Entre mensonges et vérité

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1945. Amélia, une jeune adolescente voit sa famille se briser. Les tensions avec sa mère s'accumulent et l'arrivée de sa grand-mère au foyer n'arrange rien. Parmi les nombreux mensonges, elle doit comprendre pourquoi son père n'est jamais rentré de la guerre. Tout aussi entêtée que déterminée, elle mettra tout en œuvre pour faire éclater la vérité.
Finira-t-elle par savoir ce qui est arrivé à son père ?


Publié le : mercredi 25 mai 2016
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EAN13 : 9782334145442
Nombre de pages : 244
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ISBN numérique : 978-2-334-14542-8

 

© Edilivre, 2016

Introduction

Deux Septembre 1939, mobilisation générale. La Une des journaux était claire, la guerre avait été déclarée. Les hommes appartenant au corps militaire devaient partir au front défendre notre pays. Ils étaient tous mobilisés. Ils n’avaient pas le choix. Tous devaient dire au revoir à leur famille dans les délais les plus brefs. Tous. Y compris mon père. Il avait fait partie de l’armée, plus précisément la Marine Nationale. Désormais, il travaillait dans un bureau mais il avait été convoqué à se battre. Il avait eu son fascicule de mobilisation, il devait partir. Tout était réquisitionné ; nos animaux, nos voitures et tout un tas d’autres choses. La seconde guerre mondiale avait bel et bien commencé. L’Alsace avait été annexée au Reich, lors de ce mois de juillet 1940. Maman travaillait au sein de l’Allemagne tandis que d’autre avait dû s’engager avec l’Allemagne. Les journaux étaient la seule chose qui nous tenait au courant de l’avancé de la guerre, mais nous ignorions totalement si ce qu’ils nous racontaient était la vérité ou alors un mensonge. En 1940, le nord de la France était occupé tandis que le sud était libre. Nous aurions voulu passer la ligne de démarcation, mais ma mère avait finalement préféré rester à la maison. Et elle eut raison, puisque deux ans plus tard, le sud était à son tour occupé par les Allemands. Nous étions donc restés dans notre petite maison à prier chaque soir que le lendemain se passerait bien pour nous. La chance devait être avec nous. La guerre dura six longues années. Lorsque la guerre avait été déclarée, ma sœur avait seulement deux ans et moi, sept. La peur se lisait sur les visages. Les conditions de vies étaient dures pendant l’occupation. Nous devions héberger et nourrir les Allemands, ils étaient la priorité. Après leurs départs, nous avons dû loger et nourrir plusieurs de nos voisins, leurs maisons étant en ruines. Après la guerre, les prix ont commencé à augmenter. Le bilan économique était une catastrophe. Les procès commencèrent, les verdicts tombèrent. Des condamnés à morts, d’autres à vies. Voir même des pendus pour certains. Voilà ce que racontaient les journaux. L’Alsace été redevenue Française, tout comme la Lorraine.

1

Cinq mois que la guerre avait pris fin en Europe. Le soleil était redevenu un véritable soleil. La vie reprenait son cours lentement, le calme avait repris sa place sur le pays. Fini les bombardements et les coups de fusils à longueur de journée résonnant dans nos pauvres oreilles fragilisées depuis tous ces mois.

Chaque dimanche, je devais aider notre mère à faire le ménage dans toute la maison. Depuis que les Allemands l’avaient fait travailler, elle se plaignait de douleurs dans le dos et me demandait donc de l’aide afin de la soulager la plus possible. Nous n’étions désormais plus que trois à la maison. Mon père était parti à la guerre et n’était jamais rentré à la maison. Personne ne savait ce qui lui était arrivé. D’après les autorités françaises, il était soit mort au combat ou alors dans un camp de concentration. Les registres n’avaient pas tous encore été vérifiés. Son nom était sûrement dans l’un d’eux. Il y avait forcément une explication à cette subite disparition. Mais il était encore trop tôt pour le savoir. Nous n’avions rien d’autre à faire que prier pour le revoir un jour.

