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Gavroche

De
286 pages
Pour tourner la page de la collaboration, entrer dans une nouvelle République, Gavroche entend promouvoir les valeurs portées par la Résistance. Il intervient avec force dans les grands débats culturels, entre existentialisme, humanisme et personnalisme. Il polémique avec Sartre ou Camus sur l'esprit de la Résistance. Mais Gavroche est aussi un hebdomadaire adossé au Parti socialiste. De novembre 1944 à mars 1948, du tripartisme à la Guerre froide, il accompagne et relaie les débats de la SFIO, en pointe dès le printemps 1947 dans la définition d'une "troisième force" entre gaullisme et communisme.
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Gavroche

@

L'Harmattan 2006 ISBN: 2-296-01358-9 BAN : 9782296013582

Gavroche
Un hebdomadaire culturel socialiste de la Résistance à la Guerre froide

Des poings et des roses

L'Harmattan 5-7 rue de l'École polytechnique 75005 Paris

Dans la même collection

Albert Gazier (1908-1997),

autour d'une vie de militant

Des poings et des roses
collection dirigée par Pierre Mauroy et Alain Bergounioux

conception graphiquelréalisation illustration de couverture:

béatriceVillemant

en-tête de Gavroche n'12, jeudi 13 novembre, colI. ~OURS

Présentation
Alain Bergounioux, Historien, président du comité de lecture du Prix de la Fondation Jean-Jaurès.

En 200S,les membres dujury du Prix de la FondationJean-Jaurès n'ont pu départager les mémoires de Bruno Demonsais, consacré à l'hebdomadaire socialiste Gavroche,et de Christelle Flandre, traitant du regard porté par les socialistes français sur la social-démocratie allemande. Nous avons donc attribué un prix ex ;equo, les deux lauréats recevant un chèque de huit cents euros et leur mémoire étant édité dans cette nouvelle collection, «Des poings et des roses». Soulignons avec PascalOry, qui a dirigé le travailde Bruno Demonsais, les grandes qualités et les apports de ce premier mémoire, publié ici dans une version légèrement remaniée. Pour ma part, je veux simplement insister sur l'originalité du sujet qui a été saluée par notre jury. En effet, alors que la presse partisane est souvent la principale source de nombreux travaux d'histoire, elle est rarement étudiée en tant que telle. Parfois analysée ou réduite à une simple feuille de propagande, voire à un tract, on a tendance à en extraire des textes sans les resituer dans leur support, son tirage et ses difficultés n'étant que des indices de la bonne ou de la mauvaise santé du parti dont elle dépend. L'attention des historiens s'est plus portée ces dernières années sur les revues, dont la périodicité et le type d'intervention qu'elle suppose des intellectuels correspondaient sans doute mieux à la recherche de l'expression d'une doctrine ou d'une culture qu'une «feuille de propagande». La thèse récente d'Alexandre Courban

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sur L'Humanité, après le colloque qui célébrait le centenaire dujournal créé par Jaurès, est venue rappeler qu'en regard Le Populaire,le quotidien des socialistes après Tours, n'avait que très peu été étudié. Avec l'hebdomadaire Gavrocheon touche aussi à des questions essentielles sur la place et le rôle de la presse - rendue en partie responsable de l'effondrement moral des Français en 1940 - au lendemain du deuxième conflit mondial. Et s'agissant du Parti socialiste,le cas Gavroche permet de mesurer la façon dont il cherche à faire échapper l'information aux puissances d'argent, sans succès. Journal d'un homme, Jean Texcier, journaliste, intellectuel, artiste, résistant qui mériterait un biographe, et d'une équipe, Gavrocheveut promouvoir les idéaux de la Résistance et du socialisme, il veut incarner un esprit nouveau, une culture socialiste. Sur ces questions, le travail de Bruno Demonsais apporte de riches enseignements. Mais, et cela n'a rien de paradoxal, le grand intérêt de ce travail est d'exhumer un hebdomadaire presque totalement oublié, exceptionnellement cité dans les bibliographies. Pourquoi cet oubli et d'abord dans le parti qui l'a soutenu de sa naissance à sa mort? Répondre à cette question revient à interroger à la fois les rapports du Parti socialiste avec la culture et le monde intellectuel, des intellectuels avec la pensée socialiste, la place du débat d'idées dans la presse partisane, sans négliger le rapport du militant socialiste à son parti. Il me semble que d'hier à aujourd'hui, pour les socialistes, le parti est un instrument et qu'ils n'attendent pas tout de lui, notamment en matière de formation ou d'information. Par contre, les intellectuels socialistes Uournalistes compris) ne conçoivent-ils pas leur rôle avant tout comme celui de pédagogues, de professeurs de doctrine, dans une relation rationnelle aux savoirs? Dès lors, passé quelques mois d'attention, les élèves, quand la leçon devient plus compliquée - rupture avec les Alliés, Troisième force... -, ne se détournent-ils pas du maître et de ses «livres»? Il Y aurait sur ce terrain à mener une con&ontation avec les rapports entretenus entre les intellectuels et le communisme. Gavrochepoursuit sans plus de succès que Vendredi,l'hebdomadaire du Front populaire, le rêve d'un peuple socialiste ouvert sur les arts et la culture. Avec la division du monde en deux blocs, la politique et la propagande reprennent vite leur droit et la culture une place annexe. Comme le dit Bruno Demonsais, l'hebdomadaire Le PopulaireDimanche sera la réponse aux besoins de la propagande politique des socialistes. Un titre aussi à redécouvrir, pour d'autres raisons. Avis aux chercheurs.

