Figures de l'étranger autour de la Méditerranée antique

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Parler de dialogue des cultures est-il une utopie, une réalité ou une construction anachronique dans la Méditerranée antique ? Il s'agit de mieux cerner, à travers l'étude des textes antiques, comment chacun s'est situé et a situé "l'autre" dans cet espace sans cesse en évolution, tour à tour dominé par les Grecs puis par les Romains, qui considérèrent les peuples dominés comme leurs "barbares". On s'interrogera sur la langue de "l'autre", l'identité de "l'autre", le contact avec "l'autre", l'intégration de "l'autre"...
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782296245365
Nombre de pages : 608
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Figures de l'étranger
autour de la Méditerranée antiqueMarie-Françoise MAREIN, Patrick VOISIN,
Julie GALLEGO (éditeurs)
Figures de l'étranger
autour de la Méditerranée antique
Actes du Colloque International
Antiquité méditerranéenne: à la rencontre de « l'autre»
Perceptions et représentations de l'étranger
dans les littératures antiques
12,13 et 14 mars 2009
Université de Pau et des Pays de l'Adour
Centre de Recherche: Poétiques et Histoire Littéraire
(CRPHL) EA 3003
section des Langues Anciennes du département des Lettres
Association KUBABA, Université de Paris I,
Panthéon - Sorbonne,
12 Place du 75231 Paris CEDEX 05
L'Hlt'mattanReproductions de la couverture:
la déesse KU BABA de Vladimir Tchernychev
et
gravure de Geneviève Gallego, inspirée de l'antéfixe du temple "dello Scasato" de Faléries
(début IIIème siècle avoJ.-C. ; Rome, Musée de Villa Giulia)
numérisation et infographie: imprimerie Péré, Hautes-Pyrénées
Directeur de publication: Michel Mazoyer scientifique: Jorge Pérez Rey
Comité de rédaction
Trésorière: Christine Gaulme
Colloques: Jesus Martinez Dorronsorro
Relations publiques: Annie Tchernychev
Directrice du Comité de lecture: Annick Touchard
Comité scientifique
Sydney Aufrère, Pierre Bordreuil, Nathalie Bosson, Dominique Briquel, Gérard Capdeville,
Jacques Freu, René Lebrun, Michel Mazoyer,
Dennis Pardee, Eric Pirart, Jean-Michel Renaud, Nicolas Richer,
Bernard Sergent, Claude Sterckx, Paul Wathelet
Ingénieur informatique
Patrick Habersack (macpaddy@chello.fr)
Avec la collaboration artistique de Jean-Michel Lartigaud,
et de Vladimir Tchernychev
Association KUBABA, Paris
@
L'Harmattan, 2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-107694
EAN : 9782296107694Bibliothèque Kubaba
Sélection d'ouvrages publiés
Bibliothèque Kubaba
Collection Kubaba
Série Antiquité
Télipinu, le dieu au marécage, Michel Mazoyer, 2003.
Histoire du Mitanni, Jacques Freu, 2003.
Suppiluliuma et la veuve du pharaon, Jacques Freu, 2004.
Studia Anato/ica et varia.. Antiquus Oriens. Mélanges René Lebrun,
éd. Mazoyer et Casabonne, 2004.
Histoire politique du royaume d'Ugarit, Jacques Freu, 2006.
Des origines à lafin de l'ancien royaume hittite, Jacques Freu et
Michel Mazoyer, 2006.
Les débuts du nouvel empire hittite: Les Hittites et leur histoire,
2007.
L'apogée du nouvel empire hittite, 2008.
Homère et l'Anatolie, éd. Michel Mazoyer, 2008.
Le forum brûle, Dominique Briquel, 2002.
Eloge mazdéen de l'ivresse, Eric Pirart, 2004.
Guerriers d'Iran, 2006.
Georges Dumézil face aux démons Iraniens, 2007.
L'Aphrodite iranienne, 2006.
Thot Hermès l'Égyptien - De l'infiniment grand à l'irifiniment Ntit,
Sydney Aufrère, 2007.
Les Mutilations des ennemis chez les Celtes préchrétiens, Claude
Sterckx, 2005.
L'Atlantide et la mythologie grecque, Bernard Sergent, 2006.Prém bule
Étudier à travers les figures de «l'autre» celui que l'on appelle
tan ôt étrag er, tantôt barbare, celui qui res t n Grec, n Romain, par ses
origin s, par sa nis sane, par sa terre ata le ou par sa lag ue, tel fut
l'objectif du Colloque iter ati onal - Antiquité méditerranée e à la
mon tre de « l'Autre ». Pe cp tion è rp réstIlt ion de l'étrag e dan
le littérature ati ques - que nus avons organ sé les 12, 13 et 14 mars
2009, daR le cadre des activités du Cen re de Recherches: «Poétiques et
histoire littéraire» (CRPHL EA 3003) de l'Université de Pau et des Pays de
l'Adour.
Nous aVOR souhaité n us iœr esser à la périphérie de la
Méditerrane atiq ue, à la mosaïque des peuples que l'on n peut plus
défin r, comme le fait Hérodote, par tov OflaLflÔVH: Kal oflôYÀwouov,
Kal SfWV lbQvfla'"Ca'"CfKOlVà Kal SV0laL «même sag, même lag ue,
san tuaires et sacrifices communs» - des Pygmées aux Perses, en passant
par les Hien s, les S ythes, les iens, les Carthaginis , les Numides, les¥-d
Juifs, les b ères, les Gaulois, les Bretons, les Germains, les Huns, etc. - mais
qui peuven se lire comme un kl éidoscope des terres conne s et habitées.
Nous aVOR parcouru espaces et temps, du mythe hittite de Télipinu
à l'invasion des «barbares» qui fit chag er Rome de visage, et n us aVOR
étudié commen chacun s'est situé et a situé « l'autre» daR cet espace sas
cesse en évolution Tour à tour ont été abordées les questions de la lag ue
de« l'autre », de l'idetité de« l'autre », du contact avec «l'autre », de
l'iœ gration de «l'autre », de la quête de soi à travers la figure de
« l'autre»... et - à travers l'étude des textes atiq ues - nus avons teœ de
mieux cerner qui était «l'autre» pour un Grec et pour un Romaip
«l'autre» daR sa réalité historique et géographique, «l'autre» construit par
la subjectivité d'un écrivain qui n cherche pas nce ssairemen à traBC rire le
réel mais à créer par son imaginire un autre forme de réel s'inscrivan daR
la fiction qu'est toute écriture.
Pour ce faire, entre deux séances plén ères ouvran et clôturan le
colloque, et après un intervention liminire proposan une mise en
perspective des lag ues et cultures de l'Antiquité à travers la problématique
du colloque, nus avons travaillé en deux ateliers sur les différents thèmes
qui structurent les deux volumes de ces Actes.
À toutes celles et à tous ceux qui ont œuvré par leur communication
pour que chaque tesson dans la perception de l'Atiq uité trouve sa juste
9place daR la mosaïque d'ensemble, n us exprimons toute ntr e gratitude et
ns plus sincères remerciements.
Et, parce que l'organisation d'un colloque relève de la participation
de beaucoup de bon es voloté s et de talents, nus tenons à remercier très
sinèr emen :
Pend» t le colloque
MOR ieur le Présiden J eaB lm is Gout, qui, malgré un emploi du temps
surchargé, a assuré l'ouverture du colloque, ainsi que M. le Proviseur du
lycée lm is Barthou, Alain Vaujay, pour son soutien finam er et pour son
action auprès des étudiatB des classes préparatoires présetB en n mbre tout
au long du colloque;
MoBie ur Didier Machu, Doyen de l'U.F.R. ~ ttres, pour un momen de
convivialité inoubliable mais aussi pour son aide matérielle et son
iu estissemen person el duranla jouril e du samedi à l'U.F.R. ;
Maylis Morel, ntr e collègue de latin et amie, pour son soutien id éfectible
avat! pendant et après le colloque, et sa gestion impeccable de toute la
logistique;
les professeurs des classes préparatoires littéraires du lycée lm is Barthou,
pour avoir permis à leurs étudiatB d'assister au colloque - tout
particulièremen Gérard Pélissier;
Brigitte Vem c et Josian Dastugue, pour leur efficacité, leur dispon bilité et
leur getil lesse lorsque nus étioR daR les locaux de la Présiden e ;
fuIren t Dozières (directeur du CRATICE), Micaëla Perez-Queyroi
(technicien du CRATICE) et Am ud L ns se, qui on assuré la captation
du colloque duran ces trois jours;
JeaB Noël Gallego et fuIr en Blanchard, du magasin de musique La Lyre
bigourdae , qui on veillé à la sonorisation des conférences du samedi;
Michel Chartier et toute l'équipe de La Vague, en coulisses ou en salle,
Yvon et Marc en particulier, qui n us on régalés et don la getil lesse et
la serviabilité ont été fortemen appréciées de tous les participatB ;
Genvi ève Gallego pour ses talents artistiques et sa disponibilité;
JeaB Pierre Hunu lt et l'imprimerie Péré (65), pour leur aide daR le
traitemen infographique de la gravure en couverture;
Marine Calliap Elodie L fOBPuyo, Michaël in aud, Guillaume Andreucci,
ns étudiatB de Master l, qui nus ont tan aidés pour tenir le stad de la
librairie et pour accueillir au mieux les participatB , du premier jour à
l'ultime pause: puisse cette découverte des réalités du métier d'ese igntl-
chercheur et de « l'eue rs du décor» leur avoir apporté un expériene don
ils sauront tirer profit daR quelques an es!
10IL mo b du colloque
JeaB Yves Casanva , directeur du CRPHL et Muriel Guyon eau, secrétaire
du centre pour la constitution et le suivi des dossiers de subvetio n;
les partenaires institution els: le Conseil Régionl d'Aquitaine, le Conseil
Géilral des Pyréil es-Atlantiques, la Communu té d'agglomération de Pau;
Véron que Duchag e et le service de la communicatiop tout
particulièremen S Ii fin Craveiro, infographiste, pour avoir coçu et
réalisé un affiche et un programmes si beaux, et Émilie Motm éjeap
Webmestre, pour son aide daR la réalisation du site Ie fIl t du colloque
http://aniquite-rencontredelautre.unr-pau.fr/live/ ;
Guillaume Amiet et le service de la reprographie;
Bu on Vergez, pour l'organisation de la réception l'U.F.R. Mt res;
Benoît Pégol et toute l'équipe de la logistique sur le site de la Présiden e;
Gilles Zicko, du Clous de Pau, pour l'accueil de certains participants;
Patricia Capdet, de l'lF.R ., pour sa disponibilité;
Claudin et Camille Gallego, qui ont travaillé dans l'ombre jusqu'à
l'ouverture du colloque (et même jusqu'à la publication des Actes...) ;
et toutes les personns qui nus on manifesté leur aide en ces joum es de
turbulenes uwe rsitaires.
Un grand merci pour la qualité scietif ique de ces jOuID es; un
grand merci à Michel Mazoyer d'avoir accepté la publication de ces Actes
daR les Cahiers Kubaba édités par IR armattan; un grand merci à tous pour
les qualités humain s que chacun( e) a eu l'occasion de manifester duran le
colloque.
Nous souhaiterioR laisser le derœ r mot de ce préambule à Jacques
Bompaire qui vien de n us quitter le 6 mai derœ r et qui n us avait fait
parven r un courrier d'encouragemen quelques jours avant le colloque, nus
disant combien n tre thématique l'in éressait : «c'est he ien lui-même qui
s'adresse à vous, nus écrivait-il, dans ma traduction 1.11 - le Pêcheur -
~ 19 :
Philosophie: « Dis-moi, qué et ton Dm ?
- Mon Dm ? Parrhèsiadès (Fa a-Pa rler), fils d'Alèthion
(Véridiquj? ,fils d'EleJlJiklès (tih vaincant)
@ lie et ta patrie?-
- Je suis jr ien rive ain de l'Euphrate Mais qu'importe? Je
sais que cet ains de me adve rsaire - ici préstE - fi son
pas moins barbare de Dis saae que moi. Mais le
comportm tJ é la culture il ont rien à voir ave le fait d'être
habitan de BI e, IiYP re Babylofl ou Eilg ire @J i qu'il fi
soit, ce fi sea it pas un han icap d'être barbare par la lag ue
si l'on a manifestm tJ lejugemfl t droit é juste ».
11Que ces Actes soient un hommage de reconniss ane aux qualités de
cet homme KMàç Kàya8ôç, lui qui n us souhaitait que, duratl ces
joum es, l'Adour soit pour nus aussi un petit Ii ssos...
is organ sateurs,
Marie-Fraço ise MAREN
Patrick VO!) N
Julie GAL EGO
12LES LANGE S J: LES U LTH It
DE J..'ANJ'IQ ITÉ:
NOTRE ALTERITE FONDAMENTALE
Patrick VON
Pour ouvrir ce colloque, doh la question centrale est la «Renon tre
de l'Autre» daR l'Antiquité méditerran en e, je me propose de procéder à
un mise en abyme destinée à répod re à celles et ceux qui aujourd'hui
peR ent - voire préted eh - que les lag ues an ien es soh saR intérêt dans
et pour le mode moderne. En effet, si le thème de ce colloque correspod à
un problématique de travail qui est celle des étudiatB des classes
préparatoires littéraires à 1'horizon du concours 2010 des ENS «Grecs,
Romais, étrag ers », il re n demeure pas moiR que ce colloque d'une part
s'inscrit dans un réflexion très contemporaine sur la question de l'Be tité et
de l'Altérité - et va motrer que les atiq uisants sont égalemeh concernés
par les questioR d'ordre ath ropologique -, et d'autre part peut nus
permettre de mieux définir l'horizon de l'enseignement des lag ues et
cultures de l'antiquité en tah qu'elles sont a tre altéritéfodam e tale.
Nous aVOR été formés dans et par un traditiop celle de ns
maîtres, celle des lag ues ani ellflS comme étant a tre culture, a s sources
et a tre héritage. Et il est vrai que pour n tre géérat ion - à plus forte raison
pour les précédeœs
- l'étude des langues anie n es a bien souvent été un
évidence construite daR les familles et/ou par l'École. à. chouette d'Athén
veillait sur des esprits qui le lui rendaieh bien en motran t ce que le mode
grec avait apporté à l'humanité; et Flaubert, daR un lettre du 20 avril
183 , aff1rmait : « ceux qui ont sucé le lait de la louve oh un autre sang daR
la veine»! Mais est-il aussi évident aujourd'hui que les adolescents se
reconnis sent dans ces Human tés daR et par lesquelles n us avons grandi
nus -mêmes? Ie mpathie qui caractérise les professeurs de lettres
classiques ainsi que l'idée gééreu se qu'ils oh de tramn ettre un passiop
leur passion pour leurs Grecs et leurs Romais, ohe lIes un valeur
performative étendue, au-delà du charme qu'ils exercent sur quelques élèves
et étudiatB du 2d cycle et de l'enseigflill eh supérieur, ut cupide ge ratim
saela propage t, «pour perpétuer avec ardeur leur espèce! ». Pour cette
raisop l'heure d'Humanités modernes m- t-elle pas son é, daR lesquelles
les langues et cultures de l'antiquité pourraieha voir un respomb ilité bien
plus grande? ~ temps d'un nuv elle militia res t-il pas ven, celle
d'Humait és modernes reposah sur at re altérité fad ametule , l'Antiquité
méditerran en e?