Ce dimanche d’automne, il y avait un peu de vent mais le temps était correct. Les rayons du soleil filtraient au travers des nuages légèrement grisés. Avec ma sœur nous marchions tranquillement sur le trottoir en direction de l’ancien parc de jeux qui lui tenait tellement à cœur. Le trottoir était par endroit marqué par les éclats de balles des fusils ou peut-être d’obus, quoi que ce soit ils avaient ravagés notre paisible endroit où nous, enfants, nous nous sentions en sécurité. Le parc avait été quasiment détruit quelques mois plus tôt par les Allemands. En arrivant là-bas, je ne fus pas surprise que l’on soient seules. Il y a encore quelques années, avant toute cette tragique histoire, les enfants jouaient dehors, dans les jardins, devant les maisons, les airs de jeux… mais aujourd’hui rien n’est plus pareil. L’herbe du parc avait par endroit complètement disparue, pour laisser place à de grand tas de terre et des trous profonds. Je veillais que ma sœur ne tombe pas dans l’un d’eux, même si cette partie du parc était fermée, je ne voulais pas prendre de risque, encore moins qu’elle se blesse. Maman en aurait été malade. Pendant la guerre, les parents ne laissaient plus leurs enfants jouer en dehors de leur chambre ou de la maison, ils les emmenaient à l’école. Tout avait changé.

Je m’assis donc sur les débris de l’ancienne maison de béton tout en veillant soigneusement sur ma sœur. Avant de devoir partir, papa lui avait offert un petit cerf-volant et depuis que la guerre avait pris fin, elle y jouait tous les dimanches. Mélanie, la benjamine de la famille, aimait toujours autant cette aire de jeu malgré la dégradation qu’elle avait subi. C’est d’ailleurs pour cette unique raison que j’y retournais. Je l’observais faire voler le jouet rose et vert dans les airs. Ses cheveux mi-longs blonds et bouclés par des anglaises flottaient au vent. Elle riait. Par moment, ses grands yeux verts rencontraient les miens. Elle était le contraire de moi. Mélanie et Alexandre, notre frère, étaient les portraits crachés de papa : grands, cheveux blonds et bouclés avec des yeux verts alors que moi, je ressemblais en tout point à ma mère : assez petite, des cheveux châtains raides et fins accompagnés par des yeux noisettes.

En 1939, Alexandre n’avait que quatorze ans, il avait pu échapper au devoir de se battre mais n’avait pas échappé à la STO (Service du Travail Obligatoire). Il avait eu l’obligation d’aller travailler dans une usine Allemande comme tous les jeunes dans sa tranche d’âge. Il vivait désormais dans la banlieue parisienne, il avait trouvé un boulot là-bas. Maman avait donc dû le laisser partir à contrecœur de notre maison paisible pour le laisser affronter le monde tout seul à des centaines de kilomètres nous séparant. Je regardais ma montre et vis qu’il était déjà dix-sept heures passé. Comme nous étions à dix minutes de marche et qu’il fallait être de retour à la maison avant la nuit, je prévins ma sœur de notre départ. Elle fit voler son cerf-volant encore une petite minute et m’appela pour l’aider à le ranger.

Sur le chemin du retour, je tenais fermement la main de Mel. Des maisons en ruines ornaient le bord de la route. Nous habitions dans une petite vallée Alsacienne et par chance, notre demeure n’avait pas été trop ravagée. Le toit avait perdu quelques tuiles, plusieurs fenêtres avaient cédées, certaines briques qui faisaient tenir la maison debout avaient fissurées, mais la structure principale de la maison était encore en état et les dégâts étaient loin d’être important comparé à certaines maisons voisines. Je parlais tranquillement avec ma sœur lorsque nous arrivâmes à la maison. Maman était en train de préparer le dîner. Elle semblait songeuse mais je me retins de toutes questions. Lorsque nous arrivâmes dans la cuisine, nous nous assîmes sur une chaise puis observâmes maman.

– Bonsoir les filles, vous vous êtes bien amusées ? Demanda maman en relevant les yeux vers nous.

– Oui, mon cerf-volant, il a trop bien volé !

Puis ma sœur s’embarqua dans un monologue avec des immenses gestes et des mimiques qui avaient toujours le don de me faire rire. Je les laissais toutes les deux tandis que je montais dans ma chambre afin de terminer mes devoirs.

