Histoire des organisations d'étudiants africains en France (1900-1950)

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Le système colonial n'a jamais favorisé l'accès des Africains à l'enseignement supérieur, il avait pour objectif majeur de former des fonctionnaires auxiliaires et de ne délivrer que des diplômes locaux. A la fin de la Deuxième guerre mondiale, le nombre d'étudiants africains a augmenté grâce à des bourses et la période 1945-1950 a vu naître des organisations politiques et syndicales d'étudiants africains (AGED/FEANF/AERDA), pour lutter en faveur de l'indépendance.
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
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EAN13 : 9782296464353
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HISTOIRE DES ORGANISATIONS
D’ÉTUDIANTS AFRICAINS EN FRANCE
(1900 - 1950) Dernières parutions
chez L’Harmattan-Sénégal

DIAGNE Mayacine (Sous la dir. de), La relance du
développement local au Sénégal, revue Leeuru, n° 1, août
2011.
NIOUKY Ange-Marie et ROBERT Michel, Les Brames ou
Mancagnes du Sénégal et de la Guinée-Bissau. Essai sur leurs us
et coutumes, juillet 2011.
DIALLO Kalidou, Le syndicalisme dans l’enseignement public en
Afrique occidentale française. 1903-0960. Préface de Iba Der
Thiam, juillet 2011.
SARROUSS Ousmane Sarr, Anagrammaire suivi de Prières de
Sarrouss, poésie, juin 2011.
TOURE Tamaro, Bracelets d’Afrique, Beau livre, avril 2011.
WONE Malick, La récitation du chapelet, poèmes,
« Rimes & Proses », avril 2011.
DELLAU Alexandra Guénaèlle, Mélodies intérieures,
poèmes, « Rimes & Prose », mars 2011.
NGAÏDE Abderrahmane, Les voix abyssales de Bissau, ou les
douleurs de la mémoire, récit, mars 2011.
FAYE Mame Ngoné, Épaves oniriques, poèmes, « Rimes &
Prose », mars 2011.
CAMARA Sana, La poésie sénégalaise d’expression française
(1945-1982), mars 2011.
AGNE Abdoulaye, La poule bénie de la mariée, roman, février
2011.
FALL Takia Nafissatou, Comme un ciel d’hivernage, roman,
février 2011.
WÉLÉ Abou, La fiscalité des systèmes financiers décentralisés
(SFD) au Sénégal, février 2011.
KANE Abdoulaye-Élimane, La femme-parfum, roman,
janvier 2011.
NDIAYE Mounirou, L’économie sénégalaise, collection
« Zoom sur… », décembre 2010.
Amady Aly DIENG







HISTOIRE DES ORGANISATIONS
D’ÉTUDIANTS AFRICAINS EN FRANCE
(1900 - 1950)










DU MÊME AUTEUR
Hegel, Marx, Engels et les problèmes de l’Afrique noire, Dakar, Sankoré, 1978.
Le rôle du système bancaire dans la mise en valeur de l’Afrique de l’Ouest, Dakar,
NEA, 1982.
Contribution à l’étude des problèmes philosophiques en Afrique noire, Paris, Nubia,
1983.
Le marxisme et l’Afrique Noire, Paris, Nubia, 1986.
Blaise Diagne, premier député africain, Paris, Éditions Chaka, 1990.
Le Sénégal à la veille du troisième millénaire Forum du Tiers-Monde, Paris,
L’Harmattan, 2000.
Les premiers pas de la Fédération des Étudiants d'Afrique Noire en France. De l'Union
française à Bandoung (1950-1955), Paris, L'harmattan, 2003.
Hegel et l’Afrique noire, Hegel était-il raciste ? Dakar, Codesria, 2006.
Les étudiants africains et la littérature négro-africaine d’expression française, Langara
Research & Publishing Common Initiative Group. Bamenda. North West
Region. Cameroon. 2009.
Lamine Guèye, une des grandes figures politiques africaines (1891-1968), Dakar,
Éditions Panafrica, 2011.
Lénine, Rosa Luxemburg, Boukharine et les problèmes de l’Afrique noire (à paraître).
Les formations sociales en Afrique de l’Ouest précolonial (à paraître).
Regards sur l’oeuvre de Cheikh Anta Diop (à paraître).
Contribution à l’étude de l’histoire intellectuelle de l’Afrique noire (à paraître).








