Histoire des associations françaises

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Les associations qui sont un moyen de défense, un foyer d'innovation, un lieu privilégié d'échange et de convivialité, se heurtent au fil du temps à l'hostilité des pouvoirs qui voient en elles une dangereuse aspiration à la liberté. Les autorités religieuses, politiques, culturelles, s'évertuent à les réprimer ou à les récupérer. Il fallut attendre 1901 pour que, grâce à une loi très libérale, les associations soient enfin reconnues. Aujourd'hui elles tiennent une telle place dans la société qu'on a pu parler d'un "boom associatif".
Publié le : mercredi 1 septembre 2004
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EAN13 : 9782296368828
Nombre de pages : 148
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Histoire des Associations françaises

Acteurs de la Science Collection dirigée par Richard Moreau et Roger Teyssou
La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les acteurs de l'épopée scientifique moderne; à des inédits et à des réimpressions de mémoires scientifiques anciens; à des textes consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs; à des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la Science.

Dernières parutions Arnaud DIEMER (sous la dir.), Enseigner l'économie, 2004. Michel COINTAT, Le Moyen Age moderne: scènes de la vie quotidienne au XXe siècle, 2003 Yvon HOUDAS, La Médecine arabe aux siècles d'or, 2003 Daniel PENZAC, Docteur Adrien Proust, 2003 Richard MOREAU, Les deux Pasteur, le père et le fils, JeanJoseph Louis Pasteur (Dole, Marnoz, Arbois), 2003 Richard MOREAU, Louis Pasteur. Besançon et Paris :l'envol, 2003 M. HEYBERGER, Santé et développement économique en France au XIXe siècle. Essai d'histoire anthropométrique (série médicale), 2003 Jean BOULAINE, Richard MOREAU, Olivier de Serres et l'évolution de l'agriculture moderne (série Olivier de Serres), 2003 Claude VERMEIL, Médecins nantais en Outre-mer (19621985), 2002 Richard MOREAU, Michel DURAND-DELGA, Jules Marcou (1824-1898) précurseur français de la géologie nordaméricaine, 2002 Roger TEYSSOU, La Médecine à la Renaissance et évolution des connaissances, de la pensée médicale, du XWe au XIXe siècle en Europe, 2002 Pierre PIGNOT, Les Anglais confrontés à la politique agricole COllll1mne la longue lutte des Britanniques contre l'Europe ou des Pères fondateurs, 2002 Michel COINTAT, Histoires de fleurs, 2002. Préface de R. Moreau

Jean Defrasne

Histoire des Associations françaises

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRlE

L'Harmattan Italia Via Degli Al1isti 15 10214 Torino ITALIE

~ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6886-5 EAN: 9782747568869

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Avant-propos
Les associations, dans leur diversité, réunissent des individus qui ont choisi d'agir ensemble. Elles concernent tous les peuples et tous les milieux sociaux. Elles ont été au cours de l'histoire une forme spécifique de l'action collective et, en marge des institutions, un espace de liberté. Elles apparaissent dès les temps les plus anciens sous forme de groupements professionnels, de confréries religieuses, d'associations de secours mutuel. Des associations ouvrières existaient dans l'Egypte antique avec les tailleurs de pierre des tombes royales et en Palestine, si l'on en croit la tradition maçonnique avec les ouvriers du temple de Salomon. Les groupements religieux sont également très importants dans la Grèce antique. Us se développent notamment dans les périodes de crise quand l'individu cherche à échapper à l'isolement et à se défendre contre une société trop favorable aux puissants et contre un Etat oppressif. Ces associations, thiases, orgeons, eranoi, placés sous le patronage d'un dieu tutélaire tel Dionysos ont leurs lieux de culte, leurs cérémonies, leurs banquets fraternels. Les associations, si elles se préoccupent de l'au-delà ont aussi le souci de la vie, de la solidarité, du secours mutuel. Théophraste, contemporain d'Alexandre le Grand, constate: Il existait chez les Athéniens et les autres Etats de la Grèce des associations ayant bourse commune que leurs membres alimentaient par le paiement d'une cotisation mensuelle. Le produit de ces cotisations était destiné à donner des secours à ceux qui avaient été atteints par une adversité quelconque. A Rome les collèges groupent les citoyens par professions, par quartiers, par affinités ou croyances et ils disposent d'une organisation structurée. Ils assurent aux plébéiens puis aux affranchis, aux esclaves, une sépulture décente. C'est dans ce cadre que 5

