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Foch, chef de guerre

De
688 pages
Dans Les Grands Contemporains (1937), Winston Churchill écrivait au sujet du maréchal Foch : « Avec le recul, je crois que l’on comprendra mieux combien sa valeur spirituelle et la sagacité pénétrante de son jugement étaient de l’ordre le plus élevé. »
Élevé à la dignité de maréchal de France en août 1918, Ferdinand Foch n’a pourtant jamais commandé de troupes au combat avant la guerre. Entre 1914 et 1916, il livre des batailles, notamment devant Ypres à la fin de 1914, en Artois en 1915 jusqu’à l’échec dans la Somme l’année suivante. Nommé chef d’état-major général en 1917, il devient commandant suprême des forces alliées au cours des derniers mois qui précédèrent la victoire.
À l’inverse d’un Pétain plus prudent, Foch se révèle un homme énergique, volontaire et tenace, d’un optimisme inaltérable. Et il obtient alors des résultats décisifs ; c’est bien lui qui met en place les stratégies victorieuses, avant que les réalités politiques contribuent ensuite à le faire échouer dans la paix.
À l’appui d’une masse documentaire (carnets de notes, lettres) jusqu’ici sous-exploitée, Elizabeth Greenhalgh propose une étude novatrice de la contribution de Foch à la victoire des Alliés. Elle nous invite à comprendre comment cet officier d’artillerie apprit à combattre l’ennemi, à négocier avec des alliés difficiles à manœuvrer et à se frayer un chemin à travers le véritable champ de mine formé par l’écheveau des relations politico-militaires. En un mot, comment Ferdinand Foch façonna la Grande Guerre.
« Avec ce livre, Elizabeth Greenhalgh nous offre un portrait fascinant de l’improbable commandant en chef. Cet homme impétueux, qui ne cessa d’exaspérer les chefs militaires des armées nationales, poursuivait ses propres objectifs fondés sur des convictions nationales profondes, et fermement attaché à l’idée que la détermination est la clé permettant de maîtriser la réalité. » Général André Bach.
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ELIZABETH GREENHALGH
FOCH, CHEF DE GUERRE
Traduit de l’anglais par Simon Duran
TALLANDIER/Ministère de la Défense-DMPA
Cet ouvrage est coédité avec le ministère de la défense, secrétariat général pour l’administration, direction de la mémoire, du patrimoine et des archives. Cet ouvrage est publié avec le concours du Centre national du livre. Titre original :Foch in Command. The Forging of a First World War general
© Elizabeth Greenhalgh, 2011 © Cambridge University Press, 2011
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier et Ministère de la défense, 2013 pour la traduction française et la postface Cartographie : © Florence Bonnaud/Éditions Tallandier, 2013
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo
EAN : 979-10-210-0304-0
PREMIÈRE PARTIE
DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE
CHAPITRE PREMIER
DE L’ÉCOLE DE GUERRE À LA LORRAINE EN AOÛT 1914
Le 14 juillet 1914, la fête nationale fut célébrée comme à l’accoutumée par des défilés militaires. e À Nancy, capitale de la Lorraine, c’est à un corps d’élite, le 20 corps d’armée, qu’il revint de remplir ce devoir de célébration. Ancienne capitale du duché de Lorraine, amputée d’une grande partie de son territoire en 1871, cette ville élégante s’étendait près de la nouvelle frontière allemande. En cas e de guerre, la mission du 20 corps était de couvrir ce secteur de la frontière pendant que l’armée française se mobiliserait contre les forces menaçantes qui ne manqueraient pas de se masser de l’autre côté du Rhin. Depuis août 1913, le général Ferdinand Foch en était le commandant. Comme général divisionnaire, il avait atteint le plus haut grade de l’armée en 1911. Quand il aura fêté son soixante-troisième anniversaire le 2 octobre 1914, il se trouvera seulement à deux années de l’âge de la retraite. Jusque-là, il n’avait jamais commandé de troupes au combat. Comme la plus grande partie de sa carrière s’était déroulée à des postes d’état-major ou dans l’enseignement militaire, son expérience du commandement était mince. Entre 1895 et 1901, il enseigna à Paris à l’École supérieure de guerre, publiant plus tard les cours qu’il y dispensa. Entre 1908 et 1911, il fut le commandant de l’École. À partir de là, les divers postes auxquels on le nomma le firent parcourir plusieurs régions militaires du pays (Nice, Chaumont, Bourges), avant d’arriver à Nancy en 1913. Foch devait la succession de ces postes – où il aurait pu se contenter d’attendre confortablement la retraite – au général Joseph Joffre. Ce dernier était devenu le chef d’état-major de l’armée en 1911, fonction qui, en cas de guerre, faisait automatiquement de lui le commandant en chef des armées françaises. Il connaissait