Histoire d'Athènes

De
Publié par

Athènes : la plus vieille ville d’Europe, répètent à l’envi auteurs de guides et tour-opérateurs. Il n’existait pourtant jusqu’ici aucune synthèse accessible retraçant son histoire des origines à nos jours. Les érudits comme les écrivains ont trop longtemps voulu voir en elle l’Athènes ancienne et dans l’Athènes ancienne l’Athènes de Périclès. Trois millénaires ont ainsi été rapportés à trois décennies. Le tourisme de masse n’aura fait que pousser un peu plus avant le processus : l’Athènes de Périclès s’est trouvée réduite à l’Acropole, et l’Acropole au Parthénon.
Nous connaissions ou pensions connaître une Athènes. Ce livre en fera découvrir beaucoup d’autres. Se voulant tout aussi attentif à la continuité qu’aux métamorphoses, l’auteur a essayé de suivre la ville, dont on peut dire qu’elle est aussi, à sa manière, une ville éternelle, dans ses états successifs : l’Athènes archaïque, l’Athènes classique, l’Athènes hellénistique, l’Athènes romaine, l’Athènes byzantine, l’Athènes ottomane, l’Athènes moderne.
Cette Histoire d’Athènes, qui n’hésite pas à prendre par moments l’allure et le ton d’un récit de voyage, voudrait donner au lecteur curieux l’envie d’aller voir ou revoir une ville aux multiples visages, où s’est jouée et se joue encore, pour le meilleur et pour le pire, une bonne part de notre destin.
Publié le : jeudi 5 septembre 2013
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021002012
Nombre de pages : 206
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
JACQUES BERSANI
HISTOIRE D’ATHÈNES
Des origines à nos jours
TALLANDIER
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2013 pour la présente édition numérique
www.centrenationaldulivre.fr
Réalisation numérique:www.igs-cp.fr
EAN: 979-1-02100-201-2
TABLE DES CARTES, DESSINS ET PLANS
1. La ville d’Athènes et ses environs22 2. La division de l’Attique par Clisthène 43 3. Athènes et Le Pirée 53 e 4. L’Agora au V siècle 64 e 5. L’Acropole au V siècle 70 6. La généalogie de la famille des Antigonides 89 7. L’Athènes romaine 112 8. L’église de Daphni 132
9. Le centre de l’Athènes moderne 176
Pour Nicolas, sans qui je n’aurais jamais commencé ce livre. Pour Nadine, sans qui je ne l’aurais jamais terminé.
INTRODUCTION
Dans sa préface, inédite en français, à l’un des plus beaux livres jamais écrits sur Constantinople, Umberto Eco s’interroge sur la façon dont les villes nous sont données: «Il y a des villes dans lesquelles on se trouve transporté d’un coup, sans avoir eu le temps de les apercevoir de loin (comme Londres, Rome, Paris) et d’autres que l’on ne peut pas éviter de voir émerger peu à peu (je songe à New York, que l’on y arrive par la mer ou par l’autoroute depuis (1) l’aéroport ).» Jusqu’à la mise en service, à l’occasion des Jeux olympiques de 2004, d’un nouvel aéroport, Athènes appartenait plutôt à la seconde catégorie. Que l’on arrivât par bateau au Pirée ou par avion à Hellinikon, l’ancien aéroport situé en bord de mer, le trajet vers Athènes se faisait pour l’essentiel par le même itinéraire: au bout de quelques kilomètres d’avenues ou de boulevards empoussiérés, c’était, dans l’émoi de la découverte ou la tendresse des retrouvailles, l’émergence progressive de l’Acropole. Personne n’a mieux décrit ce type d’expérience que Cocteau, avec cet humour dont s’assortit toujours chez lui la poésie. En 1936, l’écrivain persuade Jean Prouvost, alors directeur deParis-Soir, de l’envoyer avec son ami Marcel Khill sur les traces des héros de Jules Verne refaire le tour du monde en quatre-vingts jours. Après Rome, Athènes. Sitôt débarqués au Pirée, les deux compères se précipitent dans un bus. Une jeune dactylographe à lunettes se tient assise devant Cocteau, presque debout, le poing sur la hanche. «Dans le triangle formé par son buste et son bras, défile un paysage de banlieue toulonnaise. Je somnole, réveillé par les cahots. Soudain, mes yeux s’écarquillent. Que vois-je? Dans le cadre de ce corps féminin je vois une petite cage cassée très longue et basse, comme celles que les enfants tressent avec des herbes pour emprisonner les sauterelles. Elle repose en l’air et du vide l’environne. Quoi? Mon cœur se met (2) à battre. Cette petite cage éventrée… serait-ce?