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Claude-Youenn Roussel
Esclaves, café et belle-mère de Brest à Saint-Domingue
L’amiral Le Dall de Tromelin
UUnneeccoorrersepspoonnddaanncceeccoollooninaialeleininéédidtiete 1769-1851 Éditions S.P.M.
6/03/15 16:55:39
Esclaves, café et belle-mère de Brest à Saint-Domingue
L’amiral Le Dall de Tromelin
Du même auteur
Livres La main mise des Bretons sur la vicomté de Limoges (1274-1522) - Noblesse et troupes bretonnes en Limousin, Occitanie, Espagne, Italie, Grèce, préface de Bernard Le Nail, ancien directeur de l’Institut Culturel de Bretagne Paris, Guénégaud, 2002. Les trois vies d’un marin breton, Barthélemy Mascarène de Rivière (1760-1836), (avec Pierre Bardin), Spézet, Coop Breizh, 2002. Saint Lunaire balnéaire, le grand rêve de Silla Laraque (avec Max Bontemps), Saint-Malo, Cristel, 2003. Jardins botaniques de la Marine en France, mémoires du chef jardinier de Brest, Antoine Laurent (1744-1820),(avec Arièle Gallozzi), Spézet, Coop Breizh, 2004. dt LaBretagne, vaisseau de 100 canons pour le Roi et la République (1762-1796),Forrer), préface(avec le C du professeur Jean Meyer, Spézet, Keltia graphic, 2005. L’aumônier du Ponant,Saint-Evarzec, Le Palémon, 2005 (L’aumônier enquête à bord, t. I). Le neuvième chapitre, Saint-Evarzec, Le Palémon, 2006 (L’aumônier enquête à bord, t. II). Conteurs et conteuses en montagne bretonne, préface de Bernadette Bricout, Paris VII, (avec Martine Hidoux), Spézet, Keltia graphic, 2007. Plantes médicinales et traditions en Bretagne. De la pharmacopée ancienne à la phytothérapie en Bretagne - suivi de Légendes des simples ouore légendaire de Bretagne (V. Maréchal, abbé), Spézet, Keltia graphic, 2007. Meurtres au jardin botanique, Saint-Evarzec, Le Palémon, 2007 (L’aumônier enquête à bord, t. III). Louis-Ignace-Jean-Joseph Le Grand du Quellenec, 1753-1830,Tome I,Un survivant de Quiberon(avec Benoît de Bergevin), préface de Thierry Clayes (CNRS), Paris, Guénégaud, 2008. e Ouessant, le secret des Atlas, deux naufrages au XVIII siècle(avec Michel Cloâtre), préface de Michel L’Hour, directeur de la DRASM, Saint-Malo, Cristel, 2009. Contes bretons du pied fourchu, Spézet, Keltia graphic, 2009. « Pêche en mots salés »,En participation (Photographies par Catherine Le Goff), textes maritimes d’auteurs rassemblés, Bruxelles, Husson, 2009. dt Alerte au Proche Orient, la frégate l’Aigrette1775-1776(avec le C Forrer), préface du vice-amiral Magne, ancien commandant de la FINUL, Spézet, Keltia graphic, 2009. «Partition bretonne », En participation (Peintures de Maryvonne Jeanne-Garrault), textes d’auteurs rassemblés, Paris, Le Livre d’art, 2009. Le kilt rouge(Les nouvelles enquêtes de l’aumônier, t. I), Spézet, Keltia graphic, 2010. Les chemins de l’eau au bourg du Cloître Saint-Thégonnec,Gourin, Éd. Montagnes noires, 2010. L’espion d’Ouessant, (Les nouvelles enquêtes de l’aumônier, t. II) Gourin, Montagnes noires, 2011. Guichen, l’honneur de la marine royale,(avec François Jahan), Paris, Guénégaud, 2012. Savignon et leslles de la pluie, centenaire du prix Goncourt 1912, Gourin, Éd. Montagnes noires, 2012. Morlaix, la vie quotidienne sous l’Empire et la Restauration, un maire,Louis-Ignace-Jean-Joseph Le Grand du Quellenec, 1753-1830,tome II (avec Benoît de Bergevin), Paris, Guénégaud, 2012. La rencontre de Belle-Isle(Les nouvelles enquêtes de l’aumônier, t. IV) Gourin, Montagnes noires, 2013. Le meurtre de la comtesse de Ploësquellec,Gourin, Éd. Montagnes noires, 2013. L’étrange bête du Cranou(Les nouvelles enquêtes de l’aumônier, t. IV), Gourin, 2014.
