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Elus et élections du 8 février 1871

De
200 pages
La défaite contre la Prusse et les conditions de paix dictées par le chancelier Bismarck imposent l'organisation précipitée d'élections législatives le 8 février 1871. La toute jeune République, proclamée le 4 septembre 1870, se lance dans la plus courte campagne électorale de son histoire. Ce numéro réévalue le rôle de ce scrutin, traditionnellement considéré comme l'expression d'une france rurale et bourgeoise, rétive au changement, et majoritairement monarchiste.
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Élus et élections
du 8 février 1871







































© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96614-7
EAN : 9782296966147
Parlement[s]
Revue d’histoire politique

Revue publiée par le Comité d’histoire parlementaire et politique
et les Éditions Pepper/L’Harmattan trois fois par an.

Créée en 2003 sous le titre Parlement(s), Histoire et politique, la revue a
changé de sous-titre en 2007 pour affirmer sa vocation à couvrir tous
les domaines de l’histoire politique, sous la plume de chercheurs
confirmés et de jeunes doctorants. Chaque numéro est constitué de
trois moments : la partie [Recherche] regroupe des articles inédits
soumis à un comité de lecture, la partie [Sources] est le lieu de
publication de sources orales ou écrites éclairant le dossier thématique,
la séquence [Lectures] présente les comptes rendus d’ouvrages.

Revue soutenue par l’équipe d’accueil Savours (Université d’Orléans)



Retrouvez la liste des numéros parus et à paraître, la procédure de soumission
de contributions et les conditions d’abonnement en fin de volume.

La présentation détaillée des normes éditoriales et les sommaires de tous les
volumes sont disponibles sur la page Parlement(s) du site du CHPP :
www.parlements.org


Les numéros sont en vente à l’unité (éditions papier et PDF)
sur le site de L’Harmattan : www.editions-harmattan.fr

Les articles sont en vente à l’unité sur la plate-forme Cairn
(accès gratuit aux sources et aux comptes rendus, gratuité intégrale
après trois années révolues) : www.cairn.info


Éditions Pepper – L’Harmattan


En couverture : « Les deux Républiques », dessin d’Alfred Le Petit paru dans Le Grelot
le 28 janvier 1872. Cf. la présentation de cette image par Jean Garrigues, pp. 114-117.Comité de rédaction

Directeur de la rédaction - Jean Garrigues
Rédactrice en chef - Noëlline Castagnez
Rédacteur en chef adjoint - Alexandre Borrell
Secrétaire de rédaction - Alexandre Niess

Éric Anceau, Marie Aynié, Frédéric Attal, Walter Badier, David Bellamy,
Christophe Bellon, Noëlle Dauphin, Frédéric Fogacci, Sabine Jansen,
Corinne Legoy, Anne-Laure Ollivier, Nicolas Patin,
Jean-Paul Pellegrinetti, Olivier Tort, Ludivine Vanthournout.

Le comité de lecture est constitué du comité de rédaction,
élargi à l’occasion à des membres du comité scientifique.


Comité scientifique

Sylvie Aprile, Jean-Jacques Becker, Bruno Benoît, Mathias Bernard,
Serge Berstein, Fabienne Bock, Jacques-Olivier Boudon,
Philippe Boutry, Catherine Brice, Patrick Cabanel, Jean-Claude Caron,
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Alain Delcamp, Olivier Forcade, Jean El Gammal, Bernard Gaudillère,
Jérôme Grévy, Sylvie Guillaume, Jean-Marc Guislin, Rainer Hudemann,
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Jean-Marie Mayeur, Pascal Perrineau, Gilles Richard, Jean-Pierre Rioux,
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Correspondants étrangers

Joseba Aguirreazkuenaga (Bilbao), Marc Angenot (Montréal),
Constantin Buse (Bucarest), Maria Sofia Corciulo (Rome),
Sandro Guerrieri (Rome), Sudir Hazareesingh (Oxford),
Peter McPhee (Melbourne), Horst Möller (Munich), Philip Nord (Princeton),
Gaetano Quagliarello (Rome), John Rogister (Durham),
Maurizio Ridolfi (Viterbe), Paul Seaward (Londres), Paul Smith (Nottingham),
Henk Te Velde (Leiden), Robert Tombs (Cambridge).

