouJohn etMarie Ramsland, (pourlesAborigènesd’Australie), Gabriel Poédi
(surletempskanak), ont rempli leuroffice, et rares sontceuxqui nieraient
aujourd’hui leterme de « culture » appliqué auxpeupleskanak oumaohi.
Aprèsdesdécenniesd’une histoire océaniennerevisitée et« corrpaigée »r
certainshistoriensou spécialistesplus soucieuxd’idéologiesque devérité historique,
letempsest venuderestituerla parole desanciens, qu’ils soientKanak ouMaohis,
AborigènesouPapous, celui d’unerecherche authentique ensuivantlavoie ouverte
parMaurice LeenhardtpourlesKanak, oude Teuira Henry, Eugène Caillotou
VictorSegalen pourlesMaohis.

Septansaprès sa création, la collectionLettres du Pacifique,riche de cinquante
cinqtitres, offre en particulier un choixd’ouvragesessentielsde larecherche
océanienne enscienceshumaines, ceuxd’éminents universitaires, historiens,
archéologues,sociologues, ethnologues, littéraires, linguistes, archéo-astronomesou
philosophesduPacifique (Australie, Nouvelle-Zélande, Mélanésie, Polynésie,
Micronésie, Papouasie), ainsi que despécialistesdontlesapportsà larecherchesont
reconnus,tel l’Amiral Emmanuel Desclèves, auteurdu« Peuple de l’Océan»salué

4
In Colloque Cor« Paail 1994role, communication et symboles» conféen Océanierence d’Hélène
Savoie Colombani : «Discours mythiques, symboles sacrés», l’auteur yanalyse etexpose lesconcepts
du tempsmythique mélanésien etceuxdumonde des vivants«kamo», etcelui desmorts«bao». pp
47-70. EditionsHarmattan. Suivi de «Symboles marins dans les mythes mélanésiens »,colloque Corail,
éd. Harmattan 1997. Cesarticlesdéveloppentcertainspointsdéveloppésdanslathèse d’Etatd’Hélène
Savoie-Colombani : «L’Imaginaire dans les mythes kanak».
5
C’estdanscetespritqu’en 1989, la premièrerevue littéraire bilingue (Français/adjié) duPacifique :
«Flamboyant Imaginaire»,s’ouvrantà l’interculturalité océanienne, donnaitla parole auxcanaques,
(la contribution originale de Gabriel Poédisurla notion du«Temps canaque»yétaitillustrée deson
croquis surlaspirale du tempscanaque,reprisdansdesconférences ultérieuresà l’UFP.)

13

comme l’incontournableréférence de l’histoire précoloniale de la navigation des
Maohisdansle Pacifique.

Patiemmentnouscomposonscette parure de perles remontéesdesprofondeursdu
Grand Océan en hommage auxpeuplesd’Océanie, puisse-t-elle, je lesouhaite
ardemment, permettre auxlecteursdetoushorizons, et surtoutauxjeunesdu
Pacifique quitiennent son avenirentre leursmains, de comprendre etd’appréhender
l’altérité de cesOcéaniensdes tempsanciensqui nousapportentleur témoignage,
euxqui ont tantà apprendre auxhommesdu 21èmesiècle.

Hélène Savoie Colombani
Docteur d’Etat en Littératures et Sciences Humaines (LLSH)
Spécialiste des mythes kanak

CARTES

9
Grandesdivisionsdansle Pacifique austral

9
NEYRET (Jean S.M.),Pirogues océaniennes,2 vol., Paris, Association desAmisdesMuséesde la
Marine,2 volumes, 1974-2000, en page de garde desdifférentschapitres.

16

10
Le Triangle polynésien

10
Carte dansSPRIGGS (Matthew), « Archéologie insulaire »,Le Pacifique ou l’Odyssée de l’Espèce.
Bilan civilisationniste du Grand Océan,sousla direction de Serge Dunis, Paris, Klincksieck, 1996, p.
38. Ci-aprèsDANIELSSON (Bengt),Tahiti Autrefois, Papeete, ÉditionsHibiscus, 1981, p. 152. Et
SCEMLA (Jean-Jo),Levoyage en Polynésie, Laffont, BouquinsParis1994, p.66.

