Fantassins sous la mitraille avec le général Jenoudet

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Cet ouvrage relate la carrière opérationnelle du général Jenoudet pendant la Grande Guerre de 1914 à 1918, au Maroc en 1923, enfin en mai 1940. L'auteur fait revivre les combats des unités d'infanterie où il servait dans ses grades successifs, du lieutenant chef de section en 1914 au général commandant l'infanterie d'une division en 1940. Ce livre donne des témoignages répétés de l'ardeur, du dévouement et de l'extrême esprit de sacrifice qui animaient au siècle dernier l'armée de la Nation (cahier photos noir et blanc).
Publié le : mercredi 1 décembre 2004
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EAN13 : 9782296379558
Nombre de pages : 382
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1914

Fantassins 1940 sous la mitraille
avec le général Jenoudet

Pierre Jenoudet

1914

Fantassins 1940 sous la mitraille
avec le général Jenoudet

L'Harmattan

(!;)L'Hannattan,

2004

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Hannattan, Italia S.T.!. Via Degli Artisti 15 10124 Torino Hannattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L.u. 14-16 Hongrie ISBN: 2-7475-7424-5 EAN : 9782747574242

En souvenir
des Légionnaires du 2 éme Étranger (1923) lére Division (1940) des Nordistes de la

des Diables Rouges du 152 (1914-1918)

qui par leur héroïsme et leur esprit de sacrifice ont honoré le Drapeau

Maquette

et cartographie:

François

Schnepp

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Préface

Pierre MESSMER de l'Académie Française
Ce beau livre est une biographie, celle du général Jenoudet, écrite par son fils. Léon Jenoudet fut pendant les deux guerres mondiales et au Maroc, un officier d'une valeur exceptionnelle: six fois blessé, onze fois cité. Son sens tactique, sa bravoure exemplaires inspirent confiance et respect à ceux qu'il commande et qui lui obéissent « sans hésitation ni murmure », selon l'expression du règlement alors en vigueur. Cette biographie est aussi un recueil d'histoire militaire, celle des batailles dans lesquelles Léon Jenoudet a été engagé: l'Hartmanswillerkopf, la Somme, le Chemin des Dames, la Marne pendant la Grande Guerre; Immouzer au Maroc; Gembloux et Lille, en 1940. Chacune est située dans son cadre géographique et historique, décrite avec précision, illustrée par des croquis. C'est enfin un mémorial à la gloire de l'infanterie. Léon Jenoudet a eu la chance d'être affecté dans des unités d'une valeur reconnue: le 152e Régiment d'Infanterie, les fameux « diables rouges », pendant toute la guerre de 1914-1918, le 2e Régiment Étranger au Maroc, la 1èreDivision d'Infanterie Motorisée en 1940. L'auteur en décrit l'organisation et l'armement. Il n'en cache pas les misères: la pluie, la boue, le froid en hiver, la chaleur étouffante en été. Et, toujours les énormes pertes en vies humaines, par les obus et les balles, les mines et les gaz. Dans la guerre, la vie du fantassin est un enfer. Du temps du Général Jenoudet, le règlement affirmait, avec grandiloquence, que« l'infanterie est la reine des batailles ». En réalité, elle en était le prolétariat.
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Pierre MESSMER

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AVANT-PROPOS
La rédaction de ce livre a un double objet. Relater les faits de guerre de mon père, officier d'infanterie, dans ses grades successifs: lieutenant en 1914, capitaine en 1915, commandant en 1918 et 1923, enfin général commandant l'infanterie d'une division en 1940. Parallèlement, faire revivre les combats de l'infanterie à partir des unités qu'il commandait: la section, la compagnie puis le bataillon au sein du régiment ou du groupement mobile et finalement l'ensemble des trois régiments d'infanterie de sa division. Les opérations conduites à ces différents niveaux d'organisation sont situées dans le contexte propre de l'époque et en rappelant les règles d'emploi de ces unités. Pour donner une idée complète de sa carrière et de sa vie, les années de jeunesse, les commandements en temps de paix et la période de retraite de mon père ont été brièvement évoqués. Les combats qui sont décrits dans cet ouvrage sont donc ceux auxquels il a participé pendant les quatre années de la Grande Guerre, puis en 1923 au Maroc, enfin au cours de la tragique campagne de mai 1940. Toutes ces opérations, au cours desquelles il fut blessé à six reprises et cité onze fois, il les a faites dans les unités d'élite de l'année, c'est-à-dire les plus exposées et les plus éprouvées: de 1914 à 1918, au l52e d'infanterie de Gérardmer qui fut le premier régiment métropolitain à recevoir la fourragère rouge,

en 1923 à la Légion Etrangère et en 1940 à la 1ère division
d'infanterie motorisée de Lille avec ses trois régiments, le 1er, le 43 et le 110. Les noms des combats où ces unités s'illustrèrent évoquent aujourd'hui encore un passé de gloire, de souffrance et d'honneur: les Vosges (1914), l'Hartrnannswillerkopf(1915), la Somme (1916), le Chemin des Darnes (1917), la Marne (1918), Immouzer (1923), Gembloux, l'Escaut, Lille (1940).