… Mais oui, c’est lui, c’est le Parthénon!» Pour les aventureux qui persistent à faire le voyage de Grèce par la route (je fus jadis de ceux-là), il existe une autre entrée dans Athènes, par l’ouest. Elle emprunte à peu près le tracé de l’ancienne voie sacrée, qui partait d’Éleusis. L’intensité de la circulation ne laisse plus trop le loisir d’admirer le paysage, encore moins de méditer sur les aléas de l’histoire, comme Chateaubriand put le faire… ou veut nous faire croire qu’il le fit en 1806. «Les voyageurs qui visitent la ville de Cécrops arrivent ordinairement par Le Pirée ou par la route de Négrepont. Ils perdent alors une partie du spectacle, car on n’aperçoit que la citadelle quand on vient de la mer: et l’Anchesme coupe la perspective quand on descend de l’Eubée. Mon étoile m’avait (3) amené par le véritable chemin pour voir Athènes dans toute sa gloire .» C’est lui-même et non pas son étoile que devrait remercier le voyageur. Michel de Jaeghere a démontré ce dont se (4) doutaient déjà les bons spécialistes : Chateaubriand est arrivé tout simplement par Le Pirée, comme l’avait déjà fait Pausanias bien des siècles avant lui, et il arrange la réalité à sa convenance. Seul compte, à vrai dire, le résultat: l’une des plus belles pages de la littérature française. Ces différentes approches, par le sud ou par l’ouest, sont devenues marginales. La grande majorité des visiteurs débarquent aujourd’hui par avion à Elefthérios Vénizélos, assez loin à l’est de la ville, et suivent donc «la route de Négrepont», comme l’appelle Chateaubriand. Plus d’initiations savamment graduées, plus de panoramas éblouissants. Des deux catégories proposées par Eco, Athènes est passée désormais de la seconde à la première. Mal lui en aura pris. Se retrouver sans transition au terme d’un parcours en aveugle par métro, bus ou taxi quelque part entre Omonia et Syntagma, c’est commencer par ce que la ville, qui réserve tant d’heureuses surprises à qui sait la découvrir, offre sans doute de pire: ce policier fou, par exemple, qui, lors de ma dernière venue à Athènes, s’acharnait interminablement sur son sifflet, derrière l’hôtel de Grande-Bretagne, pour tenter de maîtriser la horde klaxonnante qui l’encerclait.
Voilà qui rend plus nécessaire encore, pour qui ne veut pas s’en tenir aux clichés habituels, le recours à la méthode qu’avait adoptée Montesquieu. Arrivé dans une ville qu’il ne connaissait pas, l’auteur deL’Esprit des loisd’escalader l’endroit le plus élevé, colline ou s’empressait clocher, pour prendre au plus vite, du haut de son perchoir, la mesure de son nouveau territoire. Il existe bien des perchoirs d’où contempler Athènes et mieux la comprendre. Tous ont leurs qualités, en dehors de l’Acropole, bien sûr, puisque de l’Acropole… on ne voit pas l’Acropole. On peut emprunter le funiculaire et gagner le sommet du Lycabette. Tout comme les amoureux de Venise ont un faible pour le campanile de San Giorgio Maggiore plutôt que pour celui de la place Saint-Marc, j’avoue ma préférence pour un autre perchoir situé à proximité, un peu en contrebas: le «Galaxy». De la terrasse en plein air de ce bar, au dernier étage du Hilton, le plus beau d’Athènes vous appartient. L’Acropole bien sûr, et les collines qui la bordent, mais aussi Le Pirée, plus au sud, et tout au loin, à l’ouest, dans le soleil couchant qui s’attarde sur la mer (car c’est le soir qu’il faut fréquenter cet observatoire magique), Salamine et son troupeau de bateaux, dont on ne sait s’ils attendent d’être déchargés ou désarmés. Vues d’en haut, ville ancienne et ville moderne, qu’il est de bon ton d’opposer, cohabitent en paix, dans une heureuse harmonie. Les immeubles d’aujourd’hui, si décriés, dialoguent, dans une même lumière de miel, avec les temples