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Histoire du chauffage urbain

De
359 pages
Cet ouvrage nous fait découvrir l'univers souterrain du chauffage urbain et les acteurs qui ont participé dans leur domaine à la grande histoire des techniques, de l'énergétique et de la climatique. L'auteur nous présente également l'entreprise pionnière et fondatrice, la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain (CPCU). Enfin, de l'évolution du chauffage à travers les âges, aux réseaux de chaud (et froid) urbain et au confort discret et durable, la parole est donnée à des professionnels pour leur expertise.
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Histoire du chauffage urbain

@ L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.eom diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1\a!wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04740-2 EAN: 9782296047402

Michel RAOULT

Histoire du chauffage urbain

L'HARMATTAN

LE GESTE QUI CHAUFFE

(Petite photo) Le geste qui chauffe

A la CPCU, son personnel,

et à notre profession...

Michel Raoult 2007

Photo remerciements

REMERCIEMENTS

Je ne saurais jamais assez remercier ceux qui ont contribué à la réalisation de cet ouvrage. Tout d'abord ceux (que je ne pourrai à mon grand regret tous les citer), qui m'ont permis de reconstituer cette grande histoire, et tous ceux qui conservent en bibliothèque des documents précieux et m'ont permis d'en prendre connaissance. Comme je ne suis ni historien, ni universitaire, la tâche me fut difficile. Saluons d'abord Auguste Beaurrienne (Ingénieur civil de France) et Philippe Schereschewsky (Chaleur-énergie et CPCU), révélés grâce à cet ouvrage, d'avoir œuvrés pour initier la technique du chauffage urbain en France. Plus près de nous, la CPCU, qui a éclairé ce travail, mes supérieurs hiérarchiques et les autres « sachants »: parmi eux mes plus importants contributeurs: MM. Georges Delhoume, Pierre Remigereau et Alain Triboulet, et bien sûr tous les grands professionnels qui ont bien voulu contribuer à imaginer le futur. Je leur en reste infiniment reconnaissant. Parmi eux, merci à Mme et M. Maillard pour leur précieuse aide. L'AICVF qui m'a donné envie d'apporter ma contribution à un édifice de savoir sur le « CVC » (chauffage - ventilation - conditionnement d'air), en France. Dont mes préfaciers préférés, que sont: Roger Cadiergues, Roger Casari et Claude Gillet. Enfin, tous mes compagnons d'armes depuis 1983, appartenant au métier de « climaticien» et enfin ma petite famille à laquelle je n'ai pas consacré bien des heures passées sur cet ouvrage.

TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS ............................................................................ PRÉF ACE.............................................................................................. INTRODUCTION.................................................................................

6 9 11

Chapitre 1) A Paris, le contexte favorable à la naissance

de CPCU
1.1) Quelques points d'histoire pour transposer le contexte 1.1.1) généralités 1.1.2) évolution matérielle 1.2) Comment Paris, s'est pourvu de concessions? 1.2.1) logement et urbanisme 1.2.2) l'eau potable 1.2.3) les transports en commun 1.2.4) le gaz 1.2.5) l'électricité 1.2.6) dans un autre registre les déchets ménagers et leur incinération 1.2.7) services complémentaires

15
15 15 17 24 24 26 27 30 34 38 40

Chapitre 2) Du chauffage au chauffage urbain et à la

concession CPCU
2.1) Le chauffage à travers les âges 2.1.1) généralités sur le chauffage 2.1.2) un peu d'histoire 2.2) Les prémices de la CPCU 2.2.1) l'émergence du chauffage urbain, dans le monde et en France 2.2.2) les associations professionnelles impliquées 2.2.3) les grands acteurs industriels concernés à cette époque 2.2.4) pourquoi la vapeur? 2.3) CPCU des débuts à la Guerre 2.3.1) jusqu'en 1935 2.3.2) de 1935 à la guerre 2.3.3) de 1939 à 1949 Les annexes de ce chapitre

45
45 45 46 63 63 72 83 103 109 109 120 125 137

Chapitre 3) L'essor de la Compagnie...évidemment
3.1) De l'après guerre à maintenant.................................................... 3.1.1) de 1949 à 1974 ..................................................................... 3.1.2) de 1974 à 1990...................................................................... 3.1.3) après 1990 ......... Les annexes de ce chapitre ......

147 147 165 195 212 245 245 245 247 249 253 257 257 259 261 268 270 271 280 287 287 287 290 302 308 313 319 319 320 327 327 333 339

Chapitre 4) Les éléments moteurs de cette réussite....
4.1) Evolution indéniable du confort individuel................................ 4.1.1) les évolutions climatiques au fil du temps .......................... 4.1.2) la climatologie parisienne ................................................... 4.1.3) un plus grand confort thermique ......................................... 4.2) Paris, resté fidèle à ses concessions ..............................................

4.3) Un statut particulier et un engagement humain :.......... 4.3.1) les débuts de la syndicalisation et organisation des secteurs électriques et gaziers............................................. 4.3.2) la CPCU avant les nationalisations ..................................... 4.3.3) après la Libération ......... 4.3.4) les agents de la Compagnie aujourd'hui ............................. 4.3.5) conseil d'administration ..... 4.4) Un partenaire (imposé) important............................................... L'annexe de ce chapitre ..........................................................................

Chapitre 5) Autres réseaux ..................................................... 5.1) Caractéristiques générales .............................. 5.1.1) caractéristiques générales ...................................... 5.1.2) réseaux français ................................................................... 5.1.3) réseaux étrangers .......... 5.1.4) réseaux de froid ............ Les annexes de ce chapitre ............
Chapitre 6) L'avenir ..................................................
6.1) France, énergies et techniques disponibles ................................. 6.1.1) panorama du potentiel énergétique du début du XXe siècle 6.2) Avenir, les points de vue de la profession.................................... 6.2.1) en ce qui concerne CPCU.................................................... 6.2.2) pour les réseaux climatiques en généraL............................ Les annexes de ce chapitre ....

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PRÉFACE

Relier le passé à l'avenir... J'ai connu Michel Raoult comme étudiant en génie climatique; son insertion professionnelle l'a mené à la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain, où il s'est profondément intéressé au développement des réseaux de chaleur. Et, j'en suis témoin, il n'a eu alors de cesse de faire partager sa conviction des avantages des réseaux climatiques d'énergie. Au cours de ses recherches sur les réseaux** Michel Raoult a rencontré l'histoire du chauffage, et il a eu l'excellente idée de nous en faire profiter en rappelant les grands auteurs anciens de nos professions. Ce livre, par ses nombreux problèmes abordés, constitue un point de départ pour accompagner et développer la technique des réseaux, qui présente tant d'intérêt dans le contexte désormais durable des besoins énergétiques du génie climatique. C'est tout le mérite de Michel Raoult d'avoir mené à bien la réalisation d'un tel ouvrage, qui sans son opiniâtreté n'aurait pas vu le jour. Aussi faut-il le remercier du courage et de l'énergie qu'il a déployés pour aboutir, en particulier dans les dernières phases de conception concomitante avec le handicap d'une santé subitement dégradée. C'est avec honneur et plaisir que j'ai tracé ces quelques lignes inspirées par la connaissance de cet ouvrage et de son auteur.

Roger CASARI Ancien professeur de génie climatique à l'IFE et l'IFFI (du CNAM) Médaillé d'or de l'enseignement technique.
** Voir page suivante

Introduction A propos du mot « réseau» commençons par un peu de sémantique

On désigne sous le nom de chauffage urbain une distribution de chaleur à un certain nombre d'immeubles d'une ville, d'un quartier ou d'ensembles immobiliers: cette distribution se fait par un fluide chauffant circulant dans un réseau de tuyauteries, écrivait en 1988, René Narjot (ingénieur de l'Ecole centrale des arts et manufactures) dans la «Revue technique de l'ingénieur », concernant «le génie énergétique ». Ce n'est pas très limitatif.. . Selon la Commission centrale des marchés: Un réseau de chaleur est constitué par un ensemble de canalisations, le plus souvent souterraines, transportant un fluide caIoporteur sous pression (vapeur, eau chaude) obtenu au départ d'une ou plusieurs unités centrales de production

calorifique. Il est destiné à fournir aux installations particulières

-

collectives ou individuelles - après branchement et par l'intermédiaire de sous-stations appelées aussi postes de livraison ou de raccordement, la chaleur nécessaire au chauffage, à la production d'eau chaude ou à d'autres usages (blanchisserie, restauration, stérilisation, usages industriels divers, conditionnement d'air, etc...) Le fluide caIoporteur partant de la centrale emprunte une canalisation «aller» et, après avoir transféré sa chaleur dans les sous-stations, revient à la centrale par une canalisation «retour» pour se réchauffer à nouveau. Ce n'est pas non plus très limitatif... A l'étranger, on appelle les réseaux de chaleur «chauffage à distance» (fernwarme) en allemand et chauffage de quartier (district heating) en anglais. En France, les réseaux sont généralement considérés «de chauffage urbain» quand la puissance thermique souscrite y dépasse 3,5 MW. Ils sont répertoriés dans un annuaire mis à la disposition des adhérents de l'Association de promotion des réseaux de chaleur et de froid (nommée Via Séva) : liste (non exhaustive) consacrée à 380« réseaux» en service!. Les «réseaux» dont on parle ici sont présents dans toutes les grandes métropoles de l'hémisphère Nord, et délivrent leur chaleur à leurs clients abonnés (au moins 160 villes se sont dotées du chauffage urbain à travers le monde, dont une cinquantaine en Europe).
1 Rappel: un annuaire des réseaux de chaleur est édité pour ses adhérents, par l'association
«Via Séva» (185 rue de Bercy - 69321 Lyon Cedex 05).

