GENRE ET POLITIQUE AU MAROC

De
Publié par

Depuis que le gouvernement marocain a pris l’initiative de proposer un plan d’intégration des femmes au développement, une grande effervescence d’idées sur la question des femmes agite la société marocaine. L’introduction de l’analyse genre dans ses relations avec le politique éclaire sur les difficultés d’émergence du féminisme d’Etat au Maroc. Elle met l’accent sur les distorsions vécues par les femmes entre deux droits, public et privé qui se contredisent et réduisent leur participation politique.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
Lecture(s) : 340
Tags :
EAN13 : 9782296299153
Nombre de pages : 156
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

GENRE ET POLITIQUE AU MAROC

Les enjeux de l'égalité hommes-femmes entre islamisme et modernisme

Histoire et Perspectives Méditerranéennes dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Dernières parutions

Garip TURUNÇ, La Turquie aux marches de l'Union européenne, 2001.

BouazzaBENACHIR,Négritudes du Maroc et du Maghreb, 2001.
Peggy DERDER, L'immigration algérienne et les pouvoirs publics dans le département de la Seine (1954-1962), 2001. Abderrahim LAMCHICHI, Géopolitique de l'islamisme, 2001. Julie COMBE, La condition de lafemme marocaine, 2001. Jean MORIZOT, Les Kabyles: propos d'un témoin, 2001. Abdallah MAKREROUGRASS, L'extrémisme pluriel: le cas de l'Algérie, 2001. Hamadi REDISSI, L'exception islamique, 2001. Ahmed MOAT ASSIME, Francophonie-Monde Arabe: un dialogue estil possible ?, 2001. Mohamed-Habib DAGHARI-OUNISSI, Tunisie, Habiter sa différence-le bâti traditionnel du sud-est tunisien, 2002. David MENDELSON (coord.), La culture francophone en Israël, tome 1 et II, 2002. Chantal MOLINES, Algérie: les dérapages du journal télévisé en France (1988-1995), 2002. Samya El MECHA, Le nationalisme tunisien scission et conflits 19341944, 2002. Farid KHIARI, Vivre et mourir en Alger, 2002.

ALAMI M'CHICHI Houria

GENRE ET POLITIQUE AU MAROC
Les enjeux de l'égalité hommes-femmes entre islamisme et modernisme

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-3048-5

SOMMAIRE

Introduction: Genre et politique, l'enjeu I - Questions à la nouvelle approche: idées générales et cas particulier.. . .. . .. . .. .. .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . . .. ..

Il

19

1- Etat de la recherche « Genre et politique» au Maroc. .. . .. 20 2-« Le genre et le politique» : les relations théoriques 21
La redéfinition du politique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . La relation à l'Etat. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 24

Une citoyenneté revisitée La réconciliation sphère privée/sphère publique 3- La question « Genre et politique» au Maroc dans son contexte. ... Une égalité politique bloquée.. . .. . .. . . .. .. . ... .. . .. . Etat, controverses politiques et genre. .. .. . ... . .. . .. II - La citoyenneté féminine au Maroc: quelques
données de base. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

26 27 28 30 31

35

1- Genre et politique à l'époque coloniale: les femmes 7

«

entre-deux

»

0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0.0

.

0 .

36
41

2- Femmes et prise de décision: quelques indicateurs
de genre contemporains.. 0.. 0.. 0.. 0.. .. .. .. 00..
0 0 0 0 0 0 0 0 0

3- Culture politique et citoyenneté féminine
Le poids du Makhzen

44
44

0.. 0.. .. .. 0.. .. 0.. 0 .. ..

Le rôle central de l'islam dans la culture politique 46 4- Les droits politiques et l'égalité 50 La part des droits politiques des femmes dans la Constitution 50 Les engagements internationaux du Maroc 52 La consécration juridique des droits politiques des femmes 52 L'islam au centre de l'interprétation 55 Egalité politique: principes et exceptions dans la réglementation interne 58
00000000000000000000 000 000 000 000 000 000 0 0 000 0 000 000 000

0.0

000

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

.

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

.

0

0

0

0

0

0

0

0

0

00000000000000

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

III - Les islamistes, les sources et le contexte

0 0 0 000

0 .

.00

61 62 66
66

1- L'équation: complémentarité des rôles et égalité 2- La centralité du référentiel islamique La condamnation de la stratégie de destruction
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 000

culturelle

occidentale..

0.. 0.. .. .. .. 0.. .. .. .. .. .. .. 0..
0 0

« Sortir de I'histoire des autres» 0.. .. .. .. .. 00.. .. .. 0 L'im-pertinence de l'approche genre 3- Participation politique des femmes, référentiel islamique et modernité
0" 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 . 0 0 0 0 0 0 0

68 68 72
73

Les traditionalistes

000000. . . 0. . . . . 0. . . . . . . . . . 000o.. . .

