Fêtes et cérémonies royales au Cambodge d'hier

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Publié le : mardi 1 janvier 1991
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EAN13 : 9782296218970
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FÊTES ET CÉRÉMONIES ROYALES AU CAMBODGE D'HIER

Paul FUCHS

A

FETES ET CÉRÉMONIES ROYALES AU CAMBODGE D'HIER

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1991 ISBN: 2-7384-0772-2

A Son Altesse Royale le Prince Norodom Sihanouk

Avant-propos

Son édition ayant été préconisée par des chercheurs et des fervents de la tradition du pays concerné, le présent ouvrage est un recueil des écrits de l'auteur. Les relations concernant fêtes et cérémonies qui en constituent l'essentiel furent publiées par l'Agence khmère de presse (AKP), entre 1964-1969. Le quotidien Cambodge reproduisait, quant à lui, les mercredi 23 et samedi 26 Juillet 1969, « Les fêtes célébrées au Cambodge ». Ce texte tient lieu d'introduction à l'ouvrage. Rédigé en février 1970, « Le palais royal, son musée et le pavillon de 'l'Épée sacrée » devait faire l'objet d'une brochure qui, en raison des événements, ne fut pas éditée. A noter qu 'tl convient d'ajouter à la liste des « fêtes célébrées au Cambodge », la «fête du retrait des eaux et des salutations à la lune » ainsi que l'anniversaire de l'indépendance du pays qui fut acquise le 9 novembre 1953. Ingénieur diplômé de l'École nationale suPérieure des industries agro-alimentaires, officier de réserve ayant, par suite des hosttlités, accompli une carrière d'officier d'administration de l'intendance des troupes coloniales, l'auteur a séjourné successivement en Chine, puis à Djibouti, de là en Éthiopie, à Madagascar et au Kenya, ensuite au Sénégal, puis au Vietnam, en Guinée et en Haute Volta (Burkina actuel). Enfin abandonnant l'uniforme, il amve au Cambodge, en janvier 1960. S'étant touJours intéressé aux mœurs, coutumes et religion des populations parmi lesquelles tl est appelé à vivre, tl ne fait que persévérer en pays khmer où il se trouve devenir attaché de. presse au cabinet du chef.de l'État.' le prince Norodom Sihanouk. Suivant le prince dans tous ses déplacements et rendant compte de ses activités dans des articles publiés par l'Agence khmère de presse, tl est donc de toutes les fêtes présidées par 7

le chef de l'État et assiste aux cérémonies où celui-ci est présent. Le recueil de ces textes est une sélection des bulletins de l'Agence khmère de presse dans lesquels sont reproduites les relations les mieux documentées concernant les fêtes et les cérémonies célébrées au cours des dernières années de la monarchie, soit de 1964 à 1969. Viennent en premier lieu les célébrations annuelles telles: premier de l'an, anniversaires royaux, labourage royal, tnple anniversaire du Bouddha, retraite des moines, quinzaine des défunts, fête des eaux. Am'vent ensuite les cérémonies occasionnelles: danses sacrées propitiatoires, mariages princiers, consécration de temples, intronisation d'un haut dignitaire religieux, funérailles. La descnption du palais royal et de ses musées termine l'ouvrage. Les photographies sont dans leur ensemble extraites de la revue du prince: Kambuja. A l'intention des lecteurs qui n'ont pas connu le Cambodge, maints renvois expliquent ou complètent des textes rédigés pour les résidents du lieu à l'éPoque considérée. Le sens des termes khmers est donné au fur et à mesure qu'tls se présentent à la lecture. L'auteur s'est le plus souvent écarté des traductions courantes hén'tées des premiers temps de la présence française en Extrême-On'ent. Dans le domaine religieux en particulier les traducteurs manquant d'informations, au demeurant fort dtffictles à obtenir (voir Adhémar Leclère), ont usé pour ce monde extrême-onental de termes qui ne valent que pour l'Occident. Ainsi, l'eau, symbole de purification dans le n'tuel romain ou Judéo-chrétien, symbolise la fécondité et, partant, la prosPénté, la force dans le n'tuel brahmanique. C'est la semence de Çiva répandue sur la te"e pour la fertiliser. Com-