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SOUS LA MITRAILLE

Venant après beaucoup d'autres, ce livre aidera de façon plus générale à retrouver les conditions du combat de l'infanterie et plus particulièrement des officiers engagés dans les mêmes guerres avec d'autres unités. Alors que les ouvrages militaires exposent le plus souvent le déroulement des grandes batailles et la personnalité des chefs qui les dirigeaient, ou bien sont les témoignages de combattants de base se déplaçant dans un horizon limité, celui-ci s'insère dans le créneau intermédiaire moins exploré du combat des petites et moyennes unités jusqu'à l'échelon de la division. La matière à exploiter pour décrire ces opérations ne manquait pas en raison justement de la notoriété des régiments concernés: journaux d'opérations du Service Historique, comptes rendus et rapports circonstanciés, ouvrages et publications diverses. En outre, le Service Historique allemand (Bundesarchiv) a été interrogé pour la campagne de 1940. En revanche, les sources privées étaient réduites. Mon père n'a pas consigné ses souvenirs, ni davantage écrit ses mémoires. Il a toutefois rédigé un compte rendu circonstancié de sa campagne de mai 1940, ce qui explique l'importance des chapitres consacrés à ces événements. Les archives familiales ayant disparu pendant l'Occupation, ce livre ne peut faire état pour la Grande Guerre, de ce que furent ses impressions du moment avec le pittoresque, l'imprévu et la note vivante qui auraient pu les accompagner. A partir de faits précis, nombreux et contrôlables, au-delà du cas particulier évoqué, cet ouvrage de nature essentiellement militaire voudrait être un témoignage sur un plan général des combats de l'infanterie de cette époque et de l'esprit de sacrifice « des fantassins sous la mitraille» qui se sont battus jusqu'au bout, au prix de milliers de tués, pour la défense de la Patrie.

1885

-

1914

AVANT
LA GRANDE GUERRE

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UN FRANC-COMTOIS DU HAUT-JURA
Charles Léon Jenoudet est né le 14 Novembre 1885 à Beaufort dans le département du Jura. n descendait d'une famille tTanc-comtoise, fixée depuis des générations à Saint-Laurent-en-Grandvaux, chef lieu de canton sur la route de Genève, entre Champagnole et Morez, capitale de la lunetterie française, à une quinzaine de kilomètres de la tTontière suisse. A 900 mètres d'altitude, le Grandvaux entouré de vastes forêts d'épicéas connaît des hivers qui sont parmi les plus tToids de France. Répartie dans des villages dispersés, la population y vivait traditionnellement de l'élevage et de l'exploitation du bois, mais le Grandvaux était surtout connu pour « ses rouliers ». Partis à l'automne pour vendre leurs produits qu'ils remplaçaient par d'autres au cours de leurs voyages, les rouliers sillonnaient toutes les provinces, passant même les frontières avec leurs lourds chariots(l). Grâce à eux, le canton était ouvert sur l'extérieur. La vie n'en était pas moins difficile. L'aïeul paternel de mon père, François Régis, né en 1808, exploitant agricole, était mort accidentellement en 1863, laissant dans une situation difficile une famille de sept enfants dont le dernier venait de naître. Son père Emmanuel, second de la famille, était né en 1853. Ayant tiré un «mauvais numéro », il fut appelé au service militaire, alors fixé à cinq ans, et qu'il effectua aux dragons de Lunéville. Au terme de son temps, il s'engagea dans la Gendarmerie, et après avoir épousé une Grandvallière, Sidonie
(1) Réquisitionnés par Napoléon lors de la campagne de Russie en 1812, ils avaient été incorporés dans le train des Equipages et s'étaient distingués lors de la traversée de la Bérézina.

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Ferrez, fut affecté à Beaufort, chef-lieu de canton à quinze kilomètres au sud de Lons-le-Saunier, où naquit leur fils. Après les années d'école communale et la réussite au concours des bourses d'internat, le jeune Léon put en 1897 continuer ses études au lycée Rouget de Lisle, unique lycée du département. Souvent cité en exemple, l'élève Jenoudet suivit durant sept ans une scolarité sans échec basée sur des études classiques comprenant un apprentissage approfondi du latin. En 1903 il obtenait la première partie du baccalauréat (FrançaisLatin) et en 1904 la deuxième partie (Philosophie). A 19 ans, c'est un grand jeune homme à l'allure décidée, possédant les qualités de sérieux et de calme caractérisant les Jurassiens de la montagne. Tant à l'école que dans sa famille, il avait appris la loi de l'effort, l'attachement à la République et l'amour de la Patrie humiliée depuis la défaite de 1870. Du lycée il sortait avec une solide culture classique, titulaire du baccalauréat à une époque où ce diplôme n'était attribué chaque année qu'à 7.000 jeunes garçons, soit deux pour cent d'une classe d'âge. Il pouvait donc sans difficultés pousser plus loin ses études et puisqu'il avait déjà choisi, par vocation, de servir son pays en portant les Armes, tenter le concours de Saint-Cyr. Sa voie allait être différente. Il décida de s'engager et c'est par l'Ecole de Saint-Maixent qu'il deviendra officier. Sa première motivation fut bien de servir.

