//img.uscri.be/pth/7dd94f8f0cb3e8ed997d08e0b51e2bc538eb8a4f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,46 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

ÊTRE JEUNE EN FRANCE (1939-1945)

De
352 pages
L'étude des jeunes durant la Seconde Guerre mondiale permet, de se poser la question de l'unicité ou non d'une "génération de la guerre ". Malgré la diversité des sollicitations extérieures, tant de la part de l'Etat français que de celle des mouvements collaborationnistes ou des organisations de Résistance, n'exista-t-il pas une communauté de situation, donc de destin ? Les témoignages et études historiques de ce livre permettent de mieux comprendre ce que fut la vie difficile, dangereuse, exaltante des moins de vingt-cinq ans entre 1939 et 1945.
Voir plus Voir moins

A

ETRE JEUNE EN FRANCE

(1939 - 1945)

Collection Mémoires du XXe siècle
Dernières parutions

Marie-Gabrielle COPIN-BARRIER, Marguerite ou la vie d'une Rochambelle, 2001. Guy SERBAT, Le P.C.F. et la lutte armée, 1943-1944, 2001. Lionel LEMARCHAND, Lettres censurées des tranchées, 2001. Laure SCHINDLER-LEVINE, L'impossible au revoir, 2001. Marc CHERVEL (en collaboration avec Georges Alziari, Jean Brugié, Michel Herr, Léon Horard, René Paquet), De la résistance aux guerres coloniales,. des officiers républicains témoingnent, 2001. Jean-William DEREYMEZ (dir.), Etrejeune en Isère (1939-1945), 2001.

Sous la direction de Jean-William DEREYMEZ

Préfaçe de François BEDARIDA
A

ETRE JEUNE EN FRANCE

(1939 - 1945)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0425-5

La réalisation de cet ouvrage n'aurait pas été possible sans la participation active du Centre de Recherche sur le Politique, l'Administration, la Ville et le Territoire (CERA T-UMR-CNRS N°5606) de l'Institut d'Études politiques de Grenoble, et notamment sans la mise en pages réalisée par Monique MAR TIN. Elle n'aurait pas été possible non plus sans les corrections effectuées par Régine D. BERTHET, responsable de la rédaction de la revue Résistance & Déportation publiée par l'Association des Amis du Musée départemental de la Résistance et de la Déportation de l'Isère (14, rue Hébert 38000 Grenoble)

Ont collaboré à cet ouvrage:
Michel AGUETT AZ François AUDIGIER Rémi BAUDOuï Jeannie BAUVOIS François BÉDARIDA Pierre BOLLE Jean-Yves BOURSIER Pierre BROVÉ Vital CHOMEL François COCHET Claude COLLIN Bernard COMTE Jean-William DEREYMEZ Laurent DOUZOU Yves DURAND Bertrand GASIGLIA Pierre GIOLITTO Jean-Pierre HARBULOT Lucien LAZARE Denis LEFEBVRE Maurice MOISSONNIER Antoine PLAÎT Michel PIGENET Renée POZNANSKI Adam RAYSKI Rozenn DE TOURNEMIRE Olivier VALLADE Rolande TREMPÉ Gilles VERGNON Annette WIEVIORKA Olivier WIEVIORKA

PRÉF ACE François BÉDARIDA

Si la jeunesse est de tous les temps, il est des époques où cette étape dans la vie de chaque individu acquiert à la fois une dimension collective et une signification sociale qui lui confèrent un statut propre. Telle a été la situation dans les années 1930 et les années 1940. De même que dans le cas de l'enfant on avait observé une transformation majeure de son image et de sa place dans la famille à la fin du XVIIIe siècle, de même le fait d'être jeune a pris avec le deuxième tiers du xxe siècle une portée nouvelle et originale au point de forIner une catégorie spécifique dans la société. L'appartenance à cette tranche d'age a suscité toute une dynamique col1ective qui constitue l'un des traits caractéristiques de la période. Créations d'institutions spécialisées, tentatives de mainmise par le pouvoir, formes de sociabilité propres, choix et fidélités politiques dans des directions opposées: non seulement la jeunesse s'est trouvée impliquée en priorité dans la violence de l'événement, mais elle s'y est souvent engagée avec passion. C'est pourquoi il était particulièrement bienvenu de consacrer une vaste enquête historique à analyser et à comprendre les attitudes, les options et les comportements de la jeunesse française au cours des Années noires. C'est la vertu de ce livre que de rassembler un ensemble foisonnant d'études qui, par leur diversité et leurs questionnements, contribuent à défricher un champ jusqu'ici peu exploré. Avec le choc de la défaite débute une prise de conscience à l'échelle nationale. De tous côtés, au spectacle de la patrie vaincue, des institutions écroulées, du tissu social désagrégé, du pays atomisé, surgit le thème de salut par la jeunesse. Dans l'effondrement général - "le brusque et total effondrelnent d'un édifice verll1oulu", note Gide -, tandis que règne l'anomie, comment, en effet, ne pas se tourner vers ce segment de la chaîne des générations: un segment apparemment intact et riche de virtualités pour l'avenir? Si Vichy ]"'ordre nouveau", axé sur l'avènement d'un "homme nouveau", entend faire de la jeunesse le fer de lance de la "Révolution nationale", dans le camp de la Résistance on ne mise pas moins sur elle, à la fois comme phalange pour le combat et comme ferment de ce renouveau: "la France de la défaite, écrit Marc Bloch, aura eu un gOllvernelnent de vieillarc/s. Cela est tout naturel. La France d'un nouveau printel1lps devra être la chose des jeunes". A vrai dir~, dès les années 30, avec le Front populaire et son Secrétariat d'E~at aux Sports et aux Loisirs, avec la politique de Jean Zay à l'Education nationale, avec les Auberges de jeunesse, le scoutisme, les mouvements d'Action catholique, les