13Depuis 2001, H. Wisman et P. Judet de à. Combe iD h eu de
cesse d'appeler à la promotion des langues de culture, dans le cadre de la
mission miiBt érielle qui leur avait été confiée par 1. à. g . Iou vrage qui en
2
a résulté - et qui a pour sous-titre Rp Bele Humaités - déborde la
question des seules lag ues an ien es, puisque les auteurs traitent des
langues de culture en gén raI, mais il a permis de porter sur elles un regard
ouv eau; et il a été le poih de départ de mon essai Il faut reo Nt ruire
tir thage3 pour sortir d'un horizon strictemeh européen et eu isager la
question à l'échelle du mode méditerranen, d'un rive à l'autre, entre
Europe, Afrique et Asie.
H. Wisman et P. Judet de à. Combe oh motré que les lag ues
an ien s oh ce double privilège par rapport aux lag ues vivares d'avoir
été le matériau de l'élaboration des cultures européenn s modernes et
d'échapper à l'immédiat, au présent, c'est-à-dire à la fascination; constituah
un mode clos à jamais qui n peut plus parler mais dire, elles obligeh à
sortir du cercle des représetRti ons que l'on n discute plus, elles permettent
de mobiliser le passé pour dire du nuf . Cette conception de la culture
ati que, qui n sépare pas la langue et ses conteu s, fait de l'Antiquité un
domain de réirer prétatiop de reconstruction et de retraduction incessares ,
la langue obligeah à un réflexion active; et cet humaiB me, qui res t plus
lié à des valeurs n à des core us établis depuis toujours et pour toujours,
devieh un espace d'intercompréhension dyn mique pour la modernité. En
ce sens les deux auteurs opposent les Human tés classiques et les Human tés
modernes comme deux attitudes: l'un, patrimoniale, CORidère «les
résultats de la culture comme des bieR toujours disponibles, présents et
clairs en eux-mêmes» ; l'autre, moderne, croit daR le pouvoir de la tradition
et permet «aux id ividus de se réapproprier des formes de lag age, de
maœre 0 n seulemeh à en acquérir la maîtrise, mais aussi à se situer par
rapport à elles comme id ividus substatie Is ». Dès lors, se réapproprier la
tradition ah ique au lieu de la considérer comme un passé 0 rmatif, c'est se
réapproprier en même temps « sa propre tradition moderne ».
4,De même, M. Detienn , daR son ouvrage Le Gre s è uus ous
ouvre les yeux sur 0 tre relation à l' Atiq uité méditerrane n ; il motre
commeh otr e autochton e d'Occident se fod e et s'enracine dans «us
Grecs, ngu ère dispersés, en tribus, en mille et un cités bariolées ».
Démystifiah u tre histoire par l'approche comparatiste, il dit en ore:
«Nop utr e histoire n commene pas avec les Grecs»; et il propose in
fine de «faire de l'anthropologie ave les Grecs », ce qui suppose de mettre
«résolumeh le cap sur la variabilité des cultures ». Ce qu'il dit des Grecs
s'applique bien évidemmeh à us Romais, comme cela pourrait
s'appliquer aussi à us auê tres les Gaulois, formatés par Napoléon J par
14ce qu'on appelle aujourd'hui le Politique! M. Detien e motre commen ce
qu'il om me « la tribu des helléiBt es» tend métaphoriquemen à se croire
«autochton », c'est-à-dire «née de la terre même de ces Grecs»; et l'on
peut CORidérer que «la tribu des latinistes» fontio n e de même. Au
cotr aire, M. Detien e considère l'Antiquité comme « un objet autre, séparé
de nus », daR un discours ath ropologique différent de celui des
«tradition alistes» qui affirmen la contin ité entre les modes anie R et
nus - en voyan daR l'Antiquité« ns racines et ns traditions ». I n
s'agit pas de pratiquer un «rupture» mais un «mise à distane », et
«l'altérité» œs t pas un fin mais une étape pour mieux réirer préter ntr e
relation à l'Antiquité, un sorte d'« altérité provisoire» permettant de
revenir à des certitudes en ichies du regard de l'Autre.
M. Detien e n us iuit e don à nus toum r vers un Ab iquité
méditerran enn riche en identités fortes mais diverse - et de ce fait plein
d'altérité -, pour fod er des Humait és modernes qui n peuven plus se
cantonn r daR un lecture un quemen grecque ou romaine des phénomènes
historiques et culturels. C'est un culture atiq ue complète qu'il n us faut
dérouler - en n us pen han en particulier sur les apports libyco-pull]Ues de
l'Afrique, en Méditerrane occidentale-, parce que l'Antiquité
méditerran en e permet id éfrim ent de se différencier et de se re-coDÎtr e
tout à la fois. 8 pencher sur elle selon cette méthode, c'est la
déterritorialiser et nus déterritorialiser en même temps; c'est prendre
conscience que nu s faisons partie d'un vaste espace qu'il importe de garder
ouvert autour de ses spécificités et des ôtr es. Avec ces Grecs et ces
RomaiR que M. Detien dén mme «ns occupatB de toujours» - ntre
«secodarit é culturelles» finl emen -, n us avons un log dialogue à
in ugurer daR un perspective qui œ xclue plus d'autres lag ues et/ou
cultures méditerranéen s qui leur sont contemporaines et avec lesquelles
des inter-ifiue nes culturelles et lig uistiques ont existé. ~ « lettres
classiques» doiven s'irriguer à la variabilité culturelle que l'Antiquité
méditerran en recèle dans tous les espaces habités ou colonisés.
ID ccident qui revendique la tradition gréco-latine comme sien doit
accepter le fait que l'Antiquité méditerran en e fontio n comme un
coti n el processus de sédimen ation qui constitue aujourd'hui un tradition
beaucoup plus diverse, pour échapper à la fétichisation et à la schizophrénie
latin!grec, Grecs/Romaia Voilà en quoi l'Antiquité méditerran enn qui
conDÎt l'altérité est égalemen 11tnalt érité foliam fi tale.
Or les lm ructioR officielle de l'Éducation uti onale relatives à
ntr e champ d'études permettent d'avoir ce projet pour l'enseign men des
langues anie n s, lorsqu'elles affirmen que «notre civilisation et notre
langue héritent des cultures et des lag ues de l'an iquité» et que
15«l'appreti ssage des lag ues ame n es a donc pour but de retrouver,
d'interroger et d'interpréter daB les textes les langues et les civilisatioR
ati ques pour mieux compred re et mieux maîtriser les fi tres dans leurs
différences et leur continuitë », c'est-à-dire dans leur altérité et daR leur
« mêmeté », dialectique de l'ipse et de l'idm .
On demeure étrag er à un civilisation tan que l'on in pas
véritablemen consciene d'appartenir à la tradition culturelle sur laquelle
elle repose; mais il n s'agit pas de valoriser le passé pour lui-même daB un
quelconque idéalisme os talgique. I s'agit de COBidérer l'Antiquité
méditerran en e comme un espace de dévoilement qui permette le voyage
vers l'Autre: aller à la rencotr e de l'Autre et effectuer un plog ée au fod
de Si , c'est l'appel éternel de l'Antiquité méditerran en e, depuis Ulysse!
Foder un sen imen commun origin!, fédérateur des sem bilités
particulières et des identités diverses, par l'étude des lag ues ame n es
- mais toutes, pas exclusivemen le grec et le latin -, tel est le cap qu'il faut
prendre! Car l'Antiquité méditerran enn, comme le motren t à la fois le
programme des classes préparatoires cette an e et celui de 0 tre colloque,
ce res t pas seulemen la Grèce classique et la Rome républicaine, c'est un
espace-temps plus large qui implique de cou oquer dans sa diversité
l'Atiq uité méditerran en e toute eti ère, c'est-à-dire de faire l'invem ire
complet des cultures de la Méditerran e. lA tiq uité méditerrane n e
rex iste que comme un totalité: phénicien e-égyptien- carthagioi se-
gréco-romain -puiro -berbère-judéo-chrétien e, et - au-delà en ore - arabo-
musulman, puisque la tramn ission s'est faite par là ! lé tude des lag ues
an ien s doit ajouter ces ouv eaux paramètres pour don er de l'Antiquité
méditerran en un vision complète et 0 n plus seulemen
occidemlo centrique ou eurocetr ique. I faut recoli: mire une aire
d'« idetic ité» forte de son altérité interne; et c'est pour compred re le
présent et atic iper l'aveÏr qu'il faut entretenir cette tradition de façon
ite rculturelle. Cela implique de considérer 0 tre passé comme un Autre qui
peut ous en ichir. à. ost algie des classiques pour la Grèce et Rome c'est
bien la douleur du retour en arrière qu'il faut éviter; il faut au contraire
s'inspirer de la curiosité de savoir et du sens de l'UÏYers el qui ont porté les
Amen s aux limites du mode con u, à condition de n pas en attendre des
réponses établies Ï1 des valeurs pour de surcroît les louer sans recul.
Mais, comme F. Jullien et M. Prigen l'ont écrit dans la revue
EspriP, l'on n peut concevoir l'enseignemen des lag ues am en es
autremen que comme langues à traduire avant toute autre démarche, et elles
on ce privilège exception el de n pouvoir recevoir un ban lisation
iIi: mmemle comme les langues de service. Elles ont permis de formaliser
des cote ns philosophiques, historiques, littéraires, scietif iques ou
16juridiques, tout autan qu'elles ont été constammen tram ormées par ces
mêmes corens , mais elles permettent surtout de pratiquer la traductiop
cette école de tolérance qui instaure la recon aissan e réciproque des
croyances, des idées ou tout simplemen de l'expression d'Autrui. Car la
richesse de la traduction est daR la démarche interculturelle : en traduisant
on accède tout d'abord à la connis sane d'Autrui, puis à la connis sane de
Bi par réflexivité ; c'est ce qu'on appelle «traduire la culture8 », c'est-à-
dire sortir les lag ues du relativisme qui fi crée que du monlog ue ou des
paroles juxtaposées, pour les faire accéder à une UÏ1versalité qui est dans le
passage maîtrisé et compris d'une culture à une autre. ès lag ues anie n es
exigen un grande discipliIl, mais c'est ce qui permet la réappropriation au
lieu de l'acquisition: il s'agit dans la traduction on d'obteil r rapidemen la
confirmation d'un référence culturelle, mais de cheminr contre ce qui
échappe, de redécouvrir et de faire sien un texte que l'on peR ait proche
parce qu'il semblait se préserer comme la référen e de n tre culture, pour
en faire urt exte qui s'éloigne puis qui, devenu lointain, redevien proche.
L expériene UÏ1que que les lag ues anie fi s permettent à ceux qui ont un
lien culturel avec l'Antiquité méditerrane Il, quel qu'il soit et quelque
développemen qu'il ait pris avec l'Histoire, c'est la réappropriation de ce
qui leur appartien déjà et fi leur est pas complètemen étrag er, tout en
pouvan être Autre. ~ traducteur est la « navette9 »etr e un exte écrit daR
un lag ue Autre et la sien e, comme l'a écrit A. Khatibi ; elle est la trame
sur laquelle la dialectique de l'Autre et de Bi se colt itue daR ses
différences et daR ses ressemblances; elle permet le dialogue etr e les
hommes malgré leurs diversités, lig uistiques, raciales et/ou religieuses.
Pratiquer un langue cod uit à l'identitaire, pratiquer deux lag ues c'est
ouvrir un espace de combat, pratiquer trois lag ues c'est commener à
s'ouvrir! «C'est s'ouvrir à l'autre, c'est avoir un autre regard sur soi », dit
N. MahfouzlO. Or la Méditerranée, atiq ue ou moderne, res t-elle pas
l'espace de traduction par excellene au mode, en raison du chassé-croisé
constande cultures ou de civilisatioR que ses eaux ont con u ?
IA tiq uité méditerranen fi - à l'image de toute terre d'accueil
selon A. Maalouf-« n'est il un page blanche, il un page achevée; c'est
un page en train de s'écrirell » ; elle permet le passage sur la rive d'un
autre lag ue, daR la lag ue de l'Autre. Et la traduction est le mode ntu reI
de cette traversée qui ramèfi 1'homme à B i. ès lag ues ani enns, témoia
d'une authentique culture partagée qui s'est construite autour de la
Méditerrane avant le choc Occideti Uam, iDf frent-elles pas le détour par
un vraie altérité sédimere e, sans risque de con usion avec le présent?
M. Be rringham, conseiller de Xavier Darcos, Ministre de l'Éducation
ntio nIe , estimait en 2003 que «l'humaiB me européen est tout entier
contenu daR ce qu'on peut appeler le décentremen culturel ou en ore la
17seon arité cultur!?le », et il ajoutait que « l'Europe qui se construit aussi à
travers l'école a justemen besoin d'un nuv el humaiB me, auquel
l'apprentissage de deux lag ues étrag ères peut servir de clef de voûte12».
Pourquoi pas les lag ues am en es, qui son bien des langues étrag ères? B
nus conjuguoR le passé au futur, au lieu de ressasser le passé ou de nu s
projeter seulemen daR l'après-crise, l' Atiq uité méditerrane n sera bien
l'altérité qui nus permettra de n us construire daR des identités modernes
ouvertes.
Comme je l'ai développé à Carthage, le 25 février 2009, devan des
étudiatB des classes préparatoires tUÏ1sien s, Augustip au livre IOdes
Oh filS ion, nus iuit e à cette lecture et à cette pratique de l' Atiq uité
méditerran en, domain d'apprentissage de l'altérité, lui don 1.-Cl. Eslin,
daR un article iti tulé «à. geèse de l'homme occidental13 », dit à tort
selon moi: «Sin Augustin nus a affraDh is de l' Atiq uité. I est Ie
fod ateur de l'homme occidetal ». PrenR garde à n pas fabriquer n s
précurseurs, et à n pas n us assimiler à eux! 1.-Cl. Eslin est un spécialiste
d'Augustin - éditeur de La fié de Dieu au Su il-, mais de quel Augustin?
Celui qui a été construit par l'Europe et par l'Occident chrétien Est-ce
l'authetiq ue au sens étymologique? Non Augustin est un maillon capital
de cette «odyssée de la CORciene de soi14» qui va de Bcr ate à Freud,
comme le rappelle E. Kern15. Augustin n n us affraDh it pas plus de
l' Atiq uité qu'il n s'en est affranchi lui-même! Et il rest pas un occidental
au sens que ce terme possède aujourd'hui. Augustin est d'abord un Africain
de race, puis un Romain d'Afrique, avant d'être le chrétien que l'Occident
chrétien s'appropriera. I a vécu soixante et onze aR en Afrique et seulemen
ciq en lali e ; dans un lettre à son ami Maxime de Madaure, il traduit bien
son sentimen de fierté d'être Africain: «En serais-tu don arrivé jusqu'à
oublier que tu es un Africaip écrivant à des Africaia, et que l'un et l'autre
nus habitons en Afrique16? ». Cela il empêche pas eR uite de pea: r,
comme le fait 1.-Cl. Eslip qu'Augustin occupe aujourd'hui «une place
axiale, en religion, en philosophie, daR la seaib ilité de n tre
civilisation1? »; mais Augustin res t occideta 1 que d'un point de vue
géographique, en CORidéran les deux parties de la Méditerran e de part et
d'autre du cap Malée ou les deux parties de l'Empire romain I est tout
simplemen Augustip Africain de souche, utilisant un langue« butin de
guerre », et développant un réflexion philosophico-religieuse via un
secod arité culturelle latine qui lui a servi d'ascenseur social.
