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Histoire et épistémologie de l'anatomie et de la physiologie en art dentaire

De
428 pages
Dans cet ouvrage, Gilles Gros retrace l'histoire des principales étapes du développement épistémologique de l'anatomie et de la physiologie, deux des déterminants fondamentaux de l'évolution épistémologique de l'art dentaire. Tout au long de cet interminable et laborieux parcours épistémologique, l'auteur se plaît à nous dévoiler la manière dont l'art dentaire a évolué dans ses rapports à l'anatomie et à la physiologie, en passant d'une attitude essentiellement morphologiste et descriptive à une vision plus physiologique et expérimentale.
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Gilles GROS
HISTOIRE ET ÉPISTÉMOLOGIE DE L’ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE EN ART DENTAIRE
e de l’Antiquité à la fin du XX siècle
Préface de Roger Teyssou
Histoire et épistémologie de l’anatomie et de la physiologie en art dentaire e De l’Antiquité à la fin du XX siècle
Acteurs de la Science Fondée par Richard Moreau, professeur honoraire à l’Université de Paris XII Dirigée parClaude Brezinski, professeur émérite à l’Université de Lille La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les acteurs de l’épopée scientifique moderne ; à des inédits et à des réimpressions de mémoires scientifiques anciens ; à des textes consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs ; à des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la Science. Dernières parutions Simon BERENHOLC,L’Homme social, à son corps dépendant. Analogies comportementales entre les cellules biologiques et les sociétés humaines, 2015.Robert LOCQUENEUX,Baromètres, machines pneumatiques & thermomètres, Chez & autour de Pascal, d’Amontons & de Réaumur, 2015. Pierre de FELICE,Mille ans d'astronomie et de géophysique. D'Aristote au Haut Moyen Age,2014. Charles BLONDEL,La psychanalyse, 2014. Philippe LHERMINIER,La valeur de l’espèce. La biodiversité en questions, 2014.Roger TEYSSOU,Freud, le médecin imaginaire… d’un malade imaginé, 2014.Robert LOCQUENEUX,Sur la nature du feu aux siècles classiques. Réflexions des physiciens & des chimistes, 2014. Roger TEYSSOU,Une histoire de la circulation du sang, Harvey, Riolan et les autres, Des hommes de cœur, presque tous…, 2014Karl Landsteiner. L’homme des groupes sanguins,édition revue et augmentée, 2013. Jean-Pierre Aymard,Karl Landsteiner. L’homme des groupes sanguins,édition revue et augmentée, 2013. Michel Gaudichon,L’homme quelque part entre deux infinis,2013. Roger Teyssou,Paul Sollier contre Sigmund Freud. L’hystérie démaquillée,2013. Gérard Braganti,Histoire singulière d’un chercheur de campagne. L’invention de l’exploration cardiaque moderne par Louis Desliens, vétérinaire, 2013.
Gilles GROS Histoire et épistémologie de l’anatomie et de la physiologie en art dentaire e De l’Antiquité à la fin du XX siècle
Du même auteur
Histoire et épistémologie de l’art dentaire (pp.51-60) Gilles Gros,
(Contribution à une œuvre collective, sous la direction de Gilles Freyer) Santé, Société, Humanité - Manuel de sciences humaines en médecine -PACES Collection « Sciences humaines en médecine », e Paris, Editions Ellipses, 2 édition, 2012. Le clou de girofle en médecine bucco-dentaire Gilles Gros, Collection « Médecine à travers les siècles » Paris, 2013, Editions l’Harmattan, Histoire des liaisons épistémologiques entre l’art dentaire et la chimie e de l’Antiquité à la fin du 20 siècle Gilles Gros, Collection « Epistémologie et Philosophie des Sciences » Paris, 2013, Editions l’Harmattan Ecrits épistémologiques sur l’anatomie e e du 16 au 19 siècle Gilles Gros, Collection « Acteurs de la science » Paris, 2014, Editions l’Harmatttan © L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06750-6 EAN : 9782343067506
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A mes parents,
A tous ceux qui me sont chers.
PREFACE
Depuis la nuit des temps ou, plus précisément, depuis que l’homme écrit l’histoire, l’art dentaire recourt à l’anatomie, à la physiologie et à la technique. Il appartient donc à ces disciplines chirurgicales qui au fil du temps occupent une place de plus en plus éminente au même titre que d’autres disciplines du domaine de la santé, privilégiant le pragmatisme au détriment du dogmatisme, favorisant les sciences expérimentales aux dépens des systèmes spéculatifs dont l’histoire regorge à foison.
