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Ecrits et cris d'un apatride

De
217 pages
Rédigé durant les années dramatiques de la guerre civile dans les Balkans (1991-1995), ce réquisitoire interpelle et dénonce tous ceux qui ont "poussé" son ancien pays, la Yougoslavie, au suicide, ou profité de cette tragédie pour se forger l'image de braves défenseurs des "droits de l'homme" et des "causes justes". Complété et réactualisé une décennie après, ce livre dresse aussi un bilan accablant des dix ans de pax americana dans les Balkans, une paix imposée de l'extérieur par des moyens musclés et gardée par les "anges gardiens" de l'OTAN.
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ÉCRITS ET CRIS D'UN APATRIDE

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9666-4 EAN:9782747596664

MILIVOJ SREBRO

ÉCRITS ET CRIS D'UN APATRIDE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique; FRANCE
Espace L'Harmattan Sc. Sociales, Kinshasa Pol. et KIN XI

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DU MEME AUTEUR

Anthologie de la nouvelle serbe, Gaïa Editions, 2003.

A toutes les victimes de la guerre civile en ex-Yougoslavie, y compris les victimes serbes.

« Pour la plupart des hommes, la guerre est la fin de la solitude. Pour moi, elle est la solitude définitive. » Albert Camus, Carnets

« Depuis des mois, tous sont devenus des experts pour les Serbes et la Serbie, sauf les Serbes. Eux, on ne leur demande plus leur opinion, ils ne figurent même plus sur les listes des morts, jamais un enfant serbe ne semble être tué dans cette guerre, les obus ne tombent que sur les autres, et ces autres ne ripostent pas... » Alexandre Tisma, in: Le Nouvel Observateur, 1994.

« Ce n'est pas la France qui nous a trahis, mais ceux des Français qui ont également trahi la France! »
(Réaction d'un Belgradois en guise de protestation contre la mise du ruban noir autour du Monument de la reconnaissance à la France à Belgrade, ruban symbolisant la mort de l'amitié franco-serbe après la participation de l'armée française au bombardement de la Serbie en 1999.)

AVERTISSEMENT

En jetant un regard sur le titre de ce livre et sur le nom de son auteur « à la consonance bien yougoslave », le lecteur averti pensera, peut-être, qu'il s'agit là d'un nouvel ouvrage-témoignage sur le calvaire bosniaque ou croate, sur les supplices des villes martyres dont les noms sont restés à jamais gravés dans les mémoires: Sarajevo, Vukovar, Srebrenica... Des noms d'une sonorité grave, noms devenus symboles qui réveillent en tout un chacun les images insoutenables des souffrances humaines et de la «barbarie serbe », relayées durant des années par les

médias du monde entier. Un nouveau livre donc

-

se

dirait-il, peut-être - pour nous rappeler ce qui devrait nous servir d'avertissement, de permanente mise en garde. Une telle pensée exprimerait, nous semble-t-il, une réaction naturelle, attendue d'un lecteur qui se sent concerné par le temps et le monde dans lesquels il évolue: un lecteur que nous imaginons volontiers comme une « âme sœur », sensible aux malheurs humains et, par conséquent,
au sort tragique des victimes innocentes de l'ex -Yougo-

slavie qui hantent toujours notre conscience. Ce lecteur imaginé, cette «âme sœur », disons-le d'emblée, ne trouvera pas ici, cependant, ce que les« mots clés» du titre: cris et apatride pourraient lui suggérer.

Certes, ces (é)cri(t)s - dédiés à toutes les victimes, sans exception, de la guerre civile en ex -Yougoslavie - parlent
eux aussi d'un chemin de croix, de souffrances infligées aux innocents et de destructions de villes martyres. Mais ils mettent l'accent plutôt sur des tragédies et des lieux de supplices du sanglant conflit yougoslave qui sont, eux,

ECRITS ET CRIS D'UN APATRIDE

restés peu connus du large public français. Peu connus ou même complètement ignorés, du moment que les grands médias ont jugé qu'ils étaient moins importants, moins graves ou, peut-être, tout simplement, moins attractifs pour l'audimat. Ces tragédies peu connues et presque oubliées, même si elles sont également le produit de crimes contre

l'humanité - comme, par exemple, l'exode à l'accent biblique des Serbes de Krajina en 1995 - peuvent (et doivent !)
nous servir d'avertissement, au même titre que celles de Sarajevo, Vukovar, Srebrenica... Non, il ne s'agit pas ici, bien évidemment, de tenter d'établir une quelconque « égalité» dans la souffrance! ce serait d'abord ignorer le fait que «l'enfer yougoslave» avait, comme celui de Dante, plusieurs cercles infernaux, et surtout ce serait une démarche indigne et scabreuse! Il ne s'agit pas non plus d'essayer de mettre tout le monde «dans le même sac» ou de renvoyer dos à dos des criminels et des bourreaux de tous les bords. Non, ni l'un ni l'autre. A dire vrai, l'auteur de ce livre voudrait avant tout profiter de l'occasion offerte par ce dixième anniversaire du rétablissement de la paix en ex-Yougoslavie pour rappeler que, même une décennie après la frn de la guerre civile, toutes les vérités yougoslaves ne sont pas encore