- 75012

Paris Cedex 12 et/ou Centre DMCI 4 quai des Etroits

On en parle si peu, leur architecture souterraine en est-elle la cause? Le plus ancien réseau de chauffage urbain a traversé près d'un siècle et demi, qui le sait ? .. .Et à propos du mot «réseau» : Le mot réseau est étonnamment chargé de signifiants très différents, voire contradictoires. Les uns sont plutôt négatijs (on pense au réseau...de trafiquants), avec la complexité, parfois inextricable, du réseau routier ou de transport urbain d'une agglomération. Plus mitigé, reproche mêlé de jalousie, le réseau des anciens d'une école - si apprécié en cas de pépin, ou de recherche d'un job -. Et puis, également, le qualificatif collectif voire global si apprécié quand il marche (l'annonce «fluide sur tout le réseau» provoque l'optimisme de l'automobiliste). Mais le réseau (du latin retis, le filet) possède à la fois des mailles, et des nœuds: des liaisons. Intéressants pour le voyageur du métro (correspondances), ces nœuds sont autant de lieux d'échange. Et on en arrive au travail en réseau, et bien sûr au réseau internet, le « net» (lefilet). Encore plus que les distributeurs d'eau ou d'électricité, le chauffage urbain paraît utiliser de plein droit le mot réseau. Certes, comme l'eau et l'électricité, le fluide part de quelques extrémités des « fils» (câbles ou tuyaux) mais dans son cas, il y a bien échange! Echange de chaleur bien sûr, dans les sous-stations des utilisateurs, mais aussi échange matériel: vapeur contre eau condensée, sans parler de l'échange symbole de développement durable: les déchets de sixfamilles parisiennes« échangés» contre le chauffage d'un logement. Deux propositions pour conclure: d'abord, il faudrait échanger aussi avec les citoyens! Combien de Parisiens savent-ils comment le « net» CPCU chauffe un quart de leur ville? Et puis, repris de l'Evangile, « Va et jette ton filet plus loin» (ou, ce qui reviendrait au même, «croissez et multipliez »). Face aux menaces sur les ressources et le climat, communication et
mise en commun plus large des moyens seront
deux

outils nécessaires.

Signé «Raymond Macheprot» (en fait il s'agit de Rémi Guillet, éminent spécialiste en épistémologie.. .entre autres).
L'anatomie d'un réseau de chaleur, repris dans la revue Gadz'arts 84 Ne résistons pas aux délices de l'anthropomorphisme: comme I 'homme, le réseau de chaleur possède des systèmes alimentaire et respiratoire: il se nourrit, en chaufferie, de combustibles, et de beaucoup d'air,' normalement il ne fume pas sauf en cas de maladie,' comme pour I 'homme, dans son système circulatoire développé se déplace un fluide vecteur de l'énergie élaborée en amont, qui s'achemine vers les centres de besoin - ni muscles ni peau, mais clients - comme I 'homme, il transmet par un système particulier, de télé contrôle et télésurveillance, " paramètres d'ambiance et autres informations utiles à un centre les nerveux, le dispatching,' comme l'homme enfin, il entretient de multiples relations avec la société, et paie des impôts.

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Préliminaire sur le contenu de l'ouvrage Nous évoquerons donc dans cet ouvrage en 2006, les réseaux urbains de distribution de chaleur et/ou de froid et notamment la C.P.C.D. à Paris (le berceau du premier réseau de chauffage urbain français). « Du chauffage au chauffage urbain, toute une histoire », est surtout l'histoire d'hommes, du développement de techniques et d'une société concessionnaire, celle du plus grand et du plus ancien des réseaux de chaleur fIançais, octogénaire, celui de la Compagnie parisienne de chauffage urbain [CPCD]. Dne narration qui a l'ambition d'extraire de l'oubli les éléments d'un riche passé industriel. En 1990, J.P. Dallaporta, chef du Service habitat et tertiaire de l'Agence française de la maîtrise de l'énergie [AFME], écrivait dans l'éditorial de la revue Réseaux et chaleur n06: Comment expliquer qu'en dehors des périodes de crise, crise du logement et urbanisme directif, ou crise de l'énergie et subventions publiques, les réseaux de chaleur se développent si peu? Comment expliquer la part actuellement marginale des chauffages centraux collectift dans la construction neuve de bâtiments? Les usagers sont mal informés. Trop peu d'informations objectives, pédagogiques, sont mises à leur disposition par rapport à une surabondance, une surenchère d'offre commerciale. Les offreurs d'énergie les plus riches ou les plus endettés sont alors gagnants, à court terme. Il est donc utile d'approfondir ce sujet. Et par exemple d'évoquer Auguste Beaurrienne, Gaston Gourdeau, Marcel Véron, André Guichemerre, Aimé Visseq, Louis Vinciguerra, etc. Des hommes méconnus, que l'histoire du chauffage et du chauffage urbain a réunis au fil d'une histoire tout aussi méconnue. On va donc s'essayer à narrer l'histoire technique et sociale de la livraison de la chaleur à domicile dans le contexte historique du développement parisien. Paris précurseur dans le domaine des services publics, qui ont accompagné l'essor du chauffage urbain fIançais et donc le fil de notre histoire. Elle-même au cœur du développement de notre confort. Quelques mots sur l'auteur En 1901, rubrique nécrologie de «La nature ». M. Raoult François, chimiste et physicien fIançais, doyen de la Faculté des sciences de Grenoble, vient de mourir à l'âge de 71 ans. Correspondant de l'Académie des Sciences, membre à titre étranger de la Société chimique de Londres et de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, M. François Raoult était commandeur de la Légion d'honneur. Son œuvre scientifique est considérable; on lui doit, notamment, la cryoscopie et la tonométrie. L'Académie des Sciences lui avait décerné le prix Lacaze pour ses travaux sur les forces électromotrices. Le fIoid (cryoscopie) lui doit beaucoup.

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Sans lien de parenté avec cet illustre personnage, Michel Raoule, l'auteur de cet ouvrage, né en 1946, décrit en 2005 son travail de la manière suivante: En 1984, préalablement à mon entrée à la CPCU, je cherchais pour me documenter quelques ouvrages sur cette société, en bibliothèque (faute alors de l'Internet...). Mauvaise affaire, peu de documents parlaient de cette entreprise. Depuis, je me suis efforcé, de reconstituer l 'histoire de la Compagnie, et celle de l'essor du confort dans la capitale, afin de participer très modestement à l'histoire des techniques. C'est sans ambition et aux risques de maintes erreurs que j'ai conduit cet exercice. Je remercie par avance ceux qui voudront bien m'informer des corrections d'ordre historique ou technique (ou des mauvaises interprétations) qui seraient à apporter à ce recueil d'informations, qui n'engage que son auteur. M'appuyant sur le travail déjà effectué par d'autres et notamment sur leurs écrits, je ne souhaite que mettre en mémoire et en valeur les talents de nos illustres prédécesseurs, pour la postérité de notre filière professionnelle, celle des « climaticiens », - nombreux - « ingénieurs» que j'ai découverts au fil de mes lectures, et que je souhaite à mon tour faire découvrir. Ce travail, je l'escompte, éveillera tant la curiosité: des professionnels du monde de la thermique énergétique, que la CPCU elle même et son personnel (qui y trouveront l'histoire de leur métier), et que l'AICVF, association regroupant des ingénieurs climaticiens à laquelle j'ai adhéré en 1989. J'ai écrit cette anthologie pour les milliers de personnes curieuses de nos métiers (usagers, fournisseurs, gestionnaires d'autres réseaux français ou étrangers, énergéticiens, étudiants, etc.) et notamment pour celles que j'ai pu accueillir lors des visites de découverte du chauffage urbain et pour lesquelles faute de temps, je n'ai pu leur conter I 'histoire de mon entreprise et de notre filière professionnelle.