s'organisent les premiers chrétiens des Catacombes avec leurs chapelles et leurs tombeaux. Les collèges encadrent les travailleurs des métiers, ils peuvent jouer un rôle politique en agitant les foules et ce fut le cas à la fin de la République. Ils servent de base sous l'Empire pour l'administration locale, prenant en charge la voirie, les fêtes, l'assistance publique. Les collèges romains apparaissent en Gaule où ils encouragent dans un pays conquis l'esprit d'association et l'intégration à l'Empire. Les associations tiennent dès lors une place importante dans l'histoire de notre pays. Les associations religieuses traduisent d'abord dès le MoyenAge l'influence de l'Eglise. Ce sont les paroisses, les chapitres, les monastères, les universités et surtout les confréries qui imposent longtemps à la société leur empreinte chrétienne. Plus récemment et même dans un Etat laïque l'Eglise joue encore un rôle important grâce aux écoles, aux patronages, aux mouvements d'action catholique, aux oeuvres de charité. Les associations professionnelles apparaissent avec les corporations, puis les compagnonnages. L'industrialisation suscite les sociétés de secours mutuel, les fédérations syndicales, les groupements ouvriers. Les associations de défense naissent avec la commune, elles se développent sous l'influence des Lumières avec les sociétés de pensée et les clubs. Mais les associations politiques, longtemps secrètes et subversives, ne sont ni efficaces ni durables. En fait les partis organisés, les mouvements politiques, les ligues, n'apparaissent qu'après 1880. Au dix-neuvième siècle l'esprit associatif vanté par Tocqueville et Proudhon pénètre peu à peu tous les milieux. La haute société fréquente les salons, les clubs à l'anglaise et elle lance la mode des équipes sportives. La bourgeoisie se retrouve dans les loges maçonniques, les associations de propriétaires, de négociants d'entrepreneurs, les cercles choisis qu'elle préfère aux cafés. Il y a également les sociétés savantes, les amateurs de musique ou de théâtre. Le peuple possède aussi ses groupes de sociabilité: fanfares et harmonies dans le Nord, chambrées dans le Midi, mutuelles, coopératives, groupes folkloriques et encore parfois les confréries qui au sein des paroisses attestent la force de la tradition. 6

Mais, et c'est là un fait essentiel, l'association a été de tout temps suspecte aux pouvoirs établis, qui se sont évertués à la réprimer. Ainsi, l'Eglise s'est opposée longtemps aux confréries avant de les contrôler et de les faire servir à ses desseins. Le pouvoir royal contrôle les communes, surveille les corporations, brise les compagnonnages et à plusieurs reprises défend sous peine de mort les ligues et associations. Les bourgeois libéraux en dépit des Lumières sont tout aussi mal disposés à l'égard des associations parce qu'elles sont censées aliéner l'individu au sein du groupe et favoriser l'opposition au pouvoir. La loi Le Chapelier de 1791, le Code pénal de 1810, les lois répressives de 1834, 1849, 1853 traduisent la volonté des gouvernements d'interdire en droit les associations même si, par la force des choses, certaines jugées utiles ou inoffensives, sont tolérées en fait. Les républicains après 1880 se refusent à admettre la liberté d'association par peur d'avoir à l'accorder aux congrégations religieuses dont ils redoutent l'influence. Ce n'est qu'en 1901 que Waldeck-Rousseau, qui a déjà fait reconnaître les syndicats en 1884, réussit à faire proclamer solennellement le droit d' association. Dès lors, grâce à cette loi très libérale, les associations vont se multiplier notamment dans les secteurs de la santé, de l'aide sociale, des loisirs, culture, sport, tourisme. La vie associative, reflet de la société et des aspirations nouvelles, fait une place grandissante aux problèmes d'habitat, d'environnement, d'action sociale, de solidarité internationale. On note un développement des associations liées à l'activité économique oeuvrant pour l'emploi, les services, l'insertion, la formation. Les pouvoirs publics, devant le boom associatif des dernières décennies sont persuadés du rôle essentiel des associations dans une société parfois déstructurée. Ils reconnaissent dans l'association d'aujourd'hui un moment privilégié d'engagement civique. Il nous a paru intéressant dans cet essai de synthèse de retracer à grands traits l'histoire des associations présentes à toutes les époques, confrontées à l'hostilité des pouvoirs et aujourd'hui plus florissantes que jamais. 7