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~ ...

IJ'ENTREE DANS LA (;ARRIERE 1904-1914 Engagé volontaire au 448 RI à Lons-Le-Saunier 1904-1910
Le 10 novembre 1904, Léon Jenoudet franchit la grille de la caserne Michel à Lons-le-Saunier. Il est « engagé volontaire pour trois ans» au 44e régiment d'infanterie (I) implanté au chef-lieu du département du Jura où traditionnellement les Jurassiens viennent faire leur service. En arrivant dans la chambrée des recrues, il n'est pas dépaysé, pas plus qu'en parcourant à l'extérieur les rues de la ville qu'il connaît depuis longtemps. Le 22 novembre 1905, un an plus tard, il est nommé sergent. En 1907, il rengage pour trois ans afin de remplir les conditions pour présenter le concours de l'Ecole Militaire de Saint-Maixent. Pendant six années, il a appris le métier militaire à la base et d'abord ses servitudes. Réduit alors à deux ans, le service militaire était vraiment universel et créait des liens étroits de fraternité; dans les chambrées de 24, se côtoient des jeunes gens de tous les milieux qui, dans une rude camaraderie, découvrent les lourdes contraintes de la caserne et le poids de la hiérarchie. A leur contact, le sergent Jenoudet apprend la réalité de la vie des soldats, leur mentalité, leurs aspirations. Il acquiert la connaissance approfondie de la fonction du
(l) Le premier tué de la guerre, le caporal Peugeot, faisait partie du 44.

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jeune sous-officier. Lors des services en campagne, il est un des deux adjoints de son lieutenant; il commande sur le terrain, un des deux pelotons de la section, soit une trentaine d'hommes qu'il a préalablement instruits. Dans ce long apprentissage, il a constaté combien les sousofficiers d'infanterie, dans une situation parfois ingrate au contact permanent des hommes, ont un rôle essentiel et irremplaçable. Par leur rigueur, leur savoir faire et leur dévouement, ils constituent les maillons forts de la troupe. Ils sont l'armature des régiments d'infanterie. Il est noté en 1910 : « très bon chef de section, très vigoureux, excellent esprit, beaucoup de bon sens et de connaissance de la troupe ». Même s'il est accaparé par les détails de son service, il a pris sur son temps libre pour préparer le concours de SaintMaixent. Il y est reçu en 1910 et entre à l'école le 15 octobre de la même année. ,

Aspirant à l'Ecole Militaire de Saint-Maixent 1910-1911
L'école qui forme les sous-officiers pour devenir officiers est implantée depuis 1881 à Saint-Maixent dans les DeuxSèvres. Les études durent un an. En 1910, le nombre des élèves est de 170, ce qui représente un peu moins de 40% des promotions annuelles des lieutenants d'infanterie. La devise de l'école est « le travail pour loi, l'honneur pour guide ». L'atmosphère est très studieuse, la discipline rigide; priorité est donnée au savoir faire, au concret, au travail bien exécuté jusque dans le détail.

AVANT LA GRANDE GUERRE

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1911 est l'année de la crise d'Agadir, nouvelle confrontation avec l'Allemagne, qui d'incident en incident, va amener à la guerre. Pour l'armée, c'est le début de la veillée d'armes. La formation morale de l'officier fait appel à son sens du devoir et à son énergie. Elle pousse à l'héroïsme; la mission à remplir a un caractère sacré, elle doit être accomplie jusqu'au sacrifice suprême. La doctrine d'emploi de l'infanterie est résolument offensive, en opposition totale avec les procédés défensifs de la guerre de 1870 qui ont causé notre perte. L'inaction au combat est la faute la plus lourde, elle est jugée infamante. Comme ses camarades, Jenoudet est formé au commandement de la section dans le cadre de la compagnie: effectuer la marche d'approche en colonne serrée avec plus ou moins d'intervalle entre les sections, puis déployer ses hommes en tirailleurs, utiliser le terrain pour s'approcher à distance d'assaut à 300 mètres, déclencher des feux de salve, enlever ses hommes à l'attaque, baïonnette au canon. S'ils sont pris sous le feu des obus fusants de l'artillerie ennemie, les hommes doivent se coucher à terre, en se serrant et en se protégeant la tête de leur sac; cela s'appelle « faire la carapace », car les balles des shrapnells ne traversent pas les sacs. Au terme de sa scolarité, il est noté « très vigoureux et énergique. A fourni un travail soutenu »; cependant, caractère affirmé, il n 'hésite pas à défendre fermement son point de vue face à son instructeur, et son classement final s'en ressent. Classé n° 88 sur 170, il choisit à« l'amphi de sortie» le 152erégiment d'infanterie à Gérardmer, sur« la ligne bleue des Vosges », à la frontière. En cas de guerre, il sera au premier rang. Le voilà officier; il aura bientôt vingt six ans. Dans les conditions d'avancement du moment, si ses notes restent bonnes, il peut espérer terminer sa carrière comme chef de bataillon, puisqu'à cette époque il fallait environ quatorze ans pour passer capitaine et ensuite douze ans pour être promu commandant.