Depuis qu’Alexandre avait déménagé, avec Mélanie nous avions chacune notre chambre. Je me posais sur ma chaise de bureau puis j’ouvris mon premier cahier avec le livre adéquat. Des mathématiques, quelle horreur ! J’entendis les pas lourds de ma sœur sur chacune des marches de l’escalier en bois pendant qu’elle montait, elle le faisait exprès mais s’en fichait. Elle occupait la chambre voisine à la mienne, je pouvais donc l’entendre jouer avec ses petites poupées et ses animaux tout aussi petits. Les murs n’étant pas très épais, j’entendais tout ce qu’elle disait. Elle essayait de modifier sa petite voix aiguë à chaque figurine qu’elle faisait parler. Il y a encore quelques années, je faisais la même chose qu’elle. Désormais, ça me fais rire. Mon exercice de mathématiques terminé, je devais faire celui de français. Un exercice assez simple et rapide. Je rangeais toutes mes affaires dans mon sac pour le lendemain et vérifiais plusieurs fois que je n’avais rien oublié.

La voix de ma mère résonnait dans la maison. Elle nous appelait pour venir dîner. Les bruitages de Mélanie s’estompèrent sur le champ pour être remplacé par les craquements de l’escalier à chacune des marches qu’elle touchait, on pouvait la comparer à un petit éléphant. Je posais mon sac sur ma chaise de bureau puis descendis à mon tour. Le repas se passait dans un étrange malaise. Ma mère ne disait rien, pas un mot. Elle se contentait de manger dans un silence de mort. Ma sœur devait également ressentir la même chose que moi, puisqu’en général si elle était une véritable pipelette, ce soir là, elle ne prononçait pas le moindre mot. Chose qui accentua encore plus le malaise qui régnait dans la cuisine.

Nous mangions rapidement. Trop à mon goût. Si d’habitude nous mangions entre une demi-heure et une petite heure, ce repas là fut terminé en moins de vingt minutes. Ma mère monta doucher ma sœur tandis que je débarrassais la table et fis la vaisselle. Mon père avait fait installer la salle d’eau quelques mois avant le début de la guerre, avant ça, nous faisions notre toilette dans l’évier de la cuisine. Alexandre et moi passions à la bassine une fois par semaine, le dimanche. La bassine était dehors et nous détestions y aller l’hiver. Nous avions plusieurs fois tenté de nous laver dans l’évier. Je pris mon temps pour faire la vaisselle, le temps que maman s’occupe de Mélanie, j’avais un peu de temps. Je chantonnais les paroles d’une chanson que j’avais entendu à la radio. J’entendis mon nom venant du haut de l’escalier.

– Tu m’as appelé, maman ?

– Oui, va te doucher. Je vais terminer en bas dès que j’aurai couché ta sœur.

– D’accord, j’arrive.

Je posais donc mon éponge dans l’évier et me dirigeais vers le couloir de l’entrée pour monter.

Sur le petit meuble situé à côté de l’escalier je vis une lettre grossièrement rangée sous une pile de journaux publicitaires. Je tirais légèrement dessus, je reconnu aussitôt l’écriture soignée de ma grand-mère, son écriture était si particulière que je pourrais la reconnaître entre mille. Que pouvait-elle bien vouloir ? Nous ne l’avions pas revue depuis la mort de mon grand-père, trois ans plus tôt. Un tas de questions se bousculaient dans ma tête. Je voulais en savoir plus mais j’entendis les pas de ma mère dans l’escalier. Je du me résoudre à la remettre à sa place pour ne pas me faire attraper. Maman ne voulait pas qu’on fouille dans le courrier, elle disait que ça ne nous regardait pas, que nous étions trop jeunes. Je voyais déjà la scène si maman m’avait vu avec la lettre coincée entre les doigts. L’escalier n’était pas très large, j’attendis donc qu’elle soit descendue pour le monter. Je passai par ma chambre récupérer mon pyjama plié sous mon oreiller puis je me dirigeais vers la salle d’eau.

Ma douche prise et préparée, je descendis dans le salon. Ma mère lisait les journaux publicitaires, la lettre devait donc être avec elle. Lorsqu’elle me vit arriver, elle posa les publicités sur le sofa à coté d’elle, puis retira ses lunettes. Ce soir-là, j’avais dû me laver les cheveux, elle me faisait donc deux nattes avant d’aller me coucher. Je commençais à m’installer à ses côtés espérant en savoir plus sur cette lettre. Maman ne sembla pas approuver.

– Demain je te conseille de te lever et surtout d’aller te coucher maintenant, donc bonne nuit.

– Compris. Bonne nuit, maman.