Articles Archéologie en Bretagne,Bulletin de la Société archéologique du Finistère ; Bulletin du Doyenné de Sizun ;Ar Men ;Étude et sauvegarde du patrimoine de l’Arrée;Bulletin municipal du Cloître-Saint-Thégonnec; Musique bretonne;Généalogie et Histoire de la Caraïbe;Neptunia, etc. En littérature grise : diverses études, présentations, catalogues muséologiques, d’ethnologie, ethnomusicologie, histoire, archéologie, archéologie sous-marine préventive, arts graphiques. Collaboration à divers ouvrages des éditions du Chasse-Marée-Ar Men, Cristel et autres. Divers travaux de poésie en livres d’artistes, ou publiés dans des revues spécialisées.
Claude-Youenn Roussel
Esclaves, café et belle-mère de Brest à Saint-Domingue
L’amiral Le Dall de Tromelin
Une correspondance coloniale inédite 1769-1851
Ce volume est lequatre-vingt-unièmede la collection Kronos fondée et dirigée par Eric Ledru SPM 2015
REMERCIEMENTS
Tout d’abord à M. B. de R. du P. pour la conance qu’il m’a témoigné en me conant la gestion de ses archives de famille, et en me laissant totalement libre de leur exploi-tation, à M. Léo Elisabeth, ancien inspecteur d’Académie à la Martinique, pour ses me précieux renseignements et ses travaux, M. Pierre Bardin et M Rossignol de l’asso-de ciation Généalogie et Histoire de la Caraïbe, M et M. Abgrall, mère etls du Centre généalogique du Finistère, pour leur aide sur les identications de personnages de la lle région de Morlaix, à M Solène Brisseau pour une aide similaire sur quelques person-nages dominguois identiés dans le cadre de son diplôme, à M. Jacques Le Marois pour son précieux site généalogique, et tout particulièrement au lieutenant-colonel Benoît de Bergevin pour ses savantes lumières sur les familles bretonnes évoquées.
Illustration de couverture : gravure de Jacques Granet Saint-Sauveur, 1804
© SPM, 2015 Kronos n° 81 ISSN : 1148-7933 ISBN : 978-2-917232-27-9
Editions SPM 16, rue des Écoles 75005 Paris Tél. : 06 86 95 37 06 courriel : Lettrage@free.fr - site : www.editions-spm.fr
DIFFUSION – DISTRIBUTION : LHarmattan 5-7 rue de lEcole-Polytechnique 75005 Paris Tél. : 01 40 46 79 20 – télécopie : 01 43 25 82 03 – site : www.harmattan.fr
Introduction Une vérité sans masque
UNEMALLEDEPAPIERS
Le noble nom médiéval de famille :Tromelin, est lié à divers lieux de Bretagne et des familles sans rapport entre elles hors quelques liens transversaux. Les Le Dall(d’argent à la fasce de gueules chargée d’une étoile d’argent et accomp. de trois trèes de sable)avaient récupéré pour dettes àla suite d’un long procès, en limite deKerlouan, vers 1723-1724, le vaste et vieux domaine de Tromelin, sur les ayants droits de René Barbier de Kerjean, qui portait les mêmes armes que les véritables Tromelin, anciens maîtres du lieu, soitd’argent à deux fasces de sable, dont la famille ne serait pas éteinte. Cette similitude de blasonst dire à Potier de Courcy qu’il y avait origine commune ? Les Le Dall rajoutèrent ceTromelinà leur patronyme pour afrmer leur noblesse. En 1757, ils revendirent cette terre à Jean Guillaume de Keroullas mais gardèrent le nom. Celui-ci existe aussi à Plougasnou, au manoir du Diben (qui après les anciens Tromelin appartint aux Coatanscour, également seigneurs de Kerveny, et plus tard vint s’ajouter au nom d’une branche des Boudin de Longpré(de sable à l’épée d’argent en pal, la pointe en haut, surmontée de deux étoiles d’or). Ces nouveaux Boudin de Tromelin furent même en procès à compter de 1723 avec les Le Dall de Tromelin pour un problème de succession remontant à 1676 au moins. Citons aussi dans la région les Le Goarant de Tromelin(d’or à la fasce de sable, accomp. de trois trèes de même), de Morlaix et Saint Renan. Il y a aussi un lieu noble dit Tromelin en pays quimpérois et une famille du nom.
