Grandeur et servitude coloniales

De
Publié par

Albert Sarraut fut l'un des maîtres-penseurs du colonialisme de la période de l'entre-deux-guerres. Cet ouvrage de 1931 est l'un des meilleurs exemples de la justification du colonialisme français : il touche à tous les impératifs coloniaux de la France, du tournant du siècle aux débuts de la décolonisation. C'est essentiellement Sarraut qui façonna le langage avec lequel les Français parlaient de leur empire colonial.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
Lecture(s) : 47
EAN13 : 9782296501218
Nombre de pages : 242
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
GRANDEUR ET SERVITUDE COLONIALES
COLLECTIONAUTREMENT MEMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur, les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Albert Sarraut GRANDEUR ET SERVITUDE COLONIALES Présentation de Nicola Cooper L’HARMATTAN
En couverture : Albert Sarraut, ministre des Colonies : photographie Agence Meurisse, 1921. © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99409-6 EAN : 9782296994096
INTRODUCTION par Nicola Cooper
Du même auteur France in Indochina : Colonial Encounters(Oxford & NY : Berg, 2001) « La Mère-Patrie and Maternalism »inand Gehrmann, Fischer-Tine Empires and Boundaries(NY : Routledge, 2008), pp. 129-145 « The French Foreign Legion : Forging Transnational Identities and Meanings »,French Cultural Studies, vol. 17, n° 3 (November 2006), 269-284 « Colonial Humanism : the Case of Andrée Viollis »,French Cultural Studies, vol. 17, n° 2 (June 2006), 189-205 « Living the Dream : Settler Responses to Colonial Indochina »,Journal of Romance Studies, vol. 5, n° 1 (Spring 2005), 79-90 « Disturbing the Colonial Order : Dystopia and Disillusionment in Colo-nial Indochina »inRobson, K.,Cultural Representations of Indochina(Lexington : Lexington University Press, 2005), pp. 79-94 « Making Indochina French : Promoting the Empire through Education », in M. Evans (éd.),Empire and Popular Culture (London : Palgrave, 2004), pp. 131-147 « French Colonial Thought »,inMurray (éd.), C. Encyclopedia of Modern French ThoughtYork, London : Fitzroy Dearborn, (New 2004), pp. 234-237 « Dien Bien Phu : 50 Years On »,Modern and Contemporary France, vol. 12, n° 4 (2004), 445-457 « Investigating Indochina : Travel Journalism and France’s Civilising Mission »,in C. Burdett & D. Duncan,Cultural Encounters : Euro-pean Travel Writing in the 1930s (New York, Oxford : Berghahn, 2002), pp. 173-185 « Heroes and Martyrs : the Changing Mythical status of the French Army during the Franco-Indochinese War »,inKelly & V. Holman, D. France at War in the Twentieth Century : Myth, Metaphor, Propa-ganda(New York, Oxford : Berghahn, 2000), pp. 126-141 « Urban Planning and Architecture in Colonial Indochina »,French Cultural Studies, vol. 11, n° 1 (February 2000), 75-99 « (En)gendering Indochina : Feminisation and Female Figurings in French Colonial Discourses »,Women’s International Studies Forum, vol. 23, n° 6 (December 2000), 749-759
INTRODUCTION Albert Sarraut fut l’un des maîtres-penseurs du colonialisme de la période de l’entre-deux-guerres. Doyen du parti radical, gouverneur-général de l’Indochine à deux reprises, et ministre des colonies, c’est à lui que nous devons deux ouvrages portant sur le colonialisme et l’empire colonial français qui demeurent parmi les plus influents de l’époque. Comme le fait remarquer Raoul Girardet, Sarraut peut appa-raître, après la disparition d’Eugène Étienne, comme l’un des chefs les plus écoutés de ce qui constitue toujours « le parti colonial » dans les assemblées parlementaires de l’entre-deux 1 guerres . Homme politique et homme d’action, Sarraut était double-ment impressionnant pour ses contemporains car il avait la force de la chose coloniale vécue. Il était en fait le seul ministre des colonies à avoir gouverné si longtemps une des possessions françaises les plus excentrées. Il était donc admi-nistrateur colonial expérimenté, qui semble s’exprimer avec autorité au sujet de ce qui se passait sur place. Grandeur et servitude coloniales, publié en 1931, l’année de l’Exposition coloniale de Vincennes, se présente comme un ouvrage mûri après de longues épreuves d’armes. Il paraît 2 huit ans aprèsLa Mise en valeur des colonies françaises, ouvrage dans lequel Sarraut s’exprime d’une façon peut-être plus prosaïque à propos de la politique coloniale de la France et dont nous reparlerons. En 1931, c’est un Sarraut plus ambitieux dans l’étendue de sa vision impériale qui donne de la voix. 1 R. Girardet,L’Idée coloniale en France(Paris : La Table Ronde, 1972), p. 192. 2  A. Sarraut,La Mise en valeur des colonies françaises (Paris : Payot, 1923), désormaisMVdans les références entre parenthèses du texte.
