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Guerre de religion et police de la pensée : une invention monothéiste ?

De
228 pages
Prétendre que les religions monothéistes ne sont que "de paix et d'amour" constitue une présentation tronquée de la réalité. Ce qu'elles veulent d'abord c'est purifier, convertir, exercer une emprise sur les âmes. Il tend à en résulter une diabolisation de l'adversaire et une sacralisation de la violence. Ce diagnostic reste pourtant contesté, voire inaudible. La fin des guerres de religions n'intervient qu'après un lourd tribut de violence et la solution ne vient pas du monde religieux mais de la société civile.
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Jean-Pierre Castel
Guerre de religion et police de la pensée : une invention monothéiste ?
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Introduction « Avant que ce monstre [l'intolérantisme chrétien] naquit, jamais il n'y avait eu de guerres religieuses sur la terre; jamais aucune querelle sur le culte » 1 Voltaire «L’intolérancede presque toutes les religions monothéistes est aussi remarquable quel’attitudecontraire des polythéistes » 2 David Hume «En réalité l’intolérance n’est propre qu’au monothéisme : un Dieu unique est, d’après sa nature, un Dieu jaloux,qui n’en laisse vivre aucun autre.Au contraire, les dieux polythéistes, d’après leur nature, sont tolérants.Voilà pourquoi les religions monothéistes seules nous donnent le spectacle des guerres, des persécutions, des tribunaux hérétiques, comme celui du bris des images des autres dieux » 3 Schopenhauer Les guerres de religion ontelles existé avant l’apparition des religions abrahamiques, c'estàdire du judaïsme, du christianisme etde l’islam ? Pour les philosophes rappelés en exergue, comme pour les historiens actuels de 4 l’Antiquité, la réponse est clairement négative. Pour les représentants des religions abrahamiques, la réponse est en revanche résolument affirmative. Récusant tout lien entre violence et texte sacré, les théologiens dénoncent ainsi « le véritable quiproquo [à la base de la supposée] corrélation entre 1 Voltaire (17041778),De la paix perpétuelle, par le docteur Goodhaert, § V, 1769. 2 David Hume (17711776),Essais et traités sur plusieurs sujets : Enquête sur les principes de la morale, L'histoire naturelle de la religion. IV, Vrin, 2002, p, 219. 3 Schopenhauer (17881860),Parerga et paralipomena. Sur la religion, 1851. A noter que, contrairement à certaines accusations d'antisémitisme à son encontre, Schopenhauer rejette catégoriquement les discours sur la supériorité des races (Le monde…, chap. XLIV, supplément au livre IV). 4 On pourra citer John Scheid, Maurice Sartre, Jean Flori, Polymnia Athanassiadi, Maurizio Bettiniet beaucoup d’autres.7
5 Ecriture et exclusivisme » . Non contents de récuser tout exclusivisme de leurs textes sacrés, ils contrattaquent en attribuant au polythéisme la cause de toutes les violences, invoquant « la méchanceté des nations » (Dt. 9:4, 5; 18:1012 ; Joël 3: 13, Ez 25 32), dénonçant « le lien oublié entre le 6 polythéisme et la violence » , fustigeant le « polythéisme sanguinaire 7 grec » ,l’accusantdes guerres féroces entre fidèles de dieux« susciter  de 8 différents » . La Bible ellemême accuse les polythéistes de tous lesmaux ‒« Le culte des idoles est le principe, la cause et la fin de tout le mal » (Sagesse XIV, 26). La Torah justified’ailleursl’extermination des Cananéens par leur « méchanceté ». ème Encore au XX siècle Emmanuel Lévinas persiste à dire que « le paganisme, c'est l'esprit local, le nationalisme dans ce qu'il a de cruel et 9 d'impitoyable […], des civilisations perverties et barbares » . Et le Vatican écrit en 2014 : « La corruption de la religion qui la rend semence de violence […] n’est pas en réalité étrangère au polythéisme des luttes antiques entre les dieux […]Du polythéisme […] ne peut venirrien de bon pour la sociabilité 10 pacifique entre les hommes » . Pauvre Socrate, pauvre Platon ! Le Coran n’est pas en reste,lui qui juge que «l’association[le polythéisme] est plus grave que le meurtre » (Sourate 1, 191).
