Histoire et anthropologie du peuple bamiléké

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D'où proviennent les Bamiléké, principal peuple des Grassfields camerounais ? Si les Bamiléké ne sont pas issus des Tikar, ils constituaient un peuple autour d'une seule langue et d'une seule civilisation, administrée par un souverain unique. Leur unité a volé en éclat au XIVe siècle, engendrant nombre d'autres groupes. L'ouvrage éclaire aussi la civilisation des Grassfields : chefferies, sociétés secrètes, rites initiatiques, cosmogonie et spiritualité, malédiction, médiumnité, perception de la famille, du mariage et de la mort...
Publié le : dimanche 1 mai 2016
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EAN13 : 9782140008054
Nombre de pages : 340
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Histoire et anthropologie Dieudonné Toukam
du peuple bamiléké
D’où proviennent les Bamiléké, principal peuple des Grassfelds came -
rounais ? Le présent travail de recherche tente de répondre à cette Histoire et anthropologie problématique, en s’appuyant sur les données brutes de l’histoire orale
confrontées à des informations de terrain. Si l’on admet que tout le
monde vient de l’Égypte ancienne, nos recherches montrent que les du peuple bamiléké
Bamiléké, peuple autochtone de l’Ouest et du Nord-Ouest Cameroun
notamment, seraient très probablement le dernier groupe de Baladis
ed’Égypte qui seraient partis des berges du Nil au ix siècle de notre ère,
Nouvelle édition, revue et augmentéeavec dans leur besace le fameux « trésor baladi ». Les Bamiléké ont dû
efectuer une longue marche migratoire ponctuée de périodes plus ou
moins longues de sédentarisation de plus de deux siècles, pour s’installer
dans la région de Rifum (dite pays tikar), qui, avant leur arrivée, était
précisément occupée par les Tikar et les Mboum. En outre, le présent
livre montre i) que, contrairement à une idée reçue, les Bamiléké ne sont
pas issus des Tikar ; ii) que les Bamiléké constituaient un seul peuple
uni autour d’une seule langue et d’une seule civilisation, administré
par un souverain unique ; et iii) que ce peuple n’a vu son unité voler en
éclats pour former quatre groupements (qui, à leur tour, engendreront
ede nombreux autres) qu’au milieu du xiv siècle.
Par ailleurs, l’ouvrage se propose de projeter un spectre lumineux
sur quelques aspects de la civilisation des Grassfelds : cheferies, socié -
tés secrètes, rites initiatiques, cosmogonie et spiritualité, malédiction,
médiumnité, perception de la famille, du mariage et de la mort, modes
de vie et de pensée, etc.
Dieudonné Toukam est traducteur principal, consultant
notamment à la Banque africaine de développement. Ses
travaux de recherche portent sur la traduction et la terminologie,
mais aussi sur la linguistique et la civilisation des Grassfelds.
Avec la parution de Parlons bamiléké (L’Harmattan, 2008),
il s’est octroyé la paternité d’un système d’écriture et de
codifcation du bamiléké-bafoussam, la langue de base de la plupart des dialectes
bamiléké. Il a également publié L’avenir du Cameroun. Entre fédéralisme et
régionalisme chez le même éditeur.
Photographie de couverture par l’auteur :
célébration du rite du tabouret traditionnel,
Bandenkop (Ouest-Cameroun), octobre 2010.
35 €
ISBN : 978-2-343-08711-5
H-CAMEROUN_GF_TOUKAM_HISTOIRE-ET-ANTHROPOLOGIE-DU-PEUPLE-BAMILEKE.indd 1 26/02/16 01:04
Dieudonné Toukam
Histoire et anthropologie du peuple bamiléké






Histoire et anthropologie
du peuple bamiléké



Dieudonné TOUKAM




Histoire et anthropologie
du peuple bamiléké
Nouvelle édition, revue et augmentée


























Du même auteur


Parlons bamiléké. Langue et culture de Bafoussam, Paris, L’Harmattan, 2008.
L’avenir du Cameroun. Entre fédéralisme et régionalisme, Paris, L’Harmattan,
2011.























© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08711-5
EAN : 9782343087115







À mes parents,
meM. & M Foka J.
Avec une pensée toute particulière pour leur tendre mémoire.

À Églantine Ariane, ma harpe éolienne
À Chloé et Austin.


REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier sincèrement tous ceux qui, d’une manière ou d’une
autre, ont contribué à la réalisation du présent ouvrage.
Toute ma reconnaissance à mes nombreux informateurs, notamment
différents chefs et hauts dignitaires traditionnels de l’Ouest et du Nord-Ouest
notamment, ainsi qu’à mes sources d’Eypte : l’éminent égyptologue Moustafa
Gadalla, Assef et Youri (mes guides et interprètes), le chef Gur Khalil, Omar (à
Beni Suef), Musa Shakir et Buari.
Je suis également redevable à de nombreux étudiants et lecteurs anonymes,
ainsi qu’à quelques universitaires, pour leurs constructives critiques et
suggestions. Merci en particulier au prof. J.-P. Warnier, qui a bien voulu
parcourir le manuscrit.

AVANT-PROPOS
Dans la première édition du présent ouvrage, qui est parue en avril 2010, je
suis allé à l’essentiel, notamment en ce qui concerne l’histoire lointaine des
Bamiléké, sans chercher à décrire la méthodologie que j’avais utilisée, à fournir
quelques détails sur mes nombreux informateurs, ou à évoquer un plus grand
nombre de groupements bamiléké. Pourtant, je disposais de toutes ces
informations et avais estimé que je ne produisais pas un ouvrage qui aurait cet
engouement qu’il a connu dans le milieu universitaire et de la recherche.
Étudiants, chercheurs et universitaires ont critiqué plusieurs aspects de
l’ouvrage, tout en faisant souvent des suggestions utiles. La critique ne porte
pas nécessairement sur la qualité des informations véhiculées : c’est davantage
sur le fait que l’approche méthodologique ne soit pas décrite et qu’il manque de
détails sur des argumentations jugées majeures. Par exemple, comment ai-je
collecté des données de terrain, aussi bien dans les Grassfields qu’en Égypte,
pour conclure que les Bamiléké seraient certainement un groupe de Baladi
eégyptiens émigrés au IX siècle ? Comment ai-je sélectionné mes informateurs
sur la tradition orale, et que sait-on d’eux ? Quels sont les critères et canons qui
ont prévalu lors de l’analyse des données recueillies ? Quant aux ressortissants
des Grassfields du Cameroun, un bon nombre d’entre eux m’ont fait grief de
légitimer l’existence du « Famlâ », de dévoiler délibérément des secrets, et
surtout, de concentrer la plupart de mes références à Bafoussam et dans le
Noun.
Dans cette édition, largement revue et augmentée, je m’efforce de tenir
compte de toutes les critiques et suggestions fondées. Sur la problématique
touchant à « la divulgation de ce qui ne devrait pas l’être », j’estime avoir
respecté cette règle non écrite, une promesse que j’ai faite à bon nombre de mes
informateurs. Mais, dans le même temps, j’ai jugé opportun de dévoiler, dans la
limite prescrite par ma conscience, bien d’autres informations (mais pas les
formules rituelles et autres) sur le pan mystico-religieux de la culture des
Grassfields.