© L'Harmattan-Sénégal, 2011
« VILLA ROSE », RUE DE DIOURBEL, POINT E, DAKAR

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senharmattan@gmail.com

ISBN : 978-2-296-54875-6
EAN : 9782296548756
REMERCIEMENTS
Nous remercions Olivier Sagna, Papa Ibrahima Sy,
Ndèye K. Sow, Tidiane Gadio, Seydou Badian Kouyaté et
Jérôme Carlos dont les travaux nous ont été très utiles.
Nous remercions Moctar Diack, professeur de philosophie
et Mamadou Diouf, Maître assistant à la Faculté des Lettres
et sciences humaines de Dakar qui ont lu ce manuscrit et
nous ont fait des critiques et des suggestions.
Nous remercions particulièrement Abdoulaye Ly qui a
mis à notre disposition ses archives personnelles et qui nous a
consacré de longues heures d’entretiens.





INTRODUCTION
L’histoire des organisations d’étudiants africains en France
est un domaine qui n’a pas été beaucoup exploré par les
historiens africains. Quelques études (1) lui ont été consacrées
ces dernières années par des chercheurs qui ne sont pas des
historiens de métier.
Les étudiants en histoire ont commencé à consacrer des
mémoires de maîtrise à des personnalités politiques africaines
qui ont joué des rôles importants méconnus en Afrique. Il
faut dire que Jean Suret-Canale a été un incontestable
pionnier en faisant connaître à beaucoup d’Africains des
personnalités comme Tovalou Houenou, Lamine Senghor et
Garan Tiémoko Kouyaté. Depuis, d’énormes efforts ont été
1déployés par des étudiants sénégalais et par l’écrivain malien
2Seydou Badian Kouyaté pour mieux faire connaître le rôle
joué par ces pionniers du mouvement national africain qui
ont été recouverts de la poussière de l’oubli répandu sur leur
mémoire par les défenseurs de la colonisation.

1 Jean-pierre Ndiaye, Enquête sur les étudiants noirs en France. Paris, Éditions
Réalités Africaines, 1962.
- Mme Marème Diop, Les étudiants africains en France (Les Groupes). Mémoire
de diplôme d’études supérieures de sociologie, Paris, 1967.
- Sékou Traoré, Responsabilités historiques des étudiants africains, Paris,
Anthropos, 1973.
2 Seydou Badian Kouyaté et Jérôme Carlos, Tiémoko Garan Kouyaté et le rêve
du monde noir (à paraître aux NEAS, Dakar). 142 pages dactylographiées.
9
La connaissance du rôle joué par les étudiants africains
dans l’émancipation de notre continent est indispensable.
Elle éclaire les débats politiques actuels. Elle permet de mieux
saisir les enjeux politiques de certaines discussions ou de
certaines scissions intervenues dans quelques mouvements
politiques africains.
Elle aide à mieux saisir la personnalité et l’orientation
réelle de certains dirigeants politiques qui ont milité dans les
mouvements étudiants ou qui ont eu à se déterminer par
rapport aux prises de position des étudiants.
Il est regrettable que le révérend père Joseph de Benoît
n’ait pas consacré dans son ouvrage : L’Afrique-Occidentale
Française de 1944 à 1960 à la FEANF et à l’UGEAO des
développements qui montrent le rôle très important joué par
ces deux organisations dans la lutte pour l’indépendance et
l’unité des pays africains.
Le développement du mouvement national en Afrique,
l’accroissement du nombre de chercheurs africains, et la
disponibilité des archives de police ont permis de jeter
quelques lumières sur ce passé glorieux de l’Afrique
volontairement soustrait à la connaissance de ses fils. Des
3mémoires, des livres ou des articles ont été récemment
consacrés à ces figures de proue.