dites, et surtout celles qui - comme l'a déjà remarqué il y a longtemps Jacques Merlino - «ne sont pas bonnes à
dire ». Pour rappeler également quelques évidences pourtant souvent ignorées: qu'un crime ne peut en aucun cas en « cacher» et encore moins en justifier un autre; que les massacres commis par les extrémistes serbes ne doivent ni minimiser ni faire oublier ceux perpétrés sur la population serbe; et qu'enfin la vérité de la guerre yougoslave est une vérité-gigogne: un imbroglio qu'on dirait conçu par le Malin qui a transformé la Mère Courage en une Mère Gigogne, et la tragédie grecque en un vaudeville noir, infernal et insupportable, où Musulmans (Bosnjaks), Serbes 12

AVERTISSEMENT

et Croates tenaient tour à tour le rôle du bourreau et celui de la victime. Ecrit dans l'urgence et dans la solitude, durant les années dramatiques 1991-1995, ce livre ne pouvait ni ne voulait être une analyse froide du drame qui avait secoué les Balkans, analyse faite avec la sérénité et le recul nécessaires, et rédigée dans un style neutre et retenu: cette tâche nous la laissons volontiers aux analystes de métier, à ceux qui savent disséquer « le cadavre» avec l'objectivité scientifique, l'acribie et la tête froide. Pour tout dire, ce livre a été animé par un autre esprit: les écrits qui le composent sont, avant tout, des cris parfois désespérés mais émanant toujours du fond de l'être, cris poussés sans retenue ni calcul: pour protester contre la barbarie fratricide, pour tenter d'alarmer les endormis et les égarés, mais aussi pour dénoncer ceux qui se sont approprié le monopole du cœur sur la tragédie yougoslave avant de s'imposer, aux yeux de l'opinion publique française, comme les seuls tenants de la vérité et les défenseurs irréprochables de « la juste cause ». En offrant ce livre au jugement du lecteur, de celui imaginé comme «l'âme sœur» mais également de celui qu'on appelle communément le lecteur pluriel, l'auteur tient à souligner enfin - tout en espérant trouver en ce dernier sinon « l'âme sœur» du moins l'oreille attentive et l'ouverture d'esprit cultivant le doute à l'égard de la pensée dominante qui n'est souvent qu'une pensée unique

masquée - une dernière chose, à ses yeux, essentielle: ce
livre n'a nullement pour but de promouvoir ou de défendre aucune «cause juste» aux couleurs d'une quelconque appartenance, politique, religieuse ou nationale. Son but est beaucoup plus modeste et plus personnel. Il ne va pas au-delà d'une démarche ordinaire garantie à chaque citoyen de la République, démarche qui consiste précisément à exercer ses droits à la liberté de parole: droit de 13

ECRITS ET CRIS D'UN APATRIDE

dire sa petite vérité; droit d'exprimer ses convictions, y compris la plus vulnérable qui ressemble quelque peu à celle qui, toutes proportions gardées, a poussé Albert Camus à prononcer cette phrase célèbre: « entre la justice et ma mère, je choisirai ma mère» ; droit aussi de sortir sur

la place publique et crier librement - quitte à passer pour quelqu'un de politiquement incorrect - «Son Altesse,
l'Empereur Trajan, a des oreilles d'âne! »

Cet exercice à la portée de chaque citoyen - ce droit
précieux dont on ne saisit la véritable importance que

lorsqu'on en est privé - permettrait,peut-être, à l'auteur de
ce livre d'exorciser enfin un profond mal-être causé par une expérience traumatisante. Une expérience personnelle évidemment, mais en même temps universelle puisque vécue par des millions d'autres personnes: expérience de celui qui a, avec la disparition de la Yougoslavie, perdu son monde à lui, un monde entier; et qui, ayant du mal à

en faire le deuil - même si la France, sa seconde patrie, sa patrie spirituelle, lui a tendu les bras - est resté dans son
cœur et dans son âme un éternel apatride. Juin 2005