Foch depuis longtemps et en appréciait les qualités. Le nom de Foch figurait même dans la liste des candidats que Joffre proposa pour être son adjoint. Mais le ministre de la Guerre, Adolphe Messimy, s’opposa à ce choix et le général Noël de Curières de Castelnau fut nommé à sa place. Joffre chargea le colonel Maurice Gamelin (que l’on connaît mieux comme général de la Seconde Guerre mondiale), son confident et chef de cabinet militaire, d’expliquer à Foch pourquoi il n’avait pas été choisi. Gamelin a raconté comment Foch avait repoussé de la main ses explications pour aborder de front ce qui lui paraissait être le cœur de la question : comment déjouer le plan Schlieffen, qui prévoyait de contourner le flanc gauche de l’armée française par l’invasion de la Belgique. Foch conseilla à Gamelin de se souvenir : « Vous aurez à faire avec 35 corps, avec leur flanc droit à la mer. » Dès 1911, il songeait donc à l’avenir incertain. Que les politiques se mêlent des désignations aux postes militaires n’était pas de nature à surprendre Foch. Bien qu’il se fût tenu à l’écart de l’affaire Dreyfus (au sujet de laquelle il avait eu la prudence de n’exprimer ouvertement aucune opinion), il avait souffert de discrimination politique lorsque, du fait des purges qui visaient les officiers trop ouvertement catholiques (et par conséquent supposés nourrir des sentiments antirépublicains), il avait été démis de son poste d’enseignant à l’École de guerre. En 1908, il s’était d’ailleurs préparé à subir le même traitement quand il avait été question de choisir le nouveau commandant de l’École. Mais Clemenceau, alors président du Conseil, avait montré à cette occasion – et cela ne devait pas être la dernière fois – à quel point il se souciait peu, dès lors qu’il s’agissait de fonctions importantes et influentes, des appartenances religieuses et des opinions politiques présumées des uns et des autres. C’est ainsi que, à sa grande surprise, Clemenceau l’avait nommé commandant de l’École supérieure de guerre. Grâce à cette désignation, Foch eut l’occasion de nouer des contacts internationaux, particulièrement avec la Grande-Bretagne, qui allaient se révéler très précieux une fois la guerre déclarée. Ayant observé le peu de préparation des Russes à la guerre, il se montra désireux d’établir des rapports plus étroits avec les Britanniques. En effet, malgré les accords militaires qui depuis 1892
liaient la France à la Russie, et malgré les prêts que la première accordait à la seconde pour financer la construction de ses chemins de fer, ce manque de préparation signifiait que les stratèges militaires français ne pourraient pas compter sur l’aide russe si une guerre éclatait. C’est pourquoi, dans sa révision du plan de guerre de la France, Joffre chercha à accroître l’efficacité de l’alliance franco-russe. De son côté, dans son désir de nouer des liens plus étroits avec les Britanniques, Foch eut la bonne fortune de pouvoir profiter du fait qu’Henry Wilson, son homologue, souhaitait ardemment venir en France et visiter l’École de guerre. Il y rencontra Foch pour la première fois en décembre 1909, avant de revenir en janvier 1910, en octobre 1910 (lorsqu’il fut invité au mariage de Marie, la fille aînée de Foch), en février 1911, en février, août et octobre 1912 (lorsqu’il fut invité au mariage de la plus jeune fille de Foch, Anne, sans toutefois pouvoir s’y rendre), puis trois autres fois en 1913, et enfin à nouveau en mai 1914. De son côté, Foch se rendit moins souvent en Grande-Bretagne : en juin 1910 et en décembre 1912 seulement. En 1910 et 1912, il visita aussi la Russie pour assister aux manœuvres de l’armée russe. Nul n’est besoin de supposer qu’une amitié profonde et personnelle s’était nouée entre Foch et Wilson simplement parce que le premier avait invité le second aux mariages de ses filles. Les deux collègues entretenaient des rapports cordiaux et trouvaient très aisé de travailler de concert. Mais, surtout, leur intérêt commun était de renforcer les liens militaires entre leurs pays. Que les deux hommes aient pu voir dans ces mariages l’occasion de s’entretenir longuement et en privé suffit à expliquer les invitations. Néanmoins, il existait entre eux une sorte de camaraderie placide, que manifeste clairement une lettre adressée par Foch à Wilson en juillet 1914, juste avant les dernières manœuvres effectuées par la France avant le début de la guerre :
Mais hélas, vous nous manquez, vous nous manquez beaucoup. Il ne se passe pas de journée que l’on ne le dise et que l’on ne parle de vous. Hier soir, dans son toast à vos généraux, le Gal de Castelnau a proposé votre santé disant tous ses regrets de votre absence et combien notre pensée allait tout le temps vous chercher dans vos occupations.