Gavroche

Préface
Pascal Dry Pnifesseurd'histoireà l'universitéParis-l Panthéon-Sorbonne L'Histoire est-elle le tribunal de l'histoire? Sans aller jusqu'au bout de cette thèse qui eut son heure de gloire et dont on perçoit bien désormais le danger, on ne peut pas nier que, pour un directeur de recherche, lancer de jeunes chercheurs sur des pistes jusque-là inexplorées associe à une curiosité scientifique des préoccupations d'ordre éthique. Le travail de Bruno Demonsais répond intelligemment à deux questions qui préoccupaient l'auteur de cette préface. La première, personnelle et éthique, portait sur la figure de celui qui est entré dans l'Histoire la plus haute comme le premier «journaliste résistant»,l'homme qui, presque seul, diffuse dès le mois d'août 1940 ses Conseilsà l'occupé, ean Texcier : J on verra,justement, que ce n'était pas un «journaliste» comme les autres. La seconde, d'abord scientifique mais un tantinet éthique aussi, portait sur l'autre extrémité de la guerre et sur cette presse de la Libération dont toutes les histoires des médias nous décrivent l'hécatombe, sans prendre la peine d'en préciser le contenu - non plus, au reste, que le contenant. Qui se souvient, qui peut mettre des noms, une forme derrière des titres comme 1èrredes hommes, Clartés (avec un s) ou le trop bien nommé Brif? Qui s'intéresse vraiment à ce moment exceptionnel où l'on tenta, avec des atouts sans précédent, de changer la vie en changeant la presse? Il Ya une quinzaine d'années Corinne Renou levaitle voile sur Caliban, l'hebdomadaire où Jean Daniel fit ses premières armes de directeur; Bruno Demonsais nous rend enfin tangible la plus ambitieuse tentative

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du Parti socialiste d'après-guerre, ce Gavrochequi, malgré toutes les fées qui se penchèrent sur son berceau, ne tint pas quatre ans. Un point commun réunit tous ces titres, et nous en fournit la première clé : au même titre que le quotidien Franc-Tireur, lui aussi méconnu, ils appartiennent tous à la même mouvance politique de la gauche désormais modérée, professant un «socialisme humaniste »,pour ne pas parler de «social-démocratie ». Fatale erreur: pour passer à la postérité, il vaut mieux adopter une posture radicale, à gauche ou à droite, et participer le moins possible au «pouvoir», dont il est bien entendu qu'il n'a d'autre fin que de corrompre ceux qui l'exercent. Avec de tels postulats, on se prive d'éléments essentiels à l'intelligibilité de nos sociétés - et à l'action sur elles. En termes strictement journalistiques Gavrocheapparaît comme le dernier avatar d'une formule qui n'a encore jamais été étudiée en tant que telle et qui, pourtant, a proposé au public français des titres qui ont pesé: le grand hebdomadaire à dominante littéraire, entièrement sorti de la maquette élaborée en 1922 par les fondateurs des Nouvelleslittéraires. Cette formule nous a donné, entre autres, dans l'entre-deux-guerres, Candide,Marianne ou Vendredi.Même si elle est venue mourir au cœur des années 1970, avec la dernière mouture du titre prototypique, animée par Philippe Tesson et Jean-François Kahn, elle aura été définitivement éclipsée par l'invention, en 1953, du «news magazine» à la fi-ançaise, dénommé alors L'Express.En attendant, une équipée éphémère comme celle de Gavrocheaura eu le temps de réunir une équipe de jeunes espoirs des «médias» (presse écrite, mais aussi édition ou télévision) comme Yvan Audouard, Étienne Lalou, Maurice Nadeau - ou Louis Pauwels. Elle aura aussi témoigné de la possibilité de faire œuvrer ensemble des personnalités qui, une dizaine d'années plus tôt, participaient de philosophies peu conciliables, comme les «personnalistes » (Georges Izard, Pierre-Aimé Touchard) et les vieux socialistes laïques, façon Charles Lussy,sans oublier l'étonnant Oreste Rosenfeld. Après la publication, il y a quelques mois, des mémoires de Robert Verdier, nous disposons ainsi d'un document supplémentaire sur cette intelligentsia sociale-démocrate jusqu'à présent oubliée, niée. Comment, dans ces conditions, expliquer l'échec? En laissant de côté diverses causes structurelles, propres à la presse du temps ou transposables jusqu'à nos jours, il est clair que Gavrochea souffert de deux défauts innés. Le premier est d'ordre idéologique: l'ambiance, à gauche mais aussi à droite, est à cette époque et pour une bonne trentaine d'années dominée par l'hypothèque léniniste. C'est le modèle soviétique par
rapport auquel il importe de se situer, qu'on s'appelle exacts contemporains de la «génération de 1905)

