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Histoire de la biologie moléculaire

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1042 pages

Nombre de progrès les plus spectaculaires enregistrés aujourd'hui dans les sciences de la vie sont les fruits d'une discipline très récente, la biologie moléculaire, née dans les années 1940. Ce livre retrace l'histoire passionnante –; et trop peu connue –; de cette jeune science.
(Cette édition numérique reprend, à l'identique, la 2 e édition de 2003.)





Nombre de progrès les plus spectaculaires enregistrés aujourd'hui dans les sciences de la vie sont les fruits d'une discipline très récente, la biologie moléculaire, née dans les années 1940. C'est l'histoire passionnante –; et trop peu connue –; de cette jeune science que ce livre retrace, en explorant ses différentes facettes, scientifique, philosophique et sociale. Une histoire qui court de la convergence progressive de ses deux disciplines mères, la génétique et la biochimie, au début du XXe siècle, jusqu'à la mise en œuvre de la technique PCR d'amplification des gènes au cours des années 1980. En mobilisant systématiquement les nombreuses études spécialisées, peu connues du public français, et ses propres recherches, Michel Morange offre ici aux lecteurs non spécialistes des explications claires sur une théorie et des techniques complexes, et apporte aux spécialistes une mise en perspective historique indispensable pour mieux comprendre les enjeux actuels des recherches en biologie.
(Cette édition numérique reprend, à l'identique, la 2e édition de 2003.)








Avant-propos : Des sources multiples, une histoire complexe - Un souci majeur : respecter le contenu scientifique

I. La naissance de la biologie moléculaire

1. Les racines de la biologie moléculaire - La biochimie - La génétique

2. 1941 : La relation un gène-une enzyme - Une découverte " post-mature " - Le désintérêt des généticiens américains pour le mécanisme d'action des gènes - L'approche originale de Beadle et Tatum - Une découverte ambiguë - Franz Moewus, ou faut-il réécrire l'histoire de la biologie moléculaire ?

3. La nature chimique des gènes : Avery et la transformation - Le phénomène de la transformation - Un résultat étrange - Un résultat difficile à interpréter - Une expérience néanmoins utile

4. Le " groupe du phage " - Max Delbrück, ou la recherche des paradoxes en biologie - Le développement du groupe du phage - La modicité des résultats - L'importance du " groupe " - L'expérience d'Hershey et Chase

5. La naissance de la génétique bactérienne - Une unification dans les sciences du vivant - L'expérience du " test de fluctuation " - La découverte de la sexualité bactérienne - Les développements de la génétique bactérienne

6. La cristallisation du virus de la mosaïque du tabac : un succès ambigu
7. Le rôle des physiciens - Le rôle important des physiciens - Niels Bohr et la théorie de la complémentarité - Erwin Schrödinger : Qu'est-ce que la vie ? - La nouvelle frontière des connaissances

8. La politique de la fondation Rockefeller - La fondation Rockefeller - 1930 et les nouveaux objectifs de la fondations Rockefeller - L'impact du nouveau programme - La fondation d'un Institut de morphologie mathématique et physico-chimique

9. L'introduction des techniques physiques en biologie - The Svedberg et l'ultracentrifugation - Arne Tiselius et l'électrophorèse - Les molécules marquées - Conclusion

10. Biologie moléculaire et informatique : l'émergence d'une nouvelle vision du monde

II. Le développement de la biologie moléculaire : de l'ADN aux protéines et retour

11. La découverte de la double hélice - Les principales étapes de la découverte - Le développement de la biologie moléculaire vu à travers la découverte de la double hélice - La double hélice comme révélateur du fonctionnement scientifique - Le rôle de la découverte de la double hélice dans l'histoire de la biologie moléculaire - La démonstration du modèle semi-conservatif de réplication de l'ADN

12. Le décryptage du code génétique - L'hypothèse du code - Les gènes contrôlent la séquence en acides aminés des protéines - La synthèse des protéines et le modèle du " patron " - Les modèles de biosynthèse des anticorps et des enzymes adaptives - Les systèmes acellulaires de synthèse protéique - L'expérience de Marshall Nirenberg et Johann Matthaei

13. La découverte de l'ARN Messager - Le rôle de l'ARN dans la synthèse des protéines - La découverte de l'ARN messager - Une deuxième découverte " post-mature " ?