INTRODUCTION GÉNÉRALE
Le présent essai est, d’une part, un droit d’éclairage face aux nombreuses
1interprétations concernant l’origine réelle des Bamiléké , peuple autochtone de
l’Ouest, du Nord-Ouest et d’une petite partie du Sud-Ouest du Cameroun. C’est
un peuple qui a subi la division « coloniale » du Cameroun entre Britanniques et
Français en 1919, et a par conséquent la particularité de se trouver sur un
territoire francophone d’un côté et anglophone de l’autre. Tel qu’il sera
démontré dans cet ouvrage, les Bamiléké du Cameroun sont un groupe de
eBaladis d’Égypte partis des berges du Nil vers le IX siècle ; un peuple
semibantou, entouré de Bantous.
La vérité brute sur les origines et l’anthropologie du peuple bamiléké a
2reposé d’abord sur la tradition orale, résultante de récits étiologiques , de récits
historiques, de souvenirs personnels, de commentaires explicatifs, de
témoignages, de notes occasionnelles, de proverbes, de l’onomastique (noms de
lieux et de personnes), de chansons populaires, de codes et symboles, et
d’assertions et autres informations d’ordre généalogique et dynastique, etc. Une
vérité brute qui sera confirmée par la rencontre des Baladis ou de leurs
descendants actuels et des écrits les concernant, ainsi que par le parcours
d’une partie de la probable trajectoire empruntée par les Bamiléké depuis
l’Égypte jusqu’au pays tikar. Les sources de collecte d’informations ont donc
été de quatre ordres : i) la revue de la littérature sur l’origine lointaine des
Bamiléké quasiment inexistante ainsi que sur la culture des Grassfields ; ii)
la revue de la littérature relative aux Baladis (de l’Égypte ancienne et actuelle),
soupçonnés au terme d’un travail préliminaire comme étant les ancêtres de la
communauté autochtone des Grassfields l’égyptologue Moustafa Gadalla, en

1 Terme un peu récent (vers 1920, époque du Cameroun sous mandat de la SDN) issu d’un
dialecte bamiléké de la Menoua (région de Dschang) et sans aucun rapport avec l’origine du
peuple en question : il serait – et on l’admet volontiers aujourd’hui encore – une mauvaise
transcription par le « colon » français de l’expression « pe me lekeu », i.e. « habitants de
montagnes et de vallées », que leur interprète indigène dut prononcer plusieurs fois pour décrire
les gens des Grassfields montagneux du Cameroun.
Néanmoins, une autre théorie veut que le vocable « bamiléké » vienne de l’égyptien ancien et
sonne donc comme « ba » (ceux qui ; les gens de…) + « mieh » (frères) + « lah » (pays, région) +
« ke’» (région du haut, i.e. la Haute-Égypte). Si l’on admet cette théorie, c’est dire que le terme
« bamiléké » signifierait en ancien égyptien « les frères de la Haute-Égypte » (Egypt Search.com,
2010).
2 Défini par J. Ziegler comme étant « l’ensemble de récits qui tendent à donner une interprétation
de l’origine de tous les éléments de la culture et de la nature, sans toutefois faire appel aux
méthodes d’explication religieuse. » (Le pouvoir africain, Paris, Ed. du Seuil, Coll. Point
Civilisation, 1979, p. 211).
particulier, est l’auteur qui aura le mieux étudié ce peuple égyptien ; iii) le
premier travail de terrain pour obtenir des données de la littérature orale sur la
problématique traitée (origine réelle des Bamiléké et éléments
anthropologiques/ethnologiques) ; et enfin, iv) le second travail (voyages de
recherche en Égypte) pour glaner les informations susceptibles de corroborer un
lien direct (lignager) entre Baladis d’Égypte et Bamiléké.
Les résultats obtenus ont mis en évidence un lien lignager entre Baladis et
peuples des Grassfields du Cameroun, mais aussi un lien avec d’autres peuples
d’Afrique subsaharienne, les Baladis s’étant essaimé partout au sud du Sahara
e eentre le V et le IX siècle de notre ère, et le groupe ayant reçu le nom de
Bamiléké en pays tikar, au terme de plus de deux siècles de parcours, n’étant
que la dernière vague de ces migrants égyptiens. Ainsi, il apparaîtra que, si tous
les peuples africains ou non viennent très probablement du Nil, le berceau de
l’humanité, les Bamiléké affichent la particularité de provenir de la dernière
evague des Baladis qui quittèrent les berges du Nil, vers le IX siècle seulement
de notre ère. Comment le sait-on ? Les derniers migrants auraient emporté avec
eux non pas seulement une partie essentielle de l’héritage ancestral, mais
surtout le cœur même de cet héritage : le « trésor baladi ». Nos recherches au
sein de la communauté ont démontré que ce trésor, très probablement la
lévitation mystique et le pouvoir de multiplication d’entités vivantes et inertes,
existe effectivement chez les Bamiléké.
Par ailleurs, dans la littérature orale des Grassfields, plusieurs éléments
historiques, en particulier sur les affrontements entre les Bamiléké et d’autres
peuples (les Peuls par exemple), après qu’ils eurent traversé de « grandes
étendues de savanes et des falaises escarpées », sur de longs mouvements
migratoires « à travers des terrains secs, sans eau, et couverts de sable »,
permettent de tracer la trajectoire qu’auraient empruntée les Baladis (Bamiléké)
pour arriver dans la région de Rifum, en pays tikar, très probablement après les
Tikar eux-mêmes et les Mboum. Par exemple, des données collectées font
croire plus fortement que les Baladis (Bamiléké), au cours de leur long
mouvement migratoire en direction de la région tikar, auraient effectivement
traversé les royaumes de Ouaddaï et du Kanem Bornou, entre la région
nilosoudanaise (région sahélienne) et le lac Tchad ; et que cette trajectoire présumée
e e edes Bamiléké aurait été empruntée entre le IX siècle et la 2 moitié du XI
siècle environ. Le peuple migrant dont il est question descendra le plateau de
l’Adamaoua actuel pour s’installer dans la région tikar vers l’an 1180. Et après
plus de deux siècles de sédentarisation en région tikar, le peuple bamiléké se
disloquera à la mort du dernier souverain et les groupes ainsi formés
s’éparpilleront à travers tous les Grassfields actuels, certains traversant la rivière
du Noun et d’autres demeurant de l’autre côté de la rive du cours d’eau ou allant
même jusque dans le Mbam.
12 Il convient de relever également que l’histoire orale des Grassfields regorge
de faits illustrant le passage de la momification de corps entiers de personnalités
de hauts rang (rois, ancêtres) chez les Baladis égyptiens à la conservation de
simples crânes de défunts (pratique bamiléké actuelle).
Bien plus, nous nous sommes intéressés aux Bafoussam, premier
groupement des Grassfields à se constituer au lendemain de la dislocation, en
pays tikar, du peuple unique uni autour d’un chef unique, ainsi qu’au rôle
déterminant qu’ils durent jouer, d’une part, pour que d’autres groupes
franchissent le cours d’eau à leur tour, et d’autre part, dans la création de
nombreux autres groupements en pays bamiléké.
Au chapitre purement ethnologique/anthropologique, l’ouvrage se propose
de projeter un spectre lumineux sur quelques aspects de la civilisation des
Grassfields et, en particulier de Bafoussam, chantre du pays bamiléké :
chefferies, sociétés secrètes, rites initiatiques, cosmogonie et spiritualité,
malédiction, médiumnité, perception de la famille, du mariage et de la mort,
modes de vie et de pensée, etc. Ce document tente de restituer une certaine
vérité sur l’histoire de la chefferie et de la famille régnante dans les Grassfields,
mais aussi il dévoile des contre-vérités concernant les croyances et différentes
pratiques rituelles au sein de ce peuple, met les sociétés secrètes et certaines es mystiques et divinatoires sous le coup des projecteurs et, bien sûr,
revisite l’organisation traditionnelle, le noyau familial ainsi que les associations
et groupes de danse, entre autres spécificités socioculturelles.
Il se peut donc, on s’en doute, que le présent ouvrage soit, dans une certaine
mesure, à la fois justiciable de l’histoire, de la sociologie et de l’anthropologie
culturelle.
13
Pays bamiléké (Grassfields), au Cameroun :
Le territoire bamiléké est partagé entre une zone francophone
e(l’Ouest, 3/5 de ce peuple) et une zone anglophone (Nord-Ouest et Sud-Ouest).
14