Chez Augustin l'altérité est égalemen préseœ daR la démarche
d'introspection qui n cod uit pas au repli sur soi; la con issane de soi
amèn Augustin à se recon aÎtre comme un être qui trouve son identité par
la médiation de l'altérité. En l'occurrene c'est son Créateur, mais S rtre n
18conçoit-il pas l'intersubjectivité saB Dieu1s? Srt ir de Si pour mieux y
revenir, regarder hors de Si pour mieux se voir, cela suppose un
ire rmédiaire, un figure Autre; pourquoi pas, pour 1'homme moderne,
l'Antiquité méditerrane n e plurielle, mise à distane par le temps, pour
reconquérir un idetité saB dérive idetita ire, par l'inscription du moi dans
Ie dialogue interculturel, à travers l'apprentissage des lag ages, des cultures
et de l'histoire de l' Ati quité méditerran en e?
la ltérité est encore au cœur de l'introspectiop chez Augustip parce
que celle-ci est un construction permaflll te, un processus dyn mique
pouvan guider au présen et ouvrir le chemin du futur. ~ passé fonction
comme un cadre ideti taire, et la mémoire - faculté par laquelle chacun est
relié à son passé - permet d'itro duire un contin ité avec le présent; elle
rest pas simplement ce qui permet de reveir en arrière, mais ce qui permet
de reven r sur S i. ~ livre IOdes 6h fessioEl est donc importan pour faire
compred re commen fontio n le processus de remémoration de ntr e
propre passé individuel; mais le processus de n tre mémoire collective n
pourrait-il pas égalemen font ion r ainsi, en conjuguan le passé au futur ?
Enfm, si la connis sane de ce que nu s sommes, id ividuellemen
mais égalemen collectivemeJ:! à l'état de sociétés ayant leurs cultures, peut
se faire par la con aissan e de n tre passé commun, atiqu e et
méditerran ep avec son altérité et sa diversité, quelle voie adopter, quelle
méthode suivre? Peut-elle se faire en dehors des lag ues, des textes et de
leur traduction? à. mémoire est un véritable magasin pour la remémoration
selon Augustin; la lag ue, de même, res t-elle pas dépositaire d'un savoir
pour la traductio& Ces deux dépôts que son la mémoire et la langue
connis sent un sédimen ation similaire et appellent des processus
anlog ues. De même que la remémoration relie ce que j'étais à ce que je
suis, de même la traduction va aussi loin qu'elle peut pour recréer un
certaine uÏ1té. Bref, traduire c'est se livrer à un véritable opération
nmémoiqu e, nmésique ! AiBi Ie livre IOdes 6h fessioEl n us motr e-t-il
que l'impossibilité de s'appréhed er soi-même impose un médiation:
collDÎt re Autrui pour se collDÎt re Si ; or est-ce nc essairemen Dieu?
Pourquoi pas ce qui est différent de n us, mais n us est déjà commup
l' Atiq uité méditerran en e, ses lag ues et ses cultures, en conjuguan le
passé au futur, au-delà des schismes et des cofi lits de l'Histoire, et avec la
garatie de la traductiop véritable ili: rospection de n tre passé par la mise à
distan e qu'elle exige?
19», et les paramètres de n tre« relationI faut garder un « œil vivan
critique» à l' Atiq uité méditerran en e son 1 a lag ue, les textes et la
traduction! X. Darcos dit de Tacite que «ses vérités son les ntr es20»;
l' Atiq uité méditerran en e n n us don e pas as vérités, mais elle nus
19permet de collDÎt re les siens; en revanche nus pouvoa partager son
exigene de vérité et son discours de vérité. Ne peut-on considérer dès lors
que l'étude d'un lag ue anie n - au moia - devrait être obligatoire
aujourd'hui en Europe? Elles permettent d'inventer n s origin s, pour que
nus construisioa le fil n urricier, et que nus conjuguioa le passé au
présen mais encore plus au futur; elles sont la condition de la maîtrise de
toutes les lag ues modernes, elles fourÏ1ssen la mémoire des autres
disciplines et éclairent les arrière-plans de toutes les réalités corem porain s.
C'est pourquoi le sens à dom aux lag ues ani en es aujourd'hui est bien
de les ouvrir au plus grand om bre, en raison de leur fontio n civilisatrice, et
on de les confin r daa un approche nostalgique du bon vieux temps où
elles étaien une éviden e. is équipes UÏ1versitaires pluridisciplinir es qui
croisent les savoirs, les aires culturelles et les périodes, telle E.R.A.S.M.E.21
à Toulouse, Équipe de Reh cc he sur la Récp tion de l'Antiquité Bur ce,
Mémoire, Eft ux , sont unn odèle précieux pour les professeurs de langues
et cultures de l'Antiquité. Ie re ign men des lag ues anie n s a eu la
tentation de la tour d'ivoire, du repli fier sur lui-même et de l'acte gratuit; il
s'agit dorénavan pour lui d'apporter toute son expériene de l'Atiq uité
méditerran en e afin de constituer des Humaités modernes.
is lag ues anie ns ont en fait en re leurs maia la lourde
responsabilité d'inventer et de rémen ter un culture partagée et plurielle,
qui pourrait faciliter la convivane etr e des communautés qui on eu un
passé atiq ue commun autour de la Méditerrane . Ie a eignemen des
langues anie n s doit favoriser l'acquisition d'un« idetiq ue partagé»
riche d'altérité, don d'un «idetic ité» plurielle commune, ideti té ouverte
respectan la diversité, et n n fermée par réflexe idetita ire. Ion réfléchit
beaucoup aux différents modèles de relation entre les cultures. ~
multiculturalisme, syny me de relativisme et d'exaltation des différences,
cod uisan au communautarisme et à l'auto-ségrégatiop res t pas la
solutiop n n plus que l'interculturalisme, qui conduit à des modificatioa
réciproques par les influenes exercées. I faut plutôt réfléchir au
transculturalisme,où l'on n renonce pas aux spécificités, et où - à côté de
ses propres cultures construites par le temps de l'Histoire - on coa truit
ea emble un nuv elle culture commune que l'on réécrit dans le respect des
idetité s. is langues anie ns seronla clé de ce traa culturalisme, si le
Politique le veut bien et s'il conçoit que tout projet d'Euroméditerrane, ou,
e22mieux aujourd'hui, d'Uil on Pour la Méditerran doit être on seulemen
écon mique mais avant tout culturel.
I n s'agit plus que de mettre en œuvre cet HumaiBm e moderne au
sein même de l'École, pour faire vivre et dialoguer les cultures qui
constituent cette altérité fod amtl ale, c'est-à-dire qui nus fondlÇ qui est
20ntr e fod en fi t, depuis l'Antiquité. N'est-ce pas aux classes de lag ues
an ien s d'abord que doit reven r cette mission fod ametule pour ntr e
société ? ~ langues et les cultures de l'Antiquité méditerranéen n sont
pas dén ées de sea au xxr siècle, elles que certains coBid èrent comme
des survivances d'un passé révolu. Mais nus devoa dépasser un
in ompréheBio n: n tre étrag er, n tre Autre qui n nus comprerl pas
- ou qui n veut pas n us comprerl re? , c'est bien le Politique!
Patrick VOII N
Première supérieure AIL Ulm Paris,
ée lm is Barthou, Pau¥-c
Notes
lU CRÈCE, De Natura reu m,l, 20.
2 P. JUDETDE LA COMBE et H. WB MANN,L'aven r des lag ue , Paris, Cerf, 2004.
3
P. V OIBN, Il faut recoNt ruire fi rthage. MéditeraiJ qJ lurielle t lag ue a aie ne, Paris,
ilia rmattan, 2007.
4 M. DETE NNE, Le Gres t flUS, Paris, Perrip 2005.
5
R. BRAGUE,Europe, la voie romaia ,Paris, Gallimard, 1992.
6
http://www.cdp.fr/textes_ officiels/college/programmes/bprg_54/latitp df
7
F. JULL EN et M. PRIGENT, «t1: tre ouverte sur la politique de la traduction », Esprit, juin
1999, p. 114.
8
P. BEN81 ON, J.-R. LADMIRAL, A. BRIR T t alii, Traduire la culture, Paris, Presses de la
Srbo n e Nouvelle, 1998; S MEJRI, (dir.) t alii, la lag Ue traduire la culture,
Paris, Maisonn uve et IL rose, 2003.
9 A. KHATB I, «le rsign s », Imaginaires de l'Autre Khatibi t la mémoire littéraire, Paris,
ilia rmattan, 198 ; Du siga à l'image, le tapis marocain, IL k lem atioal, 1997; Amour
bilingue, Casablana , 1992.
JO
N. MAHFOUZ, 92 mra ,35, 2000.
Il
A. MAALOUF, Le idetités meurtrière, Paris, Grasset, 1998
12
Actes du Colloque Le conta us culturels daN l'a seiga met! scolaire des lag ue
vivante, décembre 2003 : http://eduscol.educatiotfr/D0126/contenus_culturels_actes.htm
13
J.-Cl. ER N, «Dossier 51 it! Augustin », Le Magazine littéraire, fi 439, février 2005.
14
G. GUSDORF,Le Romatism e J Paris, Payot, 1993.
15
S. N T AUGUSTIN, Le 6Ji fiS ions, livre X, Paris, Gam er-Flammariop 200S
introductiop p. 8
16
AUGU$' N ,Epistulae, 17,4.
17
J.-Cl. ER N , op. cit.
18
J.-P. SARTRE,L'Exista tialisme et un humai8m e, Paris, 1946.
19
J. STAROBNK I, L'œil vivant, Paris, Gallimard, 1999; La Ré ation critique, Paris,
Gallimard,2001.
20
X. DARCOS, Tacite se vérités sot! les ri tre , Paris, Plop 2007.
21
http://w3.histoire.uw-tlse2.fr/enseignatB.h tml#ERA81 E
22
Textes majeurs à CORl.!Iter à partir de: http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/europe_38 lun OR
europeenn -mode _13399Iun on-mediterran e_17975/index.html
21L'AUTRE J: 6) I-MÊME
6) US LE REA RD
Dit DIEUXLE MYTH II'T ITE DE TÉLIPINU
'[ LE l\1YTIJE DE DÉMÉTll ,
ALTERITE,[ IDE" TITE
Michel MAZOYER
Quoique partiellemen séparées daR le temps ou daR l'espace, la
religion hittite et la religion grecque présentent un certain n mbre de traits
an logues. Ces aal ogies peuven nus surprendre, mais on collDÎt
l'influence de l'Asie Mineure sur la civilisation grecque. is échanges daR
le bassin méditerran en on été nm breux au 2e milléni reo is cotRe ts
etr e les MycénieR et les Hittites ont été réguliers comme en témoignen par
exemple les textes hittites où les Mycéniens son désigil s comme
appartenan au royaume de l'Ahhiyawa. Plusieurs villes côtières semblent
avoir été des lieux d'échag e prépod ératB entre le mode mycéœ n et le
mode antol ien C'est le cas en particulier de la ville de Troie, où
l'influence du mode anto lien est décelable!.
Par ailleurs on a relevé très tôt l'm luence hourrite sur la religion
grecque. On évoquera par exemple des an logies etr e la mythologie
hourrite et le poète grec Hésiode, recon ues très tôt.
à. question des origin s est évidemmen pour nus en grande partie
is oluble. I est impossible de détermin r ce qui relève d'un origine
commune, d'un emprunt ou d'une anlo gie fontio n elle.
à. civilisation grecque et la civilisation hittite étan de même origin
id o-européen e, on peut s'atted re à rencotr er des élémetB communs
entre les deux civilisations.
Nous évoquerons aujourd'hui deux grands mythes qui préseren t des
an logies maifest es: pour la civilisation hittite le Mythe de Télipinu2, pour
la civilisation grecque, le Mythe de Déméte 3. Ces deux mythes d'époques
différentes préseren t plusieurs versioR . ~ Mythe de Télipinu date de 1540
eu iron. Ce texte révolutionir e a été écrit par le roi Télipinu; il présente
un nuv elle vision du mode don l'idéologie subsiste après la chute de
l'empire hittite, vers 118 . Dès ses origin s, il a été recopié, appliqué à
différentes divinités, à diverses situatioR et emprure par d'autres peuples
an toliens. Sn héritage subsistera daR la civilisation no- hittite et daR
d'autres religioR du bassin méditerran en
à. version la plus archaïque du Mythe de Déméter, l 'Hymne
homérique à Déméte date du vue ou vr siècle. C'est elle qui retierlra
essentiellemen n tre attention, elle présente un très grand n mbre de points
commua avec le Mythe de Télipinu, comme nus allons le motrer daR un
25iBt an Mais il apparaît que certaines versioB tardives, comme l 'Hyme au
Ii lathos de Callimaque, présenten des ressemblances avec le Mythe de
Télipiu , igo rées de l'Hymne homérique à Déméte .
is an logies entre l'Hyme à Déméte et le Mythe de Télipiu ,
etr e les fonctioB des deux divinités, sont om breuses et sigil ficatives. I n
s'agit pas à présen de tracer un tableau exhaustif de celles-ci. Nous ous
contenteroB de relever quelques-uns de ces anlo gies.
Mais les divergenes entre les deux mythes aim que leurs lieB
fon tionn Is sont égalemen dign s d'intérêt et permettent de cerner la
spécificité et don l'altérité de chaque civilisation à travers la question
abordée.
g es~l ques ID
is élémetB communs etre le Mythe de Télipiu et le Mythe de
Déméte sont très om breux et mériteraien une étude spécifique. Nous 0 us
coren teroB de relever quelques poitB sigil ficatifs à titre d'exemple.
Télipin et Déméter, irrités par un faute commise à leur égard,
ire rrompen leur fon tion agraire et s' écarten des dieux et des hommes.
1. La fat e commise. DaB la version archaïque du mythe grec,
Coré est enlevée par Hadès. Et Zeus cherche à imposer un forme de
mariage atypique, un mariage exogamique. DaB la version de Callimaque,
la déesse est victime d'une fig ligen e cultuelle: Erysichton pénètre avec
vingt compagnoB daB le bois saint COBacré à Déméter. «Is couret!
effrontés, au bois de Déméter », accomplissan un sorte de profan tion du
lieu consacré à la déesse. lac te qu'ils commettent en abattan le peuplier
oir est tout à fait sacrilège. lin terdiction d'abattre les arbres des bosquets
sacrés pour la charpente ou le feu était caractéristique de la religion grecque,
comme de la religion hittite. ~ dieu hittite Télipin , quan à lui, selon son
mythe, est victime d'une fi gligen e cultuelle. is hommes n semblent plus
capables de lui offrir les sacrifices qui lui review t et d'home r son culte.
DaB le mythe grec, comme daB le mythe hittite, 0 us sommes en
présene d'actes illégitimes et violents qui remettent en cause la digil té de la
divinité concernée.
2. La relatbn à l'espoe. Déméter erre à la quête de sa fille. i.
poète archaïque décrit un course au hasard, saB repère. Même thématique
daB le mythe hittite. C'est tout le contraire dans le mythe hellén stique. On
relève une abondance de précisioB sur le parcours de la déesse. hi n d'être
26perdue, la déesse semble avoir plan fié son voyage4. labs ence de repères
géographiques sur les lieux parcourus s'observe égalemen daR le mythe
hittite. Pourtan le dieu semble collDÎtr e la destination de son voyage
puisqu'il se rend près de Ih zin , la ville où officie le dieu SI eil du ciel, en
tan que dieu fod ateur.
3. La dispartb n du deu. Un fois ifu rmée de la culpabilité de
Zeus, la Déméter archaïque s'écarte de l'assemblée des dieux et du vaste
Olympe et se réfugie sur la terre. Eleusis où elle arrive est une ville entourée
de remparts et possède des iR titutions. Mais Déméter reste en marge de ce
lieu: elle fait halte hors des murs, près d'un route5. Un thématique
an logue se lit dans le Mythe de Télipiu : Télipin , informé de la culpabilité
des hommes, s'écarte de son temple et de sa ville. I refuse de demeurer daR
l'espace administré par les hommes et pour les hommes. I se red daR la
ntu re sauvage (gimra), près de la ville de Ih zin . Mais il fait halte en
dehors de l'enceiœ de la ville.