-

pour prendre trois

-

Raymond Aron,

Gavroche

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Emmanuel Mounier ou Jean-Paul Sartre. Le Welfare State britannique, la social-démocratie scandinave manquent de tragique, à ce qu'il paraît. Le second, perceptible entre les lignes du travail de Bruno Demonsais, est d'ordre proprement culturel. Il tient dans l'austérité d'une maquette qui, certes, témoigne de la dureté des temps mais qui, bien que supervisée par un dessinateur de talent, a sans doute manqué de dynamisme visuel. Faut-il aller plus loin, et incriminer des choix culturels trop sages, trop peu sensibles aux formes modernes de la culture de masse? La critique risque d'être un peu anachronique, même s'il est significatif que les écrivains associés s'appellent ici moins Camus, Aymé ou Genet que Maurice Fombeure, Jean Rousselot ou Emmanuel Roblès. Le temps venant, l'influence de Maurice Nadeau, débutant prenant de l'aisance, aurait peut-être fait de Gavrocheun laboratoire des «lettres nouvelles» :hypothèse invérifiable. Demeure, dans ce qui fut, la présence, sans doute jugée excessive par bien des lecteurs - qui, du coup, ne l'étaient plus, ou se refusaient à le devenir - d'une langue de bois partisane - le parti en question tUt-il, par ailleurs, autrement démocratique que le communiste, par exemple. Drame bien connu de la presse d'institution. On voit qu'il y a beaucoup à apprendre et à méditer en lisant sinon directement Gavroche,du moins cette étude pionnière; l'existence n'a été qu'éphémère, la trace demeure - et, disons-le, la leçon.

Préface

Remerciements
Je tiens d'abord à remercier M. Pascal Dry qui a dirigé le travail universitaire à l'origine de ce livre, ainsi que l'Office universitaire de recherche socialiste (L'OURS), où M. Denis Lefebvre, secrétaire général, et M. Frédéric Cépède, archiviste, ont su m'orienter vers des fonds qui se sont révélés indispensables, en l'occurrence la quasi-totalité du fonds Jean 7èxcier qui y est conservé; également la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), qui m'a laissé consulter l'autre partie du fonds Jean 7èxcier en sa possession, la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), où Mn" Dominique Parcollet, responsable des archives, a notamment facilité la consultation du fonds Daniel Mayer, et l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC), où l'équipe d'accueil et Mme Claire Paulhan ont rendu possible l'étude des fonds Emmanuel Roblès et Jean Paulhan. Enfin, grâce aux services juridiques des maisons d'édition Gallimard, Le Seuil et Presses universitaires de France, j'ai pu entrer en contact avec les ayants droit de François Mauriac, Maurice Tbesca, Marc Bernard, René Lalou et Maurice Fombeure, sans lesquels il n'eût pas été possible d'avoir accès aux correspondances échangées entre ces écrivains et Jean Paulhan, et qui sont conservées à l'IMEC. Je tiens donc à leur.fàire part de ma reconnaissance et à leur exprimer ma gratitude. Cet ouvrage est dédié à mes parents, pour leur soutien sans faille, ainsi qu'à

Colette,pour son regardbienveillant.

Introduction

le contexte de la libération: 1'« esprit de la Résistance» en héritage

Enfant né, en deux temps, de la Résistance (le 10 mai 1943) et de la Libération (le 9 novembre 1944), Gavrochene connaît pas la même renommée que des publications qui lui sont contemporaines, telles que Combatl, Franc-Tireur1ou Difense de la France3, e qui met en évidence c le fait que les titres et les souvenirs retenus par l'historiographie de la presse issue de la Résistance sont pour le moins variables et contrastés. Néanmoins, si ce journal à la vie brève et aux tirages plutôt médiocres peut encore nous intéresser,c'est parce que, au-delà de sa courte existence, il apparaît comme exemplaire d'une certaine conception à la fois de la presse de gauche et d'un certain idéal qui conserve toute sa valeur. En effet, deux éléments spécifiques et non négligeables lui contèrent son originalité. D'une part, sa périodicité: cette publication est un hebdomadaire, qui s'inscrit par son rythme de parution dans la floraison de journaux nés à la Libération. D'autre part, son affiliation politique:
1. AJCHENBAUMYves-Marie, Éditions, 1994, 393 p. Franc-Tireur de Michel (1944-1948), Winock, anatomie 1995, d'un quotidien 135 p. Défense de la France 1940-1949, Paris, le Seuil, populaire de gauche, mémoire de DEA À la vie à la mort - Histoire du journal Combat (1941-1974), Paris, le Monde

2. ELBAZSharon, sous la direction

lEP de Paris, idée

3. WIEVIORKAOlivier, 1995,487 p.

Une certaine

de la Résistance:

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les communistes et les chrétiens ne constituent, en effet, à eux seuls, ni toutes les familles spirituelles, ni l'unique presse de la Résistance au travers d'organes tels que - respectivement - Action ou TémoignageChrétien.Un autre courant important se situe autour du Parti socialiste SFIO, auquel peut être rattaché Gavroche. De surcroît, se revendiquant dès le premier numéro de sa reparution comme un «grand hebdomadaire d'union française, autour d'un idéal patriotique et social », le périodique souligne son appartenance à cet «esprit de la Résistance» (qu'il conviendra de circonscrire) qui, non seulement assure le lien entre la Seconde Guerre mondiale, la Libération et l'après-guerre (la IVe République), mais encore tente d'entretenir la
flamme et

-

déjà

-

le souvenir du combat collectif en vue de la victoire

contre l'occupant allemand: «On ne nous a pas eus; nos barricades ont été le piédestal de la liberté. [...] Si nous demeurons unis, plus besoin d'en reconstruire chez nous! C'est sur un tel espoir approuvé par le cœur et la raison que je joue ma troisième existence -l'hebdomadaire4.» C'est pourquoi l'étude de Gavroche rend indispensable à la fois l'examen de cet «esprit de la Résistance» propre au lendemain de la Libération (ses valeurs, son idéologie, les hommes qui l'incarnent, les commémorations et les anniversaires des événements majeurs, le rappel orienté de l'ensemble de l'histoire républicaine en France et l'insertion de la lutte clandestine dans cette lignée idéologique), ainsi que celui du poids et de l'influence de la gauche à la Libération.

Une étude de presse monographique

Cette étude se présente comme une monographie de Gavroche, ebdoh madaire dont l'intérêt principal s'affirme par son triple caractère politique, littéraire et artistique - et par la brièveté de sa publication (42 mois), qui traduit lajustesse de l'équation structurelle «presse d'opinion = faibles tirages). Le problème est de savoir si un journal refusant tout apport extérieur de capital autre que les subsides de la SFIO et disposant de faibles ressources publicitaires peut vivre de ses seuls lecteurs; un tel journal peut-il espérer - parce que c'est nécessaire à sa
survie

-

toucher

un public plus large que celui des intellectuels

et des

lecteurs habituels des revues politiques et littéraires? D'abord favorisé par le contexte politique de la Libération, au cours duquel lancer un
4. Gavroche, éditorial «Après les barricades», n° 11 du 9 novembre 1944.

Gavroche

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journal sans appui financier solide, pleinement indépendant, libre et qui n'ait de comptes à rendre qu'à ses lecteurs est envisageable, Gavroche peine à fianchir la phase critique que représentent les années 1947-1948 qui voient s'éteindre, avec la disparition d'un grand nombre de ces périodiques de la Libération, les espoirs d'une presse d'opinion capable de contribuer à l'effervescence intellectuelle et politique de ces années d'après-guerre. Le point de départ de toute monographie d'histoire de la presse consiste à analyser l'équipe qui rédige et/ou administre le journal en démêlant l'écheveau des itinéraires politiques qui mènent à Gavroche, ponctuellement ou plus durablement, à un moment d'une vie intellectuelle, après et avant d'autres aventures journalistiques, militantes et politiques (ou simultanément). La formule de l'hebdomadaire, plus qu'un quotidien, compose un observatoire privilégié pour mener à bien l'analyse politique d'un groupe intellectuel, sans doute parce que l'impératif commercial paraît a priori moindre. Elle rassemble,en effet,un groupe disparate de militants, de journalistes professionnels, de pigistes parfois éminents, d'hommes politiques, qui partagent une même sensibilité politique, ce qui amène à jeter un éclairage spécifique sur la culture politique que véhicule le journal et, plus globalement, sur l'esprit qui l'anime. Ainsi, il convient de mettre au jour les logiques individuelles, les réseaux et les lieux de sociabilité qui conduisent à l'hebdomadaire
Gavroche, sanspour autant céder à un quelconque déterminisme.Loin de les considérer comme un simple décor, ces espaces de sociabilité constituent au contraire la condition même de l'élaboration intellectuelle de l'organe de presse: les membres de la mouvance «Gavroche» prennent place, en effet, dans le cercle restreint des intellectuels évoluant, plus particulièrement, dans l'orbite du Parti socialiste. Il n'en demeure pas moins que, au-delà de l'homogénéité de la filière de recrutement, des voies différenciées doivent être mises en relief. Par conséquent, la variété des itinéraires à envisager, du militantisme socialiste aux mouvements de la Résistance intérieure, de l'université aux journaux clandestins, souligne à la fois la cohérence et les singularités des parcours antérieurs des animateurs du périodique. De surcroît, l'étude du contenant comme objet d'analyse révèle l'importance de la matérialité du support, du fonctionnement du journal, de sa cohésion interne à travers les différents mécanismes et circuits qui le structurent: qu'il s'agisse de l'instance productrice et inspiratrice que sont les auteurs, les journalistes, la direction administrative et polltique de l'organe, leurs moyens techniques, leurs lieux de conception, ou encore de la présentation formelle, de la maquette, des rubriques qui forment, en acte, la stratégie dynamique du journal. Cependant, la