Directeur de la publication - Denis Pryen
Développement - Sonny Perseil
Maquette - Colin Pénet




Élus et élections du 8 février 1871
Dossier coordonné par Thierry Truel et soutenu par le CEMMC (Bordeaux III)

[Recherche]
Introduction par Sylvie Guillaume et Thierry Truel 6

Candidats et élus de février 1871 : nouveaux enjeux, nouveaux défis. 11
Christophe Voilliot Des « candidatures officielles » en 1871 ? 13
Du constat de l’impossible à l’hypothèse du pensable
Jean Garrigues Les élus du Centre gauche en 1871 23
Jérôme Grévy L’invalidation de Garibaldi par l’Assemblée nationale 33
Francis Perrot L’Uniforme et la Toge. 49
Les officiers élus à l’Assemblée nationale (1871-1875)
Jean-Marc Guislin Le devenir des représentants à l’Assemblée nationale 61
de 1871

Élus et les élections en province : étude de cas dans le Grand Sud-Ouest 79
François Dubasque En marche vers une « Vendée bonapartiste » : 81
la représentation parlementaire charentaise de 1871
Céline Piot Élections et élus de février 1871 en Gascogne : 93
le triomphe des conservateurs
[Sources]

Nouveau régime et nouveau scrutin : un nouvel espoir ? 113
« Les deux Républiques », par Alfred Le Petit, Le Grelot, janvier 1872,
présentées par Jean Garrigues 114
Mémoires inédits du général Brugère à propos du 8 février 1871,
présentés par Francis Perrot 118
Les principes d’un Républicain. Lettre de Marc Dufraisse à Bardi de Fourtou,
présentée par Thierry Truel 122

Contester le verdict des urnes. 125
La démission de Victor Hugo après l’invalidation de l’élection de Garibaldi
en 1871, présentée par Jérôme Grévy 127
Lettre de protestation d’Oscar Planat, candidat républicain, contre l’élection
de candidats officiels en Charente (juin 1871), présentée par Thierry Truel 133

[Varia]

Le cas Edmond Barrachin (1929-1975) 141
Gilles Le Béguec Pourquoi Edmond Barrachin ?
Réflexions sur un itinéraire singulier 142
Gilles Le Béguec Edmond Barrachin : le temps des apprentissages 150
Jean-Paul Thomas Edmond Barrachin ou la pérennité
des réseaux politiques des droites 161
Bertrand Vayssière « Mettre les parlementaires européens devant leurs
responsabilités » : l’action fédéraliste auprès du Conseil de l’Europe
(1949-1951) 175

188 [Résumés/Abstracts]
Parlement[s] 3






[Recherche]













Introduction par Sylvie Guillaume et Thierry Truel 6

Candidats et élus de février 1871 : nouveaux enjeux, 11
nouveaux défis.

Christophe Voilliot 13
Des « candidatures officielles » en 1871 ?
Du constat de l’impossible à l’hypothèse du pensable

Jean Garrigues 23
Les élus du Centre gauche en 1871

Jérôme Grévy 33
L’invalidation de Garibaldi par l’Assemblée nationale

Francis Perrot 49
L’Uniforme et la Toge.
Les officiers élus à l’Assemblée nationale (1871-1875)

Jean-Marc Guislin 61
Le devenir des représentants à l’Assemblée nationale de 1871

Élus et les élections en province : étude de cas dans le
Grand Sud-Ouest 79

François Dubasque 81
En marche vers une « Vendée bonapartiste » :
la représentation parlementaire charentaise de 1871

Céline Piot 93
Élections et élus de février 1871 en Gascogne :
le triomphe des conservateurs



Parlement[s] 5






Introduction
Sylvie Guillaume
Professeure émérite, Université Michel de Montaigne-Bordeaux III,
CEMMC (EA 2958)
Chercheur associé au Centre d’histoire de Sciences Po
Sylvie.guillaume7 arobase wanadoo.fr
Thierry Truel
Doctorant à l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux III
CEMMC (EA 2958)
t.truel arobase orange.fr

1871 : l’année terrible. Le célèbre ouvrage de Victor Hugo, publié en
1877, imprègne plusieurs générations des instants douloureux et
dramatiques nés de la défaite française. Les conditions de paix, dictées
par le chancelier Bismarck, imposent l’organisation précipitée
d’élections législatives pour que les futurs représentants donnent à la
jeune République proclamée une constitution.
La campagne électorale fut l’une des plus courtes de l’histoire de la
1vie politique française et les résultats paradoxaux offrent au paysage
politique français une situation inédite. Ainsi, le scrutin du 8 février
1871 et les élections partielles du 2 juillet suivant conditionnent le
rapport de force politique pour toute la législature qui commence mal

