HENRI GUERNUT (1876-1943)

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Henri Guernut est typique de cette génération d’hommes politiques nés dans les années 1870 et qui ont fait leurs premières armes dans le combat pour la révision du procès Dreyfus. Il a consacré sa carrière à la défense des droits de l’homme, de la liberté, de la République parlementaire et de la laïcité de l’État. Appelé en 1912 au secrétariat général de la Ligue des droits de l’homme, il y déploie, jusqu’en 1932, une activité inlassable qui contribue à son considérable développement. Mais la politique le tente. De janvier à juin 1936 il est ministre de l’éducation nationale. Il meurt en 1943 dans les conditions difficiles des années d’occupation.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296302099
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HENRI GUERNUT (1876-1943)
Un défenseur des droits de l'homme, député de Château- Thierry

Collection Logiques historiques
Dirigée par Don1inique Poulot La considération du passé engage à la fois un processus d'assimilation et le constat d'une étrangeté. L'invention de traditions ou la revendication de généalogies s'élaborent dans le façonnement de modèles, l'aveu de sources. Parallèlement, la méconnaissance, mais aussi la recréation et la métamorphose des restes et des traces confortent la certitude du révolu. La mise au jour de temporalités successives ou emboîtées, la reconnaissance de diverses échelles du temps contribuent à l'intelligence de ces archives de la mémoire et de l'oubli. Dans cette perspective, et loin des proclamations de progrès ou de décadence, il s'agit de privilégier des travaux collectifs ou individuels qui témoignent du mouvement présent de recherche sur la conscience de l'événement et la mesure de la durée, telles que l'historiographie, l'élaboration patrimoniale, les cultures politiques, religieuses, nationales, communautaires ont pu les dessiner. Dans le respect des règles érudites et critiques, il s'agit de montrer comment images et textes construisent des logiques historiques, de plus ou moins grande profondeur, mais toutes susceptibles d'exercer une emprise sur le contemporain.
Déjà parus Daniel SCHWEITZ,
-

Histoire des identités de pays en Touraine (XVIe-

X¥e siècle). Aux origines de la France des pays. Fridériki TABAKI-IONA, Chants de liberté en 1848,2001. Nicolas CARRIER, La vie montagnarde en Faucigny à la fin du Moyen Age, 2001. Paul GERBOD, Voyager en Europe (du Moyen Age au IIIè millénaire), 2002. Jean-André TOURNERIE, Justice et identité sous la Restauration, 2002. Antony GIROD-A-PETIT LOUIS, Les dissidenciés guadeloupéens dans les Foces Françaises libres, 2002. Robert CHANTIN, Des temps difficiles pour des résistants de Bourgogne, 2002. Marie-Claude GENET-DELACROIX, Frédéric GUGELOT, Frédérique DESBUISSONS, Les conversions comme formes et figures de la méamorphose, 2002. Sylvie de RASPIDE, Les Becquerel ou le devoir de transmettre, 2002. (QL'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-3210-0

MICHEL

HÉRODY

HENRI

GUERNUT
(1876-1943)

Un défenseur des droits de l'homme, député de Château- Thierry

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava. 37 10214 Torino ITALŒ

AVANT-PROPOS

P

EU DE PERSONNES à Château- Thierry connaissent Henri Guernut: il n'y a ni place ni rue à son nom. Pourtant il a représenté la circonscription à la Chambre des députés de I928 à I936 et pendant quelques mois a rempli les fonctions de ministre de

l'Éducation nationale. En outre, vingt ans durant, il a été le secrétaire général de la Ligue des droits de l'homme. Moi-même partageais presque cette ignorance J.usqu'au jour où la lecture du livre de Pierre Péan, Une jeunesse française, m'a donné l'envie d'en savoir plus sur ce ministre qui fut en butte, en février et mars I936, à la violence des étudiants nationalistes d'extrême droite. Sa fréquentation, à distance, par le truchement des documents d'archives m'a convaincu que le personnage, typique par son parcours de ces républicains de la IIF RéPublique, nés dans les années I870 et dont la génération fut marquée par l'exPérience de l'affaire Dreyfus, méritait plus que beaucoup d'autres de sortir de l'oubli. Mes diverses obligations, mon éloignement des dépôts d'archives et des bibliothèques ont, au départ, rendu mes recherches quelque peu décousues et discontinues et m'ont amené à borner mon ambition, du moins dans un premier temps, à l'étude de l'action de l'homme politique, à partir de son élection, sans prétendre à une biographie complète. Ces conditions et ce parti pris expliquent, s'ils ne les excusent pas, les lacunes que l'on pourra trouver dans ce travail.

