HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT DES HOPITAUX DE PARIS

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La formation à l'hôpital occupe une place originale dans la grande sphère de l'enseignement. Ce livre raconte quand, pourquoi et comment les quarante et un écoles, instituts et centres de formation de l'Assistance publique - Hôpitaux de paris (AP-HP) ont été créés.

Publié le : vendredi 1 octobre 1999
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EAN13 : 9782296396036
Nombre de pages : 222
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HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT
DES HÔPITAUX DE PARIS
Les Blouses Blanches en fonnation initiale et continue

Collection Histoire de Paris dirigée par Thierry Halay

L'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France est un vaste champ d'étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects. Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages ou les évènements qui ont marqué les siècles. Elle s'efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des Parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu'il s'agisse d'individus célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées. Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d'un travail de fond, s'adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble documentaire passionnant et de qualité. A côté de l'intérêt intellectuel qu'elle présente, l' histoire locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les gens, les évènements et le patrimoine de différentes périodes, à mieux comprendre Paris et l' Ile-de-France.

Déjà parus

Thierry HALAY, Paris et ses quartiers, 1998. J. Paul MARTINEAUD, Une histoire de l'Hôpital Lariboisière, 1998. Michèle VIDERMAN,Jean Ramponneau, Parisien de Vignol, 1998. Victor DEBUCHY, La vie à Paris pendant le siège 1870-1871,1999. Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris en 400 dates, 1999.

@ L'Harmattan, ISBN:

1999

2-7384-8266-X

Robert Vial

HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT
DES HÔPITAUX DE PARIS
Les Blouses Blanches en fonnation initiale et continue

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

DU MÊME

AUTEUR

Moeurs, santé et maladie

en 1789, Paris, Éditions Londreys,

1989. Plaidoyer pour le préservatif, Paris, Association Educ'sida, Hôpital Bichat, 1993. Chronologie de l' histoire de la médecine, Paris, Éditions Jean-Paul Gisserot, 1995. Histoire des Hôpitaux de Paris sous l'Occupation, Paris, Éditions L'Hannattan, 1999.
Histoire des Hôpitaux d.e Paris en quatre cents dates, Paris, Éditions L'Hannattan, 1999.

INTRODUCTION
Dès la fin du XVIDe siècle les progrès scientifiques rendent manifeste le besoin de médecins et de chirurgiens connaissant bien la nouvelle médecine clinique, ses méthodes et ses instruments. Les Hôpitaux de la capitale sont un petit réservoir national de sommités; il en fallait beaucoup de ces bons médecins et chirurgiens car la demande de soins s'intensifiait. A ce moment des professeurs de la faculté de médecine s'installent à l'hôpital parisienpour enseigneren soignant.En 1802, des carabins, internes et externes recrutés sur concours, travaillent auprès des patrons. En 1878 sont ouvertes les premières écoles d'infirmières. L'enseignement aux Hôpitaux de Paris va aller de la lutte contre l'illettrisme jusqu'à l'agrégation. Les entreprisesprivéesou publiquesà deux "missions": produire et diplômer demeurent encore à la fm du XXe siècle des cas d'exception. Parmi elles, plus que jamais, les insubmersibles hôpitaux parisiens sous le nom d'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Quels atouts ont-ils permis à cette institution venue du Moyenâge d'être la première entreprise formatrice de bons professionnels de la santé et du travail social dans le monde? Question pouvant s'énoncer: comment s'y prendre pour que des jeunes, agents ou étudiants, deviennentcomme ils le souhaitentet comme le souhaite la société, des professionnels avertis, instruits et qualifiés? TIa fallu à l'AP-HP pour revêtir ses habits de fonnateur beaucoup de savoir faire et aussi de l'argent. A sa volonté persévérante s'est ajoutée la conviction. Des médecins ont, avec l'arrivée des idées démocratiques de la me république, contribué à faire progresser l'accès du dévoué petit personnel serviteur,garçons et filles de salle, au rattrapage scolaire puis à la culture professionnelle. L'humanisme de ces créateurs était, à n'en pas douter, l'expression d'un désir sincère de plus grande égalité entre les classes sociales. Il y a eu de leur part motivation. Perçons des secrets. Ces promoteurs des valeurs humaines n'auraient rien pu faire seuls: ils ont rencontré l'adhésion de décideurs élus municipaux qui ouvrirent des crédits venant de l'impôt et signèrent des textes. 7