Si Foch n’avait jamais commandé de troupes au combat – tandis que Joffre et d’autres généraux avaient au moins combattu dans les colonies –, il connaissait quelque chose des armées des nations alliées de la France. e Lorsqu’il prit ses fonctions de commandant du 20 corps, Nancy n’avait pas encore été fortifiée, bien que la ville se trouvât tout près de la frontière, à 57 kilomètres. En revanche, les Allemands avaient accompli de leur côté un travail considérable autour de Metz et de Thionville (Diedenhofen), pour y établir une zone massivement fortifiée, laMoselstellung. La ligne de défense principale de la France courait derrière Nancy, entre les secteurs fortifiés de Toul, à l’ouest, et d’Épinal, au sud. Toutefois, la ville elle-même était protégée par la rangée de collines qui s’étend au nord-est et qu’on appelle le Grand Couronné de Nancy. C’est l’un des versants de la vallée de la Moselle, dont le confluent avec la Meurthe se trouve au nord de la ville. Lorsque Foch prit ses fonctions à la tête du e e 20 corps en 1913, son supérieur hiérarchique à la tête de la 2 armée, le général de Castelnau, ordonna la construction de positions défensives le long de cette rangée de collines. Il était essentiel de pouvoir tenir cette ligne de défense pour contrer toute offensive des Allemands depuis Metz. Apparemment, Foch fit peu pour compléter ce travail de fortification, si l’on en croit une lettre de Castelnau datée de janvier 1914, où celui-ci déplore « des hésitations et des apathies ». Ce travail était encore inachevé au début de la guerre. e Lorsque la France décréta la mobilisation générale pour le 2 août 1914, le 20 corps était composé e e de deux divisions d’infanterie, la 11 (la « division de fer ») et la 39 , et d’un régiment de cavalerie, e le 5 régiment de hussards. La loi des trois ans récemment votée – au moment où Foch prenait le commandement de son corps d’armée – avait accru la durée du service militaire en le faisant passer de deux à trois ans, mais nul conscrit n’avait encore pu bénéficier d’une telle période d’entraînement lorsque le conflit éclata, et les seuls effets immédiats de la mesure n’étaient encore que l’accroissement des dépenses nécessaires à l’acquisition de baraquements, d’hôpitaux et d’équipements. En août 1914, tout comme les fortifications de Nancy, les bâtiments et les équipements supplémentaires n’étaient pas encore achevés. Ainsi, par exemple, pour le défilé e militaire du 14 juillet, on manqua de tissu pour la fabrication des uniformes des soldats du 20 corps. Le temps avait manqué pour mettre en œuvre dans tous les rangs de l’armée le règlement du service
en campagne de Joffre. Des considérations financières avaient empêché le développement des e structures d’entraînement nécessaires au maintien à niveau des troupes de réserve. Puisque le 20 e corps devait fournir la « couverture » de la mobilisation de la 2 armée, il était en meilleur état que le reste de l’armée française. Néanmoins, Foch ne débuta pas la guerre à la tête d’une unité militaire bien équipée, bien entraînée et homogène. Il fallut du temps pour rassembler les réservistes, les équiper et acheminer les unités vers les secteurs qu’on leur avait assignés. Ce ne fut qu’au douzième jour de la mobilisation que les troupes purent se mettre en action. Joffre s’était entendu avec les Russes pour que les deux nations *1 déclenchent l’offensive le 14 août. Pendant cette période, une mission decouvertureau échut e e 20 corps : il devait protéger la 2 armée pendant tout le processus de rassemblement et de préparation des troupes. De retour à Nancy après quelques jours de congés, Foch commença le 27 juillet à déployer ses divisions autour des fortifications inachevées du Grand Couronné, à la fois pour pouvoir y poursuivre les travaux de fortification et pour empêcher l’ennemi de s’assurer une position dans la zone, les Allemands pouvant aisément tenter une sortie