12

F. Bédarida

choses avaient déjà commencé de bouger. De nouvelles tendances s'esquissaient dans la société française au profit d'une tranche d'âge: la jeunesse, en voie de reconnaissance dans la cité. Autre facteur à l'œuvre: les données démographiques, celles-ci soulignant inexorablement le déficit des éléments jeunes dans la population - les "classes creuses" - et agitant la menace pour la France de se transmuer en une nation rabougrie de vieillards. Malgré tout, il a fallu le choc de 1940 pour précipiter l'évolution. Maintes contributions montrent à la fois la crise des consciences et la force d'iInpact des cadres nouveaux, qu'il s'agisse des institutions ou de la propagande de Vichy, des chantiers de la jeunesse ou des Oflags et Stalags, des premiers groupes de Résistance ou des cadets de la France libre. De là ressort le caractère polyvalent et polysémique de la catégorie jeunesse, cohorte générationnelle définie moins par son âge biologique que par des communautés d'expériences et d'itinéraires. Il y a donc dans le concept de jeunesse une construction sociale bien plutôt qu'une communauté de nature. Du côté de Vichy, le discours officiel implique une véritable révolution culturelle, dans laquelle la régénération de la France passe par l'appel aux "vrais jeunes", à la place des "pseudo-jeunes" égoïstes et débraillés, jouisseurs et indisciplinés, de la République défunte. Par une nouvelle formation civique et morale faisant passer les devoirs avant les droits, il s'agit de forger une jeunesse saine, franche, virile, qui incarne les "vertus traditionnelles de la race". En même temps qu'on prétend éduquer le caractère autant - et même plus que l'intelligence, on entend inculquer la mystique du chef. C'est le triomphe de l'obéissance, de la discipline: "Il faut avoir la foi (lu charbonnier, déclare Lamirand en mars 1942, il faut suivre le chef aveuglél1lent". Simultanélnent est exalté l'exercice physique, le retour à la nature, le culte du sport. En témoigne le "serment de l'athlète", dont la réaction a été suivie personnellement par le Maréchal: le jeune s'y engage sur l'honneur à "pratiquer le s]Jort avec désintéressetnent, discipline et loyauté, pour devenir le lneilleur et lllieux servir sa patrie". En d'autres termes, l'objectif consistant à faire de la jeunesse un pilier de la Révolution nationale conduit en droite ligne à sa mIse au pas. C'est exactement ce qui se produit dans les organisations adeptes du vichysme pur et dur: ainsi la jeunesse de la France et d'Outre-Mer (JFOM) ou les Jeunes du Maréchal. En sens inverse, bon nombre de jeunes renâclent. Ceux-là non seulement

Préface

13

refusent de se laisser embrigader, mais ils traduisent leur esprit de contestation par le vêtement, la coiffure, la musique - le swing: ce sont les "zazous" aux comportements non conformistes. Certains en revanche poussent la collaboration jusqu'aux extrêmes, les uns dans la Milice (qui a regroupé jusqu'à 30 000 adhérents), les autres sous l'uniforme allemand qu'ils n'hésitent pas à revêtir au nom de la croisade antibolchevique, que ce soit dans la LVF, dans la Waffen 55 ou à la brigade Charlemagne. A l'opposé de ces solidarités vert de gris, la Résistance a largement recruté dans la catégorie des 18-30 ans. A partir de 1943 s'y trouvent poussées les classes visées par le STO encore qu'il s'agisse seulement d'une minorité parmi ceux qui se sont soustraits au travail en Allemagne. Pour ces jeunes les motivations ont été multiples: s'y combinent facteurs patriotiques, facteurs moraux, facteurs idéologiques, facteurs religieux. A quoi s'ajoutent l'audace, la disponibilité, la capacité de sacrifice, le goût du risque et de l'aventure. En quatre ans on est passé des balbutiements à l'organisation, de l'esprit de résistance à la lutte armée, non sans que cette tranche d'âge paie un lourd tribut du sang à la cause. C'est cette jeunesse que l'on retrouve en masse dans les maquis au cours de l'été 1944: mélange de bravoure, d'élan et d'inexpérience, folklore mi-scout mi-western, société de hors-la-loi rapidement mûrie .au contact de l'action et des responsabilités, le tout en un grand brassage social, culturel, politique et géographique. On en arrive à la Libération, étape qui mériterait d'être explorée et approfondie. Le combat armé continue avec l'arrivée de milliers de libérateurs, 2e DB et 1re Armée française, forces dans lesquelles viennent s'agréger, par le processus de l'amalgame, nombre de FFI. Au niveau du Gouvernement provisoire, dans les nouvelles institutions, sur le plan de la reconstruction, la jeunesse tient une place éminente. Mais cette fois cette promotion s'opère dans un clÎlnat de liberté et dans une optique démocratique. Les organisations les plus structurées

-

catholiques tels que la JEC et la JOC en pleine floraison eux aussi - se voient reconnaître des droits et une représentation dans les organes de la société civile. Au terme de cinq années d'épreuves la jeunesse en tant que telle a acquis en France un statut et une reconnaissance qui se prolongeront tout au long de la IVe République.

Jeunesses

communistes

alors

au zénith

et mouvelnents

1re

PARTIE

LA JEUNESSE: RÉALITÉS ET REPRÉSENTATIONS

J.W. Dereymez J.Y. Boursier Y. Durand R. Poznanski A. Rayski D. Lefebvre F. Cochet A. Plaît

Une génération de la guerre? France, 1939-1945

Être jeune en

Jeunesse et politique dans la situation Une adolescence paysanne et lycéenne sous l'Occupation Être jeune et Juif en France Seconde Guerre mondiale Être jeune et Juif sous l'Occupation Les jeunes des Antilles et de la Guyane sous le gouvernement de Vichy Être jeune dans les Stalags, les Kommandos et les Oflags Les jeunes français volontaires l'uniforme allemand (1941-1945) sous pendant la

A

Une génération de la guerre?
Jean-William Dereymez1

Etre jeune en France, 1939-1945

GENÈSE
Depuis plusieurs années, au fur et à mesure, sans doute, que l'âge pèse sur nos épaules, un fait nous frappe régulièrement, la jeunesse de nombreux acteurs de ce que l'on a coutume d'appeler les Années noires émanant des photographies de résistants, comme de celles de collaborateurs. Impression confirmée par le recueil de témoignages, tout particulièrement celui d'Annie Kriegel: lors d'un entretien à nous accordé en octobre 1992 pour la préparation d'un article sur les Juifs en Isère durant la "Seconde guerre mondiale,,,publié ultérieurement dans la revue Evocations, la Pierre et l'Ecrit2, nous avions, de conserve avec celle qui fut lycéenne et résistante à Grenoble, évoqué cette évidence de l'âge de nombreu~ résistants, dont ellemême. L'idée d'un colloque sur le thème "Etre jeune en France, 1939-1945" qui germa alors en nous, fut accueillie avec enthousiasme par la même Annie Kriegel, informée du projet dans ce qui fut son bastion universitaire, Nanterre, au cours d'une journée d'études, en 1995. Mais Annie Kriegel, disparue au mois d'août de cette même année 1995, ne put voir la réalisation de l'idée, Marc Ferro, son condisciple et compagnon de réseau, acceptant d'assurer la présidence du colloque qui la concrétisa. Ce colloque tenu en janvier 1997 à l'Institut d'études politiques de Grenoble, se donnait donc pour objet l'étude de la jeunesse en France entre le début et la fin des hostilités. De la
1. L'auteur remercie vivement Pierre Bréchon, Olivier Ihl, professeurs de Science politique à l'Institut d'études politiques de Grenoble et Pierre Giolitto, Inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale, pour avoir lu une première version de cette communication et émis de fécondes suggestions. 2. Dominique BOVET, Jean-William DEREYMEZ,"A propos de la rat1e du 26 août 1942. Les Juifs en Isère (1940-1944)", Évocations. La Pierre et l'Écrit, 1994-1995, p. 139-198.

