Hermès

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Hermès est un dieu à part, un dieu qui se situe à l'entrecroisement des chemins que nous pouvons prendre lorsque nous méditons sur le sens de la vie. Il est insaisissable et pourrait bien être la divinité qui nous invite à revenir sur nos pas, à pénétrer dans la nuit où notre volonté est inutile. Il nous aide à oublier le temps et l'espace, à voir ce qui ne dépend pas de l'idée, à pénétrer dans le domaine des ombres. Parce qu'il était différent, il est resté incompris.
Publié le : vendredi 15 avril 2016
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EAN13 : 9782140007651
Nombre de pages : 156
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GILBERT AndRIEu
HERMÈS P A S T E u R d E V I E
PASTEuR dE VIE
HERMÈS
HERMÈS PASTEUR DE VIE
Gilbert Andrieu HERMÈS PASTEUR DE VIE
Du même auteur Aux éditions Actio L’homme et la force, 1988. e L’éducation physique au XX siècle, 1990. Enjeux et débats en E.P., 1992. À propos des finalités de l’éducation physique et sportive, 1994. La gymnastique au XIXe siècle, 1997. Du sport aristocratique au sport démocratique, 2002. Aux Presses universitaires de Bordeaux Force et beauté. Histoire de l’esthétique en éducation physique e e aux 19 et 20 siècles, 1992. Aux éditions L’Harmattan Les Jeux Olympiques un mythe moderne, 2004. Sport et spiritualité, 2009. Sport et conquête de soi, 2009. L’enseignement caché de la mythologie, 2012. Au-delà des mots, 2012. Les demi-dieux, 2013. Au-delà de la pensée, 2013. Œdipe sans complexe, 2013. Le choix d’Ulysse : mortel ou immortel ?, 2013. À la rencontre de Dionysos, 2014. Être, paraître, disparaître, 2014. La preuve par Zeus, 2014. Jason le guérisseur au service d’Héra, 2014. Pour comprendre la Théogonie d’Hésiode, 2014. Héra reine du ciel. Suivi d’un essai sur le divin, 2014. Héphaïstos, le dieu boiteux, 2015. Perséphone reine des Enfers. Suivi d’un essai sur la mort, 2015. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08976-8 EAN : 9782343089768
UN FLÛTISTE AIMÉ DE TOUS  Commençons par parler de Pan avant de parler d’Hermès, autrement dit du fils avant de parler du père. M. Grant et J. Hazel, dans le Who’s Who de la Mythologie écrivent :  «Dieu des pâturages et plus particulièrement des moutons et des chèvres. Comme son père Hermès, Pan avait des liens étroits avec l’Arcadie. Son nom évoque sa fonction pastorale et signifie " berger " ou, littéralement " nourricier " (en grec archaïque paon). Dans l’Antiquité, il existait de nombreuses filiations pour Pan. On lui attribua comme père Hermès, Zeus, Apollon, Cronos et d’autres ; sa mère était Callisto ou Pénélope (peut-être une fille de Dryops), ou Hybris, 1 ou encore une chèvre. »  Pour moi il est le fils d’Hermès, peut-être même sont-ils ensemble une seule et même divinité.  Ce titre peut surprendre, mais il se rapporte aux mélodies qui peuvent s’entendre au loin lorsque l’on joue de la flûte. La flûte est une invention d’Hermès, mais on l’attribue aussi à Pan qui était son fils. Parce que je suis flûtiste, je suis probablement plus sensible à son charme et trouve dans les mélodies de cet instrument tout ce qu’il faut pour dissiper les angoisses que le temps ne cesse de faire naître en nous secrètement. La flûte possède la capacité de remplir d’émotion 1 GRANT M., HAZEL J.Le Who’s Who de la mythologie. Les dieux, les héros, les légendes. Paris, Seghers, 1975, p.308.