3 Robert Cornevin, Lamine Senghor (1889-1927). Hommes et destins, Tome I,
Paris, Académie des Sciences d’Outre-mer, pp. 367-368. « Du Sénégal à
la Provence. Lamine Senghor (1889–1927) pionnier de la Négritude »
dans Mélanges André Villard, Marseille, Fédération Historique de
Provence, 1975, pp. 69 à 77.
- Ndèye K. Sow, Les organisations nègres et l’action anticoloniale dans l’entre-deux-
guerres 1920-1940, Mémoire de maîtrise, Paris I, 1977-1978.
- Papa Ibrahima Sy, Tiémoko Garan Kouyaté et l’action anti-coloniale de l’entre-
deux-guerres, Mémoire de maîtrise d’histoire, Paris VII, 1978-79.
- Front culturel sénégalais, Lamine Senghor : Vie et œuvre, Paris, juillet 1979.
10
Malheureusement, aucune étude systématique relative
aux mouvements des étudiants africains n’a été menée. Cette
entreprise n’est pas toujours facile : car les archives ne sont
actuellement disponibles que pour la période allant jusqu’à
1980. Pour la période postérieure, il faudra s’appuyer
essentiellement sur la presse et sur les témoignages écrits ou
oraux que l’on peut trouver çà et là.
Notre tâche n’est pas aisée : nous avons été obligé de
glaner des informations dans des essais historiques, dans des
ouvrages autobiographiques, dans des entretiens avec
quelques témoins de l’époque, dans des articles de presse et
dans des archives d’organisations d’étudiants ou de certaines
personnalités politiques que nous avons pu consulter.
Nous avons publié deux ouvrages qui portent sur l’histoire
du mouvement étudiant durant la période allant de 1950 à
1960. Il restait à consacrer un ouvrage à l’étude de l’histoire
des organisations d’étudiants africains en France de 1900 à
1950.
Dans ce livre, il sera traité des thèmes suivants :
— La situation de l’enseignement en Afrique noire de 1800 à
1960 ;
— Les organisations de Noirs en France de 1900 à 1930 ;
— Les organisations d’étudiants africains en France de 1930
à 1940 ;
— Les organisations d’étudiants africains en France de 1940
à 1945 ;
— les organisations d’étudiants africains en France de 1946 à
1950 ;

- Olivier Sagna, Lamine Senghor (1889-1927) : Un patriote sénégalais engagé dans
la lutte anti-colonialiste et anti-impérialiste, Mémoire de maîtrise d’histoire, Paris
VII, 1980-81.
- Cheikh Tidiane Gadio, Émergence d’une Presse Pan-Africaine en France (1922-
36), Mémoire de sociologie, Paris VII, 1983.
11
— Les organisations d’Afrique et les organisations d’Africains
en France de 1900 à 1950 ;
— Bilan des activités du mouvement d’étudiants africains de
1900 à 1950.






PREMIÈRE PARTIE

LES ORGANISATIONS D’ÉTUDIANTS
AFRICAINS EN FRANCE
DE 1900 À 1940





CHAPITRE PREMIER

LA SITUATION DE L’ENSEIGNEMENT
EN AFRIQUE NOIRE DE 1800 À 1960
èmeAu début du XX siècle, le système colonial avait
consolidé ses positions ; il avait commencé à mettre en place
un système d’enseignement qui pouvait répondre à ses
besoins de cadres subalternes. Les autorités coloniales ont
toujours travaillé pour empêcher les Africains d’accéder à
l’enseignement supérieur. C’est pourquoi les étudiants
africains n’ont pu être envoyés en France en grand nombre
qu’après la Deuxième Guerre mondiale qui a vu
l’affaiblissement du système colonial. Pour bien comprendre
le développement tardif du mouvement des étudiants
africains, il est nécessaire de rappeler brièvement l’évolution
de l’enseignement en Afrique noire.
I. L’ENSEIGNEMENT EN AFRIQUE NOIRE
Le système colonial n’a jamais favorisé les Africains qui
voulaient poursuivre des études supérieures. Il a organisé un
système de formation qui lui procurait de simples auxiliaires :
commis, infirmiers, instituteurs, interprètes, etc.
Au lendemain des guerres napoléoniennes, la France de la
Restauration avait besoin de mettre de l’ordre dans son
économie ruinée. Face à sa puissante rivale, l’Angleterre
15
fortement industrialisée, elle avait tenté de mettre en valeur
ses colonies. C’est dans ce cadre que sera mis en place un
système d’enseignement au Sénégal qui jouait le rôle d’escale
et de comptoir commercial.
Avant la nomination en 1816 du colonel Schmalz comme
commandant pour le Roi et administrateur du Sénégal et
dépendances, la société coloniale sénégalaise ignorait l’école
française comme le souligne Roland Colin : « Les familles
européennes qui étaient peu nombreuses et le milieu des
habitants mulâtres avaient recours à des “précepteurs
occasionnels” ou envoyaient les enfants s’éduquer en
4métropole » .
Comme la France avait décidé d’étendre et d’intensifier
l’exploitation de son empire, il devenait nécessaire de mettre
en place un système d’éducation répondant aux exigences de
la mise en valeur des colonies. On fit appel à un jeune
instituteur français, Jean Dard, qui devait quitter le Sénégal
en 1821. En 1821-1822, l’école élémentaire de Saint-Louis
compte 113 élèves, dont 10 Européens, 68 Mulâtres et 35
noirs. Les Mulâtres bénéficieront de l’enseignement français
comme cela ressort des statistiques.
En 1837, sur 110 élèves, il y avait 6 Blancs, 71 Mulâtres et
33 Noirs. Le Baron Roger et le jardinier Claude Richard
marqueront la politique scolaire au Sénégal. La politique
éducative répond à ce type d’exigence comme le rappelle
R. Colin : « L’école de Jean Dard est un instrument
nécessaire pour définir et propager le nouveau modèle de
l’entreprise conquérante qui doit prendre possession des
terres nouvelles et des peuples qui les habitent. Elle doit
former la nouvelle “intelligentsia” nécessairement enracinée
dans la base de la société coloniale, école médiatrice entre la