ment, sans n're, parler d'eau lustrale? En khmer « tuk chey »
se traduit littéralement par eau (de la) victoire. Le roi, en

majesté sur le trône, est coiffé du « m 'kot », cône effilé (en
or) qui évoque le «Méru », l'Himalaya, la montagne sacrée, le centre de l'univers. Ce m 'kot n'est qu'un attn'but de la royauté, l'emblème par excellence de celle-ci est l'épée sacrée. Le n'te essentiel du sacre est l'ondoiement avec l'eau de la victoire qui confère force et prosPén'té. Il convient donc, en français, de parler du sacre ou de l'intronisation du roi plutôt que de son couronnement et, partant, de dire les biens du trône plutôt que de la couronne. Acclame-t-tl Samdech - le puissant et le glon'eux - le chef de l'État ou l'un de ses hôtes,

telle général de Gaulle, le peuple cnte « Cheyo (qui se prononce' 'tiéjo' ') Samdech », «Cheyo de Gaulle », littéralement « Victoire (à) Samdech », « Victoire (à) de Gaulle ». « Victoire »
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n'est-il pas aussi sinon plus expresszf que « Vive» ? Pourquoi

trahir au lieu de traduire? Autre exemple .' « Saut-mon », littéralement « récitation de versets (des textes bouddhiques) », est sans cesse traduit par «pneres ». Ce qui est faux. Dans le boud-

dhisme pratiqué par les Cambodgiens - bouddhisme « théravada » ou des Anciens - il n 'y a pas de pn'ères mais bien des
récitations. Des prières néanmoins sont toujours adressées, par nombre de fidèles, aux génies et aux divinités brahmaniques toujours présentes, dans les cérémonies royales par exemple au cours desquelles officient des brahmanes. Les récitations relatent la vie du Maître et son enseignement. Les fidèles récitent avec les moines, ceux-ci y ajoutent leurs homélies au cours des offices célébrés dans les monastères. Monastères qu'il n'y a aucune raison d'appeler pagodes, comme bonzes, pourquoi pas talapoins, ceux qui y résident. Le Cambodge n'est pas le Japon. Et que dire de l'ordination des moines? Mazs n'entendit-on point récemment, au cours d'une émission télévzsée, le présentateur des actualités parler de l'ordination d'un évêque? Dans le monde hindouzste, le roi ne l'est pas de droit divin comme c'est le cas en chrétienté. La cérémonie précitée de l'ondoiement lui a conféré la divinité. Il est le dieu-roi. Sa personne est sacrée. Il en émane des pouvoirs divins dont celui d'éloigner le mal de quiconque a le bonheur de l'approcher.
Le roi de France ne
«

touchait »-il pas les écrouelles de ses sujets

afin de les guénr ? Fidèle à ses traditions millénaires, le peuple lui voue donc un culte qui se traduit en gestes et en paroles d'extrême vénération. Se prosternant devant son souverain, son humble sujet lui assure qu '« il est la pousszere de ses augustes pieds ». S'adressant à Yaweh, le roi David ne dzsait-tl pas «je SUtSl'escabeau de tes pieds ». Que l'étranger ne se scandalzse donc point des marques de respect qui lui paraissent excessives, témoignées à la majesté royale non pas de droit divin mais, pour le monde considéré, d'essence divine. Relatant, vers la fin du recuezl, les funérazlles de S.A.R. la princesse Norodom Pindara Sodareth, l'auteur en s'attardant longuement sur la célébration des cérémonies, a entendu mettre l'accent sur ce culte qui s'étend à toute la famille royale.
«

Honni soit qui mal y pense »

