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Fort-de-France au début du siècle

De
224 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 99
EAN13 : 9782296273733
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FORT-DE-FRANCE AU DÉBUT DU SIÈCLE

Du même auteur:
SAINT-PIERRE (Maninique) Tome I - La ville et le volcan avant 1902 Paris 1988,'3.uto-édition. Tome II - La catastrophe et ses suites Paris 1989 - Éditions Caribéennes

@ L'Harmattan, 1994 ISBN: 2-7384-1684-5

Solange CONTOUR

FORT-DE-FRANCE AU DÉBUT DU SIÈCLE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

TABLE
AVANT-PROPOS

DES MATIÈRES
.

9

I -

LA VILLE DANS L'HISTOIRE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . UNE PLACE FORTE ET UNE BASE NA VALE . . . . . .

11 11 11 15 19 25 25 27 29 33 39 45 47 49 61 75 75 81 83 83 89 91 93 5

ORIGINE:

Les débuts de la forteresse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'attaque hollandaise de 1674 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La reprise des travaux de fortification. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La création d'un port militaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La lutte contre les Anglais - Guerre de Sept Ans. . . . . . . . La construction du Fort Bourbon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La guerre d'Indépendance américaine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La période révolutionnaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le port militaire sous le Second Empire. . . . . . . . . . . . . . . . . . Une base militaire jusqu'au xx. siècle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . UN TERRITOIRE CONQUIS SUR LES MARAIS ...

Le développement économique de la cité. . . . . . . . . . . . . . . . . Une succession de plans d'aménagement... ...............
UN PORT DE COMMERCE. ................................

La Compagnie Générale Transatlantique. . . . . . . . . . . . . . . . . . La rade foraine de la baie des Flamands .......... Le trafic maritime local. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'expansion du port après 1902 ......................... Le bassin de radoub. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le parc à charbon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . UNE POPULATION D'ARTISANS ET DE FONCTIONNAIRES. .

UNE VILLE MODERNE CONSTRUITE APRÈS DEUX CATASTROPHES ........................................ L'incendie du 22 juin 1890 Le cyclone d'août 1891 Impressions d'un voyageur.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Après la catastrophe du 8 mai 1902

97 97 109 113 116

II -

LES SITES ET MONUMENTS.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

125 125 125 126 130 133 133

LA SAVANE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. La place. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. La statue de l'Impératrice Joséphine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Impressions d'écrivains. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. LA CATHÉDRALE Les vicissitudes de la paroisse de Fort-de-France. . . . . . . . . . .. La destruction en 1890 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. La construction de la cathédrale actuelle. . . . . . . . . . . . . . . . ..

137
137

LA FONTAINE DE GUEYDON
LA RIVIÈRE MADAME LA POINTE SIMON LE CANAL LEVASSOR

143

147

LA BIBLIOTHÈQUE SCHOELCHER La constitution du fonds documentaire.. . . . . . . . . . . . . . . . .. L'édifice. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

151 153 155

BÂTIMENTS DIVERS - URBANISME

. . . . . . . . . . . . . . ..

157 159 161 163 165 165 165 167 167 171

L'hôtel de ville. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Le palais de justice. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. L'hôtel des postes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Le bureau du Cable français. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Le grand marché. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Le jardin Desclieux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. LES ENVIRONS DE FORT-DE-FRANCE . . . . . . . . . . . . . . ..

L'établissement thermal d'Absalon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. La maison du Gouverneur à Bellevue
6

III -

QUELQUES ÉVÉNEMENTSDU DÉBUT DU SIÈCLE. . . ..

175 175 175 179
183 183 191 199 201 206

ARRIVÉEET DÉPART DES GOUVERNEURS Les dHférents gouverneu~ (1881-1904) L'arrivée du gouverneur Bonhoure
LA VIE POLITIQUE.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Les édiles de Fort-de-France. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Les parlementaires martiniquais. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. L'INAUGURATION DE LA STATUE DE SCHOELCHER

Les cérémonies d'inauguration (1904) . . . . . . . . . . . . . . . .. La biographie de Victor Schoelchèr. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . "

LES ÉVÉNEMENTSFÂCHEUX

. . .. .. . . .. .. .. . .. ..