Les responsables hospitaliers parisiens ont-ils été les premiers employeurs sociaux? Ce n'est pas loin d'être vrai..Tout, autour d'eux, poussait à l'humanisme; quoi de plus conscientdes ma1heurs de l'Homme que la médecine et l'hôpital ? Ces décideurs voulaient, par la qualificationdu personnel, faire progresser l'hôpital au profit de la population la plus déshéritée: ils construisaient, imaginaient des procédures, sollicitaient de l'argent, amélioraient hélas lentement salaires et conditions de travail. Créer des enseignements n'est-il pas ce qu'ils firent de mieux? Ces cours ont longtemps été ignorés au delà des Hôpitaux de Paris. N'étaient-ils pas des corps étrangers dans notre appareil d'instruction publique qui se construisait? Les écoles hospitalières formaient des employés "manuels" considérés comme non "intellectuels" dans une société de classes ou les deux groupes étaient nettement distincts. Les gouvernements qui avaient tant à faire en matière d'instruction publique évitaient les tirs de barrage hostiles. L'hôpital n'a pas fait évoluer le modèle scolaire académique. TI utilisa, lui aussi, la salle de cours mais, ce qui est original, il y ajouta le stage où l'étudiantest en situationde travail.Les hôpitaux parisiens ont-ils inventé le stagiaire dont les premiers furent les internes travaillant la nuit sans le maître? Les équipes médicales hospitalières n'ont jamais eu le choix: toutes leurs productions ayant une incidencesur la vie, il leur fallait fonner leurs aides: les motiver,leur apprendreà observer,regarder, interroger, écouter, analyser les dires, les comportements, écrire, compter, comprendre, communiquer,effectuer des examens et des traitements, faire du soin d'hygiène et du soin technique humain, aimer son travail, ne pas se tromper. Elles durent également aider les élèves à vaincre le stress face à la souffrance; aussi, leur apprendre à se comporter avec les malades, à prendre conscience de leurs conditionnements et préjugés, ce qui fut le plus long. TIs devaient, enfin, savoir travailler en équipe. La grande mutation associant organisation (management) et formation (méthodes actives)est celle des années 1960; le concept de développement hospitalier se donne alors pour objectif l'adaptationpennanente des équipesde travailaux changementsliés 8

à toutes les évolutions. Les mots: qualité, satisfaction, méthodes, évaluation, accueil, dialogue, fondent le rôle des cadres avec pour impératif la nécessité de s'assurer de la capacité de chaque professionnel à faire les tâches et à assumer les responsabilités confiées. On entend: "assez phosphoré, agissons", encore faut-il savoir comment agir efficacement. La compétence obtenue par la formation fit, par ailleurs, sortir tout le personnel de l'anonymat. Ajoutons que l'argent de la Sécurité sociale bien que sans excès est pour quelque chose dans la grande extension de la formation du personnel des Hôpitaux de Paris qui a forcément un coût. Doit-il être rentable? Aujourd'hui, la médecine a encore beaucoup à découvrir, en génétique par exemple; l'aveIrirde l'hôpital dépend en principal de son personnel, de la capacité de celui-ci à adapter son travail aux changements à venir? TIlui faut pour cela fOImerdes professionnels ayant une tête bien pleine mais également, selon le choix de Montaigne, "bien faite", pour être prêts, aptes, à intégrer les changements référents. La commémorationen 1999par l'Assistancepublique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) de son Cent cinquantenaire ouvre son grand livre de la difficile lutte contre la maladie par l'éducation; toutes les pages de son histoire ont depuis deux siècles un chapitre enseignement. Elle a voulu devenir une encyclopédie grandeur nature du médical, du paramédical, de la biologie, des sciences humaines, de la méthode, du management, de l'organisé, du bien soigner; pouvait-elle y parvenir sans personnel qualifié? En toile de fond apparaît aujourd'hui sa survie concurrentielle et partenariale. Ce sont les usagers, le terme client est parfois employé, qui choisissent où se faire soigner avec pour critères la sécurité et la moindre dépense restant à leur charge. D'où la nécessaire évaluation permettant à chaque unité de production d'apprécier si les services rendus sont bons, donnent satisfaction. De plus, s'il ne justifiait pas ses coûts, l'hôpital public serait rejeté par les payeurs institutionnels, assureurs du risque maladie "socialisé" ou non. La chasse à l'inutile reste une vertu. Peu d'institutionsaussi anciennespermettentde faire un exercice historique sur leur rôle fOImateur.Est-il une réussite ou un échec? Comme les soeurs autrefoiset bien qu'il ne s'agisseplus de charité, 9

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ses acteurs, médecins et non médecins, sont fiers de participer à une

oeuvre hospitalière et d'éducation; ils lui confèrent son âme au service de la personne. A la fin du XXe siècle l'enseignement en santé est interpellé par une nouvelle forme de communication: le numériqueinteractif mondial. La société l'est par la crainte financière que le coût du soin le rende difficilement accessible à une partie de plus en plus importante de la population. Afin de repérer rAP-lIP dans l'histoire,les trois chapitres, 1802, 1878 et 1962 prolongé jusqu'au présent, sont suivis d'une chronologie succincte des principaux évènements ayant eu une incidence sur la formation des Blouses blanches des Hôpitaux de Paris et des stagiaires, de ragent hospitalier au directeur général.