1 L’Assemblée nationale est, en effet, constituée d’une majorité de conservateurs qui
deviennent, malgré eux, les hérauts de l’avenir constitutionnel de la République.
6 Parlement[s] [Recherche]
puisque le gouvernement doit faire face à la menace socialiste, incarnée
par des Communards déterminés à réussir leur entreprise.
Ce dossier cherche à réévaluer la place de ce scrutin dans l’histoire
électorale française. Dans quelle mesure ces élections de 1871 ont-elles
constitué ou non une parenthèse, un accident de parcours, entre le
eSecond Empire déchu et une III République en « pénible gestation »
selon les termes de Maurice Agulhon ? Dans quelle mesure l’Assemblée
nationale qui est née de ces élections de 1871 est-elle fondatrice d’un
nouveau régime ?

L’historiographie traditionnelle a toujours considéré les résultats de
cette consultation comme l’expression de la volonté populaire d’en finir
avec cette guerre, et le choix d’une France rurale, conservatrice, rétive
au changement, opposée à toute forme de régime qui serait un facteur
de déstabilisation de l’ordre économique et social imposé par
l’industrialisation du pays. La République « rouge » fait peur et les
programmes dynastiques ont conduit le pays à une catastrophe dont les
contemporains mesurent encore les conséquences. Pourtant, la faillite
de la politique extérieure de l’Empire déchu n’est pas seule en cause.
L’exorcisme d’une telle humiliation jetée à la face du monde passe par la
contestation des élites traditionnelles, trop égoïstes et avides de pouvoir
pour servir avant tout les intérêts de la nation. Cette rupture est-elle si
déterminante dans l’histoire du parlementarisme français ? Alain
Laquièze souligne la construction par à-coups et non progressive de ces
2pratiques démocratiques . Les accélérations libérales succèdent à des
moments de stagnation voire de recul de la démocratisation de la
France. Ce sont les silences des textes constitutionnels qui laissent alors
libre cours aux interprétations des forces politiques mais qui autorisent
en même temps une intériorisation de la pratique par les acteurs eux-
mêmes. Ainsi, chaque poussée libérale est héritière de la précédente, ce
qui permet un approfondissement du régime parlementaire. C’est dans
ce processus séculaire que le scrutin du 8 février 1871 est alors crédité
des avancées libérales du Second Empire. Ainsi, la République,
troisième du nom, est fille de l’expérience de la monarchie
3constitutionnelle . L’acclimatation du parlementarisme au suffrage
universel et la forme républicaine du gouvernement ont fait du Second
Empire une sorte de répétition générale de la scène qui se joue en 1875.

2 Alain Laquièze, « Genèse du parlementarisme français », in Sylvie Aprile, 1815-1870 :
la révolution inachevée, Belin, Paris, 2010, pp. 532 sq.
3 L’historien rappelle alors le rôle déterminant de Duvergier de Hauranne, de
Vaulabelle, de Guizot et Dupin ainsi que de Prévôt-Paradol et de Victor de Broglie
pour leurs études sur le parlementarisme français.
Parlement[s] 7 [Recherche]
Quelle est alors la place des élus de 1871 dans cette perspective ?
C’est, en effet, le second axe d’analyse de ce dossier consacré à ce
scrutin particulier. Les élites parlementaires du régime déchu sont bien
4connues, surtout depuis les travaux d’Éric Anceau et de Nathalie
5 ePetiteau . Celles de la III République le sont encore plus depuis les
6travaux pionniers de Georges Dupeux et les études prosopographiques
7régionales qu’ils ont suscitées . En 2001, un colloque organisé par le
eCentre de recherches en histoire du XIX siècle fait la synthèse des
8années de recherches ; Jean-Marie Mayeur rappelle à cette occasion la
genèse de ces études prosopographiques avec les travaux pionniers de
9Mattei Dogan sur la stabilité du personnel parlementaire républicain .
Cette synthèse renouvelle profondément l’histoire des élites politiques
eau XIX siècle mais en limite d’autant la portée car elle ne met pas en
perspective le phénomène transgénérationnel, comme si chaque régime
produisait ses propres élites dirigeantes. Certes, la permanence élitaire a
été relevée, mais l’existence d’élites de transition a été peu étudiée à ce
jour.
Ainsi, le présent dossier propose quelques réflexions inscrites dans
l’un des deux axes précédemment évoqués. Le scrutin de 1871 a-t-il
participé au processus de démocratisation de la vie politique française
ou peut-il être considéré comme la dernière consultation électorale du
Second Empire ? Les élus du 8 février sont-ils des élites de transition,
tirant leur seule raison d’être de ce « rite de passage » entre deux
périodes institutionnelles ?
Ce dossier met en évidence le devenir d’une pratique parlementaire
en pleine mutation et de ces dépositaires du suffrage universel,
représentants d’une France rurale et conservatrice, entre portraits de
groupe et itinéraires personnels, promis à des destinées nationales ou

