EMILE ET ISAAC PEREIRE

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Emile et Isaac PEREIRE, descendants d'émigrés portugais, arrivent sans argent à Paris en 1822. Attirés par la doctrine saint-simonienne, ils s'initient à la finance et lancent en France, avec l'appui de Rotschild, les premiers chemins de fer de voyageurs. Ils s'affranchissent ensuite de la tutelle pesante de Rothschild, en créant le Crédit Mobilier et s'investissent dans les " start-up " de l'époque: immobilier, grands hôtels, Arcachon, Compagnie générale transatlantique, chantiers navals de Penhoët. Gestionnaires de génie, pratiquant avant la lettre le management moderne, les Pereire mènent une politique sociale avancée conforme à leur idéal saint-simonien.

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EMILE ET ISAAC PEREIRE L'esprit d'entreprise au XIXèltte siècle

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Aux Editions de l'Harmattan

Méhémet Ali, le fondateur de l'Egypte Moderl'le 1996 Eurotunnel Panama, deux grands défis de I'11istoire 1997

Crédits photos: les crédits photos sont de Roger Viollet

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0737-8

GuyFARGETTE

EMILE ET ISAAC PEREIRE L'esprit d'entreprise au XIXèmesiècle

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

SOMMAIRE

Préambule

7
Il

Chapitre I Les origines
Chapitre II Les influences Chapitre III Les premières armes: Paris-Saint Germain

21

35 le chemin de fer

Chapitre IV La politique des chemins de fer en France

59

Chapitre V Le chemin de fer du Nord - Les gares Chapitre VI Le crédit mobilier
Chapitre VII Affirmation de la puissance des Pereire financière

75

99

121

Chapitre VIII Poursuite des activités ferroviaires

137

Chapitre IX L'immobilier
Chapitre X Le tourisme

161

185

Chapitre XI La vie sociale des frères Pereire Chapitre XII La Compagnie Générale Transatlantique
Cha pi tre XIII Les diversifications

201

223

251

Chapitre XIV Retournements Epilogue

275

de situations
299 301

Annexe I Michel Chevalier
Annexe II Le crédit mobilier et ses principales Chronologie Bibliographie Index (des principaux filiales

307

309 317 321 personnages cités)

PREAMBULE

Au début des années 1800, le Siècle des Lumières vient de s'achever. Des idées répandues par le mouvement ,philosophique et scientifique, comme du bouleversement créé par la Révolution de 1789, émerge une nouvelle religion, le SaintSimonisme, qui prône le développement des peuples par la prospérité économique. En parallèle, la révolution industrielle s'annonce, on pressent que les récentes inventions vont transformer la vie économique avec le changement radical des modes de transport et de production, accompagné d'une évolution rapide du crédit et du financement. Cette révolution du début du XIXème siècle n'est pas sans rappeler celle que nous vivons deux siècles plus tard avec Internet. C'est dans ce contexte que naissent Emile puis Isaac Pereire, issus d'une modeste famille d'émigrés juifs portugais. Très vite séduits par les théories saint-simoniennes, animés de la rage d'entreprendre, ils vont se lancer dans les affaires les plus diverses mais toutes liées au lancement des nouvelles activités requises par le monde moderne qui s'ouvre à leur appétit. Ils saisissent très vite le rôle que vont jouer la banque et la finance et n'hésitent pas à se poser en concurrents du tout puissant James de Rothschild chez qui Emile fait ses premières armes. Plus audacieux que lui, moins conformistes puisqu'ils n'ont pas à subir le poids de la tradition, ils

prendront sur lui un avantage décisif en de nombreuses occasions. Les frères Pereire sont parmi les premiers à croire à l'avenir du transport par voie ferrée et s'affirment comme les pionniers du chemin de fer en France. L'aménagement des centres villes pour y implanter les gares les conduisent à d'importantes opérations de promotion immobilière. Leur chance est l'arrivée au pouvoir de Napoléon III qui, sur bien des points, partage leurs idées en matière de développement. Ils vont alors accompagner souvent l'action à Paris du tout puissant préfet de la Seine, le baron Haussmann. En même temps, ils réalisent très tôt les possibilités fantastiques du tourisme, créent de grands hôtels, la station de bains de mer d'Arcachon, la Corn p agnie Générale Transatlantique, etc Insatiables, ils ont la sagesse de ne s'attaquer qu'à leurs domaines de compétence. Ils ne s'intéressent par exemple que de loin à la création d'industries et de fabriques ou à la mise en valeur des nouvelles colonies. Malheureusement, un retournement de conjoncture à la fin du Second Empire ternit leur étoile et les oblige à réduire considérablement leurs activités, tout en évitant la ruine et la faillite. Curieusement, ils ne sont guère passés à la postérité, bien que subsistent de nos jours, sous des formes diverses, plusieurs des sociétés qu'ils avaient créées, comme la Compagnie Générale Transatlantique, les chemins de fer du Midi, outre une nombreuse descendance qui porte encore

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souvent leur nom. Restent aussi pour évoquer leur souvenir un boulevard à Paris qui a la singularité d'être à la fois Nord et Sud, une place qui a été débaptisée officiellement mais que l'on appelle toujours Place Pereire, ainsi qu'une station de métro.