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Chapitre 1er

1802
Les internes soignent la nuit

1802 -LES

ThTTERNES SOIGNENT

LA NUIT

1 .. Après la Révolution, l'empereur Tout bouge, la science, les technologies commencent à entrer
en société. TIy a demain deux cents ans, en 1802, fut créé l'Internat

en médecine des Hôpitaux de Paris, grand corps d'élèves-médecins, formateurs, applicateurs, pourquoi? Les pauvres et un peu moins pauvres de Paris étaient-ils secourus, aidés, pouvaient-ils se faire soigner jour et nuit, comment? Le premier chapitre de ce livre vous propose un bref retour sur la vie dans la capitale dans la première moitié du XIXe siècle alors que s'annonçaientde grandes mutations: l'anivée des engrais, de la faucheuse, du chemin de fer, du gaz, de l'électricité, de la photographie, du télégraphesans fil, de la radiophonie,des matières plastiques, du téléphone, puis de l'automobile, de l'aviation, de l'eau courante, du tout-à-l'égout, des grands magasins, etc... Que le visage de la ville allait changer grâce aux travaux publics, à la pierre, au fer, à la banque, au béton, au commerce, ainsi qu'à la migration des ~ampagnes. Quelques années plus tôt, en 1789 et 1790, en France, la demande des citoyens "sans culotte" avait amené les Assemblées à doter le pays d'une Constitution, grand mot, et d'une Déclaration
des Droits de l'Homme, textes aux vertus toutes nouvelles chargées

d'espoirs mais peu connus. Ces Assembléesvoulaientaussi instituer un nouveau système éducatif. Elles avaient réformé et modernisé les études de médecine pour les rendre plus perfonnantes pour le malade et surtout plus motivantes, moins professorales pour l'étudiant. A Paris, le Consulat (1799-1804) institua W1e grande structure de survie, si possible, aux épidémies, au froid, à la misère: les Hospices civils de Paris, il les voulut actifs. Le but était humain mais il visait aussi à éviter la récidive des soulèvements, des émeutes, ayant dans de nombreuses villes manquant de pain et de
liberté, embrasé la France, provoqué, dans une ambiance contrastée

de grandes fêtes, les classiques arrestations dont celle du roi. sa condamnation à mort, la création de Comités dits de salut public, la Terreur, la guerre extérieure et celle dite curieusement "civile". Les Hospices étaient un moyen de prévention du danger social. Dès ce moment tout est joué dans la substance scientifique 13

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de la grande entreprise d'assistance de Paris unique au monde. Pourquoi: parce qu'elle institue un corps médical de plus en plus nombreux et bien instruit, formé à l'hôpital; des médecins et des directeurs vont identifier leur vie professionnelle à celle de leur entreprise, s'y dévouer.Les administrateursdes Hospicesles dotent, par un règlement intérieur, d'une pédagogie d'entreprise en commençant par organiser le service médical. TIscomprennent qu'ils doivent consulter les médecins car ceux-ci possèdent la compétence scientifiqueet qu'ils ne pourront jamais rien faire sans eux. Les conseillers ne parlent pas de leur réforme en termes modernes employés aujourd'hui mais ils en mettent en place toute la stratégie; jugez-en : dans chaque établissement, des praticiens hospitaliers sont responsables à la fois du soin et de la formation. Des profils de postes définissent chaque fonction de formant et de formé. TIsinsèrent dans leur règlement et dans les pratiques du travail à la fois des professeurs et des élèves médecins, sagesfemmes et pharmaciens puis infirmières. Les internes font partie de l'équipe médicale hospitalière; ils sont agents de l'entreprise, y remplissent une fonction devenue majeure: la permanence des soins de nuit. Les médecins sont consultés et présentent des bilans annuels. Quelques mots en dérivation sur l'histoire générale en France pour vous rappeler le XIXe siècle; quels ont été ses soubresauts politiques? Prenons comme exemple le parcours politique de Victor Hugo (1802-1885). En 1802 il naît à Besançon, sera poète, romancier, humaniste, auteur notamment des Misérables, idole du peuple; il sera pair de France (1845) sous la monarchie de Juillet, député (1848) de la Seconde République, s'exilera (1851) lors du coup d'état de Napoléon ID rétablissant l'Empire. Rentré en France (1870) après la proclamation de la IDe République, Victor Hugo sera inhumé en 1885 au Panthéon, temple des grands hommes auxquels la patrie est reconnaissante. Son siècle, le XIXe, est aussi celui des controverses accompagnantle développementdes idées économiqueset sociales, de la lutte contre le misérabilisme ouvrier dite "lutte des classes", du début du syndicalisme, des expositions, de la machine à vapeur, de récole obligatoirepour tous, du livre,desjournaux et magazines,
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de l'essor des banques, du début de l'humanisme assisté, de la fin du grand illettrisme qui n'excluait .pasle bon sens. Dans le troisième quart du XIXe siècle, le personnel de rAP à Paris commence à intellectualiser ses connaissances professionnelle,gen s'asseyant sur les bancs des écoles d'adultes, le sujet sera traité au chapitre suivant. Pouvons-nous retenir que, quelle que soit la couleur politique des tenants du pouvoir,blanche, bleue ou rouge, l'hôpital est là pour bien soigner et qu'au XIXe siècle ce sont les Républiques qui fIrent faire de grands pas en avant à ses moyens; à Paris, aux Hospices civils, en les organisant médicalement. 2 La misère en tristes dortoirs
lit