14

PREFACE

CHRONIQUE D'UNE TRAVERSEE DES ILLUSIONS

A PavIe Issakovitch, un frère

Ceci aurait dû être un livre plutôt ordinaire, comme les autres du même auteur. Un livre traitant d'un sujet plutôt banal, usé, râpé, mais ô combien vicieux, qui a enseveli tant de plumes imprudentes: l'amour. Un livre d'amour donc? Oui, un livre d'amour et, en particulier, sur un amour, jadis inconditionnel, dont les raisons restaient secrètes, impénétrables pour l'amoureux ensorcelé qui n'arrivait ni à les saisir ni à les expliquer: un amour, imaginé et imaginaire, à multiples facettes et aux nombreux avatars qui se reflétaient tous dans un seul mot à

sonorité magique - La France. La France, Pays du cœur - La Belle et La Rebelle, La Juste et L'Eternelle - que l'auteur de ces écrits considérait
comme sa patrie spirituelle depuis déjà sa tendre enfance, depuis le moment fatidique où il avait, pour la première fois, entendu ses cousins parisiens parler une langue pour lui exotique et à la fois irrésistible, hypnotisante même, évoquant un ailleurs mystérieux. La France, Pays des Arts, des Grands Ecrivains et des Grandes Œuvres qui l'ont séduit, enchanté, fait rêver, lui, un parmi des millions de semblables, de Francophiles passionnés, vivant aux quatre coins du Globe. La France, Pays de l'Esprit, enfin, d'un esprit libre et universaliste, devenue aux yeux de son amoureux inconditionnel un symbole subliminal et l'expression vivante de toutes les valeurs humaines et humanistes: défenseur et garante des droits de 1'homme, protectrice de la liberté d'expression, terre d'accueil des proscrits, des pourchassés, des exilés du monde entier... Oui, d'accord: ces paroles pourraient apparaître, pour un cartésien, comme les divagations de l'âme slave,

ECRITS ET CRIS D'UN APATRIDE

un amas de stéréotypes, de phrases bourrées de clichés rhétoriques, qui sonnent creux, sinon faux. Mais pour ce francophile zélé, ce Serbe enclin, comme d'ailleurs pas mal de ses compatriotes, aux coups de frénésie à la

Kusturica, ces paroles - même si cela le fait sourire, lui aussi, maintenant, après tant de désenchantements - ces
paroles donc parlaient vrai. Plus vrai même (mais, oui, c'est possible !) que la réalité de sa vie quotidienne. Cette irrésistible image de la France - vraie ou fausse, peu

importe aujourd'hui

-

et la force hypnotisante qui s'en

dégageait furent, en tout cas, les raisons principales de sa décision prise en 1990: décision irrévocable de quitter provisoirement son pays natal, la Yougoslavie, et de s'installer, pour un certain temps, en France. «Irrésistible image» et sa «force hypnotisante» ?! C'est ridicule, diraient sans doute les cyniques, et on les comprend. Ne s'agit-il pas ici plutôt d'une tentative d'idéaliser un geste en soi banal en lui prêtant des motivations d'apparence noble mais, en réalité, presque infantiles? D'ailleurs, tant d'ex -Yougoslaves ont quitté «le Titanic balkanique» et se sont sauvés à l'étranger pour des raisons bien connues: les plus raisonnables et les plus prudents l'avaient déjà fait, n'est-ce pas, dès l'instant où le «pirate fou », Milosevié, avait réussi à s'emparer de son gouvernail. Et non! En ce qui le concerne, son histoire est, du moins au départ, différente. Non, il n'a fui aucune menace d'ordre psychique ou physique, pas la moindre, aucune pression politique de la part du régime autoritaire de son pays: opposant aux idées et aux méthodes de Slobodan Milosevié, il n'avait pas besoin, pour exprimer son opposition, de s'expatrier et de jouer la carte du dissident. Il n'a fui aucune misère, aucune précarité existentielle non plus: tout le monde autour de lui s'est demandé, étonné, quelle mouche l'avait piqué pour abandonner une belle carrière 18

PREFACE

plutôt prometteuse. Sur ce point il ne peut rien se reprocher: non, il n'a pas quitté la Yougoslavie pour « sauver sa tête» ni pour « mettre son cul à l'abri» ; en partant, il

ne pouvait imaginer un seul instant - et il n'était pas le
seul, loin s'en faut! - que son pays d'origine allait disparaître à jamais, un an seulement après son départ. Son cas donc échappe aux stéréotypes rapides et à celui également qui colle à la peau des « immigrants de l'Est». Là aussi, il faut être clair, quitte à courir le risque de se répéter: non, il n'est pas venu en France pour chercher un refuge ni pour demander asile, encore moins pour profiter des avantages sociaux et économiques d'un pays riche et généreux. En fait, il a décidé de venir en France pour une toute autre raison, très personnelle. La mission professionnelle

pour laquelle il avait été invité en 1990 dans ce pays l'enseignement de sa langue maternelle à l'Université n'était pour lui, à vrai dire, qu'un prétexte, un moyen

honorable et pratique. Bref, il est venu en France - ces
mots peuvent sonner creux dans les oreilles de quelques

cyniques désillusionnés - pour réaliser, enfin, son rêve,
pour vivre sa passion française et pour en faire un livre. Un livre sur une quête de la Terre promise, sur l'exploration d'un ailleurs depuis toujours désiré. Oui, on pourrait l'exprimer ainsi, si ces mots n'étaient pas, à leur tour, galvaudés. Ce livre d'amour, c'est clair maintenant, il ne l'a pas écrit. Il ne l'écrira sans doute jamais. Et tant mieux pour le lecteur! Comme l'a si bien dit André Gide: « C'est avec les beaux sentiments qu'on fait de la mauvaise littérature ». Quoi qu'il en soit, le cahier réservé initialement aux