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Lieutenant au 152e R.I. à Gérardmer 1911-1914
Le sous-lieutenantJenoudetrejoint son Corps le 1er octobre
1911 et sera promu lieutenant le 1eroctobre 1913. Gérardmer est une charmante cité à quelques kilomètres du col de la Schlucht où depuis 1871 passe la frontière avec l'Allemagne. Les magnifiques forêts de sapins qui l'entourent, les deux lacs de Retournemer et de Longemer tout proches, font de cette petite ville « la perle des Vosges ». La population est très attachée à son régiment à qui elle manifeste son affection lors des fêtes locales. Le matin, elle s'éveille au son du clairon de la caserne Kléber; le dimanche, les rues sont remplies par les fantassins en pantalon rouge qui déambulent en groupes pleins de gaieté et de nonchalance. Les trois bataillons du 152 ont été regroupés en 1913 à Gérardmer, au moment où la durée du service militaire a été portée à trois ans. Gardien de la frontière, devant assurer « la couverture» des opérations de mobilisation, le régiment doit être prêt à entrer en campagne sans délai. Il se tient en permanence en état d'alerte. La troupe, avec un recrutement majoritaire de Vosgiens, complétés par des Franc-Comtois et des Bourguignons, est pleine d'ardeur. Le corps des officiers est très soudé et enthousiaste. Il compte de nombreux Alsaciens, dont les familles ont opté pour la France en 1871 et qui rêvent de voir leur province rej oindre la patrie française. Jenoudet gardera un souvenir très vivace de son premier chef de bataillon, le commandant Hoff. Pendant trois ans, il se donne de tout coeur à sa fonction de chef de section. Il participe aux activités incessantes de son unité: exercices d'alerte, reconnaissances de terrain, courses d'orientation en forêt, longues marches en montagne alternant avec de multiples séances d'instruction; le tout sanctionné par

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les raids de bataillon de 60 kilomètres suivis par les grandes manoeuvres d'automne. Bien souvent, il se retrouve sur les cimes de la frontière d'où il contemple avec nostalgie la profonde vallée de Munster et, au-delà, l'Alsace occupée qu'il espère un jour voir libérée. Le commandement développe chez tous les officiers l'esprit d'initiative, la volonté d'aller de l'avant et le souci de rechercher en montagne boisée la manoeuvre d'infiltration dans le silence. Le 152 fait partie des unités de l'armée les mieux entraînées. Il a acquis une réputation d'endurance qui l'a fait surnommer« le premier grenadier des Vosges ».

PREMIÈRE

PARTIE

LA GRANDE GUERRE

1914
AVEC

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1918

LES DIABLES ROUGES
DU 152

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Léon Jenoudet a fait toute la guerre au l52e régiment d'infanterie, régiment particulièrement glorieux, puisqu'il fut le premier parmi les régiments métropolitains à obtenir la fourragère rouge aux couleurs de la Légion d'Honneur, dont son drapeau fut décoré en 1918. Début 1915, les Allemands avaient surnommé ses soldats, les Diables Rouges, en témoignage de leur intrépidité et de leur élan. Le 152 fut cité à sept reprises - la première fois à l'ordre du Corps d'armée, puis six fois à l'ordre de l'Armée. Jenoudet, lieutenant en 1914, capitaine en 1915, commandant en 1918, participa à ces sept combats: en 1914, dans les Vosges au Spitzemberg en 1915, en Alsace : à Steinbach et à l'Hartmannswillerkopf . en 1916, sur la Somme, à Cléry et à Sailly-Saillisel en 1917, sur le Chemin des Dames . en 1918, entre l'Ourcq et la Marne, dans la défensive en juin à Belleau puis dans l'offensive du 18 juillet. Il faisait partie des rares officiers qui eurent droit à titre personnel à porter la fourragère rouge, même après leur départ du régiment

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LE CHEF DE SECTION MITRAILLEUSES L'offensive sur Colmar 14 août Le repli sur la frontière 28 août La prise du Spitzemberg" 20 septembre

LA GRANDE GUERRE

- 1914

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" L'ENTREE

EN GUERRE

Le 152 se porte à la frontière
Le 152eRI appartient à la 41 e division de Remiremont rattachée au 7e corps d'armée de Besançon et dépendant initialement de l'armée d'Alsace puis de la 1èrearmée commandée par le général Dubai!. Avec deux bataillons de chasseurs à pied, le 5e et le 15ede Remiremont, il forme la 81e brigade. En tant que « troupe de couverture », le régiment dont les effectifs ont été renforcés en temps de paix, doit être en mesure de défendre la frontière en attendant l'arrivée des divisions venant de l'intérieur. Le 28 juin, le prince héritier d'Autriche-Hongrie, l'Archiduc François-Ferdinand de Habsbourg, a été assassiné à Sarajevo; une crise européenne s'est développée à partir du 24 juillet et par un fatal engrenage va aboutir à la guerre. Le 28 juillet, le 152 est mis en état d'alerte. Le 29, il a été complété par ses réservistes vosgiens rappelés par appel individuel. Porté à l'effectif de guerre, il est prêt à entrer en campagne. Le 31, à 18 heures, il a reçu par télégramme l'ordre de mise en place des troupes de couverture. Il doit se porter à la frontière sur la crête des Vosges, de part et d'autre du col de la Schlucht. Les préparatifs sont effectués avec une rapidité et un ordre impressionnants. Dans la cour de la caserne Kléber, le lieutenant Jenoudet se trouve avec son régiment rassemblé sous les ordres de son colonel, Thomas de Coligny. Les hommes ont la capote bleue foncée, le pantalon rouge, la courte guêtre; le képi rouge a été entouré d'un manchon bleu pour être