Pourtant la chance me sourit à la BDIC de Nanterre où Mme Annette Guernut, sa petite-fille, avait travaillé: ainsi me fut-il possible de prendre contact avec elle. Elle m'aiguilla vers son cousin, M. Yves Guernut, qui, chroniqueur minutieux, construit avec passion le mémorial defamille. Avec une extrême gentillesse il mit à ma disposition les archives familiales en sa
possession. Sans lui J.e ne serais sans doute pas parvenu à mener

à bien mon entreprise. Je ne saurais trop les remercier l'un et l'autre. Je dois également remercier M. Pierre Milza, directeur du Centre d'histoire de l'Europe du xxe siècle de la Fondation nationale des sciences politiques qui m'autorisa à consulter les fonds d'archives Kayser et Daladier, les documentalistes de la Ligue des droits de l'homme qui m'ouvrirent largement lesportes de leurs archives, les responsables de la section locale de la Ligue qui me communiquèrent la collection du bulletin des années I9Jo. Ma gratitude va enfin à M. Pierre Lemret, ancien maire de Château- Thierry et conseiller général honoraire qui m'aida de ses souvenirs et de documents puisés dans ses archives personnelles et à M. Tony Legendre, président de la Société historique

de Château- Thierry qui, plus d'une fois, m'indiqua des pistes
intéressantes.

DE LAVAQUERESSE

À CHÂTEAU-THIERRY

Henri Guernut est né en Thiérache, à Lavaqueresse, le 2 novembre 1876. Pur produit de l'École de la République, il est le type même du boursier. Sa famille est, dans cette région herbagère et bocagère de petits exploitants, une famille paysanne modeste. C'est son instituteur, Monsieur Deraigne - le Père Deraigne - dont Guernut parlera toujours avec émotion, qui remarque l'intelligence de son élève et qui convainc son père de lui permettre de poursuivre ses étudesI. Boursier, il quitte l'école de son village pour l'école primaire supérieure de Vervins2; ensuite ce sera le lycée de Laon puis celui de Lille où il devient lauréat du Concours général, enfin le lycée Louis-le-Grand à Paris. Il obtient sa licence en droit à la faculté de droit de la Sorbonne. Il s'inscrira au Barreau de Paris. Il occupe alors les fonctions de secrétaire à l'École des hautes études sociales fondée en 1899 par une Américaine vivant en France, Dick May. Il y professe un cours de journalisme à une époque où l'on croyait que le journalisme n'était pas un métier qui s'enseignait et s'apprenait. Il côtoie Charles Gide, Seignobos, Bouglé, Landry et même Charles Péguy dont la boutique est voisine3. 9

Il appartient alors au courant socialiste. Il collabore à sa presse. Ainsi dans La Revue socialiste il tient une rubrique intitulée Lettres à ma cousine, prétexte à exposer les doctrines et à décrire les mouvements politiques du moment. Il restera toute sa vie, du moins tant qu'il lui sera possible d'écrire librement, pédagogue et journaliste. Lorsque la Ligue des droits de l'homme, à laquelle il appartient depuis le début, recherche un secrétaire général, suite au décès de Pierre Qyi1lart, c'est son président Francis de Pressensé4 qui vient le chercher à l'École des hautes études où il a fait preuve de ses qualités d'organisateur et de médiateur. Accepté par le comité central, il y sera élu lors du congrès de mai 1912 qui entérine ainsi le choix fait par Francis de Pressensé. À partir de cette date, Guernut va consacrer son énergie5 au développement de la Ligue qui traverse alors quelques dif-