5 Frédéric Rognon, « Penser le Dieu un : remarques sur le débat autour du monothéisme », in Le Monothéisme biblique, Évolution, contextes et perspectives, sous la direction de Eberhard Bons et Thierry Legrand, Cerf 2011. Cf. pourtant par exemple texte de Dany Nocquet, vice doyen de la faculté de théologie de Montpellier, « Monothéisme : un exclusivisme long à s’imposer », Cahier Évangile n° 154 (décembre 2010). 6 Daniel Timmer, « Is Monotheism Particularly Prone to Violence? A Historical Critique », Journal of Religion & Society, vol. 15, 2013, Faculté de théologie, University of Sudbury, Canada. Cf. aussi Jan Bremmer, University of Groningen, Faculty of Religious Studies and Theology, Revue genevoise d’anthropologie et d’histoire des religions, n° 6, 2011.7 Paul Valadier,Détresse du politique, force du religieux, Seuil, 2007. 8 André Gounelle, « Violence sacrée », disponible sur < http ://andregounelle.fr/divers/fanatisme.php>, ou encore Frédéric Rognon, « Religions et violences ? », XVIIème Congrès international de l’AIEMPR, Strasbourg, 1014 juillet 2006. 9 Difficile liberté, Lévinas, Albin Michel, 1976, pp. 194195. 10 Commission Théologique Internationale du Vatican,Dieu Trinité, unité des hommes. Le monothéisme chrétien contre la violence, 16.01.2014, § § 8 et 14. Pour une critique de ce texte, cf. par exemple celle du théologien Vito Mancuso, <http ://www.vitomancuso. it/2014/01/21/nonavraialtrodioprocessoalmonoteismoesinonimodiviolenza/> 8
Quant àl’opinion publique occidentale, même laïque, même instruite,elle crédite volontiers les religions monothéistes d’avoircontribué à faire reculer 11 « la sauvageriepolythéistede l'Antiquité » .Cet essai mettra en évidence que le christianisme et l'islam ont pourtant, depuis leur apparition, commis plus de violences religieusesqu’aucuneautre des grandes religions polythéistes. Conversions forcées, chasse aux hérétiques, aux apostats et aux idolâtres, destruction d'objets de culte, éradication de rituels indigènes, autodafés, guerres saintes, guerres de religion, bûchers de l'Inquisition, combats entre sunnites et chiites, entre musulmans et chrétiens, entre musulmans et infidèles,imposition d’unstatut inférieur (par exemple celui dedhimmiimposé aux Juifs, aux Chrétiens, aux Hindousdans les pays sous domination musulmane), etc., jalonnent l’histoire du christianisme et de l’islam. Ces violences répondent toutes, d’une manière ou d’une autre, à la catégorie de la « contrainte en religion ». La religion grecque en revanchen’exerçait pas de violence contre les personnes : ni conversions forcées, ni condamnation pour apostasie, ni guerres pour imposer sa religion. Ce qui ne veut pas dire que la société grecquen’était pas violente, loin de là, maisd’une violence profane; quelle société, fûtelle monothéiste, peutd’ailleursse prétendre nonviolente ? La violence imputable à la religion grecque se limitait aux sacrifices d’animaux, rituels qui étaient pratiqués par toutes les religions de l’époque, y compris le judaïsmeconstituaient ils d’ailleurs lavocation principale du Temple de Jérusalem. Toutes motivations confondues, les pays de tradition abrahamique auraientils été moins violents que les autres ?L’histoire ne semble guère ème 12 l’indiquer, en particulier cellesiècle .du XX
11 Michel Serres, «Réponse au discours de réception de M. René Girard à l’Académie française », 15 décembre 2005. Cf. aussi JC. Guillebaud, « Dieu estil guerrier ? »La Vie, le 12/07/2012,Le Tourment de la guerre, L’Iconoclaste, 2016, Didier Long sur son blog en 2012 à l'occasion de la polémique déclenchée par l'hommage d'Onfray à Jean Soler, etc. 12 On y reviendra au chapitre V, § « Religions séculières », p. 174. 9