18

J. W. DereYlnez

jeunesse en France et non de la jeunesse de France: notre propos voulait englober non seulement les jeunes Français, mais aussi tous ceux qui vécurent, peu ou prou, dans les limites nationales, au demeurant fluctuantes, durant ces années. Ainsi les jeunes étrangers réfugiés en France, mais aussi ceux qui appartinrent aux troupes d'occupation entraient-ils dans le champ de notre recherche. Mais, malgré nos efforts, nous ne pûmes obtenir de communications, ni même de témoignages, sur ce dernier thème3. A l'origine, nous souhaitions regrouper les travaux autour de deux axes principaux, la jeunesse comme réalité, démographique, sociologique, culturelle, la jeunesse c0lT!me enjeu des différents acteurs qui lui étaient extérieurs, Etat français, occupants, collaborateurs, France Libre, résistants. Nous préférons dans cette présentation sérier trois problèmes, ceux de la jeunesse, des générations, des enjeux qui sous-tendent l'ensemble des que~tions posées par le sujet.
JEUNESSE

La notion de "jeune", très floue, méritait d'être explicitée. Faut-il cependant se contenter de l'approche de Pierre Bourdieu, reprise ici même par Gilles Vergnon, selon laquelle "La jeunesse n'est qu'un lnot"4, induisant, dans une vision que Durkheim n'aurait pas reniée, qu'elle ne constitue pas un véritable groupe social? Si 'la jeunesse est, à l'évidence, construction sociale, elle est tout autant sinon plus réalité physiologique et décision juridique: aspects physiologiques, sociologiques, politiques se combinent, mais aussi se chevauchent, se contredisent. Justement, à ce propos, à.quel âge est-on jeune, à quel âge cesse-t-on de l'être? Délimiter un corpus "jeunesse" signifie établir des limites inférieure et supérieure, car le "jeune", surtout dans le contexte de l'époque, se différencie de l'enfant, il appartient déjà à l'adolescence: nous souscrivons à la claire définition de Madeleine Grawitz pour qui la jeunesse est la C(périodede la vie considérée C011'lIne séparant l'enfance de l'âge

3. Nous ne désespérons pas o.btenir des témoignages pour d'autres publications. 4. Pierre BOURDIEU, Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1981, 268 p., p. 142-154.

Une génération de la guerre?

19

adulte"5. Mais comme elle, nous pensons que "l'accord disparaît lorsqu'il s'agit de fixer un ternze à cette période". Et nous ajouterons: un début. Car comment s'effectuent les départs entre enfance et jeunesse, puis entre jeunesse et âge adulte? Olivier Galland montre l'émergence, qu'il qualifie même H d' invention", d'une nouvelle phase de la vie, l'adolescence, au début du XXe siècle, grâce aux ouvrages de Stanley Hall et Pierre Mendousse, le premier baptisant cette période de "nouvelle naissance "6. Pierre Favre a signalé avec justesse le "vertige" étreignant le sociologue "lorsqu'il se demande où faire passer la frontière séparant deux générations"7. Habituellement, la puberté, "seuil décisif", selon O. Galland, beaucoup plus marquante pour les filles du fait du début des menstruations, la fin des études, primaires ou secondaires pour les deux sexes, le service militaire pour les garçons - avec les prémices de la conscription -, les débuts dans la vie active, le mariage - et ce que les sociologues nomment la décohabitation d'avec les parents -, la maternité pour les femmes constituent les étapes classiques avec ses passages successifs mais non concordants, longtemps scandés par des rites. Faut-il adopter comme séparation entre enfance et "jeunesse" le moment où s'éveille la conscience, celle de la condition humaine? Mais on nous accordera qu'elle se date difficilement. .. Pour les milieux populaires, la fin de l'enfance pouvait, plus prosaïquement, être celle de la scolarité, fixée par le Front populaire à 14 ans, et du début de la vie professionnelle, du moins de l'apprentissage8. Pour les classes aisées, la limite

5. Madeleine GRAWITZ, Lexique des Sciences sociales, Paris, Dalloz, 1991 (5e éd.), 400 p., p. 236. 6. Olivier GALLAND,Sociologie de lajeunesse, Paris, Armand Colin (U Sociologie), 1997 (2e éd.), 248 p., p. 39. 7. Pierre FAVRE, "De la question sociologique des générations et de la difficulté à la résoudre dans le cas de la France", in Jean CRÊTE,PietTe FAVRE (dir.), Générations et politique, Paris-Laval, Economica-Les Presses de l'Université Laval, 1989, 372 p., p. 283-321, p. 285. 8. Cf Antoine PROST,"Jeunesse et société dans la France de l'entre deux guerres", Vingtième Siècle, revue d'histoire, n° 13, janvier-mars 1987, p. 35-43, notamment p. 35 : "Dans les l1zilieuxpopulaires, la jeunesse constitue un groupe facile à reconnaître. Il est défini par quatre traits: les jeunes ne vont plus à l'école, ils travaillent, ils ne sont pas encore 111ariés,ils vivent chez leurs parents et sous leur contrôle. Entre l'enfance et le jeunesse, la coupure est nette: c'est la

20

J. W. Dereynlez

était beaucoup pus floue: l'âge d'entrée en sixième, autour de douze ans, s'il marque un tournant, ne coïncide pas véritablement avec le passage à l'adolescence, tout au plus à la pré-adolescence. Et les études des lycéens d'autrefois, avec leur continuité ininterrompue jusqu'au baccalauréat, n'étaient marquées d'aucune rupture, contrairement à celles des collégiens pour qui le brevet indiquait la fin des études, l'entrée dans la vie active, particulièrement d'ailleurs pour les jeunes filles. Le témoignage de Maurice Moissonnier dans ce volume confirme la force du clivage lycée/collège. Pour en revenir à la séparation enfance/jeunesse, on relèvera que l'âge de 16 ans a été et est encore aujourd'hui considéré officiellement comme la limite inférieure donnant droit à la reconnaissance des actes de Résistance9. De même la fin de la jeunesse, au sens sociologique du terme, ne peut-elle trouver tout à fait son terme dans le service militaire ou dans cet ersatz que furent les Chantiers de la Jeunesse pour les garçons. La mobilisation dans l'active toucha fin 1939 les classes 1938 (2e et 3e fractions) et la première fraction 1939, donc les jeunes ayant 20 ans révolus ou 21 ans. Doit-on alors s'aligner simplement sur la définition légale de la majorité civile et civique de l'époque (21 ans) ou choisir une autre limite, comme le fait Olivier Wieviorka en retenant l'âge de trente ans "tant parce qu'il correspond à la borne utilisée par les historiens, ce qui rend les conlparaisons sociologiques possibles, que parce qu'il coiilcide avec l'âge nloyen au mariage des garçons, 28 ans et de111ien 1939"? Notons pour en terminer avec cette limite supérieure que la dernière classe concernée par la mobilisation dans l'active ou la disponibilité fin 1939 est la classe 1934, soit les jeunes hommes ayant alors moins de 25 ans (voir tableau 1) ; que l'âge limite d'engagement ou de réengagement dans l'armée française avait été fixé en janvier 1941 par le ministre de la Guerre,à 27 ans, l'âge minimum étant de 18 anslO ; enfin que l'Etat français, au moment de la création du Service du travail obligatoire, souhaitait recenser dans un premier temps l'ensemble des

fin de l'école, à 13 ans, et la l/lise au travail dans les jours qui
suivent"

.

9.