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et d’amour un espace qui semble ne pas avoir de frontière. Ses mélodies s’envolent et flottent dans les airs en défiant le temps, car, plus peut-être que d’autres instruments, elles sont immatérielles et, loin de toute prétention, atteignent le cœur sans éveiller le moindre raisonnement. Lorsque je jouais le « Chardonneret » de Vivaldi, je ne devenais pas un oiseau, concrètement, mais je m’envolais comme si ma flûte me donnait des ailes. Que dire de « Syrinx » de Claude Debussy qui me faisait pénétrer dans un monde dont je finissais par ignorer les contours et les volumes ? Comment parler du concerto pour flûte et harpe de Mozart ? Comment parler de cet échange divin entre les deux instruments qui se rapprochent rapidement pour chanter un véritable duo d’amour ? Comment oublier les « Lamentations d’Orphée » de Gluck qui nous communiquent les sentiments de cet amoureux qui a su convaincre les dieux de libérer son épouse Eurydice, mais qui a commis, hélas, la faute irréparable de douter de leur parole ?  La flûte est un instrument qui chante, mais aussi qui galope, qui fait des arabesques, qui saute de rocher en rocher au milieu de la nature ou monte tout droit vers le ciel, comme Pégase, pour le remplir de lumière. Avec elle, on peut sortir de son moi étriqué, d’un labeur exténuant pour devenir aussi léger que le plus agile des enfants d’Éole. Comme Psyché soulevée par Zéphyr, notre âme se laisse transporter dans le palais le plus accueillant où chaque note devient une source de bonheur.  Si je commence ce livre en essayant de mettre en valeur ce qu’apportent les sonorités de la flûte c’est parce qu’elles sont la meilleure visualisation possible de la divinité qui m’interpelle aujourd’hui. Comme une mélodie jouée par la flûte, Hermès est certainement l’Olympien le plus aérien, le plus insaisissable, celui qui nous transporte le mieux aussi bien jusqu’au Ciel qu’en Enfer, tout près des morts et de Perséphone qui en est la gardienne. Il est le dieu qui apparaît ou disparaît avant même que nous puissions comprendre pourquoi il nous veut du bien ou cherche à nous instruire. Dieu de tous les carrefours, il est d’abord, pour celui qui joue, la divinité qui le guide lorsqu’il se saisit de sa flûte et cherche dans ses mélodies l’oubli d’une pesanteur académique. Il est cette force qui conduit au-delà des
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sons, des mélodies, des sensations qu’elle provoque, de tout effort d’interprétation. Il est le dieu qui fait oublier à la fois l’instrument, la partition et celui qui en joue.  La flûte, surtout celle de Pan, celle qui est faite de roseaux, est par excellence un instrument de berger. Sa modestie accompagne la douceur des pâturages et la paix qui règne dans le cœur des bergers. Or Hermès est d’abord une divinité pastorale et nous pourrions aisément le rencontrer en nous promenant le soir, à la tombée de la nuit, en pleine nature alors que les bruits de la journée se sont peu à peu endormis. Il faut observer naturellement les étoiles un soir d’été pour l’imaginer près de nous.  C’est vrai que l’on attribue ordinairement la flûte au dieu Pan, mais qui était-il ?  LeDictionnaire des Symbolesnous dit :  «Dieu des cultes pastoraux, d’apparence à moitié humaine, à moitié animale ; barbu, cornu, velu, vif, agile, rapide et dissimulé ; il exprime la ruse bestiale, il est à l’affût des nymphes et des jeunes garçons, qu’il assaille sans égards ; mais sa faim sexuelle est insatiable et il pratique aussi la masturbation solitaire. Son nom, Pan, qui signifie tout, lui fut donné par les dieux, non seulement parce que tous lui ressemblent dans une certaine mesure par leur avidité ; mais aussi parce qu’il incarne une tendance propre à tout l’univers. Il serait le dieu de tout, indiquant sans doute l’énergie 2 génésique de ce tout, ou le tout de Dieu, ou le tout de la vie. »  Cette première présentation nous laisse entendre qu’il n’est pas seulement un démon qui pourchasse les nymphes ou les jeunes garçons, mais qu’il représente, comme les autres divinités, la force la plus importante de tout l’univers, celle qui permet la continuité de la vie, la reproduction des espèces et de l’homme en particulier. N’oublions pas que les aèdes sont d’abord des hommes et que leurs légendes sont leurs créations. En nous brossant le portrait de Pan, ils ont certainement voulu 2  CHEVALIER J., GHEERBRANT A.Dictionnaire des Symboles. Mythes, rêves, coutumes, geste, formes, figures, couleurs, nombres.Paris, Robert Laffont/Jupiter, 1982, p.724.