211 211

Le cyclone du 8 août 1903 La fièvre jaune en 1908 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. LES FÊTES ANNUELLES Le samedi Gloria. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. La célébration du 14Juillet. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
BIBLIOGRAPHIE... ... . ...

213
215 217 217
221 223

TABLE DES ILLUSTRATIONS

7

Marchandes de beignets de banane et « négriers» sur la levée pendant le Carnaval (ColI. A. Benoit-Jeannette)

Jeux de hasard sur la Savane (ColI. A. Benoit-Jeannette) 8

AVANT-PROPOS
Le présent ouvrage a été construit autour d'une collection de cartes postales anciennes, c'est-à-dire de documents photographiques correspondant à la période 1900-1914. Ce début de siècle est considéré comme « l'âge d'or» de la carte postale illustrée. En France, les premières cartes apparaissent en 1889 (à l'occasion de l'Exposition Universelle de Paris) mais il faut attendre l'Exposition de 1900 pour voir le public se jeter avec frénésie sur ce produit nouveau. Pour bien comprendre le phénomène, il faut faire abstraction de notre mode de vie moderne où la photo est devenue d'un usage courant, banal. Au début du siècle, il en va différemment. Les représentations photographiques du village, du quartier, voire de la boutique ou de la maison, ont un côté
« magique », de même que le fait de pouvoir, pour quelques sous, envoyer

ces merveilles à la famille et aux amis. Le succès est retentissant: chaque libraire, chaque bureau de tabac, chaque épicerie, chaque café ou restaurant veut avoir ses cartes « en exclusivité » tandis que des maisons d'édition établissent des séries immenses, savamment répertoriées et numérotées. Ce déluge d'images suscite bientôt des collectionneurs; les cartes reçues sont mises dans des albums, ce qui assure leur parfaite conservation. Ce sont ces archives familiales que l'on retrouve actuellement sur le marché et qui donnent lieu à un commerce prospère, à la constitution de clubs de collectionneurs, à des expositions et même, comme dans le cas présent, à des livres. Partant de cette base illustrée, nous nous sommes efforcés de faire revivre la ville de Fort-de-France telle qu'elle était au début du siècle. Pour cela, nous avons fait appel, non seulement à la reproduction des photos figurant sur les cartes mais aussi à des textes d'origines diverses \ ayant trait soit à la période qui nous intéresse, soit à un passé plus ancien car nous avons voulu nous situer dans une perspective historique. Le résultat de ce travail est une sorte de patchwork dont nous souhaitons qu'il soit, aussi bien pour les fayolais d'origine que pour les touristes, l'occasion d'un voyage dans le passé.
1. Les chiffres figurant en tête des différentes citations renvoient à la bibliographie en fin de volume. 9

Débarquement

de potiches (ColI. A. Benoit-Jeannette)

Le marché au charbon (Coll. A. Benoit-Jeannette) 10

l
LA VILLE DANS L'HISTOIRE

ORIGINE : UNE PLACE FORTE ET UNE BASE NAVALE
La ville trouve son origine dans l'existence d'une presqu'île rocheuse, apte à recevoir des fortifications. Ces défenses, outre leur utilité propre, permettent de protéger une rade particulièrement bien abritée des vents. Ces avantages stratégiques incitent le gouverneur Du Parquet, dès 1638, à y construire un fort. La vil/e est d'at/leurs connue, dès ses débuts, sous le nom de FortRoyal, avant de devenir Fort-de-Ia-République durant la Période révolutionnaire et enfin Fort-de-France à partir de 1802 (avec un retour momentané à l'appel/ation Fort-Royal pendant la Restauration).