Je lui déposais une bise furtive sur la joue puis suite à ce petit sermon, j’étais monté rapidement dans ma chambre laissant ma mère vaquer à ses occupations. Cette dernière voulait que je me couche de bonne heure, j’avais toujours cette tendance à être en retard. Pour quoi que ce soit, pour aller à l’école ou bien chez le médecin par exemple. Peu importe. Chaque soir, ma mère tentait de m’envoyer au lit un peu plus tôt. Sauf que ça n’y changeait rien. C’est maman qui nous emmenait et venait nous chercher à l’école. Les écoles étant différentes pour les filles et les garçons, je n’étais pas dans le même établissement que celui de mon meilleur ami. Son école se trouvait à quelques mètres de la nôtre mais je ne pouvais pas le voir en semaine, il fallait attendre le week-end. On se voyait en général le samedi, mais pour cela, on devait avoir commencé nos devoirs le matin.

Le lendemain matin fut un supplice. Ce matin-là fut pire que les autres. Si habituellement maman venait me réveiller deux fois, cette fois-ci, elle dû revenir encore.

– Amélia, tu te fiches vraiment de moi ! Lève-toi, je ne te le redirais pas ! Avait-elle criée après la troisième fois.

Consciente de son énervement, je me résolus à me lever bien que j’aurais souhaité rester encore un peu. Mais je n’avais pas prévue que l’heure se soit autant écoulée. J’avais seulement dix minutes pour manger et faire ma toilette. Je descendis en vitesse et m’assis à table. Par chance, ma mère préparait toujours le petit-déjeuner. Elle était d’ailleurs dans la cuisine et probablement de mauvaise humeur, vu le regard auquel j’eu droit. Elle était en train de faire la vaisselle, elle ne me regardait pas, mais me parlant quand même.

– J’espère que maintenant, tu vas apprendre à te lever quand je te le dis la première fois. Je ne vais pas passer mon temps à te réveiller chaque matin. Maintenant, dépêche-toi, je ne veux pas que vous soyez en retard avec ta sœur.

Son sermon se termina là. Je ne répondis pas, je ne savais pas quoi lui répondre qui ne la mettrais pas plus en colère. De toute façon, que pouvais-je bien répondre ? Désolée ? Je m’activais de finir mon assiette puis montais dans la salle d’eau. Il me fallut autant de temps pour déjeuner que me préparer, soit à peine cinq minutes pour chacun. J’avais réussi à être à peu près à l’heure, mais ma mère n’allait sûrement pas m’en féliciter.

Lorsque j’étais arrivé à l’école, Léa m’attendais déjà. J’aimais beaucoup Léa. Elle avait le même âge que moi, soit treize ans, et un petit frère. Elle était grande, brune avec des yeux plutôt foncés. À l’école, elle avait de bonnes appréciations. C’était une élève sérieuse et les instituteurs l’appréciaient beaucoup. Au contraire de moi. On me trouvait toujours tête en l’air, dans mes pensées. Ce qui n’était pas totalement faux, je l’accorde. Je trouvais les journées d’école totalement ennuyeuses et longues. Le seul moment de la journée que j’aimais bien était celui de la pause déjeuner. Le soir arriva bien trop lentement, j’attendis que Mélanie se décide enfin à sortir de sa classe, je l’observais traverser la cour de l’école accompagnée, elle ne regardait pas où elle marchait et échappa de justesse de ce prendre un mur. Elle leva la tête et continua son chemin d’un air innocent. Si je pouvais la suivre des yeux, elle ne semblait pas m’avoir vu. Elle s’aperçue de ma présence après quelques coups d’œil et me rejoignit sur le trottoir devant l’école. Nous attendions maman à cet endroit tous les soirs. Elle faisait du ménage pour les personnes âgées ou infirmes et faisait aussi leurs courses, si besoin. Elle arrivait donc un peu plus tard que la fermeture de l’école. Depuis que papa était parti, elle travaillait plus qu’avant et était fatiguée. Les fins de mois étaient devenues difficiles. Heureusement l’armée envoyait de l’argent, sinon le salaire seul de maman ne suffirait pas à subvenir à nos besoins. Il arrivait aussi qu’Alexandre envoie un peu d’argent.

Ce soir là, maman était arrivée plus tard que prévu. Au regard que ma sœur me lança, je compris qu’elle aussi avait vu que maman avait pleuré. Elle avait les yeux brillants et légèrement rougis. Maman avait depuis peu le permis de conduire. Comme la plupart des femmes, elle l’avait passé lors du début de la guerre et maintenant, elle venait nous chercher à l’école en voiture. Auparavant, elle allait au travail avec sa bicyclette et venait nous récupérer à pied. J’aimais bien rentrer à pied, mais à présent nous arrivions un peu plus tôt à la maison.