I Agent de la CPCU (durant 22 ans), conseiller climaticien, responsable des relations extérieures, Service de la communication, en mission auprès de la Direction générale. Membre actif de l'AICYF, il siège au conseil d'administration. Il est depuis 2004 rédacteur en chef de la revue Chauffage Yentilation Conditionnement d'air [CYC]. Il a reçu en 2003 le prix Papineau pour son implication dans cette revue professionnelle. Membre de l'AFIAP (ingénieurs appareils à pression), de l'AFITE (ingénieurs et techniciens de l'environnement), et de l'AFF (association Française du froid). Il est coordonnateur et coauteur de l'ouvrage « La vapeur mode d'emploi» aux Editions Parisiennes et auteur de « Commerce & technique, mode d'emploies) », chez le même éditeur. Aujourd'hui président d'une association caritative, la Ligue Rein & Santé. 14

A Paris, le contexte favorable à la naissance de CPCU Chap. 1 - 1.1)

Chapitre 1

A Paris, le contexte favorable à la naissance de CPCU

1.1)

Quelques points d'histoire pour transposer le contexte

1.1.1) Généralités Paris atteint en 1846 le premier million d'habitants, et son deuxième très rapidement, en 1876. C'est l'essor industriel de la capitale, dont la population va quintupler en un siècle: de 540 000 en 1801 à 2 700 000 en 1901. Le 3ième million sera approché au lendemain de la première guerre mondiale. Cette augmentation de la population entraînera bien des changements. Paris évoluera à la fois dans son architecture et son habitat, par le développement de ses équipements publics et ses transports collectifs. Avec, entre autres, la recherche du bien-être, donc d'une bonne hygiène nécessaire à la santé des individus. par Napoléon III (dont l'œuvre dans les domaines social, culturel et économique fut conséquente), huit communes de sa proche banlieue en plein essor, passant de l'enceinte des Fermiers généraux à l'enceinte de Thiers fortifiée. Elle est découpée en vingt arrondissements (au lieu de douze). Dans les communes annexées peu de rues étaient pavées, les trottoirs et les égouts inexistants, le gaz et l'eau presque absents. Paris avait une allure campagnarde avec des vignes, des champs de blé ou de légumes, des moulins, des guinguettes, des fermes. Sous Louis-Philippe, les vaches paissent sur ce qui deviendra quelques années plus tard les Champs-Élysées. Paris fait alors 105 km2 (1% de la superficie de l'Ile-de-France), et gardera son contour jusqu'à nos jours. Les enfants suivent l'école parfois assez saisonnièrement. Les livres sont alors peu répandus et l'enfant à l'âge adulte doit souvent suivre les cours du soir pour compenser son retard en orthographe ou en arithmétique. L'ouvrier parisien sera au XIXe siècle un façonnier et au XXe un ouvrier qualifié. Deux matières sont essentielles à l'apprentissage, l'histoire et le dessin. L'histoire, la science et la technique sont au service du progrès social. Le triomphe de la science, de la technique et de la raison en est un moteur. Le progrès technique et la productivité progressent de pair, fruits des capacités novatrices des hommes.

Le 1er janvier 1860, la Ville «annexe », par application d'une loi initiée

Entre 1850 et 1880 prend naissance un cycle d'urbanisation prolongera jusqu'à 1914.

qui se

Gare de Lyon

Hôtel de Ville 16

1.1.2)

Evolution matérielle

En 1789, la capitale attire les migrants, provinciaux ou étrangers, dans une ville quasi médiévale: main-d'œuvre nécessaire pour la construction de trois mille immeubles entre 1824 et 1827. La naissance des transports en commun et les grands projets urbains de l'époque expliquent cette affluence. Pourtant en 1848, un Parisien sur trois ignore au lever de son lit, le matin, comment il va survivre une journée nouvelle. Le soulèvement urbain de juin 1848 s'expliquera notamment par le chômage ou le travail précaire et le manque de logements pour les pauvres. Les épidémies incessantes (choléra, typhoïde, grippe), et l'entassement, expliquent également cette révolte du peuple. Nouveautés du XVIIIe siècle, des bains froids avaient été installés sur la Seine, à la Rapée. Ces bains, entièrement recouverts d'une toile, avaient 24 mètres de long sur quatre de large. Ils étaient formés par une vingtaine de pieux enfoncés dans la rivière, que des planches reliaient ensemble. On y descendait au moyen d'une échelle attachée à un bateau dans lequel les baigneurs se déshabillaient et laissaient leurs vêtements. Le prix du bain était de trois sous. Le linge se payait à part: un sou pour une serviette du côté des hommes, trois sous pour une chemise du côté des femmes. Les lavandières lavaient leur linge dans la Seine, jusque vers 1840 où heureusement s'imposèrent les bateaux-lavoirs. Paris n'était pas une ville propre, les rues de cette époque puaient le fumier, les arrière-cours sentaient l'urine, les cages d'escalier exhalaient le bois moisi et la crotte de rat. Les salles de bains d'Harappa démontrent que la civilisation de la vallée de l'Indus, 1000 ans environ avant J.C., bénéficiait d'une organisation urbaine impressionnante, comprenant un système complexe d'aqueducs et d'égouts dans le centre ville avec des puits d'eau disponibles au public. Tout est toujours bien relatif! Le choléra, comme on va le voir plus loin, sévissait à Paris, il était donc urgent d'assainir les réseaux et de moderniser la capitale: ce sera la mission du Préfet de la Seine, Haussmann. Pour répondre aux souhaits formulés par l'Empereur, il choisit une équipe pluridisciplinaire, pour un urbanisme global. Il ajoutera rapidement cinquante kilomètres de voies nouvelles aux rues de Paris, donnant alors tout son prestige à la capitale. Georges Haussmann Haussmann a fait subir à la capitale, jusque là étouffée et paralysée, la mutation qui l'adapterait à son époque, notamment sur les plans de l'hygiène et de la circulation. En s'appuyant sur des services hautement spécialisés, créés par lui à cet effet, et sur un système original d'autofinancement, il conçoit le fonctionnement de la Ville en termes de systèmes homologues,

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hiérarchisés et solidaires. C'est dans le cadre de telles convictions qu'il entreprendra la réalisation de ses projets. En dix-sept ans Haussmann fit exécuter pour deux milliards et demi de francs de travaux, avant d'obtenir un crédit parallèle, émanant de la Caisse des travaux de Paris, en 1858. L'œuvre novatrice du baron Haussmann a inspiré par la suite la transformation du réseau urbain français et exercé une influence considérable non seulement en Europe (Vienne, Berlin, Rome, Anvers. ..), mais également aux Etats-Unis. On peut penser que cette influence est à l'origine du remodelage de Chicago (1919) par Daniel Burnham. On parlera d'un« nouvel haussmannisme» de 1953 à 1974. (extraits des nombreuses bibliographies concernant Haussmann) Claude Philibert Rambuteau (1781-1869), Préfet de 1833 à 1848, a déjà entrepris la transformation de Paris. Mais c'est surtout Haussmann qui modernise et aère la capitale, à partir de longues voies transversales et d'espaces verts, et d'édifices de caractère qui donneront son charme à Paris. Le baron crée, le 28 décembre 1856, le Service du Plan de Paris, qui matérialise l'avancée de cette œuvre gigantesque. Son fidèle maître d' œuvre est Jean-Charles Adolphe Alphand, directeur du Service de la voie publique, qui restera trente ans en service à la Préfecture de la Seine. Cet éminent dignitaire des Ponts et Chaussées redessinera le Bois de Boulogne, les Champs-Élysées, le bois de Vincennes, le parc Montceau, les Buttes Chaumont, le parc Montsouris, ainsi que d'innombrables squares, parcs et jardins. Parallèlement Belgrand, l'homme des travaux souterrains, est Directeur des Eaux et Egouts (en 1865). Qui se chargera de ses opérations, du plan, de l'exécution? Au Service des égouts et au Service du pavé de Paris succédera, en 1848, le Service municipal des travaux de Paris (fusion des Eaux - Egouts et du Pavé de Paris). Au Service municipal des travaux était réservé le lavage des
caniveaux - depuis des bouches alimentées en eau - qui contribuait à assainir

les égouts. On estimait alors les ordures ménagères à un litre/habitant/jour (soit 800 000 m3 par an). Dès 1859 les rues seront arrosées à la lance; les premières machines balayeuses à rouleau apparaîtront en 1875. Le trottoir est imposé, et se généralise pour atteindre, en 1869, 1 088 kilomètres. La rue parisienne était faite de pavés et de trottoirs étroits (éventuellement sans trottoir si la voie était trop étroite), et surmontée d'immeubles de quelques étages (aux façades mal alignées) où s'organisaient, au rez-de-chaussée, les étals des négociants et autres marchands de vins ou débits de boissons, des boulangeries, des épiceries et boucheries. Charrettes à bras ou à chevaux, carrioles et calèches, attelages d'un à quatre chevaux (il existait déjà des examinateurs du permis de 18