a .. Tisanes, rebouteux et charlatans La médecine en ville et plus encore dans les campagne est toujours celle du Moyen-âge. Pour mieux mesurer les progrès accomplis depuis lors, regardons un court instant comment les Français se soignaient et étaient soignés à la fin du XVille siècle. TIest impossible de parler des soignants et de leur formation sans parler de malades, de santé publique et de formateurs. Alors que la médecine piétine encore, la logistique hospitalière demeure proche de celle du cantonnement en casernes. Le grand séisme inhumain du groupe des indigents sans travail, sans logis, sans pain, fiévreux, malades, tous contraints à la mendicité, au mieux à la soupe de récupération, touche depuis toujours la capitale plus que toutes les grandes villes. En France, 15% des familles vivent au début du XIXe siècle dans la misère à l'état chronique peut-on dire. Le rendementmédiocre des teITeS,es l mauvaises conditions climatiques font grimper le prix du pain, principale noumture, en le raréfiant. S'y ajoutent les mortelles épidémies, principalement la peste et le choléra, toutes les douleurs dont on ne connaît pas la cause, les maladies de poitrine, les véroles et toutes les fièvres du nounisson et de l'enfance. Seulementun Français sur deux dépasse sa vingtième année et à peine 15% d'entre-eux parviennent à leur soixantième anniversaire. L'espérance de vie à la naissance tourne 15

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autour de 30, 35 ans. Une forte natalité non "auto-contrôlée" compense la mortalité. Le petit peuple des villes et des campagnes, les manoeuvriers, journaliers, laboureurs, bergers, hommes de peine, tâcherons, crieurs des rues, tondeurs de chiens, matelassiers, domestiques à gages vit dans un état permanent de sourde dénutrition, a toujours faim ; la viande est pour lui un aliment rare, galettes et légumes la remplacent mal. La pomme de terre est qualifiée de poison dangereux. Toute la famille loge dans une seule pièce, sans eau sur l'évier de pietTe,sans tout à l'égout, attaquéeen permanence par les rats et la vermine, l'eau de boisson vient du puits, de la mare, plus rarement d'une source; bien des hommes trouvent une compensation dans le vin et les bouilleurs de crus sont dispensés d'impôts. Les journées de travail sont couramment de 15 heures peu payées, source d'infinnités.TIn'y a aucun systèmede protection sociale.
La France compte 28 millions d'habitants dont 550 (XX)parisiens.

La capitale, plus grande ville d'Europe, est sortie de ses enceintes moyenâgeuses; progrès,quelquesrues ont été pavées; Paris va dans les cent ans à venir multiplierle nombre de ses habitantspar quatre. Les déshérités des villages avoisinants s'y réfugient, pour ne pas mourir ils nlendient. Certains hivers rigoureux, plusieurs milliers de mendiants meurent de froid (20 000 en 1709). Santé publique, hygiène, propreté sont des mots totalement inconnus de la population. TIssont maniés par quelques pionniers de la médecine hospitalière. A Paris, citons: Bichat médecin à l'Hôtel-Dieu, Pinel à Bicêtre, Corvisart à la Charité, Desaultchirurgien à l'Hôtel-Dieu, Cabanis, Desgenettes, Baudelocque, Vicq d'AzÏr,professeurs à la faculté, Tenon chirurgien auteur du premier rapport complet sur la réforme des hôpitaux parisiens. Des rues aujourd'hui honorent leur nom. Les Français se soignent comme leurs parents, par routine; les maladies sont mal étiquetées,il existedes remèdes de bonne femme pour tous les symptômes, herbes, simples cueillisdans les champs, baumes peu efficaces. La toux persistante donne lieu, au mieux, à la pose de ventouses ou de cataplasmes. L'extension de la culture de la vigne a fait de l'alcool un remède universel bon marché, utilisé même pour les soins aux nounissons et aux volailles.Chaque 16