ficultés. Il réorganise

«

une administration centrale et coor-

donnée» ainsi que le service juridique; il développe les relations avec les sections locales. Bref: dit Madeleine Rebérioux, un programme d'administrateur professionnel qui ne l'empêche pas de multiplier les conférences à Paris et en province. Dès le deuxième trimestre 19126,il parcourt les départements pour y présenter la Ligue et ses buts. Le 27 octobre il parle à Château-Thierry de la dissolution des syndicats d'instituteurs. En 1913, il prononce quelque soixante conférences. La méthode porte ses fruits puisque le nombre d'adhérents, après avoir connu un étiage, remonte quelque peu. La guerre interrompt brutalement cet élan. Comme la majorité de la Ligue, Guernut est acquis à l'Union sacrée. Mobilisé dans la territoriale, il est réformé en décembre 19147,réforme qui sera plus tard le prétexte à des attaques malveillantes sinon diffamatoires de ses adversaires de droite et d'extrême droite. Rendu à la vie civile, il reprend pleinement son activité la

de secrétaire général pour la défense des droits individuels de tous ceux qui sont touchés par la guerre, pour les garanties de justice pour les prévenus des conseils de guerre. Mais cette activité se déploie dans le cadre de l'Union sacrée acceptée en 1914 et qui n'est pas remise en cause. Cette position lui vaut les critiques de la minorité pacifiste de la Ligue et du Parti socialiste8. Après l'armistice, il est au centre du combat de la Ligue pour la révision des sentences rendues par les tribunaux militaires et les cours martiales9, combat qu'il comparera à ceux de l'affaire Dreyfus. Il multiplie à nouveau les tournées de conférences en province, plusieurs dizaines par an, et à l'étranger: en août 1924 il prend la parole à Berlin dans une réunion organisée par la Ligue allemande des droits de l'homme et l'association
«

Plus jamais la guerre ». Selon Le Quotidien il y fait acclamer

l'idée de la collaboration des peuples. En 1920, il remplace le Bulletin officiel de la Ligue par Les Cahiers des droits de l'homme dans lesquels il multiplie les articles. Mais le journaliste ne se cantonne pas à la presse de la Ligue. Parallèlement à son activité incessante de secrétaire général, il commente l'actualité politique dans des journaux extérieurs. Ainsi tient-il chaque semaine une chronique dans Le Progrès de Lyon. Cette collaboration dure de 1918 à 1928. Il y aborde tous les sujets, de politique intérieure comme de politique internationale. À travers ces chroniques il est possible de connaître la position de Guernut sur la plupart des grands problèmes de la période. Analysant le congrès de ToursIO, il ne voit dans les conditions posées par Moscou pour l'adhésion à l'Internationale communiste qu'une seule condition, en réalité, celle d'être « pour l'insurrection et l'insurrection seule ». S'il rejetteIl la violence des moyens, il reconnaît, même aux instituteurs, le II

droit d'être communistes, d'exprimer des opinions communistes à condition de ne pas provoquer des actes condamnés par la loi. La politique réactionnaire du Bloc nationalI2 renforce selon lui le crédit des bolcheviques, mais dès 1922, en observant la tactique de front unique prônée par le Parti communisteI3, il estime que celui-ci ne croit plus à la révolution imminente. Laïque, dans la tradition des républicains fondateurs de la troisième République, il se prononce contre le rétablissement d'une ambassade au VaticanI4, il y voit un risque de division « dressant une partie de la France contre l'autre» alors que depuis quinze ans, grâce à la loi de Séparation, les querelles religieuses étaient closes. Mais en 1928I5,il apprécie la condamnation par la papauté de l'Action française, mouve-

ment qui, pour lui, est « une conspiration à ciel ouvert» contre
la démocratie; cette condamnation est aussi un rappel à