4 Roland Colin, Systèmes d’éducation et mutations sociales : Continuité et
discontinuité dans les dynamiques socio-éducatives. Le cas du Sénégal, Thèse
présentée à Paris V en décembre 1977 et publiée en 1980, p. 171.
16
métropole et la colonie pour ouvrir la voie au nouveau type
de domination coloniale, en former les cadres et les
opérateurs à partir du modèle français (et, pour Dard, il
paraît clair que l’utilisation du wolof n’est qu’un détour,
5indispensable selon lui pour établir le système français »
La période qui va de 1841 à 1903 sera marquée par
l’arrivée des Frères de Ploërmel qui s’attachaient à donner un
enseignement assimilationniste à une toute petite élite de
niveau assez médiocre.
L’école des Frères fonctionna durant 60 ans environ. Elle
fut fréquentée par 12.000 enfants qui en bénéficiaient à
Saint-Louis, 9.000 à Gorée et 25 à 30.000 élèves du cours du
soir. Cette population était concentrée et détenait le pouvoir.
C’est pourquoi H. Lauture et M. Doria-Husser n’ont pas
hésité à la qualifier d’école des notables : « Cette école fait
donc bien figure d’école des Notables bien qu’elle ne
s’intéressait pas qu’à eux, mais du fait surtout que ceux-ci lui
6servaient de guide et de modèle » .
En 1856, à la suite de l’ouverture de l’école laïque de
Faidherbe, l’école de Saint-Louis comptait 200 élèves, dont
50 Noirs. « La grosse majorité est mulâtre », selon R. Colin.
En 1901, les trois écoles de Gorée, Dakar et Rufisque
abritaient 96 musulmans et 340 chrétiens. Leur population
ethnique était la suivante : 342 noirs, 63 Mulâtres et 1 blanc.
Par contre, l’école primaire principale de Saint-Louis
comptait 25 musulmans et 141 chrétiens. Sa population
ethnique était constituée par 58 Noirs, 97 Mulâtres et 15
Blancs.
De 1903 à 1943, l’enseignement en Afrique subit
l’influence de la politique scolaire de Jules Ferry. L’école du