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famille connaît l'adresse d'un rebouteux, celle d'un guérisseur faiseur de miracles, chassant le diable, ainsi que les lieux sacrés, chapelles et sources votives du voisinage. Etre dur au mal, à la douleur~est une qualité. Les malades sont spirituellementrédempteursdes péchés de la société. Le recours au médecin ou au chirurgien est exceptionnel.Installés dans les villes et les gros bourgs, ils sont moins nombreux que les charlatans et arracheurs de dents pratiquant sur les places publiques. L'effet des prescriptionsest des plus aléatoires.Les malades,la boursetrèsplate, hésitentà faireles fraisd'uneconsultation. a viecomptepeu.Laperte L d'un animal de trait est parfois plus regrettée que celle d'un voisin. L'hôpital, réceptacle de toutes les misères, est par excellence le lieu de diffusion des maladies; les médecins et chirurgiens essaient bénévolement d'y soigner avec des moyens traditionnels: observation des urines, prise du pouls, saignées, lavements, onguents, bouillons.. tisanes, élixirs, sangsues, sans la moindre notion d'hygiène. Les pavillons ne sont pas découpés en services médicaux, l'équipe médicale de chaque établissement se limite à un ou deux médecins et chirurgiens parcourant plus ou moins régulièrement les dortoirs, opérant sur place. Le rôle des hôpitaux est surtout social, ce sont des alternatives au froid, à la fièvre et au manque de nouniture. Médecins et chirurgiensne saventpas que la médecine a encore tout à découvrir. L'hôpital qui s'éclaire avec des lampes à pétrole et des lumignons à huile, se chauffe avec de grands poêles à charbon, combustible nouveau, ne connaît pas la baignoire, ignore qu'il est à un tournant de sa fonction charitable pour devenir un
utile moyen de protection médicale au service de toute la population.

TIva bientôt se vouloir médicalement efficace. Quelques pionniers dans les vieilles Académies remuent les idées, la science ou inventent des instruments. A retenir, si vous le voulez bien, que l'inhumain est partout mais que l'ignorance comme la pauvreté ont commencé à faire problèmes pour leurs victimes.
b.. De l'Hôtel-Dieu (651) à l'AP-HP (1991)

Que faisait autrefois les professionnels de la santé, plus spécialement les hospitaliers? L'histoiredes professionspennet de 17

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mieux comprendre leur raison d'être, d'où elles viennent, pourquoi elles se sont créées, quelles sont leurs racines. Le personnel laïque des Hôpitaux parisiens a certainement toujours souhaité comme toute la population être mieux respecté et plus argenté. Les grands évènementsqui ont fait bougerle monde, le langage, le sacré, les pillages des guerres mêmes civiles, ceci depuis la sédentarisation des populations il y a trente mille ans, ont fait notre présent, leur effet est parfois persistant. Les marches en avant sont principalement de caractère scientifique, technologique et sociologique, les connaître est une grande satisfactionet une petite culture; ce savoir entre dans la recherche de la vérité, il fait se questionner et réfléchir. L'histoire politique de Paris n'a rien de très original; une agglomération abritant des centaines de milliers d'habitants ne vit pas, ne se gère pas, comme une petite bourgade; les risques d'explosion sociale y sont plus importants; la misère y est plus apparente et dangereuse d'où son contre-feu plus développé que dans beaucoup d'autres villes: la charité. Celle-ci commence partout en France, avec l'évangélisation chrétienne. Jusqu'au XVesiècle,l'Egliseseule accueilleles cortèges de miséreux, éclopés, souffrants, notamment ceux voyageant sur les routes des grands pèlerinages. Les ressources de charité de l'Eglise viennent en principal de la dîme; les granges aux dîmes, magnifiques bâtiments, conservent aujourd'hui,partout en France, le souvenir du bénéfice accordé aux paroisses par les ancêtres de Charlemagne (10% des gerbes). Cet impôt, de solidarité comme tous les impôts, est de même nature que nos modernes charges sociales mais se prélevait en nature et non en espèces; il était souvent confisqué "inféodé" par des seigneurs peu scrupuleuxqui, propriétairesdes teITeS, ardaient g tout ou pattie de la dîme pour eux; égoïsme ou reproche fait à ses vilains de ne pas assez travailler? Selon la légende, un évêque de Paris, SaintLandry,aurait ouvert en 651 dans l'ne de la Cité un petit refuge pour les pauvres, Saint Christophe. Endommagé par des incendies fléaux des villes, alors fréquents et combattus seulement avecdes seaux d'eau puisée dans la Seine; devenu l'Hôtel-Dieu l'hôpital est agrandi à partir du XTIe siècle et reconstruit en 1877. Au VIlle siècle un petit hospice 18