Philippe A. BOIRY, Les Jeunes dans la Résistance, Périgueux, Pilote 24 Édition, 1996, 96 p., p. 13. 10. Journal Officiel, Lois & décrets, 7 janvier 1941, p. 96, Arrêté du 3 janvier 1941.

Une génération de la guerre?

21

Français de sexe masculin nés entre le 1erjanvier 1912 et le 31 décembre 1921, soit âgés de 21 ans révolus à 31 ans!!.
TABLEAU 1 Répartitions des classes de mobilisation au 15 novembre 1939 Type Classes concernées Armée active Disponibilité 1939 (1re fraction) 1938 (2e et 3e fractions) 1938 (1re fraction) 1937 1936 1935 de la classe 1934 à la classe 1920 inclusivement de la classe 1919 à la classe 1910 inclusivement12 1909

Première réserve Deuxième réserve

Classe libérée des OM mais restant à la disposition du ministre de la DN Source: La Vie du Parti, n° 8, janvier 1940, p. 8.

faut-il in fine adopter les critères administratifs imposés par l'Etat français sous la forme des catégories du ravitaillement? A ce propos, Vichy a évolué dans son approche. Comme le montre le tableau 2, l'Etat français hérita d'abord des catégories créées par la République en mars 1940, catégories considérant les jeunes, estampillés simplement "J", comme étant les "enfants des {ieux sexes âgés de 3 à 12 ans révolus".
Il. Journal Officiel, Lois & décrets, 13 septembre 1942, p. 3122 et 13 octobre 1942, p. 3450 (rectificatif). La loi du 1er février 1944(Journal Officiel, Lois & décrets, 2 février 1944, p. 358) étendit l'obligation du recensement aux hommes entre 16 et 60 ans ainsi qu'aux femmes entre 18 et 45 ans. 12. La libération de la classe 1910, prévue pour le 15 octobre 1939, a été ajournée par l'application de l'article 40 de la loi du 31 mars 1928. Les pères de quatre et cinq enfants quelle que soit leur classe ont été assimilés à la classe 1910. Les pères de trois enfants appartenant aux classes 1911, 1912, 1913, 1914, 1915, 1916, ont aussi été assimilés à la classe 1910.

22

J. W. Dereymez

Dans un premier temps, dès octobre 1940, Vichy différencia la catégorie J en "J 1", le enfants des deux sexes âgés de 3 à 6 enfants des deux sexes âgés de 6 à 12 ans" tout ans", et "J2", le en maintenant comme "adultes" et les classant dans la catégorie "A", les Français de 12 ans à 70 ans. A partir du 1er juillet 1941 naquit la catégorie des ,,"J3", les 13-21 ans, dénommés d'ailleurs "adolescents" par l'Etat français. La limite inférieure de la jeunesse serait alors 13 ans, la supérieure 21 ans.
TABLEAU2 Catégories du ravitaillement en 1940 et 1941 Critères Critères au 9 mars 1940 au 23 octobre 1940 "Enfants des de ux "Enfants des deux sexes âgés de sexes âgés de nlO ins de 3 ans" Inoins de 3 ans" "Enfants des deux sexes âgés de 3 à 12 ans révolus" "Enfants des deux sexes de 3 à 6 ans"
(tEnfants des deux sexes de 6 à 12 ans révolus "

Catégories E

Cri tères au 1erjuillet 1941 "Enfants des deux sexes âgés de moins de 3 ans"

J JI
J2

J3 "Consol1lmateurs des deux sexes de 12 à 70 ans, ne se livrant pas à des travaux deforce" "Consonl1nateurs des deux sexes de 12 à 70 ans, ne se livrant pas à des travaux deforce"

A

c

(t Consomlnateurs "Consoml1zateurs "Consolnlnateurs des deux sexes à des deux sexes à des deux sexes à partir de 12 ans et partir de 12 ans et partir de 21 ans se sans IÙnite d'âge se sans limite d'âge se 1iv rant [. ..] aux livrant [...] aux livrant [...] aux travaux agricoles" travaux agricoles" travaux agricoles"

"Enfants des deux sexes âgés de 3 à 6 ans" "Enfants des deux sexes âgés de 6 à 13 ans" "Adolescents des deux sexes âgés de 13 à 21 ans" "Consonunateurs des deux sexes de 21 à 70 ans, ne se livrant pas à des travaux donnant droit au classelnent en catégorie T ou C"

Une génération de la guerre?
H COllS011lnlateurs

23

H

ConSOlnnlateurs

H

COnSOl1l1nateurs

T

des deux sexes de 12 à 70 ans se livrant à un travail pénible nécessitant une grande dépense de force
I1zusculaire" H COnS0l1l111ateurs

des deux sexes de des deux sexes de 12 à 70 ans se 21 à 70 ans se livrant à un travail livrant à un travail pénible nécessitant pénible nécessitant une grande dépense une grande dépense de force de force
111usculaire" H ConSOl1unateurs

v

111usculaire" it Consonlmateurs

des deux sexes de plus de 70 ans, dont les occupations ne peuvent autoriser le classelnent en catégorie C ou en catégorie T"13

des deux sexes de plus de 70 ans, dont les occ upations ne peuvent autoriser le classe111ent en catégorie C ou en
catégorie T" 14

des deux sexes de plus de 70 ans I1lais dont les occupations ne peuvent autoriser le classe111ent en catégorie C"

Sources: Journal Officiel de la République française. Lois et décrets, 10 mars 1940, p. 1797. Journal Officiel de la République française. Lois et décrets, 23 octobre 1940, p. 5395. 2769-2770.

Journal Officiel de l'État français Lois & décrets, 1er juillet 1941, p.

Tenter cette approche s'avère d'autant plus malaisé que la durée de la guerre introduit une dimension évolutive, inscrite dans un processus chronologique de vieillissement: les jeunes de 1939 ne le sont plus en 1945, les enfants de 1940 deviennent des jeunes en 1944, etc. Le tableau 3 le montre bien: en nous limitant aux seules personnes ayant eu la qualité de J3 entre 1939 et 1945, nous obtenons 15 groupes d'âges, ce que Pierre Favre considère comme un ensemble pouvant appartenir à une génération15. En incluant les jeunes adultes jusqu'à 30 ans, à l'instar d'Olivier Wieviorka, nous augmentons nos cohortes jusqu'à 24 groupes d'âges. Peut-être pouvons nous délimiter à l'intérieur de ces 24 groupes un "noyau dur", les classes d'âges
13. Cette dernière précision est en contradiction avec la définition des âges de la catégorie T. Les catégories et sous-catégories T 1, T2, FE, FA ont été créées ultérieurement. 14. [denl. 15. P. FAVRE, op. cil., p. 314.

24

J. W. Dereynzez

ayant eu entre Il ans en 1939 et 25 ans en 1945, soit huit classes d'âge qui auraient eu la particularité de n'avoir pas connu l'enseignement primaire de Vichy.
TABLEAU 3

Âges des jeunes selon leur date de naissance (1939-1945) Années

naissance 1932
1931 1930
1929

1939
7
8 9 10 11 12 13 14 15

1940

1941

1942

).
.
.......

1928 1927 1926 1925 1924
1923

........