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moins visible; sanglés de courroies, ils portent le sac avec le paquetage réglementaire d'environ vingt kilos, la musette et le bidon d'un litre; sur le ceinturon, trois cartouchières à quarante cartouches chacune. Le drapeau entouré de sa garde apparaît et se place face au régiment. Un bref commandement, le cliquetis du « Présentez, armes », la sonnerie « Au drapeau» et la Marseillaise. Quelques instants d'immobilité absolue et de recueillement total. Puis, à la nuit tombante, derrière la musique, les fantassins du 152 (1),le fusil sur l'épaule, ont traversé Gérardmer, pour se rendre à la frontière toute proche. La population entière rassemblée dans un fervent élan d'affection et d'encouragement les a acclamés, couverts de fleurs et crié « Vive la France ». L'émotion est intense, car la guerre paraît maintenant inévitable. La résolution se lit sur les visages, mais le long des trottoirs, bien des femmes ont du mal à cacher leurs larmes dans la tristesse du départ de leurs soldats.

Le 1eraoût, les affiches annonçant la mobilisation générale
ont été placardées sur tout le territoire. Partout, le tocsin a été entendu. Le doute n'est plus permis; la nation appelle tous ses enfants au combat pour sa défense. Le 2 août, sur ordre du gouvernement qui veut éviter toute provocation, le dispositif de couverture a été replié et le 152 s'est reporté de sept kilomètres en arrière. Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le 4 août, le 152 informé de la déclaration de guerre reprend ses positions à la frontière, sur douze kilomètres de part et d'autre de la Schlucht.

(1) Le premier échelon du régiment.

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La France de 14 et son armée
Dans toutes les villes de garnison des scènes identiques à celle du 31 juillet à Gérardmer se sont déroulées au départ des régiments de l'intérieur pour la frontière. La Nation se sent agressée et elle a conscience du danger qui la menace. Son indépendance, sa liberté, son existence même sont en jeu. Elle n'a pas voulu la guerre, mais elle n'a pas oublié l'amputation de l'Alsace-Lorraine. Elle est rassemblée dans une extraordinaire ferveur patriotique, dans un climat d'union nationale, « d'union sacrée », qu'elle n'a que très rarement connue, peut-être jamais. Pour une guerre juste, la guerre du droit contre la force, le peuple entier se dresse et exprime sa confiance ardente dans son armée pour la protéger. Et l'armée, l'armée de la République, le rempart de la Nation est prête pour la défense de la France. Par l'éducation reçue, officiers et soldats savent que la Patrie, valeur suprême, vaut tous les sacrifices. Le devoir du citoyen est de défendre son pays; le devoir militaire impose le respect absolu à la mission donnée. Sur le Drapeau, en lettres d'or, sont inscrits Honneur et Patrie, l'exigence de ne jamais faillir. Cette armée de 14 a été instruite dans la doctrine de l' offensive. Rien ne doit résister à la volonté d'attaquer du chef et à l'esprit de sacrifice du soldat. La primauté est donnée aux« forces morales» : combativité, audace, fraternité. Il faut vaincre à tout prix, imposer sa force à l'adversaire, aborder l'ennemi jusqu'au corps à corps, le poursuivre résolument; « le succès dépend toujours enfin de compte de la bravoure, de l'énergie et de l'opiniâtreté de l'infanterie ». Il en résulte une conviction quasi mystique que la victoire doit s'acheter avec le sang et on chante: mourir pour la patrie est le sort le plus beau. Les réalités du combat allaient, hélas, démontrer que la

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victoire était aussi une affaire de rapport de forces et que le rôle du matériel était déterminant. Il fallait disposer d'une supériorité de moyens de feu pour l'emporter. Nous ne l'avions pas et il fallut quatre années de souffrances pour l'acquérir. Cet esprit offensif fut à l'origine de pertes cruelles lors d'offensives mal engagées et mal appuyées, mais c'est lui qui permit « le miracle de la Marne» en 14 et à long terme lorsque le rapport de forces s'inversa, la victoire de 18. En tout cas, à la déclaration de guerre, l'optimisme est de rigueur. La France est forte et elle n'est pas seule. Elle a, à ses côtés, de puissants alliés: la Russie avec ses masses d'hommes et l'Angleterre, maîtresse des mers. La guerre sera courte, la victoire est certaine; à Noël, les soldats seront de retour dans leurs garnisons.

