Histoire de l'industrie sucrière en Guadeloupe aux XIXe et XXe siècles

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Les deux décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont celles d'une formidable croissance de l'industrie sucrière guadeloupéenne. Grâce à une demande mondiale de sucre en augmentation continue, un effort d'investissement et d'amélioration de la productivité, une politique généreuse de financement public, la production est multipliée par quatre en vingt ans. C'est une époque de grande prospérité pour les usines, mais les effets de cette prospérité sont très loin d'être équitablement répartis entre tous les acteurs de la croissance.
Publié le : jeudi 15 octobre 2015
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EAN13 : 9782336393674
Nombre de pages : 178
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ChristianSchnakenbourg
Histoire de l’industrie sucrière e e en Guadeloupe auxXIXetXXsiècles
Les « Vingt glorieuses » de la sucrerie guadeloupéenne (1946-1965)
(1946-1965)
HISTOIRE DE LINDUSTRIE SUCRIÈREEN GUADELOUPEe e AUX XIXET XX SIÈCLES
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-07574-7 EAN : 9782343075747
Christian SCHNAKENBOURG Histoire de l’industrie sucrière en Guadeloupe e e auxXIXetXXsiècles Les « Vingt glorieuses » de la sucrerie guadeloupéenne (1946-1965) L’HARMATTAN
DU MEME AUTEUR
Aux Editions L'Harmattan : e e Histoire de l'industrie sucrière en Guadeloupe aux XIX et XX siècles, tome I, La crise du système esclavagiste (1835-1847), 1980 ; tome II,La transition post-esclavagiste (1848-1883); tome III,, 2007 Fluctuations et dépendance (1884-1946), 2008. En préparation : tome V,Crise et fin de l'économie de plantation (1966-2000).
ie La Compagnie Sucrière de la Pointe-à-Pitre (E. Souques & C ). Histoire de l'usine Darboussier de 1867 à 1907, 1997.
Aux Editions Jasor (Pointe-à-Pitre) : Beauport (1732-1990). Une grande aventure industrielle en Guadeloupe, 2013.
INTRODUCTION Le titre de ce volume s'inspire évidemment de la célèbre expression forgée par le sociologue Jean Fourastié, les "Trente Glorieuses", pour caractériser la prodigieuse croissance des économies occidentales au cours des trois décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale En Guadeloupe aussi, la croissance que connaît alors l'économie lo-cale en général, et son industrie sucrière plus particulièrement, n'est pas moins "glorieuse", même s'il est vrai qu'elle dure une dizaine d'années de moins. De 1946 à 1965, le volume de cannes manipulées par les usines est multiplié par 3,5 et la production de sucre par 4. C'est la plus forte croissance de la sucrerie française au cours de cette période ; la production de sucre de betterave en métropole n'est multipliée "que" par 3,2, celle de la Réunion par 3,6, et celle de la Martinique par 3 seu-lement. Le maximum historique est atteint en 1965 avec 185.000 tonnes ; avec 8 % de la production nationale, betterave + canne, la Guadeloupe 1 est alors le huitième département sucrier de France . Rétrospectivement, cette période baigne souvent, chez ceux qui l'ont vécue, dans la douce nostalgie du temps "d'avant" (où tout allait forcé-ment mieux) et de la société "traditionnelle". C'est la Guadeloupe "de Lasserre", du nom de cet immense savant qui nous laissa une descrip-tion monumentale d'un monde demeuré fondamentalement colonial 2 dans ses structures et son fonctionnement , mais à la veille de dispa-raître, englouti par une modernité qui va l'écraser. C'est ce monde en croissance mais menacé dont ce volume voudrait présenter l'évolution. Il se divise en deux parties, consacrées successivement à l'Usine et aux hommes.
1. Après, dans l'ordre d'importance de la production, Somme, Réunion, Aisne, Pas-de-Calais, Oise, Nord et Marne.Source : SNFS. 2. G. Lasserre,La Guadeloupe. Etude géographique, Bordeaux, Union française d'impres-sion, 1961, 1.135 p. en 2 vol.
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Dans la première (L'élan de la croissance), nous retracerons l'expansion de l'économie guadeloupéenne sous ses différentes composantes, prin-cipalement la sucrière mais sans pour autant négliger les autres, et nous en rechercherons les causes, tant endogènes (les investissements des sociétés sucrières) qu'exogènes (la démographie, le marché, l'Etat), qui créent un environnement favorable sans lequel l'industrie sucrière n'eût pu faire les progrès qu'elle fit, ni connaître la prospérité qu'elle connut. Cette première partie accordera une attention toute particulière aux usines, qui constituent la base technique et financière de la croissance, et aux problèmes de leur gestion. Notre seconde partie sera consacrée, sous le titreLes Gens du sucre, aux hommes qui, dans les champs et les usines, à la culture de la canne comme à la fabrication du sucre, constituent le socle humain de la crois-sance et de la prospérité qui en est résultée, qu'ils ont produites par leur travail mais dont ils n'ont par contre que bien peu bénéficié. Pour ce prolétariat sucrier, ouvriers industriels, planteurs, colons, salariés des habitations, ces temps sont ceux d'une extrême dureté, faite de tâches exténuantes et très insuffisamment rémunérées, et de conditions de vie insupportables, que la départementalisation parvient à peine à faire passer de la misère à la pauvreté, et tout cela dans une grande violence sociale, dont l'épisode le plus dramatique est le massacre du 14 février 1952 à Moule, quand les CRS ouvrent le feu sur la population. "Glo-rieuses", les vingt années étudiées ici ne le sont pas pour tout le monde en Guadeloupe.
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PREMIERE PARTIE LA CROISSANCE ET SES CAUSES
CHAPITRE I L'ELAN DE LA CROISSANCE La croissance de l'industrie sucrière guadeloupéenne au cours de ces "Vingt glorieuses" se déroule encore, pour l'essentiel, dans la continuité du système mis en place dans les années 1860, celui d'une économie de plantation articulée autour des usines. 1. UNE ECONOMIE DE PLANTATION DOMINEE PAR L'USINE  La Guadeloupe, île à sucreLa transformation des "vieilles colonies" en départements, par la loi du 19 mars 1946, n'a évidemment aucun effet structurel immédiat sur l'économie de la Guadeloupe. Jusqu'au milieu des années 1960, elle de-meure une économie de plantation "classique", spécialisée dans un petit nombre de productions d'exportation et dominée par le sucre. L'économie guadeloupéenne dans les deux décennies étudiées ici re-pose encore essentiellement sur l'agriculture. Bien qu'en baisse relative, en raison du développement du secteur tertiaire (commerce, services) lié à la départementalisation, les productions agricoles et agro-alimentaires représentent la moitié environ de la production intérieure brute du département en 1949, 43,2 % en 1958, 32,7 % en 1961 et 24,6 % 1 en 1965 . Evidemment, la canne et le sucre constituent de très loin la principale activité. Celle-là occupe l'essentiel de l'espace cultivable, ce-lui-ci fournit l'essentiel des exportations ; en gros, la filière pèse pour les deux tiers environ dans l'agriculture guadeloupéenne au début des an-nées 1960 (tableau n° 1). Sa part dans l'emploi est plus difficile à con-
1. D'après les comptes économiques des DOM publiés par la SEDES puis l'INSEE.
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