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Les origines
Les historiens anciens remarquent qu'il existait de nombreuses associations chez les Gaulois comme chez les Germains, mais nous les connaissons assez mal. Les chefs de guerre groupaient autour d'eux des compagnons d'armes comme l'atteste la légende de la Table ronde. Les riches propriétaires avaient des clients, des esclaves. Les peuples des cités se rassemblaient en confédérations comme celle qu'édifia Vercingétorix. Surtout les Druides formaient une puissante corporation qui tenait des assemblées régulières dans la forêt des Carnutes, qui possédait des pouvoirs religieux mais aussi judiciaires, qui semble avoir incarné l'identité gauloise, ce qui lui valut l'hostilité durable de l'occupant romain.

La Gaule romaine
Après la conquête de César le droit de cité romaine, qui était attribué depuis de nombreuses années dans la province de Narbonnaise, fut étendu à la Gaule toute entière. Les détenteurs, négociants ou notables récompensés de leur fidélité à Rome, éprouvèrent le besoin de se regrouper d'autant qu'ils se sentaient confrontés parfois à la jalousie ou à la malveillance de la population. Ils formèrent des conventus, régis par un curateur et un questeur, rassemblant ainsi une minorité de notables privilégiés qui pouvaient accéder au grade de chevalier et même de sénateurs. Ces associations, actives au premier siècle, perdirent de leur utilité au fur et à mesure que le droit de cité fut étendu en Gaule jusqu'à sa généralisation pour tous les citoyens de l'Empire par l'édit de Caracalla en 212. 9

L'influence romaine fut marquée sous l'Empire par le développement des associations, collegia, sodalitia, à l'image de celles fort nombreuses qui s'étaient établies à Rome. Les collèges avaient l'avantage de former un groupement intermédiaire entre la vie étroite de la famille et le cadre très large de la cité. Les travailleurs, artisans ou négociants, regroupés dans les quartiers des villes, méprisés dans un monde aristocratique, ressentaient le besoin de s'unir pour opposer la force que donne l'association face au dédain ou à l'oppression. C'est dans ces collèges que s'affirmait pour le peuple de la cité un esprit de solidarité et de défense sur fond de chaleur humaine. Le gouvernement impérial leur fut d'abord hostile car il se souvenait du rôle subversif que les sodalitia avaient joué à Rome dans les troubles de la fin de la République. Le pouvoir alterna donc la répression avec Auguste, Néron, Trajan, ou la tolérance avec Hadrien, avec Marc. Aurèle, qui les autorisa à recevoir des dons, avec Septime Sévère, qui accepta même des collèges de soldats. Toutefois le juriste Gaius rappelait bien que toute association est subordonnée à l'approbation expresse du prince ou du sénat. Peu à peu s'établirent durablement deux types de collèges, les collèges funéraires et les collèges professionnels. Les collèges funéraires avaient pour but de procurer à leurs membres une sépulture décente avec les honneurs qui en étaient l'accompagnement obligé. Moyennant une somme modique les pauvres gens, les affranchis et même les esclaves étaient assurés de reposer dans un terrain appartenant à l'association et d'avoir leur part dans les cérémonies en l'honneur des défunts. Ces collegia teniorum, collèges de pauvres gens, portaient le nom de la divinité qu'ils avaient choisie pour objet de leur culte. Plus tard les chrétiens n'eurent aucun mal à reprendre pour leur compte ce type d'association. Les collèges professionnels avaient aussi une référence religieuse, mais leur but était de réunir les membres d'un même métier. Certes, il ne s'agissait pas de corporations jouissant d'un monopole ou réglées par un statut, mais d'un groupement dont l'Etat exigeait qu'il fût d'utilité publique et auquel il consentait certains avantages comme la concession d'un terrain. Ils apparaissent d'abord dans la Narbonnaise et à Lyon, où ils sont particuliè10