>
....../

Il.
<

..

.

l~
...
..........

.:.

1943
1944

1945
13 14 15 16 17 18 19 20 21

*<il

.:.....L

.:..:1/

J

22 16 19 21 1.~. 23 1922 20 21 22 17 19 1921 19 23 24 18 20 21 22 2S 1920 19 20 23 24 21 22 1919 20 21 24 25 26 22 23 26 1918 21 22 24 27 23 25 28 1917 22 23 24 25 26 27 1916 23 28 29 24 25 26 27 1915 24 25 30 26 27 28 29 1914 25 26 30 27 28 29 31 1913 26 32 27 28 29 30 31 33 1912 27 28 29 30 32 31 1911 33 34 28 29 30 32 31 35 1910 29 30 32 33 34 31 1909 30 35 36 31 32 33 34 Légende: En gras, les classes "normales", ou "planes", voire d'un relatif "baby boom"; en caractères non gras les classes creuses; en italiques, les années record dans l'un ou l'autre cas; en grisé, les années des classes d'âge ayant connu ou pu connaître l'enseignementprimaire ou secondaire sous.Vichy.

19 20

19 20

Ces "jeunes" ainsi approchés sinon définis, combien étaient-ils? Le problème statistique s'avère ici particulièrement redoutable. Signalons d'emblée la rareté des études de démographie historique sur cette période: depuis les travaux

Une génération de la guerre?

25

d'Alfred Sauvy, déjà anciensl6, les études démographiques n'ont guère attiré les chercheurs, et nous souffrons de manière plus générale d'un manque de données concrètes sur les Années noires et celles qui les précédèrent ou les suivirent immédiatementl7. Les organisateurs du colloque souhaitaient que celui-ci étudie les caractéristiques démographiques d'une société vieillie, la répartition géographique, les jeunes étrangers, la place des jeunes dans les diverses catégories socioprofessionnelles, les jeunes agriculteurs, les jeunes ouvriers, les jeunes employés, le rapport des jeunes avec le travail, le chômage des jeunes, leurs problèmes spécifiques de ravitaillement, leur état de santé, etc. Ce ne fut malheureusement pas possible. Une autre difficulté provient du fait qu'il n'y eut pas, à cause des "circonstances", de recensement en 1941 comme l'aurait voulu la logique quinquennale enclenchée en 1831, troublée par la défaite et la Commune (recensement de 1872) et par la première guerre mondiale (hiatus de 1916). Nous ne disposons donc que des recensements de 1936, de 1946 et de quelques éléments plus épars, d'accès plus difficile: ainsi en octobre 1941, à partir du décompte des cartes d'alimentation, les services officiels procédèrent à des estimations de population18. La comparaison entre les données de 1936 et celles de 1946 s'avère malaisée. En effet, le recensement de 1946 introduit une nouvelle notion, recommandée par l'ONU, celle de "population totale rectifiée", qui vient s'ajouter aux notions utilisées précédemment, celles de
16. Alfred SAUVY, La Vie économique des Français de 1939 à 1945, Paris, Flammarion, 1978, 260 p. 17. Signalons l'ouvrage de Dominique VEILLON, Vivre et survivre en France, 1939-1947, Paris, Éditions Payot et Rivages, 1995, 372 p., qui aborde peu les aspects démographiques. Quant à l'ouvrage dirigé par René Rémond et Janine Bourdin [René RÉMOND et Janine BOURDIN (dir.), La France et les Français en 1938-1939, Paris, Presses de la FNSP, 1978, 368 p.], il ne contient aucune donnée concrète d'ordre démographique, social ou économique. L'étude de Claire Andrieu [Claire ANDRIEU, "Démographie, famille, jeunesse", in Jean-Pierre AZÉMA, François BÉDARIDA (dir.), La France des Années noires, Paris, Éditions du Seuil, 1993, tome 1, 544 p., p. 453-487], traite essentiellement des politiques démographiques, notamment de Vichy. 18. Le nombre d'habitants de la France fut ainsi estimé en octobre 1941 à 39 302511 contre 39991 429 au recensement de 1936 (Le Petit Dauphinois, 15 octobre 1941).

26

J. W. Dereynlez

"population présente" et de "population légale"19. Ensuite, parce qu'avec les prisonniers et les déportés en Europe centrale et orientale, les Français libres donc exilés, et inversement les réfugiés affluant en zone sud, sans parler des troupes d'occupation et des décès intervenus chez les jeunes entre 1936 et 1939-1945, les données de 1936 furent bouleversées. A. Sauvy a bien montré les mouvements brutaux de population dans la seule année 19402°. Quant aux données du recensement de 1946, elles traduisent un début de retour à la "normale" brouillant l'appréhension du phénomène pendant les Années nOIres. D'une manière générale, les jeunes paraissent avoir été plus mobiles durant cette période que précédemment et se retrouvèrent parfois isolés hors de leur famille. Wilfred D. Halls estime à 90 000 le nombre d'enfants "ten1porairement perdus" pendant l'exode21. Si l'on prend un exemple, celui du département de l'Isère, il connut des départs de jeunes durant la guerre, assez peu de départs volontaires au demeurant car, si l'on écarte évidemment les prisonniers et déportés, les Français libres furent peu nombreux, les travailleurs volontaires non plus et les
19. La population légale comprend toutes les personnes ayant leur résidence habituelle dans la commune; la population présente est la population effectivement présente au moment du recensement; la population totale rectifiée prend en compte les fonctionnaires, les militaires et leurs familles momentanément absents lors du recensement, incluant aussi les personnes de passage. La difficulté vient d'une part de ce que le recensement de 1936 ne comprend pas la catégorie "population totale rectifiée", d'autre part de ce que les statistiques par âges ne sont pas exprimées en termes de "population légale", plus proche de la "population totale rectifiée" que la "population présente" ; enfin de ce que les personnes vivant momentanément hors de France (militaires, fonctionnaires, etc.) étaient beaucoup plus nombreuses en 1946 qu'en 1936, surtout parmi les jeunes hommes, à cause de l'occupation en Allemagne, en Autriche et du début de la guerre d'Indochine. 20. A. SAUVY, op. cit., p. 72. Cet auteur estime à douze millions le nombre de personnes déplacées en mai-juin 1940. 21. Wilfred D. HALLS, Les Jeunes et la politique de Vichy, Paris, SyrosAlternatives, 1988, 504 p., p. 20-21. Cet ouvrage, par ailleurs très précieux, comprend, outre des lourdeurs de traduction, quelques erreurs de détail qui rendent prudente son utilisation: confusion entre Chalon-sur-Saône et Châlons-sur-Marne, présentation erronée de l'affaire de Voiron, etc.

Une génération de la guerre?