vii
Même si dansGrandeur et servitudecoloniales Sarraut renforce certaines idées clés déjà énoncées deLa Mise en valeur, c’est cependant un Sarraut moins imbu du ton exultant, confiant et optimiste, qui nous parle. En moins d’une décennie Sarraut passe à la défensive. DansGrandeur et servitude colonialesse ressentent les angoisses du moment, les préoccupations pour l’avenir devant les prodromes de la décolonisation, des inquiétudes pour le devenir de la France coloniale. À l’époque,Grandeur et servitude colonialesparmi était les livres les plus lus. Au moment de l’Exposition coloniale, le livre est déjà à sa dixième réimpression. Mais son intérêt ne tient pas seulement à sa relative popularité de jadis. Pour l’étudiant de l’empire français, ce deuxième grand ouvrage de Sarraut fournit un des meilleurs exemples de la justification, passée et présente, du colonialisme français. Tels étaient la réputation et le standing de Sarraut dans les milieux colo-niaux de l’époque, qu’il ne serait pas exagéré de dire qu’il a exercé une influence considérable sur des générations de ministres, d’éducateurs et de commentateurs dans le domaine du colonialisme, et ce jusqu’à la période de la décolonisation. Malgré l’intérêt croissant (surtout parmi les universitaires) au cours des années récentes pour tout ce qui relève de l’empire colonial français, on n’a prêté que peu d’attention à ce penseur clé de la question coloniale française. Depuis longtemps, le chef-d’œuvre de l’histoire coloniale demeure L’Idée colonialeRaoul Girardet, qui remonte tout de de même à 1972. Plus récemment, le collectif de chercheurs formé autour de l’ACHAC (Association pour la Connais-sance de l’Histoire de l’Afrique Contemporaine) travaille depuis 1989 sur les représentations, les discours et les imaginaires coloniaux et postcoloniaux, ainsi que sur les immigrations des pays du Sud en France. Par ailleurs, l’apport anglo-saxon à l’étude du colonialisme français a été notable : l’histoire de l’empire français nous a été rendue plus complexe et nuancée par les travaux de chercheurs tels que
viii
Martin Thomas, Alice Conklin, Gary Wilder, Frederick Cooper, Ann Laura Stoler, et j’en passe. Malgré le fait que la plupart de ces auteurs reconnaissent l’importance de la pensée et l’action sarrautiennes pendant l’entre-deux-guerres, jusqu’à présent, elles n’ont fait l’objet d’aucune étude approfondie. Ceci est d’autant plus surprenant queGrandeur et servi-tude colonialespeut se lire comme une distillation de tous les points essentiels de la pensée coloniale française du ving-tième siècle. L’ouvrage présente ainsi l’un des exemples les plus cohérents qui touche à tous les impératifs coloniaux de la France, du tournant du siècle aux débuts de la décoloni-sation : il contient une discussion approfondie de ce que l’on pensait des avantages et des mérites de la politique d’association et de la mise en valeur ; il situe très clairement les arguments en faveur de la prolongation des empires coloniaux européens dans le contexte géopolitique tumul-tueux de l’après-guerre ; il formule une expression des angoisses coloniales latentes, et les incertitudes pour l’avenir du colonialisme à travers le monde entier. À travers de nombreux discours et ses deux livres influents, ce « ministre 1 de la Parole coloniale » , plus que tout autre de ses contem-porains, façonna le langage avec lequel les Français parlaient de leur empire colonial. C’est à lui que l’on doit ce langage du colonialisme français de la période de l’entre-deux-guerres, et c’est lui qui plaça les notions d’altruisme et d’humanisme au cœur de sa rhétorique et de son discours coloniaux. L’intérêt de cet ouvrage est donc multiple car Sarraut place cette évaluation du colonialisme français dans un contexte à la fois national et international, européen et global. Qui plus est,Grandeur et servitude coloniales nous permet d’établir les grandes lignes d’une historiographie de l’idéologie coloniale française. La pensée sarrautienne expri-1  Charles-Robert Ageron,France coloniale ou parti colonial ?:, Paris PUF, 1978, p. 229.
ix
1 mée ici reprend la notion promue dès 1864 par Jules Duval , lui-même inspiré par Saint-Simon et Fourier, qui voulait que la colonisation devînt le moyen privilégié de parvenir à l’harmonie sociale et l’unité globale. Duval croyait ferme-ment aux possibilités transformatrices de la colonisation dans le but d’améliorer la richesse à la fois matérielle et morale du monde en exploitant au mieux les ressources naturelles. On retrouve également des échos chez Sarraut d’un deuxième fil de la pensée coloniale française qui liait la colonisation aux exigences de l’industrialisme et de l’économie française modernes. À la différence de Sarraut, Paul Leroy-Beaulieu jugeait les colonies de peuplement moins intéressantes pour l’économie française que les comptoirs commerciaux, mais on retrouve cette même insistance sur l’imbrication intime de 2 l’avenir économique de la France et le besoin de coloniser . C’est Jules Ferry qui reprit ce thème, en notant que « la 3 politique coloniale est fille de la politique industrielle » , et c’est aussi lui qui maria ces nécessités économiques et politiques à la notion de mission civilisatrice qui a tant marqué Sarraut, comme nous le verrons. Un troisième fil est axé sur une perception négative de la décadence française de la fin du siècle. Cette ligne d’argumentation fut adoptée 4 notamment par Lucien-Anatole Prévost-Paradol qui préco-nisait la colonisation pour endiguer la décadence de la France et compenser sa position internationale devenue moyenne. Paradol maintenait que la colonisation fournirait un moyen de renouveler et de rajeunir une France qui stagnait et dont la grandeur était atteinte. Tandis que dansLa Mise en valeurl’argument de Sarraut en faveur de la colonisation tournait autour de l’idée du redressement et du relèvement de la
1 Jules Duval,Les Colonies et la politique coloniale de la France, Paris : Bertrand, 1864. 2 De la colonisation chez les peuples modernes, Paris : Guillaumin, 1874. 3 P. Robiquet,Discours et opinions de Jules Ferry,t. 5 :Discours sur la politique extérieure et coloniale, Paris : Armand Colin, 1897. 4 La France nouvelle, Paris : Michel Lévy, 1869.
x
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.