Première partie :

L’HISTOIRE DU PEUPLE BAMILÉKÉ

CHAPITRE PREMIER

LES GRASSFIELDS AUJOURD’HUI
Amorçant leur pénétration dans la partie occidentale du Cameroun à partir de
1897 environ, les Allemands baptisèrent la région composée aujourd’hui du
Mbam, des régions [provinces] de l’Ouest e du Nord-Ouest de « Grasland ». De
ce terme émanera celui de Grassfields, qui est aujourd’hui diversement
interprété par différents chercheurs : si la plupart d’entre eux encastrent dans ce
vocable la signification de l’ensemble de la région ouest, nord-ouest et partie du
sud-ouest du Cameroun, il en existe encore qui trouvent qu’il devrait renvoyer
surtout au Nord-Ouest. Dans le même temps, pour des besoins de recherche
linguistique en particulier, le Mbam peuplé à l’origine de ressortissants
bamiléké et tikar est inséré dans les Grassfields par certains (cas du
MbamNkam).
Pour notre part, nous estimons que, de par leur histoire, leur culture et leur
racine linguistique communes, les autochtones des régions de l’Ouest, du
NordOuest et d’une partie du Sud-Ouest du Cameroun sont des peuples des
Grassfields, et que la plupart d’entre eux des Bamiléké. Il sera démontré dans le
présent ouvrage qu’au-delà des tribus haoussa, bororo, peul et tikar installés
e e notamment entre le XVIII et le XX siècle, tous les groupements de l’Ouest et
du Nord-Ouest du Cameroun sont issus peuple unique bamiléké peu importe
ele nom qui se disloqua au milieu du XIV siècle en région tikar (Bankim),
sans être des Tikar.
I. LE TERRITOIRE BAMILÉKÉ
Comme on le verra plus loin, les Bamiléké, peuple baladi parti des berges du
eNil vers le IX siècle de notre ère, sont les autochtones de la grande zone
montagneuse du Cameroun occidental, qui englobe les régions (provinces)
actuelles de l’Ouest, du Nord-Ouest et une partie du Sud-Ouest. Il s’agit des
1Grassfields, qui, selon toute probabilité, sont constitués en majorité de
Bamiléké, qu’ils soient de souche ou issus d’un certain métissage avec d’autres
peuplades plus ou moins historiquement corrélées à eux.
En faisant abstraction des intenses mouvements migratoires internes des
Bamiléké vers le Moungo, Kumba et d’autres contrées du Cameroun, qui ont
débuté peu avant les années de la résistance anticoloniale(dite du « Maquis »

1 On le verra plus, le nombre de groupements bamiléké de cette grande région est
impressionnant : 107 + 123 + 6.
e1940-1965), les 3/5 des Bamiléké occuperaient les terres de la région
efrancophone, tandis que les 2/5 restants se trouveraient en région anglophone
e(Nord-Ouest et Sud-Ouest). C’est un peuple qui, après la division du XIV
1siècle , subira une autre de plus ou moins égale envergure lorsque la France et
la Grande-Bretagne se partageront le Cameroun en deux au terme de la décision
de la Société des Nations en 1919. Les Bamiléké anglophones actuels (de
Bamumbu et Fontem à Awing, Njinikom, Nso, Sagba, Bafut, etc., en passant
par Mankon, Bali-Nyonga, Nseh, Talla ou Kom) se couperont donc de leurs
frères de Bafoussam, Mbouda, Bangou, Foumban, etc. pendant plus de 40 ans
(1919-1961) et ne se réuniront à nouveau physiquement qu’à l’indépendance
totale du Cameroun (en octobre 1961, avec la partie anglophone). Réunification
physique car, selon nos informateurs, les Bamiléké des deux côtés de la ligne de
démarcation franco-britannique – comme les Sawa (et les leurs du Sud-Ouest) –
s’étaient efforcés de rester en contact pendant tout le temps de la division ; ils
étaient parvenus à contourner pendant tout ce temps la barrière « coloniale »
grâce à ce qui leur était culturellement propre et échappait totalement au
contrôle de l’occupant : totems, sociétés secrètes, mysticisme, dons
d’invisibilité, lévitation, etc. Les peuples des Grassfields se rencontraient donc
mystiquement, échangeaient et continuaient à entretenir des relations
fraternelles. Sans cela, les conséquences de cette séparation de quatre décennies
auraient été plus dévastatrices ; en effet, quatre décennies de séparation et
d’oubli suffisaient pour que des générations entières disparaissent et que leurs
descendants n’aient plus pour seuls repères que des assertions et autres faits
généalogiques sur leurs ancêtres, la similitude dans les noms de famille et de
lieux, ainsi que le rapprochement linguistique – qui a lui-même subi un coup
2infernal – pour se convaincre d’un lien de sang entre les Bamiléké
francophones et leurs frères anglophones. D’ailleurs, c’est bien le cas
aujourd’hui parce que nombreux sont ces jeunes des Grassfields qui ne
reconnaissent aucun quelconque lien historique et de sang entre les
Anglophones du Nord-Ouest, par exemple, et les Francophones de l’Ouest.