L'islamisme politique, le référentiel et le contexte 75 IV
de référentiels et incertitudes des modernistes sur la question de genre.. . . 000..000... ... 81 1- Des relations de genre masquées.. . .. 0.. 0.. . .. 0.... 83 Une lecture temporelle des relations de genre: le
futur lointain La question et rassurant. démocratique.. . . 0. . . 0. .00. . 0.0. . . . 00.0. .
0

- Tensions

85

Le temps politique et le temps des femmes

88

. .. 0.. 0.. 0. .. .. .. .. .. . .. 0 89

8

L'opinion publique responsable. .. . .. .. . ... . .. .. ... 91 Une conception déterministe et linéaire de l'histoire 93 2- L'argumentation spécifique ou le rôle des femmes au sein de la famille au centre de toutes les
résistances. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 95

Une sécularisation qui a du mal à dire son nom Modernité, éthique et politique. .. . .. .. . .. . ... . .... V- L'émergence d'une nouvelle dynamique 1- Des lueurs, malgré les difficultés pour voir. . . Les difficultés à prendre position. .. . ... ...... Un premier pas: l'adoption du quota............
2- Culture
des

96 101 107 108 109 112 117 119 120

et modernité.

. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. ..

3- Penser la relation de « l'Ijtihad et la question
f e mm es» . .. .. .. . . . . .. ... . . .. . .. . .. . . .. . .. .. .

4- Les femmes éternellement « hors-jeu» dans la sphère politique? .............................. VI - Oppositions politiques, féminisme et questions
de genre. ......................................................

123

1- L'évolution vers la revendication politique. .. . ... 124 2- Le genre et la recherche identitaire 128 3- Le champ du possible: étendue et limites. .. . .... 135
Le droit à la reconnaissance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 135 Assumer et clarifier le choix de l'universel. . . . . .. 138 Conclusion:
d'un

Genre et politique:

les prémices
143

e év 0 lu ti 0 n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Glossaire des noms arabes.. . .. .. .. .. . .. . .. . .. . .. . . .. .. . .. . Si gles
Bibliographie. ...............................................

149 151
153

9

INTRODUCTION GENRE ET POLITIQUE,

L'ENJEU

Ces dernières années, le système politique marocain a engagé de nombreuses mutations qui l'ont conduit à reconsidérer le système de gouvernance. Le terme de gouvernance, dans son acception la plus commune, renvoie à la transformation du système de gestion dans le sens d'une meilleure rationalité, l'objectif essentiel étant d'assurer dans les meilleures conditions possibles l'ordre, la sécurité, le bien-être. La gouvernance comprend l'ensemble des processus et des mécanismes au moyen desquels les citoyens et les institutions articulent leurs intérêts: la citoyenneté est fortement présente dans cette perspective. Alliée au qualificatif «bonne» qui lui est fréquemment accolé, la gouvernance exige transparence, sens des responsabilités, respect des droits et élargissement de l'espace public à tous les acteurs, c'est-à-dire de la participation de tous et de toutes à la chose publique. Cette évolution du concept de responsabilité dans le système politique doit naturellement favoriser le respect des principes démocratiques qui sont à la base du système. Elle doit aboutir au respect de la dignité des femmes et hommes, et au respect Il

de tous les droits reconnus par la Constitution et par les différents engagements internationaux. En ce sens, progresser dans le sens d'une bonne gouvernance impose le développement des capacités d'intervention des femmes. Dans cette optique, la participation des femmes à tous les échelons des pouvoirs s'insère logiquement dans la réalisation de ces objectifs. Or, les principaux indicateurs de gouvernance montrent que la situation des femmes en politique est très limitée, tant au niveau représentatif que nominatif. Certes, très tôt, dès les lendemains de l'indépendance, les femmes ont voté et se sont portées candidates aux premières élections libres du Maroc. On était donc en droit de penser que les choses allaient évoluer assez vite. De fait, tout accrédite l'idée de l'égalité politique des femmes et des hommes. La Constitution marocaine, dès sa proclamation en 1962, n' a-t-elle pas consacré les droits politiques des femmes? Question qui mérite d'être analysée... En réalité, une fois les règles établies, c'est le laisser-faire qui a été privilégié, et peu de mesures ont été prises pour rendre effectifs les nouveaux droits. L'une des conséquences les plus nettes de ces comportements est le maintien des rapports de genre traditionnels et la faible incursion des femmes dans le champ politique. Ainsi, ni l'élan initial qui a poussé quelques femmes à vouloir s'impliquer dans le champ politique, ni la progression sensible, ces dernières années, de la représentativité des femmes dans le champ politique, ne permettent de considérer que cela soit réellement significatif en termes d'acquisition de pouvoir. L'examen des filières de l'exercice de l'autorité démontre partout les limites de cette participation, en particulier au niveau décisionnel. Malgré les progrès, un seuil existe que les femmes ne peuvent franchir. Pourtant, les comportements des femmes et les comportements à l'égard des femmes ont subi des mutations non négligeables, et l'observation empirique accrédite l'idée
12