e4 Éric Anceau, Les Députés du Second Empire. Prosopographie d’une élite du XIX siècle,
Champion et Slatkine, 2000.
e5 Nathalie Petiteau, Élites et mobilités. La noblesse d’Empire au XIX siècle, Paris, La
Boutique de l’Histoire, 1997.
6 Georges Dupeux, Aspects de l’histoire sociale et politique du Loir-et-Cher. 1848-1914, Paris,
Imprimerie nationale, 1962.
7 Rappelons la prosopographie aquitaine dirigée par Sylvie Guillaume et Bernard
Lachaise, celle de Haute-Normandie par Jean-Pierre Chaline et Anne-Marie Sohn,
celle du Nord Pas-de-Calais par Bernard Menager et alii alors que Jean El Gammal
s’est intéressé au Limousin et Jean-Marie Mayeur à la Seine.
8 Jean-Marie Mayeur, Jean-Pierre Chaline, Alain Corbin (dir.), Les Parlementaires de la
Troisième République, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, pp. 21 sq.
9
Mattéi Dogan, « La stabilité du personnel parlementaire sous la Troisième
République », Revue française de science politique, 1953, vol. 3, n° 2, pp. 319-348.

8 Parlement[s] [Recherche]
voués aux gémonies, mais tous acteurs, peut-être éphémères, de la
naissance douloureuse de la plus longue des Républiques françaises.
Sept chercheurs, jeunes ou confirmés, ont apporté des réponses en
utilisant une lecture diachronique, en confrontant l’analyse avec les
élections de 1848 ou avec les pratiques parlementaires en amont et en
aval des élections de 1871, en s’interrogeant sur les origines mais aussi
sur le parcours professionnel des élus après 1871 et en proposant des
espaces diversifiés, du national au local avec les exemples de la
Gascogne et des Charentes.

Ces études mettent en perspective deux niveaux d’analyses
émergents, les acteurs et les pratiques.
Approches biographique (Garibaldi) et prosopographique
(parlementaires charentais, élus conservateurs ou du Centre gauche,
officiers) permettent de dresser des portraits de groupe des élus de
1871. Certaines élections sont rapidement annulées, parfois d’une
manière rocambolesque comme celle de Garibaldi étudiée par Jérôme
Grévy ; d’autres démissionnent comme Victor Hugo ou disparaissent
pendant leur mandat, pendant que deux générations d’officiers –
analysées par Francis Perrot – se croisent sur les bancs de l’Assemblée,
représentées par les cadres du régime impérial et la génération des
proches du gouvernement de Défense nationale. Nombreux sont les
élus qui, comme le montre Jean-Marc Guislin, entament une longue
carrière ; deux d’entre eux seront Présidents de la République comme
Grévy ou Carnot, 14 présidents du Conseil, 5 présidents de la Chambre
des députés, 6 présidents du Sénat, ce qui tend à confirmer la thèse
d’une élection qui s’inscrit paradoxalement dans la durée alors qu’elle
s’est déroulée dans les pires conditions, dans un pays qui s’interroge
encore sur la poursuite de la guerre et sur la paix.
Cette Assemblée se compose de jeunes élus comme l’avocat
Fourtou, à qui le vieux républicain Marc Dufraisse s’adresse à l’automne
101870 pour exprimer sa conception du suffrage universel , ou
d’hommes illustres comme Thiers. On voit ainsi émerger des candidats
qui se sont distingués dans l’opposition sous le Second Empire et qui
côtoient des élus en début de carrière. Cette diversité montre qu’il est
difficile de faire de ces acteurs un portrait de groupe homogène, ce qui
renforce l’intérêt des biographies présentées ici.
Il est difficile, en outre, d’identifier clairement les ruptures et les
continuités dans les pratiques électorales. Il est tout à fait légitime de