Celse, célèbre médecin romain du temps d’Auguste, est, semble-t-il, le premier à s’intéresser aux avulsions, aux ondontalgies, aux fractures mandibulaires et à leur traitement. Dix siècles plus tard, c’est Albucasis qui innove en fabriquant des instruments et des prothèses. Il élabore une technique è de détartrage et codifie le traitement de l’épulis. Guy de Chauliac au XIII siècle étudie l’anatomie des dents et décrit un davier double pour en faciliter l’extraction. Attentif aux souffrances infligées au malade, il recommande pour les prévenir lephilonium romanum,électuaire constitué de dix-sept composants dont l’opium, le pavot blanc et la jusquiame. Les premières obturations avec de la feuille d’or sont proposées par Giovanni Arcolani vers 1460. Quant au premier ouvrage consacré entièrement à la dentisterie, il paraît à Leipzig, en 1530 : c’est leArtznei Buchlein, compilation anonyme de travaux contemporains. Walter Hermann Ryff publie en 1548, à Wurzburg, un traité de médecine domestique, leNützlicher Bericht, consacré pour les deux tiers à la dentisterie, le dernier tiers concernant les maladies oculaires et indiquant les moyens de préserver sa vue. Ambroise Paré donne la description de nombreux instruments dentaires et propose des dents artificielles en os. Eustache, fidèle à sa réputation d’anatomiste rigoureux, décrit minutieusement les premières et secondes dentitions. Moins rigoureux ― mais il garde le privilège d’avoir le premier publié une monographie consacrée à l’anatomie bucco-dentaire ― Urbain Hémard, chirurgien du cardinal Georges d’Armagnac, publie à Lyon, en 1582, laRecherche de la vraye anathomie des dents nature et propriétés d’icelles.
L’ouvrage de Gilles Gros nous apprend combien est déterminante l’influence des anatomistes de la Renaissance, notamment Fallope, Eustache mais surtout Vinci. Peintre, dessinateur, ingénieur, architecte et anatomiste, Vinci complète et contrôle les constatations anatomiques par une vision en trois dimensions des organes non plus de façon statique mais dynamique, le corps et ses constituants en mouvement étant interprétés dans leur dimension fonctionnelle.
è Le XVII siècle porte la marque de Leeuwenhoek. Son insatiable curiosité de chasseur de l’infiniment petit l’a amené à observer, en 1683, les minuscules canaux qui traversent la substance de l’ivoire de la cavité centrale jusqu’à
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l’émail, découverte complétée par celle de Clopton Havers qui, en 1691, interprète la membrane qui recouvre les racines comme une expansion de la muqueuse. C’est en 1685 que le britannique Charles Allen publie à York tout un ouvrage consacré à l’art dentaire :The operations for the teeth.
Evénements administratifs considérables, deux décrets royaux en 1619 puis en 1699 officialisent la profession de dentiste et lui permettent de développer son autonomie même si elle reste dépendante des théories de Galien et soumise à un empirisme respectueux des anciens et de leurs traditions. Néanmoins ces décisions du pouvoir arrivent à temps pour pallier une dégradation de la profession que Fauchard se plait à souligner dans la seconde édition de son ouvrageLe chirurgien dentiste ou traité des dents… imprimée à Paris en 1746 : Les plus célèbres chirurgiens ayant abandonné cette partie de l’art, ou du moins l’ayant peu cultivée, leur négligence a été cause que des gens sans théorie & sans expérience s’en sont emparez & la pratiquent au hazard, n’ayant ni principe ni méthode.