LES DÉBUTS DE LA FORTERESSE

Sydney Daney, dans son « Histoire de, la Martinique depuis la colonisation jusqu'en aménagements. 1815» [6] décnt ainsi la réalisation des premiers

« Du Parquet mit tous ses soins à administrer la colonie qui lui était

confiée [...] Il s'employa non seulement à améliorer les cultures, mais aussi à les étendre aussi loin que possible, sans pour cela négliger les moyens de défense et de sécurité. La baie que l'on appelait alors le Cul-de-sac du Fort-Royal [...] avait attiré son attention. Cette langue de terre, qui s'avance à gauche de la baie et qui la sépare du bassin de carénage, appelé alors crénage, semblait posée là, par la nature, pour recevoir les fortifications destinées à protéger et les navires mouillés dans le bassin et une ville qui trouvait sa place 11

au fond de cette magnifique baie et devait sortir des marécages qui s'avançaient alors jusqu'au littoral de la mer. Il commença, en effet, à fortifier ce point, en élevant des palissades sur l'isthme qui joint cette forteresse naturelle au reste de l'île. Non loin de là, il fit tracer et défricher quelques habitations qu'il planta de vivres; quelques habitants imitèrent son exemple, ce qui faisait écrire, à Fouquet, chef de la compagnie, par le commandeur de Poincy, en parlant du gouverneur de la Martinique et de ses habitants: ' 'ils commencent fort de s'élargir" . Ce bassin de carénage servait merveilleusement à mettre les navires à l'abri. Du Parquet l'ouvrit aux vaisseaux de toutes les nations pour y venir passer les mois de juillet, août et septembre que l'expérience avait fait connaître comme ceux des raz-de-marée, coups de vent et tempêtes. Il poussa même l'humanité jusqu'à placer un pilote nommé Mathieu Michel, chargé uniquement d'aider les navires à entrer dans le bassin. [...] Il ne faut pas, cependant, se faire une idée trop élevée de sa prospérité. On en jugera par ce qu'en écrivait, en août 1639, à Fouquet, le commandeur de Poincy à qui son grade donnait une haute inspection sur toutes les îles. Il lui mandait qu'il n'y avait, dans toute la Martinique, qu'un charpentier et que c'était là une nécessité à laquelle il fallait promptement pourvoir; que tous les canons de l'île avaient été démontés, parce que les affûts ne valaient rien; qu'il y avait dans la colonie 700 hommes capables de combattre mais que, s'ils étaient attaqués, ils n'avaient pas de poudre pour tirer, chacun, quatre coups. On remédia plus tard à ce dernier inconvénient en obligeant chaque capitaine, qui venait mouiller à la Martinique, à déposer deux barils de poudre dans les magasins de la Compagnie. »

Théodore Baude [lOJ fournit quelques précisions sur les premiers travaux d'aménagement du fort,' . «Du Parquet le fit bâtir de palissades comme on pratiquait alors, le nomma Fott-Royal et y établit sa résidence, à la fin de janvier 1639. Il fut obligé d'abandonner la localité à cause de son insalubrité. Le projet de la citadelle de Fort-Royal, dans l'endroit appelé Cul-desac, avait été conçu en 1642, dit Dessales, mais l'île était encore trop peu importante pour songer à un travail aussi considérable. La Compagnie puissante, à qui la souveraineté des îles avait été cédée, aurait dû naturellement pourvoir à leur défense, mais plus occupée de s'agrandir par le commerce, elle avait négligé la plus essentielle de ses obligations. Il fallait que le Roi pourvut à la sûreté de ses colonies dont il ne tirait aucun lucre et en conséquence, il ordonna l'établissement du Fort-Royal qui fut fait en grande partie aux dépens des habitants. En 1666 et 1667, ce fort n'était "qu'un réduit formé de palissades tracé par le S. Blondel, ingénieur, et commancé à travailler de deux demibastions avec fossé et demie-lune devant". Le 20 juillet 1672, le Marquis de Baas, premier Gouverneur général, 13

Vue générale de Fort-de-France (ColI. A. Benoit)

Vue générale de Fort-de-France (ColI. A. Benoit) 14

proposa au Conseil Souverain de "chercher quelques moyens de soulager les habitants pour la construction du Fort". Il fut alors prévu un impôt qui permettrait d'avoir la main-d'œuvre nécessaire à l'entier achèvement du Fort et le Receveur des droits de capitation, Gerberet, fut chargé de la recouvrer. Les premiers travaux étaient achevés en cette même année 1672. » L'organisation de la défense était cependant encore sommaire lorsque le Fort-Royal fut attaqué et ne dut son salut qu'au hasard, voire à une sorte de miracle.