conduire), caracolaient dans ces rues étroites où déjà le caniveau axial (central) se trouvait être remplacé par des caniveaux situés de part et d'autre de la rue pour recevoir et évacuer les eaux pluviales et ménagères. On trouvait sur les trottoirs des plots cylindriques en pierre réduisant souvent la largeur du passage piétonnier, ayant pour objet de préserver les murs des maisons des roues des voitures hippomobiles. (On constate toujours cela au détour de quelques anciennes voies du centre de Paris). Certains immeubles dataient encore du xure (3 rue de Volta et 51 rue de Montmorency) et du XV!r siècles. Le Paris de 1850 était à peu de choses près le même que celui de Louis XIV. Vne loi du 28 mars 1858 débute la phase majeure de la métamorphose de Paris. En 1862 on fera le projet de passages souterrains pour traverser les boulevards les plus fréquentés (en 1900 on envisagera même de recouvrir la Seine d'une gigantesque autoroute). La Révolution et l'Empire ont suscité une première vague d'industrialisation au cœur de la capitale. Paris sera le principal centre de la révolution industrielle dans la première partie du siècle. En effet la cité possède déjà sous Louis-Philippe 20% des machines à vapeur françaises et encore 10% sous Napoléon III. On fabrique des machines à vapeur, des chaudières, des pompes, des manomètres, d'abord à Paris, puis très rapidement en périphérie, en particulier dans la petite banlieue Nord-Est partiellement intégrée à Paris en 1860. La grande dépression de la fin du siècle induit la désindustrialisation de la capitale, qui s'accélère très nettement à la Belle époque. En 1874 on inaugure l'Opéra de Paris, qui bénéficie des dernières découvertes en matière de physique: lumière électrique, chaleur, acoustique, optique. (Ce n'est cependant qu'en 1937 que ses nombreuses chaudières seront supprimées, grâce au raccordement au réseau CPCV). A cette époque le chauffage est généralement assuré par un calorifère disposé dans la cave, avec des bouches jusqu'au deuxième étage. De manière générale, les médecins sont favorables à des logements (ou chambres) froids. En France, au début du XXe siècle, la visée régulatrice d'Haussmann se retrouve dans la théorie de la circulation et dans les perspectives novatrices pour l'aménagement de la voirie que propose Eugène Hénard. Fondateur de l'urbanisme souterrain, il poursuit l'œuvre d'Haussmann à Paris. Sous les rues un réseau d'égouts se développe lentement: 1806 - 1823, 500 mètres par an (c'est à ce moment que sont standardisés les ovoïdes, grâce à l'ingénieur Duleau) ; 1824 - 1831, un kilomètre par an ; 1832 - 1836, le double (plus de huit km) ; Sous l'impulsion de Belgrand, l'opération s'accélère, au point qu'entre 1878 et 1890 le réseau augmentera d'un tiers.

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L'adduction d'eau courante a réhabilité l'hygiène corporelle, du moins dans les classes aisées. Napoléon III œuvre pour faire retrouver le goût de l'eau et du bain aux Parisiens, et le mouvement se poursuit après lui. Dans les années 1832, 1849, 1854, 1865, 1866, 1873 et enfin 1884, de sévères épidémies de choléra touchent les Parisiens. La dernière sera en partie jugulée grâce à la révolution pasteurienne, mais la tuberculose et la syphilis font d'importants dégâts dans la population laborieuse, qui vit alors à Paris dans des conditions déplorables. Sur 100 000 habitants à Paris, en 1887, on compte en moyenne 460 décès attribués à la «phtisie pulmonaire» (autrement dit: les poitrinaires). Félix Hément écrit alors dans La Nature: On diminuera la fréquence des maladies par l'assainissement des quartiers, la propreté, l'aération, l'éclairage naturel des habitations, la propreté des personnes, l'usage d'aliments sains, d'une eau pure ou, à défaut, d'une eau bouillie, en préservant les jeunes enfants du froid, et, en général, des variations brusques de température, sans les accabler sous le nombre des vêtements, en évitant tout excès, en faisant de l'exercice, etc., et en se souvenant du dicton: Gaîté, doux exercice et modeste repas: Voilà trois médecins qui ne se trompent pas. La typhoïde, en recrudescence au début des années 1880, recule avec l'adduction de l'eau potable. La Société lyonnaise des eaux [SLE] naîtra en 1880; la Générale des eaux l'avait précédée, en 1853 (et encore avant, en 1778, la Compagnie des eaux de Paris). Mais ce n'est qu'en 1893 que s'ouvrira, à Bordeaux, le premier baindouche public. Les fontaines, puis les bains publics et l'eau courante, enfin la lessiveuse, permettront un réveil de I'hygiène et du confort. Trente mille chiffonniers en 1880 assurent le tri et la valorisation des déchets des ménages. L'hygiéniste préfet Poubelle met fin à l'extension de cette profession en 1884 au profit de sa devenue célèbre « boîte à ordures» et grâce au ramassage quotidien des déchets. Le 10 juillet 1884, le raccordement des bâtiments parisiens au tout-àl'égout devient obligatoire (toujours grâce au Préfet Poubelle) ; il mettra dix ans à s'imposer; on généralisera les siphons et on limitera les épidémies. En fait, le tout à l'égout a commencé à s'imposer en 1883, suivi par le premier vidage perfectionné pour les toilettes (la chasse d'eau), venu des Etats-Unis. Le tout à l'égout et la chasse d'eau ont révolutionné l'époque. En 1894, les WC s'équipent de réservoirs de chasse haute. Dans cette période de création apparaîtront aussi la lampe d'Edison en 1883, le bec de gaz Auer en 1890, avec le chauffage à vapeur basse pression et l'ascenseur à air comprimé. Le radiateur remplace ensuite la colonne, tandis que se généralise le chauffage par thermosiphon, et qu'apparaît le premier ascenseur électrique.

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Pour revenir à l'année 1890, un nommé Robin a l'idée de fontaines distribuant de l'eau chaude au public (alimentées au gaz): pour cinq centimes, on se voit délivrer, en une minute, huit litres d'eau à 70°C; une concession de service est affectée à la Société anonyme des fontaines distributrices d'eau chaude: quatre vingt fontaines délivrèrent de l'eau; elles étaient le support de panneaux de réclame (qu'on nommera publicité par la suite). Des établissements de bains flottants s'installent sur la Seine, les «thermes de la Frégate de la Ville de Paris» (et la piscine Deligny). Un nouveau gigantisme des bains prend forme, avec salles de sudation de vapeur et de repos, et deux cents cabines de déshabillage. Les piscines sont chauffées en hiver (l'introduction de la vapeur est due à Chaptal). .. ..Et l'embellissement de la Ville se poursuit: candélabres, fontaines Wallace, kiosques publicitaires éclairés au gaz, urinoirs branchés sur les égouts. Le mobilier urbain est de Davioud. A l'époque, on donne, pour l'exploitation des équipements publics, la préférence au service public. L'Etat ne souhaitant pas voir les municipalités accroître leur pouvoir en exploitant directement des services à caractère industriel et commercial, l'on fait le plus souvent appel à la forme de concessions de service public (services reconnus d'intérêt général), hormis pour le nettoiement et le balayage des rues et l'enlèvement des ordures ménagères, restés municipaux (qui emploient du reste, en 1881, 50 000 ouvriers). Les établissements de bains-douches et piscines sont exploités en régie, les usines de traitement d'ordures ménagères le seront en régie intéressée. L'évolution de Paris, cela a aussi été celle de son sol et de son sous-sol. La connaissance de la capitale ignore souvent ces deux dimensions, et surtout la seconde: un monde avec ses contraintes d'obstacles et de pentes, un monde invisible ou caché. Le Paris citadin (aérien) connaît bien peu le Paris souterrain. Le sous-sol de Paris est constitué par un banc de calcaire marin grossier (calcaire lutétien) entre la montagne Sainte-Geneviève et la colline de Chaillot, calcaire qui fut exploité dans de nombreuses carrières pour bâtir de très nombreux bâtiments de la capitale. On trouve également à Montmartre et Belleville de la pierre à plâtre. Quelques rues de Paris rappellent les travaux des carriers: la rue des Fours à chaux et la rue des Chaufoumiers arrondissement, par exemple. dans le 19èrne Un exhaussement artificiel a modifié au fil des siècles le relief de notre chère Lutèce. Le sol parisien est situé par endroits trois à quatre mètres audessus du sol antique. Les boutiques de l'époque de Charles V se retrouvent au niveau des caves aujourd'hui. La crypte de Notre Dame et la Conciergerie en témoignent. L'aménagement de Paris, ce fut une véritable conquête du sol et du sous-sol: 21