Le lieutenant Jenoudet, chef de section de mitrailleuses
Le 152 aligne un peu plus de 3.000 hommes, dont près de 1.000 jeunes réservistes, répartis en trois bataillons. Chaque bataillon comprend quatre compagnies de fusiliers (250 hommes dont 200 sur la ligne de feu) et une section de mitrailleuses de deux pièces. Le lieutenant Jenoudet commande la section de mitrailleuses du 3e bataillon (rattachée administrativement à la ge compagnie), soit une trentaine d'hommes. En première ligne à ses côtés, se trouvent son sous-officier adjoint, les servants des deux pièces, le télémétreur et les agents de liaison. En arrière, les pourvoyeurs, plus en arrière encore, aux trains régimentaires, les conducteurs d'animaux de bât et les munitions de réserve. La mitrailleuse Saint-Etienne, modèle 1907, tire à 300 coups/minute; elle est démontable en deux fardeaux de 25 kilos; sensible à la poussière et à la boue, elle s'enraye facilement.

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Gerardmer. Caserne Kleber. Les sections de mitrailleuses

du 15-2

La section de mitrailleuses est jugée d'un emploi délicat et la doctrine n'est pas encore bien assurée. Elle doit être employée à une aile de préférence en fianquement ou dans les vides de première ligne. EUe est considérée comme une auxiliaire ou une réserve de feu; car pour l'infanterie, l' anne essen~ tielle reste le fusil et la supériorité du feu doit être obtenue par le tir des fusils commandé par salves. Le règlement stipule que les mitrailleurs doivent être particulièrement vigoureux et exercés; ils portent un insigne distinctif sur la manche de leur tunique. Le chef de section, désigné par le colonel, doit avoir du coup d'oeil, de la décision, un jugement sûr et beaucoup d'initiative. Sur ces critères, Jenoudet a été désigné. Dans les combats mobiles du début de la guerre, il faudra effectivement du coup d'œil pour détecter le bon objectif et choisir la position de

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tir, de la décision pour saisir le moment fugitif où l'ennemi est vulnérable, un jugement sûr et beaucoup d'initiative pour s'adapter aux fluctuations du combat, changer de position et donner aux fantassins du bataillon l'appui dont ils ont besoin. C'est dans ce cadre qu'il faut se représenter les faits et gestes du lieutenant Jenoudet dans les combats de 1914.

VOFFENSIVE

SIJR COLMAR

Le 152 passe à l'offensive 14 août
Pendant une dizaine de jours, le 152 reste largement déployé sur la crête des Vosges où il organise la position, creuse des tranchées et attend. Le 4 août, il a fait ses premiers prisonniers, dont un lieutenant; des escarmouches dans les bois l'opposent au régiment allemand de Colmar, le 171eInfanterie Régiment (171IR) Au sud, Mulhouse a été pris le 8 août, puis évacué. Le 14 août, l'armée d'Alsace, enfin concentrée, passe à l'offensive. La 81e brigade du général Bataille a été renforcée par cinq bataillons de chasseurs alpins. Partant du col de la Schlucht, le 152 descend la vallée de Munster. Le 15 août, après deux heures de combat, il s'empare du premier village alsacien de

Soultzeren,où est tué le commandantMillischer chef du 1er bataillon. Le 17 août, il entre sans combat dans Munster évacué depuis la veille. Les Allemands ont mis en ligne des unités de réserve, en remplacement des unités d'active rappelées plus au nord; dans la vallée de la Fecht, c'est la 1èrebrigade mixte de Landwehr bavaroise.

LA GRANDE GUERRE.

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Le combat du Grand Hohnack (La Croix de Wihr) 19 août
Alors que le gros du régiment est dans la vallée de la Fecht, le 3e bataillon du commandant Contet, renforcé d'une batterie de montagne de 65 et d'un demi-peloton de cavaliers, reçoit l'ordre de monter sur la ligne de crête à environ cinq kilomètres plus au nord,. d'occuper la région du Grand Hohnack et d'assurer la liaison avec les chasseurs alpins du 13ebataillon à Orbey.

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Le bataillon, en colonne par compagnie, gagne la crête et rentre dans le bois. A 10h45, en arrivant à une clairière, la compagnie de tête (la 12e) découvre l'ennemi au col entre le Petit et le Grand Rohnack ainsi que sur les pentes du Petit Rohnack. Progressant rapidement et en silence sous les sapins, la compagnie se place en embuscade sur les pentes qui dominent le carrefour de la Croix de Whir. A Il heures, la fusillade éclate brusquement sur les éléments de tête ennemis qui progressent sans assurer leur sécurité : un ouragan de balles. Tout ce qui n'est pas fauché dispa-