P. FuCHS 9

Introduction

Les fêtes célébrées au Cambodge

Toujours à l'intention des étrangers de passage dans le royaume, voici quelques indications concernant les fêtes célébrées chaque année dans celui-ci. Parmi ces fêtes, les unes sont strictement cambodgiennes, les autres sont d'origine étrangère. Nouvel an chrétien. Panicipent à cette fête les Cambodgiens des villes qui s'associent à la célébration qu'en font leurs amis occidentaux. Têt (c'est-à-dire fête). Nouvel an chinois, le jour de la nouvelle lune survenant à mi-distance entre le solstice d'hiver et l'équinoxe de printemps (fin janvier, début février). Chinois et Vietnamiens accomplissent les offrandes aux ancêtres. Fête des génies. Dix jours après le Têt. Célébrées par les Chinois et par les Vietnamiens. Les effigies des divinités et des génies du panthéon taoïste (chinois), sorties de leurs temples et installées sur des chars ou des palanquins, parcourent certaines rues de la capitale en une longue procession haute en couleurs et toute retentissante de la musique des orchestres qui l'accompagnent. On y voit sur les chars des médiums aux poses extatiques, les joues et les bras percés de longues aiguilles, se lacérant la peau avec des lames d'acier. Meak bauchea (offrande du mois de Meak). Célébrée par les Cambodgiens à la pleine lune de Meak (fin janvier, début février). Commémore l'annonce de sa mort, faite par le Bouddha à ses disciples, trois mois avant cet événement. La vigile se passe dans les monastères où les fidèles se rendent le soir pour entendre, de leurs moines et durant toute la nuit, les
Il

homélies concernant la fête célébrée. Le lendemain matin ces fidèles reviennent au monastère pour offrir aux moines leur repas .

du jour.

Journée du Sangkum. 25 mars. Anniversaire de la fondation, le 25 mars 1955 par le prince Norodom Sihanouk, qui venait d'abdiquer le Trône, du Sangkum Reastr Niyum (communauté socialiste populaire). Sortie de l'année lunaire. Des cérémonies aux rites millénaires hérités du brahmanisme sont célébrées au Palais, à Phnom-Penh, les quatre derniers jours de Phalcun (février, mars), le dernier des douze (ou treize, tous les deux ou trois ans) mois de l'année lunaire. Les rites accomplis doivent éloigner du royaume et de ses habitants les influences néfastes ou maléfiques et attirer sur eux paix, bonheur et prospérité au cours de la nouvelle année qui va commencer. Durant ces quatre jours, quarante moines se relaient pour réciter en divers points du Palais les versets dits « Charnroeun Preah Parett » (accroissement de protection) tirés de l'enseignement du Bouddha. Le soir du troisième jour, au cours d'une cérémonie solennelle qui rassemble, salle du Trône, S.M. la Reine, le chef de l'Etat et les premières personnalités du royaume, des attributs rituels - couronne de coton écru, feuille de palmier, scapulaire - devant écarter les influences néfastes sont remis à chacune des personnes de l'assistance. Dans la matinée du quatrième jour, S.M. la Reine est ondoyée avec l'eau parfumée préparée par les brahmanes, symbole des vœux de longue vie, bonheur, santé et prospérité au cours de l'année nouvelle formulés en faveur de la souveraIne. Chaque année lunaire fait partie d'un cycle de douze placées chacune sous le signe d'un animal: rat, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, chèvre, singe, coq, chien, porc. (Les années 1970, 1971, 1972 se trouvent respectivement placées sous les signes du chien, du porc et du rat.) Anniversaire de Sa Majesté la Reine. 9 avril. Des cérémonies sont célébrées au Palais, à Phnom Penh, durant quatre jours, du 7 au 10. Pendant ces quatre jours, est ouverte au Palais l'exposition, dite Taing Toc (qui donne son nom à la fête), de toutes les richesses naturelles, agricoles, industrielles et artisanales du royaume, organisée par les populations des provinces et des cités autonomes, en hommage au Bouddha et aux puissances surnaturelles afin d'obtenir longue vie, prospérité, force et santé en faveur de Sa Majesté. Le 9, salle du Trône, 12

où sont rassemblées les premières personnalités du royaume, a lieu, en fin d'après-midi, la présentation solennelle des vœux d'anniversaire. Le 10, dans l'après-midi, la souveraine est ondoyée avec l'eau parfumée, symbole des vœux formulés en sa faveur.