rement nombreux, puis dans toute la Gaule romaine. On trouve parmi ces collèges les fabri, ouvriers du bâtiment faisant aussi office de pompiers, les centonarii ou fabricants d'étoffes com~ munes, les nautes, armateurs et patrons de vaisseaux que l'on trouve à Lyon, à Arles, à Paris où ils ont donné à la ville ses armes et sa devise: Fluctuat nec mergitur. Les nautes étaient souvent liés aux collèges dont ils transportaient les produits, à Lyon les négociants en vins. Les collèges étaient parfois surveillés étroitement avec à leur tête un préfet nommé par l'Etat. C'était le cas des nautes du Rhône et des négociants transalpins. Mais en général ils s'administraient librement, leur organisation étant calquée sur celle de la cité avec l'assemblée générale, le populus, qui élisait les dirigeants, les magistri, les curateurs, les employés, dont un questeur. Ces collèges avaient leur maison, la schola où, en présence de la statue du dieu tutélaire, on se réunissait pour les fêtes, les sacrifices, les banquets. Les fonds nécessaires à la vie de la corporation étaient fournis par de généreux donateurs, les patrons. Les dignitaires étaient évidemment choisis parmi les personnages les plus riches et les plus influents, parfois en dehors de la corporation, gros négociants, magistrats de la cité, parfois chevaliers romains. Ainsi au sein du collège se côtoyaient les différentes classes de la société. A partir du troisième siècle le pouvoir impérial encouragea la formation de ces collèges qu'il avait longtemps redoutés. C'est qu'il confia aux magistri le soin de répartir l'impôt et comme il fallait assurer la permanence du système fiscal, le travailleur fut rivé de père en fils à son métier et à son collège, comme le colon à la terre, comme le soldat à l'armée, comme le décurion à sa curie. Certaines corporations furent soumises à un contrôle tyrannique, notamment celles qui concernaient les ouvriers des manufactures impériales et des mines ou encore celles des travailleurs qui produisaient ou transportaient des denrées alimentaires. Parfois les ouvriers étaient marqués au fer rouge afin qu'ils ne pussents'échappeL Pour tous les collèges, y compris pour ceux qui continuaient à s'administrer librement, la loi imposait aux dirigeants comme aux membres l'attachement à la fonction et la transmission héréditaire. 11

La compensation à cette véritable servitude consistait en avantages divers, exemption du service militaire, des charges municipales, des droits d'octroi et de péage. Mais surtout les collèges bénéficiaient de privilèges honorifiques qui pouvaient flatter la vanité de leurs membres. Ils avaient leur place réservée dans les cérémonies de la cité. Ainsi lorsque Constantin visita Autun en 311, ce sont les collèges qui eurent l' honneur de former la haie pour l'accueillir toutes bannières déployées. Il n'en est pas moins vrai que les collèges romains n'étaient plus sous le Bas-Empire des associations libres, ils étaient devenus des rouages de l'Etat et des instruments d'oppression. Avec la disparition de l'Empire, les troubles des grandes invasions, le recul des échanges, le déclin des villes, les collèges peu à peu disparurent. D'autres associations survécurent à la crise de l'Empire. Ce furent d'abord celles qui groupaient les fidèles des dieux tutélaires romanisés, Mars, Mercure, et aussi du culte impérial devenu officiel et par-là même banalisé. Il y avait aussi des adeptes des religions orientales diffusées par les soldats et les marchands, Mithra, Isis et surtout Cybèle, la Grand-Mère, avec la corporation des dendrophores qui avaient pour mission de fournir le pin sacré à porter dans le temple de la déesse. La fête, marquée par le sacrifice du taureau, le sanglant taurobole, est attestée à Lyon, Bordeaux, Narbonne. C'est dans ce contexte de quête spirituelle qu'apparaissent les communautés chrétiennes. Le message évangélique, venu d'Orient, parvient en Gaule au second siècle où les chrétiens qui se détournent du culte officiel et qui suscitent l'hostilité des foules sont l'objet de persécutions, ainsi à Lyon en 177 avec les martyrs Sanctus, Pothin, Blandine. L'Eglise de Lyon survit avec SaintIrénée et, au troisième siècle, il y a des groupes de chrétiens surtout dans les villes, à Tours, Arles, Narbonne, Toulouse, Limoges... Les succès de la religion chrétienne s'expliquent par l'émotion qui se dégage de la mort et de la résurrection du Christ, par la promesse du salut pour les justes, par une morale fondée sur la charité et l'amour du prochain. En outre le culte est ouvert à tous, femmes et enfants, hommes libres et esclaves, sans initiation compliquée, 12