14. L'école française de biologie moléculaire - L'adaptation enzymatique - Le problème de la lysogénie - La convergence des thématiques et la découverte du répresseur - La notion de gène régulateur - Le développement des travaux de J. Monod et F. Jacob - L'existence d'un style français de recherche en biologie moléculaire


III. L'expansion de la biologie moléculaire. D'une science théorique à une science pratique

15. Les années 1965-1972, ou la traversée du désert - Une phase dogmatique - Une expansion considérable - Les mécanismes de la prise de pouvoir - Des résultats décevants - Une molécularisation parfois superficielle - Une dérive réductionniste

16. Le génie génétique - Les premières anticipations - Les débuts du génie génétique - Le moratoire et la conférence d'Asilomar - La polémique - L'assouplissement des réglementations - La mise en place de la technologie du génie génétique : 1975-1980 - Les premiers résultats

17. Le dogme ébranlé : les gènes mosaïques et l'épissage - Un processus baroque - Un rôle régulateur - Gènes morcelés et évolution des êtres vivants - Quelques bizarreries supplémentaires des organismes eucaryotes

18. Une nouvelle biologie moléculaire - Une lecture du vivant - Une science expérimentale

19. Un succès pour le génie génétique : la découverte des oncogènes - Les premiers modèles sur l'origine du cancer - La découverte de l'oncogène cellulaire " src " - La mise en place du paradigme des oncogènes - Quelques conclusions

20. De l'ADN polymérase à l'amplification de l'ADN - La découverte de l'ADN polymérase - Un outil pour le génie génétique - La technique de l'amplification de l'ADN, ou PCR

21. La place de la biologie moléculaire parmi les autres disciplines biologiques - Une cohabitation harmonieuse - Biologie moléculaire et théories de l'évolution


Conclusion
Annexe
Index des noms propres
Index des termes techniques
Postface à l'édition de 2003.