l'ordre de « certains prélats batailleurs ».
Mais le grave problème est celui que pose l'AllemagneI6. Pour Guernut il n'y a aucun doute, la France n'a aucune responsabilité dans la déclaration de guerre en 1914. Son droit aux réparations est fondé. Certes l'occupation de la Ruhr n'est pas contraire au traité de Versailles mais elle entraînera des risques, elle coûtera, elle découragera les Allemands démocrates; Guernut doute du bilan. Il s'oppose à l'appui donné aux séparatistes rhénans ou bavarois!?: la sécurité de la France doit être défendue par la S.D.N. et par la démilitarisation de la rive gauche du Rhin. La France, pense-t-il, doit aider la démocratie allemande pour que la République arrive à se doter d'une armée, d'une magistrature et d'une diplomatie républicainesI8. La perspective des élections législatives de 1924 le rend particulièrement attentif aux prises de position de la S.F.I.O. et du Parti radical. Chaque progrès de la gauche aux élections partielles le réjouif9; il déplore lorsqu'une fédération socialiste refuse de se désister pour un candidat radical; il s'interroge 12

sur les conséquences du mode de scrutin dans la stratégie de ses amis socialistes20 et souhaite, s'il demeure en l'état, malgré son immoralité, que les deux partis forment un « bloc des gauches» et présentent des listes communes. Et c'est effectivement cette stratégie du Bloc des gauches qui permet à Guernut en mai 1924 d'être candidat dans l'Aisne.

Une première tentative manquée: l'échec de I924

C'est en effet aux élections législatives de 1924 qu'Henri Guernut tente pour la première fois de conquérir un siège parlementaire dans l'Aisne. Ces élections se déroulent selon un mode de scrutin complexe: scrutin de liste départemental, il allie système majoritaire et système proportionnel. Si l'U.R.N.2Iconstitue une liste unique et si, de leur côté, les communistes présentent leur propre liste, radicaux et socialistes S.F.I.O. se divisent. Après de longs et difficiles débats, tirant les conséquences du maintien du mode de scrutin, la S.F.I.O. a accepté, malgré une forte répugnance à s'allier à un parti bourgeois, que chacune de ses fédérations établisse, après accord préa-

lable de la C.A.P.22, une liste de Cartel avec les radicaux. C'est
d'ailleurs la position qu'au cours des années précédentes Guernut, alors socialiste, a défendue dans plusieurs articles23. Ainsi le 19 mars 1924, le congrès fédéral S.F.I.O., réuni à Laon sous la présidence du secrétaire fédéral Albert Roy, choisit-il ses candidats à la future liste du Cartel: Léon Ringuier, député sortant, Henri Guernut, secrétaire général de la Ligue des droits de l'homme, et Eugène Tricoteaux, maire de Saint-Qyentin. 13

La fédération a-t-elle, au moment où elle prend cette décision, l'aval de la C.A.P. ? Il est difficile de le dire. Toujours est-il que ce choix suscite contestations et remous en son sein.

Un conseil fédéral doit le confirmer: « le Conseil fédéral fait
confiance à Ringuier, Guernut et Tricoteaux [...] décide de soutenir loyalement la liste du Bloc des gauches, fait appel à l'esprit de discipline de tous les militants pour assurer [...] le triomphe de la République démocratique et sociale... ». L'appel à la discipline n'est pas entendu: les contestataires, réunis à Bohain fin avril, forment une liste dissidente.

La C.A.P.appelée à arbitrer, « après avoir entendu les résultats
de l'enquête menée par Léon Blum et entendu les représentants des deux parties de la fédération, estime qu'il n'y a pas lieu de maintenir son interdit contre la liste de Cartel [...] et ne peut donner l'investiture du Parti à n'importe quelle autre liste se réclamant du Parti ». Cette décision permet, le 7 mai,

à Ringuier, Guernut et Tricoteaux de triompher:

«

le vigou-

reux appel à la discipline de la C.A.P. a refait l'unité [...] les traîtres au Parti sont ceux qui veillent le diviser, les candidats du Parti c'est nous ». L'autre liste se maintient pourtant. Du côté radical l'unité ne se fait pas davantage. Les délégués du Vervinois refusent de participer au congrès fédéral qui

se déroule « au milieu des injures et des cris

»24.