1 On le verra plus loin dans le présent ouvrage.
2 Entre 1919 et 1961, le manque de contact physique régulier entre tous les Bamiléké a nourri
certainement des ambitions de liberté, et donc de création de nouveaux groupements et de
variantes dialectales.
18
Relief du pays bamiléké : montagnes, vallées et bas-fonds (Nord-Ouest).
© DT- 2006
I.1. Etat des lieux
La région des Grassfields compte 235 villages (groupements) bamiléképlus
ou moins indépendants – ayant à leur tête des chefs supérieurs (Fo ; Mfo ;
1Fouo ; Fon ) souverains : 107 groupements à l’Ouest, 123 dans le Nord-Ouest et
05 dans le Sud-Ouest. Il en ressort que le pays bamiléké est fortement atomisé.
Hormis les Bamoun, qui ont réussi leur unité administrativo-traditionnelle et
linguistique, tous les autres Bamiléké souffrent d’un émiettement linguistique et
administrativo-traditionnelle indescriptible. Il existe même des groupements de
2moins de 3 km de superficie, qui, pourtant, défendent jalousement leur
souveraineté et n’envisagent en aucun cas de se laisser absorber par leurs
voisins et voir ainsi leurs chefs faire allégeance à des Fo de groupements plus
grands ou historiquement plus anciens. Tenez par exemple : le seul département
du Haut-Nkam, en soi insignifiant en termes de superficie, compte une
quarantaine de groupements ou villages plus ou moins indépendants et donc
dirigés par des souverains ; les départements de la Mezam et de
DongaMantum, dans le Nord-Ouest, abritent respectivement trente-et-un (31) et trente
(30) groupements bamiléké ! Et dire que le département du Noun, la moitié de
l’Ouest en superficie, n’est qu’un seul groupement couronné par un seul
2souverain ! Les différents groupements bamiléké sont d’autant plus avides de
souveraineté à l’égard de leurs voisins que beaucoup d’entre eux, une fois qu’ils

1 On retiendra qu’il existe encore des groupements notamment dans le Nord-Ouest qui sont
encore inféodés à une grande chefferie supérieure : cas des chefferies rendant encore compte au
grand fon des Banso.
2 A lire plus loin davantage d’informations sur l’unification du pays bamoun.
19 avaient coupé le cordon ombilical les reliant à leurs groupementsgéniteurs
respectifs, ont tôt fait de nourrir un sordide mensonge sur leur origine
immédiat afin de justifier la sécularité de leur indépendance. En effet, la plupart
des chefferies des groupements bamiléké prétendent provenir directement du
pays tikar.

Carte présentant quelques groupements des Grassfields francophones.
Le corollaire linguistique de l’atomisation administrativo-traditionnelle des
Grassfields est que la région compte plus de 200 dialectes et sous-dialectes
bamiléké, un nombre inégalé chez d’autres ethnies du Cameroun et qui ne
manque pas d’impressionner dans toute l’Afrique subsaharienne. À titre de
comparaison, toutes les ethnies réunies du vaste Nigéria ne possèdent que plus
du double de ce chiffre, soit 553 ; la Côté d’Ivoire, 78, et le Sénégal,
135 .Pendant ce temps, une seule ethnie, la bamiléké, rivalise avec des pays
entiers en termes de nombre de dialectes. La multitude de groupements et de
langues exacerbe évidemment un conflit de positionnement qui, de l’avis de
certains, alimente plutôt une positive concurrence entre les Bamiléké.

1 Ces données sont de R. M. Blench, "Endangered languages in West Africa", in : M. Brenzinger
(Ed.), Language Diversity Endangered, The Hague : Mouton de Gruyter, p. 140-162.
20 I.2. Liste des groupements bamiléké du Cameroun
I.2.1. Figure 1 : Groupements bamiléké de la Région [province] de
l’Ouest
(En gras dans le tableau : les chefferies de premier degré).
Département du Noun
_________
Bamoun
(sultanat)

Département du Haut-Nkam Département Département Département Département Département Département
des Hauts- des de la de la Mifi du Nkoung- du Ndé
Plateaux Bamboutos Menoua Khi
Baboate Bapoungue Badenkop Babadjou Bafou BAFOUSSAM BANDJOUN Bangang -
Fokam
BABONE BASSAP BAHAM BABETE BALESSING BAHOUAN BANDREFAM BAHOUOC
BABOUANTOU BATCHA BANGOU BAFOUNDA BALEVENG BALENG BATOUFAM BAKONG
BABOUTCHA- FOLENTCHA BAPA BAGAM BALOUM BAMEKA BAYANGAM BALENGOU
FONGAM
BABOUTCHA- FOMBELE BATIE BALATCHI BAMENDOU BAMOUGOUM BAMENA
NGALEU
BABOUTCHA- FOMESSAI BAMENDJIN- BANSOA BAMENDJOU BANDOUNGA
NINCHEU DA
BADOUMKA FOMESSA II FONGDONERA BAMOUAN BAMENDJING BANGANGTE
BAFANG FONDANTI BAMENDJO FOKOUE BANDENG BANGOULAP
BAKASSA FONDJANTI BAMENKOMBO FOMBAP BANGAM BANGWA
BAKONDJI FONDJOMEKWET BAMENYAM FOMOPEA BAPI BATCHING
OU
BAKOU- FONDJOMOKO BAMESSINGUE FONGO-DENG BAZOU
FONTSINGA
BALEMBO FONGOLI BAMESSO FONTSA-
TOUALA
BALOUK FONTI BAMOUGONG FOSSONG-
ELELEM
BANA FONTSI BANGANG FOSSONG-
WETCHENG
BANDJA FOPOUANGA BATCHAM FOTETSA
BANDOUMKASSA FOTOUNI BATI FONGO-
TONGO
BANFEKO FOYEMTCHA FOREKE-
DSCHANG
BANGOUAKA KAMAKO FOTO
KEKEM- FOTOMENA BANKA
VILLAGE
BANKAMBE MBOEBO SANTCHOU

I.2.2. Figure 2 : Groupements bamiléké de la Région [province] du
Nord-Ouest
(En gras : les chefferies de premier degré)
Boyo Division Bui Division Menchum Mezam Division Momo Division Donga-Mantung Ngoke -Tunjia
Division Division Division
ANYANJUA DJOTTIN- ABAR ABANG (BAFUT) ABEGUN- ABAFUM BABA I
(KOM) KINENCHI WIDIKUM
BELO KILUM ABU AKUM AGWI-BATIBO ABUENSHIE BABUNGO
ESU BELO KOCHI-NKOR AKUM AWING ASHONG AKWAJA BAMBALANG
(KOM)
LASSIN BADJI BABESSI BESSI-AWUM AKWETO BAMESSING
FUNDONG MBIAME BATOMO BAFANJI ENVOH BERABE SAGBA
21 KOM MBINON-ETEH BAWORO BAFUT GUNEKU BINSHUA
NJINI KOM NDZEREM BENA KUMA BALIGHAM GUZANG BINKA
NYAM
NKAR BENADE BALI-NYONGA KAI BUKU
NSEH BUM BALI-KUMBAT MBENGWI DUMBU
NSO BU BAMALI NGWO GOM
OKU FRU AWA BAMBILI NYEN KAMBE
SHUFAI FRU- BANA BAMBUI OSHIE KUNGI
NDZENDZEF
KESU BAMUNKUMBIT TEZE-NGIE KWAJA
KUNG BAMUNKA TIBEN LUS
MAGHA BANGOLAN ZANG TABI MBEM
MBESINAKU BANJII (BAFUT) MBOT
MMEN BAWOCK (BLI- MFE
NYONGA)
MODELLE BAWUM (BAFUT) NDAKA
MUKURU KEJOM-KEKU NDU
WAINDO KEJOM-KETINGO NGARUM
MANBU (BAFUT) NKANCHI
WEH MANKANIKONG NTEM
(BAFUT)
ZON GEKWO MANKON NTONG
ZONGEFU MANKWI NTUNDIP
(BAFUT)
MBEKONG SAAM
(BAFUT)
MENDA NKWE SIH
MUNDUM I TABENKEN
NKWEN TALLA
NSEM (BAFUT) WATT
NSONGWA YANG
PENYIN
I.2.3. Figure 3 : Groupements bamiléké de la Région [province] du
Sud-Ouest
Les 05 groupements bamiléké de cette région se retrouvent dans un seul
Département : Lébialem.
(En gras : les chefferies de premier degré)
Région du Sud-Ouest Département de Lebialem Groupements bamiléké
Bamumbu
Fontem
Lewoh
M’Mouck
Nwametaw