Introduction

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principale lacune qui demeure impossible à combler réside dans l'absence de documents d'archives de type économique: budget de l'administration du journal, recettes et dépenses, pertes financières, contributions précises du Parti socialiste, conditions de fabrication et de distribution, etc. En effet, ces archives liées à la dimension «entreprise de presse» ont disparu. On peut formuler deux hypothèses: ou bien ces documents n'ont pas été conservés et se sont perdus, faute d'avoir été archivés, ou bien ils ont été détruits. Par conséquent, les données strictement économiques se borneront aux informations glanées lors de passages aux Archives nationales, qu'il s'agisse des archives du ministère de l'Information, de l'Intérieur ou encore celles de la préfecture de police de Paris, qui indiquent de manière parcellaire les tirages de Gavrochesur la période 1944-1948. En outre, il ne faut pas omettre les intentions politiques et idéologiques à l'œuvre dans le travail de conception et de rédaction d'un tel périodique et de ses acteurs principaux. C'est pourquoi l'étude thématique du contenu essaie de dégager les systèmes de représentations et les lignes directrices véhiculés par les supports écrits et illustrés, qui associent aux qualités techniques de réalisation et de mise en forme des procédés rhétoriques, discursifs et iconographiques afin d'édifier son message. Ici intervient le rôle essentiel des journalistes, en particulier du service politique, qui, en tant que médiateurs intellectuels et non en tant que producteurs de normes intellectuelles, remplissent une première fonction de relais dans la transmission d'un discours politique construit et cohérent qui apparaît en filigrane dans chacun des 190 numéros de l'hebdomadaire. Se pose, fort logiquement, la question de sa réception auprès d'un lectorat particulier: militants des sections et des fédérations du Parti socialiste? Écrivains, comédiens, artistes? Hommes politiques? Membres de l'élite intellectuelle essentiellement parisienne?

Une culture politique par l'hebdomadaire

de gauche assumée culturel de la SFIO

L'étude de son contenu rédactionnel, iconographique, publicitaire révèle ainsi les fondements de sa culture politique, c'est-à-dire, pour reprendre la définition de Serge Berstein, de ce «fruit du processus historique qui combine, dans un ensemble solidaire, les idées, les événements qui prennent valeur de mythes fondateurs avec les aspirations populaires, pour constituer cet ensemble de représentations porteuses de valeurs et de normes, qui fait figure d'idéal mobilisateur d'un groupe à un moment

Gavroche

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donné 5». Objet d'analyse privilégié pour une radiographie de cette culture politique de gauche, Gavrocheconjugue, en effet, trois paramètres fondamentaux: incarnation radicale du journal résistant; affiliation doctrinale au socialisme glissant, autour de 1946-1947, vers la «Troisième force» qui s'interpose entre, d'une part, le communisme et, d'autre part, le gaullisme; évolution vers une forme d'atlantisme, caractérisé par un soutien marqué à Franklin Delano Roosevelt, à Churchill, au plan Marshall, et prônant l'intégration de la France dans les conférences des «Trois Grands» et dans les organisations internationales nouvellement créées après la Seconde Guerre mondiale (ONU). Loin d'être un simple amalgame de la vulgate marxiste et de la culture républicaine, l'hebdomadaire réutilise la «synthèse jaurésienne» : telle qu'elle est véhiculée par Gavroche,cette culture politique systématise - notamment - les valeurs héritées de Jean Jaurès, de Léon Blum et du Front populaire. Or les socialistes se retrouvent, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans une situation paradoxale. Tout d'abord, le Parti socialiste choisit une voie de reconstruction du parti quasiment à l'identique de la SFIO d'avant-guerre, ce qui ne le met pas en position favorable face à la concurrence d'un communisme qui le surpasse largement en prestige, en force de trappe militante, et - de peu encore en voix sur le terrain électoral. En revanche, il existe une aspiration très marquée à un remodelage de la société sur des bases socialistes au sens large, tournant le dos à un capitalisme délégitimé et à un totalitarisme dont l'immense majorité de la population et des intellectuels ne veut à aucun prix. On retrouve donc un fort courant d'opinion social-démocrate bien au-delà des &ontières du Parti socialiste.Pour une large fraction de la gauche, en effet, 1945 est la revanche de 1936, l'atmosphère politique laissant penser qu'une véritable démocratie sociale peut être instaurée à la faveur de la reconstruction du régime républicain et à l'aune de la formule de Léon Blum, «le socialisme, maître de l'heure ». Dès lors, nous glissons ostensiblement vers le domaine des sensibilités politiques, au moment où la «réference politique» devient une «valeur 6» partagée par le plus grand nombre et acquiert une dimension affective,autrement dit vers le «lieu d'une véritable communion dans laquelle se retrouvent, avec un fort sentiment de solidarité, tous ceux qui participent des mêmes références et du même système de représentations, et pour qui les symboles et les discours
revêtent les mêmes significations 7)}.
5.BERSTEIN «~Historien etla culture politique JO, in Vingtièmesiècle. Revue d'histoire, n° 35,juil1etSerge,
septembre Paris, 1992, p. 736. SIRINElLl Jean-François, Gallimard, 1992, «Culture, p. 1. politique, sensibilité JO, introduction à l'Histoire des droites en France,