Les dissidents

constituent une liste conduite par Albert Hauet, député sortant, fortement implanté en Thiérache, sous le label « Union des gauches républicaines, radicales et radicales-socialistes ». Ainsi divisée la gauche ne peut pas s'attendre à un triomphe. Le Bloc des gauches n'a que deux élus, Accambray et Marquigny, tous deux radicaux25. Guernut manque son entrée à la Chambre des députés. Cet échec n'a pas que des aspects négatifs. En effet, si les journaux de droite ont présenté Guernut comme un inconnu: 14

« d'où sort le citoyen Guernut » s'est demandé Le Guetteur de

l'Aisne; ou comme le jouet avec Tricoteaux « d'Accambray le cumulard et de Ringuier- Deltroff »: « ils seront forcément chocolat» assure un autre26; la campagne électorale lui a permis de faire reconnaître, lors des réunions électorales, très fréquentées à cette époque, son talent oratoire, ses capacités de réparties face aux contradicteurs communistes ou autres, ses compétences en politique étrangère qu'il a traitée plus particulièrement aux côtés des autres orateurs de la liste. Les électeurs de gauche de Charly-sur-Marne, Château-Thierry, Condé-en- Brie, Fère-en-Tardenois, Neuilly-Saint- Front, pour nous limiter à la future circonscription de ChâteauThierry, ont certainement été sensibles aux qualités du candidat27.Le 29 avril, le sous-préfet de Château-Thierry, n'écrit-il

pas dans un rapport: « Anoter encore que ce qui augmente les
chances de cette liste c'est que MM. Marquignyet Guernut par l'habileté à exposer leur propagande et leur chaude éloquence ont fait une bonne impression partout où ils ont donné des conférences» ? Le sillon tracé au cours de cette campagne, les relais que représente le réseau des sections de la Ligue des droits de l'homme dans le département28 joueront certainement un rôle important dans sa désignation comme candidat de la gauche en 1928.

l

Yves Guernut,

Les Guernut en Thiérache. t. 2.

2 D'après La Tribune des républicainsde l'Aisne, 19 avril 1924, qui présente les candidats du Bloc des gauches aux élections législatives, un geste maladroit, mal interprété par le directeur, aurait contraint le jeune Guernut à retourner à Lavaqueresse où il aurait appris seul latin et grec avant d'entrer au lycée de Laon. 3 Roger Picard: « Un grand républicain », in Images d'Henri Guernut. Charles Gide, économiste; Charles Seignobos, historien; Célestin Bouglé, sociologue et Adolphe Landry; économiste sont de la même génération que Guernut.

15

4 Victor Basch dit avoir été à l'origine de ce choix: c£ infra. p. 71 (Banquet du 27 décembre 1932).
«

5 Madeleine Rebérioux:
6 Yves Guernut, op. cit.

Henri Guernut », in Hommes et libertés,n° 97/98, p. 36.
«

7 Réforme prononcée par la commission de réforme de Qyimper pour

névropa-

thie avec syncopes fréquentes ». Elle est confirmée par la 6e commission de réforme de la Seine le Il juin 1915. ADA 21R109. 8 Emmanuel Naquet: « Entre justice et paix, la Ligue des droits de l'homme et la grande guerre» in Le mouvement social », n° 183, p. 104. Raoul Verfeuil, Le Populaire,22 décembre 1917: « Ces crimes que Guernut dénonce avec raison, découlent de celui qui fut perpétré en août 1914 et que la Ligue des droits de l'homme - à l'exemple de la C.G.T. et du Parti - non seulement n'a pas flétri, mais a osé légitimer ». 9 Affaires du lieutenant
10

Chapelant,

de Jules Strimelle, des caporaux de Souain, etc.

Le Progrèsde Lyon, 2 janvier 1921.

II Ibid., 19 juin 1921, « à propos de la circulaire Bérard ».
12 Ibid., 16 janvier 1921, dans un article où il dénonce la dissolution de la C.G.T. par la onzième chambre correctionnelle de la Seine: cette dissolution est prononcée « au moment où, estime Guernut, [la C.G.T.] est devenue la grande organisa-

tion de progrès dans l'ordre». Paul Louis: Histoire du mouvement ouvrier en France. t. 2. L'affaire en resta là; la dissolution ne fut jamais mise en œuvre. 13Le Progrès de Lyon, 5 février 1922.
14

Ibid. 18 décembre 1921.

