Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Haschisch, chanvre et cannabis : l'éternel retour

De
128 pages
Cet ouvrage nous emmène dans un long périple historique à la découverte du haschisch, des origines à nos jours. Mêlant préceptes médicaux des praticiens de l'Antiquité aux délires cannabiniques littéraires de grands écrivains occidentaux en quête de spiritualité qu'ils trouvaient parfois dans des paradis artificiels, l'auteur nous dépeint cette longue marche qui est parfois discutée au plan éthique, légiférée, voire sanctionnée.
Voir plus Voir moins

Haschisch, chanvre et cannabis :
l’éternel retourMédecine à travers les siècles
Collection dirigée par leDocteur Xavier Riaud
L’objectif de cette collection est de constituer « une histoire
grand public » de la médecine ainsi que de ses acteurs plus ou
moins connus, de l’Antiquité à nos jours.
Si elle se veut un hommage à ceux qui ont contribué au
progrès de l’humanité, elle ne néglige pas pour autant les zones
d’ombre ou les dérives de la science médicale.
C’est en ce sens que – conformément à ce que devrait être
l’enseignement de l’histoire –, elle ambitionne une «vision
globale » et non partielle ou partiale comme cela est trop
souvent le cas.
Déjà parus
Xavier RIAUD, Dentistes héroïques de la Seconde Guerre
mondiale, 2011.
MarieFRANCHISET, Le chirurgien-dentiste dans le cinéma et
ela littératureduXX siècle, 2011.
AndréFABRE,De grands médecins méconnus…, 2010.
Xavier RIAUD, Odontologie médico-légale : entre histoire et
archéologie, 2010.
Dominique LE NEN, Léonard de Vinci, un anatomiste
visionnaire, 2010.
Xavier RIAUD,Histoiresde la médecinedentaire, 2010.
Xavier RIAUD, Pionniers de la chirurgie maxillo-faciale
(1914-1918), 2010.
ème èmeClémentDAVID, Hygiène bucco-dentaire du XVII au XIX
siècleenFrance, 2010.
Henri LAMENDIN, Investigations et expérimentations en
odontologie: 40annéesde recherches, 2009.
Rozenn HENAFF-MADEC, Enquête médico-légale sur le
naufrageduH.L.Hunley (1864),2009.
eHenri MORGENSTERN,Les dentistes français au XIX siècle,
2009.
Henri LAMENDIN, Historique de l’odonto-stomatologie du
sportenFrance, 2009.
Xavier RIAUD,Quand ladent mène l’enquête…, 2008.
4AndréFabre
Haschisch, chanvre et cannabis :
l’éternel retour
Préambule duDocteur Xavier Riaud
Préface du Professeur Jean-Paul Tillement
5Du même auteur
De grands médecins méconnus, L’Harmattan (éd.),
Collection « Médecine à traversles siècles », Paris, 2011.
©L’Harmattan,2011
5-7,ruedel’Ecole-Polytechnique,75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55478-8
EAN : 9782296554788
6Préambule
Le haschisch ou comment appréhender les lueurs et le faste
du monde oriental ? Cela évoque souvent un retour vers les
contes des mille et une nuits.Car, c’est de là que tout est parti.
Ces hommes enturbannés allongés sur leur coussin et fumant la
pipe tout en devisant nous rappellent ces grandes fumeries où de
malheureux anonymes venaient chercher l’oubli dans un périple
vers l’inconnu, démontrant ainsi que l’usage de cette substance
a toujours concerné toutes les classes. Sans oublier l’expédition
d’Egypte deBonaparte qui a ramené ce produit sur le continent
européen.Il y a fort à parier qu’il y serait parvenu quand même
et que cette mission n’a joué qu’un rôle de catalyseur.