10 Voir la présentation de ce courrier par Thierry Truel dans la partie [Sources],
pp. 121-123.
Parlement[s] 9 [Recherche]
s’interroger, comme le fait Christophe Voilliot, sur le maintien de la
pratique des candidatures officielles du Second Empire, grâce à la
nomination de « préfets de combats » par Gambetta. On voit aussi se
constituer les réseaux d’influence à partir de l’Union libérale de Thiers,
regroupant républicains modérés et milieux d’affaires qui vont
constituer officiellement, le 19 juillet 1871, le Centre gauche étudié par
Jean Garrigues. Ce groupe influent, porteur d’un projet libéral, joue un
erôle fondamental dans l’évolution politique de la III République.
François Dubasque montre qu’en Charente la rupture n’est qu’une
apparence car ce fief bonapartiste devient alors un véritable bastion en
maintenant ses élites politiques. Quant à la Gascogne rurale (Gers,
Landes, Lot-et-Garonne) étudiée par Céline Piot, elle envoie sans états
d’âme des élus conservateurs qui se répartissent cependant en trois
courants souvent désunis – légitimiste, orléaniste et bonapartiste – mais
qui sont l’expression d’une même peur face à la République.
Faute de place, ce dossier accorde peu de pages aux projets
politiques tels qu’ils sont exprimés par les différents acteurs qui vont
composer le « Parlement de l’éloquence », titre de l’ouvrage bien connu
11de Nicolas Rousselier . Néanmoins, les conclusions des auteurs
nuancent plutôt la thèse du caractère exceptionnel de cette élection et
renforcent l’idée que l’Assemblée nationale élue en 1871 est bien
fondatrice d’un nouveau régime et de ses pratiques.


11 Nicolas Roussellier, Le Parlement de l’éloquence. La souveraineté de la délibération au
lendemain de la Grande Guerre, Paris, Presses de Sciences Po, 1997, 298 p.
10 Parlement[s]






Candidats et élus de
février 1871 :
nouveaux enjeux,
nouveaux défis.








Des « candidatures
officielles » en 1871 ?
Du constat de l’impossible
à l’hypothèse du pensable
Christophe Voilliot
Maître de conférences en science politique, Université Paris-Ouest
Nanterre
GAP (EA 1591)
christophe.voilliot arobase u-paris10.fr


Y a-t-il eu des « candidats officiels » lors des élections nationales de
1février 1871 ? Dans ma thèse de doctorat sur la candidature officielle ,
j’ai repris à mon compte l’hypothèse négative en m’appuyant, comme
2d’autres avant moi, sur les travaux de Jacques Gouault . En partant de
ce constat, et en s’appuyant sur les études les plus récentes concernant
3cette séquence historique , il est néanmoins possible de rouvrir ce

1 Christophe Voilliot, La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la
Troisième République, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005.
2 Jacques Gouault, Comment la France est devenue républicaine. Les élections générales et
partielles à l’Assemblée nationale, 1871-1875, Paris, Armand Colin, 1954.
3 Pierre Barral, Léon Gambetta. Tribun et stratège de la République (1838-1882), Toulouse,
Parlement[s] 13 [Recherche]
dossier. C’est donc une interrogation historiographique qui servira de fil
conducteur à cet article.
Rappelons pour commencer, en quelques lignes, la thèse désormais
classique de Jacques Gouault sur les élections de février 1871. Dans le
troisième chapitre de son ouvrage, intitulé « la campagne électorale et le
résultat des élections à l’Assemblée nationale », il insistait sur le rôle
déterminant des notables et du clergé :
« L’administration impériale disparue, les cadres républicains
suspects ou discrédités, les populations rurales ne pouvaient
que se tourner vers les autorités naturelles, membres du
clergé, gentilshommes distingués retirés sur leurs terres,
propriétaires fonciers – les notables. Dans le désarroi général
des esprits, elles allèrent demander aide et conseil à ceux que
depuis la nuit des temps elles considéraient comme leurs
4protecteurs et leurs guides désignés par la Providence. »
Notant la brièveté de la campagne électorale, Jacques Gouault
poursuivait en mettant en avant ce qui constituait, à ses yeux, le
principal enjeu de ces élections : la question de la poursuite du conflit
armé avec la Prusse. Sur ce point, en effet, les républicains étaient
divisés alors que les conservateurs s’entendaient pour dénoncer le
bellicisme de Gambetta. Dans ce contexte très particulier, concluait-il,
les agents de l’administration ne furent pas à même de promouvoir et
de faire élire les candidats et les listes favorables au gouvernement :
« Partout l’Administration, après avoir cru devoir intervenir
dans la campagne électorale, laissa les élections se dérouler
librement. Les faits de pression signalés à l’Assemblée lors de
5la vérification des pouvoirs furent peu nombreux. »
La conclusion de l’auteur est claire, mais, il faut bien le reconnaître –
comme l’a fait Stéphane Audoin-Rouzeau dans une note infrapaginale
de son livre de synthèse sur la guerre de 1870 – le livre de Jacques