17

18

Délimitation Polynésie occidentale/Mélanésie (NEYRET,2, p. 84)

19

11
Les5 archipelsde la Polynésie Française (Polynésie orientale)

11
GILLE (Bernard) & TOULLELAN (Pierre-Yves),De la conquête à l’exode. Histoire des Océaniens
et de leurs migrations dans le Pacifique, I,Les migrations contraintes en Océanie, terres de
colonisation et d’immigration, Papeete, Au ventdesÎles, 1999, p. 19, carte n°3. Surlesmigrations,
CONTE (Éric),Tereraa. Voyage et peuplement des îles du Pacifique, Papeete, Scoop-Polymages, 1992,
43p.

20

L’archi elde la Société

Archipel desTuamotu-Gambier(NEYRET,2, p.20)

21

Archipel desCook (NEYRET,2, p. 59)

22

L’archipel desîlesAustrales(NEYRET,2, p. 53).

23

12
L’archipel desîlesMarquises

12
Carte dansSIVADJIAN (Ève),Les îles Marquises. Archipel de Mémoire, Éd. Autrement, Collection
Monde HS n° 116, Paris, 1999, p. 10.

24

Les 3 pointes du triangle polynésien : Hawai’i,Rapa NuietAoteaora.

L’archipel hawai’ien (NEYRET,2, p.7)

25

Rapa Nui(Île de Pâques)

26

Aotearoa, la Nouvelle-Zélande (NEYRET,2, p.72)

27

Le peuplementdu triangle polynésien (NEYRET,2, p. 131)

28

13
Chronologie au regard desdernièresdécouvertesarchéologiques

13
CONTE (Éric),L’archéologie en Polynésie Française.Esquisse d’un bilan critique, Papeete, Au
VentdesÎles,2000, p. 109.

PROLOGUE

Le monde méditerranéen ancien, l’immense Océan austral, donnentl’image d’un
logosflottant sur unmuthosoù s’immergent touslespointsde l’horizon. Lemuthos,
14
je l’aisouligné dansle premier volume de cette étude ,c’est un mondesacralisé,
immergé dansdes rituelsincontournablesoùleshommes sontà la merci de la
volonté desdieuxetde leurs représentants sur terre, leurschefs, leurs rois. Le mythe
estlesoutien de l’édificesocial, le mythe estl’« âme » de lasociété humaine qui le
fabrique, qui l’invente, il en estlaraison d’être, il estlerefletd'une profonde marque
15
spatio-temporelle,spatio-sociale .La fascination pourles terresinconnues, autres,
16
trèslointaines, apparaîtavec les« découvreurs», les«arpenteurs de l'Altérité» de
l’époque moderne;ils’agitd’unerecherche du« merveilleux» que l’on pense
pouvoirencoretrouverdansdes terres restéesensymbiose avec la nature, oùles
peuples sontencore à l'aube de l'humanité;cetterecherche fut, est, et sera encore
probablementdetoutesleslittératures, detouteslesmythologies, maiselle est un
17
élémentparticulièrementmodificateurde la notion d'espace-temps: lavision du
tempsetde l'espace estduelle chezlesEuropéens, elle estplutôt uncontinuumdans
18
la culture polynésienne .

Voici donc lesecondvoletde cette étude qui montre cesfascinations versle
« merveilleux», qui prennentde nouvellesdimensions, lorsque les
circumnavigateurs repoussent vraiment très trèsloin lesmargesdumonde connu, et
que lesPolynésiensapparaissentaumêmetitre etdanslesmêmesconditionsque les
« naturels» desgrandsespacesdécouverts surle continentNord etSud américain,
englobés souslevocable de «Nouveau Monde». Les« naturels» duGrand Océan
austral apparaissentcomme l’enversetparfoiscomme « modèle », pour un «Ancien
Monde» en pleinesmutations, génératricesde crisesetd’antagonismes sociaux. Les
circumnavigateursnes’y sontpas trompéscomme il appertde la description qu’en
dresse le Captain Cook :

