Famille juive de la Pologne à la France de Vichy

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« Parce qu'il est un temps où il devient urgent de transmettre le passé dont on a hérité, je ressentis dans les années 2000 la responsabilité d'offrir dans la mémoire de notre famille une place à ceux qui avaient disparu dans la Shoah ». Anna Senik née en 1938 à Paris, de parents juifs polonais, nous livre un ouvrage dont la singularité est d'éclairer l'histoire individuelle par la grande Histoire et de porter jugement sur des questions qui font encore débat dans la mémoire collective française.
Publié le : vendredi 1 janvier 2016
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EAN13 : 9782336400426
Nombre de pages : 302
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Anna Senik Mémoires e duXX siècle
UNE FAMILLE JUIVE DE LA POLOGNE À LA FRANCE DE VICHY Penser cequi nous est arrivé
Une famille juive de la Pologne à la France de Vichy Penser ce qui nous est arrivé
e Mémoires du XX siècle Déjà parus Bernard GROUSELLE,De la ligne Maginot à Berchtesgaden. Souvenirs d’un français libre,2015. Viktor GEIGER,Viktor et Klára. Camp de travail en Ukraine dans le Donbass (1945 – 1946),2015. Henri CHENNEBENOIST,de campagne 1914–1918, Carnets 2015. Paul GRISON,Un soldat écrit à sa famille depuis le Maroc, l’Algérie, l’Indochine (1944 – 1953),2015. Jean GRIBENSKI,De Suwałki à Paris. Histoire d’une famille d’origine juive polonaise : les Gribinski/Gribenski (vers 1840-1945),2015. Pedro CANTINHO PEREIRA,Un « Malgré nous » dans l’engrenage nazi, Les sacrifiés de l’Histoire ,2015.Fernand THOMAS,Mémoires de guerre, La vie malgré tout (1914 – 1918),2014. e Renaud de BARY,La 4 batterie. Journal intime d’un appelé en Algérie (1 mars 1961 - 5 janvier 1963),2014. Richard SEILER,Charles Mangold, chef de l'armée secrète en Périgord,2014. Henri FROMENT-MEURICE,Journal d’Egypte, 1963-1965,2014. Joseph-Albert di FUSCO,Fusillé à Caen en 1941, Lettres d’un otage à sa famille,2014. Tahîa GAMÂL ABDEL NASSER,Nasser ma vie avec lui, Mémoires d’une femme de président,2014. Fernand FOURNIER,Paroles d’appelés. Leur version de la guerre d’Algérie,2014. Marguerite CADIER-REUSS,Lettres à mon mari disparu (1915-1917),2014. Nadine NAJMAN,1914-1918 dans la Marne, les Ardennes et la Belgique occupées,2014.Marcel DUHAMEL,Ça jamais, mon lieutenant !, Guerre 1914-1918,2014.
Anna Senik
Une famille juive de la Pologne à la France de Vichy Penser ce qui nous est arrivé
© L'HARM ATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07938-7 EAN:9782343079387
AVANT-PROPOSComme beaucoup de Juifs venus en France dans les années 1930, mes parents ne m’avaient pas dit grand-chose après la guerre de cette immense famille que nous avons perdue dans laShoah. Ils voulaient certainement épargner à l’enfant puis à l’adolescente que j’étais le fardeau du génocide. À cette époque, l’extermination des Juifs d’Europe n’était pas un sujet d’intérêt pour la société française dans laquelle je grandissais. Ma propre insouciance (l’attitude consistant à maintenir le passé tragique dans l’arrière-plan de ma pensée) fut toutefois sérieusement ébranlée en 1961 quand je pris connaissance du livre d’André Schwarz-Bart « Le dernier des Justes », qualifié par l’écrivain Arnold Mandel « d’eschatologie, une annonciation de ce qui vient de se produire, et que les gens ne comprennent pas en sorte qu’il est besoin de 1 prophètes poètes » . Cette phrase rend compte du silence épais qui recouvrait l’événement, silence que l’auteur du livre déchirait à la manière d’un prophète du passé. Le livre d’André Schwarz-Bart fut pour moi le début d’une prise de conscience et d’un questionnement qui tous deux s’amplifièrent au cours des années, au fur et à mesure que laShoah s’imposa comme un événement majeur arrivé à l’humanité tout entière. Parce qu’il y a un temps dans l’existence individuelle où il devient urgent de ne pas laisser échapper le passé dont on a hérité au plus profond de soi, ce n’est que vers le milieu des années 2000 que me vint la volonté de m’embarquer dans un long processus d’enquête et de documentation en vue de reconstituer les parcours des membres de ma famille, la plupart inconnus de moi, qui furent mes contemporains. Je ressentais vis à vis d’eux la 1 Arnold Mandel, L’Arche n°32-33, août-septembre 1959.
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responsabilité, moi qui avais eu la chance de leur survivre, de leur offrir une place dans la mémoire collective d’une famille décimée qui s’était reconstruite. En ce qui me concerne, il me fallait ordonner et clarifier les souvenirs épars, faits de menus détails et de petits moments, qui me venaient de mon enfance menacée dans la France de Vichy. Je n’avais à ma disposition que les témoignages succincts que m’avaient livrés mes parents, quelques photos, et de rares documents familiaux. J’ai recherché les membres de ma famille élargie, ainsi que les amis de mes parents qui avaient survécu à la chasse à l’homme. Ils s’étaient dispersés à travers divers pays après la guerre. J’ai eu la chance d’en interroger quelques-uns, peu de temps avant qu’ils ne disparaissent. J’ai également recueilli des témoignages au-delà de ma famille, et consulté différentes archives disponibles. J’ai voulu que les événements survenus aux personnes soient compris à la lumière de la grande Histoire que j’ai convoquée en m’appuyant sur les travaux des historiens. Sous cet éclairage, l’histoire de ma famille, confrontée à la « Solution finale », prit forme petit à petit. Malgré les pièces manquantes du puzzle, je crois être en mesure, maintenant, de passer cette histoire « aux suivants ». J’ai voulu transmettre à la fois ce qui nous est arrivé, et aussi ce que je pense des questions sensibles que l’Histoire soulève encore, et qu’il faut avoir le courage d’affronter sans tabou. C’est la raison pour laquelle j’ai intitulé ce livre «Penser ce qui nous est arrivé. » Cette approche intellectuelle fait partie intégrante de ma transmission, aux miens et aux autres.
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Première partie QUITTER LESHTETLPOUR LE PAYSDES LUMIÈRES ET DES DROITS DE LHOMME
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