Je n’avais jamais vraiment aimé l’école mais en Alsace, pendant la guerre, l’apprentissage était dur. L’Alsace était occupée, les Allemands nous enseignaient des choses étranges. Il n’y avait plus de discipline mais de la pression. C’était étrange, rien à voir avec le système scolaire de l’avant guerre. Des termes comme la germanisation ou encore la nazification étaient utilisée, je ne voulais pas comprendre leurs définitions. C’était des mots bizarres qui faisaient peur.

Ce jour-là, à l’école, notre institutrice avait voulu savoir comment nous avions ressenti la guerre. C’était difficile de répondre, mais chacun d’entre nous s’était prêté au jeu, avec plus ou moins d’enthousiasme. À tour de rôle nous devions nous lever et dire le premier mot qui nous passait par la tête pour qualifier la guerre. Dur, horrible, catastrophique étaient les mots revenus le plus souvent.

2

Les jours passaient et se ressemblaient, ma mère n’allait toujours pas mieux. Les coups de téléphones et les lettres se multipliaient entre ma mère et ma grand-mère. Elles ne voulaient pas que l’on soit au courant de leurs conversations. Elles se téléphonaient après que maman nous ai souhaité une bonne nuit. Je pouvais entendre sa voix mais je ne distinguais pas ce qu’elle disait. J’avais néanmoins déjà entendu ma mère prononcer le prénom de ma grand-mère, soit Caroline. J’ignorais ce qu’elles tentaient de nous cacher, mais j’avais un mauvais pressentiment.

Le samedi arriva assez vite. Je me levai vers neuf heures, descendis déjeuner et puis me préparer afin de commencer mes devoirs si je voulais aller chez Paul, mon meilleur ami. Il habitait à seulement quelques minutes de la maison à pied. Nous alternions chaque samedi chez l’un ou chez l’autre. Ce samedi là, c’était à la maison. Je mis un peu plus de deux heures à faire mes devoirs. En général, j’en faisais une partie le samedi matin et le reste le dimanche soir mais ce jour là, je fis tout d’un coup. J’avais des exercices de mathématiques, de français et d’Histoire.

Paul était assez grand pour son âge, ses cheveux châtains devaient mesurer environ deux ou trois centimètres et ses yeux étaient verts. Ce dernier arriva peu de temps après le déjeuner. Je connaissais Paul depuis des années, nous avions grandis ensemble et nos parents étaient de bons amis. À l’arrière de la maison se trouvait un jardin, à l’époque où papa était encore là, il l’entretenait. Les bruits de la tondeuse le dimanche et l’odeur de l’herbe fraîchement coupé me manquaient. Maintenant, l’herbe était haute et en broussaille. Avec Mélanie nous n’avions pas mis les pieds dans le jardin depuis des mois. Depuis que papa n’était plus là. Avant, avec Paul nous jouions dans le jardin. Dorénavant nous jouions dans ma chambre. Nous nous occupions avec des jeux parfois les plus ridicules, ils nous arrivaient même de jouer avec ma sœur et ses poupées. Nous parlions aussi beaucoup, on se disait tout. C’est ce que j’aimais le plus chez mon meilleur ami, je pouvais me confier à lui, sans crainte et je devais lui parler du secret qui s’installait entre ma mère et ma grand-mère.

– Elles se téléphonent tous les soirs, elles s’envoient des lettres ! Maman a complètement changé. Elle ne parle presque plus, se renferme sur elle-même. Je n’sais plus quoi faire… je voudrais l’aider mais je ne sais pas quoi faire pour…

Je sentis mes yeux s’embuer de larmes lors de ma confidence, cette histoire nous faisait du mal à toute les trois.

– Tu pourrais peut-être en parler à ton frère, il pourra sûrement t’aider.

Sa phrase, pourtant courte et simple fut comme une révélation. Mon frère, bien sûr qu’il pourrait m’aider. Il savait toujours comment résonner maman et il savait tenir tête à notre aïeule. Je me levais de ma place pour aller serrer mon meilleur ami dans mes bras, j’embrassai sa joue en guise de remerciement.