L'ATTAQUE HOLLANDAISE DE 1674

Toujours selon Sidney Daney [6] : « En Europe, la guerre se poursuivait avec acharnement; Louis XIV, pourtant victorieux, avait, par deJ conditions humiliantes, poussé au désespoir la fierté républicaine des Etats Généraux. Les Hollandais, ranimés par le courage de leur jeune stathouder, prince d'Orange, voyaient la fortune commencer à leur sourire. Les alliés de Louis XIV, craignant de devenir eux-mêmes les victimes de son ambition démesurée, se retiraient; Ruyter avait tenu tête aux flottes combinées de France et d'Angleterre; Charles II, moyennant une somme d'environ trois cent mille livres sterling, s'était détaché de son allié. Les États Généraux dirigèrent leurs forces navales vers les possessions françaises du Golfe du Mexique. Ruyter reçut l'ordre d'aller conquérir la Martinique ayec une flotte considérable qui portait le comte de Stirum, élu par les Etats Gouverneur de la colonie à conquérir. Ruyter était devant la rade de Fort-Royal le 20 juillet. C'était le commencement de l'hivernage et il se détermina à attaquer cette partie de l'île, probablement pour mettre tout de suite sa flotte à l'abri. Il tenta, d'abord, de forcer l'entrée du carénage. Il y avait alors, dans ce bassin, un vaisseau du Roi de 44 canons, commandé par le marquis d'Amblicourt, et une flûte de St-Malo appartenant au capitaine Icard. Le capitaine Icard se dévoua généreusement pour le salut du commun; il échoua son navire dans la passe et empêcha la flotte hollandaise de pénétrer dans le bassin. Ruyter débarqua cinq ou six mille hommes au fond de la baie où la ville du Fort-Royal fut bâtie plus tard. Le peu de Colons qui se trouvaient dans le quartier, s'étaient réunis au nombre d'environ cent-vingt, commandés par Ste-Manhe, et s'étaient réfugiés derrière les palissades qui défendaient l'entrée du Fort. Le Comte de Stirum, qui conduisait les Hollandais à la descente, ne trouvant aucune résistance, laissa ses soldats se disperser et piller quelques 15