que la société dans son ensemble semble plus réceptive/ moins rétive à la visibilité des femmes dans le champ public. En même temps, la thématique féminine est de plus en plus présente non seulement au niveau des médias, mais aussi et surtout dans les discours politiques. Ces discours pluriels et conflictuels sont révélateurs de grandes divergences sur les projets de société. Parmi les nombreuses interrogations que cette prolifération de discours suscite, il s'agit tout d'abord de savoir si, dans leur formulation officielle, celle de l'élite politique, cela est simplement un effet de mimétisme correspondant à un mouvement international favorable aux femmes, ou si cela est, au contraire, l'expression de convictions nationales, résultat d'une longue maturation et d'une nouvelle conception de la gouvernance qui accepte la participation des femmes à tous les échelons de la prise de décision. L'analyse des discours reste intéressante à plus d'un titre. L'usage des mots n'est pas innocent. La parole dénote une conception. Elle éclaire sur les représentations sociales des différences. Il s'agit aussi de savoir si ces discours sont annonciateurs de nouvelles pratiques et de nouveaux comportements. Un discours ne peut en effet être sans conséquence sur les pratiques. Le tout est de savoir jusqu'à quel point les discours réagissent sur l'opinion publique et induisent des mutations effectives dans les comportements. Il faudrait également s'interroger sur la corrélation entre les conceptions et les initiatives des décideurs et l'opinion publique. De nos jours, deux grands courants de pensée semblent diviser la société politique: les uns se retrouvent autour de la référence religieuse, les autres autour de la modernité. Les modernistes accusent les islamistes de développer une vision rétrograde du monde et de ne pas tenir compte des évolutions historiques. Les islamistes, quant à eux, affirment qu'ils mènent, au contraire, un «combat salvateur» pour l'identité nationale menacée de dilution par la tentative
13

« glottophagique » engagée par l'Occident, et encouragée par les modernistes, au nom de l'universalité. Ces divergences sont claires dans les controverses qui, audelà des utilisations politiciennes, tournent autour de la problématique de l'identité, laquelle est étroitement liée aux femmes. Une fois de plus, la thématique du spécifique et de l'universel se trouve au centre des tensions sociales. Une fois de plus, les femmes sont appelées à défendre la culture collective. Les islamistes marocains partent du principe que l'islam reconnaît aux femmes le droit de contribuer à la gestion de la chose publique. A ce titre, elles peuvent donc participer. Pour les modernistes, les femmes doivent participer au nom de principes démocratiques. Outre la nuance sémantique (entre pouvoir et devoir) lourde de sens qui existe entre les deux courants, d'emblée, le constat qui peut être fait est que les références fondamentales citées ne sont pas les mêmes. Ces références, inscrites dans la Constitution, ont toutes les deux leur légitimité, laquelle n'est pas de même nature: la première renvoie à des valeurs culturelles profondément enracinées dans les conceptions et les pratiques de la société, la seconde tire sa légitimité de nouvelles orientations politiques qui n'ont pas, pour l'heure, reçu une consécration pleine et entière dans les usages. Cette différenciation est importante pour comprendre, non seulement les divergences concernant la place attribuée aux femmes ainsi que les explications sur les raisons profondes de cette situation, mais également l'impact de ces positions sur l'opinion publique. Les islamistes essaient de renvoyer les modernistes vers une modernité réduite à l'occidentalisation, dépouillée de toute « touche» particulière, les modernistes accusent les islamistes d'intégrisme. Cette conception manichéenne qui établit des frontières étanches entre universalité et spécificité correspond-elle vraiment au réel? Une observation plus approfondie révèle que, au-delà des apparences, la frontière entre les deux tendances est en fait 14

moins tranchée qu'il n'y paraît. Dans cette phase où le processus de démocratisation se développe impliquant les femmes dans son mouvement, apprécier la place effective des femmes dans le champ politique, à travers les représentations et les pratiques des femmes et des hommes, permet de mieux cerner la réalité des mutations globales en cours sur la question des femmes et sur le devenir de l'ensemble de la société. Pour répondre à ces interrogations, l'analyse genre offre des perspectives intéressantes pour l'analyse. Elle met à nu les rapports socialement et historiquement construits responsables des nombreuses inégalités entre les sexes. Elle modifie ainsi considérablement le mode selon lequel la place des femmes dans le champ social et dans le champ politique doit être pensée. Mais d'abord est-il nécessaire d'utiliser l'analyse genre pour comprendre la réalité marocaine? Cette approche est-elle pertinente pour le monde musulman? C'est là une question qu'il est impossible d'éviter tant elle a suscité de réactions. Concept incompris et contesté du fait du contexte culturel qui marque son origine, le genre est de fait mal accepté. Le mot français lui-même suscite bien des réticences. La traduction en arabe, quant à elle, met d'autant plus mal à l'aise qu'elle semble trop mécanique et est critiquée parce que considérée comme un facteur de mimétisme sans discernement. Pourtant, indépendamment du mot, l'introduction de l'approche genre dans l'analyse ouvre la voie à des perspectives nouvelles qu'il convient d'explorer. Dans le contexte particulier du Maroc, l'analyse est d'autant plus complexe que le contrôle sur les femmes relève de deux structures culturelles et politiques qui semblent conflictuelles. Il importe donc, pour comprendre les enjeux de l'égalité de genre au Maroc, de rendre compte des mécanismes qui sont à la base des processus de reproduction. Ce qui oblige à déchiffrer le réel dans ses pesanteurs, c'est-à-dire dans ses 15

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.