4. C'est en situation de marginl que vit Télipinu. I est retrouvé
couché à même le sol. Déméter prend l'aspect d'un vieille femme et se
place daR la situation d'un our rice, se mettan au service de Métan reo
DaR le mythe archaïque, Déméter est toujours en position de margin le.
Mais dans le mythe de Callimaque, la déesse est présere e comme celle qui
don a les lois bonns aux cités. Elle est au centre de l'agora. Elle est don
passée d'une position de marginle à un position de centralité. Même
thématique dans le Mythe de Télipiu , il passe d'un situation de marginl à
celle d'un divinité centrale autour de laquelle s'organ se tout le royaume.
5. ~ effets du départ de Télipin et de Déméter sont ceux qu'on
attend de la disparition d'un divinité agraire: la stérilité s'abat sur le sol,
etr aînan la famine.
6. SIon le poème de Callimaque, Déméter traR met à Triptolème la
connis sance de l'agriculture. Traité sur le même plan que les autres rois
justiciers daR l'hymne archaïque, Triptolème devien le jeun apprenti de
Déméter. I s'agit d'un création récente apparue à la faveur de
l'impérialisme athénien: Déméter aurait déjà ere igil l'agriculture au jeun
Triptolème dans la plaine rharien et celui-ci en partan e pour Athèn s
aurait civilisé le mode etie r6. Télipinu remet au roi hittite différents bieR
parmi lesquels l'agriculture et don les con aissances qui s'y rapporten
Outre des anlo gies entre les deux mythes, on relève des similitudes
étonnn tes entre Télipin et Déméter.
27La Conti on ~ re de Télipin et de Déméter: les poitJ;
communs
Déméter, comme Télipin, représente la « fertilité réglée », la déesse
des plan:s dont la pousse a ncessi té le travail agricole. ~ travail des
champs est défin comme un don qu'on fait à Déméter dans le but d'être
chéri par elle. à. déesse enseigne l'agriculture aux hommes.
DaR les versioR locales attiques ce sont les hommes qui indiquent à
Déméter ce qui est arrivé à sa fille et on Hélios. En récompese, la déesse
leur traR met le savoir de l'agriculture. Mais, daR I'hymne archaïque, les
hommes possèdent déjà le savoir-faire de l'agriculture avant même que la
déesse hm ive à Éleusis. Déméter fly eseig n pas l'agriculture mais de
om breuses allusions souligntl sa présene en la matière: la déesse n fait
lever le grain que des labours fécorl s après ses retrouvailles avec
Perséphon . Callimaque racon: dans L 'Hyrne du fi lathas, «commen la
première elle coupa les chaumes, fit la moisson sacrée des javelles et la fit
fouler aux pieds des bœufs, alors que Triptolème faisait l'apprentissage de sa
nble sciene» (v.21-22f. Ainsi Déméter manipule les instrumetB
aratoires, elle est la divinité des paysaR et des techÏrIue s agricoles. à.
même thématique se retrouve chez Télipinu. ~ dieu, qui est le représetan t
de la fertilité agricole, maipule les ili: rumetB aratoires, trace les SillOR
daR le sol, sème et coupe les moissons8, Comme la déesse grecque, il est lié
d'une façon spécifique à l'araire et au labourage civilisé. En remettan les
bieR agraires au roi, il lui enseign implicitemen les tecM ques agricoles.
Déméter et Télipinu son communément producteurs de céréales. Is
président l'un et l'autre à la germintion , produisant tout ce qui vien de la
terre. b1 r pouvoir s'étend à la fertilité du bétail. Par ailleurs, ils n se
contentent pas de produire, ils dom 1. Is sont dotés en effet d'un vertu
civilisatrice. Déméter veille sur l'espace cultivé qu'elle permet de distig uer
de la sauvagerie des terres inultes . C'est elle qui a garati le passage etr e
l'âge d'or où la terre produit tout spontan men et l'âge de bWl1!e où la terre
est cultivée selon les règles de Déméter. Télipinu se rattache à un
civilisation de type agraire et écarte le royaume hittite de l'état de om ades
qui pouvait caractériser les Hittites des origin s.
~ s deux divinités son associées égalemen à la reproduction
humain, soit que celle-ci dérive de la fertilité de la ntu re, soit qu'on lui
don e un dimemo n politique9.
Déméter et Télipinu sont associés à la richesse. à. richesse que la
déesse apporte aux hommes est person lisée par Ploutous ; Télipin remet
28au roi la richesse représentée par trois termes salhan , maitt i et la satiété;
il apporte la prospérité et le boh eur aux humaiR .
On relèvera efi in les relatioR de ces deux divinités avec les cultes.
Télipin rentran daR son temple remet en état de fontio fill en le foyer
sacrificiel, qu'il confie au roi hittite. ~ Mystères illustren la fontio n
d'enseigtml en de la déesse grecque en matière cultuelle. Après avoir fait
lever le graip elle alla enseigner aux rois justiciers l'accomplissemen du
miiBtè re sacré. Elle leur expliqua «les beaux rites, les rites augustes»
(v. 473-477)10.
Après avoir évoqué succint emen quelques-uns des anlo gies
existan etr e les deux divinités, il couie n à présen de souligm les
différences substatie lIes existan entre ces divinités et de motr er daR le
cadre d'un même thématique la singularité et l'altérité de chaque
civilisation.
Altérté
I semble en effet de toute éviden e que le rapprochemen avec
Déméter Il suffise pas à épuiser les différents traits de la person alité du
dieu hittite.
Déméter intervien daR un mode déjà défriché et civilisé. Quad
Déméter arrive à Éleusis, elle découvre un mode déjà organ sé, où l'espace
agraire est déjà habité, orgaiBé, les cités édifiées. à. déesse se distig ue
don d'Apollon à qui revien la tâche de découper le sol, d'assurer la
délimitation de l'espace, de faire passer le sol de l'état sauvage à un état
civilisé. Aim, dans cette fon tiop c'est Apollon qui ouvre la voie à
l'humaiB ation et aux fondatioR de la cité que renvoie Télipinu. Dans la
religion hittite, c'est à lui que revien la fontio n de défricher le sol et de
délimiter l'espace civilisé.
Parallèlement à la délimitation du sol, Apollon et Télipinu
établissent le premier foyer sacrificiel, intègrent dans le territoire qu'ils ont
construit les bieR ncessa ires et écartent tout ce qui pourrait mencer le
territoire!!.
Ainsi Apollon et Télipin en retien en -ils des relatioR complexes
avec le mode sauvage. À l'époque ani enn Apollon veillait sur les
aim aux d'élevage. Avan de fonder le royaume hittite, Télipinu vivait daR
le mode sauvage. C'est du mode sauvage que le dieu hittite apporte un sac
de chasseur, qui devien l'égide et con ient tous les bieR n cessaires à la
civilisation, quad il rentre dans son pays. Régulièremen les fêtes et les
29rituels permettent d'utiliser la force iBt int ive du mode sauvage, qui assure
la prospérité et la protection au royaume. Ainsi, comme Apollop Télipinu
assure la jonction entre le mode sauvage et le mode civilisé. Divinités
jeun s, fils préférés du souverain du panthéon, ils symbolisent un espace
civilisé étem llemen jeun et vigoureux.
is lieR de Télipinu et Apollon avec les eaux de pluie constituen
un autre spécificité de ces dieux. Is' agit don pour reprendre la
termin logie hittite, des dieux de l'Orage, mais ils son pourvus également
l'un et l'autre de caractères chtonies, qui leur permettent de maîtriser les
eaux courare s.
B on peut établir des lieR étroits entre Apollon et Télipinu associés
l'un et l'autre à la fod atiop certains aspects efi in propres à Télipinu
apparenten le dieu hittite au dieu grec Dioys os. is relatioR du dieu hittite
avec la vign , qu'il don e au roi hittite à la fin de son Mythe, la folie
iBt atR il e don il peut faire preuve, évoquen manifestemen le dieu grec
Dioys os. On se reportera aux travaux d'!. Tassignn sur la question12.
lin scription qu'elle évoque, relative à la refodat ion du culte de Dioy sos,
présere des anl ogies avec les mythes anto lieR. Dioys os furieux de voir
son culte il gligé, lors de la fondation par les Magnètes, disparaît pour
réapparaître un jour de grand vent dans le creux d'un arbre. I apparaît
comme Télipinu, sous l'aspect d'un dieu boudeur, au poin que l'auteur peut
écrire: «Télibinu, jeun dieu agraire, fils du dieu de l'Orage, me semble
pouvoir incam r un are céden de Dioys os ».
Cùn mem e
Télp fi u, un Deh étype
Télipin semble regrouper des traits qui seront diversifiés daR le
mode grec. I réuii des caractères qui seron fragmeres daR plusieurs
divinités grecques et ntam men etre Apollop Déméter, Dionysos. is
fon tions relevées plus haut semblent regroupées dans le dieu an tolien
Tout se passe comme si à partir d'un prototype UÏ1que, CORervé
daR le hittite Télipinu, un diversification des fontio R s'était opérée. Dieu
jeun, fils du souverain du path éop dieu agraire et fondateur, il semble
avoir marqué la mythologie grecque et romain. Dans la religion grecque par
exemple, le découpage pourrait parfois sembler imparfait et les délimitatioR
etr e les divinités relativemen floues si l'on n se souvenait pas qu'elles
procédaien d'un prototype un]u e.
30On sait qu'Apollop malgré la toute-puissane de Déméter en tant
que divinité agraire, garde des lies man estes avec le mode agraire: il est
lié manes temetl aux pâturages et aux an maux d'élevage, irerm édiaires
etr e le mode sauvage et le mode civilisé. De om breux rituels souligw t
13.les lies du dieu avec la fécod ité et le renouvellemetl des géilrat ios
Un situation aulo gue pour Dioys os: lié au mode sauvage, il est
associé aux tecM ques agricoles. I apparaît pourvu parfois de la fonction de
fod ateur. lin scription relative à la fod ation du culte de Dioys os, et
l'instauration de trois Thiases de Ménde s à Magnésie de Méad re a été
souvetl étudiée. Jo riginal de ce texte peut dater du I ye siècle, époque qui
fut sous influence des Attalides, marquée par un renouveau du dioys isme
visatl à la mise en valeur de la mythologie ntio ale . Considéré dans son
es emble, ce texte présente des éléments tradition Is à la fondation On y
retrouve un thème traditionl : un catastrophe est perçue comme le point
de départ d'un fodat iop et considérée comme le résultat de la colère d'un
dieu et de sa disparition
Is' agit en fait de la réilt allation du culte de Dioys os. Un
délégation du peuple des Magnètes est euo yée à Delphes. Voici quelle fut
la répore de l'oracle:
« Habitats de la ville sacrée près des eaux de Méandre,
Mage tes défereu rs de os richesses, vous êtes venus
apprendre de ma bouche ce que sign fie l'apparition de
Bacchos, couché das le creux d'un arbre. C'est en jeun
garçon qu'il est venu à vous, car lorsque vous avez fod é votre
ville, vous mv ez pas construit de temples bien taillés à
Dioys os. Mais il est temps encore, peuple géit reux. Fonde
des san tuaires en l'hon eur du dieu qui aime le thyrse. Choisis
un prêtre bien conformé sas souillure. Allez dans la plaine
sacrée de Thèbes afin de prendre des Ménades appartentl à la
race d'ii 0, filles de Cadmos, qui vous enseign ront les
cérémon es et les rites sacrés, et qui fod eront das la ville des
14
thiases de Bacchos... »
à. situation est an logue à celle du Mythe de Télipiu. Dieu boudeur
s'estimatl insuffisammetl hon ré, Dioys os se réfugie dans la campagne.
C'est près d'un buisson ou d'un platan que le dieu est retrouvé, situation
an logue à celle de Télipinu, et que Dioys os apparaît aux habitants de
Magésie . Dionysos, comme le dieu an tolien est étendu couché, endormi.
I Ta ssignn a mis en évidene les om breux lies existatle tr e Télipinu et
Dioys os de Magésie de Méad reo
31On remarque par ailleurs que la grande déesse Déméter n se
contente pas d'être un divinité agraire et qu'elle possède manifestemeh un
dimemon politique. L Hyrne du fi lathos présente un déesse poliade.
10 pposition de statut eh re l' Hyrne homérique et le poème alexandrin est
marquante. Dans l'Hymne homérique un femme libre est réduite en
esclavage15, à l'ive rse Callimaque présente une prêtresse poliade, dont
l'autorité est clairemeh établie et doh le statut public est n ttemeh aff1rmé.
Chez le poète alexandrin, Déméter pred la parole aussitôt après l'affront
que lui fait subir Erysichon et cod amne celui-ci à une faim dévorare que
rien n pouvait calmer. lin tervention verbale de Déméter fait peR er à la
parole justicière des rois, quand le droit mv ait pas en ore de réalité
judiciaire.
D'autres divinités grecques dérivent du prototype ani en que nus
éVOqUOR . On peut évoquer par exemple le personnge d'Aristée. Aristée est
le fils d'Apollon de Thymbre et de la ym phe Cyrèn de Thessalie. À la
jonction des deux civilisatioR , il ina fIl un dieu jeun, le dieu des paysaR ,
des tecM ques agricoles. Comme Télipin, il s'agit d'un divinité
civilisatrice. à. disparition d'une divinité est un des thèmes récurrents de la
mythologie grecque. On pressent des lieR an ieR avec l'Anatolie, comme
par exemple Déméter Mé aina de Phigalie ou Erinys de Thelpoussa16. I en
va de même daR la mythologie romain où le thème du dieu disparu semble
dériver de l'Ant olie, comme daR ce passage de la Vie des douze €Sa rs de
Béton e. DaR la Vie d'Auguste, Bé ton évoque uni ID r secret don par
Auguste que tout le mod e appelait le baq uet des «douze» dieux; les
convives y parurent en effet travestis en dieux et en déesses, et Auguste lui-
même, déguisé en Apollon, selon les reproches d'Ami fi, qui énm ère daR
un lettre tous leurs om s avec un cruelle ironie, ou enor e ces vers
anonymes rapportés par Bét one:
«Dès que cette tablée sacrilège eut embauché umn aître de
chœur
Et que Malia vit six dieux et six déesses
Ors que César jouait des parodies impies de Phébus
Ors qu'il se nourrissait des n uveaux adultères des dieux
Alors toutes les volontés des dieux s'éloignèrent de la terre
Et Jupiter lui-même s'enfuit loin de son trône d'or.