Forme des voies (chaussée «fendue », puis bombée) entre 1800 et 1848 ; Pavage, puis chapes bitumées ou asphaltées, pavés de liège en 1935, de granit en 1977 et recouvrement des pavés après 1968... Eclairage des rues, à gaz, puis électrique, à partir de 1888 ; Trottoirs, alignement des façades, plantations d'arbres (100 000 dans les promenades de Paris), fontaines publiques, couloirs d'autobus et taxis, pistes cyclables; Développement progressif des réseaux hydrauliques; Développement des transports en commun (1845 : projet de chemin de fer souterrain vers l'intérieur de Paris; 1851 - 1867 : chemin de fer de ceinture en aérien) ; Développement des distributions énergétiques. Par ailleurs après avoir aménagé la place Dauphine, puis la place des Vosges, puis les places Vendôme et des Victoires, et doté Paris au XVnf de la place de la Nation, puis au XIXe des places de l'Etoile, de la République et de l'Opéra, Paris se retrouve « sens dessus dessous ». La surface (le sol et les voies publiques) ne révèle qu'exceptionnellement les tréfonds: carrières souterraines et fontis, tunnels, parkings, passages et traversées, souterrains, constructions particulières aménageant le sous-sol: Forum des halles et Grand Louvre. Sans parler des Catacombes, qui se développent en fait sur 1I10e de la surface de Paris: site particulier qui comprend un très vaste réseau de galeries souterraines. Au début du XXe siècle, on trouvait déjà quelques canalisations souterraines: pour l'adduction d'eau, l'assainissement, l'air comprimé, les télégraphes pneumatiques; sont venus s'y ajouter le réseau de chauffage urbain, les conduites de gaz, les câbles électriques, le téléphone et les câbles de télétransmission. Certaines canalisations empruntent les égouts, d'autres sont disposées sous les trottoirs, d'autres enfin sous les chaussées. Le profil du sous-sol parisien est composé aujourd'hui d'un tissu disparate de canalisations, conduites, égouts et tunnels, appartenant à des propriétaires différents, agissant chacun pour son compte, dans le cadre d'une coopération minutieusement approuvée par la Ville de Paris. La pose ou le vieillissement de ces réseaux (fuites de diverses conduites) entraîne l'éventration de la voirie: environ 15 000 ouvertures de tranchées par an sont recensées à Paris. Ce qui implique une gestion générale du sous-sol, et l'établissement, puis la difficile tenue à jour, de plans standard de récolement. Qu'il s'agisse des Halles, de la Défense ou du quartier Italie Choisy, quelques réalisations devenues exemplaires montrent qu'on aurait pu construire différemment la Ville et intégrer plus fréquemment les canalisations souterraines dans des galeries visitables. Espérer qu'il ait pu en être ainsi dans la plupart des rues de Paris relève tout de même de l'utopie. ..

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On peut évoquer aussi quelques beaux projets d'urbanisme souterrain, qui n'ont pas vu le jour: en 1910: Eugène Hénard présente une coupe d'une rue future (inspirée de projets de Léonard de Vinci) ; en 1925 : plan Voisin, prescrivant un Paris rehaussé et dressé sur un sol artificiel; en 1937: travaux du Groupe d'études du centre urbain souterrain, animé par Edouard Utudjian et relayé par Gaston Bardet; et si on allait plus loin, en 1951 : un plan proposé par André Thirion. Sur un plan général, dans ce grand mouvement d'urbanisation, il n'a pas manqué de visions ambitieuses: on a rencontré au fil des pages le Préfet Rambuteau, qui, il y a plus d'un siècle, promit de l'eau et de l'ombre aux Parisiens; l'urbaniste Haussmann, qui leur amena de l'espace, puis l'hygiéniste Préfet Poubelle, la propreté. Visions dont la plupart se sont heurtées aux « terrifiants pépins de la réalité ». Le sous-sol parisien est un sous-sol chargé où chacun trouve sa place (place déterminée par la voirie); d'après Pierre Duffaut, les volumes occupés sont les suivants (en millions de m3) : Caves + parkings souterrains + centres commerciaux: 47 ; Métropolitain et RER + SNCF: 19 ; Egouts et ouvrages collecteurs 8 ; Carrières: 6 ; Voiries souterraines: 1,1 ; Galeries (techniques) diverses: 0,6.

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A Paris, le contexte favorable à la naissance de CPCU Chap. 1 - 1.2)

1.2) Comment Paris s'est pourvu de concessions? 1.2.1) Logement et urbanisme La modernisation de la capitale, accélérée sous le Second Empire, avait entraîné un apport de confort important. La construction de la première cité ouvrière remonte à Napoléon III (comme l'assistance médicale gratuite et la suppression du travailles dimanches et jours fériés). La moitié de la population parisienne était très mal logée. La Commune de Paris décrète un moratoire sur les loyers en mars 1871 ; en 1883, loi sur l'insalubrité.. .et première crise du logement. En février 1890, création de la Société française des habitations à bon marché: la cité ouvrière est une première réponse sensée à la crise du logement. Le 10juillet 1894, la loi impose aux propriétaires d'immeubles parisiens l'installation du «tout à l'égout ». En 1898, est instituée une police «des immeubles menaçant ruine» ; les arrêtés d'insalubrité (des logements) et/ou de péril seront utilisés par les maires et les préfets (jusqu'à nos jours). De 1896 à 1906, l'industrie (gaz, électricité, automobile) progresse plus rapidement que durant les vingt cinq années précédentes; Paris devient aussi progressivement une ville de services. Une loi sur l'hygiène publique est adoptée le 15 février 1902. En 1904 on compte 80 000 immeubles dans la capitale (en fait plus précisément 79 982 maisons ou immeubles). Mais le boom immobilier du début du XXe siècle ne profite qu'aux immeubles d'une certaine classe. La tuberculose causait alors 12000 morts par an, elle était la maladie de l'habitat, directement liée au manque d'ensoleillement des logements. Les architectes et les médecins en collaboration établissent des règles architecturales et urbaines. Il s'agit alors d'ensoleiller et d'aérer les logements à construire. La population parisienne, pour cause d'immigration provinciale, augmente de 25 000 personnes par an ; 60 000 personnes sont dénombrées dans six îlots insalubres. 340 000 familles vivent dans des conditions indécentes de surpeuplement (moins d'une demi-pièce par personne). Au Congrès international d'hygiène en 1904, parmi les architectes et les hygiénistes présents, Emile Cheysson anticipe: Le chauffage urbain viendra apporter la souplesse et son confort aux nouvelles constructions qui s'édifieront sur les anciens îlots insalubres. En 1905, à Paris, Augustin Rey, architecte, intervient au 4èrneCongrès international de la tuberculose. Son projet architectural, lauréat, privilégie la circulation de l'air dans les cages d'escalier et les logements, et une blancheur immaculée partout. L'ensoleillement des logements devient alors une préoccupation hygiénique également recherchée.

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Des projets de bon sens, d'Eugène Hénard, architecte voyer de la Ville de Paris et de Louis Bonnier, entre 1910 et 1924, voudront développer la Ville, en occupant les anciens boulevards militaires (les terrains des fortifications appartenant toujours à l'Etat), par une ceinture d'habitations et de jardins (quelque peu utopique). Les terrains non aedificandi de l'espace libéré des fortifications (que l'on appelait la zone) étaient occupés par des sans logis dans des baraquements de fortune, que l'on trouvera partiellement encore après la guerre. De nombreux chiffonniers vivaient là, on surnommait cette population « les zoniers ». De 1918 à 1928, 13 000 logements sociaux sont édifiés. Le 13 juillet 1928, la loi Loucheur (Loucheur est alors ministre du Travail) engage l'Etat à financer sur cinq ans 260 000 habitations à loyer moyen. Pour Paris, 18 000 immeubles habitations à bon marché HBM (avec salle d'eau et bac à douche) sont prévus et 20 000 immeubles à loyer moyen (ILM) (comprenant eau, gaz, électricité, salle de bains et WC) ; la moitié de ce programme sera réalisée. Le «confort moderne» des ILM exclut néanmoins les ascenseurs, et les escaliers de service. A cette époque l'innovation architecturale est réservée aux logements des plus pauvres. En 1920, le nombre des îlots insalubres est passé à dix sept, dans l'Est de Paris, soit 4 290 immeubles, contenant 186 594 occupants. Il en restera encore seize en 1938. Finalement La Régie immobilière de la Ville de Paris [RNP] collabore avec les services d'architecture de la Ville et sera le promoteur d'I.L.M (immeubles à loyer moyen). A cet effet, elle livre en 1926 des immeubles de logements bourgeois d'une à six pièces, avec eau, gaz, électricité, WC, salles de bain et chauffage central. De surcroît ces logements étaient livrés avec escalier de service, chambres de bonnes et ascenseur. On trouvait souvent de la brique en façade; à partir de 1925, l'ossature en béton fait de la brique un matériau de remplissage. Avant 1936, chaque pièce d'habitation devait comporter un conduit de fumée: un million cinq cent mille conduits de cheminée étaient recensés à Paris, et 150000 conduits industriels. Les deux grands opérateurs de la Ville pour la construction d'ILM sont alors la RNP, puis la Société anonyme de gestion immobilière [SAGI]. Nouveau partenaire de la Ville de Paris la SAGI, reliée à la banque Rothschild et au banquier Marcel Blum, devait construire en 3 ans 20 000 logements: 10 000 logements HBM pour les habitants de la zone (les zoniers: elle devait en loger 5 à 6%) et 10 000 logements de luxe ILM comprenant des garages souterrains, sous l'égide de son principal architecte - ingénieur, Louis Heckly, souvent reconduit par cet organisme pour ses opérations de construction.