5 Roland Colin, Ouvrage déjà cité, Tome I, pp. 203-204.
6 Hervé de Lauture et Michel Doria-Husser, Réflexions sur l’histoire de
l’Enseignement au Sénégal, Interêt pédagogique actuel, Dakar, juillet 1981. p. 31.
17
peuple, version sénégalaise qui est conçue comme un secteur
de l’économie marchande, subit de nombreux avatars. Cette
période (1903-1943) est marquée par la prééminence
politique des Mulâtres dans les quatre communes (1902-
1914) avec François Carpot, l’émergence de Blaise Diagne,
premier député noir du Sénégal (1914-1934) et la
constitution de mouvements d’intellectuels noirs groupés
autour de la négritude au moment du Front populaire.
La conquête de l’Afrique occidentale inaugurée par
èmeFaidherbe est achevée à la fin du XIX siècle. Une nouvelle
organisation fut mise en place comme le souligne R. Colin :
« Cet immense empire africain français avait exigé la mise en
place d’un nouvel appareil colonial de type fédéral qui restait,
pour l’Afrique Occidentale, dans un premier temps rivé à son
origine sénégalaise » (op. cit. Tome I. p. 267).
On créa en 1895 le poste de Gouverneur général qui était
en même temps le Gouverneur du Sénégal. Ce dernier
résidait à Saint-Louis. Le Gouverneur général Roume,
nommé en 1902, fut le premier à ne pas assurer les fonctions
de Gouverneur du Sénégal. Camille Guy, agrégé de
l’université, fut nommé Gouverneur du Sénégal.
Le Gouverneur général avait organisé des écoles de
villages et des écoles urbaines où les élèves pouvaient se
présenter au Certificat d’études primaires élémentaires
(CEPE). Les titulaires du certificat qui désiraient continuer
leurs études pouvaient entrer dans des écoles techniques ou
dans des écoles primaires supérieures (EPS). Après trois
années de scolarité dans les écoles primaires supérieures, les
meilleurs étaient orientés vers des écoles normales. L’École
normale William Ponty était la plus célèbre. Créée à Saint-
Louis en 1903, transférée à Gorée en 1913, installée à
Sébikotane en 1937, l’École a formé plusieurs générations de
cadres de l’AOF : instituteurs, fonctionnaires de
l’administration générale. Après l’École normale William
18
Ponty, on pouvait entrer à l’École Africaine de Médecine de
Dakar qui formait des médecins, des pharmaciens et des
ersages-femmes. L’enseignement fut réorganisé le 1 mai 1924.
On créa en 1930 des écoles qui avaient contribué à freiner la
scolarisation ; les élèves consacraient l’essentiel de leur temps
plus aux jardins potagers et aux champs qu’aux classes.
Après la Conférence de Brazzaville et précisément en
octobre 1944, le Gouverneur général de l’AOF traça de
nouveaux objectifs : une augmentation annuelle du nombre
des classes qui devait passer de 192 en 1944 à 235 en 1949.
L’effectif minimum du cours préparatoire première année
serait de 60 élèves.
« Un arrêté d’août 1945 réorganisa complètement
l’enseignement primaire en AOF alignant les
programmes sur ceux de la Métropole, portant à 4
années la durée des études dans les EPS et rendant
l’enseignement strictement obligatoire pour les
enfants de fonctionnaires et de militaires de carrière.
Un arrêté ultérieur étendra cette obligation à tous les
enfants dans la mesure de la capacité du cours
7préparatoire »
Une académie fut créée en 1947. En 1948, on créa 21
inspections primaires : 3 en Côte d’Ivoire, 2 au Dahomey, 3
en Guinée, 2 en Haute-Volta, 1 en Mauritanie, 2 au Niger, 4
au Sénégal et 4 au Soudan.
À la rentrée de 1948, le Gouverneur général supprima les
anciennes « écoles européennes ». Un nouveau programme
d’enseignement fut institué en 1950 et on créa un nouveau
CEPE. Le taux de scolarisation passa de 3,34 % en 1945 à
6 % en 1949. Ce développement nécessitait la formation
d’un nombre croissant de moniteurs et d’instituteurs.

7 Joseph Roger de Benoist, L’Afrique Occidentale Française de 1944 à 1960,
Dakar, NEA, 1982, p. 143.
19
En 1944, il y avait en AOF trois écoles normales de
garçons : au Soudan à Katibougou (fondée en 1938) était à
l’origine une école rurale : seule l’École normale William
8Ponty formait des cadres de diverses spécialités
II. L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
La première tentative de création d’un enseignement
secondaire au Sénégal a été confiée aux premiers prêtres
africains envoyés très jeunes en France par la mère Javouhey.
Le Gouverneur Edouard Bouët-Willaumez confia à l’abbé
Boilat la direction du premier établissement secondaire de la
colonie.
L’abbé Boilat, violemment antimusulman, calqua
l’enseignement de son collège sur le modèle de
l’enseignement secondaire français. Il privilégia la formation
axée sur le latin. Il insista sur les débouchés que pouvait offrir
son collège : élèves à l’École de Saint-Cyr pour être chefs
dans l’infanterie de marine, élèves à l’école de navigation ou
de mécanisme, officiers dans la cavalerie, membres du clergé,
médecins, pharmaciens et magistrats.
Avec l’hostilité des Blancs, des Mulâtres et des Frères
Ploërmel, les premiers prêtres africains Boilat et Fridoil
échouèrent dans leur tentative trop audacieuse de mettre sur
pied un enseignement secondaire. Boilat sera pratiquement
exilé en France.
À la fin de 1847, le collège fut transformé en école
secondaire. Le 26 octobre 1849, l’école secondaire était
supprimée.
Ainsi, l’enseignement secondaire était donné avant la
Deuxième Guerre mondiale en AOF dans deux
établissements : le cours secondaire de Saint-Louis qui a pris