I donait constamment des repas, mais toujours das les règles
et n n sas tenir compte des règles, et n n sas tenir compte
des rags et des person es. »
(Diuus Augustus, 74)17
32Un autre passage du même livre évoque le départ des divinités
hittites et en particulier d'Amli et Zukk :
«Certains auspices ou prodiges étaietl considérés par lui
comme infaillibles: si le matini I se chaussait de travers,
mettatl au pied droit son soulier gauche, il voyait là un sign
funeste... »
(Diuus Augustus, 93)
«Anzili est en colère, [Zuk i est en colère (?)], [elle mit] une
chaussure gauche au pied droit, elle mit [Ull chaussure droite]
18
au pied gauche» (A, 1,26'-28)
6h lusb n
Tout se passe comme si, à partir d'un prototype uÏ1que, chaque
civilisation avait traité de façon spécifique le thème d'origin . On retrouve
des traits spécifiques à Télipinu daR plusieurs divinités du mode grec. B
les lieR de celui-ci avec Apollon et Dioys os on été mis en évidene au
cours des an ées précédentes, il convient de n pas fig liger les relatioR
existan entre le dieu hittite et Déméter. On peut relever des aalog ies
marquantes entre le dieu hittite et la grande déesse Déméter. On remarque
etr e les deux divinités un conception voisine de l'agriculture. Déméter et
Télipin possèdent par rapport aux divinités de la fécod ité un singularité
maifest e. Divin tés de la fertilité réglée, ils possèden l'un et l'autre un
vertu civilisatrice. Ie Rei gnemen de l'agriculture aux hommes et leurs
lieR avec la paix, la richesse et la prospérité sont un autre thématique qu'ils
partagen Nous avons vu égalemen que leurs mythes présenÜ ent de
Dm breuses anlo gies. Dieu jeun, respomb le de la civilisatiop avec un
double fontio p un fonction agraire et un fonction de fodat eur, prompt à
s'écarter des hommes quad ceux-ci n respectent leurs devoirs, Télipinu
semble avoir gardé ces fon tiOR jusqu'à l'époque fi o-hittite19. Son
ill luence, qui est manifeste daR plusieurs civilisations antol ien es, s'est
étendue dès l'époque hittite à plusieurs divinités. AiBi, dès l'époque Vieux-
Hittite, différentes divinités se substituen à Télipinu daR son mythe. Tout
au cours des siècles, les D mbreuses prières fon état de divinités diverses
e
susceptibles de quitter le pays. Au XII siècle, daR la Prière de Mursili, on
applique à la déesse solaire d'Arin a, un certain Dm bre de caractères
propres à son fils Télipin : elle devien un divinité agraire et fondatrice.
On relève daR le mode louvite et le mode palaïte un présence marquée
20.de la thématique liée au dieu Télipin AiR i il res t pas étonntl que
33l'influence de Télipin et de son mythe se soit étendue à d'autres
civilisations du bassin méditerran en et n tammetl à la civilisation
grecque21 ou enor e à la civilisation romain qui avait gardé, encore au
premier siècle, le souven r de ce texte anie n et de cette vieille divinité
an tolienn .
Michel MAZOYER
Un versité de Paris I
Notes
I
Voir Homère é l'Anatolie, Collection Kubaba, série Atiq uité, éd. M. MAZOYER, Paris,
2008
2
M. MAZOYER, Télipinu, le diu au marécage, Collection Kubaba, série atiq uité, Paris, 2003
3
DaB la volumin use bibliographie com crée à Déméter, on se reportera ntam met! à
RUOHART, «A propos de l'Hymne homérique à Déméter », MH 35, 1975 p.I-17.
M. DETIENNE, «Déméter », Dictionuir e des Mythologies, dir. Y. BONNEFOY, Paris, 19$ ,
pp. 28-2 8 ; A. MOTTE, «Se ne et secret daB le mystère d'Eleusis », ès rites d'iitiatio
Homo ré igiosus, XIJ 198. C. POLO NAC «Déméter ou l'altérité daB la fodati on », Tracés
Ve sectiop 113, IIDv ain et Paris, Peeters, 1990 V Ide fod ation Bibliothèque de l'EPHE
p. 28 -300. S VL ATTE, « Déméter et l'imitut ion matrimoiRle : le refus du passage », RBPh
(1), 1992, p. 115-134. C. DAUDlGNON, présente un sythè se intéressate et un bon e
bibliographie daB son mémoire de Maîtrise, Etr e le HymB s homériques é le Hymne de
fillim aque: la figure de Déméte , Mémoire de Maîtrise sous la direction de Mme SCHMITT
PANTEL, Un versité de Paris 1, Paris, 1999-2000.
4 C. DAUDlGNON, 1999-2000, p. 24.
5
F. DEPOLO NAC, 1990, p. 291.
6 C. 1999-2000, p. 18-19.
7
Cité par C. DAUDlGNON,ibid.
8
M. MAZOYER, 2003, p. 193-194.
9Comme c'est le cas daB la mythologie mésopotamienn .
JO
A. MOTTE, 198 ,p. 324.
Il Br Apollon fodate ur, on se reportera ntam met! aux travaux de M. DETENNE et
ntam met! à« Apollon Archégète, un modèle politique de la territorialisation », Tracés de
fondation, Bib. EPHE xq p. 301-311. ; Apollon le couto u à la main, Paris, 1998.
12I TASSGNON,«Dioys os et les rituels ded rophoriques de Magnésie du Méandre », éd.
M. MAZOYER et O. CASABONNE, flt dia Auto lica é varia, Mélage s offerts au Professeur
RB é Lbru n, Paris, 2004, p. 315-336.
13C. CALAME, Thésée é l'imaginire athéil B . LégB de é culte B Grèce atiq ue, ILusan ,
1990, p. 322. On peut estimer aussi que le renouvellement des géiITati OB relève du caractère
fodate ur des dieux, ainsi qu'on le voit par exemple daB la mythologie mésopotamienn
(voir n te 9).
14
Traduction d'I TASS GNON, 2004, p. 318.
15
S VA TTE, 1991, p. 20.
16 W. BURKERT, ucture ad History in Grk Mythology ad Ritual, Berkeley, 1979,8'
p. 125-127; I TASSGNON,2004, p. 319.
17Traduction de H. AL 0 UO,éditioBde s Belles UtI es, Paris, 1931, p. 120.
18
~ATJiliszasait [dZuk sza sait (?)] GÙB-lam KusE.SR ZAG-naz [sa/1ft ta ZAG-um ma
KusE.SR] GÙB-laz sarhtta «AR ili est en colère, [Zuk est en colère (?)], [elle mit] un
chaussure gauche au pied droit, elle mit [un chaussure droite] au pied gauche» (KUB 3367 I
3426'-28) . é, Mythe de Télipinu, version 1 présente la même thématique (M. MAZOYER, Télipinu,
le dieu au marécage, p. 92).
19M. MAZOYER, «é, dieu de l'Orage du vigoble daa les ia; riptioa du Tabal (8e siècle) »,
405Quatrièmes Joum es 1.1uis Delaporte-Eugèn Cavaigac, Le Tabal, Actes des Joum es
Delaporte-Cavaigac, mai 2003, Re Anq uae, 2, Bruxelles, 2005, p. 427-438.
20 M. MAZOYER,«é, Mythe de Télipin et les rituels du Kizzuwatna », Table Rod e
iter atio ale d'Istanbul, La {];ide: Epac e é pouvoirs locaux, 0 vembre 1999, Actes de la
Table rode, Varia Allto lica, XII, 2001, ~t abul, p. 115-122.
21IL ville de Troie pourrait être un des lieux où s'est exercée cette influence. Dans l'Iliade
Apollon est doté de traits qui l'apparentent à Télipinu. Su s le om d'apuliull Apollon serait
ementionn daa un texte hittite du XII siècle daa la liste des dieux témoia de la ville
Wilusa, assimilée généralement à lion 81 on le traité en question le path éon de Wilusa est
coa titué aim: le dieu de l'Orage de l'armée, [ ] apuliull, les divinités mâles; les divinités
femelles, les Motag n s, les rivières, les sources, et les eaux souterrain s du pays de Wilusa
(M. MAZOYER, Apollon à Troie, « Homère et l' Aa tolie », Collection Kubaba, 8rie atiq uité,
Paris,200S p. 151-161). Voir égalemen M. MAZOYER, «Remarques sur quelques îles de la
305joum es huis Delaporte-Eugèn Cavaigac, L'Anatolie anq ue émer Egée », Actes des
les îles de la Méditera lÎ e orietule , en coursde parutiondaa Re An quae
35L'ÉTRANGR PROCH OU L'A1J RE I;) I-MÊME:
LE ~ S DE LA ~ RÈNE ANTIQ E
8 phie GROSJEAN-AGNÈS
Pour les grands philosophes de l' Ati quité, la cause est ere d ue : le
barbare serait au mieux un mence, au pire un en mi. Ainsi pour Platon,
l'ennm i ntur el des cités grecques est le barbare, celui qui parle un langue
étrangère. à. cité vertueuse doit don être rurale, située daR les terres, à un
quil1laine de k lomètres de la mer, et surtout être isolée, dans un territoire
dépourvu de voisins!.
Aristote modère ces propos:
«la vene d'étrag ers élevés sous d'autres lois est
préjudiciable, dit-op au bon ordre, et provoque la
surpopulation. Cet afflux de geB en effet, proviet! du trafic
que fait un foule de marchad s qui exportent et importent par
voie de mer et cela fait obstacle au bon gouvern met! de la
cité2 ».
lid ée d'un a priori xénophobe des Grecs a perduré log temps et
même jusqu'à n s jours. Ce préjugé semble si am é dans l'Atiq uité que
tfab on juge utile de le réprouver. Plus près de nus, cet héritage vien à
l'appui d'un approche intellectuelle comme celle d'y' A. Dauge, qui
affirme daR son Barbare que les Grecs eurent dès le début de l'époque
classique la « CORcience de former un communauté supérieure de race, de
langue, de religiop de culture et de mœurs supérieures à toute autre ». On n
saurait ceped an aller plus loip en affirman que de la supériorité à la
distan e ou à la rupture, la CORéquence est bon e. Un telle assertion n
manquerait pas d'être démetie par les faits.
Tel semble être le cas, en l'espèce, pour la Cyrén ïque et la cité de
Cyrèn , colore théréen e établie en 631 avol-C. sur l'actuelle côte
orietnle de la Ibye . Peut-on dire pour autan que daR ces terres lointaines,
l'étranger, en l'occurrene le Iby que, est un autre soi-même? C'est ce
qu'on ented examin r à travers les id ices fourÏ1s par les auteurs atiqu es,
les preuves administrées par un documetntio n plus large et l'éclairage
don é par le fait religieux.
37gs des at eurs1. Les témoig
Pmdare, Callimaque, ApolloIDs de Rhodes, ainsi que des histories
comme Hérodote ou Diodore de 8:il e, attestent dans plusieurs de leurs
écrits l'étroite proximité, voire l' entrelacemeh de ce qui pourrait être
considéré comme «le même» et «l'autre» aux yeux des tenah s d'un
certame pureté hellénique comme de leurs épigon s.
Les il ées de la poésé
Tout d'abord certaines œuvres littéraires à caractère poétique
fourll ssent des id ices qui évoqueh cette proximité.
Pid are, pour célébrer Télésicrate, vaiqu eur à la course lors des
jeux Pythiques, évoque un vieille légede remotR h à la fod ation de
Cyrèn : il aurait remporté à la course à fas a la main de la fille du roi libyen
du pays des Giligames3. I faut reten r ici le fait supposé que les premiers
Cyréil eR in uraieh pas eu à ravir de femmes idi gèns pour assurer la
survie de leur colonie, comme daR la plupart des autres cas, mais auraient
seulemeh eu à gagner la confiane des chefs locaux.
Plus tard, Callimaque et ApolloID s de Rhodes ont évoqué sous le
om de ~É(mOtva Al~ÛllÇ f1Qcâ[bEÇ « maîtresse et héroïn de la Iby e », ou
de f1QWOUaLAl~ÛllÇ 8ûyœrQEç «héroïne et fille de la Iby e4», un
divinité locale libyenn qui semble issue de la régiore lIe-même et qui était
saR doute révérée à Cyrène5.
Les témoig g es hit orb gp hiques
Des écrits d'historiens view t affermir ce que la poésie nus
laissait eh revoir. Hérodote a accordé un grand intérêt aux peuples id igèn s
de Cyrén ïque. 8 s mformatioR à ce sujet ont toutes chances d'être fiables,
puisque I'historien reproduit avec fidélité des extraits du «sermeh des
fod ateurs» de Cyrèn , attesté du reste par leur présence sur un stèle
retrouvée à Cyrèn même. Outre sa description détaillée des coutumes des
tribus libyques, il fait plusieurs séries de remarques importares au sujet de
leur relation avec les Cyréil eR 6. Dès la fodat ion de la cité, alors que les
ThéréeR oh échoué sur un îlot, les indigèns apparaissent daR ses
Histoire pour leur motrer un territoire où s'installer. Ce sont eux aussi qui
accueillirent les frères dissidetB d'Ark silas J le roi de Cyrèn . Th istorien
affirme égalemeh que des peuples libyeR hellénisés au sud de Cyrèn et
daR les emr OR de Bark et de Taucheira et qu'ils foh tout comme les
Grecs.
Diodore de 8: ile, suivi ou corroboré en cela par Pompon us Mela et
Pline, opère des distintio s eh re certaines peuplades libyen es: il recon aît
38trois geœs de vie, dont deux ont des particularités similaires à celui des
Grecs de la région Ce son ces autochtons qui partagen avec les n uveaux
arrivants leur connis sane de la région et qui se mêlent progressivemen à la
vie de Cyrèn , tad is que les autres, les pillards, occasionn n un grand
om bre de conflits conns sous le n m de guerres libyques 7.
Efi ip selon Plutarque, les Ibye a son pour certaines Cyréil en es
des gea plus fréquentables que certaia de leurs concitoyea . Etr e 8 et $ ,
un Cyréil en e du n m d'Arétaphila aurait débarrassé sa cité de la tyranÏ1e
d'un certain Nicocratès, qui était accessoiremen son mari, grâce à l'aide
d'un cheflibyen du om d'Anb OUS8.
2. Lby ens et ~ éit ea : vers Ph tégratbn
Ces proximités fod atrices, culturelles, matérielles, religieuses et
politiques sont cofi irmées par l'ensemble de la documetR tion dispon ble.
Les Lby ens: ces voish s mit conn s de ~èn e
ill n n collDÎt que peu ces L byens : ils écrivaien très peu et leur
langue est aujourd'hui mal conne. is sites où ils on vécu ont été peu
fouillés. ill n œn con aît que les figuratioa rupestres de chars,
témoignages téns d'un vie où la guerre, la chasse et la course de char
avaien un importance capitale9. Is on de plus laissé dans la lflj ra de
Cyrèn quelques san tuaires où leurs statues et leurs bas-reliefs, imités de
l'art grec, révèlent leur présence et donn n des bribes d'informatioa s ur
leur culture.
Des mail g s milt es
Un grand om bre de femmes de Cyrèn et en ore davan age de
Bark était d'origin libyenn. Cet aspect singulier trouve ses racines daR
l'histoire même de la cité. ~ s récits de la fondation de Cyrèn par Battos en
631 le motren t: les coloa théréea étaien en effet peu om breux,
iDe cupaient que deux pentécoID res, à peu près deux cetB hommeslO. Pour
fod er un foyer, ils durent se tournr vers les femmes des tribus id igèn s.
Quan à Bark, l'autre cité libyen, la mixité de la population y était encore
plus évidente: sous Ark silas I le Dur, vers 540 avoJ.-c., la cité fut certes
fod ée par des Cyréil ea révoltés contre le pouvoir tyran ique du monrq ue
de leur cité d'origine, mais égalemen par des tribus libyens poussées à la
révoltell. I est très vraisemblable que, par la suite, l'on ait ino rporé à la cité
certains de ces autochton S.
39~ Diagramma que Ptolémée I promulgue en 321 avoJ.-c. afin de
jeter les bases d'un constitution pour la cité de Cyrène ere rine cet état de
fait. I id ique que « seront citoyens les hommes n s de père cyrén en et de
mère cyrén en e et ceux n s des L byen es provenan de la région située
en re le Katabathmos et Authamalax12 ». I semble découler de ce texte
qu'un Cyrénéen pouvait se marier légalemen avec certaines Iby en es, et
assurer sa descendan e légitime. la fflux régulier de sang libyen n pouvait
qu'etr amer des contacts entre la culture id igène et la culture grecque.
~èn : un société mêlée?