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  1. PREMIÈRE PARTIE. LA NAISSANCE DE LA BIOLOGIE MOLÉCULAIRE
    1. Chapitre 1. Les racines de la biologie moléculaire
      1. La biochimie
      2. La génétique
    2. Chapitre 2. 1941 : la relation un gène-une enzyme
      1. Une découverte « post-mature »
      2. Le désintérêt des généticiens américains pour le mécanisme d’action des gènes
      3. L’approche originale de Beadle et Tatum
      4. Une découverte ambiguë
      5. Franz Moewus, ou faut-il réécrire l’histoire de la biologie moléculaire ?
    3. Chapitre 3. La nature chimique des gènes : Avery et la transformation
      1. Le phénomène de la transformation
      2. Un résultat étrange
      3. Un résultat difficile à interpréter
      4. Une expérience néanmoins utile
    4. Chapitre 4. Le « groupe du phage »
      1. Max Delbrück, ou la recherche des paradoxes en biologie
      2. Le développement du groupe du phage
      3. La modicité des résultats
      4. L’importance du « groupe »
      5. L’expérience d’Hershey et Chase
    5. Chapitre 5. La naissance de la génétique bactérienne
      1. Une unification dans les sciences du vivant
      2. L’expérience du « test de fluctuation »
      3. La découverte de la sexualité bactérienne
      4. Les développements de la génétique bactérienne
    6. Chapitre 6. La cristallisation du virus de la mosaïque du tabac : un succès ambigu
    7. Chapitre 7. Le rôle des physiciens
      1. Le rôle important des physiciens
      2. Niels Bohr et la théorie de la complémentarité
      3. Erwin Schrödinger : Qu’est-ce que la vie ?
      4. La nouvelle frontière des connaissances
    8. Chapitre 8. La politique de la fondation Rockefeller
      1. La fondation Rockefeller
      2. 1930 et les nouveaux objectifs de la fondation Rockefeller
      3. L’impact du nouveau programme
      4. La fondation d’un Institut de morphologie mathématique et physico-chimique
    9. Chapitre 9. L’introduction des techniques physiques en biologie
      1. The Svedberg et l’ultracentrifugation
      2. Arne Tiselius et l’électrophorèse
      3. Les molécules marquées
      4. Conclusion
    10. Chapitre 10. Biologie moléculaire et informatique : l’émergence d’une nouvelle vision du monde
  2. DEUXIÈME PARTIE. LE DÉVELOPPEMENT DE LA BIOLOGIE MOLÉCULAIRE : DE L’ADN AUX PROTÉINES ET RETOUR
    1. Chapitre 11. La découverte de la double hélice
      1. Les principales étapes de la découverte
      2. Le développement de la biologie moléculaire vu à travers la découverte de la double hélice
      3. La double hélice comme révélateur du fonctionnement scientifique
      4. Le rôle de la découverte de la double hélice dans l’histoire de la biologie moléculaire
      5. La démonstration du modèle semi-conservatif de réplication de l’ADN
    1. Chapitre 12. Le décryptage du code génétique
      1. L’hypothèse du code
      2. Les gènes contrôlent la séquencåe en acides aminés des protéines
      3. La synthèse des protéines et le modèle du « patron »
      4. Les modèles de biosynthèse des anticorps et des enzymes adaptatives
      5. Les systèmes acellulaires de synthèse protéique
      6. L’expérience de Marshall Nirenberg et Johann Matthaei
    2. Chapitre 13. La découverte de l’ARN messager
      1. Le rôle de l’ARN dans la synthèse des protéines
      2. La découverte de l’ARN messager
      3. Une deuxième découverte « post-mature » ?
    3. Chapitre 14. L’école française de biologie moléculaire
      1. L’adaptation enzymatique
      2. Le problème de la lysogénie
      3. La convergence des thématiques et la découverte du répresseur
      4. La notion de gène régulateur
      5. Le développement des travaux de J. Monod et F. Jacob
      6. L’existence d’un style français de recherche en biologie moléculaire
  1. TROISIÈME PARTIE. L’EXPANSION DE LA BIOLOGIE MOLÉCULAIRE. D’UNE SCIENCE THÉORIQUE À UNE SCIENCE PRATIQUE
    1. Chapitre 15. Les années 1965-1972, ou la traversée du désert
      1. Une phase dogmatique
      2. Une expansion considérable
      3. Les mécanismes de la prise de pouvoir
      4. Des résultats décevants
      5. Une molécularisation parfois superficielle
      6. Une dérive réductionniste
    2. Chapitre 16. Le génie génétique
      1. Les premières anticipations
      2. Les débuts du génie génétique
      3. Le moratoire et la conférence d’Asilomar
      4. La polémique
      5. L’assouplissement des réglementations
      6. La mise en place de la technologie du génie génétique : 1975-1980
      7. Les premiers résultats
    3. Chapitre 17. Le dogme ébranlé : les gènes mosaïques et l’épissage