Depuis les palais des grands émirs arabes jusqu’à notre
monde contemporain, une culture cannabinique a vu ainsi le
jour et a proliféré au point que de nombreux écrivains y font
référence pour décrire leurs plongées respectives dans le monde
des abysses.AndréFabre avec le dynamisme qui le caractérise
si bien nous emmène dans un long voyage rétrospectif à la
découverte de cette imagerie populaire.Il n’oublie pas non plus
de poser les questions qui dérangent et de placer son propos sur
un plan philosophique, voire éthique, car de cette
consommation, il ne faut pas l’oublier, découle souvent la dépendance
d’une part, la délinquance quelquefois puisque c’est un
« loisir » onéreux, et enfin, à un échelon supérieur, la mort.
Avec la lucidité et l’objectivité qui l’animent au quotidien,
André Fabre livre un récit historique complet et dense, depuis
les temps antédiluviens jusqu’à notre époque, puisque le
chanvre est très présent dans le mondede la nuit, etde la fête de
nos jours, et que ces périodes de crise rendent véritablement
urgent chez certains, la quête du rêve artificiel.De plus, le débat
concernant sa légalisation est toujours d’actualité, ce qui
implique une absorption si régulière qu’elle en est devenue
7banale. Alors, pour ou contre ? A mon sens, l’auteur nous
fournit des éléments de réponse qui sontplus qu’appréciables.
Xavier Riaud
Docteur en chirurgie dentaire
Docteur en épistémologie, histoire des scienceset des techniques
Lauréat et membre associé national
de l’Académie nationale de chirurgie dentaire
8Préface
La consommation de cannabis est en forte augmentation.Les
Français en sont parmi les premiers, sinon les premiers
utilisateurs. Ils ont des excuses puisqu’on leur propose de s’en
procurer facilement, de le produire eux-mêmes et différentes
façons d’augmenter ses effets. On leur assure aussi qu’il n’y a
pas de danger. En revanche, les multiples mises en garde, la
description des troubles somatiques et psychiques graves
souvent irréversibles qu’il provoque ne semblent pas émouvoir,
ni même inquiéter ceux qui s’y adonnent, confortés, il est vrai,
dans leur choix, par de nombreux relais complaisants : choix de
jeunesse à respecter, interdiction d’interdire, liberté de chacun,
échec des mesures répressives, pragmatisme apparent d’une
solution d’apaisement allant de la dépénalisation à sa
commercialisation, positions qui ne sont pas toujours d’ailleurs
indemnes d’arrière-pensées. En face, des associations de
parents, de proches, de toxicomanes qui constatent les dégâts au
quotidien, et pratiquement tous les corps de santé s’insurgent,
malheureusement dans la plus grande indifférence, sans relais
par les grands courants d’opinion. Les zélateurs invoquent
même des effets analgésiques. En effet, il plaît aux malades
souvent atteints du SIDA, en référence aux observations d’il y a
vingt ans,de dire qu’il serait sans danger. Voire !
Les choses ont changé, les doses reçues aussi. Le cannabis
d’aujourd’hui n’a plus rien de commun avec le produit d’il y a
vingt ans. Ilest environ vingt fois plus actif et plus toxique. Il
provoque des lésions irréversibles et « casse » définitivement
les adolescents qui le choisissent.
On comprend donc la réaction de l’auteur, pédiatre qui a eu
à connaître ces intoxications et parfois les tragédies qui en ont
résulté. Mais, notre ami est aussi historien. La question qu’il
pose est «Comment en est-on arrivé là ? »Il interroge
l’histoire, les émergences successives du cannabis, la façon dont
9les gouvernants l’ont maîtrisé. Nul doute que ses conclusions
sont d’actualité.
Les Scythes ont utilisé cette substance, probablement avant
l’opium. L’utilisation en a été bien codifiée. C’était une
récompense de guerriers vainqueurs, une façon de dépasser la
tristesse d’un deuil, de faire la fête. Il n’y avait pas de
consommation chronique. Les graines étaient jetées sur des
pierres chauffées au rouge, dont on respirait les vapeurs. Ces
graines contenaient peu de principe actif, le
tétrahydrocannabinol. Les effets ont donc été probablement limités.