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Après un scandale et une crise de confiance, on interrompit la construction des logements sociaux en 1935. En 1947 Jean-François Gravier produit un ouvrage qui obtient un certain retentissement, dont le titre est «Le désert français»: Paris compte 10 000 immeubles en 1946, et un million de logements. Sur les 100000 logements envisagés par le préfet de la Seine, 60 000 sont à prévoir à Paris. En fait, il sera construit 1 200 logements entre 1947 et 1953... En 1954, l'abbé Pierre lancera un cri d'alarme retentissant. Dans le cadre de la loi Lafay (Bernard Lafay, 1903-1977, est aussi président du Conseil Municipal de Paris) est démarré un vaste programme de grands ensembles (et de résorption des bidonvilles). Paris aura connu, de 1950 à 1970, des transformations de la même importance qu'à l'époque d'Eugène Haussmann. 1.2.2) L'eau potable C'est à partir de 1782 qu'apparaît le premier service public et commercial de distribution de l'eau à domicile, exploité par les frères Périer. Ils associaient des pompes à vapeur pour élever l'eau de Seine et des canalisations en métal (tuyaux en fonte soudés) pour desservir les domiciles. Ces pompes fournissaient respectivement 4 100 et 1 300 m3 d'eau par jour. Mais les besoins en eau des Parisiens ne cessent de croître. Par arrêté consulaire du 6 Prairial an XI (25 mai 1803) et décret organique du 4 septembre 1807, le Service des eaux, qui comportait les Eaux de Paris (adductions de Belleville et du Pré-Saint-Gervais) et les Eaux du roi (adduction de Rungis, pompes hydrauliques et pompes à vapeur) devient entièrement municipal. Napoléon 1er décide en 1805 d'amener à Paris une partie des eaux de l'Ourcq, affluent de la Marne, par un canal. Celui-ci est achevé en 1822. Il en résulte un apport considérable de 100000 m3 d'eau par jour pour le Service des eaux, permettant ainsi à la Ville de Paris de disposer pour son alimentation de 800 000 m3 d'eau par jour. En fait, la distribution de l'eau dans Paris est partie d'une étude géologique audacieuse, et du creusement d'un puits artésien à Grenelle (le doyen des grands forages de la région parisienne), occasion qu'a su saisir François Arago, alors maire de Paris, et au demeurant savant républicain, à qui l'on doit entre autres: l'élaboration de la loi du 5 juillet 1844 sur les brevets d'invention; l'aménagement de la coupole de l'Observatoire de Paris; l'instauration du suffrage universel. Il avait prévu un emploi très spécial de l'eau (extraite à 26,5°C) pour le chauffage des serres, des piscines et des hôpitaux: première application du chauffage central à la distribution d'eau chaude, et même du chauffage urbain! Mais il ne rencontra pas le succès escompté: le débit de l'eau et sa température ne permirent pas de mettre en œuvre ce projet. 26

Celui-ci fut repris en 1841 par Ricord, qui voulut aménager des canaux chargés de conduire au loin les eaux du puits: l'eau de Grenelle ne fut plus utilisée comme source de chaleur. (Elle participera cependant à la production de chaleur, mais beaucoup plus tard: c'est l'eau du forage qu'utilise à l'origine, comme eau d'appoint, la chaufferie construite à Grenelle par la CPCU en 1954-55). Les réseaux d'adduction d'eau jusqu'aux fontaines publiques existaient depuis l'Antiquité romaine. Au XIXe siècle, Paris équipe ses fontaines publiques de filtres: ce sont les «fontaines filtrantes ». L'adduction à domicile lié au développement des concessions de distribution d'eau met fin au système des fontaines publiques et des porteurs d'eau. Paris se dote de grosses unités de filtration à la fin du XIXe siècle, avec les usines de Saint-Maur et d'Ivry. La première concession (à Lyon) de distribution d'eau remonte au décret impérial du 14 décembre 1853 ; elle fut attribuée à la Compagnie générale des eaux [CGE]. En 1860, la même mission échoit à la Compagnie, cette fois pour Paris, puis en 1869 pour la banlieue de la capitale. La Lyonnaise, autre concessionnaire de distribution d'eau, n'a été créée qu'en 1880, par le Crédit lyonnais. A cette époque l'eau était réservée aux particuliers riches qui s'offraient des «fontaines à la maison », et à ceux pouvant bénéficier d'une alimentation d'eau pour leurs Palais ou Hôtels particuliers. L'eau courante viendra plus tard, on privilégie à cette époque les fontaines publiques et les porteurs d'eau. En 1853, il y avait deux réseaux: l'un gratuit pour les usages municipaux d'eau brute! et l'alimentation des chasses d'eau des toilettes (à l'étage) et l'autre payant pour les particuliers qui souhaitaient avoir l'eau à l'étage. Ces réseaux étaient entretenus par la Ville, tandis que la Compagnie Générale des Eaux n'assurait que la facturation. Pasteur découvre l'existence des microbes en 1881. On lui doit cette phrase « Nous buvons 90% de nos maladies ». Dès 1929, un schéma d'assainissement général du département de la Seine (échelonné sur 50 ans) est en œuvre, il est déclaré d'utilité publique en 1935. L'ère de l'épuration industrielle a commencé.
1.2.3) Les transports en commun

1.2.3.1) La genèse Le chemin de fer d'intérêt local serait né, dit-on, d'une initiative française. Le métro existait cependant déjà à Londres en 1863, puis à Chicago en 1892, à Budapest en 1896, et à Glasgow en 1897.
1 Le réseau d'eau brute, devenu strictement municipal, est progressivement tombé en décrépitude, et a été abandonné définitivement.

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Un métro aérien circulait aussi dans l'île de Manhattan, à New York, avant le XXe siècle. Mais il faut d'abord choisir: entre métro aérien et métro souterrain (Victor Hugo milita contre le métro aérien), et, pour l'énergie de transport: entre la vapeur et l'électricité; et enfin, se rallier aux techniques des chemins de fer à voie étroite, la voie normale ayant été abandonnée dans de nombreux pays européens. La France avait fait un timide essai de cette technique en 1851. La question de l'établissement d'un réseau de chemins de fer est posée dans la capitale dès 1871. Entre 1872 et 1889, pas moins de quarante projets de Métropolitain municipal de Paris fleurissent, à la Société des ingénieurs civils. M. Alphand, après le chemin de fer de ceinture, voit d'un bon œil le projet du métropolitain. Le premier wagon de chemin de fer pour les voyageurs a été expérimenté en Angleterre en 1825. En 1886, dans «La Nature» et à propos de la traction électrique sur le chemin de fer aérien de New York, on peut lire: Sans faire beaucoup de bruit, on voit que les Américains savent faire de bonne besogne, et n'attendent pas les conseils de la vieille Europe pour entreprendre de grandes expériences et surtout d'utiles applications. Nous ne perdrions rien à les imiter, en abordant les questions électriques par le côté pratique et non par le côté spéculatif. (signé E.H. ?)

Le métropolitain (réutilisation rame Sprague) 28

Le 22 novembre 1895, le ministre des Travaux publics, Louis Barthou, admet l'établissement du métro comme chemin de fer d'intérêt local sous le régime de la loi de 1880. Il s'en remet à la Ville du soin de son exécution: le gouvernement n'aura à intervenir que pour présenter au Parlement le projet de loi déclaratif d'utilité publique. Au cours de l'été 1897 André Berthelot, agrégé d'histoire et de géographie, et l'aîné des six enfants du célèbre chimiste Marcellin Berthelot (1827 -1907), fait la connaissance du financier belge Edouard Empain. Devenu conseiller municipal, il plaide en faveur d'une décision urgente pour le métropolitain, notamment en vue de l'Exposition universelle prévue en 1900 ; il prône la voie étroite. Le Conseil Municipal retient en juin 1897 l'offre présentée par la Compagnie générale de traction (CGT, constituée le 7 janvier 1897), animée par Edouard Empain, appuyée par MM. Schneider et Cie du Creusot (berceau de l'industrie sidérurgique). Fulgence Bienvenuë est chargé de construire le premier réseau, de six lignes, avant 1911. Elles seront achevées en 1910. Travaux colossaux: 265 km de voies, 48 stations! La ligne n01 aura été inaugurée le 19 juillet 1900 à treize heures, avec huit stations sur dix-huit. Quant à André Berhelot, sans le moindre délai de convenance, il se retrouve très vite dans le groupe où il devient, en 1900, président du conseil d'administration de la Société parisienne pour l'industrie des chemins de fers et des Tramways [SPICFTE]; une participation lui est offerte également dans la société du métro, la CCFMP (en raccourci CMP), il en devient administrateur délégué en 1902. On le retrouve aussi au conseil de la Société d'électricité de Paris [SEP]. (Il est élu député en 1902, mais son mandat de député ne sera pas renouvelé). André Berthelot sera également président de la Société d'électricité et gaz du Nord (SEGN, fondée en 1910), qui dépendait de la Parisienne électrique. En 1910, il prend définitivement ses distances avec le groupe Empain. Finalement, il fonde la Banque industrielle de Chine, qui sombrera dans un krach financier. Daniel Berthelot (professeur à la Sorbonne en 1903), second fils de Marcellin Berthelot et frère d'André, présidera la SEP, et se retrouve aussi au Triphasé, du groupe Lyonnaise. Les tramways font à l'époque figure de spécialité typiquement belge; dans ce domaine Edouard Empain aura joué un rôle de pionnier. Dès 1895 les Belges contrôlent une quarantaine de sociétés de tramways à travers le monde. Le choix du producteur d'électricité pour faire fonctionner le métro était l'objet d'une bataille que menaient les sociétés d'approvisionnement d'électricité en se répartissant âprement le marché parisien. 29