d’autrefois. Athènes, réunifiée, redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, «la plus vieille ville d’Europe», comme l’écrit à bon droit John (5) Freely , une ville enfin rendue à l’histoire, une ville à laquelle on peut rendre enfin son histoire. Les érudits comme les écrivains n’ont trop longtemps voulu voir dans Athènes que l’Athènes antique, et dans l’Athènes antique que l’Athènes de Périclès, soit une petite trentaine d’années. Ce choix très restrictif, qui fait d’Athènes une ville n’appartenant plus au temps mais à l’éternité, sans rien qui précède ni rien qui suive, a conduit aux grands discours creux sur le «miracle grec». Le déni évident de réalité qu’implique cette vision tout à la fois magnifiée et minorée d’Athènes n’est pas sans risques: Freud lui doit ce «trouble du souvenir», accompagné à l’évidence d’un œdipe mal refoulé, qu’il ressentit sur l’Acropole en 1904 et dont il fera état trente-(6) deux ans plus tard auprès de Romain Rolland . Le tourisme de masse, tel qu’il s’est développé e dans la seconde moitié du XX siècle, n’aura fait que pousser un peu plus avant le processus: l’Athènes de Périclès s’est réduite à l’Acropole, et l’Acropole au Parthénon. Ne retenir que trois décennies sur trois millénaires: si elle ne peut plus s’excuser aujourd’hui avec les récents développements de la recherche, notamment sur les périodes hellénistique et romaine, cette attitude peut encore se comprendre. En voyageur averti, Olivier Rolin a fait remarquer, dans un court texte plein de verve, qu’Athènes «est la seule capitale d’Europe où l’histoire, affectée d’une syncope de près de vingt siècles, n’inscrit pas ses tracés et ratures (7) successifs, composant ce palimpseste de pierre qu’est une ville ». Il est certain qu’elle n’offre pas le même «mille-feuilles de civilisations» (l’expression est de Fernand Braudel, qui l’appliquait à l’ensemble de la Méditerranée) qu’une ville comme Rome. Mais «les tracés et ratures successifs», même s’ils ne sont désormais accessibles qu’à l’initié, sont loin d’avoir disparu. Ils étaient beaucoup plus visibles du temps de Chateaubriand. Retrouvons le vicomte où nous l’avons laissé, sur la route d’Éleusis à Athènes: «La première chose qui frappa mes yeux, ce fut la citadelle éclairée du soleil levant: elle était juste en face de moi, de l’autre côté de la plaine, et semblait appuyée sur le mont Hymette qui faisait le fond du tableau. Elle présentait, dans un assemblage confus, les chapiteaux des Propylées, les colonnes du Parthénon et du temple d’Érechtée, les embrasures d’une muraille chargée de canons, les (8) débris gothiques des chrétiens et les masures des musulmans .» En une phrase, trois époques ou, si l’on préfère, trois Athènes: l’Athènes classique, l’Athènes byzantine, l’Athènes ottomane. Si la deuxième et surtout la troisième n’ont plus guère aujourd’hui de quoi retenir le regard, ce n’est pas faute d’avoir existé. Il arrive que l’histoire refasse ou plutôt défasse l’histoire au point de nous faire croire qu’elle ne s’est pas produite. C’est bien ce qui s’est passé à la naissance du jeune État grec en 1834. Si presque toutes les mosquées ont été détruites, si la tour franque qui dominait l’Acropole a été jetée bas au grand dam de Barrès, ce fut l’effet d’une décision
politique. Il fallait supprimer tout ce qui rappelait une oppression honnie, et offrir à la place, à des citoyens disparates et divisés, un souvenir, un modèle mobilisateurs: la gloire passée de l’Athènes classique. En parlant de syncope, Olivier Rolin, auquel Thanassis Valtinos fait écho (9) dans le même ouvrage , prend la conséquence pour la cause. S’il n’y a pas de traces, pour lui, c’est qu’il n’y a pas eu d’histoire. C’est tout l’inverse qui s’est produit: s’il n’y a pas de traces ou plus exactement s’il n’y a plus de traces, c’est parce qu’il y a eu une histoire. C’est précisément cette histoire, des origines jusqu’à nos jours, que je me propose de raconter, sans «syncope», dans les pages qui suivent. Si