L’Antiquité a tenté d’en faire un médicament, petit antalgique
utile dans les otalgies, sansautre indication, ce qui semble bien
réduit, ou anesthésique local en application dans les brûlures,
avec déjà des effets indésirablesà doses élevées, comme des
maux de tête, des troubles digestifs, une déshydratation, et des
altérations de la puissance sexuelle.Le cannabisme, s’il a existéà
cette époque, est resté marginal et peu favorisé. Parallèlement, le
vin et l’opium ont été largement diffusés. L’auteur suggère
que: «Les anciens redoutaient par-dessus tout de voir arriver
chezeux lecannabisme ».Améditer.
Au dixième siècle, tout change avec l’arrivée du haschisch
apporté par le monde arabe. C’est l’époque du cannabisme qui
est peut-être le substitut de l’interdiction coranique de l’alcool
et du vin.Autre étape importante : on découvre que les feuilles
sont beaucoup plus actives que les graines. Les doses
augmentent donc. On loue « l’étrange apaisement du
cannabis » . Pourtant, il n’est pas qu’un calmant.La légende des
haschischins en apporte la démonstration. Par une véritable
manipulation mentale, un traitement préliminaire rend le drogué
incapable de discernement et en totale soumission aux ordres
donnés, qu’il s’agisse de donner la mort ou de se la donner.
Guerriers farouches, mais aussi tueurs. Sont-ils les premiers
assassins ? La question est posée. La filiation des mots est
troublante.Elle n’est pas du goût de tout le monde !
La vogue du haschisch devient si importante que les
autorités civiles et religieuses en interdisent l’usage,
l’assortissant de peines sévères.On punit par exemple en arrachant des
dents !Le cannabisme est devenu enEgypte, la cause principale
10d’internements psychiatriques auCaire, au dix-huitième siècle.
L’Europe et laFrance sont alors encore épargnées.L’entrée
du cannabis dans notre pays correspond à la campagne
d’Egypte. Pourtant, Bonaparte, victime d’un agresseur bourré
de haschisch, l’avait malmené et il en avait aussitôt interdit
l’usage, la détention, la culture, et la commercialisation. Mais
rapidement, le cannabisme est adopté par les milieux littéraires
et artistiques. La «confiture verte »est au menu des grands
écrivains emmenés par Moreau de Tours. Des descriptions
précises des hallucinations sont relatées : « passage de
l’horreur à l’extase et de l’extase à l’horreur » . C’est un futur
prix Nobel, Charles Richet, qui porte un coup décisif à ces
déviations. Parallèlement, l’intérêt médical supposé du cannabis
s’effondre.
L’ouvrage se poursuit par une analyse rigoureuse de la
situation actuelle enFrance et dans le monde.L’auteur décrit la
sensibilité particulière des adolescents, le colportage des idées
fausses, le danger de maladies neurologiques et
cardiovasculaires graves, l’absence d’application de la loi. Il plaide
pour une information objective et massive des risques encourus.
Ce livre a le mérite de montrer que le cannabisme n’est pas
nouveau, mais que, jusqu’à présent, il a été maîtrisé. Il montre
aussi que les plants et la résine proposés aujourd’hui sont
beaucoup plus concentrés qu’à l’origine et, de ce fait, beaucoup
plus dangereux au point que de nouvelles pathologies
apparaissent.On doit recommander ce livre à tous ceux et celles
qui ont à faire face à ce terrible fléau et aux éducateurs en
charge des adolescents. Au moment où les autorités
internationales s’interrogent sur l’opportunité de dépénaliser le
cannabis, cet ouvrage à la pertinence que rien ne vient démentir
devrait leur en montrer les risques et leur en rappeler les
conduites antérieures de ceux qui ont eu à affronter ce fléau.
ProfesseurJean-Paul Tillement
Professeur émérite de pharmacologie
Membre de l’Académie nationale de médecineetde l’Académie nationale de
pharmacie
11