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magasins bâtis près du bassin et contenant des provisions destinées aux navires qui hivernaient. Les Hollandais se jetèrent sur les liqueurs et la plupart étaient ivres au moment où ils se précipitèrent en confusion pour emporter les paliss~des et assiéger le Fort. Le vaisseau de l'Etat [qui se trouvait dans le carénage avec ses 44 canons} et les habitants, à l'abri derrière leurs remparts de bois, dirigèrent sur cette masse un feu qui en fit un affreux carnage. Le chef fut tué et le reste, dans un désordre extrême, se retira avec précipitation à l'endroit où ils avaient débarqué, pour se mettre momentanément à l'abri. Le capitaine de ce quartier du Cul-de-Sac se distingua parmi les habitants qui repoussèrent l'assaut des Hollandais et, du fait d'armes remarquable qu'il accomplit en repoussant les troupes hollandaises, lui vint dit-on le nom de Cornette qu'il porta plus tard. Cependant Ruyter, après avoir canonné le Fort une grande partie de la journée, et détruit tous les ouvrages commencés, vint à terre et, apercevant l'état des troupes et le terrain jonché de leurs cadavres, parmi lesquels se trouvait celui du comte de Stirum, ordonna le rembarquement pour la nuit. De leur côté, les Français n'ayant plus de refuge dans leur Fort entièrement démantelé et croyant que les Hollandais, beaucoup plus nombreux et revenus de leur première terreur, ne manqueraient pas de renouveler l'assaut au jour, prirent la résolution, cette même nuit, d'évacuer le Fort. H arriva alors une chose assez plaisante. L'endroit où s'étaient ralliés les Hollandais n'était pas loin du Fort. Les Français, entendant le bruit qui se faisait pour le rembarquement, crurent que les Hollandais débarquaient de nouvelles troupes et se disposaient, pour la pointe du jour, à leur livrer un dernier assaut, auquel leur petit nombre ne leur permettait pas de résister, et ils se hâtaient d'opérer leur retraite par la partie opposée au Fort, qui regarde le bassin du Carénage. Les Hollandais, eux, s'apercevant d'une certaine rumeur parmi les Français, s'imaginèrent qu'ils venaient s'opposer à leur rembarquement et se livrèrent à une telle diligence qu'ils abandonnèrent leurs blessés, tous les ustensiles aratoires qu'ils avaient déjà mis à terre et l'étendard même du prince d'Orange. Au jour, le marquis d'Amblimont, entendant un grand silence, tant dans le Fort que dans le camp des Hollandais dont la vue lui était dérobée par des roseaux, envoya quelques hommes à terre qui revinrent lui rapporter que l'on ne voyait que des morts et des blessés, que les Hollandais s'étaient rembarqués et que le Fort était évacué par les Français. H expédia quelques soldats et un officier pour reprendre possession du Fort où l'on ne trouva, dit-on, qu'un Suisse qui, plongé dans l'ivresse pendant la retraite des Français, fut passablement étonné de se trouver, à son réveil, seul dans la Forteresse. Ruyter s'éloigna avec sa flotte et ne reparut plus. Telle fut cette expédition où la Martinique échappa, comme par miracle, à des forces supérieures qui, mieux dirigées, l'auraient infailliblement fait tomber au pouvoir des États-Généraux. 17

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Pour remercier la Providence de cette heureuse délivrance, on institua une messe qui devait se célébrer, chaque année, le 20 juillet, jour de la Sainte- Marguerite. Le capitaine Icard reçut aussi la récompense de sa belle action. Colbert lui offrit, au nom du Roi, des lettres de noblesse. Le capitaine, qui n'avait que deux filles, préféra une exemption de tous les droits auxquels un Colon de la Martinique pouyait être astreint, ce qui lui fut accordé, et on ajouta la faculté de porter pavillon, même devant un vaisseau amiral. Ces exemptions et prérogatives étaient transmissibles aux femmes qui se mariaient et se sont longtemps conservées dans la famille Lasalle-Seguin, du Lamentin, à laquelle s'était alliée l'une des deux filles du capitaine Icard. Cornette accepta des lettres de noblesse, et ce furent les premières que

le roi accorda à la Martinique. »

LA REPRISE DES TRAVAUX DE FORTIFICATION

Les événements que nous venons de rapporter avaient [ait prendre conscience de la nécessité de renforcer les défenses du Fort. Par at/leurs, les dangers auxquels étaient exposés les navires français, dans la baie de St-PietTe, avaient décidé le marquis de Baas, premier Gouverneur général des Antilles, à créer une ville auprès du Fort-Royal et à y transférer sa résidence (1676). Son successeur, le comte de Blénac traça les plans de la cité actuelle et hâta la construction des fortifications. Thédore Baude [10] indique: « Deux ans après l'attaque de Ruyter, les dessins du Fort Royal furent établis par Blondel. Louis XIV lui donna son nom et une lettre du roi au Comte de Blénac du 12 juin 1680 atteste que la Métropole a toujours attaché une importance exceptionnelle à l'achèvement des travaux de fortification du Fort-Royal qu'elle regardait comme la clef de la colonie, mieux encore la clef des îles. C'était jusqu'alors des fortifications rudimentaires et bien longue serait l'énumération des travaux successivement entrepris pour la mise en état du Fort. Ils durèrent plus de 30 ans. » Sidney Daney [6] fait le point de l'état d'avancement, travaux d'aménagement du fort:
«