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accueille aussi, ce qui est moins connu des historiens, les pèlerins près de la basilique Saint Pierre (emplacement actuel du Panthéon) où passent les chemins de plus en plus fréquentés menant les pèlerins à Rome en Italie et à Saint-Jacques de Compostelle en Espagne. Au XVesiècle, l'Hôtel-Dieucommence à se médicaliser,recrute un maître chirurgien. Un siècle plus tard, il se dote d'une apothicairerie. Ses orphelinats recueillent les enfants abandonnés, dans le but de les protéger des infanticides dus à la misère et aussi à l'opprobre de société envers les filles mères et les bâtards, associaux, ils sont sujets à une haine générale contagieuse et toute gratuite; est-ce le début de l'holocausteen France, des persécutions dites "pacificatrices", "purificatrices" et "spirituelles" ? Le roi Louis IX ou Saint Louis (1214 ou 1215-1270) fonde pour ses compagnons des croisades contre les musulmans, une Maison des aveugles donnant asile à 300 chevaliers victimes d'ophtalmies contractées lors de ces expéditions "punitives" (dit l'histoire) en Terre Sainte (1096-1291). Gérée par la Grande aumônerie royale, elle devient en 1792, l'établissement national des Quinze-vingts, hôpital médicalisé par adjonction d'une infirmerie seulement cent ans plus tard. Au Moyen-âge, tous les bâtiments des villes sont désignés sous le nom de château, de maison, de palais, de chaumièrBou d'hôtel mot dont l'origine vient, comme hôpital, du latin hospes signifiant lieu d'accueil d'hôtes. Les hôpitaux deviendront à la fin du XXe siècle des centres de santé, terme plus général et plus moderne insérant la prévention mais, la nécessité de bien accueillir les malades contenue dans "hôte" n'aura pas pour autant disparu. En 1545,le roi François 1er(1494-1547)crée à Parisla première institution de secours à domicile, le Grand bureau des pauvres, aïeul de tous les services départementaux et communaux d'animation sociale de l'lle-de-France (dont le Centre communal d'action sociale de la Ville de Paris). En 1554, la lèpre qui a sévi pendant cinq siècles a pratiquement disparu en France sans que l'on sache pourquoi; le Grand bureau des pauvres qui dispose d'une maladrerie en fait l'hospice des Petites maisons (Petits ménages puis après transfert Corentin Celton). Il s'agit, semble-t-il.. de la première reconversion 19

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hospitalière adaptant les moyens à des besoins sociaux. Rien là de très surprenant. A partir de 1638, les soeurs de Saint Vincent de Paul assurent la distribution des secours dans les Maisons d'aumône ou de charité du Grand Bureau des pauvres. Desmannites y cuisent la soupe à la graisse de baleine car moins chère. Au début du XVlle siècle, le roi Henri IV (1553-1610) et sa femme Marie de Médicis (1573-1642), sensibles aux malheurs de leur peuple dus principalement aux épidémies décimant les populations, notamment la terrible peste bubonique de 1596, sont les premiers inventeurs d'un programme d'équipement de la capitale en hôpitaux. Enrichi par la levée d'impôts maintenant permanents (taille), le Trésor royal en assume le coût. En 1602, un petit hôpital, Saint Jean-Baptiste de la Charité, est financé lui par l'impôt sur le sel, la gabelle. TIn'admet ni les fiévreux ni les femmes, le "sexisme" comme la "bâtardise" fondent la hiérarchie sociale, les éléments mâles passeront en tout avant les femmes, seront classés supérieurs, ceci pendant encore 300 ans. La Charité sera désaffectée en 1935 et sur son emplacement sera aménagée la Faculté de médecine de la rue des Saints-Pères (1960). Le principal problème que doivent résoudre les administrateurs de l'Hôtel-Dieu est le graI1d afflux de malades pendant la période d'hiver. lis vont créer pour le résoudre des hôpitaux "temporaires" ouverts seulement de décembre à avril et avoir recours pour les
faire fonctionner à des "personnels eux aussi temporaires" révoqués

dès le mois d'avril. Dans ce but, en 1606, loin des murailles de la ville, sur la rive gauche de la Seine, l'ancienne maladrerie de SaintValère devient le sanitat Saint-Marcel. En 1607, de l'autre côté du fleuve, est décidée la consttuction de l'hôpital Saint-Louis. Ouvert en 1616, il reste jusqu'à la fin du XIXe siècle "le plus bel hôpital" de Paris. En 1634 est construit l'hospice des Incurables (Laënnec). Ces établissements, dont certains sont édifiés sur des terrains lui appartenant, sont gérés par le Bureau de notables de l'Hôtel-Dieu, la maison mère; ainsi se crée le premier réseau hospitalier composé de plusieurs établissements à unicité de direction administrative et financière., le Bureau. Pour leurs dépenses excédant les revenus de leurs biens propres, sont perçues des taxes municipales peu appréciées des parisiens: péage du passage sur les ponts, puis impôt sur les marchandises,