Cyrèn, don le om libyque sign fie «la cité des asphodèles »,
semble avoir dès le début ire gré des indigèns. Un des idi ces de ces
contacts ous est foum par les ath ropoym es libyens, très présents dans les
iR criptions de la région aux côtés des om s grecs. ~ premières attestatioR
e
de om s libyques apparaissent daR la secode moitié du 11 siècle
l_C.13avo Is son mêlés aux om s grecs, parfois dans la même famille
aristocratique. Ainsi, Tabalbis est le père d'un certain Nikostratos, démiurge
vers 335 avoJ._c.14 Aile éris serait le père d'un certain Philonls et de
Peithagoras, le prêtre époym e d'Apollon en 321 avoJ.-c., qui serait très
vraisemblablemen l'ami de Platon et celui qui l'a racheté sur un marché aux
esclavesl6. Hérodote 0 us appred qu'un roi de Bark, portait déjà au vr
siècle le 0 m libyque d'Alazeir17. Ces 0 ms se retrouven égalemen et plus
prosaïquemen daR les listes de citoyeR moiR en vue : un cadastre de la
Marmarique, ou des listes militairesl8. I serait vaind e tenter un étude
statistique pour ces 0 ms don un partie on mesurable est aujourd'hui
perdue. I semble cependant qu'il y ait une recrudescence des 0 ms
id igènes à l'époque romaine, en lien avec le regain d'intérêt et de ferveur
pour les ani en es croyane s an estrales. I est peu crédible que tous ces
détenteurs de 0 ms libyques soient des libyeR hellénisés: le statut social
marqué par les magistratures indique que certains d'entre eux apparteme n
à l'aristocratie cyrén enn. Cette composante libyque au sein de
l'onomastique de Cyrèn serait le discret témoignage des contacts qui
existaient entre la culture grecque et la culture idig ène. Mieux enor e : à
l'époque romaine, ces 0 ms locaux fon partie de l'histoire mythique de
Cyrèn . En tout cas, le type attribué aux «L byques », remarquable sur
certaines statues présentes daR la ncro pole de Cyrène, semble plaider pour
un forte intégration des indigènes.
I semble même que Grecs et Iby eR aien eu daR les campagnes
un mode de vie très proche, si bien qu'il est difficile de distig uer les restes
libyeR des autres vestigesl9: il s'agit toujours d'un habitat dispersé
constitué par des CORtruCtiOR disposées autour d'un cour quadrag ulaire
40fermée. ~ seul id ice qui nu s permette de déceler le caractère indigèn de
ces installatios est peut-être leur deR ité : les Ibyq ues vivaien selon un
mode d'exploitation agro-pastoral dans lequel la présence occasion lIe des
nm ades rognit sur les terres disponibles pour les sédentaires.
3. La reIg bn gec que de ~èB : des ries «ltér és»
Ce mélange daR l'ordre social etr e Ib yens et Cyréil eR , n
pouvan se traduire daR les ilt itutioR politiques au seR strict, se révèle à
travers un aspect fod ametnl de la société de Cyrèn : la religion ts
Ib yens et surtout les Iby ens, intégrées à la société des cités, ont sas
aucun doute ifi luencé les cultes, surtout ceux où les femmes jouaiene lles-
mêmes un grand rôle, comme celui de Déméter et de Coré. C'est daR cette
ill luence que l'on peut trouver la clé de presque toutes les origin lités que
peuven revêtir les cultes de Cyrèn .
L'u tégratbn de ries lbyq ues ax cultes cyrénéens
is populatioR autochtones véilra ien des divinités féminin s
chtou en es de la fertilité des champs don on a retrouvé les lieux de culte
daR la chôra proche de Cyrène. Ces divinités revêtaien un telle
importance que leur culte a perduré par-delà la destruction de Cyrèn . is
cultes grecs, au contact des rites indigèn s, ont évolué au cours de l'histoire
de la cité: il en est ainsi de la ntu re des victimes des sacrifices et en
particulier des offrandes à Asclépios. À Épidaure, dans le grand san tuaire
du dieu guérisseur, on sacrifiait un coq, à l'iR tar de l'ultime sacrifice que
demade Bcr ate dans le Phédon20. À Cyrèn , selon Pausanias, le culte est
importé d'Épidaure, mais les victimes sont essetie llemen des chèvres21.
Un loi sacrée de Cyrèn prescrit de sacrifier à à tros seulemen un porc,
alors que d'autres divinités, Zeus en particulier, peuven recevoir égalemen
un chèvre en sacrifice22, mais le coq inp paraît jamais. I semble que
l'influence des cultes guérisseurs libyes, dont les santu aires parsèmen la
chôra de Cyrèn , ait fait évoluer la divinité d'Épidaure, la rapprochand e
Déméter et de Coré. Celles-ci ont elles-mêmes con u des influences
similaires de cultes chtou ens et id igèns de la fertilité. I est fort probable
égalemen que les are cédetB chtou eR que cache l'Asclépios guérisseur
d'Épidaure, dont l'animal emblématique était la taupe, aien été réveillés et
remis à 1'honn ur daR un région où l'on hon rait des divinités aux
puissan es chtonien es, guérisseuses et fertilisares .
À Cyrèn , Déméter et Coré son vénérées surtout par des femmes et
ind mettent que des divinités féminin s en tan que Tho iBn aioi. Certes,
le culte de ces divinités est souven rendu par des femmes daR toute la
41Grèce, mais pas avec la même exclusive. Même Pluton, don le temple aurait
dû en toute logique se trouver à côté du sanctuaire de Perséphone, se trouve
relégué dans le sanctuaire d'Apollon Pourtaq le san tuaire des déesses est
colossal: il est plus grand que tous les sanctuaires grecs cons, et
correspod presque à la taille de la cité. C'est dire l'ifi luen e capitale de ces
divinités locales sur les déesses officielles de la cité, auquel le culte les
apparentait.
tb n helléh que des relg bn s localesL'in pré"
is tabous alimetnire s qu'observaient les femmes de Cyrèn et de
Bark, selon Hérodote23, sont selon toute vraisemblance un conséquen e
d'influences croisées entre les deux religioa
Hérodote affirme que les femmes de Cyrèn s' abstien en de viande
de bœuf, et que celles de Bark s' abstienn t égalemen de CORommer du
porc en l'hon eur d'un lis qui semble être id igène24. I s'eBU it que les
Cyréil en es, peut-être influen ées par les cultes similaires aux leurs, les
cultes fertilisants de Déméter et de Coré, avaien accepté de CORommer du
porc, alors qu'à Barka, cité proche des tribus libyen es d'origin , les
femmes œn COIDmmaient pas. Cet iœ rdit semble ceped an n plus
exister à un période plus récente. ~ sanctuaire rupestre libyen de JO tn,
situé au voisin ge des il cropoles au Bd -Est de Cyrène, dédié à un divinité
libyque aux pouvoirs chtoniens et fécondants, comporte un exteaÏo n
e
construite au I siècle avo l-C. aux statues troublaœ S25: sur ces autels sont
représentés un grand om bre d'an maux, en particulier quatre porcs sacrifiés.
I semble don que les tabous id igèn s aien évolué, et que sous l'm luence
des cultes grecs, la puissane fertilisaœ du porc, que les femmes mariées
consommaien le dem er jour des Thesmophories, ait été recon ue et adoptée
par les id igèns pour des cultes similaires.
l1T synrét ime relg eu x
Ce jeu d'influences croisées etr e les deux cultures est encore plus
éviden pour les bustes funéraires des il cropoles de Cyrén ïque. B r chaque
tombe ou dans chaque irh e funéraire rupestre se dressait, comme surgissant
de terre, un divinité inquiétante, parfois sas visage. L identité de cette
déesse a provoqué bien des iœr rogatioR : L Beschi a peR é à Gaia, et
Fr. Chamoux à Perséphone. is exemplaires les plus allie R appartiennn t
tous au type an conique: ce son des bustes coupés au-dessous des épaules,
représentan un personage féminin au visage lisse. Au cours du Ve siècle
avol-C., le buste s'agrandit en une statue coupée au n veau des hanches. On
représente les maiR qui esquissent un geste de dévoilement, ankl yptéia.
e
Cepedan t, le visage reste air onique. Au 11 siècle avoJ.-c. apparais sen
42deux types ouv eaux de bustes à figure modelée: certains modèles ont la
figure voilée, les autres esquissen le geste de dévoilemen ~ premier type
de buste, an conique, rappelle les stèles funéraires indigèns composées d'un
rectag le surmore d'un cercle, que l'on trouve en Cyrénïq ue, même après
l'abad on défin tif de Cyrène26. is om breux sanctuaires libyens motren t
ceped an que les !by ens étaien en mesure de sculpter des statues
figuratives. I semble don que ces représentatios a EO n ques fuil raires
aient eu pour origin un tabou de la représemt ion humain d'origin
libyque, réiues ti et tras formé par les Grecs.
Ce rite aux allures grecques était mal compris das le reste de la
Grèce, jusqu'à Théra, la cité mère de Cyrèn , où l'on a tenté de le copier
sas le compred re : on retrouve dans les il cropoles théréen s des bustes
27.masculia Cette ino mpréhension du rite est sign ficative, puisque les
Thérées étaien censés pratiquer la même religion que les premiers
Cyréil es . D'autre part, que ces stèles aien contin é à être érigées sur des
tombes bien après la fill de Cyrèn tend à prouver qu'il s'agit à l'origin
d'un rite libyque, adopté par les Grecs de Cyrèn , qui on «réveillé»
certaines poteti alités de leur déesse de la mort pour qu'elle soit en
adéquation avec les puissane s chton enns locales qu'elle concurrençait.
I semble cependan qu'à Cyrène même, cet interdit de la
représentation ait été mal interprété à travers le temps: l'on y représente la
déesse voilée, ou esquissan le geste tellemen grec de dévoilemeJ:!
évocateur d'un iœrdi t d'outre-tombe. is similitudes de gestes entre les
statuettes de terre cuite des san tuaires de Déméter et de Coré de
Cyrén ïque28 ainsi qu'un statue-buste réemployée dans le san tuaire de
Déméter29, inite nt à privilégier l'hypothèse de Fr. Chamoux, sas que l'on
puisse assurer avec certitude qu'il s'agit vraimen de Perséphon ou d'un
déesse similaire qui lui serait associée.
Quoi qu'il en soit, l'exemple de ces statues an coniques don le
visage, au départ absent, fin t par se dévoiler, signle la réinterprétation à
l'aun de la pes ée hellénique d'un emprutl fait à un religion locale.
lusb n6h
C'est dire si le!b yen, aux yeux des Cyrénéens, cet étrag er proche
à la fois même et autre, tour à tour ami et en emi, représente au fond un
ig rédien essentiel d'une vie locale qui se développe par delà les
considérations d'altérité.
Sphie GRO$ EAN-AGNÈS
DiYe rsité Paris 11 - Sr bonn
43BbI b gp hie
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2
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3
PINDARE, Pythique, 9, 105.
4
CALL MAQUE, fragment 602, Pfeiffer et APOL ONO S DE RHODES Arg., 4, 1357-
1358.
S
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6 HÉRODOTE, 4,158; 4,160; 4,168; 4,170.
447 DOD ORE DE B CL E, 3,49.
8 PLUTARQUE, De mu!. virt., 19.
9
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1989, p. 11-40.
JO
HÉRODOTE, 4,159,2.
Il
Fr. CHAMOUX,y ène, p. 137.
12
HG 9,1-3.
13
Fr. COLN ,Le peuples libyel1, p. 131.
14
A. LARONDE,y ène,198, p. 121 ; HG 9,11,3.
15
HG 9,50,24; A. LARONDE,y ène,198, p. 102, 118
16HG 9, 1,24-25.
17
HÉRODOTE, 4,160.
18
HG 37,1665.
19
A. LARONDE, « Grecs et Ibye a à l'époque classique et hellén stique », Mélage s Pierre
Lévêque, 7,p. 176-177.
20
PLA TON, Phédon, 118 a.
21
P AUSANI\ S 2, 26.
22HG ,9,73.
23 HÉRODOTE 4, 186.
24 O.BATES,The Eastm LibyaN, 1914.
25
M. LUNI, «I santu ario rupestre libyo delle «fnm agin » a R> ta », !pL , 12, 198,
p. 415-458 et {le f 2000, p. 193-200.
26
F. A. MOHAMED «A ote on the site ofTarguiR ,»,!pL ,18, p. 223-227.
27
Fr. HER VON GAERTRINGEN, Thera, J 1899,p. 228
28 S BEfiIUES,«IL figurine en terre cuite de Cyrène au musée du huv re »,!pL ,16, 2002,
p.8 .
29
S KANE,« S ulpture trom the Cyrene Demeter S ntua ry ad its Mediterran an corex t »,
YB aica in An quity, 198 ,p. 237-248 ; D. WHITE, «Demeter Ibys sa, her Cyrenean Cult
in Jg ht of Recent Excavatioa», !pL ,12,1987, p. 67-84.
45LES C NQ IMAGR DR ÉTR~ lU
JeaR Paul THUL ER
Grecs, Romams et Étrusques ont vécu à côté, aux côtés les UR des
autres, et parfois les UR cotr e les autres perl an presque un milléni reo
DaR ce jeu de relatioR très complexes, qui se sont tissées entre ces trois
grandes puissane s, daR le bassin occidental de la Méditerrane pour s'en
tenir à la zon géographique qui n us intéresse ici, il faudrait ajouter à ce trio
pour être complet les Carthaginois: car c'est seulemen ainsi que l'on peut
bien comprerl re le réseau serré et souvent obscur d'alliane s et
d'oppositioR , parfois d'hostilités, qui se son nuées et qui on forgé l'image
qui a été celle des Étrusques - et qui du coup est encore un peu la fi tre
aujourd'hui sur certaia poitB tout au moiR . On essaiera don de cerner la
façon don Grecs et Romams voyaient le peuple toscap à défaut de pouvoir
collDÎt re la vision qu'avaient les Étrusques eux-mêmes des Grecs et des
Romaia : mais cette dem ère tentative est vouée à l'échec en l'absence de
sources littéraires étrusques, et elle n peut être mene que sur des cas très
particuliers, par exemple sur les origines de Rome comme D. Briquel a
cherché à le faire dans Le rg ard des autre. Le origine de Rome vues par
se fi en is!, un livre au titre évidemmen révélateur.
l1T peuple étrg e
Pour les Grecs, les Étrusques son bien sûr des autres, mais leurs
jugements sur le peuple tyrrhénien parcourent tout l'arc de l'altérité, depuis
la différence radicale jusqu'à la proximité la plus grande: Ï1 le même peuple
Ï1 tout à fait un autre. Un situation que l'on retrouve certes ailleurs, comme
le motren t bien certaiR titres d'articles publiés daR ces mêmes Actes.
Deys d'Halicams se est l'auteur qui décrit le plus n ttemen ce« peuple de
la différence », comme on l'a appelé2. Dans sa présem tion du problème des
origin s des Étrusques, qu'il fait avec un sorte de rigueur scietif ique, il
écrit en effet: «On risque en fait d'être plus proche de la vérité en disan
que cette nti on res t pas venue d'ailleurs, mais qu'elle est indigèn ,
puisqu'elle s'avère être très an ien e et san la moindre pare té avec
qulq ue autre race, qu'il s'agisse de la langue ou du geœ de vie.»
(Ati quités romaine, l, 30). ~ Étrusques, un peuple totalemen isolé,
radicalemen autre, d'un profonde« étrangeté» : voilà une première image
des Étrusques.