27

requis du STO se transformèrent souvent en réfractaires. Par contre, l'afflux de jeunes fut conséquent, que l'on considère les réfugiés par nécessité, les persécutés, Juifs principalement22 ou ceux dont les pays ou régions furent envahis puis transformés en zones spéciales (cas du Nord ou de l'Est), ou les réfugiés par précaution, jeunes que leur parents envoyèrent en zone non occupée comme M. Ferro (voir son témoignage dans ce volume) ou Jean Mugnier-Pollet23. Un exemple le montre bien, celui de la forte croissance, mais aussi les variations considérables selon les années, du nombre d'étudiants de l'université de Grenoble24, ainsi que l'indique le tableau suivant.
TABLEAU4

Année unlversitaire 2 782 1938-39 1 814 1939-40 1940-41 3 560 1941-42 2 772 4 781 1942-43 1943-44 2 795 1944-45 2 009 Sources: Archives Départementales de l'Isère, ou bisannuels.

Les étudiants de l'Université de Grenoble (1938-1945) Dont étrangers Variations Nombre total (dont Polonais) annuelles d'étudiants 862 (168) 249 (13) 506 (311)

- 34,79 + 96,25 - 22,13 + 72,36 - 41,53 - 28,12

% 0/0 % % % %

21 T 154, Questionnaires annuels

Ce que nous pouvons dire, c'est que l'ensemble des 1330 ans - répétons-le, ceux ayant eu entre 13 et 30 ans entre 1939 et 1945, soit nos 24 groupes d'âges - représentaient en
22. D. BOVET, J-W. DEREYMEZ, article cité. 23. Entretien de Jean Mugnier-Pollet avec l'auteur, 15 juin 1995. 24. Jean-William DEREYMEZ, "L'Université de Grenoble entre Pétainisme et Résistance", in André GUESLIN (dir.), Les facs sous Vichy. Étudiants, universitaires et universités ell France pendant la Deuxièn1e guerre mondiale, Clermont-Ferrand, Publications de l'Institut d'Études du Massif central, Université Blaise-Pascal (Clermont II), 1994, 378 p., p. 113-132.

28

J. W. Dereynlez

1936 35,78 % de la population présente, soit 14 735 523 personnes. En réduisant à nos groupes seulement concernés par l'appellation J3, soit 15 groupes, nous avons en 1936 Il 518 182 personnes, soit 27,96 % de la population présente. Ces groupes n'étaient pas égaux, loin de là. On trouvait parmi eux les fameuses classes creuses, celles de la première guerre mondiale, donc les personnes nées entre 1915 et 1919, la classe la plus creuse étant celle des enfants nés en 1916. On pouvait distinguer des classes relativement pleines, qui allaient de 1920 - l'année maximum - à 1932: la différence entre ces deux extrêmes allait du simple au double, 332 555 pour les personnes nées en 1916 à 741 171 pour celles nées en 1920. Si l'on considère maintenant les mêmes groupes en 194625, nous constatons bien entendu une déperdition, puisque les 24 groupes représentaient alors 13 996 419 personnes (34,86 % de la population totale rectifiée) et les 15 groupes 10 931 546 personnes (27,22 % du total). La perte se montait à plus de sept cent mille personnes dans le premier cas (739 109) et près de six cent mille dans le second (586 636), soit un recul de 5 % par rapport à l'avant-guerre, alors que la baisse de la population totale n'atteignit que 2,57 %. Les jeunes furent donc, et c'est logique, beaucoup plus touchés par la régression démographique que l'ensemble des habitants du pays. La chute est encore plus forte si nous considérons, grâce au tableau 4, les classes d'âges par année de naissance. Ainsi les groupes nés entre 1913 et 1925, ayant donc eu entre 26 et 31 ans ou entre 14 et 19 ans pendant les Années noires, sont-ils les plus touchés par la diminution, leur taux étant toujours supérieurs à la moyenne; le groupe né en 1921 voit même ses effectifs diminuer de près de 8 % dans l'intervalle intercensitaire. Lorsque l'on fait le départ entre garçons et filles, on s'aperçoit que les premiers nés entre 1914 et 1923 ont subi une diminution de moyenne supérieure à 9 %, soit de près d'un dixième, tandis que les filles ne connaissaient qu'une diminution de 4,89 %. Bien entendu, l'âge moyen et l'âge médian des populations françaises entre 1936 et 1946 ont augmenté, passant pour le premier de 34 ans et 5 mois à 35 ans et 6 mois, la plus forte progression depuis l'intervalle 1911-1921 ; et le second de 32 ans 9 mois à 35 ans.

25. cf la note 19 pour nuancer l'adjectif.

Une génération de la guerre?

29

GÉNÉRATIONS

Une interrogation lancinante sous-tend notre problématique, celle de l'existence ou non d'une "génération" de la Seconde guerre mondiale. Encore plus aigu que la question des limites de la "jeunesse" est le problème des "générations". D'abord du fait de la polysémie du terme, comme le soulignent Claudine Attias-Donfut et O. Galland26, et de son obscurité27. Ensuite parce que, ainsi que le précise JeanPierre Azéma, Hl'effet de génération ne se limite pas à l'effet jeunesse "28. On sait que la notion même, dont on a largement usé et abusé dans la littérature et les médias, l'archétype étant l'ouvrage d'Hervé Hamon et Patrick Rotman, intitulé justement Génération29 - n'a-t-on pas parlé successivement des quarantehuitards, de la génération du Feu née de la Grande guerre, de celle des années trente, de celle de la guerre d'Algérie, des soixante-huitards, voire de la "bof-génération" de 1978 ou de la "génération morale" (sic) de 1986, sans oublier la "génération Mitterrand" inventée par les publicitaires lors de la campagne pr~sidentielle de 1988 ni le parti politique dénommé Génération-Ecologie30 - est fortement contestée, tant par les sociologues dont la grande majorité penche pour ne considérer la "génération" que comme une notion - voire une "notion à conceptualisation diverse "31- que par certains historiens, ainsi

Lucien Febvre estimant cette notion itconfuse",

"mal définie",

26. Claudine ATTIAS-DONFUT,Sociologie des générations. L'empreinte du temps, Paris, PUF (Le Sociologue), 1988, 252 p., p. 236. o. GALLAND, op. cit., p. 107, remarque que HLa notion de génération recouvre des significations lnultiples qu'il convient de distinguer". 27. Richard BRAUNGART, Margaret BRAUNGART, "Les générations politiques", in J. CRÊTE, P. FAVRE, op. cit., p. 7-51, soulignent p. 8 que "le ternle "génération" reste l'une de ces obscures constructions sociales qui, tout en étant peut-être saisies intuitivement, sont loin d'être parfaitelnent cOl1lprises sur le plan
analytique"

.

28. Jean-Pierre AZÉMA, "La clef générationnelle", Vingtième Siècle, revue d'histoire, n° 22, avril-juin 1989, p. 3-10. 29. Hervé HAMON,Patrick ROTMAN,Génération. 1. Les Années de rêve. Récit, Paris, Éditions du Seuil, 1987, 622 p. 30. Voir la recension faite par P. FAVRE, op. cit., p. 320-321. 31. Marc DEVRIESE, "Approche sociologique de la génération", Vingtiènte Siècle. Revue d'histoire, n° 22, avril-juin 1989, p. 11-16, p. 15.