l’on excepteLe Roman d’Athènes, de (10) Marie-Thérèse Vernet Straggiotti , qui est aussi peu à vrai dire un roman qu’une histoire, il n’existe en français aucun ouvrage d’ensemble sur le sujet. La situation est la même, ou peu s’en faut, en anglais, en italien, en grec. Autre particularité, qui complique fortement la tâche dès lors que l’on se fixe comme objectif un traitement à peu près équilibré entre les différentes périodes: s’il y a abondance d’informations sur l’Athènes classique, l’Athènes ottomane et plus encore l’Athènes byzantine ne semblent guère avoir retenu l’attention des historiens. Mais la principale difficulté que j’ai rencontrée tient à l’objet même de mon enquête. C’est la ville d’Athènes qui m’intéresse ici et non pas la cité-État du même nom, qui domina jadis la Grèce avant de s’effacer peu à peu comme telle. Pierre Brulé est l’un des rares à avoir bien marqué la différence: «Quand on dit aujourd’hui “Athènes”, on peut entendre deux choses: au sens moderne, la ville, la ville antique ou la ville d’aujourd’hui, au sens antique, la cité, ainsi quand on dit qu’Athènes fait la guerre ou s’allie à tel ou tel. Il faut bien prendre garde à distinguer (11) les deux sens .» J’y ai pris garde, autant que j’ai pu, sans être sûr d’y avoir toujours réussi. Le plan suivi est évidemment chronologique et reprend, à quelques nuances près, les périodisations traditionnelles. En me voulant aussi attentif à la continuité qu’aux métamorphoses, j’ai essayé de suivre la ville d’Athènes, dont il faut rappeler que le nom même est au pluriel (les bourgades qui entouraient l’Acropole avant leur regroupement? les différentes «incarnations» d’Athéna, la déesse éponyme?), dans ses états successifs. Je l’ai fait sans m’interdire au besoin la première personne, celle que l’on se garde en principe d’utiliser dans un ouvrage de ce genre. Mais il m’a semblé que le statut de témoin et celui d’historien n’avaient rien de contradictoire, à condition, bien évidemment, que les expériences vécues de l’un ne viennent pas perturber indûment le souci d’objectivité de l’autre. Tout au long de ce parcours, un livre m’aura beaucoup aidé, plus encore par la méthode qu’il propose que par les informations qu’il apporte: celui de Roland Étienne sur l’histoire urbaine de (12) l’Athènes antique . L’auteur, par un excès de modestie dont je lui suis bien involontairement e redevable, a choisi d’interrompre son étude à la fin du III siècle après J.-C. S’il l’avait poursuivie jusqu’à nos jours, comme il y avait songé un temps, le présent livre n’aurait pas eu lieu d’être.
Notes
(1) Umberto Eco, préface àCostantinopoliDe Amicis, Einaudi, 2007, p. VI. Ma d’Edmondo traduction. (2)Cocteau, Jean Tour du monde en 80 jours (mon premier voyage), Gallimard, coll. «Idées», 1983, p. 28-29. (3) François-René de Chateaubriand,Itinéraire de Paris à Jérusalem, Gallimard, coll. «Folio», 2005, p. 165. (4)Michel de Jaeghere, Voir Le Menteur magnifique, Chateaubriand en Grèce, Les Belles Lettres, 2006. (5)le sous-titre de son ouvrage Dans Strolling through Athensdans Athènes), (Promenades Londres, Tauris & Co Ltd, 2004: «Fourteen Unforgettable Walks Through Europe’s Oldest City» (Quatorze promenades inoubliables dans la plus vieille ville d’Europe). (6)Freud, «Un trouble du souvenir sur l’Acropole», dans Hervé Duchêne, Sigmund Le Voyage en Grèce, Robert Laffont, coll. «Bouquins», 2003, p. 879-886. (7)Rolin, «Modeste mémoire pour démontrer l’existence d’Athènes», dans Olivier Athènes, Autrement, 1997, p. 6. (8)François-René de Chateaubriand,Itinéraire de Paris à Jérusalem,op. cit., p. 165. (9)Thanassis Valtinos, «Deux ou trois choses que j’aime en elle…»,Athènes,op. cit., p. 17. (10)Marie-Thérèse Vernet Straggiotti,Le Roman d’Athènes, éd. du Rocher, 2004. (11)Brulé, Pierre La Cité grecque à l’époque classique, Presses universitaires de Rennes, 1994, p. 3. e (12)Roland Étienne,III sièclAthènes, espaces urbains et histoire (des origines à la fin du e après J.-C.), Hachette, 2004.
