FRANCOPHONIE - MONDE ARABE : UN DIALOGUE EST-IL POSSIBLE ?

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Issu d'une interprétation personnelle d'un colloque arabo-francophone ce texte devait être destiné exclusivement à des organisations francophones internationales. Mais il ne semble pas à posteriori correspondre dans sa globalité à l'idéologie véhiculée consciemment ou non par ces honorables institutions. Sa publication hors de tout arcane officiel était donc nécessaire dans l'espoir d'une plus grande transparence, compte tenu de son caractère généralement critique.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296275881
Nombre de pages : 128
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Ahmed MOATASSIME

FRANCOPHONIE UN DIALOGUE

-

MONDE ARABE:
POSSIBLE?

EST-IL

Une interrogation prospective face aux enjeux de la mondialisation

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

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SOMMAIRE

*AV ANT -PROPOS................................................... I. LIGNES DIRECTRICES .................................. 1.1.- VOLONTE POLITIQUE......................................... 1.11. - Instances organisatrices.................................... 1.12.- Note transversale ..............................................

-

1.13.- 0 bjectifs assignés.............................................
1.2.- ETAT DES LIEUX .................................................

1.21.- Document de travail......................................... * 1.22.- Reclassement méthodologique...................... * 1.23.- Examen critique.............................................
1.3. ARABO- FRANCOPHONIE......................................

1.31.- Dimension horizontale ..................................... 1.32.- Dimension verticale .............. * 1.33.- Arabo-francophonie multidimentionnelle .....

9 31 31 31 33 34 37 38 40 41 48 48 51 53

II. - ACTUALITE DES DEUX RIVES...................
II.1.ECRAN GE INEGAL............................................

II.11.- Echanges commerciaux................................... II.12.- Echanges humains ........................................... * II.13.- Conférence euro-méditerranéenne...............
II.2 - REVELATEURS LINGUISTIQUES........................

II.21.- Sud excédentaire............................................. * II.22.- Nord déficitaire ............................................
II.23 .P erspecti ves .....................................................

II.3 - PROLONGEMENTS CULTURELS ........................

57 58 59 60 62 64 65 67 69 73

II.31.- Présence de la culture arabe en France 74 II.32.- Diffusion de la culture française dans le Monde
arabe. ........................................................................... 77

* II.33.- Convergences et divergences III.
PRO

79

- MONDIALISATION
S P E C TIVE

ET INTERROGATIONS
83

S ......................................................

111.1-

MONDIALISATION ET ENJEUX INTERNATIONAux84

111.11.-Mondialisation à géométrie variable 111.12.-Mondialisation à polygamie constante * 111.13.-Mondialisation à réalités humaines

85 88 90

111.2. - MONDIALISATION ET IDENTITES CULTURELLES 95

111.21.-Mondialisation et mémoire culturelle 95 111.22.-Mondialisation et devenir culturel 97 111.23.-Mondialisation et binôme culturel arabo-français99
111.3. - MONDIALISATION ET DIALOGUE ARABOFRAN CO PH 0 NE. ........................................................... 1 03

111.31.-Le binôme LEA / OIF 111.32.-"Imbroglio formidable" 111.33.-Projets prospectifs
* ~. - CONCLUSION GÉNÉRALE ET PROPOSITIONS INDEX DES PERSONNES ET AUTEURS CITES

104 107 110

117 127

* Se référant essentiellement

aux recherches de l'auteur

8

AVANT-PROPOS

Le texte principal qui va suivre après cet AvantPropos devait être destiné, exclusivement, à des Organisations francophones internationales, comme document préparatoire au IXe sommet de la Francophonie, envisagé pour l'année 2002 à Beyrouth. Mais il ne semble pas, a posteriori, correspondre dans sa globalité à l'idéologie véhiculée, consciemment ou non, par ces honorables institutions. Il aurait donc sans doute connu une diffusion restreinte s'il avait pris uniquement le sentier étroit de telles contraintes, souvent incompatibles avec une réflexion scientifique dans sa dimension intellectuelle ou contractuelle. J'en ai cependant autorisé, à titre gracieux, une reproduction exceptionnelle à usage interne non commercialisable, limitée aux "Actes" du colloque qui en était à l'origine. Son objet est rappelé à la dernière séquence servant de "prolongement méthodologique" à cet Avant-Propos (infra). Rédigé bien avant le séisme du Il septembre, mais s'avère toujours d'une étonnante actualité (infra). Libéré ainsi de tout engagement moral ou contractuel, je ne pourrais donc pas me soustraire à l'obligation culturelle et éthique de rendre publique cette analyse critique constructive, dans l'espoir d'une plus grande diffusion. Non seulement pour le court terme en vue d'un sommet de plus ou de moins d'une francophonie toujours insaisissable. Mais aussi et surtout comme une contribution, sans complaisance, pour le moyen et le long