15Ibid. 18 mars 1928. 16 Ibid. 30 janvier 1923. 17Ibid. 9 octobre 1923. 18 Ibid. 2 juillet 1922. À l'occasion de l'assassinat 19 Ibid. 1er juillet 1923. 20 Ibid. 29 juillet 1923, 2 septembre
21
22

de Rathenau.

1923.

Union républicainedémocratique.

Commission administrative permanente. 23 Dans ses chroniques du Progrès de Lyon il relate les débats au sein de la S.F.I.O. sur la réforme du mode de scrutin et le problème des alliances. Le 2 septembre

1923 il écrit

«

le Bloc des gauches doit se faire ».
de l'Aisne, 3M2, rapport du préfet. locale, Hauet est également élu.

24 Archives départementales

25L'U.R.N. en totalise 5 et grâce à son implantation

26 Gaston Cagniard, dans L'Informateur du 9 février 1924: Pour lui Accambray est « à la fois député de l'Aisne et délégué des nègres de la Guinée au Conseil supérieur des colonies» et il accuse Ringuier d'avoir vendu des dommages de guerre, à Saint-<2.!lentin, à la société Veuve Deltroff et Cie. 27 Guernut totalise 4987 voix dans ce qui sera la future circonscription. La liste dis-

r6

sidente S.F.I.O.Y obtient entre 458 et 480 voix, la liste Hauet entre 1398 et 1645, la liste communiste entre 1267 et 1289. 28 Une centaine de sections dans le département en 1930 dont celles de Charlysur-Marne, Château-Thierry, Condé-en- Brie, Crézancy, Fère-en-Tardenois, Jaulgonne, Neuilly-Saint- Front, Tréloup.

AVRIL 1928: LE SUCCÈS

La candidature

Les élections se feront cette fois-ci au scrutin majoritaire à deux tours. La circonscription de Château-Thierry correspond à l'ancien arrondissement et réunit les cantons de Condé-en-Brie, Château-Thierry, Charly-sur-Marne, Fèreen-Tardenois et Neuilly-Saint-Front. Qyand arrive le moment pour les partis politiques organisés de désigner leurs candidats, Henri Guernut n'est plus membre de la S.F.I.O. comme en 1924. Il l'aurait quittée en 1926. Il n'appartient pas non plus au Parti radical. Or les Associations républicaines, radicales et radicales socialistes ont décidé, en préparation de leur Congrès fédéral, de ne voter que pour un candidat radical ou radical socialiste, inscrit régu-

lièrement « dans une Association de l'arrondissement

».

Pourtant Guernut, lors du congrès des Associations, Salle des conférences à Château-Thierry, qui doit choisir son candidat, affirme qu'il a été sollicité « depuis près d'un an par les uns et par les autres pour faire l'union des gauches, radicaux et socia-

listes dans l'arrondissement

»1.

Apparemment l'affirmation ne fait pas l'unanimité. Certains délégués dénoncent l'irrégularité du congrès puisque 19

tous les candidats ne sont pas membres du Parti radical. C'est le point de vue de l'Association de Charly-sur- Marne qui se retireZ: il est vrai qu'elle a son candidat, Paul Morlot, conseiller général de son canton, qui n'est pas présent Salle des conférences mais qui a, en signe de protestation, retiré par écrit sa candidature. Guernut devant cette situation se défend et déclare n'avoir accepté l'invitation que parce qu'il pensait que l'union était réalisée et, à son tour, il retire sa candidature. Le troisième candidat Petitjean, ancien sous-préfet de ChâteauThierry, fait de même. Sans candidat, contesté sur sa légalité, le congrès décide pourtant de procéder à un vote consultatif que Guernut rem-

porte largement sur Petitjean (408 voix contre 72). « Vivement
touché par ce résultat, le citoyen Guernut afflfme une fois de plus qu'il ne sera candidat que si l'union se fait entre les