dangereuse dans les environs, solidement fortifiés, de Metz-Thionville. Lorsque le gouvernement donna instruction aux troupes françaises de se maintenir à 10 kilomètres de la frontière pour empêcher toute provocation et garantir que le premier acte de guerre ne fût pas le fait de la France, Foch ignora l’ordre. La défense de Nancy était trop fragile pour prendre le risque de perdre le Grand Couronné – qui s’étendait pour partie à l’intérieur de la zone des 10 kilomètres – au profit de l’ennemi. C’est ainsi que, le 31 juillet, sa e 11 division occupa une ligne incluant les hauteurs du mont d’Amance et de Montenoy. Bien qu’il eût consacré un chapitre de son ouvrageDes principes de la guerreà la discipline, cet acte de désobéissance montrait que Foch ne craignait nullement que son manque d’expérience ne le conduisît à agir de façon irréfléchie. Il était très impatient de pouvoir débuter les opérations, et les deux semaines de sa mission de couverture lui avaient parues éprouvantes. Le moral de ses troupes était « superbe », et il avait hâte d’agir. Il se sentirait « humilié », écrivait-il à sa femme, si les batailles importantes devaient avoir lieu plus au nord, là où la poussée des Allemands semblait vouloir se diriger, tandis que les troupes françaises en Lorraine resteraient « hypnotisées » par la brèche de Château-Salins. Quant à la ville même de Château-Salins, elle était située en Lorraine allemande, juste à côté de la frontière la séparant de la Lorraine française. Que l’on eût donné ou non l’autorisation à Foch d’enfreindre le décret des 10 kilomètres (et Joffre ne s’en serait pas soucié, puisque ce décret était pour lui aussi un sujet d’irritation), il y eut assurément des infractions commises par ses régiments de cavalerie. Il en résulta un vif rappel à er l’ordre de la part du ministre de la Guerre Messimy, adressé le 1 août à tous les commandants de *2 corps concernés par la mission decouverture. L’interdiction de franchir la ligne de démarcation, rappelait Messimy, s’appliquait à toutes les troupes, y compris la cavalerie, et l’on ne devait envoyer à l’est de cette ligne aucune patrouille, aucune mission de reconnaissance, absolument aucune unité. Le e paragraphe final s’adressait spécifiquement à Foch : « Ceci s’applique surtout au 20 corps en raison de sa proximité même de l’ennemi et quelqu’un digne de foi a vu nez à nez un escadron de uhlans et un escadron de hussards. » Mais Foch ne maîtrisa pas sa cavalerie, et le premier Français tué e appartenait probablement au 5 régiment de hussards. D’autres incidents survinrent : le 5 août, une patrouille de reconnaissance délogea deux unités de cavalerie bavaroises, avant d’être repoussée de e l’autre côté de la frontière ; le 11 août, des unités de la 2 division de cavalerie furent expulsées du village qu’elles avaient pris la veille aux troupes bavaroises. re e Joffre mit sur pied une progression de deux armées (la 1 et la 2 ) à l’intérieur de l’Alsace et de la Lorraine allemandes. Le moindre succès remporté dans ce territoire formé par les deux provinces perdues ne manquerait pas de stimuler le moral des troupes. Mais, surtout, il s’agissait d’immobiliser un nombre important de troupes ennemies et d’empêcher qu’elles ne joignissent leurs forces à l’aile e droite de l’armée allemande, qui progressait à travers la Belgique. Le 20 corps avait pour objectif le village de Juvelize, et sa position dans le plan d’attaque était à la gauche des deux armées. Comme la défense de Nancy était à présent aux mains de divisions de réserve, Foch devait garder un œil sur la région solidement fortifiée de Metz, d’où une attaque ennemie pouvait surgir. Castelnau conseilla à