14
Échappée Pacifique. Triangle polynésien. Religion, Pouvoir & Société de la Méditerranée antique
au grand Océan austral, Tome I, préfacé parHélène COLOMBANI, Collection LettresduPacifique n°
30, Paris, L’Harmattan,2011,331 p.
15
Pour unevisionsynthétique desmythes, légendes,symbolesetfêtescommetels, cf. WACKERMAN
(Gabriel),Géographie des civilisations, Paris, Ellipses,2008, p. 167sq.
16
Voirletroisièmevoletde mon étude comparée desmondesanciensméditerranéenset
archipélagiquespolynésiens surLes formes et les pratiques de discours, à paraître.
17
RIGO (Bernard),L'Altérité polynésienne ou les métamorphoses de l'espace-temps, Paris, Éditionsdu
CNRS,2004,350p.
18
RIGO (Bernard), « L'espace etletemps, expression culturelle privilégiée : dualisme européen et
continuum polynésien »,L'espace-temps,Bulletin du Laboratoire de recherches en Sciences Humaines
de Polynésie Française (LARSH), Papeete, AuVentdesiles, ISEPP,2005, p.37-88.

31

« Voicicomme on peutdécrire la personne physique de cesinsulairesen
général : leshommes sontgrands, fortementmembrésetbien faits. Un desplus
19
grandsque nousayons vusmesurait sixpieds troispouceset.demi »

Bougainville deson côté nousdresse le mêmetableau, avecunetouche de
tradition épiquerappelantcombienson époque estférue des traditionsde
l’Antiquité :

«…deshommesde la plusgrandetil eaille :std’ordinaire d’envoirdesix
piedsetplus. Je n’ai jamais rencontré d’hommesmieuxfaitsni mieux
proportionnés ;pourHercule etMars, on netrouveraitnulle partd’aussi beaux
20
modèles» .

Lavaleurde l’homme Polynésien des tempsanciens se mesure dans sa capacité
physique àtriompherderudesépreuves, de «travaux» à la manière héracléenne/
herculéenne, au sein de communautés socialesde nature guerrière oùlavaleurest
synonyme de force etde courage maisaussi de la fameusecunning -laruse, quelque
21
partlamètis, le courage, débrouillardise érigée envertucardinale chezlesGrecs-,
et sisouvent soulignée parlesmissionnairesetnavigateursanglo-saxons. Ces vertus
222324
sontintrinsèquesauxactadesgrandshérosquesontMaui,Hiro,Rata,
25
Tafa’i, etc,tousde grandsexplorateurs /navigateurs,référentsessentielsdansla
construction mythique. Cespersonnages- clé de la mythologie polynésiennese
situententre lesdieuxetleshommes, cesontdesdemi-dieux, desatua - ta’ata,
26
« dieux-hommes» dontle pluscélèbre,Maui, avectoutesa famille. Maislui et
touslesautresontle pouvoird’être despasseursdivins, ilscirculent, ils voyagent
entre le monde deshumainsetle monde desdieux, dans un espace/ tempsbien

19
COOK (James),Relations devoyage autour du monde,2 vol., Paris, La Découverte, 1991,2, p. 52.
20
BOUGAINVILLE (Louis-Antoine de),Voyages autour du monde par la frégateLa Boudeuseet la
flûteL’Étoile, Paris, La Découverte, 1992, p. 153.
21
PEREZ (Christine),La perception de l’insularité dans les mondes méditerranéen ancien et
archipélagique polynésien d’avant la découverte missionnaire, Paris, EPU, Collection Sciences
HumainesetSociales-Histoire,2005, p. 13.
22
VoirinfraChapitre I, etPEREZ (Christine),La perception de l’insularité…cit.1, p.09sq. , 131sq.,
156sq. etCultures méditerranéennes anciennes.Cultures du triangle polynésien d’avant la découverte
missionnaire, Paris, EPU, Collection SciencesHumainesetSociales-Histoire,2007, p. 183sq.,222sq.
529sq.
23
Voirle Chapitre IV, infrap.223sq. etPEREZ (Christine),La perception de l’insularité…,cit., p.
121sq.;Cultures méditerranéennes anciennes….,cit., p.363-364,606-607.
24
SurRata, enfant-roi géantdans un mythe célèbre de probationroyale (la famille Pomare le
revendique comme ancêtre de la lignée), cf. PEREZ (Christine),La perception de l’insularité…,cit., p.
179sq. etCultures méditerranéennes anciennes…,cit., p. 163-198.
25
SurTafa’i, PEREZ (Christine),La perception de l’insularité…,cit., p. 120sq.,249sq. etCultures
méditerranéennes anciennes….,cit., p.360sq.
26
VoirinfraChapitre 1, p.39sq.