raît dans les bois. Mais l'ennemi est nombreux. Tout le 1er bataillon du 2e régiment bavarois de Landwehr; en arrière au col une batterie de six canons et sur les pentes du Petit Rohnack, deux compagnies du 2e bataillon de ce régiment. La 1ère compagnie bavaroise accourt au pas de course au secours de la compagnie de tête (la 3e), tandis qu'à sa droite s'engage la 2e compagnie. On se bat à très courte distance. Pendant ce temps, le commandant Contet a pu organiser sa manoeuvre. Il laisse en réserve auprès de la batterie d'artillerie la Il e compagnie. Avec la ge compagnie appuyée par la section de mitrailleuses, il prolonge son front à la gauche de la 12e compagnie. Ces éléments parviennent à arrêter le mouvement débordant de l'ennemi. Pour le lieutenant Jenoudet la plus grande difficulté sur le versant de cette montagne couverte de sapins est de trouver des champs de tir. Jumelles aux yeux, il recherche ses objectifs. Les deux mitrailleuses sont à la gauche du dispositif afin de prendre de flanc les assaillants et leurs soutiens qui descendent du col. Elles participent aussi à l'action de l'artillerie; depuis la clairière, celle-ci ouvre le feu sur la batterie bavaroise qui cherchait à s'installer au col. Une seule pièce peut se mettre en position, tire trois coups et est mise hors de combat; quelques obus tombés en arrière effraient les attelages qui s'enfuient.

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Sous les sapins se déroule un combat violent et très bruyant en raison du vacarme provoqué par les effets des balles traversant les branchages.; les réservistes bavarois qui ont le soleil dans les yeux sont complètement dominés par les fantassins du 152 dont certains sont montés dans les arbres; un tireur d'élite l'adjudant Marcel en abat une vingtaine à lui seul. A son arrivée, la 1Qecompagnie a reçu l'ordre ducommandant Contet d'exécuter un mouvement débordant par la droite vers le sommet du Grand Hohnack. Passant derrière le front de la 12, elle escalade les pentes puis redresse ses quatre sections en ligne, face au nord, certains éléments poussant jusqu'au sommet. Elle bouscule et rejette la 4e compagnie bavaroise qu'elle déborde; puis elle ouvre le feu et crible de balles bien ajustées les tirailleurs ennemis, de l'autre côté du col sur le Petit Hohnack, qui lâchent pied.

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Il est 14h30. C'est la fin. Sur toute la ligne, l'ennemi recule. Des groupes de plus en plus nombreux se replient précipitamment dans les bois, provoquant une retraite générale et en désordre sur le col, puis au-delà de Giragoutte. Les fantassins du 152 qui sont loin de tout soutien ne poursuivent pas. Le combat leur avait coûté 21 tués et 27 blessés. Le terrain est jonché de très nombreux corps de Landwehriens tués ou blessés; on va en dénombrer environ 250 ; en outre une quarantaine sont faits prisonniers dont deux officiers. Ce premier combat de rencontre, véritable baptême du feu pour le lieutenant Jenoudet et ses camarades, se terminait par une victoire exceptionnelle. Les trois compagnies du 152 avec une section de mitrailleuses avaient surclassé et culbuté les unités de réserve bavaroises, supérieures en nombre (six compagnies) mais sans cohésion et décontenancées par les difficultés d'un combat dans les bois. «Les pantalons rouges » avaient manifesté un magnifique esprit offensif et une grande aptitude à la manoeuvre en montagne, résultat de leur entraînement intensif: bénéficiant de la surprise, s'engageant judicieusement par unités successives et utilisant au mieux le terrain pour conquérir le sommet. Les mitrailleuses montraient déjà l'efficacité de leurs tirs sur des formations denses, même si le terrain couvert et heurté gênait leur utilisation. Ce succès donnait à tous une très grande confiance et apparut comme le prélude à d'autres victoires dans un proche avemr. Un petit monument érigé au carrefour de la Croix de Wihr où sont gravés sur un côté les noms des vingt et un tués rappelle le fait d'armes. L'inscription en est la suivante: «Ici, le 19 août 1914le 3e bataillon du 152eRI surprit le 1errégiment de Landwehr bavarois et après un combat de cinq heures, le tailla en pièces. »

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En vue de Colmar Wintzenheim 22 août
Le 20 août, le lieutenant Jenoudet avec son bataillon atteint les Trois Epis et le 21 août débouche en plaine d'Alsace. Le 3e bataillon occupe Ingersheim, puis se regroupe avec son régiment dans les vignes derrière la route de Wintzenheim à Wettolsheim. Il se trouve à trois kilomètres de Colmar. Le 22 août, les Bavarois de la brigade de Landwehr déclenchent une vigoureuse contre-attaque au nord face aux bataillons de chasseurs sur Ingersheim. En même temps, ils tentent un débordement plus au sud. Ils sont arrêtés par le 2e bataillon du 152 au nord de Wintzenheim et devant le village où sont installées une compagnie du 3e bataillon et la section de mitrailleuses. Leurs pertes sont lourdes. Le soir ils refluent sur leur position de départ, évacuent Colmar et se replient au-delà de 1'111. e nouveau succès ne sera pas exploité. Nos troupes C n'iront pas plus loin. Pendant ces mêmes journées, l'armée française dans son ensemble avait été engagée dans « la bataille des frontières ». Les régiments étaient partis impétueusement à l'assaut en formations serrées face à un ennemi en position. En Lorraine à Morhange, dans les Ardennes, en Belgique à Charleroi, ils avaient été partout repoussés et cruellement décimés. Le général Joffre avait donné l'ordre de repli général et en même temps de transférer des troupes du front d'Alsace pour renforcer son aile gauche en passe d'être débordée. Le 25 août, le 7ecorps d'armée avait reçu l'ordre d'embarquer pour Paris, mais il laissait la 41 e division dont dépendait le 152 en Alsace.