8 Pour plus de précisions, cf. le livre de Boubacar Ly, Les instituteurs au
Sénégal de 1903 à 1945, 6 volumes, Paris, L’Harmattan, 2009.
20
en 1849 la suite des établissements créés en 1841 par les
Frères de Ploërmel pour devenir le lycée Faidherbe le 6
novembre 1920 ; le cours secondaire laïc et privé de Dakar
créé en 1917, devenu public en 1925, finit par devenir en
1937 le lycée Van Vollenhoven.
Cet enseignement secondaire était pratiquement réservé
aux enfants de la population européenne de Dakar et ceux
des habitants des quatre communes du Sénégal. Il permettait
d’obtenir le Brevet de capacité coloniale qui est l’équivalent
du Baccalauréat. C’est pourquoi les bacheliers qui en
sortaient étaient constitués par des Européens, des Métis et
des Noirs dont les parents étaient relativement aisés. Ce
caractère très sélectif de cette population scolaire se
maintiendra pendant les premières années consécutives à la
Deuxième Guerre mondiale. Le lycée Faidherbe sera réputé
le lycée accueillant surtout des nègres tandis que le lycée Van
Vollenhoven abritait surtout des Blancs. Le lycée Faidherbe
en 1945-1946 recrutait surtout des Européens, des Antillais,
des Mulâtres originaires des territoires de l’AOF et des
Africains fils de fonctionnaires gradés, de planteurs, de chefs
de canton. La population du lycée Faidherbe n’a commencé
à changer et à comporter d’élèves originaires de l’intérieur du
Sénégal qu’avec l’organisation du premier concours de
bourses intervenue en 1946. Dès cette époque, le Sine
Saloum, la plus grande région arachidière du Sénégal, a
envoyé, grâce à sa forte scolarisation, un très grand nombre
de boursiers.
Ainsi en 1944, les seuls établissements secondaires qui
existaient officiellement en AOF étaient constitués par le
lycée Faidherbe de Saint-Louis et le lycée Van Vollenhoven
de Dakar.
À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu de
nouvelles écoles secondaires : le collège secondaire libre
d’Abidjan devint établissement public en 1945, celui de
21
Bamako en 1946. Le groupe scolaire Terrasson de Fougères
devint collège classique le 3 novembre 1947. En 1946, il n’y
avait que 174 Africains sur les 723 élèves du secondaire. En
1947, sur les 219 candidats au baccalauréat présents dans les
centres de Dakar, Saint-Louis et Bamako, il y eut 61 reçus,
18 à la seconde partie (dont 8 Africains) et 43 à la première
partie (dont 18 Africains).
En 1949, il y avait en AOF 19 collèges classiques et
modernes qui, bien que comportant le cycle complet de
l’enseignement secondaire, étaient des établissements
incomplets du point de vue des séries existantes.
Avec la réorganisation, les écoles normales qui étaient au
nombre de 4 (Sébikotane, Katibougou, Dabou, Rufisque)
dispensaient un enseignement secondaire permettant de
préparer le baccalauréat série sciences expérimentales. Après
une année de formation professionnelle, les titulaires du
baccalauréat pouvaient devenir des instituteurs.
Les cours normaux au nombre de 9 en 1949 formaient
des instituteurs adjoints qui, après avoir obtenu le brevet
élémentaire, recevaient durant une année une formation
professionnelle.
III. L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
Dès 1825, le Baron Roger voulait créer une école
d’encadreurs agricoles dans le Delta du Fleuve Sénégal. En
fait, ce qui était posé, c’est la formation technique de Noirs
ou de Mulâtres qui devaient remplacer les Européens en
proie aux rigueurs du climat et aux fièvres tropicales
meurtrières.
En 1833 et 1848, furent envoyés en France à l’école
d’apprentissage, annexe de l’usine d’Indret, 11 élèves
sénégalais qui étaient destinés à devenir mécaniciens sur les
bateaux du fleuve. D’autres furent envoyés dans des écoles
d’arts et métiers. C’est le cas de 3 jeunes Mulâtres : Honoré
22
Lamothe, Edmond Lejuge et Ferdinand Girardot qui ont
fréquenté l’École des Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne.
Lamothe fut rapatrié en 1857 et mourut d’une maladie de
la poitrine dès son retour. Lejuge et Girardot furent renvoyés
au Sénégal après trois années d’études médiocres. Le premier
fut employé à la direction du Génie et le second à la direction
des Ponts et chaussées. Par contre, Picard, Pierre Kikou et
Lacombe furent confiés à M. de Lamenais qui les fit inscrire
au séminaire de Tréguier : Picard et Kikou renoncèrent à la
prêtrise et, revenus au Sénégal, entrèrent l’un dans le
commerce, l’autre, titulaire du baccalauréat ès lettres, dans
9l’administration de la marine
Quand le collège fut supprimé, Bouët-Willaumez
emmena en mai 1840 sur sa frégate La Pénélope six élèves.
Deux d’entre eux, Claude Duranton, fils d’un explorateur
fameux par son indiscipline et d’une princesse du Khasso, et
Roger Descemet, fils d’un habitant de Saint-Louis,
continuèrent leurs études au collège de Lorient, puis furent
admis à Saint-Cyr ; un troisième Provost, moins heureux
qu’eux s’engagea dans l’infanterie de Marine. Parmi eux, il y
avait Pierre Stanislas Delaroque, Duschène et Dubric qui
devaient être inscrits dans une école d’Arts et Métiers.
Faidherbe accorda une bourse en octobre 1855 à Paul
Holle, jeune fils du futur héros de Médine, et en novembre
1857 à Abel Descemet, frère du lieutenant tué à ses côtés
pour préparer le concours d’entrée à Saint-Cyr.
Entre 1858 et 1863, Faidherbe, préoccupé par le besoin
croissant en mécaniciens de marine indigènes, envoya 26
apprentis à l’Arsenal de Toulon. Cette expérience ne fut
guère concluante. 25 Sénégalais ont été envoyés entre 1884
et 1886 en France avec des bourses dites d’Arts et Métiers