termes en vue d'un dialogue éventuel entre la Francophonie et le Monde Arabe: un projet difficile à concevoir durablement sans le préalable d'un examen de conscience pour un dialogue initial entre soi et soi. C'està-dire un dialogue arabo-arabe d'une part et francofrancophone d'autre part, avec à l'horizon une interrogation prospective, langagière, culturelle et politique, voire géopolitique et géostratégique des deux mondes, arabe et francophone, face aux enjeux d'une mondialisation incontournable. * Le dialogue arabo-arabe, tout d'abord, apparaît comme une nécessité vitale qui dépasse le cadre de façade institutionnelle, quelque peu figée, de la Ligue des États Arabes, malgré les efforts de personnalités exceptionnelles qui se sont succédées à sa tête ou à son chevet. Ce dialogue des Arabes avec eux-mêmes se justifie plus particulièrement dans le domaine politique en vue d'une reconstitution durable du puzzle éclaté de leur espace États croupions, conflits de "frontières", corruption, déséquilibres des ressources économiques et humaines. Surtout à un moment où de puissants regroupements régionaux, voire continentaux, en Europe, en Amérique ou en Asie, émergent ou se consolident. Ils risquent ainsi, par les graves disproportions qu'ils engendrent, de les affaiblir davantage, ce qui ne peut réjouir ni les Arabes, ni même leurs partenaires plus unis. Le dialogue des Arabes avec eux-mêmes se justifie aussi sur un plan géopolitique et notamment vis-à-vis du projet euro-méditerranéen. Le sous-continent européen des quinze y est représenté collectivement jusqu'aux frontières soviétiques, tandis que les États arabes y sont représentés 10

individuellement dans la limite de huit pays bordant la Méditerranée. Ils restent ainsi coupés des profondeurs géographiques constituant l'ensemble des vingt-deux États de la Ligue Arabe. Le dialogue des Arabes avec euxmêmes se justifie, enfin, dans le domaine économique, ce qui découle des deux observations précédentes. En effet, les échanges horizontaux Sud-Sud entre ces pays « frères» ne dépassent guère 1 à 3% alors qu'ils atteignent verticalement plus de 50% en moyenne dans les échanges Nord-Sud et Sud-Nord. Pourtant, l'unité culturelle arabe, horizontale, n'est
pas une chimère, malgré

- et peut-être

grâce à - sa diversité

d'expression et son caractère émotionnel. Elle puise sa force, essentiellement, dans la mémoire collective de son apport scientifique universel qui, du VIlle au XVe siècle, avait changé la face de la Méditerranée et préparé la Renaissance de l'Europe au XVIe siècle. Jamais le «si j'avais à recommencer, je commencerais par la culture» de jean Monnet, pionnier de l'unité européenne, n'aurait trouvé à cet égard un terrain de prédilection aussi fécond que celui du monde arabe. Mais il n'en reste pas moins vrai qu'une culture aussi prometteuse soit-elle, ne peut survivre aujourd'hui qu'en se renouvelant, afin de braver l'usure du temps et surmonter l'épreuve de l'espace. Dans le monde arabe, la culture appelle ainsi une trithérapie. A la base, on ne peut ignorer la diversité des apports qui vont des sources islamiques d'une manière générale à la culture profane de façon particulière, des minorités chrétiennes du Machrek, pionnières de la Renaissance arabe (Nahda), au substrat amagigh (berbère) du Maghreb, promoteur de la civilisation almohade (unitaire), en passant par la richesse inestimable des langages maternels et cultures populaires. D'autant que des travaux substantiels pour l'approche pédagogique ont été réalisés, à cet égard, par Il