32

27
défini pourchacun.Chacun de leursexploits, de leurs«travaux» au sensépique
du terme, participentdu, etparticipentauprogrèsde l’humanité. Cesontlesmodèles
référentsdes«seafaring outriggers» des tempsanciens, qui nousapprennentà lire
autrementlesformations socialesau sein desquellesilsontévolué :chezles
piroguierspolynésiens, ni boussole, nisextant. On peutlire,se confier,se conduire
28
danslesétoiles. Cesétoiles, ellesindiquentles routes, anciennesetnouvelles. Pas
besoin de montres, ni d’horloge, lesêtres sontinsérésdansletemps,s’y repèrent,s’y
intègrent selon desloisde la natureressentiescomme immuables.

Le monde insulaire méditerranéen, dans sa pluslarge acceptionterritoriale, le
29
monde archipélagique du triangle polynésdéliien ,vrentàtravers une masse de
représentations, desdiscours surl’homme etle monde,surl’homme ensociété etdes
«théories»surla formationsociale à laquelle il appartient,surcetoutdontl’homme
socialisé est un élémentinébranlable. Parce biais, la formationsociale à laquelle il
appartient, légitime et régénère pardes rituelscycliques,sesdieux, lesindividus, le
cosmos, l’histoire, letemps. La nature etla cultureseréfèrentàunordoqui inscrit
l’individudanslescontraintesd’un ordresocial donné commeun ordre naturel aimé
desdieux. Toutesles sourcesque nouspourronsinvestirancrentlaréflexionsurla
30
cohérence interne de la fantasmatiquaidene ,tà la construction d’ununivers social
à efficacitésymbolique, pertinentdans un ensemble donné, en particuliercelui de la
légitimité dupouvoir, maisen liaison avec d’autres sphèresd’intervention de la
spéculation intellectuelle deshommes: hommesde «culture» dansl’Antiquité,
hommesde «nature sauvage domestiquée» danslesmondes« naturels»
polynésiensdes tempsancestraux: ceshommespassent, euxaussi, parle biaisdes
héros / rois /prêtresdémiurgesàun niveaude «culture»; tousontlargement
spéculésurlathéorie despouvoirs,surlathéorie de l’hérédité etlerôle dulignage,
référence essentielle.

Les sociétésprisesen compte ici produisentdesdiscours, desjustifications, avec,
quasiment, leur« mode d’emploi » : ce mode d’emploi, il estinséré dansdescodes,
desinstitutions, despratiques, qui assignentà chaque individu sa place dansla
société. Leshommeshonorentdesdieuxqui leurs sont spécifiques, lesfemmesont
aussi lesleurs. Touteslesactivitéshumaines sontencadréespardesdieux
particuliers: chasse, pêche, guerre, danse, musique, navigation, astronomie…
Même la pratique dularcin, du volsevoitdotée d’un encadrementdivin. L'Hermès
31
grec estàredécouvrirdansla personnalité dudieuHiro. La nature estelle-même

27
VoirinfraChapitre3, p. 191sq.
28
VoirinfraChapitre 4, p.223sq.
29
Voirsupracarte p. 17.
30
GODELIER (Maurice),Horizons, trajets marxistes en anthropologie, Paris, Maspéro, 1973,
XV+395 p., a fortbien misl’accent surle « caractère fantasmatique des rapports sociaux».
31
Bien étudié parDURBAN (Jean-François),Le substrat de la tradition en Polynésie Française, Paris,