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nous rappeler que l’acte d’amour était fondamental et qu’il n’était pas propre aux mortels que nous sommes. Pan manifeste cette énergie qui se trouve dans la nature, dans la matière que Gaia fut la première à personnifier si l’on fait référence à la 3 ThéogonieComme le bélier, le bouc symbolise d’Hésiode . cette force.  Dans un « Hymne » attribué à Orphée, nous découvrons 4 qu’il est imploré pour chasser la Panique ! En reprenant l’hymne, nous retrouvons ces caractéristiques qui font de lui une divinité particulière, attachante par ses multiples contrastes.  «J’invoque Pan l’impétueux, le pastoral, l’universel,  Qui est ciel, qui est mer, terre souveraine, feu immortel…  Viens, toi le Bondissant, tournoyant compagnon des Heures,  Chèvre-pied, enthousiaste bacchant, roi de Champêtre,  Qui fait délirer la nature par tes folâtres airs,  Maître des illusions, instigateur des terreurs,  Qui aime près des sources ô surprendre bergers et bouviers…  Tes noms sont innombrables, ô universel géniteur,  Prodigue fécondateur, ombrageux fervent des cavernes,  Zeus porteur de cornes…  Toi dont l’œil si perçant parcourt les sommets.  Ces multiples bienfaits, c’est toi qui les ordonnes, 5  Qui provoques et prévois la marche de la nature… » 3 HÉSIODEThéogonie. La naissance des dieux. Traduit du grec par Annie Bonnafé. Précédé d’un essai de Jean-Pierre Vernant. Paris, Rivages poche/Petite Bibliothèque, 1993. 4 On parle souvent d’une terreur panique. Le mot est toujours utilisé, mais rares sont ses utilisateurs qui le font remonter jusqu’à Pan qui passait pour troubler les esprits. Il s’agit souvent d’une terreur extrême et soudaine, totalement irraisonnée et souvent collective. Elle engendre la déroute, la fuite, le désordre. M. Grant et J. Hazel nous disent à ce propos : «Il apparaissait parfois comme une divinité effrayante, en particulier il se fâchait si on le dérangeait pendant son sommeil tant la nuit que durant la chaleur du jour.» (p.309) 5  ORPHÉEHymnes. Discours sacrés. Présentation, traduction et notes, Jacques Lacarrière. Paris, Imprimerie Nationale, 1995, p.59.
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 Mais c’est avec l’« Hymne à Pan » attribué à Homère que nous apprenons qu’il serait le fils d’Hermès. Ses caractéristiques restent les mêmes : rapide, léger, folâtre, amoureux. Il est révéré par les pasteurs et se laisse charmer par les Nymphes aux pieds légers. Retenons cette allusion à sa musique ;  «Quelquefois, à la nuit close, les chasseurs rentrant au logis l’entendent jouer de son pipeau : sa musique est délicieuse, elle séduit tant les cœurs qu’elle surpasse en douceur le chant de l’oiseau nocturne qui laisse tomber comme une pluie dorée, sur les près fleuris du printemps, sa tendre 6 plainte langoureuse. »  Rappelons surtout ce que nous dit l’auteur en parlant d’Hermès lorsqu’il vint le présenter aux Bienheureux :  «Ils chantent Hermès le bienfaisant, messager rapide des dieux. Ils racontent comment il parvint un jour dans l’Arcadie moutonneuse aux mille cours d’eau riants, ou comment on lui érigea au temple vénérable, sur le grand mont Cyllène, son domaine. En ces lieux, jadis, et malgré sa divinité, il fut contraint de garder les troupeaux d’un simple mortel : chèvres et brebis aux toisons poudreuses. Dans leurs hymnes, ils racontent encore le tendre désir amoureux qui, un jour, s’empara de son cœur lorsqu’il aperçut la fille de Dryops, la Nymphe aux beaux cheveux, et comment, après avoir longtemps soupiré, il sut la persuader de lui ouvrir sa couche. De lui, elle conçut un fils dont l’aspect, lorsqu’il naquit, était repoussant et monstrueux. Elle s’enfuit d’un bond, celle dont le devoir était de le nourrir, tant sa frayeur fut grande à la vue de cet enfant échevelé et barbu. Mais Hermès le bienfaisant le prit aussitôt dans ses bras, ravi jusqu’au fond de l’âme. Il enveloppa son fils dans l’épaisse fourrure d’un lièvre des montagnes et se hâta vers l’Olympe aux lourds nuages où siègent les Immortels pour présenter à Zeus son enfant nouveau-né. Il s’assit au milieu de l’assemblée des dieux, et tous se réjouirent à la vue de ce petit visage rieur. Dionysos Bacchos le chérit plus que tous les
6  HOMÈREDes Héros et des Dieux (Hymnes).du grec et Traduit présenté par François Rosso. Paris, arléa, 1993, p.128.
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