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CHAPITRE I LES ORIGINES "Un honlme sans passé n'a pas d'avel'lir" (Fernand Braudel)

La Diaspora portugaise
Les ancêtres des frères Pereire s'étaient installés il y a plusieurs siècles au Portugal, puis en Espagne; ils appartenaient à une famille de Séfarades, comme on dénommait au Moyen Age les Juifs du bassin méditerranéen, et en particulier de la péninsule ibérique. Tout allait bien pour eux; ils avaient réussi à s'adapter à ce nouveau pays et à y acquérir une position sociale quand les Juifs furent à leur tour atteints par la "Reconquista", l'opération de reconquête menée par l'Eglise Catholique contre les musulmans qui occupaient l'Espagne. Commencée au XIème siècle, la Reconquête s'intéressait exclusivement aux musulmans et n'inquiétait guère les Israélites. Mais à la fin du XVème siècle, l'intolérance était de règle et l'Inquisition s'attaquait à tous ceux qui n'étaient pas chrétiens. La famille Pereira décida alors de s'installer à Bayonne dans le Sud-Ouest de la France, où l'on était plus tolérant. Toutefois, ils gardaient la nostalgie de leur pays d'adoption et retournèrent au Portugal dans le courant du XVIIIème siècle,

pensant qu'on était tolérance. Mais déçus, ils revinrent se fixer espoir de retour, tout Pereire.

revenu à un régime de voyant qu'il n'en était rien, à Bordeaux en 1741, sans en francisant leur nom en

Jacolo Rodrigues Pereira
Après la mort du père en 1735, le chef de famille est alors Jacolo Rodrigues Pereira, le fils ainé âgé de 20 ans et dont les petits fils seront Emile et Isaac Pereire. Les ressources sont maigres mais la fortune sourit à Jacolo. Passionné de communication, il se sent la vocation d'initier les sourds-muets au monde de la parole. Ayant eu déjà quelques réussites dans ce domaine, il est remarqué par un homme influent, d'Azy d'Etavigny, qui lui confie l'instruction de son fils sourd-muet et l'installe dans son château de Normandie. C'est un succès et dès lors la spécialité de Jacolo se voir reconnue par le roi Louis XV luimême et par l'Académie des Sciences. Jacolo saisit l'occasion pour créer une école à Paris; elle va y connaître une notoriété certaine, bien qu'elle se trouve en butte à une sévère concurrence de la part de l'abbé de l'Epée qùi tente de rationaliser sa méthode d'approche des sourds muets. Dans le même temps, Pereire utilise ses multiples dons pour mettre au point des inventions dans des domaines aussi divers que la lutte contre l'action du vent sur les navires, la fabrication pour le banquer Necker d'une machine à calculer ou, dans un autre registre, un projet

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d'emprunts à lots. Ces deux dernières découvertes ne préfigurent-elles pas les activités futures de ses petits fils?

Naissance d'Emile et Isaac Pereire
Mais Jacolo a maintenant 65 ans et le prestigieux aïeul s'éteint en 1780, laissant sa famille dans une situation matérielle difficile. Son fils Isaac se réinstalle à Bordeaux, ville qui a toujours été accueillante pour les Juifs dont ils représentent à l'époque 2% de la population, mais il végète dans les assurances maritimes. Il épouse en janvier 1800 Rebecca Lopez Fonsera, femme dynamique de Il ans plus jeune que lui. En fin d'année, naît Jacolo-Emile - que l'on appellera Emile. Isaac disparait prématurément en 1806 ; sa femme accouchera quelques mois après d'un fils posthume qu'elle nommera Isaac en souvenir de son mari. La courageuse veuve ouvre une mercerie à l'enseigne "Au Juste Prix", mais la crise de 1813 la contraint à fermer boutique. Bientôt, elle ne peut plus assurer la charge des études de ses enfants et la voilà contrainte à les faire embaucher chez un marchand de biens. Ce qui fera dire plus tard à Emile qu'il a travaillé dès l'âge de 17 ans et "qu'il a trouvé depuis, par son seul travail, sans le concours d'aucun capital, le moyen de suffire à son existence et à celle de beaucoup d'autres". La ville de Bordeaux avait connu une grande prospérité dans le courant du XVIIIème siècle, grâce au commerce du sucre avec les Antilles età

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la traite des Noirs. L'extension du port et de grands travaux d'urbanisme lui donnèrent l'aspect d'une cité moderne. Durant la Révolution, elle joua un certain rôle politique en tant que capitale des Girondins; le contre-coup se fit rapidement sentir avec l'avènement de la Terreur, l'élimination des Girondins et ses conséquences pour Bordeaux. Aussi fut-elle l'une des premières villes à se rallier aux Bourbons en 1814. Mais il faut se rendre à l'évidence: le trafic maritime emprunte maintenant d'autres voies et Bordeaux entame alors un long déclin. La solidarité juive aidant, un parent, Isaac Rodrigues, courtier à la banque Fould, propose à ses jeunes cousins de le rejoindre à Paris.

