Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 23,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Histoire de la Caisse nationale d'épargne

De
145 pages
La Poste s'est imposée au fil des ans dans le domaine financier français et, de par son statut, son réseau et sa clientèle, elle y tient une place particulière. Il faut remonter au milieu du XIXeme siècle pour comprendre les raisons qui poussent l'Etat français à créer une Caisse d'épargne publique. De la création en 1817 du mandat poste à la création des comptes chèques postaux en 1918, c'est au cours de cette période que se forme le "coeur historique" des services financiers de la Poste actuelle.
Voir plus Voir moins

HISTOIRE DE LA CAISSE
NATIONALE D'ÉPARGNEHistoire de l'innovation et entreprise
Sous la direction de
Pascal Griset
L'innovation constitue un phénomène particulièrement détermi-
nant pour l'évolution des sociétés contemporaines. Le restituer dans sa
dimension historique, telle est l'ambition de cette collection. Ouverte
aux différentes approches, elle s'insère dans une tradition française
d'histoire globale où la technologie et l'économique se trouvent au
cœur des processus.
La mémoire des entreprises constitue un axe majeur d'approche
pour les études publiées dans la collection. L'entreprise s'insère en
effet dans les systèmes de solidarité, dans les logiques économiques,
mais également politiques. En étant attentifs à cette interpénétration
des différentes dimensions du processus innovatif, les ouvrages de la
collection s'attachent à mieux comprendre les phénomènes qui, de la
culture d'entreprise aux politiques industrielles menées par l'État,
manifestent l'intensité du dialogue entre technique et société.
Pascal Griset est professeur d'histoire contemporaine à
l'Université Michel de Montaigne et chercheur associé à l 'IHMC.
La collection est éditée par l'Institut d'Histoire Moderne et
Contemporaine (IHMC), laboratoire propre du CNRS, associé pour le
programme scientifique au Centre de Recherche Aquitain en Histoire (Université Michel de Montaigne, Bordeaux III) et au
Centre de Recherches en Histoire de l'Innovation (Université
Sorbonne - Paris IV).
Dernière parution:
Cent ans d'innovation dans l'industrie de l'aluminium, sous la
direction de Ivan Grinberg, Pascal Griset et Muriel Le Roux, 1997.Benoit Oger
HISTOIRE DE LA CAISSE
NATIONALE D'ÉPARGNE
Une institution au service du public et de l'État
1881 - 1914
Préface de Michel Margairaz
Comité pour l'histoire de La Poste L'HARMATTAN
CP C 102 5-7 rue de l'Ecole
44 boulevard de Vaugirard Polytechnique
75757 Paris cedex 15 75005 ParisLe comité pour l'histoire de La Poste, fondé en 1995, apporte son
concours aux recherches universitaires en histoire mais aussi en
sciences humaines de l'Ancien Régime à nos jours. Les programmes
de recherche et les publications sont placées sous l'égide de Muriel
Le Roux, Chargée de recherche à l'IHMC-CNRS.
Comité pour l'histoire de La Poste: www.laposte.fr/chp
L'HARMATTAN,2006
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN, ITALIA s.r.l.
Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino
L'HARMATTAN HONGRIE
Kônyvesbolt ; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest
L'HARMATTAN BURKINA FASO
1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12
ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA
Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives
BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa ROC
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 2-296-00381-8
EAN : 9782296003811À Fanny, Alexis, Dorian et Ivain...REMERCIEMENTS
Merci à Michel Margairaz qui a préfacé cet ouvrage. Je le remercie
d'autant plus volontiers que sans lui cette étude n'aurait jamais vu le jour...
Un grand merci à Muriel Le Roux qui a œuvré avec opiniâtreté pour
que cette publication puisse avoir lieu. ..PRÉFACE
Disons-le d'entrée, comme André Gueslin l'a remarqué avec force,
l'un des principaux mérites de l'ouvrage qu'on va lire est d'être parvenu à
nous présenter une histoire large - naguère, on eût dit totale ou globale - de
la genèse et de la période d'apprentissage, sur trois décennies, d'une insti-
tution majeure, la Caisse nationale d'épargne. Grâce au maniement de
sources diverses, puisées dans les archives de la Poste et de la Caisse des
dépôts, dans les pétitions et documents parlementaires, dans les ouvrages
d'économistes ou dans la presse, Benoit Oger traverse allègrement et fait se
rejoindre heureusement l'histoire politique et parlementaire des grands
débats sur l'épargne - depuis le Corps législatif du Second Empire jusqu'aux
assemblées et commissions parlementaires de la Troisième République -
l'histoire administrative d'une bureaucratie qui trouve refuge au ministère
des Postes, l'histoire financière d'un acteur essentiel pour le bon fonction-
nement du Trésor, l'histoire sociale, voire culturelle des épargnants, à travers
l'analyse du maniement de leurs livrets, par temps calme comme en période
de crise.