l'académicien marocain Mohammed Chafik. Cette pluralité des racines n'exclut pas, au contraire, la nécessité impérieuse d'un tronc commun qui ne peut être fourni que par une langue fédératrice. Il s'agit de l'arabe standard, langue civilisationnelle des Abbassides et Fatimides au Machrek, mais aussi des Almoravides et Almohades au Maghreb. L'arabe est non seulement une langue liturgique pour un milliard et demi de Musulmans dans le monde, mais aussi l'une des six langues des Nations Unies, avec l'anglais, le français, l'espagnol, le russe et le chinois. Il est surtout langue officielle et d'enseignement des vingtdeux États composant la Ligue arabe: espace démographique de quelque 250 millions d'habitants, s'étendant sur toute la rive sud-méditerranéenne de Casablanca à Bagdad. D'où l'impérieuse nécessité de renforcer cet instrument irremplaçable de l'unité, tout au moins là où il est officiel, en lui assignant d'autres fonctions que celles qui, contrairement à son histoire et à son statut actuel, le cantonnent dans une perspective littéraire ou liturgique au détriment de son développement scientifique. Au sommet de cet édifice commun s'impose néanmoins la diversité des langues étrangères à caractère international. Comme les branches d'un arbre porté par un tronc solidement enraciné, ces idiomes apporteraient l'oxygène universel utile à l'ensemble de la plante. Encore faut-il que l'enseignement programmé des langues étrangères ne se concentre pas sur une seule, comme l'anglais au Machrek ou le français au Maghreb. En effet, de par leur statut privilégié dans chacune de ces deux régions du monde arabe, ces deux langues développent un processus glottophagique qui envahit la langue commune fédératrice: l'arabe standard. Il réduit ainsi sa capacité de résistance, limite son caractère opérationnel et annihile sa

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dynamique créatrice. Pourtant son passé prestigieux et son potentiel actuel d'adaptation n'ont rien à envier à ceux des langues dites « modernes» qui la supplantent insidieusement. Mais certains pays arabes, en mal de reconnaissance, s'engagent peu à peu dans une voie sans issue, souvent encouragés par des « experts» extérieurs, sans prise sur la réalité. Ils troquent ainsi, à l'école, un plurilinguisme progressif, préservant la langue mère et mieux adapté, contre un multilinguisme précoce à dominance étrangère, encore au stade expérimental à l'échelle mondiale et toujours non généralisable. Ce multilinguisme
« meurtrier»

-

qui aurait pu être une richesse partagée

dans d'autres conditions sociales et pédagogiques plus favorables - semble plutôt véhiculer deux effets pervers. A la base, il entraîne des déperditions scolaires de plus en plus importantes susceptibles de conduire à un «analphabétisme bilingue» comme nous l'avons montré dans des recherches longitudinales de 1974 à 1992. Au sommet, il génère souvent une élite monolingue, plus performante dans la langue étrangère dominante que dans son propre idiome. Une partie d'entre elle se détache matériellement, sociologiquement et psychologiquement de son milieu national. Et, par son comportement social et son mode de consommation, elle se trouve beaucoup plus intégrée, même de loin, aux pays industrialisés qu'à un pays en développement qu'elle est censée servir. Comme prolongement à ce phénomène, s'y greffe l'exil des compétences malencontreusement appelé «fuite des cerveaux». A cet égard, beaucoup de techniciens et de cadres qui émigrent pour des raisons économiques liées au «chômage des diplômés », peuvent être considérés comme une perte sèche pour le pays d'origine. D'autant qu'une minorité de ces travailleurs intellectuels est aussi 13

formée de chercheurs de haut niveau qui émigrent pour des raisons scientifiques. Ils sont souvent réduits à la mendicité internationale pour financer des recherches personnelles sur leurs propres pays, dont les décideurs politiques font très peu de cas malgré les discours incantatoires qu'ils ne cessent de clamer. * Mais le dialogue franco-francophone aurait-il de meilleures perspectives? Pour en juger, il faudrait tout d'abord rappeler les conditions institutionnelles, politiques, géopolitiques et culturelles dans lesquelles ce dialogue se déroule ou est censé se dérouler et à l'évolution duquel de hautes personnalités arabofrancophones ont porté leurs concours. Institutionnellement, c'est sur une idée de communauté linguistique, à laquelle prit part de façon déterminante le Président tunisien Bourguiba, que s'est organisée la Francophonie après l'indépendance des pays africains. Aussi, pour éloigner à l'époque tout soupçon de néo-colonialisme, par langue française interposée, l'une des premières instances, fondée à Paris en 1970, s'est-elle donnée un sigle plus neutre, à savoir: Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Mais elle s'est muée ensuite, dans les années 90 à ciel ouvert, en Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF) où se dévoile une francophonisation institutionnelle plus accentuée. Il en est de même pour l'Association des Universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF) créée dès 1961. Le Recteur marocain Mohamed El Fassi y avait joué un grand rôle pour introduire le «P» de «partiellement» comme une philosophie de partage contre toute domination

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