47Des barbares bien sûr, étan don é leur langue en particulier, mais
des barbares bien particuliers, à lire par exemple Pausan as. En décrivan le
temple de Zeus à Olympie, le Périégète n te en passant qu'un certain
Arinmstos, un roi étrusque, fut le premier barbare à faire un offrande au
dieu, un ex-voto qui en l'occurrence était un trôn (5, 12,5). Et ces barbares
allaien même jusqu'à faire don de Trésors (au sens de chapelles) dans
l'autre grand sanctuaire, celui de Delphes (ff abop 5,3,3 (220) et 5, l, 7
(214) : deux cités, Caeré et t'in possédaient en effet un Trésor à Delphes,
ce qui est exception 1 pour des étrangers. Du coup se pose au passage la
grave question des cités étrusques: ce que l'on dit de telle ou telle cité est-il
vrai pour tout le peuple étrusque? Mais on mu bliera pas aussi que dans les
textes littéraires ou épigraphiques les Grecs utilisent sas difficulté
l'ethnique géilral de« Tyrrhén ens ». Et par là-même on touche un des
raisoR d'un éventuelle proximité entre Grecs et Étrusques: ceux-ci
possédaien en effet un régime de cités-États, de poleis (la fameuse
dodécapole), qui les rendaien don familiers à des Hellèns , d'autan que les
Étrusques avaien aussi de véritables villes, que le phénomèn urbain s'était
développé chez eux, ce qui œta it évidemmen pas le cas de tous les peuples
méditerran eR !
Cette présen e des Étrusques daR les grands sanctuaires
pah elléiq ues - et je n signle pas ici toutes les études qui on été mene s
sur le mobilier archéologique, sur les ex-voto - a même conduit quelques
ati quisatB à envisager, d'après une iR cription mutilée, que les Étrusques
auraient pu participer aux con ours pythiques, ce qui me paraît
rigoureusemen exclu, mais cette hypothèse est révélatrice3 : supposer que
des Étrusques aien pu être admis à des agône , cette manifestation si
typique de l'hellén sme, motre bien que ce peuple toscan est souvent
considéré comme un cousin germaip si j'ose dire, des Grecs. D'un façon
plus géilral e, beaucoup d'historieR et d'archéologues on aujourd'hui
tendance à n voir tout ce qui vien de l'Étrurie, iconographie, architecture,
idéologie, vie quotidienn , que comme un reflet, sur un mode minur , que
comme un imitatiop souvent dégradée, de la Grèce: l'Étrurie n serait
finl emen qu'une provine attardée de la Grèce. Ce qui peut pour le moins
se discuter quad on regarde, pour prendre un exemple mythologique,
l'apparition inro yablement an ien e d'un personage comme Médée dans
l'icon graphie étrusque...
On pourrait considérer que l'épigraphie étrusque est emblématique
de cette situation que n us venons de décrire, de cette ambivalene par
rapport au mode grec. On a d'un part un écriture qui se lit facilemen
puisque c'est un alphabet grec qui a été adopté vers 700 -un alphabet
d'ailleurs qui sera traJ;ll11 is aux Romains par la suite. Mais la lag ue reste
totalemen isolée comme le disait déjà Deys d'Halicarnasse: elle n saurait
48appartenU- au groupe des langues irlo- européen s du fait de son lexique
(termes de parere, 0 ms des chiffres) et de son caractère agglutinn 1. Et les
emprutB n chag ent rien à l'affaire: on a à la fois une impression de
similitude et un différence radicale.
Quan aux RomaiR, ils avaien certes livré aux Étrusques des
guerres parfois féroces, comme le motre le cas de Tarquinia dans les ane s
35g 351: à cette occasiop des exécutions-sacrifices de centaines de
prison iers avaient été pratiquées sur les forums respectifs des deux grandes
cités (Tite-Iv e, 7, 15-19; Diodore, 16, ~ Mais cette même Tarquinia avait
don é deux rois étrusques à Rome, et, plus tard, lorsque le consul Varrop le
vaincu de Can s, s'adresserait à ses alliés campan eR , il ferait bien la
distinction entre PufiI ues et Étrusques: ceux-ci étaie!! 0 n pas des
Romaia bien sûr, mais des lali ens comme les autres, des lali ens
« civilisés» pourrait-on du-e ; en tout cas pas des barbares fourbes et féroces
comme les Carthagiois, un peuple dépourvu, lui, de toute humanité (Tite-
Ive ,23,5). D'un façon gémale , le jugemen des Romaia sur les
Étrusques sera évidemmen plus positif, puisqu'ils avaient bien conscience
qu'ils leur devaien beaucoup, et que, jusqu'au cœur du pouvoir on pouvait
retrouver avec les iNig il a imperii, faisceaux, chaise curule, etc., les
ill luences étrusques.
l1T peuple relg é ux
Mais c'est surtout la religion étrusque qui avait marqué les Romais,
et c'est bien là la deuxième image des Étrusques que 0 us devoR retenir: ce
peuple était considéré comme le « plus religieux de tous» et il excellait dans
les pratiques cultuelles (Tite-Iv e, 5, 1,6: ge s [...] ah? omne alias ()
magis dedita ré igioil bus quod Ece!lel? arte cole di as ). Par un de ces
étymologies révélatrices don raffolent les An ieR mais qui feraien hurler
le lig uiste moderne le plus toléra!! le mot eaerimoniae vierlra it du om de
la ville de Caeré, Cerveteri (Paul, Festus, 3R ). Un auteur comme Denys,
daR le chapitre que ou s avons vu, mettait en rapport le mot latin Tusei avec
le grec thosÉJai : les ToscaR seraient en fait des prêtres-sacrificateurs. Mais
c'est surtout la divination qui était le domaine favori des Étrusques et les
haruspices allaient se fau-e un place de premier plan daR la religion de
l' Vrbs jusqu'aux dem ers temps de Rome. Les documetB n manquent pas
qui illustrent, tel le Foie de Plaisane , l'importance considérable de
l'haruspicin et tout particulièremen de l'hépatoscopie daR la religion
étrusque; et on rappellera que toute cette science religieuse qui formait la
diseiplin tr usea était réun e dans des livres, la religion toscan étant en
effet aussi un religion du hrr e...
49l1T peuple venu d'Ore b
iS daR le regard posé sur les Étrusques, cette religiosité du peuple
toscan était évidemmeh positive pour un metnli té ati que, la troisième
image est plus ambiguë, et saR doute assez nut re en dem er ressort. Un
peuple« étrag e, venu d'ailleurs» aiR i pourrait-on résumer les choses: plus
précisémeh un peuple orietnl, lydien. De fait, si Denys d'Halicams se
soutenait, comme on l'a vu, la théorie de l'autochtonie, il était bierl e seul à
le faire et c'est la thèse hérodotéen de l'origin lydien des Étrusques qui
était de très loin prépondérare . DaR ces conditions, le om ou l'adjectif
« lydien» avait fin par deveir synym ed'« étrusque », en particulier chez
les poètes latins, et on se limitera à Virgile qui désign en effet les Étrusques
comme la gR Lydia (En., S 479; 10, 155). ~ Tibre devieh aussi le fleuve
lydien (En., 2, 7$ ), lui qui s'appelle souveh ailleurs le Tuscus amnis (et
1. du Bellay parlera dans ses Regrts du« fleuve Thusque au superbe
rivage »). Mais ce dem er exemple nus motr e bien que l'adjectif lydien
avait simplement alors un ton lité exotique: le problème de l'origin
étrusque devait désormais à pein affleurer daR cet emploi, et l'adjectif n
revêtait sans doute plus de con otation fig ative liée par exemple à la truphè
des Orietn ux et des ¥dien s en particulier: chez Virgile en tout cas,
l'adjectif avait perdu sa charge moralisante, même si le peuple était bien
considéré comme «orietn 1».
l1T peuple de pirœ s
à. quatrième image des Étrusques était, elle, franchemeh fig ative,
puisqu'ils avaient la réputation bien établie d'être des pirates. Rabon,
Diodore de 8:i le, Sr vius, pour n citer que ces sources, mettent en avant ce
thème, et seule un cité philhellène comme Caeré - qui avait don son
Trésor à Delphes - pouvait échapper à cette accusation: « Cette cité a eu une
très bon réputation auprès des Grecs à cause de son courage et de sa
justice: en effet, elle s'est absten e de piraterie, bien qu'elle fût très
puissare .» (Ra bop 5, 2, 3, C220). Ces activités rncheuses se seraieh
e
exercées depuis le VII siècle, en particulier autour de la 8:i le, et surtout
daR le secteur des îles Jp ari. ~ Étrusques étaieh même qualifiés de
pirates-trompettes (leistosalpik tai, chez le poète comique Ménad re,
Fr. 926 Meineke, 13 7) pour avoir inventé un trompette spéciale lors de
leurs raids nva Is (on sait que daR le domain musical beaucoup de choses
soh attribuées aux Étrusques). D'ailleurs, une scholie à la Thébaïde de Blc e
faisait précisémeh de Maleus, fod ateur du cap Malée en Reo ie, roi des
Étrusques et pirate, l'iu ereur de cette trompette. à. mythologie s'était
50emparée de cette réputatiop comme on le voit surtout par l' Hyrne
homérique à Dio]1S os (7, 1-59) qui est peut-être du VIr siècle - mais la
légede est connue par bien d'autres sources, Pid are, Euripide, Hygip
8rv ius... : des pirates toscaR ayant voulu enlever et violer le dieu du vin,
celui-ci se veg ea en les transforman en dauphins, qualifiés parfois de
Tyrrhe i pisCJl. Et la céramique figurée, attique (un belle coupe
d'Exéchias, trouvée à Vuki) et même étrusque (une hydrie à figures n ires),
in pas ng ligé cette légende au vr siècle.
Mais cette violere critique, apparemmen partagée par tous les
auteurs grecs, doit être lue avec un certain recul: n n seulemen les
jugemetB sur la piraterie son parfois ambivalents daR ces sources atiq ues
(Thucydide, 1,5), mais bien d'autres que les Étrusques on été accusés de la
même façon, dont des peuples de tradition grecque (aiai les Phocéens
d'Alalia par les Étrusques de Caeré et les Carthaginois daR le récit
d'Hérodote sur la dite bataille BV ale d'Alalia), et ce grief œ tait souvent
qu'un prétexte pour attaquer et piller soi-même un adversaire (ainsi Deys
de ~ acuse pour piller le célèbre temple étrusque de Pyrgi,
Diodore, 15, 14,3). En fait, les Étrusques on é té traités de pirates parce
qu'ils on conn pedan t log temps un grande réussite sur les mers, parce
qu'ils ont exercé un véritable thalassocratie (Diodore de 8: ile, 5,40), parce
que leur puissane commerciale s'est imposée au détrimen des Grecs.
Comme M. Gras l'a justemen nt é à propos de la légede de Dioys os,
« s'emparer de Dioys os, c'est aussi tenter de s'approprier le commerce du
vin à travers le dieu au can hare: c'est la représentation des efforts étrusques
pour s'immiscer daR ce fructueux commerce du vin...4 ». Et la découverte
de milliers d'amphores étrusques vinaires, ainsi que de can hares de
bucchero, sur les côtes de Méditerran e, et surtout sur les côtes de Gaule,
etr e 700 et 500, témoigne de cette réussite étrusque en matière
d'exportatioB, daR des zon s où la rivalité commerciale avec les Grecs
faisait rage. Et si ce sont bien les Étrusques qui ont fait con aÎtre le vin aux
Gaulois, aVOUORque nus serons om breux à les absoudre du péché de
piraterie. ..
Le peuple de la truphè
Nous aVOR réservé pour la fill la cinquième image qui était celle des
Étrusques dans le regard que portaien sur eux les Grecs surtout, et daR un
mom re mesure les RomaiB. Is' agit du cliché sur la truphè, ce mot
difficile à traduire et qui renvoie à un mode de vie fait de luxe et de luxure,
de mollesse et de volupté. I s'agit d'une question complexe et, comme pour
les autres stéréotypes, il res t pas possible d'en aborder tous les aspects ici;
51je n peux que renvoyer au livre récen d'y' lé bert sur cette D tion Je
passerai don sur la date d'apparition de cette critique des Étrusques, à
esavoir le 11 siècle avec Théopompe, et on voit d'etr ée le décalage
ChrODlogique qui existait par rapport au mode de vie ostentatoire des
princes toscaR de l' orietnli sant, au vue siècle. Mais en même temps cette
truphè est souvent liée à la question du déclin étrusque, don les n tables
obèses son sur leurs sarcophages la figure emblématique: Catulle (39, 11)
évoque l'obilUs Etruscus, en l'opposan de surcroît, selon certains éditeurs,
à l'Ombrien parcus, sobre, économe - mais, pour d'autres, cet Ombrien
serait lui-même pigu is... Je n m'attarde pas n n plus sur le caractère
«irem ationl »de cette critique qui con em en effet d'autres peuples, il
sur le filtre que représente la compilation d'Athéil e qui est en effet n tre
source essentielle.
Avant de lire un partie du texte de Théopompe transmis par
Athéil e (I2, 14, 5l7d-518), je voudrais simplemen don erun exemple de
cette truphè étrusque qui cone m un sujet qui m'intéresse beaucoup, le
sport ati que, et qui motre bien le caractère curieux de ce cliché. Trois
passages, dont l'un est attribué à Aristote, indiquent que les Étrusques
pratiquaien le pugilat au son de la « flûte» (de l'aulos), et Alkimos, un
e
auteur du 11 siècle, précise que c'est à cause de leur vie voluptueuse. Un
coutume confirmée par toute l'icong raphie étrusque, mais qui évidemmen
in rien à voir avec la mollesse: c'était bien au contraire pour exciter en ore
plus les athlètes et rythmer les assauts que l' aulas ou les tibiae apportaient
leur concours. Aujourd'hui, on con aît en ore un variété de boxe, la boxe
thai1arl aise, qui est accompagnée par un petit orchestre et c'est un des plus
brutales qui soient. Dans les passages sur le pugilat étrusque, on associe
d'ailleurs cette habitude à la façon de fouetter les esclaves qui se faisait aussi
en musique: on sait bien que l' aulos ati que était souvent lié à des activités
viriles comme la guerre, et c'était là un véritable inversion que cette
accusation de truphè5.
Des libidineux commérages de Théopompe, pour reprendre le mot
de J. Heurgon daR sa très belle Vie quotidil:l l:l chez les ÉtrusquE, je
il évoquerai que le début bien suffisan d'ailleurs:
« Et Théopompe, au livre 43 de ses Histoire, dit qu'il est aussi
de règle chez les Tyrrhèn s que les femmes soient en
commun; elles pren ent un grand soin de leur corps et
s'exercent n es, souvent avec des hommes, quelquefois aussi
entre elles; car il res t pas honteux pour elles de se montrer
nes . Elles se mettetl à table n n auprès de leurs propres
maris, mais auprès des premiers venus des assistatI; et elles
boivent à la sare de qui elles veuletl Elles sont du reste fort
52buveuses et tout à fait belles à voir. ès Tyrrhèll s élèvent tous
les enfatB qui vien ent au monde, Il sachan pas de quel père
est chacun d'eux6 ».
Et le reste est bien sûr de la même eau. I faudrait passer en revue
tous les motifs ethnographiques auxquels reu oie cette descriptiop il
faudrait citer tous les textes qui iBis tent sur la propeBio n des Tyrrhén eR à
baq ueter, sur leur goût pour les couvertures aux couleurs chatoyantes, pour
les beaux esclaves: mais on se limitera ici à relever la priDi pale raison qui
aim e cette longue diatribe ati étrusque, laquelle n réussit d'ailleurs pas à
cacher complètemen une certaine eu ie et même un peu d'admiration
Pour les Grecs, et même pour certaiR RomaiR, c'était la place de la
femme au sein de la société étrusque qui était un objet de scarlal e : elle
jouissait en effet d'un liberté très choquare pour une memli té helléiqu e.