Maman était une très bonne cuisinière, dès que Paul venait à la maison, elle nous faisait un gâteau à base de yaourt. J’adorais ses pâtisseries, c’était toujours un régal. Le goûté terminé, comme à chaque fois, Paul rentrait chez lui.

Je montais rapidement dans ma chambre, sortis une feuille blanche de mon tiroir de bureau, un stylo et commençais à écrire. À la fin de ma lettre, je me relus. Il y avait plusieurs ratures et constatais plusieurs fautes. Je modifiais quelques phrases qui ne me parurent pas très claire et commença à la réécrire au propre sur une nouvelle feuille. Je n’étais pas vraiment douée pour écrire des lettres mais j’étais assez satisfaite du résultat de celle-ci.

Alexandre,

J’espère que tu vas bien. Je t’écris sous les conseils de Paul, il pense que tu peux m’aider et je le crois aussi. Maman et grand-mère nous cachent des choses. Elles se téléphonent en secret, s’envoient des lettres par multiple. Maman est devenue bizarre, elle ne parle presque plus. J’ai besoin que tu lui parles, que tu la fasses parler, qu’elle te dise ce qui ne va pas. J’ai besoin de la voir de nouveau comme avant. Elle recommence à se renfermer comme elle l’a fait il y a six mois, quand on nous a dit que papa avait disparu. Mel a aussi compris que quelque chose n’allait pas. L’autre jour, quand maman est venu nous chercher à l’école elle avait les yeux rouges et gonflés. Nous savions toutes les deux qu’elle avait pleuré. Les repas se passent dans le silence, maman ne s’intéresse plus à ce que l’on fait. C’est dur de la voir comme ça et de ne pas pouvoir l’aider. Je sais que tu es occupé, mais s’il te plaît, tu dois faire quelque chose. Nous allons bientôt dîner, j’espère avoir rapidement de tes nouvelles. Je n’attends pas forcément une lettre de ta part, maman serait au courant que je t’ai écrit et elle le prendrait mal. De plus, je sais à quel point tu n’aimes pas écrire. Mais je voudrais que si ton travail te le permet que tu viennes nous rendre une petite visite, rapidement. Que tu puisses voir que maman ne va pas bien et que tu la force à te parler. Les lettres avec grand-mère m’inquiètent, tout autant que les coups de téléphones secrets. Je ne t’écrirais pas si je ne pensais pas ça urgent. Le comportement qu’ellesont, les cachoteries nous font trop de mal pour ne rien faire. J’espère te voir à la maison, de tout mon cœur. Je t’embrasse.

À bientôt,
Amélia.

J’avais fait court, je ne voulais pas m’attarder mais uniquement lui faire comprendre qu’à la maison, ça n’allait vraiment pas. Je pliais la lettre en quatre et la glissait dans une enveloppe. J’y inscrivis l’adresse de mon frère sur la façade de l’enveloppe, colla un timbre et déposa la lettre sur mon bureau en évidence. J’entendis frapper à la porte puis la petite tête blonde de ma sœurette apparut. Je lui fis signe d’entrer. Elle se dirigea vers moi en marchant doucement avec son doudou lui cachant la moitié du visage. Elle s’assit sur mes genoux et commença à pleurer.

– Est ce que c’est à cause de moi que maman pleure tout le temps ? Me demanda-t-elle entre deux sanglots.

– Oh non bébé, ce n’est pas à cause de toi. Maman est un peu triste en ce moment, mais ce n’est pas de ta faute.

Je l’étreignis dans le but de la calmer. Je lui baisais le haut de son petit crâne et lui susurrais des petits mots doux. Elle se calma rapidement. Sa respiration était saccadée, mais revînt vite à la normale. C’est ce que maman faisait pour nous calmer. Je l’entendais renifler. Lorsqu’elle releva la tête vers moi, je vis ses yeux d’un bleu intense encore rempli de larmes. Je détournai les yeux vers la pendule et vis qu’il était plus de dix-neuf heures trente. Maman aurait déjà du nous appeler pour le dîner. Encore une nouvelle chose d’anormal à ajouter à la liste.

– Maman va être triste encore longtemps, tu crois ?

– J’espère que non, Mel… Lui avais-je répondu en posant ma tête sur la sienne. Nous étions resté dans cette position jusqu’à ce que maman nous appelle enfin pour le dîner. J’embrassais longuement ma petite sœur une dernière fois sur sa petite joue puis nous nous dirigeâmes vers la cuisine. Mélanie posa son doudou sur mon lit, maman ne le voulait pas en bas et encore moins dans la cuisine.

