Esclave et bourreau

De
Esclave et bourreau présente l’histoire singulière d’un esclave martiniquais du XVIIIe siècle, Mathieu Léveillé, au destin peu banal. Condamné à mort pour s’être évadé de la plantation en Martinique, on lui propose, s’il veut échapper à une exécution imminente, de devenir bourreau au Canada.
Ce document inédit retrace donc le parcours étrange et chaotique de ce jeune homme qui devient malgré lui « exécuteur des hautes œuvres ». Le métier de bourreau sous l’Ancien Régime avait une importance fondamentale dans l’organisation sociale. Cette histoire réelle est l’occasion d’évoquer, grâce à des documents extirpés de l’oubli, l’existence des Noirs dans les colonies françaises.
Journaliste franco-ivoirien, Serge Bilé est l’auteur d’essais et de documentaires sur le monde noir africain, antillais et sud-américain. Son ouvrage Noirs dans les camps nazis a été vendu à 100 000 exemplaires. Il est présentateur du journal de Martinique Première (France Télévisions), le plus regardé de l’île.
Publié le : mardi 29 septembre 2015
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EAN13 : 9782896649396
Nombre de pages : 168
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SERGE BILÉ
ESCLAVE et BOURREAU L’histoire incroyable de Mathieu Léveillé, esclave de Martinique devenu bourreau en NouvelleFrance
esclave et bourreau
Serge Bilé
esclave et bourreau
L’histoire incroyable de Mathieu Léveillé, esclave de Martinique devenu bourreau en NouvelleFrance
 septentrion
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Photographie de la couverture :Les bras de la liberté, sculpture d’Hector Charpentier, Martinique. Photo : Patrice ChâteauDegat.
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Révision : Julie Veillet
Mise en pages et maquette de couverture : PierreLouis Cauchon
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© Les éditions du Septentrion 835, av. Turnbull Québec (Québec) G1R 2X4 Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015 ISBN papier : 9782894488331 ISBN PDF : 9782896649389 ISBN EPUB : 9782896649396
Diffusion au Canada : Diffusion Dimedia 539, boul. Lebeau SaintLaurent (Québec) H4N 1S2
Ventes en Europe : Distribution du Nouveau Monde 30, rue GayLussac 75005 Paris
Avantpropos
’esclavage des noirsdans les colonies françaises L est encore mal connu du public, sans doute parce que le thème dérange. En tant que journaliste, je travaille depuis des années sur le sujet. Au cours de mes recherches, j’ai découvert dans les archives une histoire singulière : le destin, sous le règne de Louis XV, d’un jeune esclave martiniquais condamné à mort à qui on propose, s’il veut échapper à une exécution imminente, de devenir bourreau au Canada. Il accepte et s’en va vivre dans ce qu’on appelle alors la NouvelleFrance. Cet ouvrage est un document historique inédit qui retrace l’itinéraire étrange et fascinant d’un homme qui, après avoir été esclave à la merci de bourreaux sanguinaires, devient à son tour « exécu teur des hautes œuvres », comme on le disait à l’époque. Le métier de bourreau sous l’Ancien Régime est peu évoqué dans les livres. Pourtant, il avait une importance fondamentale dans l’organisation sociale. Les exécutions capitales publiques avaient, croyaiton, un rôle dissuasif. Elles attiraient une
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foule nombreuse qui, tout en étant effrayée, se délectait du supplice. Je n’ai rien inventé. Il ne s’agit pas d’une fiction. Tout au plus, j’ai imaginé ce qu’a pu éprouver le jeune homme à tel ou tel moment de son histoire. Ce livre est aussi l’occasion d’évoquer, en m’ap puyant sur des documents que j’ai extirpés de l’oubli, la vie atroce des Noirs dans les colonies et les tor tures qu’on leur infligeait pour le moindre écart de comportement.
L’esclave marron
er ortroyal, le 1 janvier 1733. Assis sur le sol de F son cachot sordide où il croupit depuis des semaines, le dos appuyé contre un mur, les yeux grands ouverts, le regard vide, un nègre appartenant au sieur Dominique Sarrau cherche désespérément le sommeil, à quelques heures de son procès. Il s’appelle Mathieu Léveillé. Il a vingtquatre ans. Il est jeune, fort, innocent, il sait qu’il risque la mort. Comme beaucoup de ses camarades d’infortune, il s’est échappé de l’habitation de son maître, car il ne supportait plus sa condition d’esclave. Il a couru à toutes jambes, sans regarder derrière lui, écorchant ses pieds nus, comme un cheval fou. Il voulait fuir le travail effroyable, la nourriture de mauvaise qualité, les brimades incessantes. Sur la plantation, dès qu’il baissait la cadence, parce qu’épuisé par le soleil, l’effort, le manque de sommeil, c’étaient des coups. Des coups, toujours des coups. Il y a de vilaines traces de fouet partout sur son corps. Les blessures corporelles cicatrisent, mais les autres blessures, celles de l’âme, ne cica trisent jamais.
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À vingtquatre ans, Mathieu est désespéré. Un jour, il a couru à en perdre haleine jusqu’à la forêt, où il s’est caché. Il voulait survivre coûte que coûte, en mangeant n’importe quoi, des fruits sau vages, des grenouilles, des vers de terre. Survivre pour échapper à la violence de ses bourreaux. Pendant quelque temps, pour la première fois de sa vie, Mathieu a connu l’ivresse de la liberté. Une ivresse immense, mais teintée de peur et d’effroi. La peur de se faire reprendre par un « capteur de nègres marrons », envoyé par son maître. La peur d’être ramené à la plantation, enchaîné, fouetté, voire assassiné devant tout le monde pour l’exemple. Un esclave qui s’enfuit, qui se cache, on l’appelle un « marron », ou un « un nègre marron ». Le terme de « marron » vient de l’espagnol « cimarron», qui désigne un être qui vit sur les cimes. C’est un mot emprunté aux Arawaks, les premiers habitants amérindiens de la Martinique, mot qui qualifiait chez eux les animaux domestiques retour nant à l’état sauvage. La Martinique n’est pas très vaste. Mathieu ne sait comment se dissimuler, ou quitter l’île, et par un mauvais jour de pluie, parce qu’il s’est aventuré près d’une habitation pour trouver de quoi manger, il est repris par ceux qui le persécutent. Un colon l’a vu, il a prévenu des capteurs d’esclaves d’une cruauté infatigable, qui l’ont attrapé et ramené à l’habitation. En général, une fois repris, le nègre marron est condamné à mort, pendu, mais pas toujours. Parfois,
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