Éd. Privat, 2008 ; Nathalie Bayon, Eugène Spuller (1835-1882). Itinéraire d’un républicain
entre Gambetta et le Ralliement, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion,
2006 ; Éric Bonhomme, La République improvisée. L’exercice du pouvoir sous la défense
nationale, 4 septembre 1870 – 8 février 1871, Talence, Eurédit, 2000 ; Jean-Marc Guislin,
L’affirmation du parlementarisme au début de la Troisième République : l’exemple du Pas-de-Calais
(1871-1875), Arras, Artois Presses Université, 2004 ; Jean-Marie Mayeur, Léon
Gambetta. La Patrie et la République, Paris, Librairie A. Fayard, 2008 ; Vincent Wright,
Les préfets de Gambetta. Texte complété, mis à jour et présenté par Éric Anceau et Sudhir
Hazareesingh, Paris, Presses universitaires Paris-Sorbonne, 2007.
4 Jacques Gouault, Comment la France..., op. cit., p. 58.
5 Idem, p. 64.
14 Parlement[s] [Recherche]
6Gouault est « vieilli par certains aspects » . Faut-il pour autant, comme
7le suggère parfois Éric Bonhomme , parler de candidatures officielles
pour caractériser l’action des préfets et des comités républicains au
cours de l’hiver 1871 ? Je souhaiterais proposer ici une piste
d’interprétation quelque peu différente.
En nommant des « préfets de combat », dont beaucoup avaient
participé à l’organisation des listes officielles et dont certains avaient été
élus en avril 1848, Gambetta a pu donner l’impression à ses
contemporains qu’il s’apprêtait à rejouer la partition interventionniste
de son prédécesseur Ledru-Rollin. Cette hypothèse a longtemps été
intégrée dans les logiques de calcul des acteurs de l’époque, y compris
sans doute par Gambetta lui-même... Elle a ensuite été consolidée par
l’historiographie immédiate, dont les écrits sont, en règle générale, peu
favorables à Gambetta, en particulier ceux qui se font l’écho des travaux
de la commission d’enquête sur le Gouvernement de la Défense
nationale.
Des préfets déjà vus
Les préfets ont été, depuis 1816, les rouages essentiels de la
candidature officielle. Aussi, avant de s’intéresser aux candidats aux
élections à l’Assemblée constituante, il est nécessaire de tourner notre
regard vers les agents de l’administration. L’arrivée de Léon Gambetta
au ministère de l’Intérieur s’est traduite par une vaste épuration du
8corps préfectoral : 62 préfets furent révoqués entre le 4 et le
98 septembre 1870, les autres démissionnant spontanément . Au total,
136 nouveaux préfets seront nommés entre la formation du
gouvernement provisoire et le 6 février 1871. Tous n’étaient pas des
proches de Gambetta, soigneusement choisis dans le secret de son
cabinet. « Comme Ledru-Rollin, son prédécesseur en 1848, Gambetta
se contente souvent de confirmer des hommes qui ont pris les rênes de
10l’administration départementale » note Éric Anceau . Néanmoins, dans
leur grande majorité, ces préfets ont eu par le passé un engagement
« républicain » ce qui, en cette période de transition, valait brevet de