ses commandants de corps de considérer que la tactique des Allemands « imposait beaucoup de méthode », c’est-à-dire de mettre en place l’artillerie avant de précipiter l’infanterie à l’attaque ; « d’organiser toute position conquise » avant de se remettre en mouvement ; de tirer avantage de la supériorité de l’artillerie française sur l’artillerie allemande pour ensuite engager le combat. Si l’on ne peut critiquer les deux premières recommandations, la troisième n’était pas pertinente. En effet, les Allemands étaient équipés de canons plus puissants et de plus grande portée, et cet avantage allait causer bien des pertes du côté français dans les jours suivants. e Le territoire à travers lequel la 2 armée devait s’avancer ne favorisait pas l’offensive. Un terrain vallonné s’étendait devant elle, couvert d’un manteau de forêt dense et parcouru de multiples cours d’eau. De la Seille, qui court plus ou moins d’est en ouest, soit le long du front, les Allemands avaient fait un obstacle encore plus grand en en ouvrant toutes les vannes, provoquant ainsi des inondations dans la vallée. Tandis que les Français avançaient lentement et prudemment, conformément aux ordres, les deux armées allemandes, commandées par le prince héritier Rupprecht de Bavière, se retiraient. En se repliant ainsi jusqu’à la Sarre, les ordres du prince visaient à attirer l’armée française dans une impasse avant de lancer des attaques sur ses flancs, depuis Metz d’un côté, et depuis Strasbourg et les Vosges de l’autre. Les Français étaient peu renseignés sur l’importance des troupes ennemies qui leur faisaient face, et ils n’avaient pas conscience que le chef d’état-major allemand, Helmuth von Moltke (le Jeune), anticipant une attaque française en Lorraine, y avait déployé huit e er e e corps d’armées sur son aile gauche. Face à la 2 armée se trouvaient les I , II et III corps d’armée er e bavarois, le I corps bavarois de réserve et le XXI corps, renforcés à partir du 17 août par six divisionsErsatz. La plupart de ces corps comportaient vingt-huit batteries (160 canons). De plus, chaque commandant d’armée disposait d’armes lourdes et de mortiers. En matière d’armement, les Français étaient dépassés. e Atteignant tôt son objectif, le 20 corps connut une première journée relativement facile, mais elle fut bien plus éprouvante pour les deux corps déployés non loin de lui. Cet état de choses allait perdurer au cours des trois jours suivants (entre le 15 et le 17 août), après que des pluies torrentielles, succédant à la grande chaleur des premiers jours de la guerre, eurent transformé les routes en rivières de boue. Foch eut alors le temps d’écrire à sa femme des lettres confiantes et rassurantes. Si l’on en croit ce qu’il écrit, il prenait même plaisir à ce qu’il faisait, assurant se sentir extrêmement bien malgré des journées très longues. Après le long enfermement vécu à Nancy, l’amélioration était nette. Le 17, à la mi-journée, il entra dans Château-Salins, en Lorraine allemande(Lothringen), et se rendit maître de certains passages de la Seille. e re La 2 armée ayant aisément pris Château-Salins et la 1 Sarrebourg, Castelnau modifia le rythme de progression lent et prudent de ses hommes. Joffre voulait qu’un maximum de troupes ennemies fussent retenues en Lorraine, afin de soulager ses autres armées, qui subissaient tout le poids de l’avancée allemande. Aussi, le 19 août, les ordres de Castelnau furent d’avancer « avec toute la vigueur et la rapidité possibles », ce qui revenait à abandonner complètement la prudence et la e e méthode adoptées jusque-là. La 2 armée devait franchir la Seille. De son côté, le 20 corps avait pour objectif Faulquemont (Falkenberg). Puisque l’ennemi n’y opposait aucune force, Castelnau e voulait que le 20 ouvrît la voie aux deux autres corps d’armée. Ce changement de rythme était e d’autant plus difficile à adopter que Joffre avait retiré deux corps à la 2 armée, ne laissant qu’un groupe de divisions de réserve, au lieu d’un corps d’armée régulier, comme protection entre les troupes de Foch et les fortifications de Metz.
*1. En français dans le texte (NdT).
*2. En français dans le texte (NdT).