      1. Un processus baroque
      2. Un rôle régulateur
      3. Gènes morcelés et évolution des êtres vivants
      4. Quelques bizarreries supplémentaires des organismes eucaryotes
    4. Chapitre 18. Une nouvelle biologie moléculaire
      1. Une lecture du vivant
      2. Une science expérimentale
Nombre de progrès les plus spectaculaires enregistrés aujourd’hui dans les sciences de la vie sont les fruits d’une discipline très récente, la biologie moléculaire, née dans les années 1940. C’est l’histoire passionnante – et trop peu connue – de cette jeune science que ce livre retrace, en explorant ses différentes facettes, scientifique, philosophique et sociale. Une histoire qui court de la convergence progressive de ses deux disciplines mères, la génétique et la biochimie, au début du XXe siècle, jusqu’à la mise en œuvre de la technique PCR d’amplification des gènes au cours des années 1980. En mobilisant systématiquement les nombreuses études spécialisées, peu connues du public français, et ses propres recherches, Michel Morange offre ici aux lecteurs non spécialistes des explications claires sur une théorie et des techniques complexes, et apporte aux spécialistes une mise en perspective historique indispensable pour mieux comprendre les enjeux actuels des recherches en biologie.
Pour en savoir plus…
L’auteur
Michel Morange, biologiste, est professeur à l’université Paris-VI et à l’École normale supérieure de Paris, où il dirige le Centre Cavaillès d’histoire et de philosophie des sciences. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont La part des gènes (Odile Jacob, 1998) et de, sous sa direction, L’Institut Pasteur, contributions à son histoire (La Découverte, 1991).
La presse
« Cet ouvrage est une très belle réussite et son contenu fera comprendre la nature même de cette discipline omniprésente dans la biologie contemporaine. »
LA RECHERCHE
« Michel Morange, attentif à la science telle qu’elle se fait, comble les lacunes de cette histoire parcellaire. Une belle synthèse, érudite et claire. »
LE MONDE
« Le profane ne peut deviner l’énorme quantité de travaux, de discussions, d’hypothèses nécessaires pour que se dégage enfin une idée comme celle de la double hélice, du code génétique ou de la régulation des métabolismes. Un livre remarquable, par sa précision, sa clarté, la richesse de sa documentation. »
ÉTUDES
Collection
Ce livre a été précédemment publié, en 1994, dans la collection « Histoire des sciences » aux Éditions La Découverte.
Ce livre a déjà été traduit en six langues.
© Éditions La Découverte, Paris, 1994, 2003.
ISBN numérique : 9782707172594
ISBN papier : 9782707140579
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre national du livre.
Ce livre numérique a été converti initialement au format EPUB le 21/01/2013 par Prismallia à partir de l’édition papier du même ouvrage.
Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
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Avant-propos
La thérapie génique, comme le séquençage du génome humain, ou la création de nouvelles variétés animales ou végétales par transgenèse font partie de ces projets et réalisations scientifiques qui, aujourd’hui, envahissent les médias et monopolisent l’intérêt du grand public. Ces possibilités inédites de connaître et de modifier le patrimoine génétique des êtres vivants sont le fruit d’une science appelée biologie moléculaire, qui s’est silencieusement développée au milieu du XXe siècle.
La biologie moléculaire n’est pas la description du vivant en termes de molécules. Si tel était le cas, il faudrait y inclure non seulement la biochimie, mais aussi tous les travaux réalisés au XIXe siècle, tant en chimie qu’en physiologie, qui ont permis de caractériser les molécules du vivant. Avec une définition aussi extensive, Pasteur lui-même serait un biologiste moléculaire1 !
Elle est l’ensemble des techniques et des découvertes qui ont permis l’analyse moléculaire des processus les plus intimes du vivant, de ceux qui en assurent la pérennité et la reproduction.
En termes de disciplines, la biologie moléculaire est le fruit de la rencontre entre deux branches de la biologie qui s’étaient développées au début du XXe siècle, la génétique et la biochimie. Ces deux disciplines avaient chacune défini l’objet privilégié de leurs recherches : le gène pour la génétique, les protéines et les enzymes pour la biochimie. La biologie moléculaire naît et se développe quand les relations entre ces deux objets vont se préciser. Le gène est identifié à une macromolécule, l’ADN. La structure de celle-ci est déterminée. Son rôle dans la synthèse protéique caractérisé.