Les deux premières parties, soit une quasi moitié de l'ouvrage, sont
consacrées à la genèse à double détente, qui voit la République des républi-
cains faire aboutir la loi de 1881, après vingt années de débat et un premier
échec. L'auteur souligne le poids de l'exemple anglais des Post office saving
Banks de 1861, puis la tentative avortée, à travers le décret de 1875, de
fonder la nouvelle institution sur la double assise des perceptions et des
bureaux de poste, ainsi que la volonté de compromis de la majorité. En effet,
le vote de la loi repose sur le souci de modération et de conciliation du
centre-droit, organisé autour de Léon Say et de Maurice Rouvier, le soutien
du Sénat et des milieux liés aux caisses d'épargnes ordinaires (CEO), l'appui
d'Ernest Denormandie, gouverneur de la Banque de France fortement lié aux
caisses d'épargne privées, et le rôle d'Adolphe Cochery, figure embléma-
tique comme ministre des Postes et des télégraphes, prêt désormais à
accueillir la nouvelle caisse. Cette républicanisation de l'épargne superpose
ainsi un nouveau réseau plus qu'elle ne se substitue à celui des caisses
d'épargne privées, qui d'ailleurs se trouvent protégées et même avantagées
par la loi. Un passage bienvenu montre comment la volonté des républicains
d'accorder des concessions aux conservateurs est même allée jusqu'à
accepter, non sans réticence initiale, l'accès des livrets aux mineurs et aux
femmes mariées, même sans le consentement conjugal.
Le succès de la loi repose aussi sur la grande diversité des mobiles qui
ont conduit les uns ou les autres à adopter la nouvelle institution. Se mêlent
des arguments moraux, déjà présents dans les premières décennies du siècle,
sur les vertus de l'épargne, des perspectives politiques en faveur de l'uni-
fication d'un livret national et de l'affirmation des principes d'un service
public, ainsi que des mobiles financiers quant à la centralisation des fonds de
la nouvelle caisse au service du Trésor en vue de l'achat des rentes, grâce à
l'entremise - déjà ancienne (1837) pour le placement des fonds des Caisses
privées - de la Caisse des dépôts, aussi efficace que discrète. Et la conjonc-ture financière du moment, celle du Plan Freycinet et de la consolidation des
rentes 3 %, a pesé lourd dans l'issue finale.
Au total, Benoit Oger démontre avec netteté que la Caisse nationale
d'épargne participe d'un projet politique lato sensu de républicanisation
d'une société française, dont la continuité est néanmoins assurée par le main-
tien de deux fondements libéraux essentiels: l'épargne et la rente. La Caisse
postale apparaît bel et bien comme l'un des piliers de la République nais-
sante dans les milliers de communes de France, au même rang que l'école et
la mairie... et souvent aussi la gare du chemin de fer. Cela suffit d'ailleurs à
discréditer l'institution auprès des collectivistes, prompts à dénoncer les ver-
tus illusoires de l'épargne, propres surtout, à leurs yeux, à justifier le refus
d'engager des réformes sociales hardies.
Un autre intérêt de cette recherche provient du souci constant
d'éclairer de manière neuve le jeu des acteurs multiples, publics et privés,
confrontés à la conjoncture économique et politique des trente années qui
précèdent la Grande Guerre. Après quelques années d'enracinement réussi
de la Caisse postale, la Grande Dépression des 1885-1895 pousse les
gouvernants à maintenir le placement privilégié des ressources de l'épargne
dans le soutien de la rente, malgré les projets d'emplois vers le crédit
populaire ou le logement social. Mais la Caisse nationale va en quelque sorte
subir la rançon de ses succès. Reprenant les termes précis du grand débat de
1895, Benoit Oger montre l'échec du «schéma ambitieux» du projet
Hubbard et des radicaux de refondre complètement le système du crédit en
France - parallèlement aux projets sur le renouvellement du privilège de la
Banque de France et sur le Crédit agricole - par la constitution d'une nou-
velle grande institution publique appuyée sur la Caisse des dépôts, qui aurait
profondément diversifié les emplois en direction des entreprises et des
particuliers.
C'était sans compter avec l'opposition du lobby parlementaire lié aux
banques commerciales, celle des administrateurs des çaisses d'épargne pri-
vées, soucieux d'abord de conserver la garantie de l'Etat même au prix de
l'indépendance de leurs placements, celle de la Caisse des dépôts elle-même,
qui peine à trouver des emplois rémunérateurs, et surtout celle des gouverne-
ments qui s'arcboutent à l'emploi traditionnel dans le soutien des rentes.