II. BAFOUSSAM : CAPITALE DU PAYS BAMILÉKÉ
Considéré comme la capitale des Grassfields, Bafoussam, troisième ville du
Cameroun en termes de développement et de rayonnement socio-économique,
mérite d’être brièvement présenté. Qui plus est, il s’agit de l’espace où s’installa
le premier groupe bamiléké au lendemain de la dislocation de ce peuple en
erégion tikar au milieu du XIV siècle. Bafoussam apparaît, à maints égards,
22 comme le chantre de toute la civilisation des Grassfields : non seulement son
fondateur, premier fils du dernier souverain unique de l’ensemble des Bamiléké,
1y transporta l’essentiel de l’héritage particulier bamiléké , mais également il
engendra la plupart des autres groupements bamiléké d’importance qui suivirent
e eentre le XV et le XIX siècle. Bafoussam est le chef-lieu de la région (province)
de l’Ouest Cameroun et le village des autochtones de la localité, à savoir le
groupement bafoussam. Cette ville est par ailleurs le carrefour et la voie de
passage privilégiée pour aller dans presque toutes les contrées des Grassfields
(Ouest et Nord-Ouest notamment).
Compte tenu de toutes ces valeurs que dégage Bafoussam, il nous a semblé
utile de présenter brièvement cette ville-capitale des Grassfields.
II.1. Aspect géophysique de Bafoussam
Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest Cameroun, est situé à quelque
280 km de la capitale Yaoundé, et à un peu plus de 300 km de la ville de
Douala ; ce village-ville constitue l’une des trois plus importantes
agglomérations du Cameroun.
Bafoussam et ses environs se trouvent dans une région de montagnes et de
plateaux qui alternent naturellement avec de vallons et vallées. La végétation
dominante est la savane. Une vue panoramique de sa partie rurale fait voir de
grands espaces cultivés, de parcelles en friche, le tout encerclé par des arbres
qui forment des haies, sorte de limites créées entre les différentes concessions :
c’est essentiellement un paysage de bocage. Dans les vallées et bas-fonds des
zones rurales, on rencontre généralement des raphiales, le plus souvent arrosées
par des cours d’eau ; au-delà de sa qualité de plante économique, le raphia aide
à retenir de l’eau pour les cultures de vallée ainsi que pour l’usage domestique.
Pas étonnant donc qu’à plusieurs endroits d’un village, il y ait de l’eau potable
et fraîche sous les nombreuses racines de raphia, comme à Totchuieng, entre les
quartiers Ndiengdam et Ndiengso, à Bafoussam.

1 On verra que les Bafoussam possèdent encore, par exemple, le pouvoir de la lévitation mystique
et celui de la multiplication mystique des entités vivants ou inertes, un héritage venu d’Egypte.
23
Une raphiale de bas-fond, réservoir d’eau fraîche.
(© DT- 2007)
Limité à l’est par le Noun et à l’ouest par Bameka et Bamougoum, le village
Bafoussam s’arrête au sud à la rivière Mlom de Mbô Bandjoun, alors qu’au
nord, il est délimité par Baleng et, encore une fois, par Bamougoum. Bafoussam
a une forme effilée de l’est à l’ouest, poussé dans ses moindres retranchements
au nord et au sud, notamment en raison de la perte d’une vaste partie de son
territoire (Mbô et Foudzam, entre autres) à la fin de la décennie 1920. Le chef
bandjoun d’alors, Fo Kamga, dut user de ses relations avec le « colon » français
pour ponctionner une bonne partie du territoire du groupement bafoussam.
Le peuple autochtone de Bafoussam a divisé son village en plusieurs
quartiers et sous-quartiers, dont les chefs rendent compte au chef supérieur du
groupement.
Les quartiers sont :
1i) à l’est, Touəgwon (Fongoû), Gouenn, Famsəp (ou Touə’kouop,
2francisé Batoukop ) ;
ii) au centre et au nord, Médzi (francisé Bamendzi, c’est-à-dire
3littéralement : Bê Médzi ) ;
1iii) à l’ouest, Négwo (francisé Banengo ) ; et

1 Qui englobe les sous-quartiers Voutsa’a, Tomdjo, Bougam, Nefo, Gouen Fo Taghe, etc.
2 Inclut Djingaa, Tayəm et Dənsiəm.
3 Englobe Vava, Houkaha, Yanghou, Néfaa, Kessəng, Dzemouom (Djemoum), Médzi Kan-Balon,
Médzi Nwembè Souop.
24 2iv) au sud, Diandam (ou Ndiengdam) ; Ndiengso et Diambou (souvent
3francisé Badiambou ).


Ville de Bafoussam. © DT - 2011
II.2. Aspect humain
Bien avant les velléités d’urbanisation de Bafoussam, le village du même
enom était peuplé aux 9/10 de ses ressortissants autochtones. Comme on le verra
plus loin, l’histoire de ce peuple donne une explication plausible à la difficulté
qu’il y eut, pendant de nombreuses décennies, à établir un distinguo formel
entre un Bafoussam et un Baleng, par exemple. La ville de Bafoussam
compterait à ce jour quelque 340 000 âmes, qui, pour la plupart, sont réputées
aussi bien pour leur ardeur au travail que pour leur dynamisme séculaire.
Vu son emplacement (carrefour et charnière entre plusieurs localités de
l’Ouest et le Nord-Ouest Cameroun), Bafoussam est très vite devenu une
plateforme du cosmopolitisme. Du fait justement de cet emplacement et, plus tard,
de son urbanisation croissante, cette ville a accueilli des gens en provenance de
tous les coins et recoins du pays.