La biologie moléculaire n’est cependant pas une nouvelle discipline stricto-sensu, mais plutôt une nouvelle manière de percevoir le vivant comme réservoir et transmetteur d’information2. Cette nouvelle vision ouvre des possibilités d’action qui se révéleront lors de l’essor du génie génétique.
Si le contenu de l’histoire de la biologie moléculaire est relativement difficile à définir, il est, en revanche, aisé de préciser la période pendant laquelle cette révolution moléculaire s’est opérée. Les nouveaux outils conceptuels d’analyse du vivant ont été forgés entre 1940 et 1965. La maîtrise opératoire qui en a découlé a été acquise entre les années 1972 et 1980.
Notre ouvrage couvrira l’ensemble de cette révolution moléculaire, tant au niveau conceptuel qu’au niveau pratique. Biologie moléculaire et génie génétique sont en effet trop intimement liés pour que l’on puisse séparer leurs histoires. Le génie génétique ne peut se comprendre sans la biologie moléculaire, mais c’est lui qui révèle l’ampleur des changements conceptuels apportés par cette dernière. La biologie moléculaire naît quand le problème de la nature des gènes, de leur mécanisme d’action, commence à hanter l’esprit de certains généticiens, lorsque ces derniers ne se contentent plus d’une vision quasi abstraite du rôle et de la nature des gènes. Elle naît aussi lorsque les biochimistes essaient de comprendre comment les protéines et les enzymes, agents essentiels de la spécificité du vivant, sont fabriquées dans les cellules et quelle est l’intervention des gènes dans ce processus.
La fin de l’histoire est plus difficile à cerner. Nous vivons encore sous le « paradigme » moléculaire, et les biologistes travaillent aujourd’hui dans les cadres conceptuels mis en place il y a plus de trente ans. Nous avons décidé d’arrêter ce livre quand, les principales méthodes du génie génétique mises au point, commence un processus d’acquisition rapide de connaissances moléculaires sur le vivant. Nous ne décrirons que quelques-unes des découvertes rendues possibles par le génie génétique, pour illustrer simplement la nature des recherches actuelles en biologie moléculaire.
Nous avons fait cependant une exception pour la découverte, en 1983, de la technique d’amplification de l’ADN ou PCR. Celle-ci nous a semblé emblématique de la révolution moléculaire. Elle trouve son origine dans les connaissances théoriques acquises dans les années cinquante, mais aussi dans les outils expérimentaux conçus dans les années soixante-dix. Elle démontre, mieux que tout autre exemple, l’efficacité des outils théoriques et pratiques forgés par les biologistes dans cette seconde moitié du XXe siècle.
Des sources multiples, une histoire complexe
La première difficulté pour écrire l’histoire de cette révolution moléculaire dans les sciences du vivant est l’abondance des documents déjà disponibles. De nombreux auteurs de cette révolution en ont écrit eux-mêmes le récit. Pour ne citer que les ouvrages en langue française, François Jacob et François Gros en ont déjà raconté de larges pans3 . A ces ouvrages de première main, il faut ajouter un certain nombre d’études, dues à des scientifiques mais aussi à des historiens et des philosophes, sur ces découvertes4 . Et la production en langue française est insignifiante si on la compare à l’ensemble des témoignages, documents, interviews, recueils d’articles originaux, et œuvres de réflexion en langue anglaise5 . Ne citons que deux ouvrages qui, dans des genres différents, ont chacun apporté une contribution majeure à l’histoire de la biologie moléculaire : l’ouvrage de l’historien anglais Robert Olby suit, presque heure par heure, le « chemin » qui a mené à la découverte de la structure en double hélice de l’ADN6 . Horace F. Judson, en interviewant plus de cent des acteurs les plus importants de l’histoire de la biologie moléculaire, a pu reconstituer l’ensemble des échanges techniques et conceptuels qui ont concouru à sa naissance7.
Notre objectif ne sera pas de refaire ce qui a été accompli de manière remarquable dans ces deux ouvrages ; il sera différent. D’une part, nous inclurons dans l’histoire de la biologie moléculaire la mise en place et les premiers résultats obtenus par le génie génétique. L’histoire de ce dernier n’a été encore écrite que de manière parcellaire8. Pourtant, comme nous l’avons déjà dit, l’étude de l’histoire du génie génétique permet de mieux comprendre l’originalité de cette nouvelle vision du vivant qu’est la biologie moléculaire.