Radicaux. » Avant de se séparer le congrès met sur pied une
commission3 qui doit tenter d'obtenir du bureau de la fédération et du comité exécutif que Guernut puisse, malgré tout, être candidat bien que n'étant pas radical. En fait la fédération veut imposer un autre candidat, Fernand Doucedame, conseiller général de Vailly-sur-Aisne. C'est l'affrontement violent. À Château-Thierry est créé un comité Guernut avec des notables de gauche, radicaux et même socialistes: Couvrecelle, Harvich, Bruneteaux, Guéret père et fils, Lamarre, Flamant, Joxe, conseiller général socialiste de Fère-en-Tardenois, Lescarcelle... les maires de MontSaint- Père, Bonneil, Étampes, Bézu, Bézu-Saint-Germain... Mais Couesnon, conseiller général de Château-Thierry, reste à l'écart. Une réunion publique de plusieurs centaines de personnes, « plus de mille» selon L'Avenir vote par acclamation un ordre du jour de confiance à Guernut. Pourtant la fédération maintient la candidature de Doucedame en écartant Morlot, ce qui entraîne le ralliement des radicaux de Charly-sur- Marne à Henri Guernut. 20

La cassure est faite dans la mouvance radicale: elle aura deux candidats, frères ennemis puisque l'un et l'autre figuraient sur la liste du Cartel en 1924 et que l'un et l'autre appartiennent à la Ligue des droits de l'homme4. Le premier promu et soutenu par la presque totalité de la gauche de l'arrondisse-

ment: « Notre choix est fait, écrit L'Avenir de l'Aisne, [...], un
grand républicain, rouge éprouvé, éminent, au passé sans tache... »; le second, parrainé par la fédération, mais rejeté par L'Avenir« dans cette circonscription on n'aime ni les effrontés, ni les bluffeurs, ni les esbroufeurs, ni les bateleurs et autres charlatans! » Au-delà du conflit de personnes et d'ambitions, l'on peut voir dans cet affrontement l'expression, excessive dans sa forme, de la singularité du sud de l'Aisne face au chef-lieu et au reste du département. L'électorat tranchera entre les deux adversaires5. À côté d'eux, René Hachette, conseiller municipal de Gland, radical indépendant, Lévêque communiste, Gauthier sans affiliation bien nette, sollicitent également les suffrages des électeurs de la circonscription. La campagne électorale peut s'ouvrir. Elle sera vive,

comme toutes les campagnes électorales de l'époque, « âpre »,
dira Guernut au Petit Provençal après sa victoire. L'Avenir de l'Aisne qui soutient inconditionnellement Guernut et l'Informateur de Gaston Cagniard, journal de droite et même d'extrême droite, s'affronteront durement.

21

La campagne

Dans cette campagne, Henri Guernut est, dans une certaine mesure, un candidat d'union. Du moins est-ce ainsi que

le présentent ses amis, « nous républicains, radicaux et socialistes de l'arrondissement de Château-Thierry avons résolu de nous unir» et ils rappellent que « l'union de la gauche» est

« une tradition constante de cet arrondissement

»6,

Guernut se

veut également tel. Et il ne cesse de l'afflfmer au cours de ses réunions. Est-il le candidat de la Ligue des droits de l'homme? L'appui que lui portent plusieurs grands noms pourrait le laisser penser. C'est ce que lui reproche Le Briard, journal de la Seine-et-Marne, qui l'accuse d'être un candidat de division et de mêler inconsidérément la Ligue à la bataille électorale. Victor Basch, président de la Ligue, essaie de mettre les choses au point dans un article de L'Avenir, le 13 avril, sous le titre « la Ligue et la bataille électorale ». Il y affirme qu'« aucun candidat ne peut se réclamer d'elle» mais que « tout ligueur a le droit et même, en certaines circonstances, le devoir de solliciter les suffrages ». Il ajoute, fait-il ainsi allusion à Doucedame ?, que cela ne doit pas nuire à l'unité de la Ligue. Mais est-ce si simple et si limpide lorsque le candidat n'est autre que le secrétaire général? A cette époque, un candidat dispose de deux instruments de campagne : l'écrit s'il bénéficie des colonnes d'un journal; les réunions publiques et contradictoires dans les salles des fêtes, les mairies ou sous les préaux d'école. Guernut peut compter sur L'Avenir de l'Aisne. Et il ne sera pas ménager de ses pas, puisqu'il visitera quelque cent trente communes. Dans le journal il publie éditoriaux et articles, bénéficie de la couverture de ses réunions électorales, reçoit le soutien de ses amis politiques, développe son pro22

gramme: il est vrai que le tirage est modeste, 3000 exemplaires. Lors des réunions publiques l'assistance est nombreuse qui peut apprécier son éloquence: 1000 personnes à Château-