30

J. W. DereYlnez

H inutile" voire Hparasite", ou Raoul Girardet, plus nuancé que L. Febvre, préférant s'en tenir à la Hcontelnporanéité"32. Si l'on se réfère au Traité de Sociologie édité sous la direction de Raymond Boudon33, le terme de "génération" n'apparaît pas dans l'index thématique, pas plus d'ailleurs que celui de "jeunesse": à peine fait-il une apparition furtive dans les expressions H,nobilité sociale intergénérationnelle" ou Hintragénérationnelle". P. Favre a démontré l'extrême difficulté à cerner sociologiquement la notion, même en restant sur le seul terrain de la sociologie politique34.

32. Raoul GIRARDET, "Du concept de génération à la notion de contemporanéité", Revue d'histoire lnoderne et contenlporaine, 1. XXX, avril-juin 1983, p. 257-270. Sur les prises de position des historiens envers la notion de génération, cf Jean-François SIRINELLI, "Génération et histoire politique", Vingtièlne Siècle. Revue d'histoire, n° 22, avril-juin 1989, p. 67-80. Voir aussi du même la direction du numéro 6 des Cahiers de l'IHTP, novembre 1987, 106 p., consacré aux "Générations intellectuelles", particulièrement l'article p. 5-18, intitulé "Effets d'âge et phénomène de génération dans le milieu intellectuel français", toujours du même Jean-François Sirinelli. Voir également l'article pionnier d'Yves RENOUARD,"La Notion de génération en histoire", Revue historique, 1. CCIX, 1953, 1, p. 1-23. 33. Raymond BOUDON, Traité de Sociologie, Paris, PUP, 1992,576 p. Les deux concepts ou "notions", ne sont guère plus utilisées dans Raymond BOUDON,François BOURRICAUD, ictionnaire critique de D la Sociologie, Paris, PUF, 1990 (3e éd.), 714 p. 34. P. FAVRE, op. cil., p. 283-321.

Une génération de la guerre?

31

TABLEAUS Effectifs des jeunes selon leur année de naissance (1936-1946) (4) (5) (6) (2) (3) (1) 1,61 1,60 647 442 660 474 1932 - 2,01 % 1,62 1,60 650 476 661 245 1931 - 1,65 % 1,65 1,65 666 382 683 100 1930 - 2,50 % 1,58 1,59 637 757 1929 658 536 - 3,20 0/0 1,61 1,63 647 127 1928 673 667 - 4,10 % 1,60 1,62 642 701 1927 669 580 - 4,18 % 1,67 1,63 655 025 1926 689 009 - 5,18 % 1,68 1,63 657 016 1925 694 774 - 5,74 % 1,59 1,65 682 017 641 649 1924 - 6,29 % 1,61 1,67 648 184 1923 691 772 - 6,72 % 1,63 1,70 654 736 1922 701 334 - 7, Il % 1,68 1,77 1921 731 991 677 884 - 7,98 % 1,71 1,79 741171 690 051 1920 - 7,40 % 1,03 1,07 1919 444 234 '416 531 - 6,65 % 0,92 0,96 371 352 1918 399 022 - 7,45 % 0,81 0,85 327 241 1917 351 440 - 7,39 % 0,77 0,80 312 762 1916 332 555 - 6,32 % 0,97 1,01 391 831 1915 416 150 - 6,20 % 1,48 1,54 1914 636 111 595 399 - 6,83 % Total 27,22 5,36 % 27,96 provi10931546 Il 518 182 soire 1,51 1,56 609 733 1913 644 025 - 5,62 % 1,54 1,57 620 650 1912 649 183 - 4,59 % 1,46 1,48 1911 610 988 586 552 - 4,16 % 1,55 1,59 623 765 1910 658 563 - 5,57 % 1,55 1,59 654 582 624 173 1909 - 4,87 % Total 34,86 35,78 des 14 735 523 13 996 41 9 - 5,28 % jeunes 100 Total 41183 193 100 40 150 230 - 3,24 % Sources: Résultats statistiques du recensenlent général de la population effectué le 8 lnars 1936, TonIe l, 2e partie, Population présente totale, Paris: Imprimerie nationale, 1942, p. 82-85 ; Résultats statistiques du recensement général de la population effectué le 10 lnars 1946, Volume II, Population présente totale, Paris, Imprimerie nationale-PUF, 1953, p. 52-53. (1) Années de naissance; (2) Effectifs 1936 (population présente) ; (3) % de la population totale; (4) Effectifs 1946 (Population totale rectifiée) ; (5) % de la population totale; (6) Variation 1936-1946.

32

J. W. Dereymez

Pour notre part, tout en ayant parfaitement conscience de ces réticences et de ces limites, nous prendrons comme hypothèses de départ les remarques de Jean-Pierre Azéma, pour qui l'approche générationnelle "s'est révélée une grille de lecture presque toujours féconde et fournit parfois une clef explicative fondamentale "35 et celle de Pierre Favre, selon laquelle "l'existence d'effets de générations tient à des spécificités historiques "36, voire celle de José Ortega y Gasset37. Il nous paraît donc crucial de vérifier si, dans notre cas, cet effet a existé. Nous ne le ferons pas par la combinaison d'approches suggérée par Pierre Favre. En effet, l'approche purement sociologique, incarnée par Pierre Bourdieu, axée sur les changements dans la socialisation donc dans la formation initiale, ne peut guère s'appliquer à des classes d'âges qui n'ont pratiquement connu que l'enseignement primaire de la Ille République, même s'il faudrait affiner l'analyse en cherchant en quoi cet enseignement de l'entre deux guerres différait-il - ou ne différait-il pas - de celui d'avant 1914. Nous privilégierons donc l'approche historique en mettant l'accent sur les critères extrinsèques (P. Favre). Dans le cadre limité de cette communication, notre propos sera modeste, un peu à la manière de Hervé Hamon et de Philippe Rotman38. Concrètement, nous partirons des trois éléments déterminés par Karl Mannheim39, la U situation", la "cohésion", "l'unité de génération", pour avancer à notre tour quatre paramètres, les données démographiques, la situation, la cohésion, l'action. A chacun de ces paramètres correspondrait une catégorie concernant la notion considérée, à savoir la (ou les) classe(s) d'âge, la cohorte, la génération sociale, la
35. I-P. AZÉMA, article cité, p. 4. 36. P. FAVRE, op. cit., p. 2. 37. Cf ATTIAS-DONFUT, article cité, p. 50, note que José Ortega y Gasset assurait: L '!zolnI11e est défini prioritaire111ent par son inscription dans l 'histoire, il est son histoire et celle-ci est donnée par sa génération". 38. H. HAMON, P. ROTMAN, op. cit., p. 598 : till s'agissait, précisaient les auteurs, par approxilnations l1zéthodiques, de ffZeSltrel"'effet de génération" chez divers représentants significatifs d'une population restreinte (des étudiants qui ont eu vingt ans dans les années soixante), laqueLle, hasard et nécessité, a mis en branle toute la jeunesse, et tout le pays". 39. Karl MANNHEIM,Le Problènze des générations, Paris, Nathan (Essais & Recherches), 1990, 128 p.
ti

Une génération de la guerre?