Introduction

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Pour rendre compte du rôle de Gavrochedans la formation et dans la diffusion de cette idée, de cette idéologie ou de cette vulgate socialiste, il s'agit d'adopter simultanément deux approches: d'une part, une démarche qui détermine avec exactitude la place occupée par l'hebdomadaire dans le paysage politique de gauche d'après-guerre et qui analyse les réponses qu'apporte le périodique aux «problèmes du temps »,en livrant les clés d'une grille de lecture aux vertus explicatives; d'autre part, dépasser les prises de position face à l'événement pour atteindre le système de représentations mentales mobilisé à cette occasion. Ces analyses offient un éclairage sur l'opinion de gauche d'aprèsguerre puisqu'elles s'attachent aux perceptions, aux représentations sociales et aux stratégies politiques des partis de gauche (SFIO, PCF, radicaux, UDSR). Ces deux types de questionnements conjugués conduisent, par exemple, à répondre au problème majeur posé aux partis de gauche à la Libération, celui de la participation gouvernementale. Cette question récurrente divise, en effet, la gauche française depuis l'opposition entre guesdistes et jauressistes au sujet de la participation d'Alexandre Millerand à un ministère «bourgeois» lors de l'affaire Dreyfus: faut-il envisager d'exercer des responsabilités de premier plan, jusques et y compris au sein d'un gouvernement? Et, le cas échéant, à quelle fin utiliser le pouvoir? Hâter l'avènement de la société socialiste ou gérer au mieux les affaires gouvernementales? À l'égard de la SFIO, la question de la participation gouvernementale participe donc de ce phénomène structurant de la gauche française: l'impossible socialdémocratie ttançaise ou d'impossible parti de gouvernement8». Par la présence en son sein de nombreux dirigeants de la SFIO et par son audience, très nettement socialiste,l'hebdomadaire matérialise incontestablement cette pression de la culture politique de gauche sur les ministres socialistes. Cependant, l'interrogation sur la culture politique de Gavroche n'épuise pas l'étude de l'objet Gavroche.Il ne faut pas omettre les aspects littéraires et artistiques qui occupent une place importante, tant sur le plan strictement quantitatif que sur le plan symbolique, dans les pages de l'hebdomadaire.

7. BERSTEIN

Serge,

op.

cit.,

p. 77.

8. BERGOUNIOUX Alain,

GRUNBERG Gérard,

Le Long Remords

du pouvoir

- Le

Parti socialiste

trançaisl905-

1992, Paris, Fayard, coll. «~Espace du politique », 1992, troisième partie: «~Impossible nement», p. 1S9.

Parti de gouver-

Gavroche

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Un périodique de vulgarisation culturelle?

En effet, cet hebdomadaire se revendique essentiellement comme un organe de presse certes issu, financé et dirigé par les hommes de la SFIO, mais se considère davantage comme un périodique à vocation culturelle. D'une part, il se révèle capable d'embrasser le champ des disciplines artistiques (théâtre, cinéma, peinture, expositions, danse, musique, cirque), et manifeste surtout un attachement profond à la littérature, quels que soient les genres littéraires, que traduit la place prise par l'actualité littéraire, sous forme de brèves, de chroniques littéraires, de critiques littéraires, d'extraits de romans, de poèmes, de nouvelles dans les pages du journal, y compris, très souvent, en «une» au même titre qu'un éditorial politique du directeur de la rédaction ou qu'une tribune d'un dirigeant socialiste. D'autre part, il est un journal d'intellectuels non seulement dans la mesure où il accorde dans ses colonnes une place importante à tout ce qui concerne la vie culturelle (spectacles, livres, publication de nouvelles), mais aussi parce qu'il prétend, en matière politique, ne traiter l'événement qu'avec le recul du clerc. Néanmoins, il peut s'enorgueillir d'accueillir les contributions souvent polémiques d'écrivains, de philosophes, de scientifiques, s'exprimant, par le biais de réponses interposées d'une semaine sur l'autre, à propos de débats vifs et virulents au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Certains d'entre eux, soit en tant qu'acteurs, soit comme médiateurs (Maurice Fombeure, Pierre-Aimé Touchard, René Lalou, Charles Braibant, Marc Bernard, Maurice Toesca,Jean Guéhenno ou François Mauriac) se trouvent, en effet, à la Libération, au premier plan d'une actualité houleuse. Le débat sur l'épuration des intellectuels, des écrivains ayant collaboré durant l'occupation allemande à des journaux autorisés par l'occupant, à des publications collaborationnistes en fournit un exemple particulièrement vif dans les colonnes de Gavroche.Cet hebdomadaire se retrouve au centre d'une de ces querelles idéologiques et politiques de la manière la plus brûlante, puisque son premier directeur, devenu par la suite l'un de ses critiques littéraires et surtout de théâtre les plus remarqués, René Lalou est mis au ban du redoutable «tribunal des lettres» qu'est le Comité national des écrivains (CNE), présidé par le communiste Louis Aragon, pour avoir intégré au texte d'une anthologie de la poésie trançaise qu'il dirige des poèmes de Charles Maurras, alors que l'interdiction avait été faite aux membres du CNE de ne publier aucun auteur compromis avec le régime collaborateur de Vichy, ou encore de ne pas écrire dans un organe de presse compromis avec Vichy. Par conséquent, Gavrochese situe de fait dans une position