6 Stéphane Audoin-Rouzeau, 1870. La France dans la guerre, Paris, Armand Colin, 1989,
n. 60, p. 303.
7 Éric Bonhomme, La République improvisée..., op. cit., p. 299 sq.
8 Sur la problématique de l’épuration, voir Marc Bergère, Jean Le Bihan (dir.),
Fonctionnaires dans la tourmente. Épurations administratives et transitions politiques à l’époque
contemporaine, Genève, Georg éditeur, 2009.
9 Stéphane Audoin-Rouzeau, 1870..., op. cit., p. 158.
10 Éric Anceau, « Portrait de groupe des préfets de Gambetta », dans Vincent Wright,
Les préfets de Gambetta..., op. cit., p. 37.
Parlement[s] 15 [Recherche]
compétence : sur 136, 20 ont fait partie du corps préfectoral à la suite
de la révolution de février 1848, 20 ont siégé sur les bancs de la
Constituante en 1848 ou sur ceux de la Législative en 1849, 41 furent
arrêtés ou condamnés au lendemain du coup d’État du 2 décembre
1851, 105 combattirent le régime impérial dans la presse et/ou lors des
11élections . Outre cette continuité biographique et idéologique, deux
autres éléments sont communs aux préfets de 1871 et à leurs
prédécesseurs de 1848 : leur inexpérience administrative et leur
enracinement local.
Pour la plupart, les préfets promus en 1870-1871 exerçaient une
12profession libérale ou liée au monde des lettres . Seuls 14 d’entre eux
disposaient d’une expérience récente de l’administration préfectorale,
13comme sous-préfet, secrétaire général ou conseiller de préfecture .
Pour les autres, cette expérience remontait aux débuts de la
eII République. « Des hommes du verbe, non dépourvus de valeur, mais
ignorants des choses de l’administration » résume, sévèrement,
14Stéphane Audoin-Rouzeau . Par ailleurs, et contrairement à la « règle
15pragmatique » remontant au Premier Empire qui voulait que les
préfets (mais pas les sous-préfets) ne soient jamais nommés dans leur
département de naissance, les préfets de 1870-1871 étaient pour la
plupart liés aux élites républicaines locales : 49 furent nommés dans leur
département d’origine, 9 dans un département limitrophe et 31 avaient
16des liens étroits avec leur département de nomination .
Tous ces éléments n’ont pas qu’un intérêt biographique. Il s’agit
aussi d’informations à caractère « politique » qui étaient connues dans
leurs grandes lignes de leurs contemporains, au moins pour ce qui était
du préfet de leur département. Les conclusions qu’ils pouvaient en tirer
étaient sans ambages : les élections pour désigner les représentants à la
future assemblée constituante allaient ressembler trait pour trait à celles
de 1848... Les préfets en place allaient, comme vingt-deux ans
auparavant, tirer parti de ces positions d’État acquises dans des
circonstances particulières pour tenter d’obtenir un mandat
parlementaire qui, plus qu’une place toujours précaire au sein de
l’administration préfectorale, satisferait leurs ambitions politiques. Par
conséquent, la perspective de « listes officielles » bénéficiant du soutien
de la préfecture apparaissait comme une évidence pour des hommes

11 pp.122-124.
12 On relève au sein de ce groupe 43 avocats, 33 journalistes ou publicistes,
8 médecins, etc. Id., p. 44.
13 Ibid.
14 Stéphane Audoin-Rouzeau, 1870..., op. cit., p. 159.
15 Frédérick A. Bailey, Les règles du jeu politique, Paris, PUF, 1971.
16 Éric Anceau, « Portrait de groupe des préfets de Gambetta », art. cité, p. 38.
16 Parlement[s] [Recherche]
habitués à voir dans les fonctionnaires d’État des serviteurs zélés des
volontés et des velléités gouvernementales et, peut-être aussi, habitués à
anticiper le futur proche dans les termes d’un passé riche en
17changements de régime et en évènements dramatiques . L’activisme
« républicain » de certains préfets, ceux par exemple de la Ligue du
18Midi , l’ambiguïté de certaines proclamations gouvernementales,
19comme la « circulaire Laurier » du 23 septembre , tout comme les
tentatives pour procéder rapidement aux opérations électorales ne
pouvaient que conforter ces craintes ou ces espoirs, selon la perspective
que l’on souhaitera adopter.
Dès le 8 septembre, en effet, le gouvernement de la Défense
nationale réuni en conseil à Paris débat de l’opportunité de convoquer les
électeurs pour élire une assemblée constituante. Divisés sur ce point, les
membres du gouvernement conviennent finalement, par sept voix contre
six, d’organiser des élections nationales le dimanche 16 octobre en ayant
20recours à la loi électorale en vigueur en 1849 . Le gouvernement décide
ensuite, lors de la séance du conseil du 16 septembre, d’avancer la date
des élections au 2 octobre pour tenir compte de la demande du
gouvernement prussien qui n’acceptait pas d’ouvrir des négociations avec
« ce qui ne serait, suivant lui, qu’une représentation d’une fraction de
21l’opposition au Corps législatif » . Le 23 septembre, le gouvernement
ajourne les élections. Gambetta, initialement opposé à cette décision, se
er22laisse convaincre par ses collègues . C’est ensuite lui qui, le 1 octobre,
s’oppose le plus fermement aux tentatives de la délégation du
gouvernement de la Défense nationale d’organiser quand même ces
23élections, réclamant que l’on envoie un « homme énergique » à Tours .