1 Englobe Tamdza (Tamdja), Kouon-nəngμé (Négwo Antenne Télé), Négwo Gabon Bar, Négwo
Brasserie, etc.
2 Englobe Zəm’yeng, une partie de Houmkam, Koûh Foguieng, Koûh Menam ; le secteur Souop
Fotiè, etc.
3 Inclut Kâm, Médjo, une partie de Pfouèh.
25 II.2.1. L’activité agricole
Bafoussam se trouve dans une région paysanne par excellence. Compte tenu
de la texture de son sol (terres à boues visqueuses et difficilement transportables
sous l’effet de l’érosion), Bafoussam offre à son peuple, comme à ses voisins,
des terres culturales fertiles. L’agriculture et le petit élevage constituent le
moteur de l’économie du village. À cet égard, on se rend compte de
l’importance que revêtent, aux yeux des Bafoussam, les plantations de Gouenn
Fo Taghe, Foto, Tomdjo et Melanouə, entre autres. L’activité agricole est
d’autant plus importante que le peuple bafoussam, confronté à l’insuffisance de
terres due notamment à la croissance démographique, a traversé la rivière Noun
pour prendre des terres cultivables à bail chez son cousin bamoun. Il en est de
même de quelques acquisitions foncières et des pratiques d’affermage
effectuées chez les cousins du côté nord et nord-ouest, les peuple baleng et
bamougoum, qui ont le bonheur de posséder de riches terres bien plus vastes.
II.2.1.1. Les principales cultures
Le peuple bafoussam a toujours placé les céréales et les tubercules au centre
de ses habitudes alimentaires. Parmi les céréales, il convient de citer l’arachide
(en bamiléké-bafoussam, biyəng), le haricot (mkouéné) – le haricot koki (ghî
1mkouéné) a une valeur toute particulière –, le pois (nzouə) et la pistache
[Cucurbita pepo, Cucurbutaceae] (dji’) ; cette dernière a acquis au village une
valeur symbolique incommensurable, à la faveur des cérémonies et rituels qui
déroulent le tapis rouge à cette graine.
Mais c’est le maïs qui est incontestablement l’aliment-roi du village Fussep.
Le couscous de maïs y est d’ailleurs le repas principal, qui prend une
connotation unique lorsqu’il est accompagné du fameux « kuî », assorti du
« dzəp kiəngμé » (légumes verts) bien assaisonné.
Pour ce qui est des tubercules, Bafoussam est la terre des ignames, le blanc
(zoûh) et le jaune (nélièh) en étant les principales ; il y a également le macabo
(mekebé), la patate (ngouh), le taro (pè), le manioc (tsassəm) et les ignames
foraines que sont le zoûh gouéh et le güienn. D’autre part, on cultive le café, la
banane et les produits maraîchers tels que la tomate, le chou et d’autres
légumineuses.


1 C’est bien un substantif féminin.
26
Champ de haricot clairsemé de tubercules, de bananiers et d’arbres fruitiers. (À
noter la culture par billonnage). © DT – 2007

II.2.1.2. Les pratiques culturales
Au regard du relief de Bafoussam et eu égard aux types de cultures qui y ont
cours, on y a pratiqué l’agriculture itinérante à l’époque où les terres en friche
étaient encore nombreuses. L’écobuage (tchiəp) et l’agriculture par billons
(na’a mgouôn) restent des pratiques en valeur. L’écobuage, tel que pratiqué en
ces lieux, consiste à amasser le surplus d’herbes de l’aire à cultiver, à les
ensevelir de moitié et à les brûler. Sur ces amas de terre brûlée, on sème
généralement la pistache et les rhizomes de taro. Le billonnage, formation de
billons à l’aide d’une houe à manche recourbée (soûh gouenn), lors du
labourage du champ, est la technique culturale phare ; elle convient en effet aux
régions montagneuses : le billonnage combat l’érosion du sol.
II.2.2. L’élevage
Depuis quelques années, l’élevage avicole à petite échelle a cédé le pas à un
élevage intensif en zone rurale, en particulier à Dəmsiəm, Batoukop, Diambou
et Tomdjo. Plusieurs Bafoussam et ressortissants des villages voisins ont enfin
pensé à opérer efficacement dans ce secteur, certaines fermes pouvant avoir
jusqu’à cent mille sujets, poules pondeuses ou poulets de chair (poule : gwôp)
confondus. La production d’œufs s’est multipliée par 1000 en quelques années
dans la région de l’Ouest mais aussi dans le Centre et le Sud, en particulier
et du coup, les marchés du pays et de l’Afrique centrale sont inondés.
27 L’agriculture de subsistance, à son tour, profite largement des engrais issus
des excréments de la volaille. La fiente de volaille est en effet devenue un
fumier d’appoint, voire un substitut aux produits de compostage ou aux engrais
chimiques.
Par ailleurs, on a toujours pratiqué l’élevage porcin à Bafoussam, tout
comme dans d’autres localités de l’Ouest du pays. La production à grande
échelle, toutefois, tarde à décoller. Quant à l’élevage de chèvres (mve) et
moutons (djidji), il perd peu à peu du terrain, malheureusement.
II.2.3. Autres activités économiques
Les Bafoussam exercent également des métiers artisanaux : forgeron (tsouə
lam) – il n’y en a pas plus d’une demi-douzaine pour l’heure –, maçon
(dzəppah), du menuisier charpentier (chi mpələn, kouam pah), sculpteur (gniəp
mkétouok’é), potier (gniəp mkəp), etc. Le chasseur (mah vouôm ;
dzouonvouom), le cueilleur de vin blanc – vin de raphia ou de palme – (dian kâ’a), le
médium (guiəng gâm, tchouo gâm), le guérisseur (guiəng houə), le tailleur
(ntâm mzouə), le vannier (bâh mkiak, bâh mtétong) et le tisseur de nattes (bâh
kiè) ne sont pas en reste. Et pour finir, le village Bafoussam a toujours regorgé
de commerçants (mtənsiəm, pe tən siəm), notamment les vendeurs de denrées
alimentaires (tsouə’é tchî), de vêtements (mzouə) et d’outils traditionnels.
II.3. L’administration traditionnelle
Depuis l’aune de sa constitution en tant que peuple sédentarisé – cela
eremonte au XIV siècle –, le peuple bafoussam, en général, s’est toujours
distingué par une administration traditionnelle bien hiérarchisée, à l’instar de
toute société bamiléké. De tout temps, ce groupement a toujours eu à sa tête un
1chef (Fo) ; il est un chef supérieur (Fo lepa) assisté d’un adjoint, suivi de
grands notables et de sous-chefs. Par le passé, le Fo avait le même piédestal
qu’un empereur : tout-puissant, sa parole était la loi, et contester sa parole était
une abomination. Il était le détenteur de tous les pouvoirs, y compris le pouvoir
mystique. Mais la vérité est que, dans le labyrinthe du pouvoir traditionnel
auquel seuls les grands notables ont accès, le chef n’est pas vraiment « celui qui
porte tout le village sur la tête », selon l’expression bien connue au village. Au
plan traditionnel, le chef supérieur dispose d’un pouvoir discrétionnaire, mais
des pans entiers de ce pouvoir sont plutôt l’apanage d’un conseil de hauts
dignitaires, même si le chef est mis en avant à l’occasion de toute cérémonie
solennelle. Ce sujet est davantage traité dans la dernière partie du présent
ouvrage.


