Histoire de la Corée

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Depuis juillet 1953, après trois années d’un conflit dévastateur et sanglant, il y a deux Corées. Celle du Nord, où règne une dictature héréditaire et ubuesque qui condamne ses vingt-deux millions d’habitants à la misère et à l’isolement. Et celle du Sud, qui s’est hissée au 12e rang des économies les plus développées de la planète et constitue désormais un des pôles les plus actifs de la démocratie numérique et de la mondialisation culturelle. Endoctrinement fanatique à Pyongyang, libéralisme triomphant à séoul ; aujourd’hui, on ne parle plus de la Corée qu’au superlatif : modèle ou repoussoir, miracle ou tragédie.
Mais si la Corée d’aujourd’hui fait de plus en plus parler d’elle, celle d’hier, avant la guerre (1950-1953) et la colonisation japo-naise (1910-1945), demeure largement méconnue. On ignore que la péninsule fut un creuset d’innovation scientifique et technique, un centre intellectuel et religieux, auquel on doit aussi bien la mystique bouddhiste que la pâte à papier, l’imprimerie sur caractères mobiles ou la céramique céladon. Régulièrement ravagée par les invasions et par les guerres, constamment menacée par ses deux puissants voisins, la chine et le Japon, qui ont cherché à l’asservir ou à la coloniser, la Corée a su s’adapter pour préserver son identité culturelle et imposer son autonomie politique.
Du premier royaume de Joseon fondé, selon la légende, en 2333 avant Jésus-Christ aux deux États qui se partagent aujourd’hui la péninsule, en passant par l’âge d’or du roi Sejong (XVe siècle) et l’invention de l’alphabet coréen, toujours en usage, l’histoire de la Corée est une épopée, qu’il reste à découvrir. elle en vaut la peine.
Publié le : jeudi 22 novembre 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782847348972
Nombre de pages : 480
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couverture
PASCAL DAYEZ-BURGEON

HISTOIRE DE LA CORÉE

Des origines à nos jours

TALLANDIER

INTRODUCTION

L’ÉPOPÉE CORÉENNE

En 1953, à l’issue d’un conflit dévastateur et sanglant qui faillit dégénérer en troisième guerre mondiale, la péninsule coréenne n’était plus qu’un champ de ruines fumantes, scindé en deux au mépris de toute logique géographique, historique ou culturelle entre un Sud proaméricain et un Nord prosoviétique. Un demi-siècle plus tard, la mue est complète. Vouées au communisme fanatique à Pyongyang et au capitalisme au pas de l’oie à Séoul, les deux demi-Corées ont poussé ces deux systèmes irréconciliables jusque dans leurs ultimes retranchements. Le Sud est devenu la vitrine hyperbolique d’un libéralisme triomphant qui, de succès industriels en prouesses commerciales, s’est hissé des tréfonds du sous-développement au 12e rang des puissances économiques de la planète et forme depuis une décennie un des carrefours les plus actifs de la mondialisation culturelle et de la démocratie numérique. Le Nord, lui, en se recroquevillant sur son stalinisme fossile, s’est transformé en un goulag dynastique et ubuesque qui condamne ses vingt-deux millions d’habitants à l’endoctrinement, à l’isolement et à la misère. Tant et si bien qu’aujourd’hui, qu’on regarde d’un côté ou de l’autre de la DMZ, cette balafre qui tranche la péninsule à vif, on ne parle de la Corée qu’au superlatif : modèle ou repoussoir, miracle ou tragédie. Si les peuples heureux n’ont pas d’histoire, la Corée, assurément, en a bien une, dramatique et foisonnante.

 

Cette histoire, on la connaît mal. La Corée a en effet pâti d’un décalage funeste. Elle s’est repliée sur elle-même au moment de la première mondialisation, celle du capitalisme commercial, au tournant du XVIe et du XVIIe siècle. Quand elle a de nouveau ouvert ses portes, il y a cent cinquante ans, il était trop tard. Ses puissants voisins avaient pris suffisamment d’avance pour imposer leurs vues à la péninsule, en faire un protectorat, voire une colonie, en tout cas leur terrain de manœuvres favori. Pour justifier cette mainmise, le passé coréen a été occulté. Tous y ont contribué. Pour nombre d’historiens chinois, la Corée ne serait au fond qu’une marche périphérique et mal dégrossie qu’il conviendrait, de temps à autre, de rappeler à l’obéissance. Pour les Japonais, sans l’annexion coloniale, qui a duré de 1910 à 1945, la péninsule n’aurait pas réussi à sortir du sous-développement. Pour les États-Unis et la Russie – impériale, soviétique ou poutinienne –, l’intérêt de la Corée tiendrait avant tout à son allégeance idéologique, économique et militaire. Ces filtres successifs ont favorisé l’éclosion d’images toutes faites et simplistes qui n’expliquent pas grand-chose, quand elles ne travestissent pas la réalité. Elles présentent la Corée d’autrefois, ce « royaume ermite », ce « pays du matin calme », comme une petite contrée poussive, agreste et arriérée, vouée à l’anonymat. Comment la Corée en est-elle arrivée à son niveau actuel ? Ces clichés un peu mièvres n’aident pas à le comprendre.