Chapitre premier
L’ATHÈNES ARCHAÏQUE
Dans le désert du Colorado on parlerait demesa. Ce massif tabulaire isolé – que, par une sorte d’antonomase à rebours (ce n’est pas le nom propre qui devient ici nom commun mais le nom commun qui devient nom propre), il est convenu de nommer l’Acropole – constitue l’un de ces sites d’exception que la géographie a su de tout temps proposer à l’histoire. Et l’histoire, en l’occurrence, n’a pas manqué de saisir l’occasion qui lui était tendue. Situé au débouché d’une plaine, à quelques kilomètres de la mer, ce Masada hellène avait de quoi rassurer des populations soucieuses de se protéger des incursions des pirates sans se couper pour autant des ressources de la mer. À cette époque, comme l’écrit si joliment un historien qui ne s’interdisait pas d’avoir du style, «mieux vaut se tenir à l’écart et, du haut des collines, surveiller (1) la plage de sable où se tirent au sec les vaisseaux noirs». (2) C’est du reste l’une des constantes du paysage grec, qui n’avait pas échappé à Thucydide , que le binôme formé par une ville terrienne, située en hauteur, et son port, souvent rudimentaire. L’île de Cythère en fournit encore aujourd’hui un excellent exemple avec, sur sa côte méridionale, les deux petites anses de Kapsali, que surplombe, à quatre kilomètres de distance, le bourg-forteresse de Khôra. Lorsque le port devient lui-même une ville, comme ce fut le cas du e Pirée pour Athènes au V siècle avant J.-C., ce changement de statut s’accompagne d’un changement de nom: il ne s’agit plus désormais d’unépinéion, un simple mouillage, mais d’un (3) limen(les Grecs disent aujourd’huilimani) . Si l’on regarde maintenant vers la terre, d’où le danger peut également venir, on s’apercevra que l’Acropole occupe, ici encore, une position tout à fait privilégiée. Du haut de ce mirador naturel qui culmine à 156 m, la vue embrasse un immense panorama, depuis les collines de l’Aigaléos, à l’ouest, qui séparent la plaine d’Athènes de celle d’Éleusis, jusqu’aux sommets du Parnès (1413 m), du Pentélique (1106 m) et de l’Hymette (1037 m), qui la limitent au nord et à l’est en direction de la plaine de Marathon. L’Acropole elle-même se situe à l’extrémité sud d’une sorte de dorsale en pointillés qui inclut, en remontant légèrement vers le nord, la colline du Lycabette (277 mètres) et le plateau de l’Anchesmos. (4) Le «plus admirable rocher du monde», comme l’appelait Edmond About , domine de près de 80 mètres la plaine alluviale du Céphise, qui s’étend entre l’Aigaléos et la dorsale dont il fait partie. Le Céphise est ou plutôt était (ils ont tous été asséchés ou recouverts depuis) l’un des trois torrents méditerranéens qui étaient censés irriguer jadis la plaine d’Athènes. Descendant du Pentélique, il était rejoint par l’Ilissos, venu de l’Hymette et qui avait longé le flanc sud de l’Acropole, avant de se jeter dans la baie de Phalère. Un troisième cours d’eau, l’Eridanos, un filet plutôt qu’un cours, prenait sa source sur les pentes du Lycabette et se perdait du côté du Céramique, après avoir pris en écharpe l’Agora. Rareté de l’eau, climat étouffant en été (il l’est toujours, et plus encore, du fait de l’urbanisation galopante): c’était le prix à payer pour tant d’avantages stratégiques.
*** Des traces d’un très ancien habitat remontant au néolithique, c’est-à-dire à l’âge de la pierre taillée, ont été découvertes sur et autour de l’Acropole. Mais la première implantation d’importance à être véritablement attestée remonte à l’époque mycénienne. «Vers 1250 avant J.-C., écrit Bernard Holtzmann, une enceinte isole pour la première fois le plateau de ses
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.