L'arrivée

à Paris

Emile décide alors en 1822 de partir pour Paris. Après un long et pénible voyage en diligence, il arrive dans la capitale. Le jeune provincial est d'abord vivement impressionné par l'ampleur, la majesté et le nombre des monuments de tous ordres que l'on remarque dans la plupart des quartiers. Cependant, il est vite frappé par le mélange de grandeur et de mesquinerie, de magnificence ostentatoire et de crasse misérable que l'on observe un peu partout. Un débit de boissons répugnant, un revendeur de guenilles, côtoient un noble palais à l'architecture élégante. Sept ans après la chute de Napoléon, la marque de ses projets grandioses apparait sous démolis, de forme de restes d t édifices

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constructions prétentieuses et inachevées. Les rues sont souvent mal tracées, boueuses et malpropres, bruyantes à souhait, en dépit d'une animation qui les rend vivantes. Quant à l'habitat, il paraît à Emile Pereire en général fort insalubre. Est-ce cette première impression défavorable qui l'incitera quelque trente ans plus tard à s'intéresser à l'urbanisme parisien et à l'immobilier (de standing), en accompagnant l'action vigoureuse de son ami le baron Haussmann? Séduit cependant par la capitale et le potentiel de développement qu'il y entrevoit, il encourage Isaac à le rejoindre en 1823 ; leur pauvre mère reste seule à Bordeaux, heureuse malgré tout de voir ses fils entamer une nouvelle vie pleine de promesses, au lieu de demeurer auprès d'elle dans la médiocrité.

La situation économique et sociale en France
Comment se présente la situation dans la capitale et dans le pays sept ans après le début de la Restauration? Le nouveau régime est bien accueilli par le peuple qui aspirait à un retour à la paix et par la bourgeoisie d'affaires qui espérait un nouvel essor économique, sans compter bien entendu la noblesse qui pensait à un retour à l'ancien Régime, après une sinistre parenthèse. Très habilement, Louis XVIII exclut toute idée de vengeance et de retour pur et simple au passé; il choisit comme ministre des Finances le baron

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Louis qui restaure le crédit de l'Etat et rétablit la confiance des milieux d'affaires. Malheureusement, le roi, sous l'influence croissante des ultras, abandonne progressivement toute idée de libéralisme 1 et fait appel comme Premier Ministre à de Villèle, un des chefs de file de la réaction. La noblesse ayant recouvré son pouvoir politique, exerce également un rôle prépondérant dans l'économie française, que ce soit à Paris ou dans les provinces où les grands propriétaires terriens tiennent les leviers de commande. A leur ombre, les bourgeois essaient de prospérer dans le négoce et les industries naissantes, tout en composant avec les puissants du jour, cependant que, dans les classes supérieures de la société, beaucoup d'oisifs tirent leurs revenus de leur seule fortune. Oisifs également, mais bien contre leur gré, les officiers de Napoléon démobilisés, les "demi-soldes", sont réduits à vivre chichement en évoquant la grandeur de leur action militaire passée. Quant au peuple, il apprécie de ne plus être saigné à blanc par les campagnes des armées napoléoniennes et leur cortège de morts et d'invalides. Les paysans constituent la catégorie sociale de loin la plus importante. Leurs ressources sont misérables et dépassent de peu l'autosubsistance, d'autant plus que la population est devenue excédentaire en regard de la superficie des terres cultivables avec un rendement
1) Il s'agit, à l'époque, de libéralisme politique de nos jours, de libéralisme économique. et non, comme

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satisfaisant. Aussi, en voit-on déjà bon nombre qui cherchent à se rendre à Paris ou dans les grandes villes, alléchés par l'espoir d'emplois plus rémunérateurs. La vie ouvrière commence d'ailleurs à se développer en milieu urbain autour des industries traditionnelles comme le textile ou des industries nouvelles suscitées par l'apparition de la machine à vapeur et de la transmission mécanique. Ces découvertes, en supprimant l'effort musculaire, auraient dû améliorer les conditions de la population ouvrière. Il n'en est rien car, à mesure que la France profonde perd une partie de ses habitants, la main d'oeuvre ouvrière devient plus abondante et les salaires s'en ressentent, en vertu de la loi de l'offre et de la demande. De leur côté, les transports, qui jouent un rôle fondamental dans le développement de l'économie, en permettant les échanges, commencent à s'organiser, facilités en outre par des routes plus sûres. La navigation fluviale s'accroît à un bon rythme, favorisée par l'apparition des premiers bateaux à vapeur. Beaucoup de facteurs se trouvent donc réunis pour un démarrage de l'économie française, afin de l'adapter au monde moderne et de la sortir de la routine dans laquelle elle végétait depuis longtemps. Et ceci d'autant plus qu'elle avait été coupée de l'extérieur par les effets du blocus continental décrété par Napoléon 1er pour priver l'Angleterre de relations commerciales avec le Continent, en réplique au blocus maritime appliqué par le gouvernement de Londres.