Chaul Chhnam, c'est-à-dire « entrée dans l'année ». Il s'agit
de l'année civile khmère qui commence le 13 avril, parfois le 12, de l'année grégorienne. Cette année civile p~rte deux numérations correspondant la première à la Petite Ere khmère qui :part de l'an 638 de l'ère chrétienne, la seconde à la Grande Ere khmère qui part, quant à elle, de l'an 78 après Jésus-Christ. Chaque année civile khmère se réfère donc aux deux ères précitées et à l'animal qui donne son nom à l'année lunaire, laquelle commence, nous l'avons dit, avant l'année solaire correspondant à l'année civile considérée. Ainsi l'année civile khmère correspondant à l'année grégorienne 1970 sera l'année du Chien, 1 332e de la Petite Ère et 1893 de la Grande Ère. Elle sera aussi la 2 514e de l'ère bouddhique comme nous le verrons plus loin. Le premier rite de l'année consiste à accueillir le « Tevoda thmey », c'est-à-dire la divinité nouvelle qui préside à l'entrée dans l'année en question. Dans chaque famille un petit autel dressé devant l'habitation porte les offrandes rituelles: les fleurs, les fruits, les gâteaux, l'eau, les bougies, les baguettes odoriférantes, l'arec et le bétel. Au Palais, à l'heure flXée.par l'astrologue. Sa Majesté la Reine accueille le Tevoda thmey au cours d'une courte cérémonie. Le troisième jour de l'année nouvelle, en fin d'après-midi, Sa Majesté la Reine est ondoyée avec l'eau parfumée (toujours préparée par les brahmanes), symbole des vœux formulés en sa faveur. En la salle du Trône a lieu ensuite la présentation solennelle des vœux à Sa Majesté par le chef de l'État et les premières personnalités du royaume, chacun portant les offrandes rituelles: fleurs, parfum et bougies en cire d'abeilles. La présentation des vœux est suivie de l'ondoiement avec les parfums apportées par chacun des statuettes de la Trinité brahmanique (Brahma, Vishnou, Çiva) et de Préah Kamchay, disciple légendaire du Bouddha. Le quatrième jour, toujours en la salle du Trône, Sa Majesté la Reine préside à l'ondoiement avec l'eau parfumée de la statuette du Bouddha puis d'un groupe de moines dont le nombre est égal à celui des années d'âge de la souveraine. Ces moi13

nes récitent ensuite les versets tirés des Sattapakarunaphitom, les Sept Livres de la Doctrine du Bouddha (la troisième des Trois Corbeilles du canon pali), en hommage aux mânes royaux. Érection des monts de sable et danses sacrées. Quelques jours avant ou après le Chaul Chhnam, selon les années, a lieu dans tous les monastères du royaume, le rite antique de l'érection des monts de sable, images du Preah Mérou (l'Himalaya), centre de l'univers et siège des divinités dans la cosmologie brahmanique, et des monts qui l'entourent. Le lendemain, en fin d'après-midi, au Phnom Daun Penh (qui a donné son nom à la capitale), le ballet royal exécute les danses sacrées devant le temple édifié au sommet de la colline. Ces danses sont encore exécutées quelques jours plus tard dans l'enceinte du monastère royal du Bouddha d'émeraude (plus connu des occidentaux sous le nom de Pagode d'argent).

Fête du travail -

1er mai.

Anniversaire de l'octroi de la Constitution - 6 mai. La Constitution du Royaume fut octroyée au peuple khmer par Sa Majesté Norodom Sihanouk Varman, Roi du Cambodge, le 6 mai 1947.