«écrits d'amour» - transformé soudainementen un champ
de bataille, «bataille de plume», tout en restant une étrange oasis de paix où cohabitaient, comme nulle part 19

ECRITS ET CRIS D'UN APATRIDE

ailleurs, peut-être, serbe et français, sa langue maternelle

et sa langue d'adoption - ce cahier, vierge et propre au
départ, recevra tout aussi généreusement les (é)cri(t)s d'un apatride. Destiné à accompagner une improbable quête de

la Terre promise, ce pavé qui ne cessera de grossir - cette
Chronique de la solitude dont le titre ne fut jamais inscrit

sur sa couverture - deviendra au fil du temps le complice le plus fidèle de l'auteur lors de sa longue traversée des illusions: complice mais aussi témoin, souvent impuissant, des interminables nuits d'insomnie remplies de monologues internes chaotiques, de coups de colères, de visions cauchemardesques suscitées par une peur incontrôlable pour ses proches laissés à la merci des tireurs fous, de leurs fusils et canons. A dire vrai, ce n'est pas son auteur qui a décidé du contenu de ce cahier, mais ce sont les autres. Qui? Le destin ou le Hasard Comédien, comme le dirait Milos Crnjanski?! Plutôt les seigneurs de la guerre yougoslave et leurs complices, dont certains d'entre eux gouvernent le monde. Cette Chronique de la solitude abrite essentiellement, bien sûr, les (é)cri(t)s qui composent le présent livre mais garde aussi quelques petits secrets qu'elle ne trahira jamais, secrets que l'on confie seulement - non, surtout pas à un psy, trop fill connaisseur de l'âme! - à un journal intime et, parfois, à un ami proche. Parmi ces « secrets» il y a également une longue lettre, écrite durant une nuit blanche, au mois de mai 1992, au moment où la folie guerrière s'empara de la Bosnie entière, et envoyée en réponse à une lettre d'un ami yougoslave, jadis étudiant à Paris: un «frère de destin », un apatride, un« ex de l'Ex» comme l'auteur de ce livre. Cette lettre cherche aujourd'hui «à sortir» de la Chronique de la solitude, même si l'ami auquel elle avait été adressée n'a pas souhaité que son nom apparaisse ici. Pour des motifs personnels, dit-il ; motifs respectables, en tout cas, qui témoignent, de sur20

PREFACE

croît, d'une force de caractère nourrie par une philosophie devenue la sienne. Philosophie simple mais difficile, chacun le sait, à mettre en œuvre: tourner la page et se vouer entièrement à l'avenir. Cette lettre, ou plutôt ces larges extraits, mérite d'être mentionnée ici pour deux raisons au moins. D'abord, elle jette quelques éclaircissements sur ce manuscrit, et en particulier sur les motivations qui l'ont fait naître. Et puis,

elle fournit enfm la réponse à tous les amis français - une
réponse «claire et nette» et, peut-être, décevante, à eux

d'en juger - à une question qu'ils n'ont jamais osé poser, certainement par pudeur et respect: pourquoi - durant
toutes ces terribles années de guerre, alors que son pays était à feu et à sang, alors que ses proches et ses copains de classe étaient en première ligne - pourquoi, donc, n' a-t-il jamais décidé de s'engager militairement. Pourquoi n'estil pas allé combattre au côté des siens, alors que tant d'autres, qui n'ont rien à voir avec la Yougoslavie, l'ont fait: «par conviction », pour des raisons «purement éthiques », comme, par exemple, ces volontaires français? Voici la réponse, en traduction personnelle de l'auteur:
Bordeaux, le jour de saint Georges! 1992 Cher « frère apatride », cher « ex » de « l'Ex» [...] Je ne te comprends que trop bien. D'ailleurs, personne parmi nous tous que l'éclatement de la guerre a surpris hors de nos frontières - personne parmi tous les vrais Yougoslaves devenus, par la volonté des autres, des apatrides, des « ex-citoyens» d'un « ex-pays» - ne peut, je crois, échapper à cette question cruciale: que faire maintenant? J'y pense, naturellement, moi aussi. Depuis longtemps déjà, depuis la première balle tirée lors de
1

Le 6 mai, selon le calendrier orthodoxe. 21