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La modernisation envisagée de l'économie n'est pas pour déplaire à Emile Pereire qui entrevoit des possibilités considérables pour luimême et son frère, en dépit de la puissance apparente de la noblesse. Il va tracer sa route en profitant des circonstances exceptionnelles qui se présentent après vingt ans de guerres. Quant à la noblesse, il va habilelnent sIen faire une alliée, inaugurant une coopération fructueuse avec elle en la faisant profiter de ses futures initiatives.

Premiers

pas dans la vie parisienne

La famille Rodrigues se montre très accueillante: le père se propose d'enseigner la comptabilité à son jeune cousin Emile, les deux fils, Olinde et Eugène, un peu plus âgés, sont pour Isaac et lui-même des mentors avertis des questions politiques ou économiques. Enfin, Emile et la fille de la maison, Rachel-Herminie, éprouvent un tendre penchant l'un pour l'autre et se marient en 1824. Isaac Rodrigues fréquente assidûment les milieux financiers et scientifiq~es. La communauté israélite se rassemble chez lui mais, d'esprit ouvert, il cherche à s'entourer de personnages à la mode qui se pressent dans son salon: les banquiers Fould ou Hottinguer, VitalRo ux, I 'homme d'affaires, mais aussi Mendelssohn et bien d'autres. On imagine que s'y déroulent des discussions animées ou des conférences intimes données par un brillant causeur debout devant la cheminée - toutes choses

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qui fascinent les jeunes provinciaux que sont Emile et Isaac. Cependant, ceux-ci, bien conscients qu'ils ne peuvent vivre de l'air du temps, et ne voulant pas être à la charge de leurs cousins, se préoccupent de trouver une activité lucrative. Suivant les conseils de leur mère, ils tentent tout d'abord de valoriser les travaux de leur grand-père Jacolo dans le domaine de la communication avec les sourdsmuets mais, s'apercevant assez vite de l'avance des méthodes préconisées par l'abbé de l'Epée et ses élèves, ils n'insistent pas. Les frères Pereire, impressionnés par leurs conversations avec les visiteurs de leur protecteur, commencent à entrevoir les perspectives illimitées qu'offre un monde en pleine évolution à de jeunes ambitieux. La difficulté est de débuter, tout en gagnant quelque argent: ils mettront peu de temps à entrevoir au départ deux orientations possibles, l'une sera la finance pour Emile, l'autre le journalisme pour Isaac, étant entendu que, plus tard, ils seront amenés à une étroite collaboration dans l'ensemble de leurs nombreuses activités. Très vite, Emile songe à l'avenir et à cultiver ses relations. Aussi quand, quelques années plus tard, Isaac, à 24 ans, se rend à Bordeaux où il revoit de vieux amis, Emile le semonce en lui reprochant d'avoir rencontré des "mondains" et d'avoir ainsi perdu son temps.

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CHAPITRE II LES INFL DEN CES "La g1~al1delJllSsiol1 de ce tel1lps, c'est la passion de ['ave/lir, c'est la passiol'Z dll pe1fectiol11zelllent social" (Lamartine, 1834)

Les Saint-Simoniens:

la doctrine

Précisément, une nouvelle philosophie apparaît, qui va séduire d'elnblée les Pereire. Il s'agit de faire émerger un ordre social nouveau, qui permettra à l'humanité toute entière d'accomplir un progrès décisif dans sa marche vers, le bonheur. Le fondateur des Saint-Simoniens est Claude Henri de Rouvray, comte de Saint-Simon, né en 1760, mort en 1825. Petit cousin du duc de SaintSimon, il se prétendait descendant de Charlemagne. Après avoir participé à la guerre d'indépendance américaine, il rentre en France en 1783. Il se ruine, refait fortune en spéculant sur les biens nationaux. Il abandonne son état de noble, ce qui lui vaut de n'être pas trop inquiété par la Révolution, en dépit d'un bref séjour à SaintePélagie avant le neuf Therlnidor. A nouveau ruiné, il vit dès lors misérablement, recueilli par un ancien domestique. Cependant, il a tout loisir pour réfléchir et cherche, avant même les débuts de la révolution