Le principe du métropolitain d'utilité publique et d'intérêt local est accepté de tous et la Compagnie du métropolitain de Paris [CMP], dans le cadre d'une Convention du 27 janvier 1898, va exploiter pour une durée de 35 ans le réseau concédé. Une loi du 30 mars 1898 déclarera d'utilité publique le réseau à traction électrique, pour les six lignes. Coût pour un réseau de 65 kilomètres en 1901 : 300 millions de francs-or. Le capital de la CMP est détenu par la Compagnie générale de traction (CGT), par la Compagnie Belge des chemins de fer réunis, par la SPICFTE, dite la Parisienne électrique, créée en 1900 (soit: trois sociétés belges du groupe Empain), et par des banquiers: la maison Bénard et Jarislowsky, personnalités auxquelles il sera fait appel pour diriger la nouvelle compagnie. Adrien Bénard sera président du conseil d'administration entre 1900 et 1912.
1.2.4) Le gaz

1.2.4.1) Avant 1900 Le gaz d'éclairage est découvert en 1609 par le chimiste flamand Van Helmont, qui le baptise « ghost» (esprit fantôme). Pour s'éclairer à l'époque des Lumières, il fallait se fournir en bougies, dont le coût était lié au nombre nécessaire pour éclairer qui son château, qui son théâtre.. .D'autant qu'il fallait pourvoir, notamment au théâtre, au remplacement de celles-ci. La pièce et ses actes devaient prévoir un rythme qui tenait compte de la durée d'incandescence des bougies et du temps de leur remplacement. On ne peut imaginer une pièce de théâtre se dérouler dans le noir, aussi l'alternance du remplacement des centaines de bougies devait coïncider avec la fin d'un acte. Molière devait alors tenir compte tant des alexandrins que de la durée de changement et d'allumage des nouvelles bougies, pour construire sa pièce. Lorsque s'éclairer était un luxe, le gros budget de la lumière se trouvait réservé aux nobles tandis que les pauvres vivaient dans l'ombre. Les fabricants de bougeoirs et de bougies s'autorisaient un marché très lucratif; encore fallait-il trouver les matières premières (cire d'abeilles) en quantité suffisante. Quant à l'éclairage public, sa première apparition semble avoir eu lieu en 1318, quand une lanterne fut installée à la porte du tribunal du Châtelet. Comment éclairait-on Paris au XV!r siècle? De l'éclairage décentralisé: brasiers, torches, lampes à huile, chandelles, on passe progressivement à l'éclairage public: premier concessionnaire, en 1662, un certain L. Caraffe, qui en 1667, dote les rues de Paris d'un éclairage fixe, à base de porte flambeaux. Un siècle plus tard, en 1769, est attribuée une première concession pour l'illumination de Paris. 30

Paris compte alors 3 500 réverbères, nombre qui sera porté à Il 050 en 1809 et 12672 en 1821. Mais on n'en est pas encore aux becs de gaz. La découverte de l'éclairage au gaz est attribuée à Philippe Lebon et/ou à William Murdoch. En fait, Philippe Lebon en prendra en 1799 un brevet.

C'est dans le

ime

arrondissement de Paris que la première expérience

d'éclairage au gaz est réalisée, le Il octobre 1801 dans l'hôtel Seigneley, au 43/47 rue Saint Dominique: Philippe Lebon parvient à chauffer plusieurs pièces avec un seul poêle, et à allumer tout un jardin à l'aide d'une thermolampe de son invention. Il meurt mystérieusement en 1804. En 181, la veuve de Lebon, qui veut continuer à exploiter ses résultats, installe une thermo1ampe rue de Bercy et dans une habitation du faubourg Saint-Antoine, et réalise l'éclairage de la galerie Montesquieu au PalaisRoyal. En 1815, l'Opéra sera ainsi éclairé; le gaz fait des adeptes, surtout dans les commerces et les théâtres. Sous la Restauration, l'hôpital Saint-Louis accueille dans un vaste hangar la première usine à gaz, et en 1818 une autre usine à gaz est construite dans le quartier du Luxembourg. Commence alors le développement du gaz de houille. Les premiers becs de gaz font leur apparition en 1816, avec l'illumination du passage des Panoramas. En 1819, essai d'éclairage place de la Concorde. La rue de la Paix sera éclairée au gaz en 1829, les grands boulevards en 1837. Les fastueux lampadaires de la place de la Concorde sont créés sous Louis Philippe. On voit apparaître les becs à flamme en 1837, puis les foyers rayonnants en 1846, le Bunsen, la cuisine au gaz et même le moteur à gaz. En 1842, pour ce qui est de la production, neuf compagnies exploitent des usines à gaz, dans Paris; elles seront réduites à six. Quant à la distribution, en 1846 paraît le premier traité liant la Ville de Paris et l'Industrie de l'éclairage et du chauffage par le gaz: droit exclusif d'établir et de conserver des tuyaux d'alimentation et droit de se servir du sous-sol de la voie publique pour poser des canalisations. Une Compagnie du gaz obtient un monopole en 1847. En 1852 on compte 13 733 becs de gaz à Paris. Le 25 décembre 1855, fondation de la Compagnie Parisienne d'éclairage et de chauffage par le gaz [CPECG] qui réunit les compagnies du gaz (dont le Gaz de Paris créé en 1818) en une seule, et bénéficie d'une concession pure et simple, confiée par décret du 25 juillet 1855 à MM. Emile et Isaac Péreire, pour 50 ans à compter du 1erjanvier 1856. A partir de 1855, le préfet Haussmann et Napoléon ill développent l'éclairage au gaz et alignent les réverbères dans les rues de Paris. L'éclairage au gaz a précédé le chauffage au gaz. En fait le chauffage au gaz engendrait de la peur chez les « gaziers» de l'époque: ils n'avaient pas l'habitude de fournir du gaz de jour comme de nuit.

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Dans un mémoire interne du 30 avril 1857 un actionnaire prédisait une future ruine de l'industrie gazière, par l'irrégularité de la consommation, l'obligation d'installer des gazomètres fabuleux et d'engager une mauvaise concurrence au coke. En 1859 le monopole de l'éclairage public et privé est concédé pour 50 ans à la Compagnie parisienne de l'éclairage et du chauffage par le gaz (qui s'installera au 65 rue de Turbigo en 1872). Après l'intégration des communes situées derrière l'enceinte des Fermiers généraux, un traité du 25 janvier 1861 engage le processus de fusion des compagnies des zones annexées. En 1865, en exploitation des brevets d' Hurcourt, une Société du gaz général de Paris située à Issy-les-Moulineaux vend un service particulier: «le gaz portatif». Celui-ci est transporté par des charrettes à cheval sur le lieu de consommation, puis emmagasiné au lieu d'utilisation pour le gaz d'éclairage. Un traité du 7 novembre 1870 précise le droit du concessionnaire: le monopole de la distribution collective de gaz par canalisations sous voie publique appartient à la commune, propriétaire du domaine public communal. Elle concède son monopole à un tiers pour maintenir la salubrité, la propreté, la sécurité et la tranquillité, considérant aussi que ce n'est pas l'intérêt du concessionnaire qui est à la base du monopole, mais que c'est une faveur qui lui est accordée, voire un privilège qui lui est octroyé. La Compagnie du gaz est responsable des asphyxies ou des explosions occasionnées par la négligence de ses agents qui, prévenus d'une fuite de gaz, ne se seraient pas rendus immédiatement sur les lieux pour obstruer cette fuite de branchement. Le monopole s'arrête à la fourniture, la pose et l'entretien des réseaux et des ouvrages, du tuyau d'embranchement et du robinet extérieur à l'immeuble de chacun des clients raccordés. Un tarif maximum du prix du gaz est prévu. Cela servira de base aux futures . . . conceSSlOnspansIennes. En 1870, la cuisine et le chauffage au gaz piétinent: à la fin de l'Empire un Parisien sur cinq s'éclaire au gaz à domicile. Le 8 août 1877 voit la création de la Compagnie d'éclairage et de chauffage par le gaz de la banlieue de Paris [CEGBP], résultat de la fusion de six compagnies qui fournissaient le gaz à Paris depuis plus de trente ans. Paris, avec la multiplication des colonnes montantes, compte 233 000 abonnés au réseau du gaz; la consommation de la capitale représente la moitié de la consommation nationale. L'on reste néanmoins ftappé par la ftéquence, à l'époque, des incendies et des explosions de gaz, par manque de maîtrise des nouvelles techniques, tant du côté des installateurs et usagers, que des fournisseurs. Le 27 mai 1887, le gaz provoque un incendie à l'Opéra-Comique, responsable d'une centaine de morts.