Chrat Preah Nongkâl, mot à mot « appuyer sur la sainte
charrue », en d'autres termes fête du labourage royal. Le quatrième jour de la lune décroissante du mois de Vissak (fin avril, plus souvent début mai), le roi, conformément à une tradition trois fois millénaire, doit ouvrir la saison des labours en traçant les trois premiers sillons de la rizière sacrée délimitée par les brahmanes du Palais. A ce labourage royal, tombé en désuétude depuis le règne S.M. Ang Duong (1845-1859), Samdech Preah Norodom Sihanouk redonna tout son antique éclat en reprenant lui-même les mancherons de la « sainte charrue », le Il mai 1963 à Battambang. Il les reprit depuis, chaque année, en divers chefs-lieux de provinces. Préparée par les brahmanes, la sainte rizière est entourée par cinq légers pavillons, un à chaque angle, le cinquième au milieu du côté Est de la rizière. Ils abritent cinq statuettes, celles des divinités brahmaniques - Brahma, Çiva, Vishnou et Ganesha, le dieu à tête d'éléphant - et celle de Preah Kamchay, disciple légendaire du Bouddha. Samdech se recueille devant celle de Vishnou avant le labourage, devant celle de Preah Kamchay lorsque ce labourage est achevé. Sarndech en palanquin, la princesse, qui sera la semeuse de 14

paddy, en hamac, et leur suite font, pour commencer, le tour de la rizière sacrée en superbe cortège encadré de cent porteurs d'oriflammes et de bannières. Trois attelages, comprenant chacun la charrue tirée par un couple de bœufs richement harnachés, font ensuite trois fois le tour de la rizière pour ouvrir (symboliquement) les trois premiers sillons de l'année. La charrue du milieu est la sainte charrue dont Samdech tient les mancherons. Derrière les attelages avance la princesse semeuse de paddy et ses suivantes. Sur des plateaux d'argent, du paddy, du maïs, du soja, du sésame, de l'herbe, de l'eau et enfin de l'alcool sont ensuite présentés aux deux bœufs de l'attelage royal. Du choix qu'ils font parmi cette provende on tire des pronostics pour la prochaine campagne agricole: abondance de paddy, de maïs ou de légumineuses, des épizooties à redouter si l'herbe attire nos bœufs ou les pires calamités si l'alcool est choisi. Vissak bauchea (offrande du mois de Vissak). C'est le nouvel an bouddhique, célébré le jour de la pleine lune de Vissak (en avril ou en mai). Ce jour étant le triple anniversaire de la dernière renaissance, de l'Éveil à la Connaissance et de l'entrée dans le parinirvana du Bouddha. L'ère bouddhique, nous l'avons dit, commence en 544 avant l'ère chrétienne, d'après la tradition cingalaise observée au Cambodge. Ainsi,.l'année 1970 du calendrier grégorien sera la 2 514e de l'ère bouddhique. La fête, fête nationale et la plus solennelle de l'année bouddhique, commence le quinzième et dernier jour de la lune croissante, dans la soirée. Les fidèles se rendent au monastère où ils passeront une partie de la nuit sinon la nuit entière à entendre les homélies de leurs moines concernant la merveilleuse histoire du Maître et son enseignement. Le lendemain ces mêmes fidèles reviennent au monastère pour offrir aux moines leur repas du jour. A Phnom Penh, Sa Majesté la Reine et le chef de l'État rendent un solennel hommage à la précieuse relique du Bouddha, ramenée de Ceylan par Samdech en 1954 et déposée dans le stoupâ édifié place de la gare. Journée de Préah Vihear - 15 juin. Anniversaire de l'arrêt du 15 juin 1962, rendu par la Cour internationale de justice de la Haye, arrêt qui confirma l'histoire et les derniers traités en déclarant que Preah Vihear et la falaise au sommet de laquelle il se dresse depuis un millé15

naire faisait bien partie du patrimoine du Cambodge, et, comme tel, relevait de sa souveraineté.