industrielle, à concevoir un socialisme planificateur fondé sur une religion de la Science puis de l'Industrie. Saint-Simon est frappé du contraste entre la civilisation industrielle et la situation politique. Il estime que les savants, relayés par les industriels qui maîtrisent les moyens de production, doivent prendre le pas dans les structures d'un Etat moderne, alors que celles-ci sont encore aux mains dans tous les pays d'Europe d'une aristocratie qui n'a plus raison de dominer. Ses théories économico-sociales le conduisent à la définition d'une religion nouvelle. Il meurt en 1825 et est relayé par son successeur, le Père Enfantin, ainsi dénommé bien qu'il n'ait rien d'un clerc. Les disciples mettent au point la nouvelle "Eglise" : les fidèles doivent travailler au profit de la classe la plus pauvre. Peut-être est-ce là une forme dérivée du christianisme puisqu'en fait, le principe de charité, fondamental, est repris et mis en exergue. En réalité, la religion nouvelle s'inspire davantage du scientisme et du culte de la déesse Raison, cher aux révolutionnaires de 1793 ; elle se veut concrète par essence. Ainsi, des programmes de grands travaux permettront le développement des régions en facilitant le transport des marchandises et l'accroissement des échanges. Le déplacement des personnes s'en trouvera lui aussi amélioré, ce qui permettra d'initier des contacts entre des populations qui s'ignoraient jusqu'alors. Ce mouvement contribuera à créer des emplois qui seront eux-mêmes à l'origine de nouvelles richesses. "Une spirale infinie" apporterait ainsi le

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bonheur à tous les hommes au bout de quelques générations. Le Père Enfantin, doué d'un grand charisme, dispose d'un pouvoir quasi Inagnétique à l'égard de ses disciples, favorisé en outre par un physique attirant. Sa haute taille, un visage aux traits nobles et réguliers, une chevelure de prophète de l'Ancien Testament, une voix mélodieuse exercent sur ses interlocuteurs une attraction irrésistible, d'autant plus que ses idées et sa doctrine séduisent l'esprit. Son bras droit, Michel Chevalier, polytechnicien, ingénieur des Mines, le suit avec passion. Directeur du journal "Le Globe", il participe à l'expérience de vie communautaire à Ménilmontant avec Enfantin en 1831. Plus tard, Chevalier abandonnera le programme social des Saint-Simoniens, se ralliera au Second Empire et deviendra sénateur, tout en s'engageant dans diverses opérations de développement. Curieusement, cette doctrine, qui relève plutôt de l'utopie, rencontre un accueil enthousiaste auprès de certains milieux scientifiques de l'époque, et se diffuse dans les milieux industriels. Paulin Talabot, créateur du chemin de fer ParisLyon-Méditerranée, les Pereire, Ferdinand de Lesseps, seront des adeptes fidèles. Comme l'écrit Ghislain de Diesbach 1 à propos de ce dernier "Il incarne l'esprit moderne et croit à l'avenir de la science, à un bonheur que l'humanité trouvera désormais dans l'industrie et non plus seulement dans la philosophie". Des banquiers aussi sont
1) Glrislain de Diesbach, "Ferdinand de Lesseps".

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enthousiastes, comIne Laffitte, d'Eichtal, ArlèsDufour, prêts à soutenir une doctrine dont le dessein est de réforIner la société, ce qui, incidemment, leur perInettra de s'enrichir en réalisant d'excellentes affaires. Comme le dira Jules Simon - philosophe et ministre de l'Instruction Publique sous la IIIème République en prononçant l'éloge funèbre de Michel Chevalier devant l'Académie des Sciences politiques "Il y a dans tout Saint-Simonien un poète très chimérique et un homme d'affaires très avisé" .

Les Sair~.t-Simoniens en Egypte
Vers 1832, les Saints-Simoniens voient dans la réalisation du canal de Suez le type même de grand ouvrage public préconisé par les fondateurs. A partir de cette 'preInière réflexion, ils voient de plus en plus dans l'Egypte un champ d'application idéal pour leurs théories. En France, pendant ce temps, les pouvoirs publics commencent à voir d'un mauvais oeil la diffusion des idées saint-simoniennes et entreprennent même de poursuivre leurs auteurs. Se sentant incompris en Europe, ils décident de continuer leur action en Orient, Michel Chevalier n'hésitant pas à déclarer que la Méditerranée deviendrait le lit nuptial de l'Orient et de l'Occident. Ces gens, pour être utopiques, n'en avaient pas moins le sens de la formule. Les voilà donc partis en Egypte sous la conduite du Père Enfantin, avec plusieurs