en 1690, des

Les travaux du Fort-Royal étaient assez avancés pour que le Gouverneur général engageat le Gouvernement à y transporter les magasins de la Compagnie, le siège du Conseil souverain, pour en faire, enfin, la résidence du Gouverneur et la capitale de l'île. Le Fort-Royal était une forteresse où l'on pouvait se défendre contre une attaque et le Carénage un bassin où les navires étaient en sûreté, tandis que le Fort et la ville de St-Pierre étaient exposés de tous les côtés. On 19

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se souvenait des terribles combats des 30 juin, 2, 4, 6 et 7 juillet 1667 où il avait fallu toute la présence d'esprit de Clodoré pour préserver la ville et tous les navires de la Compagnie d'une complète destruction. Le comte de Blénac, qui demeurait presque constamment au Fort-Royal, en témoignant ce vœu au Gouvernement, avait en même temps adressé au Roi un gentilhomme chargé de lui faire connaître les travaux exécutés et de lui soumettre le plan de ceux qu'il se proposait d'y ajouter. Le Roi lui répondit qu'il attendrait de nouveaux renseignements avant de se décider à faire de Fort-Royal et du bourg qui se bâtissait auprès, la ville capitale de la Martinique; qu'il avait réuni vingt mille livres dont une partie était destinée à terminer les travaux du Fort; qu'il envoyait sur les lieux l'un de ses ingénieurs, Payen, avec la mission de passer, tout le temps nécessaire pour examiner l'utilité des nouveaux travaux que proposait le Gouverneur général et qu'il devait suspendre jusqu'à l'arrivée de cet

officier. »
L'année 1692 voit la mise en œuvre des travaux envisagés, ainsi qu'zl est dit ci-après [6] : « Le comte de Blénac, qui avait été, pendant 14 ans, Lieutenant général des îles, se trouvait à Paris lorsqu'il apprit la mort du marquis d'Eragny. Quoique despote et violent, il avait fait preuve d'activité durant son gouvernement et avait rendu des services aux colonies. D'ailleurs, ayant perdu de vue, assez longtemps, les habitudes et les façons de la cour, il regrettait la vie libre et active, cette espèce d'autorité féodale qu'il avait exercée aux îles. Le Roi jeta donc de nouveau les yeux sur lui. Le comte de Blénac accepta de nouveau des fonctions que sa mauvaise santé seule l'avait porté à résigner une première fois. Il s'embarqua à Rochefort, sur une frégate, et aborda à la Martinique le 5 février 1692. Lors de son premier gouvernement, on se rappelle qu'il avait sollicité du Roi la translation au Fort-Royal, tant des magasins de l'administration que du siège de la justice supérieure. Avant de quitter la France, le comte de Blénac obtint l'autorisation qu'il désirait. Le premier lundi de mai 1692, le Conseil souverain tint ses séances à Fort-Royal [tl s'agit maintenant de la vzlle-même, bâtie près du Fort). Lorsqu'on traçait le plan de la ville et qu'il se faisait des concessions de terrain, un vaste emplacement avait été réservé pour l'érection d'un palais de justice et de prisons. Mais ni l'un ni les autres n'avaient encore été construits et, pendant longtemps, le Conseil souverain tint ses séances dans des maisons particulières.. [...] Le comte de Blénac se tenait presque toujours au Fort-Royal, aux fortifications duquel il donnait un soin tout particulier. Il y faisait travailler en sa présence, et en dirigeait les travaux avec l'ingénieur Caylus, envoyé par le Roi. Cette forteresse était alors en meilleur état de défense que lorsqu'elle fut attaquée par Ruyter et le comte de Stirum. A cette dernière époque, l'entrée n'en était défendue que par des palis21

Baignade de chevaux au pied du Fort Saint-Louis (ColI. A. Benoit-Jeannette)

Un coin du carénage (Coll. A. Benoit) 22