1 Abstention faite du cas de la période 1909-1913, lorsqu’à la faveur de l’exil forcé de Fo Taghe,
son fils Penka s’autoproclama chef et rivalisa à la chefferie avec les administrateurs provisoires
désignés, les Nwalâ Nguifo (Fossouo Kong) et Fonguieng.
28 CHAPITRE II

THÉORIES SUR L’ORIGINE DES BAMILÉKÉ
Avant que le présent travail de recherche ne soit amorcé début des années
2000 (la première édition de l’ouvrage date d’avril 2010), beaucoup de théories
ont circulé et circuleraient encore sur l’origine réelle du principal peuple des
Grassfields, autochtone de l’Ouest, Nord-Ouest et partie du Sud-Ouest du
Cameroun. Il s’est agi de théories axées d’une part sur des littératures orales
entretenues par différents groupements, des traditions orales elles-mêmes
multiples, souvent incohérentes les unes par rapport aux autres, et surtout
truffées du produit de l’imagination et de l’invraisemblable (allégories,
légendes, épopées irréalistes, etc.) ; d’autre part, ces théories ont semblé
découler de tout simplement de l’imaginaire des conteurs et narrateurs.
Pour leur part, les chercheurs intéressés par l’histoire,
l’anthropologie/ethnologie ou tout simplement la culture des Grassfields ont
effectué des travaux de terrain, s’appuyant très souvent sur la tradition orale
d’un ou de plusieurs groupements, décodant tant bien que mal les données
recueillies auprès de divers informateurs.
I. L’HISTOIRE SELON LA TRADITION ORALE
DANS LES GRASSFIELDS
Globalement, les avis émis par différentes traditions orales ou par les
informateurs sélectionnés en particulier dans les premiers groupements
bamiléké (selon les dates de fondation : Bafoussam, Bamoun et Nso) ne
semblent pas diverger sur l’essentiel de l’histoire proche et lointaine des
Bamiléké (ou des Grassfields, comme l’on veut). Parmi les dignitaires
consultés, si certains ont effleuré ou foncé plus loin dans les littératures orales,
d’autres par contre s’en sont éloignés, au point même d’invoquer la Bible et une
« certaine ressemblance entre Bamiléké et Hébreux ». Si plusieurs intellectuels
et personnalités traditionnelles, y compris des chefs de groupements des
Grassfields, reconnaissent, en s’appuyant pour la plupart sur des traditions
orales, que les Bamiléké proviennent du pays tikar, dans la région de
BanyoBankim actuel (Adamaoua), ils sont convaincus pour plusieurs que les Tikar
sont les ancêtres des Bamiléké. En admettant que le séjour des Bamiléké en
epays tikar s’achève dans la deuxième moitié du XIV siècle, les autorités
traditionnelles bamiléké, aidées par une littérature orale multiple et souvent
contradictoire – quand elle n’est pas souvent dominée par la mythologie et les
allégories sur la question –, croient connaître l’histoire des Bamiléké sur une
période de sept ou huit siècles en arrière.
Et quand bien même ce serait extraordinairement vrai que Bamiléké et Tikar
sont d’un même arbre généalogique, qu’en est-il des ancêtres des Tikar et de
leur origine à eux ? On sait que ces peuples seraient très probablement venus de
l’Afrique de l’Est ou de l’Afrique du Nord. Pour ceux qui estiment qu’ils
proviendraient de l’Égypte ancienne, ils ne nous disent pas à quel peuple
égyptien ils sont rattachés.
I.1. L’histoire proche des Grassfields selon la littérature orale
eNous entendrons par « histoire proche », celle qui va du XVIII siècle au
eXX siècle, à titre indicatif. Nous avons constaté que pour cette période de
l’histoire, les différentes traditions orales de groupements bamiléké en
véhiculent bien de choses et que les données sur des faits historiques essentiels
concordent de manière satisfaisante. Par exemple, les témoignages sur les
e eévénements de la période comprise entre le milieu du XIX siècle et tout le XX
siècle font quasiment l’unanimité dans le traitement par les traditions orales : la
résistance anticoloniale (contre Allemands, Britannique et Français) ; la lutte
contre les Peuls ; les mouvements migratoires e part et d’autre de la région ; les
conflits entre groupements ; la cosmogonie communément pratiquée ; les
sociétés secrètes et les pratiques mystico-religieuses (ex., la traversée mystique
de grands cours d’eau). En revanche, d’un groupement à l’autre, les traditions
orales divergent énormément sur de nombreuses problématiques : relation
lignagère entre Grassfields et Tikar ; dates de création de groupements
(certaines littératures orales, comme celles des Bafut et des Bandjoun, vont
1jusqu’à reculer la date de fondation de leurs groupements de près d’un siècle ) ;
2épopées guerrières et victoires « invraisemblables » ; nombre de chefs ayant
3régné (tableau dynastique) ; etc.

1 e Le Bafut dira que son « village » existe depuis le XV siècle, alors qu’il s’agirait du courant du
eXVI siècle, selon nos recherches. De même, à Bandjoun, on apprend que le premier chef a régné
e e eau début du XVI siècle (la réalité étant fin XVI siècle ou début XVII ). D’autres groupements,
comme Awing, ou même Bali-Nyonga et Bali-Kumbat, vont par ignorance nourrir une tradition
orale qui réduit plutôt l’âge de leur groupement, ce que nous rétablissons ici grâce aux données
issues des traditions orales d’ailleurs (Bafoussam, par exemple).
2 Exemple : les Nso dissent avoir, dans leur histoire, battu les Bamoun à plusieurs reprises ; et
bien plus, ils avancent que lors d’une des batailles contre les Bamoun, « un chef de Foumban fut
tué et sa tête emportée au palais nso en guise de trophée » (pourtant, aucun mfon de la dynastie
bamoun n’est mort décapité ou tué lors d’un conflit).
3 Exemple : le tableau dynastique des Bafoussam, qui indique que 97 chefs (y compris l’actuel)
ont régné depuis la création du groupement ; nous démontrerons que cela est inexact.
30 I.2. L’histoire lointaine des Grassfields selon la tradition orale
L’histoire lointaine (ou l’origine lointaine) renverra ici à l’époque où le
peuple bamiléké fut créé, bien avant son existence en pays tikar. Le vocable
englobera aussi l’époque de migration du peuple auquel on donnera le nom de
Baladis égyptiens (Bamiléké ou principal futur peuple des Grassfields).
Les questions concernant l’histoire lointaine des autochtones des Grassfields
sont : qui sont les premiers descendants des Grassfields (Bamiléké) ? Avant de
s’installer en pays tikar, d’où venaient les Bamiléké ? Quand et comment y
arrivent-ils ? Pourquoi dit-on d’eux qu’ils ne sont pas des Bantous ? Autant
d’interrogations auxquelles les diverses traditions orales, surtout « officielles »,
qui sont nourries dans les Grassfields ne peuvent répondre de manière
convaincante. En d’autres termes, la littérature orale est globalement moins
prolixe sur l’origine lointaine du peuple concerné. La version non officielle,
dont non contrôlée par l’autorité traditionnelle, est par contre plus loquace sur la
question ; et c’est elle que nous avons largement exploitée, bien avant de nous
rendre en Égypte pour confronter certaines données recueillies.
Quant aux recherches effectuées avant nous sur l’origine lointaine des
1Bamiléké, il n’y en a presque pas .
II. REVUE DE LA LITTÉRATURE CONCERNANT
L’ORIGINE DES BAMILÉKÉ
La littérature écrite existante relative l’origine des Bamiléké, bien que
maigre, est ancrée sur quelques angles de recherche : a) elle fait bien de tenir
compte de la littérature orale, ou alors les littératures orales de quelques
groupements bamiléké, mais souvent ne fait que les effleurer ; b) quand elle
s’appuie sur un passé très lointain, comme par exemple le rapport avec l’Égypte
ancienne, elle justifie l’origine par la simple ressemblance supposée ou réelle
avec l’égyptien ancien ; c) elle s’appuie aussi sur la Bible avec à la clef, une
certaine ressemblance que les Bamiléké afficheraient à l’égard des Hébreux.
Pour le reste, la littérature a dû relayer une bonne dose de mythologies,
d’allégories et de légendes.
II.1. Sur l’origine lointaine (pré-tikar) des Bamiléké
Les écrits existants se sont limités, pour la plupart, à théoriser sur le point de
départ du peuple qu’on a appelé plus tard « Bamiléké » (ou principal peuple des
Grassfields), indiquant souvent comment il a migré jusqu’à Rifum (pays tikar).