33

étroitementcontrôlée :rivages, forêts, montagnes, lagon, océan, cieux, astreset
étoiles,vents,tempêtes…,toutbaigne danslasphère dudivin. Cette pratique
d’emboîtementdesforcesmultiplesetpuissanteschacune à leurniveaunous
introduitaucœurde laruse de laraison lignagère, qui permetà lastructure
hiérarchique des sociétésclaniquesde fonctionneretdesereproduire. Réaction/
création fantasmatique de partetd’autre, pratiquescommunautairesproduisentles
signesdupouvoiretde l’intégration/exclusionsociale. Le «vivre ensemble» en est
32
la perfection achevée . Mais,tantdanslesmondesinsulairesméditerranéens
anciens, que dansle monde archipélagique du triangle polynésien, l’homme est un
33
être «historique» .C’estparla création «idéo-logique » ques’accomplissentdes
34
nécessitésgénéréesparlavie en communauté etla mise aupremierplan d’un petit
groupe d’« élus» :aristoi,eugéneis,ari’i,ariki,‘Arioi,ra’atira,rangatira’a,tahu’a,
Tu'i Toga…Leshommesde l’Antiquité, lesPolynésiensd’avantl’évangélisation,
ontmisen branle des techniquesde manipulation de l’ordre cosmique ethumain
déterminant une conception dumonde etde lasociété. LesPolynésiens, lesGrecs
égéens, commetouslesgroupeshumainsconstituésensociété auxespaceslimités,
ontcréé des systèmeslogiquesjustifiantinstitutions, poliadesou tribales, et
comportements ;ilsontproduitdes systèmes religieuxpourcomprendre le monde–
monde insulaire en l’occurrence–, essayerde maîtriserlesurnaturel pour tenter
d’agir surlui :sortcone de «tratdivin de la paixdesdieux» danslesmondes
antiques ;pratiquesmagiquesde contrôle desforcesmalfaisantes,rituelsde conflits
maisquisontautantderitesde mort, de fertilité, de justification des systèmesde
parenté dansle monde océanien polynésien.

Le monde du triangle polynésien laisse apparaître leslimitesqui entrentdansla
définition «classiqude le »’exercice dupouvoir. Certes, chezlesPolynésiens –les
Maohidesarchipelspolynésiens, lesMaoridesgrandes terresinsulairesnéo-
zélandaisesdes«tempsanciens», desîlesde l’archipel hawai’ien...,toutcomme
dansle monde antique, ilya imbrication dupolitique etdu religieux,homologie
entre ordre cosmique etordresocial, interférencesentre les stratégiesdupouvoiret
cellesdu savoir. Cependant, le monde polynésien faitencore plusclairement
apparaître ce qu’on pourraitappeler un pouvoirincarné, le pouvoirde celui qui

L'Harmattan,2005, dans son chapitre II, « Mythologie etjeu: la légende de Hiro », p. 81sq.
32
CfinfraChapitre3, p. 191sq.
33
Au sensconçuparHÉRODOTE, c’est-à-direun être nécessitantl’investigation,l’autopsie(là encore
au senspremier, àsavoirle faitdevoirpar soi-même, d’êtrehistôr,témoin) :voirLACARRIÈRE
(Jacques),En cheminant avec Hérodote, Paris, Hachette/Pluriel, 1981,337p. etID.,L’Égypte. Au pays
d’Hérodote, Paris, Ramsey, 1995, édition largementillustrée,220p.
34
Communautésau sein desquelleslesfemmesont unrôletrèsparticulierà jouer:cf. PEREZ
(Christine), « La femme en amonteten aval de lavie de l’homme. Sonrôle dansles rituelsliésà la
naissance età la mortdansle monde grec ancien etdansles sociétés traditionnellesdu triangle
polynésien »,Actes du Colloque CORAIL, La femme entre tradition et modernité, Nouméa, novembre
1995, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 111-146.

34

35
détientlemana, énergie immanente, forcevive quis’exprime même dansla parole,
etil est toutà fait significatif qu’aprèsle passage desmissionnaires, lesPolynésiens
exaltentdésormaislemanahope, latoute puissance de la parole biblique, celle qui a
confisquétoutlemanadesancienstahu’aetari’i. Lemanaestintrinsèque au
pouvoirincarné maisil ne peutagir, il peutmême devenirmalfaisant,si le détenteur
dupouvoirn’a pasla légitimité que lui confère l’hérédité;c’estl’hérédité qui
garantit, légitime, justifie la possession de l’objetetdudon dupouvoirmaisaussi
desbiensqui luisontassociés. Le droit, l’aptitude à cet« héritage » par transmission
héréditaire, peutcomporterdesdangerspuisque même lespouvoirsmalfaisants se
transmettentparfiliationunilinéaire de parentà enfant. L’héritage familial–le
36
pouvoirprincipalementassorti de la possession de laterree -st une constante dans
les revendicationspermanentesdesdescendantsdeshérosparmi lesquelsl’un d’eux
estl’héritierdupouvoir. C’estce qui donne probablementl’explication à ce fait
étonnant, àsavoirle nombre de candidatsà la grande aventure, danslesmouvements
de départ versd’autres terresinsulaires,souventespéréesmeilleures, pour yfonder
de nouveauxclans, de nouvellesalliances.