9 Abdoulaye Sadji, Éducation Africaine et Civilisation, Dakar, SAFEP, 1962,
p. 83.
23
pour aller dans des écoles préparatoires. Deux d’entre eux,
Malamine Guèye en 1884 et Ibnou Diop en 1888 réussirent
à entrer à l’École des Arts et Métiers d’Aix. Ce dernier sera
renvoyé en 1890 à cause de la faiblesse de sa moyenne et
cette expérience aboutit à un échec total.
En 1891 et 1892, le Conseil Général décida de ne plus
accorder de bourses métropolitaines. On se contenta
d’envoyer en 1894 quelques princes noirs comme Samba
Yomb, Meissa Cellé, Mbakhane Diop, Salmon Fall, Ndiaga
Diop, Bouna Ndiaye, Inse Bâ, Cellé Ndiaye. Ces jeunes
boursiers étaient accompagnés par Hamet Fall.
L’administration coloniale se plaignait du fait que les
étudiants préféraient s’orienter vers des études juridiques.
Libres de suivre leurs goûts, les étudiants se dirigeaient
surtout vers le droit. Sur les huit étudiants que la colonie
entretenait en France en 1899, six faisaient du droit, un était
en médecine et le dernier préparait le concours d’entrée à
Saint-Cyr. (D. Bouche, thèse, pp. 276-277).
Dès 1900, à la Deuxième Guerre mondiale, on créa des
établissements techniques destinés à assurer la formation
professionnelle du personnel nécessaire au fonctionnement
de l’appareil colonial.
L’enseignement technique et professionnel était dispensé
dans les collèges techniques d’industrie, des centres
d’apprentissage d’industrie et des collèges d’apprentissage
d’agriculture et à l’École technique supérieure. Avec
l’organisation de l’enseignement secondaire, le recteur
Capelle, en accord avec L. S. Senghor, décide de ne plus
envoyer des élèves boursiers du secondaire en France.
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