33

génération politique, chacune constituant une étape sur une échelle de constitution générationnelle (voir tableau 6). Pour prendre une métaphore géologique, nous passerions ainsi progressivement du stade amorphe au stade cristallin. Nous prenons le terme de cohorte non au sens strictement démographique mais au sens sociologique du terme, tel que Madeleine Grawitz - "enselnble d'individus ayant au cours d'une nlêlne période d'observation vécu un mêlne événen1ent"40 - ou que Gilles Ferréol- "Ensel11ble d'individus caractérisés par le fait d'avoir vécu sinlultanément un 111êllle événement et constituant, dès lors, une prolnotion au sens large "41- le définissent42. Pour nous, "génération sociale" a le sens que lui donnent Richard et Margaret Braungart, à savoir qu' "une génération ne partage pas que l'appartenance à une ll1ême cohorte,. elle développe également une conscience collective spécifique et un ensemble d'attitudes et de cornportements différents de ceux des autres groupes d'âge de la société "43. Quant aux vocables de "génération politique", nous les empruntons également, ainsi que leur définition, à M. et R. Braungart pour qui "il y a génération politique lorsqu'un groupe d'âge historique - nous dirions une génération sociale - se 1110bilisepour œuvrer au changel1lent social ou politique "44. Ainsi pour nous génération politique signifiera mobilisation pour le changement, et non engagement collectif et partisan précis.

40. M. GRAWITZ, op. cit., p. 66-67. 41. Gilles FERRÉOL (dir.), Dictionnaire de sociologie, Paris, Armand Colin (Cursus), 1991, 304 p., p. 29. 42. La définition des Braungart, in J. CRÊTE, P. FAVRE, op. cit., p. 20, est plus large, puisque pour eux" une cohorte est un groupe de personnes nées à l'intérieur d'un lnênze intervalle de telnps, qui se trouvent au ,nême stade de leur vie et qui, à l1lesurequ'elles nzÛrissent et vieillissent ensel1lble, partagent des expériences sociales si1nilaires". Celle d'O. GALLAND(op. cit., p. 108) est très proche de celle de M. Grawitz: "La cohorte est constituée par un enselnble d'individus qui Ollt vécu un événelnent senlblabLe durant la lnêlne période de tel1lps". 43. R. & M. BRAUNGART, in J. CRÊTE, P. FAVRE, op. cit., p. 21. 44. Ibidenl. Ces deux auteurs distinguent "Effets de cycle de vie", "effets de cohOrle17, effets de période". "

34

J. W. Dereynzez

TABLEAU 6

De la classe d'âge à la génération politique: une "génération de la guerre" ?
Classes d'âge Données démographiques Cohorte Situation Champ Evénesocial ment (dont patri moines) - Clivages sex uels - Clivages sociaux - CHvages nationaux (xénophobie vs verma ~ophilie ) - CHvages "raciaux" (mes ures antisémites) Génération sociale Cohésion Création Prise de d'un Isolat conscience Génération politique Action Pro-action Réaction

- Ex trémité des classes creuses -Classes planes

Politique Guerre - Rejet du - Refus pétainisd'obéisDéfai te de Vichy: Occupasance - Discours me tion idéologi-> prise (résistanque sur le de Vichy ce conscienpassive) Retour"Jeune" nement - Résistan- Politique ce stratégice de la généraque de la jeunesse tionelIe guerre conflit - MobiliLibération sation de interla générajeunesse tionnel (Chantiers - Dépasde la sement jeunesse) des - Persécu- cHvages tion de la par jeunesse ralliement (STO) à la -> Isolat Nation et à l'antina"jeune" zisme "Phénomène jeune"

- Adhésion au Pétainisme - Collaboration

Si, comme nous l'avons vu dans le paragraphe précédent, les données démographiques ne 'déterminent pas une unité de classes d'âge, du fait de l'existence d'un clivage entre classes creuses et classes "pleines", ou du moins "planes", ni pleines, ni creuses, la majorité des groupes nés entre 1920 et 1926 peuvent toutefois être considérés comme des classes pleines qui furent, à consulter le tableau 5, parmi les plus touchées par la guerre. On sait que la plupart des auteurs, à l'instar de M. et R. Braungart, insistent sur l'importance des caractéristiques démographiques distinctes des classes d'âge, notamment leur taille. La cohorte existe par contre, à l'évidence, du fait du champ social et surtout de l'événement, le patrimoine aussi pouvant être en grande partie commun. Compte donc pour "le

Une génération de la guerre?

35

jeune" le poids du milieu, de la famille, mais aussi de la classe sociale, voire du milieu professionnel pour les jeunes en âge de travailler, ou du milieu scolaire. De ce(s) milieu(x) le jeune hérite un "patrimoine", certes génétique - nous ne nous hasarderons pas dans ces contrées - mais aussi d'attitudes et de croyances. Par patrimoine, nous entendons l'ensemble des éléments hérités par un individu ou une cohorte. Le patrimoine se distingue du champ social, ou plutôt serait la partie héritée du champ, par le fait qu'il est constitué d'éléments historiques présents dans les mémoires et non plus existants au moment considéré. Le patrimoine relèverait plus de la mémoire que du vécu. Nous préférons cependant ce vocable de patrimoine à l'expression "mémoire sociale" utilisée par Pierre Nora et reprise par Jean-François Sirinelli45 car si la mémoire se constitue, le patrimoine s'hérite - et il peut être politique, religieux, historique: ainsi l'appartenance des pères des jeunes de la Seconde guerre mondiale au monde des anciens combattants de la Grande guerre46. Bien entendu, le patrimoine devient ensuite mémoire qui, comme tout processus actif, peut se modifier47 : les fils des "poilus", revenus en majorité pacifistes du Front, purent réinterpréter leur héritage paternel en se targuant d'être des fils de vainqueurs qui ne pouvaient accepter la domination allemande. Le patrimoine, c'est aussi le poids des engagements antérieurs à la guerre, ou des traditions antérieures, tant dans la famille ainsi que le montre le cas de Jean-Louis P. exposé dans la communication d'Antoine Plait que dans le milieu scolaire (voir le témoignage de M. Ferro) ou celui des amis et connaissances (voir le témoignage d'Anne-Marie MingatLerme). Si le rôle du hasard, notamment celui des rencontres, n'est pas à négliger, celui de la nécessité doit être souligné: on est frappé, à la lecture des témoignages, de voir combienoutre l'évidente obligation due aux pressions de Vichy et de l'Occupant, pression des lois et mesures racistes, des mesures d'envoi de la main-d'œuvre en Allemagne, STO et ses prédécesseurs, qui obligent à des choix - les engagements de
45. J.-F. SIRINELLI, article cité, p. 72 et Pierre Nora, "Quatre coins de la mémoire", H Histoire, n° 2,juin 1979, p. 9-31. 46. Elle revient comme un leitmotiv dans les témoignages recueillis par Ph. A. BOIRY, op. cit., passÙn. 47. Ce processus est encore plus actif lorsqu'il s'agit d'une reconstruction littéraire. Cf Gérald BRUYÈRE,La Jeunesse sous ['Occupation dans la littérature, Grenoble, IEP (Mémoire de fin d'études), 1995, 95f.