Ainsi,tantlesmondesinsulairesméditerranéensque le monde océanien des
archipelsinvestispardespeuplespolynésiens,témoignentque l’exercice dupouvoir
induit un perpétuel alleret retourentre l’individuetlecosmos, l’individuetla
37
formationsociale au sein de laquelle il évoluLee .sdifférentsordres symboliques
dereprésentationsdes structuresdupouvoir sont totalementinsérésdansleurs
rapportsaux structures socio-économiques: leur rôle, dansle fonctionnementde ces
structuresesten définitive l’objetprincipal detoute investigation. Fantasmatique
égéenne, fantasmatique polynésienne,témoignentde productionsintellectuellesqui
caractérisentlesmultiplesliaisonsentre les représentationsindividuelleset tousles
autresordresdereprésentation. On nerépétera jamaisassezque la production des
hommes, auplan de la fantasmatique, est une pratiquesociale douée d’efficacité,une
pratique deshommespourà la foisconstruire, maîtriser,voire dominerle monde.
L’étude de cette production implique la définition, l’étude dufonctionnementde
sociétésinsulairesdifférenteset semblablesà la fois: cellesdumonde égéen
ancien– uMicne «ronéscie »ycladique etégéenne–etcellesdumonde

35
Dontla définition est trèscomplexe :voirPEREZ (Christine), «Fantasmatique égéenne,
fantasmatique polynésienne »,Le Pacifique. Odyssée de l’Espèce, Bilan civilisationiste du Grand
Océan,Paris, Klincksieck, p. 143sq.
36
VoirSAURA (Bruno),Mythes et usages des mythes. Autochtonie et Terre-Mère en Polynésie, Coll.
LanguesetculturesduPacifique n° 18, Selaf n° 444, Peeters, Paris-Louvain-Wlapole2013,293p.,
passim.
L'auteurfait une différenciationtrèspertinente entre lesdifférentesacceptionsduconceptdeterre,
chacune constituant un chapitre dulivre : « Laterre matrice » (p.25sq.);« laterreventre » (p.63sq.);
« laterre errante » (p. 107sq.), « laterresoumise » (p. 155sq.), « laterre matrie » (p. 195sq.) ».
37
Cf. Tome 1 d’Échappée Pacifique, Chapitre I, « Éducation etculture », p. 43sq.

35

38
archipélagique polynésien . Celasuppose la prise en compte dumode de
fonctionnementdes rapportsentre desdominantsetdesdominés, desmodes
39
d’approchesde/à l’Autre, deschocsde culturesqui en découlent.