Chaul Vossa, c'est-à-dire « entrée dans la saison des pluies »,
sous entendu « entrée (des moines dans leur retraite qui a lieu durant) la saison des pluies ». Cette entrée est célébrée dès la veille du jour de la pleine lune du mois d'Asat (ou Tutiyasat les années de treize mois lunaires) (juin-juillet). Elle est précédée de la cérémonie dite
« seth tean vossa », le « coulage

des cierges de la retraite»,

qui

a lieu une semaine plus tôt, le huitième jour de la lune croissante d'Asat. Un cierge (semblable au cierge pascal d'occident) doit brûler dans chaque temple devant l'autel du Bouddha pendant toute la durée de la retraite des moines. Au Palais, Sa Majesté la Reine préside à la cérémonie de coulage d'une vingtaine de cierges qu'Elle offre à autant de monastères de la capitale et des provinces. Dans nombre de monastères, la vêture est conférée le jour de la pleine lune d'Asat (veille du commencement de la retraite) aux jeunes gens et aux adultes qui désirent être admis, les premiers comme novices, les seconds comme moines, parmi la communauté monacale, soit pour y passer le temps de la retraite, soit pour y rester plus longtemps, voire toute la vie. Cette cérémonie de la vêture est précédée la veille, quatorzième jour de la lune croissante d'Asat, d'une cérémonie préparatoire célébrée au monastère ou à la maison de chaque postulant. Au Palais, Sa Majesté la Reine préside à une semblable cérémonie concernant quelques jeunes gens ou adultes auxquels la vêture sera conférée le lendemain, par le Samdech supérieur de l'ordre mohanikay pour les uns, par le Samdech supérieur de l'ordre thommayut pour les autres. Prachum Ben, c'est-à-dire «réunion des boulettes », en l'occurrence des boulettes de riz offertes aux mânes des défunts pendant quinze jours. Cette quinzaine des morts correspond à la seconde quinzaine du mois lunaire Phatrobot (aoûtseptembre). Ces quinze jours durant, les fidèles se rendent soir et matin au monastère, le soir pour y entendre les homélies des moines concernant cette commémoration des défunts, citons parmi ces homélies celle dite « Preah pituguna » (du respect et de la gratitude dus aux parents), le matin pour y porter les
« ben » (en nombre variable selon les endroits mais générale.

ment croissant, de un à quinze pour chaque offrande individuelle, du premier au dernier jour) et pour y offrir aux moi16

nes leur repas. Les temples sont ornés pour la circonstance de

frêles, gracieux, et scintillants assemblages dits « fleurs de ben»
posés devant l'autel du Bouddha. Au Palais, des cérémonies sont célébrées les cinq derniers jours de la quinzaine « pour présenter vœux de félicité et offrandes rituelles aux augustes aïeux ». Les plus belles sont célébrées, salle du Trône, le quatorzième jour de la quinzaine. Dans la matinée, en présence ...detrente deux moines, de Sa Majesté la Reine, du Chef de l'Etat et des grands du Royaume, se succèdent la présentation des vœux aux mânes royaux, l'illumina-

tion des « fleurs de ben», l'offrande aux moines de leur repas
du jour. Dans la soirée, toujours en présence de Sa Majesté et des premières personnalités du royaume mais sans les moines, sont présentées aux mânes royaux les offrandes rituelles: riz, viandes rôties, mets divers, fruits et desserts, les cigarettes, l'arec et le bétel, déposées devant le Trône dans la somptueuse vaisselle d'or, de vermeil et d'argent du trésor royal. Çes offrandes présentées, Sa Majesté la Reine, le Chef de l'Etat et les hautes personnalités accomplissent, avec de l'eau de coco, les libations en l'honneur de ces mêmes mânes. Dans la. nuit qui suit a lieu, au cours d'une cérémonie qui ne finit qu'à l'aube, la consécration d'une statuette en argent du Bouddha. Le lendemain matin, à la première heure du jour, les offrandes faites la veille aux mânes royaux sont portées, processionnellement jusqu'à la maison flottante royale et, de là, conduites en barque jusqu'au milieu du Chakdomukh - les Quatre Faces -, confluent du Mékong et du Tonlé Sap, pour y être abandonnées au gré des flots. Avec ces offrandes, les mânes s'en vont, dit l'antique légende, retrouver l'immense et invisible empire des morts que ces mânes avaient quitté quinze jours plus tôt pour venir agréer vœux et offrandes des vivants.

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