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vivres et matériaux entrant aux barrières, l'octroi ainsi qu'une taxe sur les spectacleset un systèmede prêts sur gages assortisd'intérêts allant aux pauvres (Mont de Piété) ; ces recettes complètent les revenus des biens de fondation et de donation. Jusqu'à la prise en charge obligatoire des malades pauvres par l'impôt en 1893 date d'institution de l'assistance médicale gratuite et surtout jusqu'au remboursement des actes'soignants par des prélèvements salariaux obligatoires (1930, Assurances sociales; 1945, Sécurité sociale), les recettes des hôpitaux seront très aléatoires, liées à leurs propriétés domaniales souvent modestes et aux choix f~anciers de chaque municipalité comblant non sans réticence le déficit du Bureau. D'où leur pauvreté, toutes leurs dépenses ne peuvent être faites qu'à l'économie. Pendant la régence d'Anne d'Autriche (minorité de Louis XIV), Mazarin (1602-1661) à la fois cardinal et Premier ministre institue par un édit royal du 28 avril 1656une structurepubliquedénommée Hôpital général de Paris. Naît le terme "général" qui va être beaucoup employé. Les lépreux atteints de lésions cutanées furent au Xlle siècle mis au ban de la société, contraints de signaler leur passage par une crécelle,au XVlle siècle,ce sont les mendiantstrop nombreux qui font peur aux parisiens. L'Hôpitalgénéralconstituesans l'avouerun moyende dissimuler la fracture sociale par l'enfermement des pauvres avec l'espoir de les faire travailler, mesure dite de sécurité publique. L'institution regroupe dans les faubourgs sud de Paris, l'hospice Notre-Damede la Piété créé en 1612 pour donner asile aux vagabonds, vieillards et indigents et emprisonner les filles de joie et un hôtel bâti par Scipion Sardini, fondation.faite en 1612 par le banquier enrichi en recouvrant des impôts sur les fort nombreux cabarets parisiens. Et, hors les murs, deux bâtiments: pour les hommes, l'hospice de Bicêtre bâti en 1632 et hébergeant des soldats estropiés et pour les femmes, la Salpêtrière, bâtiment désaffecté construit en 1635 sur les terrains inondables de la Bièvre comme arsenal des poudres
de guerre à base de salpêtre.Un seul médecinou chirurgienest

attaché à chaque hospice. Les malades graves sont transportés sur charrette ou brancard à l'Hôtel-Dieu. En 1670, l'institution des Enfants trouvés du Faubourg SaintAntoine fondée par Saint Vincent de Paul en 1648 est rattachée à 21

HISTOIRE

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l'Hôpital général. Celui-ci ouvre dès 1680des Hospicesd'orphelins (Enfants rouges et Enfants bleus). En 1675, est créé le premier Magasin général d'intendance. Installé à la Maison Scipion, il constitue des réserves de blé, les transforme en farine (moulins), cuit le pain (boulangerie)pour les besoinsde tous les établissements de l'Hôpital général. Premier "magasin général" fonctionnant en régie, achetant en grande quantité aux meilleurs prix, modalité de gestion qui au XIXe siècle sera érigée en principe économique, la régie. L'idée d'hôpitaux d'enfermementdes "oiseux"parut si heureuse à ses initiateurs royaux que dès 1662ils l'étendirent à tous les gros bourgs et villes de France. Les Hôpitaux généraux ont-ils été les premiers "camps de travail"? Les moyens de police pour arrêter systématiquementmanquaient.Est-ce la premièrecarte hospitalière nationale? Que s'est-il passé en matière de formation? Le besoin n'apparaîtra que cent ans plus tard sous la poussée des progrès de la chirurgie et de l'extension du nombre des chirurgiens. Date à retenir: en 1774 s'ouvre à Paris une petite structure hospitalière corporative. Elle est créée par l'Académie de chirurgie, société savante instituée en 1731 ; celle-ci aménage un petit hôpital" des cliniques" dans l'ancien couvent des Cordeliers. TIest consacré à la fois à la formation et au perfectionnement. Les chirurgiens sont formés traditionnellement au sein de leur profession par les maîtres dont les apprentis "compagnons" les suivent, les accompagnent, en ville ou à l'hôpital. Par contre, les médecins sont instruitssur les bancsdes facultéset écoles,quelques étudiants sont cependant sur leur initiativeadmis à "suivrela visite" des médecins de l'Hôtel-Dieu. TIy a depuis lors des formateurs au lit du malade, en situation. Comment mieux apprendre qu'en regardant faire le professeur qui explique? L'initiative des chirurgiens leur permet, dans le même lieu, de faire des cours magistraux, de décrire les symptômes, d'opérer, de s'instruire et d'instruire les élèves au lit du malade. Tout en observant les résultats des soins. C'est toute la méthode d'apprentissage qui est en cause; le choix de rapprocher théorie et pratique a été volontaire. La pédagogie moderne de la formation initiale et continue en hôpital va se construire à partir de ce schéma 22