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ingénieurs, dans le dessein de "féconder" l'Egypte. Celle-ci étant vierge de tout développement industriel, le poids des traditions européennes ne serait pas là pour entraver le monde du génie. Et, dans leur mission civilisatrice, ils pensaient avec Bonaparte que c'est par l'Egypte que les peuples du centre de l'Afrique doivent recevoir la lumière et le bonheur. Comment Méhélnet Ali, le vice-roi d'Egypte, si réaliste et si éloigné des chimères, accueille-t-il chez lui cette troupe d'illuminés? Fort bien, au début, car il apprécie le potentiel intellectuel et technique qu'ils représentent. Leur objet est au départ de poursuivre les études du canal de Suez commencées sous Bonaparte, puis d'attaquer sa réalisation. Enfantin envisage même de faire appel à la finance juive internationale pour le financement de l'ouvrage, ainsi que pour le développelnent de la Palestine. L'avenir prouvera qu'il y avait là de sa part une prémonition certaine. Méhémet Ali constate rapidement que ses amis Saint-Simoniens sont bien remuants et que, de tous ces débordements intellectuels, rien de concret ne saurait sortir. Il craint également que des interventions françaises trop voyantes ne viennent à attirer la méfiance des Anglais. Aussi décide-t-il de les lnettre à l'écart en leur confiant la construction d'un grand barrage sur le delta du Nil. Sur le chantier, les Saint-Simoniens savent d'ailleurs allier la distraction au travail: ils avaient elnmené avec eux quelques "soeurs" Saint-Simoniennes, accompagnées d'une

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prostituée lyonnaise en mal de repentir. Les agissements des demoiselles du barrage, comme on les appelait, finirent par donner matière à scandale dans la colonie française d'Egypte. Les Saint-Simoniens se comportaient ainsi à la manière des adhérents de certaines sectes contemporaines mariant des idées para-religieuses avec un genre de vie peu moral. De nombreux Saint-Simoniens occupent des postes de premier plan dans l'Administration Egyptienne comme par exemple, dans l'enseignement, Lambert, directeur de l'Ecole Polytechnique de Boulaq, faubourg du Caire, qui va former les ingénieurs égyptiens, ou Linant de Bellefonds, le grand conseiller du Vice-Roi en matière de travaux publics. Enseignement et grands chantiers, deux préoccupations majeures des fidèles de Saint-Simon. Les Pereire découvrent le Saint-Simonisme
Cependant, à Paris, Olinde Rodriguez, fils aîné d'Isaac Rodriguez, devient très vite un adepte passionné de Saint-Simon. Normalien, répétiteur à l'Ecole Polytechnique, il recrute dans la jeunesse des écoles, jeunesse romantique, généreuse, éprise d'idéalisme. En particulier, l'élément polytechnicien est séduit par la doctrine nouvelle dont le caractère logique, l'esprit de méthode et l'élaboration de théories rationnelles semblent se rattacher aux sciences exactes dont ils sont imprégnés. L'un des chefs de file de ces jeunes

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polytechniciens est Abel Transon, qui est littéralement envoûté par le Père Enfantin. Les frères Pereire découvrent les SaintSimoniens par leur aIni Olinde Rodriguez, devenu le beau-frère d'Emile. Ils n'ont guère fait d'études mais sont passionnés par cette pensée méthodique et tournée vers un avenir auquel ils veulent participer activelnent. Par exemple, le principe du développelnent des transports que les Saint-Simoniens Inettent en avant pour assurer le brassage des peuples et la circulation des marchandises enthousiasIne les Pereire, qui vont devenir les pionniers du chelnin de fer. En outre l'aspect social de la doctrine n'est pas pour leur déplaire et l'on verra apparaître tout au long de leur vie leurs préoccupations sociales; là aussi, ils se feront les proInoteurs de maintes innovations. Mais les excès des Saint-SiInoniens en Egypte se produisent également à Paris. Michel Chevalier est condalnné à un an de prison pour association illicite. Les Pereire ne sont pas tentés de participer à ce genre d'actions et prennent du recul vis à vis de la "secte". Elnile serait plutôt un SaintSimonien pratique tandis qu'Isaac demeure fasciné par Enfantin. Au point que les frères, si unis jusqu'alors, se disputent et qu'en 1832 le cadet repart à Bordeaux pour un temps, avant de revenir à Paris auprès de son frère aîné. Inquiet des rumeurs concernant des escroqueries commises par les Saint-Silnoniens~ Isaac rompt avec le Père Enfantin En attendant, il faut bien vivre. Emile s'installe COInme courtier de change à la Bourse de Paris, puis dispose d'un bureau chez James de