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Comme on le verra plus loin, un essai d'éclairage électrique permanent est réalisé le 30 mai 1878, mais le coût de l'éclairage électrique est quatre fois plus élevé que celui de l'éclairage au gaz et l'expérience prend fin en 1882. C'est à cette époque que naît la société Lyonnaise des eaux et de l'éclairage [SLEE] pour la banlieue parisienne, dont la vocation est l'amélioration des conditions de vie (eau et gaz à tous les étages). C'est également l'époque où un Autrichien, Karl Auer met au point un manchon qui devient incandescent sous l'action de la flamme provenant du gaz. L'éclairage au gaz fera désormais plus encore recette pour les compagnies gazières. Entre 1886 et 1890 paraît le «Journal des usines à gaz », organe de la Société technique de l'industrie du gaz [STIG). En 1890, en présence de M. Alphand, Directeur des travaux de Paris, on tente de rechercher de nouveaux procédés de production de gaz d'éclairage, en exécution de l'article 48 du Traité intervenu le 7 février 1870 entre la Ville de Paris et la CPECG. But: un gaz d'éclairage à bas prix et à grand pouvoir éclairant. A cette époque la fabrication du gaz se fait par distillation de goudron, puis de houille grasse à longue flamme dans des cornues horizontales en terre réfractaire. Les usines en activité sont: La Villette (en service en 1856) ; Clichy (mise en service en 1880) ; Le Landy (mise en service en 1889). En 1891, la capitale est illuminée par 53 000 réverbères. Pour les allumer, les éteindre et les nettoyer, des escouades parcourent la Ville. Chaque employé a en charge soixante dix lanternes, qui s'allument en 40 minutes. Certaines sont éteintes à minuit, d'autres au petit matin. 1.2.4.2) Après 1900 En 1905, la CPECG (re)devient Gaz de Paris. Elle loue des appareils de cuisine et de chauffage pour en faciliter l'usage: la cuisinière à gaz entre à la cuisine. Mais le gaz est encore très cher par rapport à l'anthracite, la flamme bleue n'est pas encore à la portée de toutes les bourses. l'exploitation des usines de la Compagnie du gaz, devenues propriété de la Ville de Paris: c'est la Ville qui fournit le gaz. En 1907 la société du Gaz de Paris est transformée en régie intéressée. Les abonnés sont encore peu nombreux. En 1910, Paris compte 53 908 appareils d'éclairage au gaz, dont 51 800 à becs incandescents. La société du Gaz de Paris a la charge de l'entretien de 1 800 km de canalisations sous voies publiques. La consommation de gaz en 1909 est de 410 millions de m3. Le chauffage central par le gaz avait commencé à Paris en 1911, avec huit appareils. En 1914, on atteignait soixante dix installations. Elles furent 33

A partir du 1er janvier 1906, une compagnie fermière est chargée de

arrêtées pendant la guerre. La reprise se fit en 1919 et le développement reprit: 23 appareils en 1920, 83 en 1923, 147 en 1925,219 en 1926,260 en 1927. En 1925, lors du congrès de l'Association des Ingénieurs en chauffage ventilation froid [AICVF] sur le chauffage et la ventilation des bâtiments habités, M. Debesson, qui préside ce congrès, émet le vœu d'une tarification adaptée au chauffage au gaz, prenant exemple sur une compagnie à Rueil qui applique un tarif dégressif pour la consommation de nuit (chauffage central par accumulation). A cette époque, sur 119 communes desservies, la tarification est progressive. Le responsable de la Société du gaz de Paris, concessionnaire de la Ville de Paris, se retranche sur sa dépendance auprès de la Ville, propriétaire des usines et du matériel. Le souhait d'employer le gaz pour le chauffage ne va pas être très vite pris en considération par l'Union du gaz Les avantages principaux du chauffage au gaz, selon un membre du Conseil de la Société d'encouragement, M. Colmet Daâge, en novembre 1927, sont: L'extrême simplicité du service, l'allumage se faisant instantanément sans aucune préparation et pouvant être assuré facilement par la maîtresse de maison; La suppression complète de toute manutention du charbon et de l'évacuation des cendres, et des mâchefers; La propreté absolue par la suppression des poussières et des fumées; La suppression de l'emmagasinage du charbon et des bois (allumefeu), difficile dans les appartements exigus des immeubles actuellement construits; Enfin, du fait de sa facilité de mise en route, lefait que ce chauffage puisse être intermittent: il en résulte une réduction considérable du nombre d 'heures de marche de la chaudière. On peut observer que c'est sur la base des mêmes arguments, que, à la même époque va être créée la CPcu. Il ne semble pas cependant que ses créateurs aient été animés par l'ambition de réduire la part de marché du gaz. N'a-t-on pas perdu l'occasion de coordonner les développements du gaz et de la vapeur - au lieu de laisser s'établir une concurrence qui n'a été profitable ni pour l'un, ni pour l'autre -? 1.2.5) L'électricité Le XIXe siècle, on l'a vu, fut celui de l'éclairage au gaz. Mais - dans l'ombre.. .-l'électricité se préparait à prendre le relais. Alexandre Volta fait fonctionner une pile le 18 novembre 1800 à Paris devant l'Institut National de France. Nicholson et Carlisle, puis Sir Huphrey Davy, en 1807, aboutissent à faire jaillir de la pile un faisceau de lumière. 34

En 1840, le physicien Foucault inaugure une ampoule électrique. 1841 est l'année du premier éclairage électrique (de MM. Deleuil et Archereau à Paris) et des expériences publiques. En 1845, circulent les premiers tramways à courant alternatif. En 1855, cette nouvelle forme d'énergie transportable est présentée aux Parisiens lors d'une exposition. En 1875, quelques lampes à arc vont éclairer la gare du Nord. Mais il faudra attendre la lampe à incandescence d'Edison pour convaincre les réticents. Un premier essai d'éclairage électrique permanent a lieu à Paris en 1878 (le 30 mai), mais l'expérience s'achève en 1882. 1879 voit l'inauguration de la première locomotive électrique. A cette époque, on invente le transformateur. C'est aussi l'année de l'éclairage des magasins du Louvre, et du Palais de l'industrie. Gaz et électricité ne sont pas encore concurrents, le marché est ouvert. La SLEE, créée faut-il le rappeler en 1880, a pris une participation dans la Société de Construction mécanique et de lumière électrique qui éclairera la Gare de Lyon, la place du Carrousel et le bureau central des Postes...

En 1881, la France organise entre le 1er août et le 15 novembre une

Exposition internationale de l'électricité qui consacre la naissance de l'électrotechnique; c'est aussi l'année du premier omnibus électrique. De 1882 à 1886 des expériences montrent la possibilité du transport de l'électricité, et en 1886 commence en France la distribution de courant électrique. La production d'électricité n'est pas vraiment centralisée: en 1886, des moteurs à air comprimé destinés à produire l'éclairage électrique sont installés dans le sous-sol du café de Paris. En avril 1888, sur décision du Conseil de Paris, se crée un réseau municipal d'électricité (destiné à l'éclairage tant public que privé). C'est aussi en 1888 que sont engagés des débats sur la concession électrique de Paris. Il est créé, en 1889, six secteurs concédés pour dix huit ans, concessions assurant les distributions publique et privée: Secteur de la Villette (SA d'Eclairage et de Force pour l'Electricité, usine à Saint-Ouen) ; Secteur Edison (Compagnie continentale Edison) ; Secteur de la Compagnie parisienne de l'air comprimé; Secteur de la place de Clichy (société le Triphasé, créée en 1898, et société de la place de Clichy, créée en 1889 par la SLEE) ; Secteur des Champs-Élysées (Compagnie d'éclairage électrique des Champs-Élysées) ; Secteur de la rive gauche (Compagnie électrique de la rive gauche). En 1888 débute ainsi la distribution d'énergie électrique du quartier des Halles. En 1906, les six compagnies seront rassemblées. 35