1802

- LES

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LA NUIT

de l'apprentissage des chirurgiens hérité du compagnonnage. L'objectif sous-jacent est leur ascension sociale par la valorisation de leur fonnation ; ils ne sont que bourgeois-marchands alors que le diplôme de doctorat des médecins leur vaut un titre de noblesse dispensant de plus de l'impôt,privilègeque les chirurgiensestiment mériter eux aussi. La formation des soignants va devenir avec le soin, la raison d'être "non officielle" des Hôpitaux parisiens, la recherche sera due à des initiatives personnelles. De la fm du XVIDe siècle date aussi le début de la spécialisation. En 1784, décision innovante : l'Hôpitalgénéral qui hébergealors daI1S 7 établissements: 7 000 ses infnmes et invalides, 1650 aliénés, autant d'enfants abandonnés ainsi que de détenus (des annexes de la prison de la Force y ont été aménagées), regroupe les adultes et enfants atteints par la syphilis et les nounices contaminées, dans un Hospice des Vénériens (du Midi, puis Ricord, puis Cochin). Premier établissement parisien spécialisé. Point de départ du soin mais aussi de l'enseignement spécialisé par pathologie et du titre de spécialiste. Origine aussi du généraliste, a contrario, non spécialiste. A la fm du XVllIe siècle, de petits hospices de proximité sont ouverts par des paroisses et de généreux donateurs, le plus souvent dans des bâtiments abandonnés ayant abrité des communautés religieuses. TIssont situés dans de nouveaux quartiers de la ville toujours grandissante: 1759, le Gros Caillou (hôpital des Gardes françaises) ; 1776, Saint-Sulpice(Necker) ; 1780, Saint-Jacquesdu Haut-Pas (Cochin) ; 1781, Maison Royale de santé (La Rochefoucauld) ; 1781, Vaugirard; 1785. hospice d'enfants abandonnés du Roule (puis Beaujon). Dans ce dernier hospice, les soeurs Grises font l'école aux enfants et les soeurs de Saint-Vincent de Paul donnent des consultations et font les pansements. Première école et premiers soins externes hospitaliers. A l'heure de la Révolution de 1789, la situation hospitalière est dramatique, des plus inhumaines.Les 25 grands dortoirsde l'HôtelDieu (13 d'hommes et 12 de femmes) peuvent recevoir 3 500 malades dont 3 000 dans des lits en bois à 4 places. La dimension du lit est à relativisercar elle est courantedans beaucoupde familles vivant dans une seule pièce et un seul lit. En période d'épidémies, 23

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DE PARIS

jusqu'à 8 000 malades envahissent l'hôpital, sont couchés à tour de rôle. Les salles sont sombres, peu aérées, l'eau est puisée dans la Seine polluée, les chaises percées collectives sont démunies de couvercle. Plusieurs commissions ont été réunies par Necker, ministre de Louis XVI, pour "étudierlt l'amélioration des établissements de charité de Paris (1777), "examiner"les systèmes de transformation de l'Hôtel-Dieu (1784). Premières enquêtes et projets, "rapports" et futurs "livres blancs", "forums", etc.. Premiers pas vers les commissions, comités et tribunaux spécialisés, leurs présidents, vice-présidents et secrétaires, accompagnésd'appareils de bureaux et de textes de procédures dont les Assemblées révolutionnaires ont été de grandes productrices mais le plus grand nombre de leurs décisions sont restées sans suite. Premiers experts et conseillers en organisation hospitalière bien que non désignés sous ce titre. En très positif, en 1789, l'Assemblée nationale constituante décide la mise à la disposition de la Nation, pour ses pauvres, de biens du clergé. La Convention Nationale (1792-1795) affecte à la municipalité parisienne des anciennes abbayes et d'anciens
couvents, soit un apport considérable de 3 (XX)lits répartis entre six

nouveaux établissements. L'ancienne abbaye de Port-Royal est transformée en Maison de l'allaitement. Le couvent de l'Enfant Jésus créé en 1735 par la paroisse Saint-Sulpice devient l'hôpital des Enfants malades, premier fennent de la pédiatrie en France. Le couvent des Oratoriens (aujourd'hui, Saint-Vincent de Paul) est affecté à l'accouchement puis aux enfants trouvés. Ce qui marque le début d'une politiquefamilialede luttecontrela mortalitéinfantile et celui de la spécialisation en obstétrique. Après avoir cru que les maladies sont dues uniquement à la pauvreté, honte de la société, avoir rayé du vocabulaire officielle terme hôpital, péjoratif, remplacé par celui d'hospice mieux admis par la population, donné des noms républicainsaux établissements (l'Hôtel-Dieudevientle Grandhospicede l'humanité,etc..),imaginé la création d'un service national de santé assuré par des médecins et des professionnels payés par l'Etat, les Assemblées révolutionnaires,faute de moyens financiersnationaux,consolident
le statut juridique des hôpitaux et hospices en tant qu'établissements

publics communaux.
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