D’autre part, aux travaux historiques déjà anciens cités précédemment sont venus répondre ou s’ajouter de nombreux articles d’histoire des sciences, publiés dans des revues spécialisées. Ces travaux n’ont pas été encore regroupés dans une étude générale sur l’histoire de la biologie moléculaire. Ces contributions complètent ou corrigent les études antérieures. Plus qu’une simple description des découvertes, elles tentent de préciser le « comment » et le « pourquoi » de celles-ci. Nous intégrerons dans cet ouvrage une grande partie de ces travaux. En particulier, nous consacrerons une fraction importante de ce livre au problème de « l’origine » de la biologie moléculaire, également discuté dans l’excellent ouvrage récemment publié par l’historienne américaine Lily Kay9.
Une science contemporaine pose à l’historien un certain nombre de problèmes spécifiques. Les sources sont abondantes : aux documents traditionnels, ouvrages, articles, cahiers de laboratoires, il faut ajouter le récit, par les scientifiques eux-mêmes, de leurs découvertes. Ces récits peuvent se présenter sous forme d’ouvrages ou d’articles autobiographiques ou bien sous forme d’interviews, de témoignages oraux. Cette abondance de documents n’est pas toujours profitable à l’histoire. Dominique Pestre a montré la prudence avec laquelle il faut traiter les témoignages oraux qui sont plus souvent des reconstructions que des documents historiques10. Dans le cas de la biologie moléculaire, les auteurs de ces récits historiques ont tendance – ce qui est normal – à justifier leur rôle, ou le rôle de la discipline qu’ils représentaient, dans l’avènement de la biologie moléculaire. Ce biais est d’autant plus fort que ces récits sont écrits alors que leurs auteurs occupent encore des postes de responsabilité et jouent un rôle majeur dans la définition des politiques scientifiques. Ces récits obéissent souvent, consciemment ou inconsciemment, plus à des soucis stratégiques qu’à un désir de vérité historique.
Une autre difficulté de l’analyse historique des développements scientifiques récents est que le recul insuffisant dans le temps pousse à interpréter le passé avec les yeux du présent. Ce risque intrinsèque à l’analyse historique est d’autant plus grand que les mots, les techniques utilisés sont les mêmes que ceux et celles encore utilisés aujourd’hui. L’historien risque ainsi de projeter les schémas de pensée contemporains sur les expériences du passé. Ce risque est grand si l’histoire est écrite par un scientifique pour lequel, naturellement ou plutôt culturellement, le passé de la science n’est que l’anticipation du présent.
Notre objectif a été d’écrire un ouvrage d’histoire des sciences lisible par le grand public. Trop d’articles ou d’ouvrages exigent du lecteur qu’il connaisse déjà l’objet dont on va lui décrire l’histoire. Nous consacrerons donc d’assez longs développements à expliquer les découvertes, et en particulier à décrire, autant qu’il est possible, les techniques utilisées.
Nous avons souhaité également faire une histoire aussi complète que possible. Beaucoup des récits déjà écrits ont privilégié une ou deux écoles de recherche. Nous avons essayé de faire une présentation aussi équilibrée que possible des disciplines qui ont contribué au développement de la biologie moléculaire11, en laissant, en particulier, une large place à la biochimie.
Enfin, on trouvera dans ce livre les biographies de plusieurs scientifiques qui ont participé de manière importante à la naissance de la biologie moléculaire. Cette présence est le reflet de la richesse des documents biographiques et autobiographiques dont nous disposons pour écrire l’histoire de cette discipline. Mais une biographie scientifique a un autre intérêt : elle permet de sortir d’une histoire purement interne et de dessiner les influences externes, le contexte culturel dans lequel la biologie moléculaire a trouvé naissance. Le parcours parfois chaotique de ses fondateurs, leur déplacement interdisciplinaire ou de pays à pays, a contribué à ce mélange culturel dont devait sortir la nouvelle biologie12.
Cela fait beaucoup d’objectifs pour un ouvrage de taille limitée ! Aussi n’avons-nous pas pu donner à chaque développement de la biologie moléculaire l’espace qu’il aurait mérité d’occuper. Chacun des chapitres sera consacré à un thème différent : une découverte, un groupe de recherche ou une question historique particulière. Cette présentation thématique a l’avantage de rendre en partie indépendante la lecture des différents chapitres. Son inconvénient est de ne pas toujours respecter l’ordre chronologique des événements.