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intermédiaire, du «juste milieu», entre deux logiques qui sont, d'une part, une tendance «résistancialiste» intransigeante incarnée par les communistes ou compagnons de route du Parti communiste, tel Aragon, et, d'autre part, les partisans du «droit à l'erreur» qui, à l'image de Jean Paulhan mais aussi de François Mauriac et, plus globalement, des structures institutionnelles du monde littéraire parisien, telles que la majeure partie de l'Académie fi-ançaise,prônent une relative clémence et plaident en faveur d'une reconnaissance des qualités stylistiques de certains de ces écrivains incriminés (Marcel Jouhandeau, par exemple). La vocation de lieu de débat intellectuel est donc clairement affirmée par cet hebdomadaire qui estime être de son ressort et de son devoir si ce n'est de délimiter au sein de sa composition un espace de création littéraire (par la publication de poèmes, de chansons, de nouvelles, conçus pour le périodique), du moins de se constituer en support et en relais des affrontements idéologiques. On aborde ici l'une des questions cruciales qui attisent les polémiques et que nombre d'acteurs du champ littéraire et intellectuel parisien tentent de redéfinir à la Libération: celle de l'engagement. Du point de vue des intellectuels, la formule de l'hebdomadaire présente un double avantage puisque, d'une part, elle permet de faire état régulièrement des débats internes qui agitent la profession et que, d'autre part, elle est, pour eux, le moyen d'exercer une forme d'engagement sans l'obligation, pour autant, de souscrire aux choix propres à la rédaction de la publication. C'est pourquoi, dans le cas de Gavroche,on n'attend pas des écrivains qu'ils soutiennent l'action des socialistes au gouvernement, qui demeure, volensnolens,l'apanage desjournalistes, mais qu'ils défendent certaines idées de progrès, de liberté, de justice, pré requis de l'intellectuel se revendiquant d'une sensibilité de gauche. Or il semble légitime de relever une ambiguïté qui, si elle n'est pas propre à Gavroche,n'en est pas moins illustrée par le journal de manière exemplaire. Elle tient dans une simple question: comment peut-on, dans le même temps, prétendre à l'engagement du militant et à la libre pensée de l'intellectuel? Comment, en d'autres termes, peut-on s'engager en tant qu'intellectuel? Lorsque les rédacteurs de Gavroche donnent la parole dans leurs colonnes aux dirigeants du Parti socialiste,voire sont des adhérents de ce parti au point de figurer dans sesplus hautes instances (comité directeur, groupe parlementaire), leur engagement tient lieu de promesse de fidélité de sorte qu'ils acceptent de se plier à une certaine discipline et doivent désormais soutenir, quelle qu'elle soit, l'action du gouvernement auquel appartiennent les socialistes. Le problème posé apparaît dès lors clairement sous la forme d'un dilemme: quelle attitude faut-t-il adopter le jour où cette action ne correspond plus aux idéaux des hommes de Gavroche?Doivent-ils protester, et trahir ainsi leur engagement? Ou se

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taire, et manquer ainsi à leur devoir d'intellectuels? Le choix se révèle d'autant plus délicat que la création et la survie de l'hebdomadaire dépend de manière quasi exclusive de la volonté de la SFIO de se doter d'un instrument de renouvellement idéologique propice à une double reconnaissance du parti: d'une part, par les intellectuels de gauche manifestant et garantissant par leur participation le prestige doctrinal du socialisme (et donc du parti qui porte ses valeurs); d'autre part, par le lectorat attiré par cette tentative de renouer avec le genre du périodique politico-littéraire prisé dans les années trente.

la nécessité pour le Parti socialiste de posséder un organe intellectuel et culturel