Le repas était simple ; de la viande et des légumes. Ça me convenait. Ce repas, comme tous les précédents depuis plusieurs jours, se passa dans le silence. Au moment du dessert, la sonnerie du téléphone se mit à résonner au travers de la maison. Maman se leva pour aller décrocher. Le téléphone se situait dans le couloir de l’entrée, juste à côté de l’entrée de la cuisine nous pouvions donc tout entendre de sa conversation. Maman murmurait à son interlocuteur, elle voulait donc pas que l’on sache qui était à l’autre bout de la ligne. À peine une minute plus tard, elle prononça à voix vive un « Je te rappelle » avant de raccrocher puis revînt à table.

– C’était qui ? Demanda Mélanie.

– Personne ma chérie. Fini de manger. Elle se tourna ensuite vers moi. Amélia, pourras-tu faire prendre le bain à ta sœur ? S’il te plaît. Je vais m’occuper de débarrasser.

– Oui, bien sûr. Je m’occupe d’elle.

– Merci.

La conversation s’était terminé là et le repas dans le silence. C’était les premiers mots qu’ont avaient prononcé à table depuis plus d’une semaine déjà.

Une fois que ma sœur eut terminé de manger (c’était toujours la dernière à finir), je montai avec elle à l’étage afin de lui faire prendre sa douche. La douche de Mélanie fut rapide, je l’enroulai ensuite dans une serviette aussi grande qu’elle. Une fois essuyé je la revêtis de son pyjama. Il était tout rose. Une tête d’ours était dessinée sur le haut à manche longue et accompagné d’un bas qui lui arrivait aux chevilles. Deux autres petits ours étaient reproduits sur le bas de la jambe droite. Beaucoup de vêtements que ma sœur avait aujourd’hui, était à moi à l’époque. Ce pyjama avait aussi fait partit de ma penderie. Elle monta sur une petite chaise pour être à la taille du lavabo tandis que j’étalais un peu de dentifrice sur la brosse à dent minuscule de ma sœur. Elle frottait ses dents doucement en se regardant dans le miroir. Après deux minutes de brossage elle recracha cette abominable mousse blanche dans le lavabo puis se rinça la bouche avec un gobelet en plastique qui lui était attribué.

J’accompagnai Mélanie en bas pour qu’elle souhaite une bonne nuit à notre mère avant d’aller la border. Maman était, comme chaque soir après le repas, assise sur le sofa du salon à lire des journaux publicitaires. Je m’assis à côté de maman tandis que ma sœur enlaçait ma mère. Mélanie ne savait pas parler à voix basse, j’entendis donc tout ce qu’elle bafouilla à l’oreille de ma mère.

– Tu sais maman, tu as le droit d’être triste, mais tu m’as mentis. Et tu as toujours dis que ce n’était pas bien de mentir. Bonne nuit maman.

Puis, elle descendit des genoux de ma mère pour rejoindre sa chambre. Je fus tout aussi choqué que ma mère, on ne s’attendait pas à ce que Mel réagisse de la sorte. C’était vrai que maman nous avait constamment répété que mentir n’était pas bien, mais j’étais loin de penser que Mélanie serait capable de s’en servir contre ma mère, et elle semblait désormais songeuse.

– Ça va, maman ? Parce que ça n’a pas l’air.

– Si, je t’assure, c’est juste que ta sœur m’a sacrément bien surprise.

– Oui, moi aussi mais elle a raison et tu le sais. Tu nous a toujours dis que mentir était pour les minables.

Maman prit une profonde inspiration tout en fermant les yeux avant de se tourner vers moi de nouveau.

– Bonne nuit, Amélia. N’oublie pas d’aller prendre ta douche.

Elle avait changé de sujet. Je claquai un baiser rapide sur sa joue et montai à mon tour.

Je partis rejoindre Mélanie dans sa chambre, déjà couchée avec son doudou en forme de lapin serrait contre sa petite poitrine. Elle avait déposé un livre sur le lit. Je m’allongeais à côté d’elle puis commençais la lecture. Je m’arrêtais lorsque je vis que ma sœurette s’était endormie. Je ramassais sa peluche tombé sur le sol et la replaçais à ses côtés. C’était un petit lapin beige/gris délavé avec de longues oreilles qui retombaient vers le bas et des pattes immenses. Des boutons étaient cousus à la place des yeux et un sourire était suturé avec du fil noir, puis un petit nez rose logé au beau milieu du visage. Je lui déposai un dernier baiser à la base de ses cheveux puis remonta la couverture comme il fallait avant d’éteindre la lumière et refermer la porte.