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Rothschild. Est-ce à lui que pense Ernest Feydeau dans ses "Mémoires d'un Coulissier" avec son antisémitisme bien connu? "Bordeaux fut, en tout temps, la grande pépinière qui alimenta la Bourse de fils d'Israël. Ils arrivent de là-bas tout jeunes... ; ils trouvent tout de suite à se placer chez l'un de leurs coreligionnaires en qualité de commis... et, tout de suite, sans avoir fait d'apprentissage préalable..., se lancent..., abattent des affaires, même les plus grosses, comme s'ils n'avaient fait que cela toute leur vie. Sans qu'on leur ait rien dit pour les mettre au courant, pour leur apprendre de quoi il s'agit, avec un aplomb sans pareil, ils connaissent tout le personnel du marché, se familiarisent avec tous les visages, se démènent comme quatre..., ne font pas une faute, ne s'exposent jamais." Et, comme le dit Feydeau, Emile assimile rapidement les méthodes et les coutumes de la Bourse, se fait connaître de James de Rothschild qui met un bureau à sa disposition. Il pénètre ainsi dans le monde de la banque où il va subir l'influence des Rothschild. Quant à Isaac, il s'initie à la comptabilité auprès du père d'Olinde Rodrignez tout en tenant les livres de Vital-Roux, homme d'affaires et économiste de renom. En parallèle, il devient journaliste - ce qui le passionne bien davantage, d'abord au National, organe des libéraux, en attendant de fonder son propre journal.

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James de Rothschild
Dès lors, les destins d'Emile Pereire et du baron James de Rothschild ne cesseront de se croiser. Emile Pereire sera d'abord l'employé du baron, puis son associé dans certaines affaires avant d'apparaître comme son rival. D'origine juive allemande, donc juive ashkenaze, la famille Rothschild tire son nom de l'enseigne de sa maison de commerce de Francfort IIZum roten Schild", "Au bouclier rouge". La fortune de la famille remonte à l'ancêtre Meyer Amschel (1749-1812) ; chargé de gérer les avoirs de l'électeur de Hesse, il crée en 1810 une maison de banque avec ses cinq fils, d'où le signe aux cinq flèches symbolisant les cinq branches de la famille. Les cinq frères Rothschild furent anoblis en 1816 par l'Empereur d'Autriche, qui les nomma barons en 1822. L'aîné Amschel, dit Anselme, reprend le siège de Francfort et devient le financier le plus averti de la Confédération germanique. Ses frères essaiment en Europe. Salomon s'installe à Vienne, concessionnaire des mines d'Istrie et commanditaire de la grande ligne d~ navigation sur le Danube. Le troisième fils, Nathan, s'installe en Angleterre: après avoir été négociant en coton à Manchester, il se fixe à Londres comme négociantbanquier (dont l'activité est celle de nos banques d'affaires). Il demeure dans l'histoire pour avoir réalisé après Waterloo un fabuleux coup de bourse qui lui a assuré une fortune immense et un leadership moral incontesté sur le "clan".

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La place savait qu'il disposait d'un réseau d'informations supérieurement organisé, bien plus efficace - donc plus rapide - que les courriers de Wellington. Aussi, l'observait-on à la Bourse, appuyé contre "sa colonne". Un messager arrive, lui portant un pli annonçant la défaite de Napoléon. Nathan reste impassible et vend ostensiblement; les boursiers, croyant à la défaite des Alliés, font de même et les fonds d'Etat s'effondrent. Nathan en rachète alors un paquet considérable pour un montant dérisoire. Alors, parvient la nouvelle officielle de la victoire des Anglais et les cours remontent en flèche. Il ne reste plus à Nathan qu'à réaliser un bénéfice évalué à plus de trente millions de l'époque. Victor Hugo a fustigé cette attitude en termes pompeux: "... Ce passant Fit sa fortune à l'heure où tu versais ton sang; Il jouait à la baisse et montait à mesure Que notre chute était plus profonde et plus sûre. Il fallait un vautour à nos morts, il le fut. Il fit, travailleur âpre, et toujours à l'affût,

Suer à nos malheurs des châteaux et des rentes.

Il

Quant aux deux autres frères, Karlmann, devenu Karl, est à Naples et Jacob, le cinquième, s'installe à Paris. Prenant le prénom de James qui lui paraît plus distingué, sinon plus français, il crée une maison juridiquement indépendante en 1817, tout en continuant à vivre dans l'orbite familiale dont le siège demeure Francfort. Très vite, les Rothschild parisiens, par leur entregent et leur savoir-faire, comptent parmi les premières banques privées de la place. Afin de respecter le