Comme on le voit bien sur les fresques fun raires de Tarquinia par exemple,
la femme étrusque, l'épouse aristocratique, participait aux banquets, allog ée
sur un lit aux côtés de son mari (parfois on iBi ste sur le fait qu'hommes et
femmes son sous le même mareau, comme chez Héraclide du Pont) : cela
devien pour Théopompe un sign de débauche, puisque les courtisanes
étaien seules acceptées lors du symposion Et du coup, la femme inu rait
plus seulemen son époux pour voisin: c'est l'orgie généralisée. Et du coup,
voilà qu'elle se met à batifoler, ne, toujours ne, dans les palestres, une
image que j'aurais bien aimé trouver, en tan que spécialiste du sport
ati que, mais la recherche a été vain, et j'avoue le regretter amèremen ! En
fait, en matière de sport, il y avait une autre habitude qui n pouvait que
surprerl re les Grecs: comme on le voit bien sur les fresques de la Tombe
dite des Biges, à Tarquinia toujours, autour de 500, les spectateurs qui
assisten aux épreuves hippiques et athlétiques daR des tribun s sont aussi
des spectatrices. Certaines son même placées au premier rag, certain s
von jusqu'à prerlre l'initiative d'un geste amoureux. Évidemmet! on est
loin de la Grèce puisque les femmes étaien interdites de jeux olympiques;
en revaDhe , le cirque romain accueillera volontiers les spectatrices, et cet
édifice devien même un des lieux favoris du séducteur ovidien, puisque les
femmes y étaien mêlées aux hommes et même étroitemen serrées contre
eux tout en regardan les courses de chars7. On peut supposer que les
dragueurs de l' Vrbs vouaien un grande reconnis san e aux Étrusques.
is Grecs œta ien pas les seuls à s'offusquer de cette liberté de la
femme étrusque, et Tite-Ne en don e un bon exemple daR le récit de
l'affaire qui va mem au viol de he rèce et à la chute de Tarquin le B perbe
(1,57 sq.). Alors que la romain herèce, telle un exemplaire matrone, file
la laine au milieu de ses servantes, les princesses étrusques passen leurs
soirées en festiR somptueux, avec des compagnes ou peut-être même des
53compagnoR (le latin cum aq ualibus n permettant pas de traoo er ce poih
délicaë). En réalité, les femmes étrusques, comme le motren t bien des
documetB, savaient aussi s'occuper du travail de la Iain. Mais saR doute
avaietl- elles au sein de la société un statut plus avantageux que les femmes
grecques en tout cas: elles avaient un prénom comme Tanqu il, parfois le
matroym e était utilisé daR les épitaphes, et l'architecture fuilr aire leur
accorde à Caeré un place au moiR égale à celle des hommes. Nul
matriarcat comme on a voulu le peser au XIXe siècle, mais, pour les
femmes de l'aristocratie au moiR , une liberté daR la vie quotidien e, un
participation aux plaisirs de l'existen e qui n pouvaieh rester saR réponse
aux yeux sévères ou jaloux de leurs voisiB. ~ Étrusques seroh don à
jamais le peuple de la vie voluptueuse, pour le meilleur et pour le pire. « Elle
i:i ra sÛfemeh pas voir les Étrusques. Elle n les aime pas. Elle est de l'autre
bord, celui des Romais, de Mussolini... »Aiai s'exprime, daR le roman
Le sourire étrusque de Jose fus Sm pedro (1997), le héros, un VIeux
partisan qui mime guère sa belle-fille, enm ie de la truphè.
6h lusb n
En dégageah ces cinq images des Étrusques de façon un peu rigide,
ous riSqUOR de tomber à 0 tre tour daR le stéréotype. I serait nces saire
de moduler, d'affin rIes anl yses en tenah compte de la personnl ité et de
l'histoire de chaque auteur, des évolutions chroo logiques et donc de la
situation qui est deven e celle de chaque peuple au sein de l'Empire romain
De même que l'image des Gaulois sauvages et féroces chez la plupart des
auteurs res t plus tout à fait la même daR l 'Histoire romaine de Dion
Cassius, les Étrusques n soh pas présentés de la manière habituelle chez un
historien comme Diodore de f£il e qui écrivait à l'époque de César ou chez
un poète Virgile. i. premier se fondait sur l'enquête ethnographique
e
de Posidoms d'Apamée (fin du I siècle) et mettait l'accent sur la vaillan e
guerrière et l'énergie des Étrusques, qualités qui leur avaieh permis de
conquérir un grande puissan e terrestre et nva le; et pour lui, c'est leur
étonnn te richesse, la fertilité du terroir toscan qui les avaieh conduits plus
tard - mais plus tard seulemeh - à l'amour du luxe et à la mollesse: rien à
voir avec un quelconque prédisposition d'ordre géntiq ue.
Quah à Virgile, il conais sait certes le fameux topos de la truphè
- c'est bien lui qui 0 us parle du «gras Étrusque» (GéorgiquE, 2, 193).
Mais il mv ait pas oublié ses origin s en partie étrusques: n à MatDue qui
avait été une grande cité d'Étrurie padan, comme le motren t les fouilles
récentes, il avait comme cognm fi Maro qui est en fait le 0 m d'un
magistrat étrusque, et saR doute un de ses anêt res avait-il exercé cette
54charge daR sa cité. Slj outatl à cette histoire person elle, le soutien de la
politique italien e d'Auguste avait conduit Virgile dans l'Éli ide à faire des
Étrusques, de tous les Étrusques, les alliés d'Énée - seul l'odieux Mézence,
roi de Caeré et contempteur des dieux, était resté du mauvais côté. Et cette
attitude des Étrusques chez Virgile était une chose nuv elle par rapport à
toute la tradition léged aire des origin s de Rome9.
Très curieusemeJ:! le poète mantouan reprend à la fin de l'épopée le
cliché de la truphè, mais il le met dans la bouche d'un chef étrusque. C'est
Tarchon qui tente de galvaniser ses troupes contre Camille, la rein des
Volsques:
«Quelle craire, ô Tyrrhèns jamais en peine, indolents
toujours (sm pc ia te), quelle incroyable lâcheté (igllui a)
s'est emparée de vos cœurs? Une femme pousse devan elle
des hommes débandés, elle a fait tourn r bride à n s corps de
bataille. À quoi bon n s épées, pourquoi porter das vos mains
ces traits inutiles? Mais pour Vénus et ses joutes nocturn s
vous n maqu ez pas de vigueur, alors que la flûte courbe a
rassemblé les chœurs de Bacchus. Attendez que vien ent les
baqu ets (dapes), les coupes (pocula) d'un table bieqs arn e,
voilà vos amours, voilà votre souci; attendez qu'un
complaisant haruspice an ne le sacrifice et qu'un grasse
(pigui s) victime vous appelle au fod du bois sacré. »(Éé ide,
11,732-740).
On voit au passage que la victime elle-même est grasse: et d'ailleurs
8rv ius commetRit l'expression de Virgile dans les GéorgiquE en
expliquant que le Tyrrhèn s'eg rais sait parce qu'il dévorait à chaque
sacrificelO(cf. Y. lé bert, p. 229). En tout cas, avec l'indolence, la couardise,
les baque ts, le vin, Vénus, nus avons bien là tous les ig rédietB de la
«vie voluptueuse» des Étrusques (et n us avons aussi l'haruspice, et don
un résumé de la culture étrusque). Mais c'est Tarchon qui parle, et quad on
se sert les critiques à soi-même, elles ron t pas la même acidité. I
rem pêche que les clichés sur les peuples ont la vie dure, comme on peut le
CORtater à toutes les époques: et même un poète très favorable à la ntio n
étrusque n pouvait, n savait les passer totalement sous silence.
Jean-Paul THUlL ER
École Normale B périeure - Paris
55BbI b gp hie.
BRQ UEL (D.), La civilisation étrusque, Paris, ~ Belles Mt res,
1999.
BRQUEL (D.), L'origine lydin e des Étrusque. Histoire de la
doctrin dan l'An iquité, Coll. de l'École Française de Rome, fi 139,
Rome, 1991.
(G.), Gli Etruschi. tiJr ia e civiltà, TOOp UTET,CAMPOREAE
2004.
GDF FRD A JENTIE (M.), La pirate ia tirm ica. Mometi e fortun ,
Kokalos, suppl. 6, Rome, 198 .
HEURGON (l), La vie quotidin che le Étrusque, Paris,
Hachette, 1961.
LEBERT (Y.), Rg ards sur la truphè étrusque, lm ages, PULM ,
2006.
THUL L ER (l-P.), Le Étrusque. Histoire d'un pup le, Paris,
Armarl Colin,2003.
THUL L ER (J.-P.), Les Étrusque, Paris, Éditions du Chên, 2006.
THUL L ER (l-P.), Le Étrusque. La fin d'un mystère?, Paris,
Gallimard, 2009 (2e éd.).
Notes
I D. BRIQUEL, Le rg ard des autre. Le origi"8 s de Rome vue par se mis (début du IV"8"8
siècle / début du siècle avo JAJ , Paris, ès Belles Utr es, Aa les Ittér aires de
l''
l'Un versité de Franche-Comté, fi 623,1997.
2
C'est le sous-titre qu'avait doné D. BRIQUEL à sa 6>ili sation étrusque lors de la première
publication de l'ouvrage.
3
I.-P. THUL L ER, Mort d'un lutter, MERA ,97,1985, p. 639-646.
4 M. GRAS, Trafics tyrrhéil s archaïque, Rome, 198 ,p. 647."85
Br cette question, J.-P. THuL L ER, Le jeux athlétique daB la civilisation étrusque, Rome,
1985, p. 208 254.
6
Traduction d'A. M. DESROUS EAUX, ié dite daa la CUF mais citée par I. HEURGON, Vie
quotidie"8 ..., p. 48 49.
7
I.-P. THUL L ER, Le jeux athlétique..., p. 622-634.
8
I. HEURGON, op. cil., p. 101-103.
9I. GAGE,« ès Étrusques daa l'Éa ide », MER, 40,1929, p. 115-144.
JO
Y. LE BERT, op. cil., p. 229.
56LA CONSTRUCTION
DE ROME
,
A TRA VR S L'IMAGE
DE L'ÉTRANGERL'ETN OCN TRISME H E TITE-LIVE
Jacques-Emman el BERNARD
L Ab Vrbe condita de Tite-Ne est un fabuleuse min
documetnire où son répertoriés euiro n 342 peuples et 2 000 id ividus
mais elle a pourtan contribué à forger l'image un]u e d'un peuple-roi autour
de quelques héros iDa ran t cette romaité triomphare qu'ont illustrée à
leur tour les successeurs du Padouap poètes, épitomateurs, dramaturges ou
peintres. Pour expliquer ce paradoxe, l'on peut être tenté de lire cette œuvre
comme un atith èse puissare et con in e en re Rome, « idetif iée au bien»
et « l'autre, qu'il faut refuser et rejeter! ». Mais ce schéma binire risquerait
de masquer la complexité idéologique d'une œuvre confroree à la question
de l'impérialisme tel qu'il se pose à un époque où, selon les mots de
Montesquieu, Rome «n'était pas propremen un mODfch ie ou un
république, mais la tête du corps formé par tous les peuples du Mod e2».
Nous verrons tout d'abord commen Tite-Ne, s'appuyan sur un
conception UÏ1versaliste de l'homme, passe de la description morale des
peuples à leur hiérarchisation selon un point de vue romanocentriste
clairemen an né dans la Préface. Cette vision ethnocentrée de l'histoire
permet es uite à l'historien de red re compte de l'expas ion sme romain et
de le justifier. Pour illustrer cette corrélation entre ethnocentrisme et
impérialisme, nus évoqueros enfin l'assemblée des Achées à Egium en
192 avoJ.-c., relatée au livre 35 de l'Ab Vrbe cod ita. Elle mit en présence
Grecs, Romains et Orietnu x etr e la 2e et la 3e guerre de Macédoin, à un
époque cham ère où Polybe, prêtan rétrospectivemen aux Romais des
projets d'empire UÏ1versel, plaçait l'établissemen ino test é de Rome sur le
mode.
oire ethn que, histoire éthi[ ue : le romacen trimeH
L'ethnce tr isme coms te à penser que le groupe ethnique auquel on
appartien possède des qualités qui le renden supérieur aux autres: cela
suppose que l'on peut attribuer aux peuples des caractéristiques qui leur sont
propres. Ice uvre de Tite-N e n manque pas de n tatios sur les différentes
ethnies qui croisen l'histoire romain 3. C'est ainsi que l'historien met dans
la bouche du Rhodien Astymède cette réflexion capitale: «les cités aussi
bien que les id ividus ont leurs traits de caractère: certais peuples sont
coléreux, d'autres audacieux, d'autres craitif S...4». À un tel wea u de
géilrali satiop la caractérisation des peuples se prête au cliché, à la n tation
59sommaire, au détour d'un phrase: les Étoliens sont cupides et bavards, les
Gaulois sont violents, les Espagnls sont acharé s à la guerre, les Numides
soh ili: ables, les Puil ques soh de mauvaise foi5...
Même si le détermiiB me géographique joue un rôle daR
6,l'anthropologie livien ce sont les valeurs morales qui sont
essentiellemeh prises en compte dans l'évaluation des peuples. Thi stoire
ethnique est d'abord un histoire éthique sanction ah les mores des
id ividus et des peuples. Th istorien insiste sur les CORtah es du
comportement humaip sur l'unrer salité des ressorts psychologiques, tous
peuples confodus , et saR qu'il y ait à propremeh parler de CORidératioR
raciales7. I s'agit bien d'un idéal universel, d'un homme en soi, qui réalise
toutes ses virtualités8.
Pour autai! l'œuvre livien e œ st pas descriptive à la manière
d'une eq uête ethnographique. à. Préface de l'œuvre an once d'entrée de
jeu le dessein historiographique de Tite-lY e: retracer depuis les origin s
l'histoire du peuple le plus riche en bOR exemples9. Grâce au portrait
idéalisé du Vieux Romaip iDa ré par des figures légedair es et perpétué
par des person ges de la période historique, autour de valeurs comme la
pietas, la pafil:l fia, la prudetia , la romaité, daR la première décade, se
transmue en essene intemporelle, permettant d'évaluer les comportemetB
des Romaia et des étrag erslO.Ceux qui illustrent cet idéal appartienn h au
mode romaip ceux qui y cotr evien eh sont défmis comme on -Romaia ,
assimilés par un glissemeh progressif au barbare, à celui qui est autre,
étrag er, avec une parfaite réversibilité, conformémeh à la cone ption
uita ire de la ntu re humaine. Au pôle uil versel de la romaité fait ped ah
le pôle uil versel de la barbariell.
De l'AsI e de Romulus D caput orbis terrarum
à. vision ethnocentrée de Tite-lY e don e une grande cohésion
morale et idéologique à la caractérisation des peuples et des idivid ualités
autour de Rome, princp s tera rum POpUIUSI2.
la rticulation entre l'ethn cetr isme et l'impérialisme, an né dans
la Préface, est théorisée dans le parallèle eh re Alexandre le Grand et le
peuple romaip au livre 913.Toute la digression ted à motr er qu'Alexandre,
partout min cible, in urait ceped ah pas pu vaime Rome, qui a pour
avantages la supériorité militaire et la contin ité daR le tempsl4. ~ parallèle
eh re Alexandre et la Re publica sous-tend l'idée constare chez Tite-lYe
de la croissane orgaiq ue de l' Vrbs. Cette idée d'un croissane coh in e et
id éfinie, selon un triple modalité, territoriale, ethnique et morale, est le
soubassemeh idéologique de la politique de conquêtel5.
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