Thierry, « conférence triomphale» proclame L'Avenir du 21
avril; toutes proportions gardées, il en est de même dans les chefs-lieux de canton, 300 auditeurs à Charly-sur-Marne, et même dans les petites communes. Il sait pour convaincre utiliser chaque facette de son talent oratoire, la souplesse et la logique du propos qui entraî-

nent l'adhésion de l'auditeur, qui « l'accrochent », qui le
« mène[nt] pas à pas et idée par idée à la conclusion [qu'elles] vement [lui] faire accepter? ». Au contradicteur il oppose, avec le sourire, l'ironie cinglante; à l'électeur inquiet ou curieux il répond avec une application de pédagogue. Ponctue-t-il sa réponse, comme l'écrit Jean Amoretti dans L'ŒuvreS par un « et maintenant que vous avez compris vous voterez pour moi» un peu condescendant, je ne sais, mais il est sûr que ses contradicteurs, comme le communiste cité dans le même

article, doivent penser qu'il « parle trop bien» et qu'ils ne peuvent pas lutter à armes égales. Après la violente polémique du début de campagne contre Doucedame, Guernut ajuste ses traits sur René Hachette qui lui paraît être l'adversaire principal puisque la droite s'apprête à voter pour lui et qu'il est ouvertement soutenu par Llnformateur. L'Avenir9 raille le candidat local, radical national que le chef de la droite, Armand Poisson, a pré-

senté aux hobereaux de la région; l'homme « habillé chez un
bon faiseur, cheveux bien lissés, pommadés [...] qui accepte toutes les réformes démocratiques mais qui à chacune ajoute un OUImals ». En revanche peu d'allusions à Lévêque, candidat d'un parti communiste dans sa phase sectaire, classe contre classe; Guernut ne croit pas au passage brusque et révolutionnaire du stade capitaliste au stade communiste et il voit dans les com23

munistes des républicains mécontents: « les réformes nécessaires faites, il n'y aura presque plus de communistes ». Aucune allusion à Gauthier qui serait, à en croire Cagniard, l'obligé de Guernut pour avoir, naguère, sollicité l'appui de la Ligue des droits de l'homme dans ses démêlés judiciaires. Si la polémique avec l'adversaire tient sa juste place dans la campagne, Guernut s'attache surtout à développer son programme et à affirmer la nécessité d'un changement de majorité. Pour lui, il fallait laisser s'accomplir l'expérience Poincaré mais maintenant l'Union des gauches doit se substituer à l'Union nationale qui est conservation politique et sociale. Réunion après réunion, Guernut précise, selon son auditoire, tel point particulier du programme qui a été publié dans L'Avenir et que l'on retrouvera dans le Barodefo. Ce programme est organisé autour de deux thèmes, la justice et la paix. Le thème de la justice rassemble toute la partie consacrée à la politique intérieure: service militaire d'un an et suppression ses conseils de guerre en temps de paix; école unique gratuite à tous les niveaux; toute une série de mesure allant de l'électrification des campagnes à la création d'un office du blé [c'est dans ce paragraphe consacré à l'agriculture qu'il préconise « limitation et contrôle sanitaire et moral de la main d' œuvre étrangère]; une justice « à portée de la main et du porte-monnaie» grâce au rétablissement des tribunaux d'ar-

rondissementII; impôt progressif « sur toutes les formes de
revenus »; « diminution des impôts indirects sur les objets de première nécessité »; lutte contre « la fraude sur les valeurs mobilières ». La paix n'est conçue que par la justice, par l'action de la S.D.N. «juge de paix international [...] il faut l'encourager, la fortifier, lui donner les moyens de contraindre les États récalcitrants ».
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