Compte-tenu de l’ampleur du fonds d’archives que nous avons classé, la rédaction de la biographie du contre-amiral Mathieu Marie Le Dall
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Esclaves, café et belle-mère de Brest à Saint-Domingue
de Tromelin (1729-1817), devint rapidement un lourd pavé, dans lequel des thèmes importants s’affadissaient. De ce fait, elle a été éclatée en plusieurs ouvrages différents. Le premier livre est celui-ci, consacré aux aventures coloniales de la famille. Le second, déjà réalisé et en attente d’édition, décrit la carrière mari-time et politique du contre-amiral, suivie plus brièvement de celle de ne sonde frégate Sébastien-Joseph (1774-1851), ainsi qu’à leursls le c rôles successifs de maires de Plounéour-Menez (Finistère). Un volume ultérieur, bien amorcé, pourrait prendre en compte l’his-toire du château du Coëtlosquet et de ses bois, important domaine qu’ils acquirent sous le Directoire, de la très ancienne famille de ce nom. Cette dernière étude traiterait de rapports familiaux chaotiques, de manœuvresnancières longues et embrouillée suscitées par cet achat considérable, mais donnerait aussi des descriptions vivantes des prati-ques forestières et de la vie quotidienne au nord des monts d’Arrée. Il compléterait la biographie de la famille du Coëtlosquet que j’ai laissé de coté pour d’autres travaux plus urgents depuis plusieurs années mais qui est aussi très avancée et s’appuye comme toujours sur des documents inédits.
UNPESANTHÉRITAGE
Future madame Le Dall de Tromelin, Anne-Pierre de Chambellan (1749-1829), d’une famille de marins installée à Saint-Domingue, hérita à la mort de son père, en 1769, d’une importante plantation de café, où dans le contexte de l’époque, on faisait évidemment travailler des escla-ves. Elle était jeune, élevée depuis l’enfance en France, et sans aucune expérience des réalités coloniales. Sa belle-mère, madame d’Alcour, une créole bien plus au fait en ces matières, qui possédait des intérêts dans la succession, se proposa, s’imposa, se mêla, de toutes ses affaires en gardant une main féroce sur les revenus. Ce fut unegure créole typique comme il en a été souvent décrit. Elle aimait la bonne vie, les belles étoffes, les dépenses, se montrait volontiers négligente dans ses affaires, puis obsédée du moindre denier. Elle pouvait passer dans la même lettre de sentiments humanitaires à l’égoïsme le plus féroce. Elle mit la main sur les biens de l’orpheline. Bien que d’une noblesse assez obscure, et de moyens limités, elle sut se créer à Paris probablement par son entregent, son insistance et certainement beaucoup d’audace, que
Introduction
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d’aucuns nommeraient « culot », un réseau relationnel de tout premier plan, accédant (ou prétendant accéder) aux ministres et à de richissimes personnages. Il est vrai qu’on la surnommait la « belle veuve » ! Après le mariage en 1770 de Mathieu-Marie Le Dall de Tromelin, ofcier de marine, avec Anne-Pierre, l’époux tenta de prendre le relais des intérêts de sa femme et de maîtriser une situation difcile à saisir, faute lui aussi d’expérience coloniale. Mais ce n’était pas un naïf, et il savait lire entre les lignes et analyser une colonne de chiffres. Il rencon-tra une partie de leurs esclaves, lors d’un voyage à Saint-Domingue, en compagnie de sa femme, puis lors de relâches. Elle-mêmet quelques allers-retours en solitaire. Le couple établit là avec certains des Noirs de la plantation, une relation privilégiée et parallèle, qu’avait amorcé un beau-frère défunt. On voit ainsi apparaître une intéressante personnalité, Marie Rose, « Mawiwoz », ombre réinsérée dans l’Histoire. Mathieu-Marie manifesta une vision de la situation, non pas anti-esclavagiste, ce qui serait trop dire (vision qu’avec la progression des recherches on constate cependant beaucoup moins rare dans le contexte de l’époque qu’on ne l’a dit) mais assez humaine. Il exigea notamment à plusieurs reprises que ses esclaves soient nourris et soignés correcte-ment. On pourra toujours objecter qu’il ménageait l’outil de travail, mais il faut lire attentivement ses lettres pour se forger une opinion. La correspondance reçue de diverses personnes par le couple, ou envoyée par lui (Il en a heureusement gardé systématiquement des copies), essentiellement de 1771 à la Révolution, se prolonge à travers leurls et petite-lle jusqu’en 1851. Elle permet de découvrir ses relations avec le milieu colon de Saint-Domingue et sa gestion à distance de leur plantation. Leur histoire se déroule pendant les guerres franco-anglaises, la Révolution, le soulèvement de Saint-Domingue et l’indépendance de la partie française de l’île. L’indemnisation des colons proposée par Charles X et alimentée un temps par le gouvernement haïtien va prolonger les préoccupations de la famille sur ce sujet jusqu’à lan du dix-neuvième siècle. Pour cette période, nous pourrons nous appuyer tant sur les lettres privées que sur les documents ofciels.
Le grand intérêt de cette masse documentaire réside dans la véracité des témoignages, l’identication des esclaves, le dévoilement cru des rapports avec leurs maîtres, et les membres de sa famille, les gérants, les hommes d’affaires, les gens de justice, tous ceux dont ils dépen-daient totalement, n’ayant par dénition aucune part de liberté. Mais ce dernier terme est-il tout à fait vrai ? N’existait-il aucune communication