Un souci majeur : respecter le contenu scientifique
Il est d’usage dans les articles ou ouvrages d’histoire des sciences de préciser sa stratégie, le modèle d’analyse de la science que l’on va utiliser. Nous ne chercherons pas à nous situer dans la complexité des courants et des écoles. Nous ne reprendrons que la conclusion de la présentation rapide, mais éclairante, qui en a été donnée par Michel Callon et Bruno Latour13 : ce qui manque le plus en histoire des sciences, c’est… l’histoire des sciences elle-même et de ses controverses. C’est la description minutieuse, « anthropologique », du comportement des chercheurs, quand ils élaborent les théories et les modèles, mais aussi, et surtout, quand ils réalisent leurs expériences.
Or, même dans une discipline dont l’histoire a été aussi fouillée que la biologie moléculaire, de larges domaines demeurent peu ou pas explorés. Par exemple, alors que l’histoire de la découverte de la double hélice a été maintes et maintes fois décrite, celle de l’ADN polymérase, l’enzyme capable de dupliquer l’ADN, est à peine mentionnée dans les ouvrages historiques les plus complets. L’histoire des sciences échappe, moins que toute autre discipline, à l’effet de mode14, d’autant moins que les historiens des sciences sont souvent extérieurs au milieu scientifique qu’ils étudient. Peu familiers avec ce qui se fait – et se faisait – au jour le jour dans les laboratoires de biologie, ils sélectionnent souvent les éléments les plus spectaculaires et les plus médiatiques de la science.
Refusant d’utiliser ce qui serait la voie normale pour aborder l’étude de la science, la lecture des publications scientifiques et une bonne compréhension des possibilités et des limites des techniques utilisées, ils préfèrent interviewer les « vedettes » et se pencher longuement sur leur correspondance. Cette attitude – justifiée par de longs développements méthodologiques15 – va souvent à l’encontre même de l’objectif poursuivi : elle renforce une vision intellectuelle et élitiste du travail scientifique.
L’écart trop grand avec le milieu étudié explique sans doute aussi l’interprétation biaisée que certains ont faite du principe de symétrie de D. Bloor16. Ce principe impose de traiter de la même manière l’échec et le succès, d’utiliser la même grille d’analyse, les mêmes concepts, pour rendre compte d’une théorie qui a réussi ou d’une autre qui a échoué.
Ce principe est excellent, car la tendance naturelle des scientifiques est de considérer que la meilleure théorie était forcément celle qui s’est imposée, celle que l’histoire a conservée. Mais il a parfois été utilisé pour relativiser la science, pour suggérer que toutes les théories se valent, et que celles qui furent éliminées l’ont toujours été pour des raisons « extrascientifiques »17.
C’est oublier comment fonctionne la science et le poids des contraintes expérimentales18 . Un scientifique peut élaborer tous les modèles et théories qu’il voudra, il ne pourra faire qu’une expérience « marche » ou ne « marche pas »19. Même un court séjour dans un laboratoire de biologie montre avec quelles difficultés le matériel biologique se laisse manipuler, et la place importante qui revient, au moins dans le temps, aux expériences qui échouent. La connaissance scientifique est « construite » et les scientifiques sont libres de définir leurs stratégies et d’élaborer leurs modèles ; mais dans les limites très étroites que leur laissent les systèmes expérimentaux utilisés.
Nous pensons que notre longue activité de recherche nous a permis de connaître, mieux que d’autres, le « poids » de ces contraintes expérimentales, et que cette connaissance donnera à cette histoire de la biologie moléculaire un éclairage original20. Nous avons surtout cherché à être exact sur le plan historique : décrire, aussi fidèlement que possible, les aspects connus ou inconnus de l’histoire de la biologie moléculaire. Ainsi, quelle que soit la valeur des interprétations que nous proposerons, cet ouvrage et les informations historiques qu’il contient permettront à d’autres d’avancer plus loin dans la compréhension de cet événement essentiel du XXe siècle que fut la révolution moléculaire en biologie.
Nous tenons à remercier nos collègues, scientifiques et historiens, pour les nombreux échanges que nous avons eus avec eux, en particulier Pnina G. Abir-Am, Charles Galperin et Jean-Paul Gaudillière. Mme G. Morange est remerciée pour son aide très précieuse dans la préparation du manuscrit.

PREMIÈRE PARTIE

LA NAISSANCE DE LA BIOLOGIE MOLÉCULAIRE

Un pour Un
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