Je n’avais pas entendu le téléphone sonner, mais en sortant de la chambre de ma sœur j’entendis maman parler. Probablement grand-mère.

Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis que j’avais posté ma lettre et je n’avais aucunes nouvelles de mon frère. J’avais posté ma missive un soir après l’école, je m’étais dépêchée de sortir de classe pour déposer ma lettre avant que ma sœur ne sorte également. J’espérais que la lettre soit bien arrivée à destination. Je ne voulais pas me servir du téléphone, maman aurait su que j’avais prévenu Alexandre et je ne le souhaitais pas. Elle l’aurait par la suite rappelé et l’aurait sermonné pour ne pas qu’il s’en mêle. Puis, je me serais ensuite fait gronder pour avoir prévenu mon frère alors qu’elle ne m’avait rien demandé. Les tensions déjà bien présentes n’auraient fait que de se s’accentuer et je ne le souhaitais pas. Je gardais patience, je savais à quel point le courrier pouvait être long à parvenir.

Maman semblait avoir réagi face à la réflexion peu plaisante de Mélanie, l’autre soir. À table, elle parlait brièvement mais nous questionnait tout de même sur le déroulement de notre journée. Mais ça s’arrêtait là. Mel avait recommencé à faire sa pipelette à table, ce qui me redonnait quelque peu le sourire puisque ça m’avait tout de même manqué de ne plus l’entendre parler lors du dîner. Aujourd’hui, à l’école, elle avait appris pour la première fois ce qu’était une addition. Ma sœur était âgée de sept ans mais il lui arrivait encore de parler comme un bébé avec ce langage incompréhensible qu’ils utilisent. Maman se fâchait dès que Mel se mettait à parler comme tel, elle n’aimait pas ça.

Ce soir là, comme la plupart des soirs, maman monta avec Mélanie à la salle d’eau dans le but de la doucher. J’étais en bas, en train de débarrasser lorsque la sonnerie du téléphone se mit à hurler, en résonnant par la même occasion dans toute la demeure.

– Amy répond, j’arrive ! Cria maman de l’étage.

Je reposais les assiettes sur la table et m’essuya rapidement les mains à l’aide d’un torchon tout en me dirigeant vers le combiné téléphonique. Je décrochais donc.

– Sophie ? C’est Caroline.

– Non, grand-mère, c’est Amélia. Je vais chercher maman, ne raccroche pas.

– Très bien, j’attends. Comment vas-tu ? L’école se passe bien ? Et tes appréciations ? Je tentais de répondre à ses multiples questions avant que maman n’arrive.

– Je vais bien et à l’école, pour le moment, tout se passe bien.

Maman venait d’atteindre ma position. Je saluai donc mon aïeule et passai le téléphone à ma mère qui semblait l’attendre avec impatience.

– Tu peux t’occuper de ta sœur ? Je finirai en bas tout à l’heure. Me dit maman en me faisant signe de monter rapidement. Je traversais le couloir du haut et passait devant les chambres.

Les chambres de la maison étaient assez grandes. La chambre parentale était la plus grande des trois, suivit de la mienne et celle de Mélanie. Chacune comportait un lit double avec une armoire. La mienne avait en plus un bureau et quelques meubles peu encombrants. Quant à celle de Mel, elle avait en plus du lit et de l’armoire, un petit bureau, un coffre à jouets et une étagère. Sur cette étagère, elle y rangeait ses livres et d’autres babioles.

À mon tour prête, je me glissai dans les couvertures encore froides de mon lit soigneusement fait par maman. Le froid commençait à se faire ressentir. Nous habitions dans une vieille bâtisse, construit au début du siècle, le seul moyen de chauffage que nous avions était la cheminée. Maman ne l’avait pas encore activé, la réserve de bois dans le jardin était épuisée et les prix augmentaient sans arrêt. Nous devions donc nous réchauffer avec le plus de vêtements possible, bien épais. Certaines nuits, je dormais même avec ma sœur afin de nous réchauffer mutuellement. D’ailleurs cette soirée-là, Mélanie vînt frapper doucement à ma porte, avec son...

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