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souhait de l'ancêtre Meyer Amschel , les Rothschild, pour préserver la cohésion de l'enselnble falnilial, engagent leurs fils dans leurs affaires et se lnarient entre cousins. Un exelnple lnolltre bien la solidarité qui existe entre les cinq branches de la famille et l'entraide qu'elles se portent. Un jour, Nathan delnande à la Banque d'Angleterre de lui régler un chèque de son frère Alnschel. Refus de la Banque, arguant qu'elle ne paie que ses propres chèques. Furieux, Rothschild se présente le lendemain et demande la contre-partie en or d'un billet de dix livres. Le caissier s'exécute, lnais Nathan est venu avec neuf cOlmnis et, à eux dix, bloquant tous les guichets, se font relnbourser en or toute la journée des billets de dix livres, si bien que le soir ils avaient réduit de 100.000 livres les réserves de la Banque, et surtout provoqué la colère des autres usagers. Interrogé par la direction sur les motivations de cette attitude étrange, Nathan de rétorquer avec superbe q"ue "Rothschild continuera à douter des billets de la Banque d'Angleterre, tant que celle-ci doutera des chèques de Rothschild". Et la Banque accepta de régler les chèques émis par les cinq frères. Pour en revenir à James de Rothschild (17921868), c'est un homme de petite taille, rouquin, au physique peu agréable, arrogant, d'un comportement orgueilleux et vaniteux. Malgré des traits lourds, une délnarche pesante, un ventre proéminent et un fort accent gerlnanique, le baron rencontre un certain succès auprès des femmes attirées par la puissance qui se dégage du personnage. Il conserve de ses origines allemandes

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un fort accent germanique dont on dirait qu'il l'exploite afin de mieux affirmer sa personnalité et de mieux écraser ses interlocuteurs. Bourreau de travail, ignorant l'alnitié mais fidèle dans ses engagements, il s'impose comme un grand patron par son autorité naturelle. Avec l'avènement de la Monarchie de Juillet, l'influence de James de Rothschild s'affirme encore et il est devenu le financier "incontournable" des grandes opérations. Au point que Madalne de Nesselrodes, l'épouse du Ministre des Affaires Etrangères de Russie, peut écrire à son Inari "Sais-tu qui est viceroi, et même roi de France? C'est James de Rothschild". Il passe mêlne à la postérité littéraire en étant le modèle du baron de Nucingen, le célèbre personnage de Balzac. Il en va de même pour le banquier Lucien Leuwen de Stendhal. Faire ses premières armes auprès d'un tel homme est une chance pour Emile Pereire. Le baron l'apprécie, le traite en subalterne, l'appelle avec un mépris affectueux le "petit Pereire". Ce dernier saura se rappeler plus d'une fois les leçons apprises en matière de finance et d'affaires. Par contre, tant Emile qu'Isaac conserveront toujours un comportement hUlnain, tant vis à vis de leurs clients que de leurs collaborateurs et se garderont de les écraser de leur dédain. Souvenir sans nul doute de leurs pre'miers maîtres Saint-Simoniens et de leurs théories sociales.

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Les principes d'action des Pereire
Si l'on peut dire schématiquement qu'Emile Pereire a eu deux modèles au début de sa vie professionnelle, le Père Enfantin d'une part, James de Rothschild de l'autre, il est difficile d'imaginer deux personnages dont l'abord physique est aussi dissemblable. Enfantin est de grande taille, a l'allure d'un prophète inspiré, tandis que Rothschild est petit, ramassé sur lui-même. Mais les deux hommes ne fascinent-ils pas leurs interlocuteurs chacun dans son propre style? C'est donc de ces deux modèles qu'Emile puis Isaac Pereire tirent les principes qui vont désormais présider à leur action. Ils exposent leurs idées dans de nombreux articles de journaux où ils dé(endent des propositions nouvelles dans des domaines aussi divers que la réforme du crédit (qui devrait être moins onéreux, id.ée qui leur vaudra l'hostilité de la Banque de France), le développement des Caisses d'épargne, la création d'un impôt sur le patrimoine ou sur les voitures bourgeoises. En 1830, Emile va publier 230 articles dans le "National". Ce faisant, il affiche un réel talent de polémiste et de publiciste. Mais, comme c'est un travailleur acharné, ses articles sont étayés sur de solides raisonnements et des connaissances précises sur le sujet qu'il aborde. Ces idées proviennent des études et des réflexions des deux frères dans leurs discussions avec leurs amis Saint-Simoniens, dont ils s'affranchissent d'ailleurs progressivement. La part d'utopie et de rêve est compensée par la rigueur qu'Emile a apprise chez Rothschild, où

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Iron professe à coup sûr que seul le réalisme est générateur de progrès. Enfin, l'objet recherché n'est pas tant l'enrichissement des promoteurs que l'épanouissement de l'individu en améliorant sa condition matérielle. Sur ce point, les Pereire sont draccord avec leur ami Michel Chevalier mais, si l'un demeure quelque peu figé dans ses spéculations intellectuelles, les autres n'auront de cesse d'accorder leur action avec leurs principes. Réalisateurs avant tout, ils resteront dans la mesure du possible fidèles à leur idéal, crest à dire à l'amélioration du bien-être des peuples. Ces idées propagées par les Saint-Simoniens ne sont pas propres à la France: d'autres mouvements naissants en Angleterre, en Allemagne, voire aux Etats-Unis, développent des idéologies voisines dans le dessein de favoriser des initiatives propres à créer des investissements générateurs de progrès social.

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