17 Jean El-Gammal, Politique et poids du passé dans la France fin de siècle, Limoges, PULIM,
1999.
18 Sudhir Hazareesingh, « Republicanism, War and Democracy: The Ligue du Midi in
France’s War against Prussia, 1870-1871 », French History, vol. XVII, n°1, 2003, pp. 48-
78.
19 Journal Officiel du 24 septembre 1871. Cette circulaire, relative à l’élection d’une
Assemblée nationale a, par un malheureux concours de circonstances
vraisemblablement lié aux difficultés de communication entre Tours et Paris, été
publiée le lendemain de l’annonce du report des élections par le gouvernement de la
Défense nationale. De quoi alimenter, il faut bien en convenir, la thèse d’un double
jeu gouvernemental. L’exemplaire que j’ai pu consulter (Bibliothèque municipale
d’Auxerre – collection Lorin L 48) porte la date du 4 octobre.
20 Gouvernement de la Défense nationale, 4 septembre 1870-16 février 1871. Procès-verbaux des
séances du Conseil, publiés d’après les manuscrits originaux de M. A. Dréo, l’un des secrétaires du
gouvernement, avec préface et notes explicatives par Henri des Houx, Paris, Henri-Charles
Lavauzelle, sans date, pp. 90-91.
21 Id., p. 128.
22 Id., p. 154.
23 Id., pp. 172-173.
Parlement[s] 17 [Recherche]
La question des élections ressurgit début novembre alors que la situation
des armées françaises ne cesse de se dégrader. Il n’est guère de réunion
du conseil où les membres du gouvernement restés à Paris ne s’opposent
entre eux à ce sujet. Le 28 janvier 1871, le conseil se range aux arguments
de Jules Favre et convoque les électeurs parisiens pour le 3 février, ceux
24de province pour le 8 février . Jusqu’à la dernière minute, la date des
élections ne cesse d’être modifiée et remise en cause, notamment du fait
des décrets d’inéligibilité pris par Gambetta au nom de la délégation. Le
6 février, à dix heures du soir, Jules Favre admet enfin « qu’après avoir
25fait le possible, il faut s’en rapporter à la fortune des évènements » .
Ces hésitations quant aux dates et aux modalités des « élections
constituantes » ont contribué, dès l’annonce du premier report, à
accréditer l’idée que le gouvernement provisoire cherchait à manipuler le
scrutin. Dès le 15 septembre 1870, alors même que plusieurs membres
du gouvernement (Picard, Ferry, Gambetta) réclament le maintien des
règles en vigueur d’incompatibilité et d’inéligibilité des fonctionnaires
pour « éviter à tout prix de renouveler, même en apparence, la honte des
26candidatures officielles de l’Empire » , le retour à ces pratiques ne va
cesser d’être dénoncé par anticipation par les adversaires de ce
27gouvernement . En fait, les prétendues candidatures officielles de février
1871 n’avaient pas grand-chose à voir avec celles du régime précédent.
Seuls quelques hauts fonctionnaires, civils et militaires, présents sur des
listes « républicaines » peuvent à la limite être rétrospectivement
considérés comme des candidats du gouvernement. Privés des moyens
d’action habituels, ils n’ont pu mettre dans la balance électorale que le
prestige souvent bien terni de leurs fonctions. La rapidité avec laquelle
ces élections ont été organisées, la difficulté des communications, la
division des autorités gouvernementales, tout comme le mode de scrutin,
n’ont pas permis de favoriser outrageusement, comme sous le Second
Empire, le vote en faveur de ces candidats-fonctionnaires. Les rapports
du mois de février de la préfecture de police de Paris rendent d’ailleurs
bien compte de cette confusion et anticipent une faible participation des
28électeurs dans la capitale .

24 Id., pp. 619-621.
25 Id., p. 672.
26 Id., p. 124.
27 NDLR : un exemple de protestation, postérieur à l’élection, est présenté par Thierry
Truel infra. Cf. Lettre de protestation de M. Planas, ancien député du Corps législatif
contre l’élection de MM. Peconnet et Ganivet lors des élections du 8 février 1871,
dans [Sources], pp. 122-124.
28 Enquête parlementaire sur les actes du gouvernement de la Défense nationale. Déposition des
témoins, Versailles, Cerf & fils, 1875, vol. 5.
18 Parlement[s]

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