Ainsi, la loi de 1895 marque à la fois une seconde naissance de la Caisse
nationale, mais dans le sens malthusien dénoncé naguère par Roger Priouret
dans son ouvrage classique. La crise essuyée par les caisses d'épargne en
1893 a sans doute accentué la crainte que l'accumulation de trop grandes
ressources d'épargne ne constitue une menace pour le Trésor et a poussé au
conservatisme. Il s'agit alors de freiner le développement des caisses et leur
évolution vers une plus grande autonomie par la réduction du taux d'intérêt,
l'abaissement du plafond des livrets, la limitation des versements et de
maintenir le placement privilégié des fonds en valeurs publiques.
L'ouvrage montre clairement la concurrence des deux réseaux de
caisses d'épargne, qui connaissent tous deux un essor parallèle avant la Pre-
mière Guerre et dont les emplois sont toujours dominés par le placement en
rentes 3 % amortissables ou perpétuelles, auquel la Caisse des dépôts s'em-
ploie avec zèle et discrétion. L'analyse minutieuse du portefeuille de la CNE
IIconfirme combien l'État a, de 1882 à 1914, d'abord utilisé la nouvelle
institution pour placer les rentes et en soutenir les cours. La République,
dans ce domaine, manifeste une belle continuité avec la monarchie constitu-
tionnelle qui, dès 1816, avait attribué cette mission essentielle aux deux
caisses jumelles, la Caisse d'Amortissement et la Caisse des dépôts. L'ou-
vrage vient ainsi confirmer les acquis historiographiques déjà anciens sur les
traits du système financier français, dans lequel la Caisse des dépôts et les
deux réseaux de caisses d'épargne occupent une place centrale. Est-ce à dire
que, en participant au soutien de la rente, la Caisse nationale d'épargne a,
comme l'auteur le suggère, renforcé « l'obstacle sociologique constitué par
la masse des rentiers et [retardé] la construction d'une législation plus éla-
borée en matière sociale» ? La question mérite à coup sûr d'être posée à
nouveau et le mérite de Benoit Oger est d'avoir montré combien celle-ci
débordait la marge de manœuvre de l'institution et participait d'un débat
plus large englobant, on l'a vu, bien d'autres acteurs.
Un autre apport provient de l'étude des profils et pratiques sociales
des épargnants des quelque 6 000 bureaux en 1882, devenus plus de 13 000
en 1914. L'épargnant apparaît comme un homme, mais aussi une femme -
44 % des livrets ouverts! - relativement modeste, qui a recours peu de fois
dans l'année à son livret, dont le montant n'excède pas 100 francs dans plus
de la moitié des cas. Cela n'empêche pas l'existence d'une solide minorité
de déposants plus aisés, plus actifs et plus stratèges. Une étude géographique
confirme des disparités spatiales bien connues et une attentive des
comportements en temps de crise montrent que l'inquiétude provient da-
vantage des secousses politiques, surtout dans la France de l'ouest, que des
fluctuations de la conjoncture économique. Et c'est souvent l'épargnant plus
aisé qui se montre le plus vite inquiet, le plus prompt à retirer ses fonds et à
ainsi amorcer le mouvement de défiance et d'accélération de la crise. Une
utile étude comparative avec les caisses privées montre quelques différences
sociologiques.
D'autres passages de l'ouvrage, à peine évoqués ici, mériteraient
d'être soulignés. Ainsi, l'auteur montre combien la Caisse nationale a pu
rapporter à l'État dans son ensemble et, plus particulièrement, au ministère
des PTT, dont elle constitue l'ossature pour l'apprentissage et l'extension de
ses nouvelles fonctions financières, qui vont s'accélérer avec la Première
Guerre et la création des chèques postaux. La fondation de la Caisse postale
prend ainsi toute sa place dans l'histoire du ministère, dont elle va ainsi
infléchir le cours, mais dont elle subit aussi les servitudes. L'histoire
administrative retrouve ainsi tous ses droits, mais éclairée de belle manière
par l'articulation indispensable aux réalités économiques, sociales et poli-
tiques qui lui donnent sens.
Michel Margairaz
Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris VIII
IIITABLE DES ABRÉVIATIONS
AEF : Archives économiques et financières
AN : nationales
BAP : Bibliothèque administrative de Paris
BF : Banque de France
BN : Nationale
CEO : Caisse d'épargne ordinaire ou privéel
CES : scolaire
CDC : Caisse des dépôts et consignations
CGER : générale d'épargne et de retraite de Belgique
CNE : Caisse nationale d'épargne ou postale2
JCE : Journal des Caisses ordinaires
JO : officiel
MP : Musée de La Poste
POSB : Post Office Savings Banks
PT : Postes et télégraphes
PTT : Postes, Ttélégraphes et Ttéléphones
PV : Procès-verbaux
1 Par soucis de lisibilité cette abréviationest retenue pour l'ensemble des Caisses d'épargne
quel que soit leur statut, mais l'appellation des contemporains dans les extraits cités est
respectée.
2 De même que pour les CEO, l'abréviation CNE est retenue pour l'ensemble du texte tout en
respectant l'appellation des contemporains dans les citations.
v