Evidemment, l’œuvre de Fauchard reste l’ouvrage majeur du siècle des lumières en matière de dentisterie. La première édition date de 1728, la seconde de 1746 : on y trouve la description de la pyorrhée alvéolo-dentaire. Mais deux autres praticiens illustrent l’histoire de l’art dentaire de cette époque de mutations radicales de la société : Exupère Joseph Bertin et John Hunter. Bertin, vers 1754, identifie trois sortes de fibres de l’émail dentaire : rayonnées, parallèles et obliques. Il assimile la forme de la racine à celle d’un cône et regarde les molaires comme constituées par quatre canines. Il remarque que les incisives de la mandibule sont moins larges que celles du maxillaire supérieur ce qui réduit l’arc de cercle qu’elles dessinent et fait que leurs surfaces s’affrontent de telle façon que la face externe des incisives inférieures glisse sur la face interne des incisives supérieures. Elémentaire, mon cher Watson ! Immense anatomiste et chirurgien illustre, John Hunter publie en 1771,The natural history of the human teeth. Il introduit l’expérimentation dans l’étude de la dentition. Il procède à des injections et emploie la garance pour montrer que l’émail n’est jamais atteint et ne contracte aucune coloration. Il décrit le développement et la croissance des maxillaires et leur relation avec les muscles de la mastication. Sept ans plus tard, en 1778, il exploite ses découvertes et expose le résultat de ses recherches dansA practical treatise on the diseases of the teeth.Il décrit notamment les parodontopathies et propose la transplantation d’une dent directement de la mâchoire d’un donneur à celle d’un receveur. C’est un fiasco total. Thomas Berdmore, en 1768, publieA treatise of the disorders and deformities of the teeth and gums, qui comporte une étude microscopique des maladies de la bouche et des dents.
è Au XIX siècle, les chirurgiens dentistes intègrent tardivement les préceptes de la science expérimentale de Claude Bernard, notamment la notion de milieu interne, développés dans lesLeçons sur les propriétés physiologiques et les
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altérations pathologiques des liquides de l’organisme parues en 1859. L’idée selon laquelle il existe une relation étroite entre le fonctionnement de l’organisme dans sa totalité et celui de la sphère bucco-dentaire met longtemps à influencer la profession concernée. Peu à peu l’acceptation de cette conception plus universaliste de l’interdépendance des différents appareils de l’organisme va stimuler le progrès de l’art dentaire sous la double impulsion d’un empirisme hérité du passé et d’un juvénile rationalisme. En 1800, Christian Schreger décrit des ondulations dessinées par les tubes de dentine à leur origine près de la pulpe. Alexander Nasmyth laisse son nom à l’une des deux couches de l’émail dentaire, la couche externe ou cuticulaire qu’il décrit en 1839. Un autre Anglais, Richard Owen identifie, en 1840, la ligne éponyme visible à travers la dentine et due à des irrégularités dans l’axe des tubes de dentine. Ce sont encore des sujets de sa gracieuse majesté, qui, entre 1848 et 1865, décriront successivement divers constituants microscopiques de la dent : William Sharpey voit les lames concentriques parallèles à la surface de la pulpe en 1848 ; John Tomes, les fibrilles des canalicules de l’ivoire en continuité avec la pulpe en 1850 ; Samuel Salter, des solutions de continuité de la dentine, et depuis sa trouvaille qui date de 1865, on parle désormais de la ligne incrémentale de Salter. Trois français apportent leur contribution à la connaissance des tissus de la cavité buccale, Louis Charles Malassez qui étudie le ligament alvéolo-dentaire, Emile Magitot è qui, si l’on en croit le Grand dictionnaire Larousse du XIX ,a voulu, par une étude approfondie de la médecine et de l’anatomie, se mettre au niveau de la science et faire de la chirurgie dentaire une science et un art positifs et raisonnés. Avec Charles Robin, il publie des travaux innovants sur l’histologie normale et pathologique de la bouche et de la dentition. Très précocement, les rayons X découverts par Roentgen en 1895, sont appliqués à la dentisterie. Seul l’encombrement de l’appareillage en limite le développement. En effet, un an après la communication du physicien de Würzburg faite le 28 décembre 1895, Frank Harrison en Angleterre et William James Morton aux Etats-Unis, publient sur le sujet.
Cette découverte majeure qui va bouleverser le monde des physiciens, des è médecins et des chirurgiens-dentistes fait une entrée fracassante dans le XX siècle. En art dentaire, elle va permettre de substituer les mesures intra-céphaliques aux mensurations extra-céphaliques qui avaient cours jusque-là. Elle ouvre la voie à une recherche de la normalité autre que mathématique. Peu pratiquée avant 1920, elle s’impose dès que le matériel se perfectionne, permettant notamment des temps d’irradiation courts. Très vite l’habitude de prendre un cliché avant et après un traitement endocanalaire s’imposera. Charles Godon est certainement le meilleur représentant de la nouvelle orientation donnée à l’enseignement de l’art dentaire en France. Son approche du malade est globale. Il promeut la clinique non pour se substituer au médecin mais pour prévenir tout accident au cours d’un acte spécialisé pas toujours anodin.
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