Cesecondvolume d’Échappée Pacifiquenous transporte lui aussi des rivesde la
Méditerranée antique etdesesamers versletriangle polynésien oùlesîles sont
40
comme desbancsde poissonsflottantà lasurface duMoana Nui. Le premier
chapitre, évoquant« l’épopée »desMauidesTonga, montrera commentlesîles
découvertes sont rarementaccueillantes. Elles sonthabitéespardesmonstres
cannibales. Lerôle de ceshéros sera de contrecarrerlesforcesdémoniaquesafin que
lesîlespassentde l’étatde « nature » à l’étatde « culture ». Enrepoussant toujours
plusloin leseschatiai, lesmargesdumonde connuinsulaire, lesMauiontainsi
réalisé, danslatradition orale, le peuplementdesTonga etd'Ailleursbien plus
lointains. Lesecond chapitre, àtraversl’étude de la détermination des rôles
consistantà établirlescodesdu«vivre ensemble» etde lareproduction desclansà
traversla gestion de lasexualité, nousintroduira aucœurde laruse de laraison
lignagère. C’estlaraison lignagère qui permetà lastructure hiérarchique des
sociétésclaniquesde fonctionneretdesereproduire, en déterminantles rôles
dévolusà chaque membre ducorps social et,surtout, en gérant scrupuleusementla
sexualité qui permetlareproduction biologique desfamilles, desclans, des
41
lignagesqui assurenten mêmetempslareproduction idéologique. Réaction/
création fantasmatique de partetd’autre, pratiquescommunautairesproduisantles
signesdupouvoiretde l’intégration/exclusionsociale. Letroisième chapitre nous
feratraverserl’espace-temps,untemps vécucomme partie intégrante de l’espace
vital, biologique, ce qui a conduitlesmissionnairesà dire quele Polynésien «atout
son temps» : le Polynésien marche doucement, posément,sans se presser, prenantle
tempsdevivre pourque chaque pas, chaque phase de laviesoitbien assurée et
appréciée pleinement. Lerythme de l’homme est totalementintrinsèque à celui du
tempspourqu’il puisse «avoir le temps» de cuiresa nourriture etde la manger
pendantle jour, etd’avoirletempsde dormirpendantla nuit, devivre letemps, à
sonrytLa nahme !turevitaumême diapasla pon :ratique desrahui, destapu–
42
interdits-temporairesoupermanents, imposésparl’ari’i, leroi/chef/prêtre ,

38
VoirPEREZ (Christine), « AucœurduGrand Océan Austral. LesîliensMaori »Actes du Colloque
CORAIL, La mer : espace, perception et imaginaire dans le Pacifique Sud, Paris, L’Harmattan, 1997, p.
137-177.
39
Cf.tome 1 d’Échappée Pacifique, Chapitre VI, « Devenir, être,resterchrétien », p.247sq.
40
Cf. PEREZ (Christine),La perception de l’insularité…,cit., p. 105sq.
41
Voirl'exemple desfameuxkaingatongiensbien étudiésparDOUAIRE-MARSAUDON (Françoise),
Les premiers fruits. Parenté, identité sexuelle et pouvoirs en Polynésie occidentale (Tonga, Wallis et
Futuna), Paris, CNRS, Éditionsde la Maison desSciencesde l'Homme, 1968, en particulierlaseconde
partie : « Lekainga», p.61sq.
42
VoirSAURA (Bruno),Mythes et usages des mythes. Autochtonie et Terre-Mère en Polynésie,cit,
Chapitre IV, "Laterresoumise - chefsdivinsetpeuple autochtone", p. 172sq.

36

consiste à imposerdespériodesde prohibition, des restrictions, notamment surla
pêche à la bonite, pourque les ressources terrestresoumarines«aient le temps» de
seressourcer, deserégénérer. Entre l’espacetempsetl’espace du voyage, il n’ya
qu’un pas vite franchi : le dernierchapitre nousferavibreraugré des vagues, de la
houletrèslongue quitransporte leshommes,sansaucun instrumentde navigation,
d’île en île, d’archipel en archipel, dans une confiancetotale dansleséléments
naturelsduGrand Océan austral, à condition quetousles rituels requis,toutesles
autorisationsémanantdudivin,soient scrupuleusement respectés. Il est vrai que le
peuplementdesarchipelsdu triangle polynésienrévèleune aventure maritime hors
ducommun,surdesembarcationsqui, pourparaître précaires, n’ensontpasmoins
fiables, avec des techniquesde navigationsurprenantes. Cette aventure metenscène
descandidatsau voyage, prêtsàtout, capablesd’affronterdesépreuves telles,
qu’elles révèlent unevolonté desurvivre etdes’adapterqui étonnentencore
aujourd’hui.

De nouveau, cetouvragevousinvite àun grandvoyage dansletempsetdans
l’espace etn’a d’autre ambition que de montrercommentdeshommes, dansdes
lieuxetdes tempsqui n’ontjamaispulesmettre en contact, ont répondupardes
actes semblablesaux signeset sollicitationsenvoyésparleurenvironnementnaturel
etlescontraintesinhérentesauxespaceslimitésdanslesquelsl’insularité les
condamnaità évoluer.