1 Du moins d’un point de vue de l’histoire même du peuple en question : les classifications des
langues des Grassfields, qui sont plutôt critiquées, permettent cependant d’avoir une idée de
l’origine assez lointaine des peuples en question. Nous y reviendrons. Et puis, on peut louer, par
exemple, Melvin J. Collier, pour avoir indiqué clairement que les principaux peuples des
Grassfields proviendraient du Soudan ou d’Égypte.
31 Ce point de départ est le Soudan pour les uns, et l’Égypte pour les autres. Quant
au séjour de ce peuple dans la région tikar, presqu’aucun auteur n’en parle
vraiment. De même, il y a un grand silence sur la manière dont les Bamiléké ont
migré, sur leur période migratoire, sur leur constitution, etc. Nulle part dans la
littérature existante, on ne parle des Bamiléké au cours de leur séjour en pays
tikar. Nous pensons que, sur ce plan, deux « contre-vérités » ont gravement
biaisé l’analyse des chercheurs : a) le fait que de la littérature orale officielle
entretenue par de nombreux groupements des Grassfields estime que les Tikar
sont les ascendants des Bamiléké ; et b) le fait que la plupart des chercheurs
ayant étudié les Grassfields ne se soient limités qu’à un village, un groupement,
en faisant souvent fi des informations distillées ailleurs.
Au sujet de l’origine lointaine des Grassfields, la littérature écrite présente
quelques approches.
Selon l’approche biblique, quelques libres penseurs et auteurs (y compris les
gr 1prélats M Ndongmo et Dieudonné Watio) affirment qu’il existerait une
ressemblance frappante entre le contenu de l’Ancien Testament et la culture des
Grassfields. Bien plus, ils soutiennent que plusieurs traits de la culture
hébraïque/juive se retrouveraient chez les Bamiléké. Ils en ont conclu par
conséquent que ce peuple proviendrait d’Israël, et donc qu’il s’agirait très
probablement de descendants juifs.
L’approche historique axée sur la tradition orale officielle demeure la plus
communément utilisée par différents chercheurs. Lorsque la littérature orale,
officielle ou non, n’est pas dominée par des contes mythologiques sur l’origine
d’un peuple, elle s’appuie sur des éléments historiques transmis et entretenus de
génération en génération. Chez les Bamoun, la question de l’origine lointaine de
ce peuple est traitée dans une tradition orale officielle où mythes, allégories et
2faits jugés réels de l’histoire se côtoient. M. Matateyou (2001) relève que,
selon la tradition orale, les Bamoun proviendraient d’Égypte avant de s’installer
3à Bankim, près de la rivière Rifum. Puis, il cite Prince Dika Akwa (1935) , qui
réaffirme l’origine égyptienne de nombreux peuples d’Afrique subsaharienne, y
compris les Sawa. « Pour lui, écrit Matateyou, les Bamoun et les Banso,
d’origine Ngala, se sont mélangés aux Mboum et Tikar d’origine Kissara et
quelque peu syrienne » (p. 14). Puis, l’auteur de Parlons bamoun dresse un
tableau comparatif de l’égyptien ancien et de la langue shüpaməm (bamoun). Il
s’agit de mots (noms et verbes) inspirés du travail comparatif de Dika Akwa.

1 Notes de conversations privées avec le nationaliste UPC Abraham Sighoko, que ce dernier nous
a aimablement transmises en 2008.
2 E. Matateyou, Parlons bamoun, Paris, l’Harmattan, 2002, p.12-14.
3 Prince Dika Akwa, Les descendants des Pharaons à travers l’Afrique, Yaoundé, Osiris-Africa,
1935.
32 1Quant à William Banboye , qui a écrit sur l’origine des Nso, il se fait emboîter
2le pas par Melvin J. Collier (2007 ) pour réitérer que les ancêtres des peuples
d’Afrique centrale et de l’Ouest (et donc des Tikar tout comme des Nso, selon
lui) seraient venus du Soudan. Comme bien d’autres chercheurs copiant les
traditions orales officielles de groupements, Banboye estime mais à tort,
comme on le verra tout au long du présent ouvrage que les Nso (au même titre
que les Bamoun, les Bafia, les Bamoun) sont des descendants de Tikar.
Selon l’approche fondée sur un lien linguistique, quelques textes publiés sur
Internet ont récemment indiqué une ressemblance frappante entre les langues
bamiléké et l’égyptien ancien, se fondant sur l’ouvrage de Jean-Claude Crhi
intitulé « The Truth with Capital T and The Divine words have the shape of a
3Beautiful Knife » . À travers une liste de similitudes entre des mots de la langue
bamiléké Medumba (du département du Ndé, Ouest Cameroun) et l’égyptien
ancien, cet auteur établit que les Bamiléké sont des descendants d’Égypte
antique. Bien avant, et avec plus de conviction, le professeur Théophile Obenga
4avait emboîté le pas à Cheikh Anta Diop pour démontrer l’existence d’un lien
de parenté, d’un « lien de famille » entre l’égyptien ancien et les langues
négro5africaines . M. Obenga se fonde sur une méthode scientifique de la linguistique
historique pour mobiliser les données linguistiques descriptives et
diachroniques (lexicologie, morphologie, grammaire, phonologie, etc.) pour
comparer la langue « témoin », l’égyptien pharaonique, et une bonne brochette
de langues négro-africaines, afin de voir si les similitudes observées sont
« fortuites », « empruntées », « convergentes », ou encore « héritées ». L’auteur
finit par écarter l’hypothèse d’un moindre fait du hasard dans l’existence des
similitudes observées, tout comme il récuse tout phénomène d’emprunt :
[...] l'énorme discontinuité géographique milite en faveur de l'exclusion de
l'emprunt dans ces temps anciens, sur l'ensemble des concordances établies,
morphologiques, phonétiques et lexicologiques. C'est-à-dire que la séparation
très ancienne de la souche commune prédialectale élimine les effets de
6convergence, de hasard ou d'emprunt .

1 William Banboye, “Introduction to Nso History”, Bamenda, Nso Association, 2001.
2 Melvin J. Collier, auteur de Mississippi to Africa : A Journey of Discovery, 2e edition, USA,
CretaSpace Independent Publisher, 2012 ; ses propos (y compris, dans un entretien privé) sont
cités sur le blog disponible à
www.sheytatah.blogsopt.com/2012/03/nso-history-origin-of-nsodynasty.html.
3 Date inconnue.
4Lire : Cheikh Anta Diop,Parenté génétique de l'égyptien pharaonique et des langues
négroafricaines, Dakar, IFAN-NEA, 1977 ; et Nouvelles recherches sur l'égyptien ancien et les langues
négro-africaines modernes, Paris, Présence Africaine, 1988.
5Théophile Obenga, Origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues
négroafricaines modernes - Introduction à la linguistique historique africaine, Paris, L’Harmattan,
1993.
6 T. Obenga, op. cit., p. 15.
33

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