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Parti socialiste SFIO se trouve dans une situation ambiguë. S'il est, en effet, parvenu à se reconstruire sous la houlette de Daniel Mayer, il est concurrencé à la fois sur sa gauche par le Parti communiste (PC) et sur sa droite par le Mouvement républicain populaire (MRP). Les dirigeants socialistes doivent ainsi [aire face à une situation politique difficile mais aussi à un contexte idéologique délicat: l'influence de la vulgate marxiste dans la société française, plus particulièrement chez les intellectuels, n'a jamais été aussi forte, et surtout la SFIO n'en profite nullement, tout le prestige de cette seule poussée allant au Pc. Afin de lutter contre l'omniprésence des communistes dans le milieu intellectuel et de s'affirmer comme l'indispensable pivot du renouveau intellectuel des débuts de la IVe République, le parti de Daniel Mayer favorise la naissance de cet organe privilégié des intellectuels qu'est l'hebdomadaire culturel ou la revue culturelle. En ce domaine, le mouvement ouvrier n'a jamais été avare, désireux qu'il a toujours été de s'attirer les milieux intellectuels. De l'héritage multiple que constituent ces nombreuses revues de la fin du XIXesiècle, seul celui de La Revue sodaliste,fondée par Benoît Malon en 1885, est revendiqué. Souhaitant faire de cet organe nouveau qu'est Gavroche,dans le respect de la tradition, le symbole de l'ouverture et du renouveau de la SFIO mais également un instrument à l'usage de l'ensemble des cadres du parti, l'équipe rédactionnelle connaît un échec global, dont les appels récurrents aux dons des lecteurs jusqu'à l'arrêt définitif au printemps 1948 sont les indices les plus manifestes. Dès lors, en effet, Gavroches'avère non seulement incapable d'assurer une audience extérieure au parti mais, plus grave encore, sera dans l'impossibilité totale d'intéresser les cadres

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intermédiaires et les militants de base. Il ne sera jamais le lieu de formalisation du renouveau d'une doctrine socialiste profondément mise à malles années précédentes. Gavrocheparaît pendant ces quarante-deux mois mais sans parvenir à attirer à lui les nouvelles élites intellectuelles françaises qui s'investissent dans d'autres canaux de recherche et de diffusion (les revues). Avec l'évocation de la vie de cet hebdomadaire, on touche de près le problème de la place des intellectuels dans les stratégies de pouvoir d'un parti politique. Pourquoi un parti politique ressent-il le besoin de publier un hebdomadaire culturel? Quels profits compte-t-il en tirer? Gavroche,à cet égard, symbolise l'intention d'un parti du mouvement ouvrier français de disposer d'un organe culturel. Coincé entre le rôle d'«hebdomadaire-vitrine» et le désir de soutien critique d'intellectuels, Gavrochefinit par devenir une «glace sans tain» 9. L'activité intellectuelle du périodique et de la SFIO dont il est le symbole est réduite. L'investissement des intellectuels socialisants est ailleurs, plutôt dans les pages du Populaire,quotidien national aux tirages plus alléchants. Faire-valoir du Parti socialiste, de sa capacité à attirer les militants, mais aussi lieu d'émission d'un savoir, d'une histoire et d'idées, l'hebdomadaire politique et culturel doit en conséquence remplir de multiples exigences fréquemment contradictoires qui accélèrent son déclin et son décès. C'est pourquoi cette étude s'ordonne autour de trois pistes de recherche que sont, d'une part, l'analyse des parcours et des réseaux de sociabilité formés par les acteurs de Gavroche (du Parti socialiste de l'entre-deux-guerres à la Résistance) jusqu'à la création puis la disparition du journal; d'autre part, l'analyse de son terreau idéologique combinant dans une maquette de facture traditionnelle la promotion d'un régime républicain refondé et de la culture politique socialiste à l'épreuve des responsabilités; enfin, l'analyse de la spécificité artistique et littéraire de cet «hebdomadaire-vitrine» du Parti socialiste, reflet de l'activité créatrice de Saint-Germain-des-Prés et des déchirements du milieu intellectuel parisien à la Libération.

9.Cf.

BRÉHIER

Émeric, «la Revue socialiste, "revue-vitrine"

ou "glace sans tain"», in Recherche socialiste,

n° 1, 1997.

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Gavroche n° 1, octobre 1943 : premier numéro de la version mensuelle, feumet recto. ColI. Centre d'histoire de Sciences Po, fonds Daniel Mayer, 1 MA7.9.

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Gavroche n° 2, novembre 1943. feuillet verso. ColI. Centre d'histoire de Sciences Po, fonds Daniel Mayer, 1 MA7.9.

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Gavroche n° 3 et 4, décembre 1943-janvier 1944, feuillet recto. ColI. Centre d'histoire de Sciences Po, fonds Daniel Mayer, 1 MA7.9.

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Gavroche n° 10, juillet 1944: dernier numéro de la version mensuelle. Coll. Centre d'histoire de Sciences Po, fonds Daniel Mayer, 1 MA7.9.

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n° 58, jeudi

13 décembre

1945. Coll. ~OUR5.

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Gavroche n° 12,16 novembre 1944: dessin de Henri Monnier en une du journal. Coll. ~OURS. En-tête du journal Gavroche, n° 12, 16 novembre 1944. Coll. ~OURS.(illustration de couverture)

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Croquis de Léon Blum par Jean Texcier. ColI. ~OURS.
Jean Texcier et Léon Blum, après la libération. Coll. ~OURS.

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Croquis

de Jean Jaurès

par Jean Texcier.

Coll. ~OUR5.

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