En fait, l’histoire coréenne va bien au-delà. Riche en vallées fertiles, en montagnes boisées et en minerais variés, exutoire tempéré des immenses plateaux mandchou, mongol et sibérien, ultime jetée du monde chinois vers l’océan, ses ressources et ses archipels, la Corée n’a jamais cessé d’attirer les convoitises. Aussi loin que remonte la mémoire humaine, telle que nous la livrent les archives et, avant elles, les mythes, ce sont des migrations, des occupations, des invasions avec leurs cohortes de guerres, de ravages et de déportations, qui ont forgé l’histoire de la péninsule. Ses habitants ont dû y face avec autant de bravoure que de férocité. Farouche, barbare, inutile puisqu’elle n’a finalement accouché que d’un armistice bancal toujours en vigueur aujourd’hui, la guerre de Corée (juin 1950-juillet 1953) n’est au fond que le dernier épisode en date de cette lutte sans fin que les Coréens livrent depuis leurs origines pour conserver la maîtrise de leur territoire. Avant la guerre de Corée, il y a eu l’annexion japonaise de 1910, les invasions mandchoues au début du XVIIe siècle, celles du Japon à la fin du XVIe siècle, celles des Mongols au XIIe siècle. Et il en a été ainsi depuis l’aube des temps. Jusqu’ici, les Coréens y ont toujours survécu. Ce sont avant tout des résistants.

 

Ces résistants sont aussi des créateurs, ces deux qualités s’étayant au fond l’une l’autre. Puisqu’elle est un carrefour, la Corée est aussi un creuset. Portés par des norias de migrants, de guerriers et, durant les périodes d’accalmie, de commerçants, de prédicateurs et même de savants, les mythes, les croyances, les langues et les savoir-faire de tous les peuples voisins, et parfois même bien au-delà, n’ont cessé de se propager dans la péninsule en remontant les fleuves et en franchissant les vallées, de se confronter les unes aux autres et de se fertiliser mutuellement. La péninsule coréenne s’est ainsi imposée très tôt comme un centre d’innovation religieux, intellectuel et technique auquel on doit aussi bien la mystique bouddhiste que la pâte à papier, l’imprimerie sur caractères mobiles ou la céramique céladon. La frénésie technologique qui porte aujourd’hui la croissance sud-coréenne et conduit la firme Samsung à annoncer que, d’ici une décennie, elle contrôlera le secteur mondial des technologies de la communication, relève donc d’une dynamique séculaire. En octobre 1446, une sorte de prescience géniale poussait le roi Sejong à promulguer le hangul, un alphabet de 24 lettres destiné à transcrire la langue coréenne. À une époque où les lettrés confucéens ne juraient que par les idéogrammes chinois, l’innovation était révolutionnaire. C’est elle qui permet aujourd’hui aux jeunes Coréens d’être plus rapides que les Chinois ou les Japonais sur leurs claviers de mobiles et d’ordinateurs et d’accéder sans difficulté à la logique de l’alphabet latin. La continuité historique est manifeste. Ce n’est pas tant à un « miracle », comme aiment à dire les médias, que la Corée du Sud doit sa réussite qu’à son talent créatif. Si les Coréens ont un destin, c’est qu’ils l’ont forgé.

En somme, c’est dans son histoire, sa continuité et son héritage qu’on trouve les clés pour comprendre la Corée d’aujourd’hui, la division absurde de la péninsule, la formidable réussite du Sud et l’échec pathétique qui condamne moralement le Nord en attendant sa disparition politique. C’est aussi grâce au recul que donne l’histoire qu’on peut aborder les questions cruciales que pose l’avenir non seulement pour la péninsule mais aussi pour l’Asie du Nord-Est et même pour la paix du monde : celle des droits de l’homme en Corée du Nord, celle du maintien de la croissance au Sud, confronté à une spéculation immobilière effrénée et à un retournement démographique sans précédent, et celle qui domine toutes les autres : la réunification des deux régimes ennemis.

Dans cette logique, cinq grandes dynamiques s’avèrent éclairantes. De ses origines au XVIIe siècle, un long processus d’intégration a permis à la péninsule de se doter d’un État unifié et homogène (I). Du XVIIIe siècle à la Seconde Guerre mondiale, elle a dû, tant bien que mal, s’insérer dans le concert des nations (II). En 1945, disloquée par la guerre froide, il lui a fallu apprendre à gérer cette division (III), avant d’opter, à partir des années 80, pour deux modèles de développement opposés, l’autarcie paranoïaque au Nord et la démocratie industrielle au Sud (IV). Deux crises majeures à la fin des années 90, une terrible famine et une débâcle financière les ayant lancées dans le XXIe siècle plus opposées que jamais, chacune des deux Corées cherche désormais à s’imposer dans la mondialisation (V). L’avenir dira qui du tour de force économique ou du chantage nucléaire rapprochera la péninsule de son objectif stratégique primordial : la réunification.

 

Néanmoins, l’histoire de la Corée n’est pas toujours d’un accès facile. Les repères de base font défaut, qu’il s’agisse de la langue, de la géographie ou des lieux de mémoire qui ne parlent qu’aux habitants de la péninsule. Étudier la Corée nécessite aussi d’évoquer le continent chinois et l’archipel japonais auxquels elle est intimement liée, de même que l’histoire de France ne saurait se comprendre sans référence à la Grande-Bretagne, à l’Allemagne ou à l’Italie. Or ces histoires voisines ne sont pas toujours familières. Pour rester clair sans simplifier abusivement ni sombrer dans les sables mouvants de l’érudition, il a donc fallu faire des choix : privilégier la démonstration sur les données brutes, préférer les exemples probants à l’exhaustivité, ne pas craindre les comparaisons internationales qui éclairent les faits. Accessoires à la lecture, on trouvera également les cartes indispensables pour se repérer ainsi que les références bibliographiques permettant d’approfondir les analyses. En outre, le lecteur qui souhaiterait visualiser un paysage ou mettre un visage sur un personnage clé pourra, grâce aux ressources proliférantes de la Corée en ligne, accéder d’un clic au texte ou à l’illustration de son choix.

L’histoire de la Corée est une épopée. Le meilleur hommage à lui rendre, c’est de contribuer à la populariser.

 

 

 

 

 

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