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LA RETRAITE Le repli sur la crête des Vôsges
Le 28 août, l'ordre est donné au 152 de se replier par la vallée de la Fecht sans se laisser accrocher. La section de mitrailleuses appuie les deux compagnies du 3e bataillon qui, en arrière-garde, barre l'entrée de la vallée à Saint Gilles. Puis le régiment s'installe sur la ligne Wihr-au-Val (2e bataillon)-Soultzbach (3e bataillon). Le colonel Thomas de Coligny jugé trop timoré a été remplacé à la tête du régiment par le lieutenant-colonel Goybet. Le 2 septembre, les éléments de deux régiments allemands attaquèrent au nord le 2e bataillon et au sud le 3e bataillon à Soultzbach et aux environs. Le 152 ne céda pas un pouce de terrain; Les pertes furent élevées, surtout dans les combats sous bois. L'ennemi, dans ces rencontres inopinées, fut à plusieurs endroits contre-attaqué à l'arme blanche; il abandonna sur le terrain de nombreux morts et blessés, dont un lieutenantcolonel. Le 3 septembre, le 152 poursuit son mouvement de repli jusqu'à la frontière. Le 3e bataillon s'organise autour du Hohneck. Il retrouve la ligne à partir de laquelle l'offensive de Colmar avait été déclenchée le 14 août. Mais le commandant de la 1èrearmée, le général Dubail, considère que la ligne de crête constitue une ultime position et qu'elle doit bénéficier d'une zone de protection en avant. Il donne l'ordre de reprendre du terrain à l'est.

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Retour offensif Le combat du Sattel 4 septembre
Le 4 septembre, le 152 effectue un retour offensif de cinq kilomètres sur la ligne Stosswihr-Le SatteL Le 3e bataillon atteint ce sommet vers 10 heures. L'ennemi n'a opposé aucune résistance. Mais le soir, à 18 heures, il réagit vigoureusement le long de la crête qui descend du Hohneck sur le SatteL Dans cette zone boisée, les mouvements sont difficiles à détecter. Le bataillon est bien installé dans les ouvrages qui ont été organisés trois semaines plus tôt par les chasseurs du 30" bataillon; il repousse tous les assauts, et comme le précise le Journal de Marche, au col du Sattel, la ge compagnie et la section de mitrailleuses infligent à l'ennemi des pertes très sévères. A la nuit, l'ennemi décontenancé par son échec et craignant un mouvement enveloppant décroche en direction de Wihr-auVaL L'ordre est donné au régiment de s'installer sur place. La position atteinte ne subira guère de modifications jusqu'à la fin de la guerre. Le 8 septembre, le général Bataille, commandant la 81ebrigade est tué au col du Bonhomme. Au même moment se déroulait la grande bataille de la Marne, moment décisif de la campagne de 14, où l'armée française après quatre jours de combats acharnés, obligeait l'armée allemande à retraiter. L'invasion était repoussée.

En Alsace, les opérations de la guerre de mouvement sont terminées. Elles ont laissé à tous les participants une impression de victoire et aussi des regrets, avec ses engagements en plein jour, ses combats de rencontre dans les bois, inopinés et vite dé-

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noués. Toutes les missions ont été remplies. Si le 152 arrivé aux portes de Colmar s'est replié sur la frontière, c'est sur ordre. Ses positions n'ont jamais été conquises. Ses pertes sont déjà cruelles: 68 tués - 153 blessés - 7 disparus mais celles qu'il a fait subir à l'ennemi sont infiniment plus sévères. Le lieutenant Jenoudet avec ses mitrailleuses a pris sa part dans les succès du régiment. A une époque où les citations n'étaient pas décernées, sur ses états de services sont inscrits les noms: GRAND HORNACK - WITZENHEIM - SATTEL.

LA PRISE DU SPITZEMBERG 20 septembre 1914
Le 13 septembre, le 152 reçoit l'ordre de se porter à pied de l'autre côté des Vosges, à Saint-Dié. Il traverse des villages incendiés et en ruines. L'ennemi vient de les évacuer pour se porter à huit kilomètres au nord-est de Saint-Dié sur la crête boisée de l'ürmont. A l'extrémité est de cette crête, dont il est séparé par un col, se dresse l'éperon du Spitzemberg. La mission du régiment est de s'en emparer. Le sommet du Spitzemberg, haut de 641 mètres, est couronné des ruines d'un château féodal, au centre d'une clairière vaste et plate. Au-dessous la pente est raide et couverte de gros sapins. Il constitue un point fort et un bel observatoire sur toute la vallée de la Fave entre Saint-Dié et le col de Saales. Les Allemands ont installé une ligne de défense, faite de petits éléments de tranchées dissimulées dans les bois et battues par les mitrailleuses. Le 16 septembre, les éléments de tête du 152 se mettent en place autour du sommet. Le 3ebataillon est en réserve au sud. Le 17 septembre au soir, sous des trombes d'eau, le 2ebataillon donne l'assaut. C'est l'échec face à un ennemi déjà solidement

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