avec un dogme accessible pour les humbles et pourtant, par son empreinte grecque, capable de satisfaire les aspirations des milieux éclairés. Les pratiques sont simples: l'assemblée, les prêtres, les évêques, la prière et la lecture des messages des apôtres, le repas en commun, l'agape. Après la victoire de Constantin et l'Edit de Milan de 312, le christianisme bénéficie de la protection impériale. Mais le paganisme conserve de nombreux fidèles dans les villes, ainsi à Tours où doit batailler Saint-Martin, et surtout dans les pagi, les campagnes où se maintiennent les païens, attachés aux anciens cultes. L'Eglise substitue aux dieux et aux héros d'hier le culte de la Vierge et des saints, dresse des croix près des fontaines et des arbres sacrés, s'approprie des usages anciens comme la fête du Solstice d'hiver, devenue celle de la Nativité. Mais longtemps encore, elle aura à pourchasser les Fata, les fées ou dames blanches, ainsi que les génies des eaux et des bois. Pour faire pénétrer le christianisme dans le pays profond il faudra une évangélisation active qui sera notamment l'oeuvre des moines. Les paroisses rurales n'apparaîtront qu'à partir du Vième siècle et cela dans la Gaule franque.

La Gaule franque
Dans l'effondrement du monde romain sous la poussée des Barbares, l'Eglise reste le seul élément stable et la seule force morale. L'Eglise s'identifie pour les Gallo-Romains à la nation, mais depuis la conversion de Clovis (498) elle a aussi les faveurs des Francs. Elle est le principe d'unité du nouveau royaume. C'est donc au sein de l'Eglise que se forment des associations qui répondent aux besoins du temps mais qui sont appelées à durer et à jouer un grand rôle dans l'histoire. Ce sont les paroisses, les chapitres, les monastères. Les paroisses sont des filiales de l'Eglise cathédrale dominée par la personnalité éminente de l'évêque. Elles apparaissent dans les quartiers des villes, dans les villages voisins, vici, dans les grands domaines, vil/ae, où se multiplient les chapelles privées, dans les monastères qui ont donné vie à des lieux' reculés. Les fidèles ressentent le besoin de se retrouver dans ces oratoires de 13

proximité. Ainsi le christianisme, d'abord implanté dans les villes, pénètre peu à peu le milieu rural. Le diocèse de Bourges ne compte qu'une quarantaine d'églises à la fin du Vlème siècle, il en compte cent-cinquante vers 650. Pourtant les paroisses sont encore séparées par de vastes espaces non desservis et l'évangélisation du pays sera une oeuvre de longue haleine. L'évêque veille à ce que toutes les paroisses soient sous son contrôle. C'est lui qui sur présentation du fondateur, seigneur ou abbé, nomme le prêtre chargé du soin des âmes, le curé (cura animarum). Dans les bourgs importants il y a plusieurs prêtres et à leur tête l'archiprêtre, qui sera le curé doyen. La paroisse assure le lien social entre les fidèles. Ceux-ci, réunis en assemblée au son de la cloche, apprennent à gérer ensemble les affaires de la communauté. Les chapitres sont des groupements de prêtres qui ont pour tâche d'aider l'évêque. Celui-ci, devant la carence des pouvoirs publics, a une charge écrasante. Guide spirituel, il est aussi administrateur du diocèse, il assure la protection, l'assistance, l'enseignement. Les chanoines ont leur place dans les stalles de l'église cathédrale. Ils sont soumis à une règle commune, inspirée de Saint-Augustin et Charlemagne décide en 760 qu'ils seront établis dans tout le royaume franc. Mais l'association la plus importante de la période est le monastère. Le monachisme, né en Egypte, a amené au désert des ascètes et des ermites, soucieux de vivre seuls (monos). Il n'a pas été adopté sous cette forme en Gaule, mais devant la dureté des temps, des chrétiens fervents se sont retirés à l'écart des villes dans de petites communautés, comme celle que saint Martin établit à Ligugé en 361. Les moines sont d'abord des laïcs qui veulent vivre pleinement leur foi. Le monastère, nous dit un texte de l'époque, reçoit dans son sein charitable ceux qui sont échappés au naufrage du monde orageux: il les recueille avec sollicitude, tout agités encore par la tempête du siècle, afin qu'ils reprennent le souffle sous l'ombre intime de Dieu. Les femmes qui décident de mener ensemble une vie de prière ne forment pas encore de véritables couvents. Au cours du Vème siècle les monastères se multiplient à partir de la Provence, Cassin à Marseille, Honorat aux îles de Lérins, 14

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